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Full text of "Bibliothèque de l'École des chartes"

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BIBLIOTHÈQUE 

DE   L'ÉCOLE 

DES  CHABTES 

LVI. 


IMPRIMERIE   DAUPELEY-GOUVERNEUR,    A   NOGENT-LE-ROTROU. 


BIBLIOTHÈQUE 

DE  L'ÉCOLE 


DES  CHARTES 


REVUE  D'ÉRUDITION 


CONSACRÉE   SPÉCIALEMENT  A   L'ÉTUDE  DU   MOYEN   AGE. 


LVI. 

ANNÉE    1895. 


PARIS 

LIBRAIRIE   D'ALPHONSE   PICARD   ET   FILS 

RUE     BONAPARTE,    82 

^895 


D 

!il 


VILLARD  DE  HONNECOURT 

ET  LES  CISTERCIENS. 


Il  est  bien  rare  qu'une  question  d'histoire  ou  d'archéologie  soit 
épuisée,  et  les  plus  importantes  sont  rarement  celles  sur  les- 
quelles il  reste  le  moins  à  dire. 

Mon  savant  confrère  M.  Demaison  l'a  récemment  prouvé  par 
son  étude  si  excellente,  si  instructive  et  si  nouvelle  sur  les 
Architectes  de  la  cathédrale  de  Reims K 

C'est  avec  raison  qu'il  rejette  absolument  l'opinion  qui  attribue 
à  Villard  de  Honnecourt  une  part  dans  la  construction  de  ce  bel 
édifice,  et,  lorsqu'on  ht  les  notes  de  V Album,  on  est  même  étonné 
qu'une  telle  opinion  ait  pu  se  produire. 

Mais  c'est  que  le  besoin  qui  a  fait  créer  des  Evangiles  apo- 
cryphes et  des  paroles  historiques  est  éternel  ;  les  érudits  n'y 
échappent  point,  et  plus  d'un  d'entre  eux  ne  se  résigne  guère  à  ne 
pas  se  représenter  la  personne,  les  pensées  et  la  vie  intime  des 
héros  de  l'histoire. 

Pourrait-on  donc  considérer  la  noble  passion  des  études  histo- 
riques comme  une  sorte  de  déplacement  rétrospectif  de  cette 
curiosité  qu'excite  chez  tant  de  personnes  la  vie  du  prochain? 
Sans  vouloir  approfondir  une  question  aussi  cruelle,  je  me  borne 
à  constater  que,  si  Villard  de  Honnecourt  est  célèbre  entre  tous 
les  architectes  du  xiif  siècle  et  si  on  lui  a  attribué  au  moins  très 
facilement  divers  monuments,  sa  science  et  son  talent  y  sont  pour 
peu  de  chose.  La  véritable  raison  de  la  sympathie  de  la  postérité, 
c'est  qu'il  lui  a  laissé  un  souvenir  intime,  un  lambeau  de  sa  per- 
sonnalité, alors  qu'à  peine  nous  connaissons  le  nom  d'artistes 
contemporains  meilleurs  et  plus  illustres  sans  doute  en  leur  temps. 

1.  Bulletin  archéologique,  1894,  l"'"  livraison,  p.  3  à  40. 


6  VILLARD    DE    HONNECODRT 

A-t-on  cependant  tout  dit  sur  Villard  de  Honnecourt?  Il  est 
permis  d'en  douter,  bien  qu'il  ait  eu  la  bonne  fortune  d'avoir  pour 
ihistoriographes,  dès  le  début  de  leurs  travaux,  les  maîtres  de 
notre  archéologie  nationale  :  QuicheratS  Lassus,  DarceP,  Viol- 
let-le-Duc^,  WillisS  Street,  et  qu'une  excellente  étude  de 
M.  Pierre  Bénard^,  le  savant  architecte  de  la  collégiale  de  Saint- 
Quentin,  ait  apporté  un  complément  considérable  à  ces  recherches. 

Il  faut  bien  reconnaître  que  Quicherat  est  venu  le  premier  et 
n'a  pas  eu  le  loisir  de  publier  l'Album  in  extenso  ;  que  Lassus 
est  mort  avant  d'avoir  pu  mettre  au  point  son  grand  travail;  que 
Darcel  s'est  borné  à  établir  une  bonne  édition  de  cette  étude  ina- 
chevée et  à  y  mettre  quelques  notes  ;  que  Willis  s'est  contenté 
de  traduire  cette  édition  et  que  VioUet-le-Duc  enfin  n'a  eu  à  com- 
menter qu'un  certain  nombre  des  renseignements  fournis  par 
V Album;  il  faut  ajouter  que  depuis  eux  plusieurs  points  impor- 
tants pour  la  biographie  de  Villard  ont  été  élucidés. 

On  peut  signaler  dans  le  commentaire  de  Lassus  et  Darcel  au 
moins  une  inadvertance  et  plusieurs  lacunes. 

C'est  une  inadvertance  évidente  d'avoir  pris  pour  un  énorme 
et  inexplicable  détail  d'ornement  la  main  que  l'artiste  a  figurée 
sortant  des  voussures  d'une  fenêtre  de  tour  de  la  cathédrale  de 
Laon^;  on  a  même  pensé  à  chercher  les  amorces  de  cette  préten- 
due sculpture"^,  bien  conforme  cependant  aux  mains  indicatrices 
qui  abondent  dans  les  manuscrits  du  moyen  âge  ;  son  index  dési- 
gnait certainement  la  place  d'un  texte  explicatif  ou  d'un  dessin 
complémentaire. 

Quant  aux  lacunes,  en  voici  des  exemples  :  les  commentateurs 
ignoraient  s'il  existe  à  Yaucelles  des  chapelles  carrées  au  tran- 
sept*; or,  il  subsiste  des  ruines  assez  importantes  d'une  de  ces 
chapelles.  Ils  déclarent  ne  connaître  aucun  monument  où  lescha- 

1.  Notice  sur  l'Album  de  Villard  de  Honnecourt  {Mélanges,  t.  II,  p.  238). 

2.  Album  de  Villard  de  Honnecourt  annoté  par  Lassus,  t7iis  au  jour  par 
A.  Darcel.  Paris,  Irnpr.  nat.,  1863,  in-4°. 

3.  Dict.  d'archit.,  passim. 

4.  Traduction  anglaise  de  l'édition  Darcel. 

5.  Collégiale  de  Saint-Quentin.  Paris,  librairie  centrale  d'architecture,  1867, 
in-S".  1"  partie  :  Recherche  sur  la  patrie  et  les  travaux  de  Villard  de  Hon- 
necourt. 

6.  PI.  XVIII. 

7.  P.  94. 

8.  P.  131,  dernières  lignes. 


ET   LES  CISTERCIENS. 


pelles  carrées  alternent  avec  des  absidioles  autour  du  déambula- 
toire ;  or,  c'est  le  cas  de  la  cathédrale  de  Tolède,  et  Street^  a  fort 
bien  remarqué  le  rapport  qu'elle  présente  avec  le  plan  imaginé 
par  y  illard  de  Honnecourt  et  Pierre  de  Corbie^.  S'il  est  presque 
certain  que  le  premier  n'a  pas  été  à  Tolède,  rien  ne  prouve  que 
le  second  n'y  ait  pas  travaillée  Qui  sait  même  si  l'architecte  de 
la  cathédrale  de  Tolède,  Petrus  Pétri,  mort  en  1290 ^  n'était 
pas  Pierre  de  Corbie?  La  similitude  d'un  dessin  de  YAlbum^  avec 
un  motif  des  stalles  de  Lausanne  est  signalée,  mais  les  stalles  du 
château  de  Chillon,  qui  sont  plus  anciennes,  en  présentent 
davantage. 

Dans  l'année  qui  suivit  la  publication  de  Darcel,  M.  Alcibiade 
Wilbert,  ayant  opéré  des  fouilles  sur  l'emplacement  du  déambu- 
latoire de  Yaucelles,  reconnut  des  fondations  concordant  avec  le 
tracé  donné  par  Villard  et  publia  au  sujet  de  cette  concordance 
un  article  et  un  plan  fort  intéressants,  où  l'on  peut  seulement 
regretter  que  tous  les  renseignements  fournis  par  les  ruines 
n'aient  pas  été  utilisés". 

En  même  temps,  M.  P.  Bénard,  avec  autant  de  sagacité  d'éru- 
dit  que  de  science  d'architecte,  établissait  la  conformité  des  élé- 
vations extérieure  et  intérieure  du  chœur  de  la  collégiale  de 
Saint-Quentin  avec  les  études  faites  par  Villard  d'après  la  cathé- 


1.  Gothic  architecture  in  Spain.  Londres,  Murray,  1865,  p.  424.  Selon  M.  Give- 
let,  dans  son  Histoire  et  description  du  Mont-Notre-Dame  (Limé,  1893,  in-8% 
pi.  VII),  cette  église,  voisine  de  Braisne  et  appartenant  au  style  de  transition, 
aurait  offert  la  même  disposition,  mais  son  plan  restitué  ne  concorde  pas  avec 
l'ancienne  vue,  donnée  à  la  pi.  VI. 

2.  PI.  XXVIII;  cf.  Street,  ouvr.  cité,  pi.  XIV. 

3.  La  cathédrale  de  Tolède  fut  commencée  en  1226  (Gams,  Séries  episcopo- 
rutn,  p.  17)  et  terminée  seulement  au  xvi*  siècle.  Voir  Street,  p.  233. 

4.  Cette  idée  n'est  pas  venue  à  Street,  mais  rien  n'empêcherait  que  ce  Pierre, 
désigné  dans  son  épitaphe,  à  la  cathédrale  de  Tolède,  par  le  nom  de  son  père, 
Pierre,  l'ait  été  d'autres  fois  par  le  nom  de  sa  patrie,  Corbie,  et  si,  vers  1230, 
il  a  débuté  dans  ses  études  avec  Villard  de  Honnecourt,  il  a  pu  vivre  jus- 
qu'en 1290.  Ceci  n'est,  bien  entendu,  qu'une  hypothèse,  mais  elle  vaut  autant 
sinon  plus  que  beaucoup  de  celles  qui  ont  été  émises  au  sujet  des  architectes 
du  moyen  âge. 

5.  PI.  XXVII. 

6.  Mém.  de  la  Société  d'émulation  de  Cambrai,  t.  XXVIII,  2«  partie  : 
Substructions  de  la  seconde  église  de  Vaucelles,  érigée  au  XIII'  siècle  sur  les 
plans  et  sous  la  direction  de  Villard  de  Honnecourt,  article  accompagné  de 
2  planches. 


8  VILLARD    DE   HONNECODRT 

drale  de  Reims*,  la  similitude  de  plan  de  l'une  des  chapelles  de 
Saint-Quentin  avec  celles  de  Vaucelles  et  l'identité  de  dessin 
d'un  pavement  de  la  même  église  avec  celui  que  Villard  dessina 
en  Hongrie^  De  plus,  il  découvrait  sur  le  parement  intérieur  de 
la  chapelle  précitée  un  tracé  tout  pareil  à  celui  de  la  rose  de 
Chartres  qui  figure  dans  VAlbu77i\  et  présentant  la  même  trans- 
position des  colonnettes.  A  ces  arguments,  on  pourrait  encore 
ajouter,  car  l'auteur  remarque  avec  raison  au  sujet  des  colonnes 
du  déambulatoire  qu'  «  à  Saint- Quentin  comme  à  Reims,  ces 
colonnes  sont  raidies  du  côté  de  la  poussée  au  vide  par  une  colon- 
nette  unique  placée  en  avant,  disposition  sut  generis  et  que  nous 
ne  retrouvons  ni  à  Cambrai  ni  dans  aucune  autre  abside,  si  ce 
n'est  à  Boissons ^  »  Or,  cette  disposition  existait  aussi  à  Vau- 
celles, comme  l'indique  le  plan  de  M.  Durieux,  publié  par 
M.  Wilbert. 

De  l'étude  de  M.  Bénard,  il  ressort  avec  certitude  que  Villard 
était  de  nationalité  picarde ,  qu'il  a  presque  certainement  bâti 
l'église  de  Saint-Quentin  et  que  par  contre  rien  n'autorise  beau- 
coup plus  à  lui  attribuer  des  travaux  dans  la  cathédrale  de  Cam- 
brai que  dans  celle  de  Reiras  ;  tout  ce  qu'on  peut  affirmer,  c'est 
qu'il  a  eu  communication  des  plans. 

Le  voyage  en  Hongrie  ne  se  placerait  donc  plus  entre  1244 
et  1250,  comme  le  croyait  Quicherat,  car  l'église  de  Saint- 
Quentin  a  été  consacrée  en  1257^  Ce  voyage  aurait  eu  lieu  plus 
tôt,  puisque  Villard  a  utihsé  à  Saint-Quentin  les  études  faites  en 
chemin  et  y  a  même  reproduit,  à  peu  de  chose  près,  le  pavement 
qu'il  avait' dessiné  en  Hongrie^  D'autre  part,  comme  la  consé- 
cration de  l'église  de  Vaucelles  avait  eu  lieu  en  1235",  c'est  à  ce 
moment  que  Villard  aurait  pu  s'expatrier  ;  cette  date  coïncide  avec 

t.  PI.  XIX  et  LIX  à  LXIII. 

2.  PI.  XXIX. 

3.  Pi.  XXIX,  et  Bénard,  ouvr.  cité,  fig.  1. 

4.  Ouvr.  cité,  p.  13.  Parmi  les  similitudes  qui  existent  entre  la  cathédrale  de 
Reims  (ou  d'autres  monuments  champenois)  et  l'architecture  du  nord  de  la 
France  au  xiii=  siècle,  il  faut  citer  d'anciens  passages  intérieurs,  aujourd'hui 
détruits,  qui  existaient  devant  les  fenêtres  du  chœur  de  Notre-Dame  de  Saint- 
Omer.  Ce  sont  ces  passages  que  Villard  a  remarqués  à  Reims  et  qu'il  appelle 
«  les  voies  dedens  »  (pi.  LIX  et  L.XI). 

5.  Charte  de  saint  Louis,  citée  par  M.  Bénard. 

6.  Bénard,  ouvr.  cité,  p.  11,  tig.  4  et  5. 

7.  Jongelinus,  NoUtix  abbatiamm  cisterciensiiim  per  universum  orbem, 
1640,  in-fol. 


ET   LES   CISTERCIENS.  » 

l'état  dans  lequel  il  semble  avoir  vu  la  cathédrale  de  Reims.  Il 
serait  revenu  pour  prendre  la  direction  des  travaux  de  Saint- 
Quentin,  et,  grâce  à  l'expérience  acquise  et  aux  monuments  étu- 
diés en  chemin,  il  aurait  notablement  perfectionné  sa  manière 
lorsqu'il  entreprit  cette  dernière  œuvre. 

Mais  de  quelles  influences  et  de  quel  enseignement  procédait 
la  première  manière  de  Villard  de  Honnecourt  ;  à  quelle  occasion 
et  dans  quel  but  entreprit-il  les  voyages  qui  l'aidèrent  à  la  per- 
fectionner? Ces  points  restent  en  grande  partie  à  élucider,  et  je 
vais  tenter  de  le  faire  dans  une  certaine  mesure.  Des  recherches 
faites  en  Hongrie  pourraient  seules  apporter  un  complément 
définitif  à  cette  étude;  mais,  sans  aller  aussi  loin  cette  fois,  je 
borne  mon  enquête  à  la  patrie  de  Villard. 

Honnecourt'  est  un  gros  village  caché  dans  un  repli  de  collines 
boisées;  dans  le  fond,  près  de  la  rivière,  subsiste  le  narthex  de 
l'église  du  prieuré  de  Cluny^  qui  a  été  le  premier  noyau  du 
bourg.  —  Au  pied  du  monument,  on  remarque  une  énorme  cuve 
baptismale  en  grès,  probablement  du  xii"  siècle ^  jetée  à  la  voirie 
et  remplie  d'immondices.  C'est  sans  doute  dans  cette  vasque  que 
Villard  a  reçu  le  baptême,  mais  nul  à  Honnecourt  ne  sait  s'il  a 
existé  et  n'a  cure  d'un  tel  souvenir. 

Grâce  aux  Bénédictins,  grâce  à  un  sol  fertile  et  grâce  surtout 
à  sa  situation  au  bord  de  l'Escaut  déjà  aisément  navigable,  Hon- 
necourt a  toujours  été  prospère.  L'Escaut  fournissait  avec  Cam- 
brai, Valenciennes,  Tournai,  Gand  et  Anvers  une  excellente  voie 
de  communication,  d'autant  plus  fréquentée  au  moyen  âge  que 
les  autres  étaient  plus  défectueuses.  Honnecourt  était  donc  tout 
le  contraire  d'un  pays  misérable  et  perdu. 

Quelles  étaient  les  traditions  artistiques  de  cette  contrée? 
Comme  dans  toute  région  qui  sert  de  passage,  elles  se  compli- 

\.  Dép.  du  Nord,  arr.  de  Cambrai. 

2.  Sur  cet  établissement  monastique,  voir  le  mémoire  de  M.  l'abbé  Bulteau 
dans  le  Bulletin  de  la  Commission  historique  du  Nord,  t.  XVI,  1883,  p.  1 
à  111,  et  les  5  planches  lithographiques  qui  l'illustrent. 

3.  Ses  vastes  dimensions  ne  permettent  guère  de  la  considérer  comme  plus 
récente.  Elle  est  en  forme  de  tronc  de  cône,  sans  aucun  ornement,  et  mesure  I^IS 
de  diamètre  extérieur,  0'^89  de  diamètre  intérieur,  0"°7-2  de  haut.  Sa  simplicité 
rappelle  plusieurs  cuves  du  xii'=  siècle  du  diocèse  de  Noyon  et  d'Amiens  (Ver- 
mandovillers,  Quesmy,  Beaugies,  Cambronne,  Driencourt,  Fransart).  Ajoutons 
cependant  que,  pour  les  dimensions,  la  cuve  baptismale  de  Beaufort-en-San- 
terre,  qui  n'est  que  du  xiv°  siècle,  peut  lui  être  comparée. 


^0  VILLARD  DE   HONNECODRT 

quaient  d'influences  diverses.  L'école  romane  franco -picarde 
s'était  bien  étendue  jusqu'à  notre  frontière  actuelle  de  Belgique*, 
mais,  aux  environs  de  cette  frontière,  elle  était  fortement  péné- 
trée par  les  deux  écoles  voisines  et  autrement  puissantes  de 
Normandie  et  d'Allemagne.  On  sait  que  ces  écoles  ont  des  points 
de  ressemblance  :  les  tours-lanternes,  les  chapiteaux  cubiques. 
La  raison  de  ces  ressemblances  est  peut-être  dans  le  contact  des 
deux  écoles  à  travers  la  Picardie  et  l'Artois  ^ 

L'influence  normande  se  manifeste  par  des  chapiteaux  godron- 
nés  :  en  Picardie,  à  Airaines,  à  Hombleux  et  à  la  cathédrale  de 
Noyon^;  en  Boulonnais,  à  Saint- Wlmer-deBoulogne ;  en  Flandre, 
à  Sercus  près  Hazebrouck  ;  en  Artois  et  en  Cambrésis,  à  Lucheux, 
Houdain  et  Vaucelles*.  On  lui  doit  l'ordonnance  générale  de 
l'église  de  Lillers,  avec  son  vaste  triforium,  ses  colonnes  montant 
sous  les  fermes  de  la  nef,  sa  façade  cantonnée  de  tourelles  et  sa 
tour  centrale.  L'ancienne  cathédrale  de  Boulogne  présentait  un 
type  analogue,  et  le  chevet  carré  de  l'église  de  Nesle  semble  être 
un  plan  normand. 

L'influence  germanique  a  pénétré  aussi  jusqu'à  Noyon,  jusqu'à 
Doullens,  comme  en  témoigne  la  galerie  extérieure  de  l'église  Saint- 
Pierre  ^  et  jusqu'en  Ponthieu,  comme  le  montre  le  plan  de  l'abba- 
tiale de  Dommartin^  On  lui  doit  aussi  les  colonnes  à  fûts  octogones 

1.  C'est  l'une  des  conclusions  de  la  thèse  que  j'ai  soutenue  en  1889  à  l'École 
des  chartes  sur  l'Architecture  romane  dans  les  anciens  diocèses  d'Atiiiens, 
Arras  et  Thérouanne. 

2.  M.  Anthyme  Saint-Paul  a  soupçonné  ce  contact.  Voir  le  g  iv  de  son 
deuxième  article  sur  la  Transition,  dans  la  Revue  de  l'Art  chrétien,  n°  de  jan- 
vier 1895.  La  supposition  de  l'auteur  est  parfaitement  exacte. 

3.  Un  de  ces  chapiteaux  a  été  reproduit  par  M.  Bouet  dans  le  Bulletin  monu- 
mental, année  1868,  p.  432  {Excursion  à  Noyon,  Laon  et  Soissons). 

4.  Dans  la  salle  capitulaire  et  dans  le  chaufloir;  M.  l'abbé  Bulteau  a  cru  que 
celte  particularité  pourrait  être  due  à  l'influence  de  l'Anglais  Raoul,  premier 
abbé  installé  en  1132.  On  peut  ajouter  que  les  baies  de  la  salle  capitulaire 
rappellent  beaucoup  celles  de  Fountain  Abbey,  mais  ni  le  chapitre  ni  le  chauf- 
foir  ne  datent  de  la  fondation  de  l'abbaye  :  le  premier  est  des  dernières  années 
du  xii"  siècle;  le  second  parait  bâti  en  même  temps,  et  ses  voûtes  datent  de  la 
restauration  de  1512-1526.  Il  faut  observer  que  des  bâtiments  définitifs  élevés 
dès  la  fondalion  d'un  établissement  monastique  sont  une  exception  très  rare. 

5.  Voir  la  monographie  de  cette  église  par  M.  G.  Durand  dans  les  Mémoires 
de  la  Société  des  antiquaires  de  Picardie,  1887. 

6.  Voir  Enlart,  Architecture  romane  et  de  transition  dans  la  région  picarde. 
Amiens,  1895,  gr.  ia-4°. 


ET   LES    CISTERCIENS.  ^^ 

des  églises  de  Nesle*,  de  Villers-Saint-Cristophe,  de  Honnecourt  et 
de  Bohain.  Ceux  des  portails  de  Honnecourt  et  de  Nesle  sont 
ornés  de  cannelures  torses  ou  brisées,  comme  à  la  cathédrale  de 
Tournai,  et  le  portail  de  Bohain  avait  des  sommiers  ornés  de 
lions  ;  le  transept  des  abbatiales  de  Saint-Lucien  de  Beauvais  et 
de  Chaalis,  des  cathédrales  de  Cambrai,  Noyon  et  Soissons,  s'ar- 
rondit en  absides  aux  extrémités  ;  le  double  portail  occidental  de 
Cambrai  rappelait  le  portail  sud  de  la  cathédrale  de  Strasbourg, 
et  le  bas  des  tours  de  la  cathédrale  de  Noyon  forme  intérieurement 
comme  un  second  transept  à  l'ouest. 

D'autres  particularités  peuvent  être  attribuées  aussi  bien  à 
l'influence  rhénane  qu'à  l'influence  normande,  comme  les  tours- 
lanternes  de  Fresnes,  Villers-Saint-Cristophe  et  Voyennes 
près  Péronne  ;  les  chapiteaux  cubiques  de  Picquigny  près 
Amiens,  Ham  près  Lillers,  Chocques  près  Béthune.  L'influence 
germanique  est  surtout  venue  de  Tournai-  et  par  l'Escaut,  dont 
les  barques  apportaient  en  France  les  œuvres  dont  les  sculpteurs 
de  cette  ville  fournissaient  tout  l'Artois  et  la  Picardie^  :  ce  sont,  à 
l'époque  romane,  des  fonts  baptismaux'*  et  quelques  tombes^;  à 
l'époque  gothique,  où  toutes  les  paroisses  sont  pourvues  de  fonts 
baptismaux,  et  jusqu'au  xvif  siècle,  des  pierres  tombales  *^.  Dans 
les  endroits  plus  rapprochés  de  Tournai,  on  fait  même  venir  des 

1.  Comparer  la  crypte  de  Nesle  à  celle  de  la  cathédrale  de  Naumbourg. 

2.  Dans  un  très  intéressant  travail  publié  en  1893  dans  la  Revue  de  l'Art 
chrétien,  sur  l'Architecture  lombarde  et  ses  rapports  avec  l'école  de  Tournai, 
M.  L.  Cloquet  s'est  attaché  à  montrer  le  grand  nombre  de  ces  rapports,  et  ses 
remarques  sont  parfaitement  justes,  mais  tous  les  points  de  ressemblance  qui 
existent  entre  les  édifices  lombards  et  tournaisiens  sont  des  caractères  de 
l'école  germanique.  M.  Cloquet  note,  il  est  vrai,  des  dififérences  entre  celles-ci 
et  l'art  tournaisien,  mais  ces  différences  sont  dues  à  l'influence  française  qui 
s'exerce  jusqu'à  Tournai. 

3.  C'est  avec  raison  que  Viollet-le-Duc  attribue  une  grande  influence  aux 
rivières  navigables  pour  la  propagation  des  styles  d'architecture.  On  sait  d'autre 
part  qu'à  Saint-Benoît-sur-Loire  la  pierre  est  venue  du  Nivernais. 

4.  Par  exemple,  dans  le  Nord,  Vieux-Berquin  et  Chéreng;  dans  le  Pas-de- 
Calais,  Évin,  Guarbecques,  Saint- Venant  et  Vimy;  dans  la  Somme,  Montdidier 
et  la  Neuville-sous-Corbie;  dans  l'Aisne,  Lor  et  Vermand;  dans  l'Oise,  Berlan- 
court  et  Saint-Just. 

5.  Dans  le  Pas-de-Calais,  à  Gorre  et  à  Saint-Josse-au-Bois  ;  dans  la  Somme, 
à  Nesle  (deux  exemples). 

6.  Nombreux  exemples  du  xii"  au  xvi'  siècle  dans  les  musées  d'Arras  et  Bou- 
logne et  dans  les  églises  d'Artois  et  de  Picardie. 


-12  VILLARD   DE   HONNECOURT 

chapiteaux,  des  colonnes,  des  voussures  et  des  statues,  soit  tout 
travaillés,  soit  seulement  êpannelés  et  accompagnés  d'artistes  qui 
les  achèveront  surplace;  il  est  difficile  de  le  savoir,  mais,  à  coup 
sûr,  le  style,  comme  la  pierre,  sont  tournaisiens  dans  le  porche 
de  Honnecourt  ou  dans  le  portail  de  Bohain*. 

L'architecture  gothique  a  pénétré  de  bonne  heure  dans  la  région 
qui  environne  Cambrai  ;  du  moins  la  cathédrale^  fut-elle  commen- 
cée dans  ce  style  en  même  temps  que  s'élevaient  celles  d'Arras^ 
et  de  Noyon^  et  un  reste  de  la  nef  d'Hénin-Liétard^  témoigne 
encore  de  la  perfection  et  de  l'élégance  qu'atteignait  le  style 
gothique  de  l'extrême-nord  de  la  France  au  temps  de  Philippe- 
Auguste. 

Cependant,  certaines  formes  archaïques  persistent  très  long- 
temps dans  ces  régions  :  telles  sont  les  corniches  à  arcatures  en 
plein  xiii«  siècle  à  Notre-Dame  de  Cambrai,  de  Saint-Omer  et  de 
Boulogne'^;  les  fenêtres  en  plein  cintre  et  les  voûtes  sexpartites  à 
cette  même  époque  à  Hénin-Liétard  et  à  Vaucelles.  De  grandes 
églises,  de  1200  à  1250,  telles  que  les  abbatiales  de  Ham  (Somme) 
et  de  Bourbourg  ou  les  paroisses  de  Bray- sur-Somme  et  de  Saint- 
Nicolas  de  Boulogne,  ont  des  chœurs  sans  déambulatoire.  On  fait 
des  voûtes  d'ogives  parfaitement  bâties  depuis  1145  environ  dans 
les  diocèses  de  Noyon  et  de  Cambrai,  mais  auparavant  on  s'y 
désintéressait  complètement  des  recherches  qui  se  poursuivaient 
en  vue  du  perfectionnement  des  voûtes  dans  les  diocèses  voisins 
de  Soissons,  Amiens  et  Arras.  C'est  que  la  région  du  nord  n'a 

1.  On  trouvera  d'autres  exemples  de  cette  exportation  dans  l'étude  de  MM.  le 
baron  de  la  Grange  et  Cloquet  sur  l'Art  à  Tournai  (Tournai,  Casterman,1889, 
in-8*,  2  vol.)  et  dans  les  Notes  sur  les  anciens  ateliers  de  sculpture  de  Tournai, 
par  M.  L.  Cloquet  {Bulletin  de  la  Sociélé  historique  et  littéraire  de  Tournai, 
t.  XXV,  1894). 

2.  Voir,  sur  cet  édifice,  Houdoy,  Histoire  artistique  de  la  cathédrale  de 
Cambrai.  Paris,  1880,  gr.  in-8°. 

3.  Voir  Terninck,  Arras,  histoire  de  V architecture  et  des  beaux-arts  dans 
cette  ville.  Arras,  1879,  in-4'. 

4.  Voir  Vitet,  Monographie  de  l'église  Notre-Dame  de  Noyon.  Paris,  1845, 
in-4°,  allas  par  D.  Ramée,  in-fol. 

5.  M.  Dancoisne  a  consacré  à  cette  église  une  notice  accompagnée  de  planches 
dans  la  Statistique  monumentale  du  Pas-de-Calais. 

6.  Ces  corniches  à  arcatures  sont  encore  une  particularité  germanique;  elles 
ont  persisté  dans  le  style  gothique  rhénan  et  dans  celui  des  parties  de  l'Italie 
qui  ont  subi  une  influence  allemande. 


ET   LES   CISTERCIENS.  <3 

jamais  tenu  à  voûter  ses  églises  ;  le  diocèse  de  Noyon  n'a  rien 
fait  pour  l'élaboration  du  style  gothique;  ses  églises  romanes 
n'ont  même  pas  de  voûte  sur  les  bas-côtés,  non  seulement  durant 
la  première  moitié  du  xif  siècle  (Estouilly,  Fresnes,  Matigny, 
Offoy,  Pargny,  Tracy-le-Val,  Vermandovillers,  Voyennes),  mais 
encore  dans  la  seconde  (Rohain,  Cambronne  près  Noyon,  Car- 
tigny,  Dury,  Falvy,  Foucaucourt,  Guiscard,  Hombleux,  Pont- 
rÉvêque,  Quesmy,  Sancourt,  Villeselve). 

Lorsque  la  voûte  d'ogives  devient  d'un  usage  courant,  les 
architectes  picards  ne  l'appliquent  souvent  qu'au  sanctuaire  seul, 
et  cela  même  dans  le  diocèse  d'Amiens  où  l'art  gothique  ne  cesse 
de  progresser.  Ainsi,  en  plein  xiif  siècle,  Saint- Jacques  et  la  Made- 
leine de  Tournai,  Cerisy-Gailly,  Saint- Nicolas  de  Boulogne 
et  même  l'église  de  Picquigny,  construite  et  sculptée  avec  luxe  et 
élégance,  n'ont  pas  reçu  de  voûte  sur  la  nef  et  ses  collatéraux', 
et  ce  type  restera  toujours  le  plus  répandu  en  Picardie  et  en 
Artois,  comme  le  montrent,  au  xiv«  siècle,  l'église  importante  de 
VertonS  aux  xv'  et  xvi%  les  trois  quarts  des  églises  rurales. 
Une  nef  voûtée  a  été  bâtie  cependant  vers  1200  à  Flavy-le-Mar- 
tel,  mais  elle  est  singulièrement  gauche  et  lourde;  suivant  le  sys- 
tème germanique,  ses  colonnes  trapues  alternent  avec  de  gros 
piliers  qui  reçoivent  les  retombées  des  croisées  d'ogives  couvrant 
deux  travées.  Les  piliers  sont  doublés  de  contreforts  saillant 
dans  des  bas-côtés  misérables  qui  n'ont  jamais  eu  de  voûte  ^. 

1.  On  peut  citer  aussi  l'église  de  Beauval,  décrite  par  M.  G.  Durand  (Mém. 
de  la  Société  des  antiquaires  de  Picardie,  1890).  Ce  type  d'églises  sans  voûte 
se  rencontre  du  reste  jusque  sur  les  bords  de  l'Oise;  ainsi,  tout  à  côté  de 
l'église  de  Rhuis,  qui  présente  une  des  plus  anciennes  croisées  d'ogives  cou- 
nues,  datant  sans  doute  du  début  du  xii'  siècle,  se  trouve  celle  de  Ponlpoint, 
dont  la  nef,  presque  refaite  sous  Philippe- Auguste,  se  trouve  entièrement 
dépourvue  de  voûte. 

2.  Arroadissement  de  Montreuil- sur-Mer.  La  nef,  d'un  beau  style,  a  des 
colonnes  à  chapiteaux  simplement.  On  peut  lui  comparer  les  nefs  un  peu  plus 
récentes  de  Souchez  en  Artois  et  Vismes  non  loin  d'Amiens.  L'église  de  Verton 
a  reçu,  au  xv°  siècle  seulement,  des  voûtes  latérales.  Ce  monument  rare  est 
en  ce  moment  l'objet  d'une  refaçon  radicale  et  barbare  qui  lui  enlèvera  en 
grande  partie  son  caractère. 

3.  Une  autre  église  du  xii'  siècle,  voûtée  dans  le  vaisseau  central  seulement, 
a  été  signalée  par  M.  G.  Join-Larabert  dans  sa  remarquable  thèse  sur  l'Archi- 
tecture romane  dans  le  diocèse  de  Meaux  {Bibl.  de  l'École  des  chartes,  1894). 
L'ordonnance  de  la  nef  de  Flavy-le-Martel  rappelle  celle  de  Champigny-sur- 


^4  VILLARD   DE   HO\NECOURT 

Mais,  à  part  quelques  archaïsmes  et  quelques  particularités 
tudesques ,  le  style  gothique  du  nord  est  le  même  que  celui  de 
l'Ile-de-France  ou  de  la  Champagne.  La  cathédrale  d'Arras  res- 
semblait à  Saint-Leu  d'Esserent  et  à  Notre-Dame  de  Mantes; 
elle  avait,  comme  Saint-Pierre  de  Doullens,  des  colonnes  accou- 
plées, rappelant  celles  de  Sens  ou  de  Saint- Jacques  de  Reims*. 
C'est  bien  dans  cette  région  que  Villard  de  Honnecourt  s'est 
formé;  son  style  et  sa  langue  sentent  le  même  terroir;  ses  figures 
communes  et  contournées  et  leurs  draperies  à  plis  multiples  ont  un 
style  tudesque^.  Sa  Maison  d'une  horloge^  a  une  flèche  canton- 
née de  gables  comme  un  clocher  rhénan  ou  champenois,  et  l'on  y 
remarque  des  baies  trilobées  dont  les  redents  sont  soutenus  par  des 
colonnettes,  disposition  rare  qui  se  retrouve  au  clocher  et  dans  l'in- 
térieur de  l'église  Saint-Jacques  de  Tournai^.  Dans  les  monuments 
auxquels  Villard  a  travaillé,  mêmes  particularités  germaniques  : 
la  sacristie  de  Vaucelles  a  des  culots  cannelés  tels  qu'on  en  voit 
à  l'église  de  Houdain  près  Béthune  et  dans  plusieurs  édifices 
allemands;  à  Saint-Quentin,  la  voûte  du  narthex,  celle  qui  porte 
le  pavement  inspiré  du  modèle  dessiné  en  Hongrie,  a  des  for- 
merets  dont  les  tores  annelés  rappellent  un  grand  nombre  de 
voussures  germaniques  ^  Les  autres  dispositions  appartiennent  à 

Marne.  Voir  A.  Saint-Paul,  Églises  des  environs  de  Paris  {Bulletin  monumen- 
tal, 1868,  p.  874). 

1.  Sur  cette  petite  église  trop  peu  connue,  voir  la  notice  de  M.  Jadart  dans 
le  Répertoire  archéologique,  publié  en  1887  par  ['Académie  de  Reims. 

2.  Lassus  écrivait  avec  raison  (p.  225)  :  «  Par  rapport  au  style,  Villard  de 
Honnecourt  se  rapproche  davantage  de  l'école  rhénane  que  de  l'école  de  l'Ile- 
de-France,  moins  nombreuse  en  ses  plis  et  plus  simple  dans  ses  ajustements.  » 

3.  «  Li  masons  don  orologe  »  (pi.  XI).  D'autre  part,  son  Calvaire  (pi.  XIV) 
ressemble  à  celui  qui  surmonte  l'ostensoir  de  l'abbaye  d'Herkenrode ,  daté 
de  1286. 

4.  Voir  Schayes,  l'Architecture  en  Belgique,  t.  III,  p.  57.  En  Bourgogne,  on 
trouve  une  disposition  analogue  dans  les  baies  du  chevet  de  la  petite  église  de 
Monéteau  près  Auxerre,  mais  l'église  de  Monéteau  a  subi  une  influence  germa- 
nique :  les  pignons  de  sa  tour  ont  des  fenêtres  en  forme  d'entrée  de  serrure 
tréflée,  comme  on  en  voit  dans  les  églises  des  Saints-Apôtres  à  Cologne,  de 
Nuys,  de  Schwarzrheindorff,  etc.  La  disposition  des  fenêtres  de  Saint-.Iacques 
de  Tournai  et  du  chœur  de  Monéteau  n'est  autre  chose  qu'une  vieille  tradition 
byzantine  comme  il  en  subsiste  tant  dans  l'école  germanique.  La  fenêtre  accos- 
tée de  deux  demi-fenêtres  cintrées  est  un  motif  extrêmement  commun  dans  les 
églises  byzantines,  à  Mistra  par  exemple. 

5.  PI.  XXXII. 


ET   LES   CISTERCIENS.  15 

rile-de-France  ou  à  la  Champagne  ;  la  triple  chapelle  du  fond  du 
déambulatoire  de  Vaucelles  est  à  rapprocher  de  celle  de  Saint- 
Martin  des  Champs  '  ;  avec  cette  différence  toutefois  que  le  lobe 
central  est  remplacé  par  un  carré.  Il  y  a  là  un  compromis  entre 
deux  dispositions  propres  à  l'Ile-de-France  :  soit  une  abside  pour- 
vue d'une  niche  rectangulaire  saillante  au  dehors^  comme  à 
Berzy-le-Sec^,  Nouvion-le-Vineux^  le  Mont-Notre-Dame 
(détruite  5),  Notre-Dame-des-Vignes  (ruinée)  et  Saint-Pierre-à- 
l'Assaut  (détruite),  à  Soissons^  ou  bien,  comme  à  Notre-Dame 
d'Etampes"  et  à  Etrechy  près  Etampes^,  un  sanctuaire  rectangu- 
laire accosté  d'absides.  Quant  aux  deux  autres  chapelles  du  déam- 
bulatoire de  Vaucelles,  avec  leurs  absidioles  parallèles  à  l'axe  de 
l'église,  eUes  imitent  manifestement  celles  du  déambulatoire  de 
Poissy^.  A  Saint-Quentin,  M.  Bénard  a  montré  la  reproduction 
d'une  de  ces  chapelles  et  surtout  du  chœur  de  la  cathédrale  de 
Reims  ;  il  faut  ajouter  que  la  disposition  du  déambulatoire  repro- 
duit celle  de  Saint-Rémy  de  Reims  et  de  Notre-Dame  de  Châlons- 
sur-Marne. 


1.  Voir  le  plan  dans  Viollet-Ie-Duc,  Architecture,  t.  I,  art.  abside,  et  la 
monographie  par  M.  E.  Lefèvre-Pontalis,  dans  la  Bibliothèque  de  l'École  des 
chartes,  t.  XL VII,  1886. 

2.  M.  Anthyme  Saint-Paul  a  signalé  cette  particularité  de  plan  dans  son  article 
sur  l'École  picarde  (Bulletin  monumental,  1869,  p.  734). 

3.  Voir  Fleury,  Antiquités  et  monuments  du  département  de  l'Aisne.  Paris, 
1877-1882,  in-4%  t.  III,  p.  135,  fig.  482. 

4.  Publié  par  Taylor  et  Nodier,  Voyage  pittoresque,  Picardie. 

5.  Saint  Pierre  à  l'Assaut  ou  à  la  Chaux  a  été  reproduit  par  Fleury  d'après 
une  ancienne  gravure  (ouvr.  cité,  t.  II,  p.  265  et  fig.  336). 

6.  Voir  la  reproduction  d'une  aquarelle  du  xviii"  siècle  figurant  le  chœur  de 
cette  abbatiale  ruinée,  dans  sa  monographie  par  M.  Givelet  (Limé,  1893,  in-8°, 
pi.  VI). 

7.  Voir  la  belle  monographie  de  cette  église  par  M.  A.  Saint-Paul  {Gazette 
archéologique,  1884). 

8.  On  trouvera  le  plan  de  cette  église  dans  l'étude  de  M.  A.  Saint-Paul  sur 
les  Églises  des  environs  de  Paris  (Bulletin  monumental,  1869,  p.  718). 

9.  L'influence  du  plan  de  Poissy,  reconnue  dans  la  cathédrale  de  Sens  par 
M.  A.  Saint-Paul,  lui  suggère  une  ingénieuse  et  séduisante  théorie  exposée 
d'abord  dans  un  remarquable  article  :  Poissy  et  Morienval  (Mémoires  de  la 
Société  archéologique  du  Vexin,  1894),  puis  développée  dans  la  belle  étude 
intitulée  la  Transition  (2"  art.;  Revue  de  l'Art  chrétien,  janv.  1895).  Le  savant 
archéologue  propose  de  distinguer  dans  la  transition  un  double  courant  :  l'un, 
bien  connu,  formé  dans  la  vallée  de  l'Oise  et  aboutissant  à  Morienval  ;  l'autre, 
d'origine  normande,  aboutissant  à  Sens  par  Poissy.  Il  est  certain  que  la  Nor- 


^6  VILLARD   DE   HONIVECOCRT 

Cependant,  Villard  se  distingue  de  ses  compatriotes  et  de  ses 
contemporains  par  deux  particularités  qui,  d'accord  avec  d'autres 
renseignements,  permettent  de  préciser  dans  quel  atelier  du  nord 
il  s'est  formé.  Ces  particularités  consistent  dans  l'archaïsme  de 
sa  première  manière,  qui  est  extraordinaire  même  pour  la  région 
(voir  son  plan  composé  en  collaboration  avec  Pierre  deCorbie' 
et  les  réflexions  qu'il  a  suggérées  à  Lassus),  et,  en  second  lieu, 
dans  son  goût  pour  les  chapelles  de  déambulatoires  tracées  sur  le 
plan  carré  :  celles-ci  ne  sont  pas  une  mode  française,  allemande 
ou  picarde,  mais  plutôt  bourguignonne^. 

Or,  on  a  cru  que  les  maîtres  de  Villard  étaient  les  moines  clu- 
nistes  de  Honnecourt.  L'hypothèse  n'a  rien  d'invraisemblable; 
on  pourrait  même  ajouter  à  l'appui  que  les  moines  de  Cluny  et 
autres  Bénédictins  ont  parfois  importé  dans  le  nord  de  la  France 
des  détails  d'architecture  bourguignonne^.  D'autre  part,  Pierre 
de  Corbie,  le  collaborateur  de  Villard,  était  né  lui  aussi  auprès 
d'une  abbaye  bénédictine  qui  a  pu  lui  donner  l'instruction, 
même  architecturale.  Cependant,  il  faut  remarquer  que,  tandis 
que  l'on  construisait  à  Corbie  au  xm*'  siècle^  à  Honnecourt  on 

nianclie  a  étudié  et  adopté  de  bonne  heure  la  voûte  d'ogives,  et  cela  pour  la 
même  raison  que  l'Ile-de-France,  parce  que  les  architectes  de  ces  deux  provinces 
n'avaient  pas  su  tirer  un  parti  suffisant  des  voûtes  romanes.  D'autre  part,  la 
division  paire  des  voûtes  d'absides  ou  d'absidioles,  qui  caractérise  pour  M.  Saint- 
Paul  la  famille  d'édifices  à  laquelle  appartient  Saint-Denis  (Saint-Maclou  et 
Saint-Martin  de  Pontoise,  Saint-Martin-des-Champs,  Saint-Germain-des-Prés, 
Sainl-Leu  d'Esserent),  se  trouve  aussi  de  bonne  heure  en  Normandie  (église  de 
Crépon,  chapelle  du  Petit-Quevilly).  Ce  système,  usité  aussi  en  Espagne  (Saint- 
Martin  de  Palencia,  xiii"  siècle  ;  cathédrale  de  Pampelune,  xv°  siècle),  pourrait 
aussi  être  d'origine  picarde,  car  les  murs  de  chevet  des  églises  romanes  de 
Voyennes  et  Cizancourt  près  Péronne  sont  percés  de  deux  fenêtres.  Quoi  qu'il 
en  soit,  Villard  de  Honnecourt  a  puisé  à  la  fois  aux  deux  sources  que  dislingue 
M.  A.  Saint-Paul,  car  d'un  côté  il  imite  à  Vaucelles  le  plan  de  Poissy,  de  l'autre 
il  divise  en  deux  quartiers  les  voûtes  d'absidioles  dans  le  plan  qu'il  composa 
avec  Pierre  de  Corbie. 

1.  PI.  XXVIII. 

2.  Voir  mes  Origines  françaises  de  l'architecture  gothique  en  Italie  (Paris, 
Thorin,  1894,  in-8");  ch.  vi,  g  III  :  Chœurs  et  chapelles. 

3.  Par  exemple,  les  chapelles  carrées  du  transept  de  Saint-Étienne  de  Corbie 
et  de  l'église  d'Athies,  prieuré  de  Cluny.  Cette  dernière  a  de  plus  des  culots 
en  forme  de  cône  renversé,  dont  le  type  est  bien  bourguignon  (voir  dans  mon 
ouvrage  cité  à  la  note  précédente  le  g  XVII  du  ch.  vi). 

4.  De  très  beaux  chapiteaux  de  la  fin  du  xiii"  siècle  servent  de  fonts  baptis- 
maux à  l'église  actuelle  de  Corbie. 


ET    LES   CISTERCIENS.  ^7 

avait  cessé  de  bâtir.  Villard  pouvait  y  admirer  une  riche  archi- 
tecture romane  ;  un  portail  à  voussure  ornée  des  vingt-quatre 
vieillards  de  l'Apocalypse;  des  chapiteaux  variés,  dont  l'un  repré- 
sente un  de  ces  combats  de  coqs  qui  sont  encore  le  plaisir  favori 
des  gens  de  Tournai  et  de  Cambrai;  de  riches  arcatures  exté- 
rieures abritant  les  figures  en  haut  relief  du  Dieu  de  Majesté,  de 
saint  Pierre,  de  saint  Paul  et  des  quatre  Evangélistes ,  avec 
têtes  symboliques  d'animaux,  puis  bien  d'autres  œuvres  d'art 
sans  doute  dont  le  temps  a  fait  justice.  Les  moines  purent 
apprendre  au  futur  artiste  le  latin  et  même  le  dessin  ;  quant  à  lui 
fournir  sur  un  chantier  l'éducation  technique,  ils  ne  le  pouvaient 
pas,  ruinés  qu'ils  étaient  par  la  concurrence  de  l'immense  et 
puissante  abbaye  cistercienne  de  Vaucelles,  qui  achevait  de  s'éle- 
ver à  six  kilomètres  de  Honnecourt,  sur  l'autre  rive  de  l'Escaut'. 

1.  L'abbaye  de  Vaucelles  fut  fondée  en  1131  par  Hugues  d'Oisy,  seigneur  de 
Crèvecœur.  En  1132,  saint  Bernard  y  installa  des  moines  de  Clairvaux.  Alleaurae, 
cinquième  abbé  (1167  à  1182),  fit  bâtir  le  chauifoir,  le  réfectoire  et  le  dortoir; 
sans  doute  aussi  le  chapitre  et  les  parloirs;  son  successeur  Godescalque  fonda 
l'église  en  1190;  Robert  de  Saint-Venant,  onzième  abbé,  l'acheva;  les  moines  en 
prirent  possession  en  1216;  en  1235,  l'archevêque  de  Reims,  Henri  de  Dreux, 
en  fit  la  consécration,  assisté  des  évêques  d'Arras  et  de  Cambrai.  Ce  même  abbé 
bâtit  la  grange  et  le  dortoir  des  convers.  Le  cloître  fut  élevé  par  Guillaume, 
treizième  abbé,  élu  en  1251.  11  subsiste,  du  xiii"  siècle,  à  Vaucelles  les  fonda- 
tions d'une  partie  du  chœur  de  l'église,  un  chapiteau  de  la  nef  (semblable  à 
ceux  de  Villers),  un  reste  du  transept,  une  salle  de  trésor,  un  parloir  et  les 
baies  de  la  porte  d'entrée  de  l'abbaye;  de  la  fin  du  xii'  siècle  :  le  chaufifoir, 
un  parloir  avec  le  curieux  escalier  du  dortoir  et  la  salle  capilulaire;  enfin,  une 
crypte  postérieure  sous  le  chaufloir.  Une  petite  porte  remonte  au  xiv"  siècle  ; 
on  a  du  xvi^  siècle  les  voûtes  du  chautToir  et  plusieurs  tombes  d'abbés  ; 
de  1630,  la  poterie  et  diverses  dépendances;  du  xvii"  siècle,  diverses  tombes; 
du  xviii'  siècle,  le  logis  abbatial.  Le  célèbre  camée  du  roi  Lothaire  était  conservé 
à  Vaucelles.  —  On  peut  consulter,  sur  cette  abbaye  :  Martène  et  Durand,  Voyage 
littéraire,  2'  partie,  p.  257,  et  Jongelinus,  Notiiiœ  abbatiarum  cisterciensium, 
Belgium,  p.  5,  dans  les  Mémoires  de  la  Sociélé  d'émulation  de  Cambrai, 
t.  XVI,  p.  58;  Promenade  dans  le  Cambrésis,  par  M.  Fidèle  Delcroix,  t.  XX, 
p.  311;  Notice  sur  l'ancienne  ville  de  Crèvecœur,  par  M.  Ad.  Bruyelle,  t.  XXVI, 
p.  52  ;  Dictionnaire  topographique  de  l'arrondissement  de  Cambrai,  par  le 
même,  1"  partie,  p.  101  ;  Excursion  photographique  à  Vaucelles  et  à  Honne- 
court, par  M.  Durieux,  t.  XXVIII;  Substructions  de  la  seconde  église  de  Vau- 
celles, par  M.  A.  Wilbert,  t.  XXX;  Description  de  l'atlas  des  plans  de  Vaucelles, 
dressé  en  [727  par  Vignion,  par  M.  Roth,  t.  XL VIII,  p.  59;  Promenades  his- 
toriques sur  les  bords  de  l'Escaut,  par  M.  A.  de  Cardevacque,  dans  les  publi- 
cations de  la  Commission  historique  du  Nord;  l'Art  à  Cambrai,  par  Mgr  De- 
haisnes,  t.  III,  p.  303  (1886),  et  Étude  historique  et  archéologique  sur  les 
4895  2 


4  8  VILLARD    DE   HONNECOURT 

Les  vastes  chantiers  de  Vaucelles  n 'étaient-ils  pas  l'école  où 
Villard  dut  nécessairement  trouver  les  premiers  enseignements 
de  son  art?  Il  semble  difficile  d'en  douter,  tant  cette  supposition 
est  naturelle.  Il  y  a  plus,  cet  archaïsme,  ces  chapelles  bourgui- 
gnonnes^ et,  non  loin  du  plan  même  de  Vaucelles,  cette  compo- 
sition d'un  chevet  qui  semble  en  être  le  développement,  puis 
encore  ce  projet  d'église  pour  l'ordre  de  CîteauxS  tout  cela  ne 
décèle-t-il  pas  un  collaborateur  et  même  un  élève  des  Cisterciens? 

Une  autre  considération  vient  fortifier  cette  opinion  :  quand, 
après  s'être  fait  connaître,  probablement  à  Vaucelles,  et  peut- 
être  aussi  après  avoir  été  employé  à  la  cathédrale  de  Cambrai^, 
Villard  fut  appelé  en  Hongrie,  comment  et  par  qui  fut-il  mandé? 
On  a  bien  expliqué  jusqu'à  un  certain  point  ce  fait  par  la  dévo- 
tion de  sainte  Elisabeth  pour  Notre-Dame  de  Cambrai  et  par 
celle  qu'eurent  à  leur  tour  les  Cambrésiens  à  sainte  Elisabeth, 
mais  il  restait  à  chercher  par  quels  intermédiaires  s'étaient  nouées 
des  relations  aussi  lointaines. 

Ces  intermédiaires,  c'étaient  probablement  les  principaux 
agents  des  multiples  correspondances  internationales  du  moyen 
âge,  ces  moines  cisterciens  qui  de  France,  où  ils  centrafisaient 
leur  puissante  activité,  ne  cessaient  de  rayonner  jusqu'aux  confins 
de  la  chrétienté.  Et,  dans  le  cas  présent,  ce  durent  être  les  moines 
de  Vaucelles.  Quoi  qu'il  en  soit  pour  sainte  Elisabeth ,  le  fait 
paraît  plus  que  probable  pour  Villard  de  Honnecourt  ;  en  voici  la 
raison  :  la  période  du  séjour  de  cet  artiste  en  Hongrie  est  préci- 
sément celle  durant  laquelle  les  Cisterciens  fondèrent  ou  cons- 
truisirent diverses  abbayes  dans  ce  royaume.  Selon  Jongelinus^ 

abbayes  d' Honnecourt  et  de  Vaucelles,  par  M.  l'abbé  Bulteau  [Bulletin,  t.  XVI, 
1883,  p.  1  à  111). 

1.  J'ai  développé  au  ch.  vi  du  livre  déjà  cité  des  considérations  sur  le  carac- 
tère archaïque  et  bourguignon  de  l'architecture  cistercienne.  On  y  trouvera 
aussi  (ch.  i,  g  3,  et  ch.  m)  des  preuves  de  la  grande  intluence  architecturale  des 
Cisterciens  qui,  en  Italie,  mais  ailleurs  aussi,  furent  les  moines  architectes  par 
excellence. 

2.  PI.  XXII,  X.XVII,  X.XVIII. 

3.  Lassus  a  écrit  à  propos  de  Notre-Dame  de  Cambrai  une  phrase  qu'il  sem- 
blerait plus  à  propos  d'appliquer  à  l'église  de  Saint-Quentin,  mais  qui  n'en 
reste  pas  moins  juste  :  «  Pour  être  chargé  d'une  œuvre  aussi  importante..., 
Villard  de  Honnecourt  devait  être  un  artiste  déjà  considérable  et  connu  par  des 
travaux  antérieurs.  »  Il  ajoute  avec  moins  de  raison  :  «  Ces  travaux,  quels 
sont-ils?  Son  Album  ne  donne  aucun  renseignement  à  cet  égard.  » 

4.  Ouvrage  cité. 


ET   LES   CISTERCIEIHS.  \9 

l'abbaye  d'Ègres  fut  fondée  en  1200  ;  Heiligenkreuz  fondée  en  1201 
et  bâtie  en  1244,  l'année  même  où,  selon  Quicherat  et  Lassus, 
Villard  serait  arrivé  en  Hongrie  ;  l'abbaye  de  Pétri  fut  fondée  en 
1202,  Schaunik  en  1216,  Zam  ou  Nam  en  1219,  S.  Maria  de 
Scepusio  en  1222,  Beel  en  1232,  Vallis  honesta  la  même  année, 
Bernaw  en  1255,  Kiers  en  1239,  Erchi  en  1260.  On  sait  que  le 
plus  souvent  la  fondation  d'un  établissement  monastique  précède 
de  quelques  années  sa  construction  définitive  ;  or,  les  dates  de  1235 
à  1250,  qui  semblent  devoir  être  assignées  au  séjour  de  Villard 
en  Hongrie*,  correspondent  à  la  construction  probable  de  dix 
abbayes  cisterciennes  dans  ce  royaume  2. 

Or,  d'où  venaient  les  Cisterciens  de  Hongrie?  Très  probable- 
ment en  partie  de  Vaucelles  :  les  abbayes  de  Topolszka  (1208), 
Boccon  {1182),  Lucentia  (1198),  Abram  (1270)  et  d'autres  encore 
appartiennent  à  la  filiation  de  Clairvaux,  comme  Vaucelles,  mais 
Jongelinus  ne  connaît  pas  leurs  maisons  mères.  11  ignore  même 
la  filiation  de  quelques  autres.  Heureusement,  il  est  avéré  d'autre 
part  que  celle  d'Ègres,  fondée  en  1200,  fit  venir  son  premier  abbé 
de  Cercamp  en  Artois,  abbaye  toute  proche  de  Vaucelles 3. 

Beaucoup  d'architectes  français  du  xif  et  du  xiii*  siècle  ont 
été  mandés  à  l'étranger  par  des  évêques,  notamment  en  Espagne, 
où  la  plupart  de  ces  prélats  appartenaient  à  l'ordre  de  Cluny  ;  en 
Suède,  où  le  premier  archevêque  d'Upsal,  ancien  écolier  de  Sor- 
bonne,  avait  pu  connaître  Etienne  de  Bonneuil  à  Paris  ;  en  Dane- 
mark enfin,  où  l'archevêque  Absalon  fonda  en  même  temps  l'ab- 
baye cistercienne   de  Soro  et  la  cathédrale  de  Roskilde,  qui 

1.  D'après  Quicherat,  ce  serait  1244  à  1250,  période  d'interruption  des  tra- 
vaux de  la  cathédrale  de  Cambrai  qu'il  attribue  à  Villard.  Que  l'on  adopte  l'une 
ou  l'autre  de  ces  dates,  l'hypothèse  que  j'émets  subsiste  entière. 

2.  11  semble  que  l'on  n'ait  rien  publié  sur  ce  qui  subsiste  de  ces  monuments, 
mais  l'église  de  Zsambek,  fondée  en  1558  par  les  Prémontrés  français,  a  été 
relevée  et  publiée  par  le  professeur  Myskovsky,  architecte,  dans  son  album  des 
Monuments  d'art  du  moyen  âge  et  de  la  Renaissance  en  Hongrie  (Vienne,  Ad. 
Lehmann,  s.  d.,  in-fol.).  C'est  un  bel  édifice  où  le  style  gothique  du  nord  de  la 
France  se  mêle  au  roman  germanique.  Les  autres  monuments  publiés  par  le 
même  auteur  sont  généralement  plus  récents,  bien  que  souvent  il  les  attribue 
à  tort  au  xiii*  siècle. 

3.  Hugues  II,  abbé  de  Cercamp  de  1189  à  1203,  fut  envoyé  alors  en  Hongrie 
par  l'abbé  de  Pontigny  à  la  demande  du  roi  Bêla  {Gallia  christiana,  t.  X, 
col.  1338).  Sur  l'Histoire  de  Cercamp,  voir  A.  de  Cardevacque.  Arras,  Sueur- 
Charruey,  1878,  in-8». 


20  VILLARD   DE   HONNECOURT   ET   LES    CISTERCIENS. 

ressemble  à  celles  d'Arras,  Noyon  et  Cambrai  et  qui  ne  peut  être 
que  l'œuvre  d'un  Français  du  nord,  et  en  1344  encore  Mathias 
d'Arras  commença  la  cathédrale  de  Prague  en  Bohême.  Rien  n'em- 
pêche absolument  que  Villard  ait  travaillé  de  même  pour  les 
évêquesde  Hongrie,  mais,  en  ce  cas,  qui  avait  pu  le  recommander 
à  leur  bienveillance  mieux  que  les  moines  qui  l'avaient  employé 
et  qui  étaient  venus  de  son  pays  en  Hongrie?  Il  est  beaucoup  plus 
probable,  et  je  considère  comme  moralement  certain,  que  c'est  par 
ces  moines  mêmes  et  pour  leur  service  que  fut  appelé  ou  emmené 
un  architecte  qui  possédait  et  leurs  traditions  et  leur  confiance. 

G.  Enlart. 


LETTRES  INEDITES  ET  MEMOIRES 

DE 

MARINO  SANUDO  L'ANCIEN 

(1334-1337). 


Au  mois  de  mai  1893,  l'un  de  nous  trouvait  chez  un  libraire 
de  Rome,  Silvio  Bocca,  deux  feuillets  de  parchemin  découverts 
dans  la  reliure  d'un  incunable*.  Cinq  lettres  ou  fragments  de 
lettres  et  quatre  mémoires  y  étaient  transcrits.  Aucun  document 
n'était  daté.  L'écriture  était  de  la  première  moitié  du  xiv^  siècle. 

Dans  deux  de  ces  lettres  ^  l'auteur  se  nommait  :  «  Marins 
Sanudo,  dis  Tourxelle,  de  la  cité  de  Venise,  »  Marino  Sanudo  l'An- 
cien, le  plus  grand  géographe  du  xiv^  siècle,  l'infatigable  promoteur 
de  nouvelles  croisades.  Dans  les  autres  pièces,  on  reconnaissait 
soit  les  correspondants  habituels  de  Marino  Sanudo,  soit  ses  idées, 
soit  la  suite  d'événements  contemporains  dont  il  parlait  dans  des 
lettres  antérieures^.  Tous  ces  actes  étaient  donc  l'œuvre  du  grand 
géographe  vénitien. 

Lettres  et  mémoires,  tous  inédits,  touchent  aux  problèmes  les 
plus  intéressants  de  l'histoire  du  xiv^  siècle  : 

Croisade  contre  les  Turcs  ; 

Rapports  des  Tartares  avec  les  papes  ; 

Schisme  de  Louis  de  Bavière  ; 


1.  Ces  deux  fragments  sont  aujourd'hui  à  la  Bibliothèque  nationale,  Nouv. 
acq.  fr.  5842,  fol.  2  et  3. 

2.  Cf.  infra,  n°  Il  et  n"  IX. 

3.  Voyez  ces  lettres,  publiées  par  Fr.  Kunstmann,  Studien  ilber  Marino 
Sanudo  den  ulteren,  dans  les  Ahhandlungen  der  historischen  Classe  der  Kônig- 
lich  Bayerischen  Akademie  der  Wissenschaften,  t.  VII,  1"  partie,  p.  774-816. 


22  LETTRES   INEDITES   ET   MEMOIRES 

Rapports  littéraires,  artistiques  et  commerciaux  de  Venise  avec 
la  Flandre. 

Une  partie  de  ces  documents  ont  trait  à  la  croisade  contre  les 
Turcs  ou  mieux  à  la  guerre  de  Romanie.  Pour  en  comprendre 
l'importance,  il  est  nécessaire  de  les  replacer  dans  leur  cadre,  au 
milieu  des  événements  qu'ils  relatent  et  à  la  suite  des  lettres  déjà 
connues  de  Marino  Sanudo. 

Philippe  VI,  faisant  siens  les  projets  de  son  prédécesseur 
Charles  IV  le  Bel,  avait  entrepris  une  nouvelle  croisade  en  Terre- 
Sainte.  Comme  l'avait  fait  son  père  Charles  de  Valois  pour  la 
conquête  de  Constantinople,  il  s'adressa  aux  Vénitiens.  Il  les 
pria  de  lui  envoyer  de  «  bonnes  personnes  et  convenables,  qui 
par  certaine  expérience  sachent  les  choses  appartenant  au  prou- 
ât  dudit  saint  veage  »  et  en  particulier  les  prix  de  nolis  des  vais- 
seaux, les  conditions  du  ravitaillement  de  la  flotte  (Châteauneuf- 
sur-Loire,  18  novembre  1331)*.  La  Seigneurie  reçut  les  lettres 
royales  le  17  décembre^;  elle  ne  répondit  que  le  11  mai  1332. 
Les  Turcs  menaçaient  alors,  avec  une  flotte  de  cent  vingt  lins^,  les 
colonies  vénitiennes,  pillaient  Négrepont  et  la  Romanie,  pen- 
dant que  les  Tartares  refoulaient  les  Grecs.  Le  doge,  tout  en 
accréditant  ses  ambassadeurs,  Jean  Bellegno,  Biaise  Geno,  Marin 
Mauroceno,  auprès  de  Philippe  VI,  le  suppliait  d'envoyer  vingt 
ou  trente  galères  de  guerre  dans  l'Archipel  et  la  mer  Noire  pour 
intercepter  les  convois  maritimes  des  Infidèles'*. 

Sur  ces  entrefaites,  Marino  Sanudo,  qui  résidait  à  Naples  auprès 
du  roi  de  Sicile,  arrivait  à  Venise.  A  peine  fut-il  mis  au  courant 
de  la  question  qu'il  se  hâta  d'écrire  au  roi  de  France  (Venise, 
27  avril  1332)^.  Il  rappelait  les  relations  d'amitié  qu'il  avait  eues 
avec  Charles  IV  le  Bel,  les  conseils  qu'il  avait  prodigués  à  l'oc- 
casion de  la  croisade  avortée  de  1324,  et,  arguant  de  ses  services 
passés,  il  traçait  le  plan  de  campagne  à  suivre.  .<  Envoyez,  disait-il 
au  roi  de  France,  envoyez  votre  armée  en  Egypte,  prenez  Alexan- 
drie, pendant  que  votre  escadre,  forte  de  dix  ou  quinze  grosses 

1.  L.  de  Mas-Latrie,  Commerce  et  expédition  de  la  France  et  de  Venise  au 
moyen  âge,  dans  la  Collection  des  documents  inédits,  Mélanges  historiques, 
nouvelle  série,  t.  III,  p.  97-101. 

2.  Ibid. 

3.  Le  lin  était  un  bâtiment  à  rames  plus  petit  que  la  galiote. 

4.  Ibid.  On  appelait  Romanie  l'empire  d'Orient. 

5.  Fr.  Kunstmann,  ouvr.  cité,  p.  791-798. 


DE   MARINO   SANUDO   l'aNCIEN.  23 

galères,  croisera  sur  la  côte  ;  mais  songez  aussi  aux  Turcs  qui 
pillent  Négrepont...  et  les  colonies  vénitiennes.  »  Cette  lettre 
devait  être  suivie  de  plusieurs  autres  ^ 

Philippe  VI  suivit  aveuglément  les  prescriptions  de  Sanudo. 
Une  fois  de  plus,  la  diplomatie  vénitienne  détournait  les 
Français  de  Jérusalem  et  les  jetait  sur  la  route  de  Byzance. 
Pourtant  Philippe  de  Valois  savait,  par  la  triste  expérience  de 
son  père,  ce  que  coûtait  la  coopération  de  la  République^!  Par 
ordre  du  roi^  une  escadre  française  fut  donc  détachée  delà  flotte 
préparée  pour  la  Terre-Sainte  et  se  tint  en  partance  pour  la  Roma- 
nie  (1334).  Forte  de  quatre  galères,  elle  devait  être  renforcée 
par  quatre  galères  du  pape,  dix  galères  de  Venise,  dix  de  l'Ordre 
des  Hospitaliers,  six  du  roi  de  Chypre  et  peut-être  six  de  l'empe- 
reur de  Constantinople.  La  flotte  devait  croiser  contre  les  Turcs 
pendant  cinq  mois  selon  la  convention  d'Avignon  (8  mars  1334)^ 
pendant  six  mois,  de  mai  à  octobre,  selon  la  requête  de  Venise ^ 

Jean  de  Chepoy,  chevalier  du  Beauvaisis,  qui  avait  déjà  fait  la 
campagne  de  Romanie  sous  les  ordres  de  son  père,  Thibault  de 
Chepoy  (1306-1310)^,  reçut  le  commandement  de  l'escadre  fran- 
çaise (7  avril  1334)^  et  de  l'escadre  pontificale  (19  mai  1334)^ 
Ses  instructions  datent  du  30  mai;  ses  bâtiments  devaient 
avoir  leur  solde  à  Naples^.  Le  rendez-vous  général  de  la  flotte 
était  fixé  au  mois  de  mai  dans  un  port  de  Négrepont,  l'ancienne 
Eubée. 

Jusqu'ici  les  historiens  ont  fait  les  récits  les  plus  contradictoires 
de  cette  expédition  navale  qui  marque  un  recul  de  l'invasion 


1.  Lettres  de  Marino  Sanudo  au  roi  de  France  de  décembre  1333,  du  1"  juil- 
let, de  septembre  et  du  13  octobre  1334.  Cf.  Kunstmann,  p.  799-808. 

2.  M.  L.  de  Mas-Latrie,  ouvr.  cité,  p.  26  et  suiv. 

3.  Lettre  de  Philippe  VI  au  doge  de  Venise,  Poissy,  3  novembre  1333,  publiée 
par  M.  L.  de  Mas-Latrie,  ouvr.  cité,  p.  101. 

4.  M.  L.  de  Mas-Latrie,  ouvr.  cité,  p.  104. 

5.  Ibid.,  p.  109. 

6.  «  A  Monsieur  Jehan  de  Cepoy,  filz  dudit  Messire  Thibaut,  quant  il  s'en 
ala  après  son  père  en  Rommenie,  vi<^  1.  t.  »  Collection  Baluze,  vol.  394, 
pièce  696  :  Mises  et  despens  pour  le  volage  de  Constantinople  [1306-1310].  — 
Chepoix,  Oise,  arr.  de  Beauvais,  cant.  de  Breteuil. 

7.  P.  Anselme,  Hist.  généalog.,  II,  901. 

8.  Raynaldi,  Annales  ecclesiastici ,  ann.  1334,  n.  X.  —  Reg.  vatic.  117, 
fol.  302  v°,  à  VAi'chivio  secreto  du  Vatican. 

9.  Reg.  vatic.  117,  fol.  303  v». 


24  LETTRES   INe'dITES    ET  MEMOIRES 

musulmane.  Les  uns  donnent  pour  théâtre  de  la  campagne  le 
PéIoponèse\  les  autres  la  Propontide  ou  mer  de  Marmara^ 

Une  lettre  déjà  publiée  de  Marino  Sanudo  nous  montrait  quelle 
était  la  position  des  deux  flottes  ennemies  au  début  de  l'été.  Les 
Turcs  avaient  armé  deux  cents  barques  dans  le  golfe  de  Démétrias 
en  Thessalie  et  les  avaient  placées  sous  le  commandement  du 
Turc  «  Jarsi.  »  Au  sud  du  golfe  veillaient  huit  galères  de  Venise, 
exactes  au  rendez-vous  et  ancrées  dans  le  port  de  Négrepont. 
Pierre  Zeno,  qui  s'intitulait  capitaine  des  coalisés,  «  capitaneus 
unionis,  »  les  commandait.  Il  avait  détaché  ses  deux  autres 
galères  en  Crète  pour  y  acheter  des  vivres.  Quatre  galères  du  roi 
de  Chypre  étaient  en  chemin.  Les  escadres  du  roi  de  France,  du 
pape  et  des  Hospitaliers  se  ravitaillaient  à  Rhodes;  elles  se  dis- 
posaient à  gagner  l'île  de  Salamine  dans  le  golfe  d'Athènes. 
Réunis,  les  chrétiens  comptaient  écraser  les  Turcs  à  leur  sortie 
du  golfe  de  Démétrias  ;  il  était  à  craindre  toutefois  que  les  Infi- 
dèles attendissent  le  départ  de  la  flotte  chrétienne  pour  quitter 
leur  ancrage^. 

Puis,  nous  ignorions  la  suite  des  événements.  Une  des  lettres 
inédites  que  nous  publions,  le  n°  III,  comble  cette  importante 
lacune. 

I.  Lettre  de  Marino  Sanudo  [à  un  Français,  après  le 
20  décembre  1334].  «...  che  il  vous.  » 

La  mention  du  «  pape  novel  »  prouve  que  Marino  Sanudo 
écrivait  après  la  mort  de  Jean  XXII  (-]-  4  décembre  1334)  et  après 
l'élection  de  Benoît  XII  (20  décembre  1334).  De  ces  termes  mêmes 
de  «  pape  novel,  »  on  peut  conclure  que  la  lettre  est  de  peu  pos- 
térieure au  20  décembre  1334. 

Le  correspondant  du  Vénitien  était  Français  ou  du  moins  en 
France,  où  se  trouvait  en  ce  moment  le  personnage  recommandé 
dans  la  lettre,  Jachino  di  Cremona^.  L'absence  de  toute  formule 
d'urbanité  nous  permet  de  penser  que  le  destinataire  était  de 
petite  condition. 

1.  p.  Anselme,  Hist.  généalog.,  II,  901. 

2.  Guglielraotti,  Storia  délia  marina  pontificia,  I,  300. 

3.  Lettre  de  Marino  Sanudo  a  Louis,  duc  de  Bourbon;  Venise,  22  octobre 
1334.  Cf.  Kunslmann,  ouvr.  cité,  p.  809-813. 

4.  M.  Sanudo  recommande  à  Louis,  duc  de  Bourbon,  «  Jachinum  de  Creniona, 
par  quem  Iransmisi  lilteras  primo  ad  curiam  romanam  Avinioncm,  secundo 
christianissimo  régi  Francorum  ac  reverendo  domino  patriarchse  Jerosolymi- 
tano  et  quampluribus.  »  (Kunstmann,  ouvr.  cité,  p.  809-813.) 


DE    MARINO   SANTDO   l'aNCIEN.  25 

IL  Lettre  de  Marino  Sanudo  à  Jehan  Musaut  [même 
date]. 

Le  destinataire,  Jean  Musaut,  et  le  porteur  de  cette  lettre,  «  Wil- 
laume  de  Bellais  en  Borbonois,  »  étaient  des  familiers  du  duc 
Louis  ?■■  de  Bourbon.  Sanudo  avait  dû  connaître  le  premier  lors 
de  son  séjour  en  France  (1323);  quant  au  second,  c'est  évidem- 
ment un  émissaire  dépêché  à  Venise  par  le  duc  pour  s'aboucher 
avec  Marino. 

III.  Lettre  de  Marino  Sanudo  [au  roi  de  Chypre  Hu- 
gues IV,  postérieure  au  22  octobre  1334]. 

Voici  donc  la  suite  de  la  campagne  maritime  de  1334.  Les 
escadres  chrétiennes  s'étaient  rejointes  et  formaient  deux  divisions  : 
les  quatorze  galères  vénitiennes  et  chypriotes  sous  le  capitaine 
général  Pierre  Zeno;  les  dix-huit  galères  françaises,  papales  et 
hospitalières  sous  le  capitaine  général  Jean  de  Chepoy.  La  saison 
était  avancée  quand  «  Jarsi  Turchus  »  se  décida  à  quitter  le  golfe 
de  Démétrias.  La  flotte  turque  s'enfuit  vers  l'Hellespont;  pour- 
suivie par  la  flotte  chrétienne,  elle  fut  rejetée  sur  la  côte  d'Asie. 
Dans  sa  retraite  précipitée,  elle  perdit  une  foule  de  bâtiments  : 
huit  lins  d'abord,  quinze  autres  le  jour  de  la  Nativité  (8  sep- 
tembre), neuf  lins  trois  jours  après. 

Enfin  une  bataille  décisive,  livrée  le  mercredi  14  septembre, 
amena  la  destruction  de  cinquante  lins  turcs.  Un  grave  histo- 
rien* affirme  que  les  galères  chrétiennes  s'étaient  formées  en 
bataille  sur  deux  files,  poupe  contre  poupe,  la  proue  en  dehors, 
l'éperon  tourné  vers  l'ennemi,  les  flancs  attachés  par  des  chaînes  ; 
véritable  forteresse  invulnérable  de  tous  côtés.  Le  samedi  17  sep- 
tembre, les  Turcs  se  trouvaient  acculés  dans  le  golfe  de  Smjrne. 
Les  croisés  débarquèrent,  écrasèrent  plusieurs  détachements  enne- 
mis et  brûlèrent  plusieurs  châteaux  forts.  Les  Turcs  avaient  perdu 
5,000  hommes,  250 navires.  L'escadre  franco-papale,  qui  n'était 
armée  que  pour  cinq  mois,  cessa  la  poursuite  de  l'ennemi  et  ren- 
tra en  France.  Une  seule  escadre  garda  la  mer,  de  concert  avec 
les  galères  vénitiennes. 

C'est  précisément  au  prince  qui  entretenait  cette  escadre  que 

l.  R.  p.  Guglielmotti,  Storia  délia  marina  pontificia,  I,  302.  —  M.  Dela- 
ville  Le  Roulx  semble  ignorer  le  résultat  de  cette  expédition ,  une  des  plus 
honorables  pourtant  et  des  plus  fructueuses  pour  la  chrétienté  (cf.  la  France 
en  Orient  au  XIV^  siècle,  p.  100). 


26  LETTBES   IXÉDITES   ET   MEMOIRES 

Sanudo  écrit,  Sanudo  l'appelle  «  sires...,  vostre  segnorie.  »  Les 
princes  coalisés  étaient  le  pape,  le  roi  de  France,  le  doge,  le 
grand  maître  de  l'Hôpital,  le  roi  de  Chypre.  La  mention  à  la 
troisième  personne  de  «  Nostre  S.  pères  li  papes,  »  de  «  li  rois 
de  France,  »  de  «  li  maistres  de  l'Ospital,  »  des  Vénitiens  ne  laisse 
aucun  doute  sur  le  nom  du  destinataire,  qui  est  le  roi  de  Chypre 
Hugues  IV. 

IV.  Notes  sur  les  débuts  du  pontificat  de  Benoît  XII 
[écrites  dans  les  premiers  mois  de  l'année  1335]. 

Ce  mémoire  est  remarquablement  bien  informé  sur  les  débuts  du 
pape  Benoît  XII,  et  il  suffit  de  le  collationner  avec  un  texte  latin 
fourni  par  les  Annales  ecclesiastici  de  Raynaldi^  pour  restituer 
au  moins  le  sens  des  mots  atteints  par  le  couteau  du  relieur.  Elu 
pape  le  20  décembre  1334,  Benoît  XII  était  effectivement  issu 
d'une  famille  obscure  «  homo  de  picola  [casa].  » 

Dès  le  21  décembre,  il  tint  un  consistoire  :  «  ...  de  decembrio 
miser  lo  papa  fese  consistorio,  »  et  il  y  ordonna  la  réparation  des 
églises  de  Rome  :  «  a  comesso...  a  I  altro  gardenal  che  li  debia 
[far  la  reparazione  dele]  gliesie  de  S.  Piero  et  de  San  Polo  et  de 
[S.  Giovanni  in  Latjeran  e  de  le  altre  gliesie  de  Roma.  »  Il  vou- 
lait la  paix  de  l'Eglise,  «  [la  fine?]  de  le  guerre  de  la  gliesa.  » 
Enfin  il  songeait  à  gagner  Rome,  ce  qui  répondait  aux  vœux  des 
Italiens. 

Des  renseignements  aussi  précis  ne  peuvent  émaner  que  d'un 
témoin  oculaire.  Or,  Marino  Sanudo,  loin  d'assister  aux  conseils 
de  la  cour  d'Avignon,  se  trouvait  encore  à  Venise  le  31  décembre 
1334^  Mais  il  avait  un  correspondant  attitré  auprès  du  pape,  sur 
les  marches  mêmes  du  trône  pontifical  :  le  doyen  du  sacré-collège, 
le  Français  Bertrand  du  Poujet,  cardinal-évêque  d'Ostie  (de  1327 
à  1351p. 

Il  est  possible  que  notre  fragment,  s'il  n'est  pas  simplement 
traduit  en  vénitien  d'un  avviso  romain,  ait  été  emprunté  par 
Sanudo  à  une  lettre  du  cardinal  ;  ce  n'est  cependant  là  qu'une 
hypothèse. 

V.  Suit  un  autre  fragment,  intitulé  :  Flagellum  humani gene- 

[.  Année  1334,  n"  XLVI,  t.  VI,  p.  21,  col.  1. 

2.  Kunstraann,  ouvr.  cité,  p.  813-814. 

3.  Lettre  de  M.  Sanudo  à  Bertrand,  cardinal-évéque  d'Ostie,  Venise,  10  avril 
1330,  dans  Kunstroann,  ouvr.  cité,  p.  774-775.  —Le  Pouget  est  dans  le  dépar- 
tement du  Lot. 


DE    MABINO   SANUDO   l' ANCIEN.  27 

ris,  et  relatif  à  une  nouvelle  hérésie  apparue  en  Orient,  peut-être 
en  Chine.  Il  semble  extrait  d'une  lettre  adressée  à  un  prélat  par 
un  missionnaire. 

VI.  Le  texte  suivant  raconte  l'arrestation,  à  Narbonne,  d'un 
hérétique  qui  se  faisait  appeler  Jésus-Christ  et  étonnait  ses  audi- 
teurs par  la  connaissance  qu'il  avait  des  livres  saints. 

VIL  Lettre  de  Marino  Sanudo  à  [Paulin],  évêque  de 
Pouzzoles  [Venise,  premiers  mois  de  1335]. 

L'évêque  de  Pouzzoles,  de  1324  à  1344,  n'est  point  un  inconnu. 
C'était  un  compatriote  de  Sanudo,  le  Franciscain  Paulin  de 
Venise,  un  des  hommes  les  plus  savants  du  xiv^  siècle  et  l'au- 
teur d'une  Histoire  générale^.  Plus  d'un  lien,  comme  on  le 
voit,  unissait  l'un  à  l'autre  l'évêque  et  le  géographe. 

On  avait  alors  les  regards  tournés  vers  l'Orient  :  de  la  cour  des 
papes  et  du  palais  des  doges,  on  suivait  anxieusement  les  progrès 
des  Tartares,  Se  jetteraient-ils  sur  les  Grecs,  comme  c'était 
à  craindre  2?  ou  pourrait -on  les  détourner  contre  les  Turcs? 
Jean  XXII  s'était  fait  renseigner  fort  exactement  sur  leurs  res- 
sources. Nous  possédons  encore  un  traité  «  De  V estât  et  de  la 
gouvernance  du  grant  Kaan  de  Cathay,  souverain  empe- 
reur des  Tartares,  et  de  la  disposition  de  son  empire  et  des 
autres  princes,  interprété  par  un  arcevesque  que  on  dist  l'arce- 
vesque  Saltensis,  au  commant  du  pappe  Jehan  XXII,  trans- 
laté de  latin  en  français  par  frère  Jehan  le  Lonc  d'Ypre,  moine 
de  Saint-Bertin  en  Saint-Omer^.  ■»  «  Le  grant  Kaan  est  très  puis- 
sans,  »  disait  cet  archevêque  Saltensis  ou  de  Sultaniehen  Perse, 
Guillaume  d'Adam  (1''^  juin  1326-26  octobre  1334)^  ou  Jean  de 
Coré^  :  «  à  Ij  sont  subjet. . .  espécialement  trois  grans  empereurs  : 
c'est  assavoir,  l'empereur  de  Cambalech,  l'empereur  de  Boussay 

1.  Fabricius,  Bibliotheca  latina,  t.  V,  p.  196. 

2.  Cf.  la  réponse  des  Vénitiens  à  Philippe  VI  de  Valois  (11  mai  1332),  dans 
l'ouvrage  de  M.  de  Mas-Latrie,  Commerce  et  expédition  de  la  France  et  de 
Venise  au  moyen  âge  {Documents  inédits,  Mélanges  historiques,  III,  98). 
Cf.  aussi  Sanudo,  dans  Kunstmann,  ouvr.  cité,  779  :  «  Possent  transire  Tarlari, 
qui  cum  regno  confinant  Ungariae,  et  in  Aleraanniara  et  Franciam  ire,  ac  etiam 
in  Italiarn,  et  totam  dorainio  suo  submittere.  » 

3.  L.  de  Backer,  l'Extrême-Orient  au  moyen  âge,  p.  335-346. 

4.  Delaville  Le  Roulx,  la  France  en  Orient  au  XIV^  siècle,  p.  62. 

5.  L'auteur  du  mémoire  serait  Jean  de  Core,  qui  aurait  été  nommé  arche- 
vêque de  Sultanieh  dès  1328,  selon  L.  de  Backer,  ouvr.  cité,  p.  24. 


28  LETTRES   INEDITES   ET   MÉMOIRES 

et  l'empereur  de  Usboch^  »  Par  ordre  de  Jean  XXII  encore,  le 
P.  Jourdain  Cathala  de  Séverac,  premier  évêque  de  Quilon  aux 
Indes  orientales  (1306-1336) ,  qui  se  trouvait  à  Avignon  le 
13  mars  1330*,  rédigeait  ses  Mirabilia  Indiae^.  Les  Tartares 
n'y  étaient  point  oubliés.  Ces  ouvrages  littéraires  n'étaient  que  le 
prélude  de  négociations  diplomatiques. 

Le  pape  s'efforçait  de  fléchir  les  trois  empereurs  tartares  de 
Chine,  de  Perse  et  du  Kiptchak  riverain  de  la  mer  Noire  en  les 
prédisposant  en  faveur  des  chrétiens. 

On  comprend  dès  lors  quelle  importance  avait  l'ambassade  de 
ces  deux  Jacobins,  «  fratres  Jacobini,  »  venant  de  Tartarie,  que 
signale  Marino  Sanudo  dans  sa  lettre  à  l' évêque  de  Pouzzoles. 
Les  Tartares  répondaient  aux  souhaits  de  la  papauté  et  se  met- 
taient en  rapport  avec  elle. 

La  lettre  de  Sanudo  n'est  pas  datée;  mais  il  est  facile  de 
retrouver  dans  les  chroniques  ou  les  documents  contemporains  la 
trace  du  passage  de  ces  Orientaux. 

S'agirait-il  de  ces  «  ambassaiteurs  »  du  «  grant  seigneur  des 
Tartarins...,  qui  baillèrent  lettres  et  jouiaux  au  pappe  de  par 
luy^?  »  Jean  le  Long,  moine  de  Saint-Bertin  de  Saint-Omer  en 
1351 ,  nous  donne,  d'après  les  Archives  pontificales,  la  date  de  leur 
arrivée,  «  mil  trois  cens  [X]XXVI11,  environ  la  Pentecouste,  » 
et  la  teneur  de  leur  mission^.  Nous  avons  aussi  la  réponse  qu'ils 
reçurent,  car  toute  la  correspondance  des  papes  du  xiv®  siècle 
avec  les  Infidèles  est  transcrite  dans  le  registre  62  de  VArchimo 
secreio  du  Vatican  :  De  negotiis  Tarlarorimi  et  aliorum  Infi- 
delium.  Le  13  juin  1338,  Benoît  XII  écrit  au  Grand  Khan  des 
Tartares^,  aux  Chinois  «  Fodim  Jovens,  Chyansam,  Tongi,  Cen- 
bogan,  Vensy,  Johannem  Jochoy  et  Rubeum  Pinzanum,  princi- 


1.  L.  de  Backer,  ouvr.  cité,  p.  335. 

2.  Mathîei,  Sardinia  sacra,  297. 

3.  Le  P.  François  Balrae,  le  Vénérable  Père  Jourdain  Cathala  de  Séverac. 
Lyon,  1886,  in-8°. 

4.  A.  Molinier,  Fragments  inédits  de  la  chronique  de  Jean  de  Noyai,  dans 
ï Annuaire-Bulletin  de  la  Société  de  l'histoire  de  France,  l.  XX  (1883),  p.  249. 
—  Toscanelli,  en  1475,  révoquait  en  doute  l'existence  de  cette  ambassade. 

5.  Louis  de  Backer,  l'Extrême-Orient...,  p.  347-356. 

6.  Arch.  du  Vatican,  reg.  62,  f.  xxx  :  «  Magnifico  principi  imperatori  iinim- 
ratoruni  omnium  Tartarorum  illustri  gratiam,  etc.  Celsitudinis  tue  nuncios.  » 


DE   MARINO   SANUDO   l'a\C1E\.  29 

pes  Alanorura*  et  alios  Alanos  christicolas^,  —  Magnifico  prin- 
cipi  Chansi,  imperatori  Tartarorum  de  Medio  Imperio%  — 
Nobilibus  Yiris  Carasmon  et  Johanan,  magnifici  principis  Chansi 
imperatoris  Tartarorum  de  Medio  Imperio  familiaribus^  — 
Magnifico  principi  Usbech,  imperatori  Tartarorum  et  magno 
filio  Cyistam^  »  Les  envoyés  du  Grand  Khan  et  des  princes  chi- 
nois s'appelaient  André  et  Guillaume  «  de  Nassio  »  et  Thogay, 
Alain  du  Cathay,  c'est-à-dire  de  la  Chinée  A  leur  départ  de  Cam- 
balech  ou  Péking,  ils  avaient  treize  autres  compagnons''.  Ils 
avaient  passé  par  Seraï  sur  le  Volga,  capitale  d'Uzbek-Klian, 
Khan  mongol  du  Kitpchak,  autrement  dit  empereur  delà  Gazarie 
ou  de  la  Horde  d'Or,  et  à  leur  retour  ils  devaient  prendre  la 
même  route  ^. 

Si  attrayante  que  puisse  être  l'identification  des  deux  «  fratres 
Jacobini  »  de  Sanudo  avec  les  ambassadeurs  orientaux  venus  en 
1338,  il  ne  faut  pas  nous  y  arrêter.  Les  deux  Dominicains  étaient 
des  envoyés  spéciaux  du  Khan  de  la  Horde  d'Or,  Uzbek^  et  non 

1.  Cf.  W.  Germann,  Die  Kirche  der  Thomaschristen.  Gùtersloh,  1877,  in-8°, 

2.  Reg.  vatic.  62,  f.  xxx  et  xxx  v  :  a  Veaienles  nuper  ad,  »  et  f.  xxxii  : 
«  Serana  facie  letoque.  » 

3.  Reg.  vatic.  62,  f.  xxxi  :  «  Leti  rumores  Deo.  » 

4.  Reg.  vatic.  62,  f.  xxxi  v°  :  «  Letanter  de  vobis.  » 

5.  Reg.  vatic.  62,  f.  xxxi  v  :  «  Exultanti  precepimus  anirao.  » 

6.  Reg.  vatic.  62,  f.  xxxii  v"  :  «  Scribitur  littera  salvicuiiductus  pro  Andréa 
et  Guillelmo  de  Nassio  et  Thogay  Alaao  de  Cathayo  nunciis  imperatoris  Tar- 
tarorum super  certis  fidem  calholicam  tangentibus  ad  sedera  apostolicam  des- 
tinatis  et  cum  litteris  rursalibus  ejusdem  sedis  remissis.  Dat.  Avenione,  xiii  kai. 
julii,  anno  quarto.  » 

7.  Lettres  du  Grand  Khan  au  pape  Benoît  XII  :  «  ...  Nous  envoyons  mes- 
saigé  nostre  Andrieu  aveuc  xv  compaignons  au  pappe...  Escript  en  Cambalec 
en  l'an  du  Rat  le  vi'  mois,  le  3=  jour  de  la  lunation  »  (lettres  «  translatées  du 
latin  en  françois  par  frère  Jehan  le  Lonc,  dit  et  né  de  Ypre,  moine  de  S'-Ber- 
lin  en  S'-Aumer  en  l'an  de  grâce  M  CGC  LI,  »  Cf.  Louis  de  Backer,  V Extrême- 
Orient...,  p.  347). 

8.  Reg.  vatic.  62,  f.  xxxiii.  Lettre  de  Benoit  XII  :  «  Magnifico  principi 
Usbeck,  imperatori  Tartarorum  illustri,  gratiam,  etc.  Letanter  et  bénigne. 
Tu...  nuncios  nostros  quos  dudum  ad  parles  Cathayensis  imperii  miltebamus 
ad  tuam  preseniiam  accedentes...,  eis  fecisti  usque  ad  partes  predictas  de 
conductu  non  modico  quinpotius  sumptuoso  et  magnifico  provideri.  »  Avignon, 
17  août  1340. 

9.  Cf.  les  Voyages  des  yeux  dans  les  royaumes  des  différentes  contrées,  par 
Schehâb-eddin,  auteur  arabe  du  xiv°  siècle  et  contemporain  d'Uzbek.  On  y 
trouve,  avec  un  portrait  très  curieux  d'Uzbek,  la  description  du  Kiptchak  et 
en  particulier  de  la  capitale,  Serai  {Notices  et  extraits  des  manuscrits,  t.  XIII, 
1"  part.,  p.  263  et  suiv.,  art.  de  Quatremère). 


30  LETTRES   INÉDITES    ET   MÉMOIRES 

du  Grand  Khan;  ils  avaient  une  mission  moitié  religieuse,  moitié 
commerciale  sans  doute  ;  d'où  leur  séjour  à  Venise  avant  de  gagner 
Avignon.  Leur  itinéraire,  retracé  par  Marino  Sanudo,  est  fort 
instructif.  Partis  de  Serai  sur  le  Volga,  ils  avaient  traversé  la 
Hongrie,  où  le  roi  de  Hongrie  les  avait  hébergés,  l'Autriche, 
Venise,  où  ils  avaient  remis  au  doge  les  lettres  dont  ils  étaient  por- 
teurs de  la  part  des  chrétiens  d'Orient  et  où  ils  avaient  fait  la 
connaissance  de  Sanudo;  puis  ils  avaient  gagné  Avignon.  Après 
un  long  séjour  à  la  cour  pontificale,  ils  s'en  retournèrent  vers 
TJzbek  en  passant  par  Constantinople.  C'est  de  Constantinople 
qu'ils  écrivent  à  Marino  Sanudo  pour  lui  recommander  Jachino 
di  Cremona.  Or,  nous  savons  la  date  du  retour  de  Jachino  d'Orient 
en  Italie  et  en  France  :  ce  fut  à  la  fin  de  l'année  1334'. 

Nous  avons  ainsi  la  date  de  l'ambassade  des  deux  Jacobins  : 
1334.  Etenefi"et,  le  l'^'" octobre  1334,  Jean XXII adresse  une  lettre 
«  Deo  vivo  et  —  »  à  «  Usberh  in  Gazaria  imperanti^.  »  Il  char- 
geait en  même  temps  ses  messagers,  nos  Dominicains  sans  aucun 
doute,  de  cinq  autres  bulles  pour  le  Grand  Khan,  le  roi  de  Corée 
«  Secedechigista  »  ou  «  Soco  de  Chigista  »  (1"  octobre),  pour  les 
rois  et  les  peuples  tartares  (31  octobre),  pour  les  Frères  Prêcheurs 
missionnaires  chez  les  hérétiques  ou  les  Infidèles^  (6  août  1334). 
Serai  était,  nous  l'avons  vu,  la  route  de  la  Chine. 

Il  est  désormais  facile  d'assigner  une  date  à  la  lettre  de  Marino 
Sanudo.  Elle  est  postérieure  à  octobre  1334  de  tout  le  temps  qu'il 
a  fallu  aux  deux  Jacobins  pour  aller  d'Avignon  à  Constantinople, 
et  à  leur  lettre  pour  venir  de  Constantinople  à  Venise,  c'est-à- 
dire  de  deux  à  trois  mois  au  moins.  La  lettre  envoyée  par  Sanudo 
à  Paulin,  évèque  de  Pouzzoles,  serait  donc  des  premiers  mois 
de  1335. 

Les  deux  personnages  dont  parle  le  Vénitien  et  qu'il  tient  en 
si  haute  estime,  Jachino  di  Cremona  et  Guillaume  Badin,  nous 
sont  connus.  Jachino  di  Cremona  avait  résidé  plus  de  trente  ans 
sur  les  côtes  de  Romanie,  de  la  mer  Noire  et  en  une  foule  d'autres 
Ueux^  Aussi  conçoit-on  qu'il  fût  versé  dans  la  connaissance  des 
«  factis  septentrionaliura  gentium.  »  En  1330,  il  était  parti  de 
Sébastopol  pour  l'Angleterre  avec  une  lettre  de  recommandation 


1.  Kunstraann,  Studien...,  p.  813,  etc. 

2.  Reg.  62,  f.  XXVIII  v°. 

3.  Reg.  62,  f.  XXVI  V-xxviii  v°. 

4.  Kunstmaan,  Studien...,  p.  813. 


DE   MARI\0   SÂNUDO    l'a^JCIEN.  3^ 

de  l'êvêque  du  lieu,  Pierre^  En  octobre  1334,  il  se  rend  à  la 
cour  du  pape  Jean  XXII  et  de  Philippe  VI,  accrédité  par  Sanudo 
près  de  tous  les  personnages  influents  ^  près  de  Paulin  de  Pouz- 
zoles  lui-même,  comme  nous  l'apprend  ce  passage  de  la  présente 
lettre  :  «...  Jachinum  de  Cremona  de  quo  feci  vobis  in  exem- 
plara  littera  mentionem.  » 

Le  Rayonnais  Guillaume  Fernande  ou  Guillaume  Bernard^  «  de 
Furvo,  »  autrement  dit  Badin,  est  aussi  un  intrépide  voyageur 
du  xiv^  siècle.  Disgracié  par  son  souverain  Edouard  III,  roi  d'An- 
gleterre, il  s'était  attaché  au  service  du  duc  Louis  de  Bourbon. 
Louis  de  Bourbon,  qui  n'avait  pas  abandonné  ses  projets  de  croi- 
sade, chargea  G.  Badin  d'explorer  les  pays  des  Infidèles.  Guil- 
laume visita  Chiarenza,  Modon,  Constantinople  et  Péra,  Tré- 
bizonde  dans  la  mer  Noire,  Tauris  en  Perse,  Bagdad  en 
Chaldée;  par  Laiazzo  en  Cilicie  ou  Petite- Arménie,  par  la  Crète 
et  Chypre,  il  se  rendit  à  Alexandrie  avec  un  firman  du  soudan 
de  Babylone,  vit  le  Caire  et  la  Babylonie,  le  royaume  de  Jéru- 
salem et  Damas  :  il  revint  en  France  par  Beyrouth,  Chypre,  la 
Grèce,  Venise  et  Ferrare  (1334).  Il  rendit  compte  de  sa  mission 
à  Philippe  VI  et  au  duc  de  Bourbon  et  essaya  en  même  temps  de 
rentrer  en  grâce  près  d'Edouard  IIP. 

VIII.  Mémoire  relatif  à  la  soumission  de  Louis  de  Bavière 
et  à  sa  7'éconciliation  avec  V Église  [1335  ou  1336]. 

Ce  mémoire  a  été  écrit  au  moment  où  l'empereur,  Louis  de 
Bavière,  désavouant  l'antipape  qu'il  avait  créé  sous  le  nom  de 
Nicolas  V,  implorait  le  pardon  du  saint-siège.  Dès  l'avènement 
de  Benoît  XII,  l'empereur  avait  entrepris  de  faire  lever  l'excom- 
munication dont  Jean  XXII  l'avait  frappé.  Le  2  août  1335,  il 
écrivait  au  pape  qu'il  se  soumettait  entièrement  à  l'Eglise'';  le 
28  octobre  1336,  une  ambassade  partait  de  Nuremberg  et  portait 
sa  rétractation  à  la  cour  d'Avignon'.  Mais  Benoît  XII  posait  des 

1.  Ibid.,  p.  817-819. 

2.  Ibid.,  p.  808  et  813,  et  infra,  n»  I. 

3.  Kunstmann,  Studien...,  p.  816. 

4.  Ibid.,  p.  812. 

5.  Ibid.,  p.  816.  —  M.  Sanudo  écrit  au  comte  Guillaume  de  Hollande  tout 
spécialement  pour  le  prier  d'intercéder  auprès  d'Edouard  III  en  faveur  de 
Guillaume  Badin. 

6.  Vaiikanische  Akten  zur  deutschen  Geschichte  in  der  Zeit  Kaiser  Ludwigs 
des  Bayern.  Innsbruck,  1891,  p.  591,  n»  1748. 

7.  Ibid.,  p.  637,  n"  1841. 


32  LETTRES   INE'dITES   ET   MEMOIRES 

conditions  à  remplir  avant  la  rentrée  au  bercail  ;  les  négociations 
devaient  durer  encore  plus  d'un  an^ 

C'est  en  1335  ou  1336,  à  l'époque  où  Louis  de  Bavière  com- 
mençait à  se  rapprocher  du  pape,  que  le  présent  mémoire  a  été 
écrit.  Préconisant  comme  pénitence  la  croisade  contre  les  Turcs, 
il  rentre  bien  dans  les  idées  de  Marino  Sanudo. 

IX.  Lettre  de  Marino  Sanudo  à  Guillaume,  comte  de 
Hainaut  [octobre  1336-mars  1337]. 

Postérieure  à  1334 2,  postérieure  à  la  mort  de  Giotto^  (8  jan- 
vier 1336),  la  lettre  est  écrite  au  cours  de  la  guerre  des  Vénitiens 
contre  Mastin  de  l'Escale,  seigneur  de  Vérone ^  peu  après  l'en- 
trée en  campagne  du  général  vénitien  Pietro  Rossi  (fin  d'octobre 
1336). 

D'autre  part,  elle  devait  être  portée  à  destination,  comme  les 
missives  antérieures,  par  les  galères  de  la  république  allant  en 
Flandres  :  elle  est  donc  antérieure  au  départ  de  ce  convoi,  à 
mars  1337.  Du  reste,  elle  est  au  plus  tard  de  cette  année  1337, 
car  Guillaume  de  Hainaut  mourut  le  7  juin  1337. 

Depuis  1324  au  moins ^,  depuis  qu'il  poussait  la  France  à  une 
croisade,  Sanudo  était  en  relations  avec  le  puissant  comte  de  Hai- 
naut. Puissant  en  efîet,  Guillaume  n'était  rien  moins  que  l'arbitre 
de  l'Europe.  Comte  de  Hainaut,  Hollande,  Zélande  et  Frise, 
gendre  de  Charles  de  Valois,  beau -père  du  roi  d'Angleterre 
Edouard  III  et  de  l'empereur  d'Allemagne  Louis  de  Bavière, 
Guillaume  avait  ébloui  le  grand  voyageur  vénitien.  Un  croisé  de 
cette  envergure  devait  entraîner  des  armées  entières  à  sa  suite. 
Voilà  pourquoi  Sanudo  lui  écrivait  sans  cesse,  l'intéressant,  le 
captivant  et  le  pressant  de  partir.  Fatigué  sans  doute  de  ces 
obsessions,  Guillaume  de  Hainaut  prétexta  une  maladie  qui  l'em- 


1.  Leroux,  Relations  politiques  de  la  France  et  de  V Allemagne,  p.  191.  — 
A.  Molinier,  Fragments  inédits  de  la  Chronique  de  Jean  de  Noyai,  dans  VAnn.- 
Bull.  de  la  Soc.  de  l'kist.  de  France,  XX,  249. 

2.  Cf.  la  lettre  elle-même,  n"  IX  :  «  ...  Vous  ai-je  mandé  puis  plusieurs  lelres 
et  escris,  et  par  les  galées  de  Flandres  corant  l'an  del  CGC  XXXIIIi.  » 

3.  N°  IX,  infra  :  «  Un  soulilissime  maistre  de  paintures  et  d'autres  mer- 
veilles qui  estoit  clames  Joth.  » 

4.  N°  IX,  infra  :  «  Entre  les  autres  geatilz  homes  qui  sont  à  nos  soudées.  » 
—  Art  de  vérifier  les  dates,  III,  717. 

5.  Bongars,  Gesta  Dei  per  Francos,  II,  299. 


DE   MAKINO   SAIVDDO   l'aNCIEN.  Sa 

péchait  de  monter  à  cheval  et  se  fit  relever  du  vœu  d'aller  com- 
battre en  Terre-Sainte  (19  juin  1335)  ^ 

Cette  lettre  complète  les  renseignements  que  nous  possédions 
déjà  sur  les  manuscrits  de  Sanudo  et  pourra  servir  de  point  de 
départ  à  de  nouvelles  recherches  sur  les  cartes  et  le  grand  ouvrage 
de  l'infatigable  vénitien.  Il  rappelle  au  comte  de  Hainaut  qu'il  lui 
a  envoyé,  outre  plusieurs  lettres,  des  mappemondes,  le  Liber 
secretorum ,  une  carte  de  la  mer  Méditerranée  et  une  carte 
d'Egypte,  et  surtout  «  un  quaterne  de  letres  registrées  con  la 

signification  d'une  figure  de e  Florence  par  un  soutillissime 

maistre  de  paintures  et  d'autres  merveilles  qui  estoit  clames  Joth 
[c'est-à-dire  Giotto]  ^  » 

Puis  il  annonce  au  comte  qu'à  la  suite  de  ces  «  letres  regis- 
trées, »  «  se  metera  la  vie  de  Crist,  les nce  de  se  humilité  et 

de  sa  povreté  et  de  sa  haute  doctrine,  »  et,  en  efîet,  dans  le 
manuscrit  latin  4939  de  la  Bibliothèque  nationale,  qui  contient 
des  cartes  de  Sanudo  3,  nous  voyons  toute  une  série  de  dessins 
assez  finement  exécutés  et  qui  représentent  les  principales  scènes 
de  l'Évangile^  :  la  chronique  renfermée  dans  ce  manuscrit  serait- 
elle  l'œuvre  de  notre  géographe^?  C'est  là  une  question  que  devra 
examiner  l'historien  qui  étudiera,  plus  méthodiquement  qu'on  ne 
l'a  fait  jusqu'ici,  la  vie  et  les  travaux  du  grand  Vénitien. 

C.  DE  LA  RoNciÈRE.       Léon  Dorez. 


1.  Vafikanische  Akten  zur  deutschen  Geschichte  in  der  Zeit  Kaiser  Ludwigs 
des  Bayern.  lansbruck,  1891,  p.  588,  n"  1737. 

2.  Giotto  était  mort  peu  de  temps  auparavant,  le  8  janvier  1336. 

3.  Fol.  9,  mappemonde;  fol.  10,  Syrie  et  Egypte;  fol.  10  v°-ll,  Terre-Sainte. 

4.  Fol.  42  et  suivants. 

5.  Fol.  116,  col.  1,  on  lit,  au-dessous  des  mentions  consacrées  à  Jean  XXII, 
cette  note  d'un  lecteur  italien  du  xiv"  siècle  :  «  Iste  Venetus  adulator  nicil 
dicit  de  tyrampnide  gesla  per  papam  istum,  de  trucidatione  Christianorum 
facta  suo  jussu,  de  partialitate  animosa  ejusdem,  et  de  quampluribus  aliis  dya- 
bolicis  gestis  ejusdem.  Expectabat  quidem  bergulus  iste  pilleum  rubeum  veri- 
tatem  tacendo  et  exprimendo  mendacia.  Vir  quidem  saaguinum  fuit  Johannes 
iste,  nec  ecclesie  Dei  satis  digaus.  »  Il  est  bien  possible,  en  effet,  que  Marine 
ail  espéré  le  chapeau  rouge.  —  On  a  publié  à  Venise,  en  1889,  de  très  beaux 
fac-similés  d'un  ms.  de  la  Marcienne  contenant  le  même  travail  que  notre  ms. 
latin  4939  :  De  passagiis  in  Terram  Sanctam,  excerpla  ex  Chronologia  magna 
codicis  latini  CCCXCIX  bibliotheccV  ad  D.  Marci  Venetiarum,  auspice  Socie- 
tate  illustrandis  Orientis  Latini  monumenlis  edidit  Georgius  Marlinus  Thomas. 
Onoldiaus,  gr.  in-fol.  —  M.  Thomas  croit  que  l'auteur  est  Vénitien,  que  Marino 

4895  3 


34  LETTRES  INEDITES  ET  MEMOIRES 


DOCUMENTS. 


I. 

Lettre  de  Marino  Sanudo  a  un  personnage  français 
(après  le  20  décembre  -1334). 

che  il  vous  fera  cortoisie  par  sa  bonté  et  de  Dieu  et  por  mon 

amor.  Encore  11  mostrés  les  letres  che  ie  mande  aus  segnors  desus 
dis,  ensi  come  il  samblera  à  sa  Segnorie.  Toutes  voies,  que  les  letres 
ne  soient  pas  ouvertes.  Encore  vous  recordé  ie,  che  quant  vous  ve 
venrés  à  partir  de  lui,  che  vous  demandés  de  la  voie,  et  che  vous  ve 
raetés  avuec  bone  compagnie.  Et  quant  Dieux  vous  donra  la  grâce 
que  vous  serés  as  segnors  desus  dit,  vous  me  recomanderés  a  aus, 
si  comme  il  vous  samblera  che  il  se  conviengne,  et  présentés  li  les 
letres  desus  dites  et  dites  leur  de  par  moi  che  ie  ai  grant  desirance 
de  veoir  leur  magnificence;  mes  Dieux  set  bien  che  la  puissance  ni 
est  mie  bien,  por  aucunes  besoingnes  qui  me  sont  encornes.  Mes 
toutes  fois,  non  mie  sans  grant  vergoingne,  ie  demande  leur  aide,  à 
ce  che  ie  puisse  estre  delà  avuec  aux  à  procurer  quelque  bien,  espe- 
ciaument  avuec  mon  segnor  le  pape  novel  et  mon  segnor  le  roy. 
Encores  se  vous  vées  Villaume  de  Furno,  dit  Badin  de  Baione,  ser- 
viciaux  de  mon  segnor  Loys  desus  dit,  li  quiex  a  esté  procainz  iors 
passans  en  Cypre  et  en  molt  d'autres  terre  d'outremer,  salués  le  molt 
de  fois  de  par  moi,  et  dites  li  che  ie  li  soie  recomandés  si  come  il  me 
promist.  Encores  se  vous  veissies  Joachin  de  Crémone  de  Lombardie, 
li  quiex  porta  letres  à  mon  segnor  le  pape  et  à  mon  segnor  le  roy  de 
France,  et  à  celui  d'Englelerre  par  les  besoingnes  d'outremer,  salués 
le  moi  ausément,  et  proies  li  che  il  soie  recomandés.  Je  pri  à  Dieu 
chi  soit  avuec  vous  ores  et  tous  jours.  Amen^ 

Sanudo  et  le  doge  Andréa  Dandolo  ont  utilisé  cette  compilation  et  que  l'évêque 
Paulin  de  Pouzzoles  en  est  peut-être  l'auteur;  mais  il  s'en  tient  à  ces  allirma- 
tions  plus  ou  moins  nettes,  sans  donner  le  détail  de  ses  preuves  ou  de  ses  pré- 
somptions. 
1.  Nom.  acq.  fr.  5842,  fol.  2,  col.  1. 


DE  MAEINO   SANTDO  l'ANCIEN.  3S 

n. 

Lettre  de  Mariivo  Sanodo  a  Jehan  Mcsaut 
(après  le  20  décembre  \  334) . 

Au  noble  et  sage  home  Johan  Musaut,  amis  et  segnors  treschiers. 
Marin  Sanud  dit  Torxel  de  Venixe  vous  salue  con  grant  amor,  cum 
omni  recomendatione.  Je  ai  entendu  de  vostre  sens  et  porveance  et 
debonnaireté  par  mon  segnor  Villaume  de  Sellais  en  Borbonois,  por- 
teor  de  cest(r)e  letre,  pour  la  quel  cose  ie  entenz  tous  lors  mes  estre 
vostre  serviciaus  et  amis,  pour  laquel  cose  mon  segnor  Villaume 
desus  dit  vient  la,  li  quiex  vous  donra  a  entendre  de  mon  afaire  et  con- 
dition et  de  mon  estât,  si  come  il  li  plaira  et  samblera.  Encores  ie 
vous  pri  par  vostre  cortoisie  et  debonnaireté  che  il  vous  plaise  de 
avoir  me  recomandé  emprès  mon  segnor  Loys,  duc  de  Borbonois,  et 
emprès  les  autres  avuec  qui  vous  avés  acointance  et  especiaument  au 
preclarissime  et  victorieusissime  roi  de  France,  et  se  [aulcu]ne  cose 
ie  puis  fere  por  vostre  segnorie  en  nul  [pais?]  où  che  ie  soie,  mandés 
moi  commandant  che  ie  le  [feroi]  molt  volenters.  Je  proie  a  Dieu  chi 
soit  avuec< 

m. 

Lettre  de  Marino  Sanudo  au  roi  de  Chypre  Hugues  IV 
(postérieure  au  22  octobre  -1334). 

Et  vous  avés  tous  iours  meintenu  et  meinte[nez] et  avant  qu'il 

venist  avuec  nous  avoit fais  de  chevalerie  et  d'armes  encontre  les 

In[ridèles  et]  en  avoit  mis  a  mort  et  pris  et  ars  leur  l[ins]....  Sires, 
si  soit  certainne  chose  a  vostre  haute  S[egnorie  que  nous]  fuissienz 

très  volenters  a  les  veoir  et  vo nostre  S.  pères  H  papes  et  li  rois 

de  France  v queles  nous  baillâmes  a  vostredit  capitainne,  [qui 

devant]  nos  et  d'autres  saiges  les  ovri,  porce  que  elles  fa l'ar- 
mée; si  regardèrent  li  maistres  de  rOspita[l] porce  que  nous 

avienz  cachun  iour  nouvele grandement,  que  il  n'estoit  pas  bon 

1.  Nouv.  acq.  fr.  5842,  fol.  2,  col.  1. 


36  LETTRES   INÉDITES   ET   Me'MOIRES 

que  nous  laissés ,  puissans  Sires.  Tous  les  fais  qui  ont  esté  fais 

per  la  s[eroienl]  lonc  a  escrire  ;  toute  voie  saice  vostre  Segnorie  que 
[nostre]  sainte  armée  ardi  viii  lins  de  Turs  vers  l[e  iour]  de  nativité 

Nostre  Dame  en  septembre;  entre  le troie  xv  lins.  Item  le  dimenche 

XI  jour  d han  ix  lins.  Item  le  miercredi,  iour  de  s[ainte]  Gro[i3], 

L  lins.  Item  le  samedi  ensuig,  ou  golfe  d[e  Smirne,  en]  pluseurs  leus  et 
en  plusors  flumaire.  G[emesme]  iouroisimes  la  messe  en  présence  et 
révérence  père  e[vesque  de]  Biauvés  ' ,  qui  plusors  fois  i  canta,  tous 

armés que  plusors  Turs  a  pié  et  a  cheval  y  ont  est[é] autres; 

ledit  samedi  fu  occis  i  granz  od avoit  espousée  la  fille  Jacxi  ;  plusors 

casai de  grains  i  ont  esté  ars  et  gasté  en  tous  les vostre  dis 

capitainnes  et  sa  compagnie  se  son[t  belle]ment  et  curieusement 

porté,  et  si  sagement  e avisemens  donner,  que  l'an  ne  vous  en 

poroi[t] et  bonz  consau3,eta  leur  grant  diligence  app lente  de 

vostre  Segnorie  que  en  ce  les  ave [a]  la  famille  cognoist  on  le  segnor, 

très  puis[sans  Sires,  à  nostre  S.]  Père  le  pape  et  au  roy  de  France, 

de  avoir  a temps  que  il  n'ont;  car  il  ne  les  ont  armé  que 

volenters  demorés  a  continuer  la  sainte  beso[ingne]....  [pa]trons  que  il 
n'avoient  mais  a  servir  que  x  ior por  leur  retour  iusques  a  Mar- 
seille, très  pui [santé]  Segnorie,  que  vostre  dis  capitainnes  nous  a 

obéi  [et  léau]ment  offert  et  présenté  vos  galies,  et  les de  faire  et 

feronz,  se  Dieu  plaist,  ou  S.  P[ère  et  à]  nostres  autres  segnors  de 
France  tele  re[verence,  por  le]  glorieus  nom  Jesuchrist,  a  la  loenge 

de  vostre  s[egnorie]  et  de  vostre  dite  armée,  et  au  profit  de  tou 

espérance  que,  nostre  relation  oie  de  nostre  S.  Per[e  le  pape],  [plus] 
hastivement  et  plus  efforciement  qu'il  vos^ 

IV. 

Notes  sua  les  de'buts  du  pontificat  de  Benoit  XII 
(écrit  dans  les  premiers  mois  de  l'année  -1335). 

de  decembrio  miser  lo  papa  fese  consistorio  en feri  gratia 

a  Dio,  et  alo  colegio,  de  ligar [a]  création,  digando  che  lo  iera  homo 

de  picola  [casa]  elo  non  aveva  parenti.  Et  perço  ello  li  vole deli  et 

parenli.Etperçoliprovedevadeflo idessi,ancorche  tutti  liencensi 

1.  Jean  de  Marigni. 

2.  Nouv.  acq.  fr.  5842,  fol.  2,  col.  2. 


DE    MARINO   SÀNUDO   l'aNCIEN.  37 

débit [exjcepto  quelli  de  Ceci  lia  voleva  che  la  mi a  soa  caméra,  et 

l'altra  mitade  de  loco clielo  perdonava  a  tutti  che  fosse  scirme  (?) 

0  de  le  guerre  de  la  gliesia,  digando  che ra  stada  contra  Dio  et 

deço  era  consumado, e  la  gliesia,  et  era  sparso  gran  multitu 

e  Ancor  a  comesso  a  miser  Anibaldo\  et  a  [miser  Bertjran^  et  a 
un  altro  gardenal  che  li  debia  [far  la  reparatione  dele]  gliesie  de  San 
Piero  et  de  San  Polo,  et  de  [San  Giouanni  in  Lajteran  et  de  le  altre 

gUesie  de  Roma.  Item edamo  annati,  lo  mareschalco  et  lo  vis 

[e]t  tutti  li  altri  officiali  de  la  corte,  non  possa cio  plu  che  meço 

anno.  Etal  plu  fin inchavode  quello  se  debia  s'indicar, squa 

tofania  se  die  coronar. 

xxfii  fe  un  altro  consistorio  et  attuti i  et  clerisi  reçeve 

reverentia,  et  ordena soa  coronation,  tuti  se  devese  partir  et  an 

latine  (?)  K 

V. 

Flagellum  humani  generis. 

ntibus  gentes  barbaras  edidit  Dominus  no se;  nam  quidam 

pseudo  prophète  de  extraneis  mun[di] [e]t  pellibus  ovium  ves- 

titi  (?)  surrexerunt,  quorum  est  [ingenjs  multitudo  qui  paucis  par- 

cunt  hominibus [rjeligiosorum  sanguinem  siciunt,  ossanutri , 

partibus  orientalibus  degunt,  et  ubicunque  (?)  régna  [conquisivje- 
runt  de  quorum  controversia  vobis,  Pater,  [ali]quantulum  presenti- 

bus  aperiatur.  Sed  superaddatur bus  alligato-,  Christum  enim 

predicant  Nazarenum fidei  catholice  simbolo  continentur,   et 

dicunt  quem  nos  credimus  Antichrislum  quem  [fejrrum  auro  puris- 
simo  et  pretiosis  lapidibus  [muta]t,  qui  nunquam  cibariis  pubhce 

utitur  et  ideo exercitu  predicatur  et  creditur  immortalis.  Di 

tum  nunquam  ténèbre  comprehendunt,  sed  sicut  [sol  res]plendet  ; 
itaque  circonstantes  semper  in  (?)  [lumjine  esse  et  luce.  Sedens  ille 
in  circuitu'' 

1.  Annibaido  Ceccano,  archevêque  de  Naples,  cardinal-évêque  de  Frascati, 
légat  en  France  et  à  Naples,  promu  en  1327,  mort  en  1356. 

2.  Le  cardinal  Bertrand  du  Pouget. 

3.  Nouv.  acq.  fr.  5842,  fol.  2  V,  col.  1. 

4.  Nom.  acq.  fr.  5842,  fol.  2  v,  col.  1. 


38  LETTRES   INÉDITES   ET   MÉMOIRES 

VI. 

Quidam  hereticus  captus  est  Narbone  qui  dicit  terrlbiles  errores, 
et  facit  se  vocari  Jesum  Ghristum,  et  dicit  quod  est  Paraclitus,  Spiri- 
tus  sanctus,  de  quo  dicit  fîlius  Dei  in  evangelio  :  «  Paraclitus  autem 
Spiritus  sanctus,  quem  mittet  pater  in  nomine  meo.  »  Dicit  enim 
quod  est  missus  a  Deo  pro  edocenda  fide  lucida  veritatem  [sic]^  et 
asserit  se  natum  ex  virgine  et  conceptum  opère  Spiritus  sancli,  sic 
quod  religiosi  sunt  valde  stupefacti.  Ita  quod  de  omnibus  quibuscum- 
que  que  sibi  fmnt  mirabiliter  respondet  vel  visiones  dat,  et  cum 
fuit  requisitus  per  quemdam  predicatorem  quod  faceret  aliqua  signa 
quibuscrederetur  sibi,  responditillaverba  que  vere  filius  Dei  respondit 
Judeis,  cum  ab  eis  requisitus  erat  :  «  Mala  et  prava  generacio  querit 
signum  et  non  dabitur  vobis.  »  Gum  fuit  interrogatus  per  quemdam 
inquisitorem  quo  ibat,  respondit  quod  versus  curiam  pro  eligendo  illos 
in  fide,  et  multa  plena  stupore,  quasi  nulla  scriplura  latet  eum,  cum 
est  scientifîcus  et  demonis  plenus;  et  dixit  quod  fuit  canonicus  et 
loquitur  Guasconica  litteraliler  et  vulgariler  ornate  valde;  et  quando 
irreverenter  quis  ei  loquitur,  tacet,  et  quando  cum  reverentia,  res- 
pondet libenter  ad  interrogata  < . 

VU. 

Lettre  de  Marino  Sanudo  a  Paulin,  évêque  de  Pouzzoles 
(Venise,  premier  mois  de  ^335). 

Puteolano. 
Reverendissime  in  Ghristo  pater  et  domine  domine  rai  precordia- 
lissime.  Ad  hoc  ut  omnia  vobis  liqueant  manifeste,  duo  fratres  Jaco- 
bini,  scientes  ydioraata  plura,  cum  famulis  suis  venerunt  deTartaria 
versus  septentrionale  hemisperium,  de  terra  quam  tenet  Husbecco, 
imperalor  in  illis  partibus,  portantes  litteras  multas  dominorum 
Chrislianorum  quidegunt  inseptemlrione;  etfueruntad  regem  Hon- 
garie,  qui  dictos  fratres  recepit  honorabiliter  et  cum  magnis  donis, 
et  in  Austriam  fecit  illos  conduci  et,  Dei  gratia,  sani,  salvi  et  hylares 
applicueruntVenetias;  qui  presentaverunt  domino  meo  duci  -  litteras 

1.  Nouv.  acq.  fr.  5842,  fol.  2  v,  col.  2. 

2.  Andréa  Dandolo. 


DE   MAR1\0   SAXUDO   l'aXCIE^J.  39 

venientes  ad  ipsum  ex  parte  illorum  dominorum  Christicolarum,  et 
gralanter  recepti  et  ex  parte  communis  receperunt  dona.  Postea  cum 
meis  litteris  de  Venetiis  recesserunt,  iter  suum  ad  summum  pontifi- 
cem  dirigentes,  quarum,  si  possibile  michi  erit,  copiam  faciam  regis- 
trari,  et  in  curia  papali  diu  steterunt.  Pinaliter  autem  ad  imperatorem 
Constantinopol[itanum]  missi  fiierunt,  de  quibus  partibus  ab  eis 
recepi  litteras,  in  quibus  mihi  recommendabant  expresse  Jachinum 
de  Cremona,  de  quo  feci  vobis  in  exemplara  littera  mentionem,  qui 
mirabiliter  est  instructus  de  factis  septentrionalium  gentium,  si  quis 
vellet  dare  operam  verbis  suis;  et  idem  dico  de  Guillermo  Badino 
dicto  Badin  de  Furno  de  Baiona  de  Wasconia,  qui  etiam  habebat  lit- 
teras apertas  christianissimi  régis  Francorum  et  domini  Ludovici, 
ducisBorboni.  Et  pro  certo,  si  isti  principes  Ghristicole  vellent  cons- 
tanter  et  perseveranter  intendere  ad  acquirandas  terras  infidelium 
nationum  ut  debent,  bonum  eis  consilium  non  deesset  ita  quod  cito 
Terra  Sancta,  Jérusalem  et  alie  circonstantes  et  méridionales  et  sep- 
temtrionales  citissime  d \ 


VIII. 


MÉMOIRE   RELATIF   A   LA   SOUMISSION    DE   LoUIS   DE    BaVIÈRE 
ET   A    SA   RÉCONCILIATION   AVEC   l'ÉgLISE 

(1335  OU  ^336). 

In  nomine  Domini,  amen.  Infrascripte  sunt  rationes  et  induetive 
pacifîcandi  ecclesiam  seu  dominum  papam  cum  Domino  L.  de 
Bavaria. 

In  primis  propter  vitandum  magnum  scandalum  quod  est  per 
orbem  propter  dominorum  discordiam  predictorum.  Nam  iure  cave- 

tur,  quod  dominus  papa  débet  d Romane  ecclesie  indefensum 

propter  scandalum  evitandum.  Beatus  Ambrosius  Rome  sabato  ieiu- 
nabat,  Mediolani  vero  non  ieiuna[bat]  :  ligaverit  fratrem  meum  et 
cetera  ;  et  cum  propter  predicationem  illi  quibus  predicabat  sibi  tene- 
rentur  ad  victum,  ipse  propriis  manibus  querebat  sibi  victum  :  item 
ipse  Ghristus  gloriosus  sciens  se  non  teneri  ad  tributum,  iterum 
propter  vitandum  scandalum  tributum  solvit.  Ergo,  et  cetera. 

Item  quia  bonus  pater  fîlios  tractât  equaliter  nec  facit  differentiam 

1.  Nouv.  acq.  fr.  5842,  fol,  2  v»,  col.  2. 


40  LETTRES    INÉDITES   ET   MEMOIRES 

inter  eos,  sed  licet  dominus  papa  de  herresi  condempnaverit  mar- 
chiones  de  Ferraria  Mediolano  attamen  ipse  postea  absolvit  et  pro 
karissimis  filiis  suis  tractavit  eos.  Nam  dominum  JoJ  prefatum 
columpnam  ecclesie  Dei  fecit  [Ferrari]  ensem  ecclesie  in  episcopum 
et  dictis  marchionibus  Ferrariam  infeudavit,  et  episcopum  eius 
dédit  ad  votum  eorum,  licet  postea  ex  causa  ipsi  interdictum  supra- 
dicti.  Ergo  etc. 

Item  quia  misericordia  Domini  plena  est  terra  et  universe  vie 
Domini  misericordia  et  veritas,  sed  Dominus  papa  est  vicarius  Christi 
gloriosi,  qui  est  ipsa  misericordia  incarna[ta]  ergo  fieri  débet  ei,  si 
enim  Deus  benignus,  cur  sacerdos  eius  austerus  erit.  Ergo  etc. 

Item  quia  omnia  misericordia  clamant  quod  ecclesia  non  claudit 
gremium  redeunti,  alioquin  non  esset  ecclesia,  sed  sinagoga,  sed 
dominus  L.  vult. 

Item  quia  scriptum  est  sententiam  que  misericordiam  negat  nec 
solum  tenere,  sed  etiam  audire,  fugite  :  et  alibi,  iudicium  sine  mise- 
ricordia erit  illis  qui  nolunt  fratres  in misericordiam  denegantes 

verba  terribilia  scripta  sunt,  videlicet  qui  misericordiam  negat  Ghris- 
tum  negat,  qui  est  misericordia  et  veritas  :  sed  non  est  verisimile 
nec  credendum. 

Item  quia  licet  David  rex  commisit  proditionem,  adulterium  et 
homicidium,  attamen  quia  eum  penituit,  Dominus  ei  pepercit  et  de 

ipso  dixit  perdo non  recolo  eum  dixisse,  videlicet  vidi  inveni  homi- 

nem  secundum  cor  meum.  Sed  eum  dominus  L.  sit  vere  penitens. 
Ergo  et  cetera. 

Item  quia  dominus  L.  gratiam  meruit  contemplatione  domus 
Bavariequeperoptimisdotibus  multiplicibus  a  lempore  cuius  non  est 
memoria  et  virlulibus  ac  proprietatibus  decorata,  et  est  inter  domos 
Alemanie  antiquissima,  duces  habuit  prudentissimos  in  ar[mis]  ipsa 
largilas  incarnata  et,  quod  ego  multum  pondero,  adeo  lerminis  suis 
contentata  quod,  licet  plures  duces  Bavarie  CXXXII  [obti]nuere 
imperium  justo  litulo,  in  nuUo  tamen  eorum  patrimonium  augmen- 
latur  quod  in  quibusdam  aliis  contingit,  qui  malo  titulo  unquam 
in  quadruplo  patrimonium  augmentarunt.  Ergo  et  cetera. 

Item  propter  virtules  et  proprietates  domus  predicte  nobilissimas 
et  peroptimas.  Nam  quilibet  actus  legittimi  qui  fiunt  in  Bavaria 

1.  Très  probablement  Giovanni  Querini,  Vénitien  comme  Marino  Sanudo. 
Nommé  évoque  de  Ferrare  par  Innocent  IV  (1252),  il  fut  interdit  presque  aus- 
sitôt après. 


DE   MARINO    SA\UDO   l'aNCIEN.  4^ 

treuga,  positiones,  pacta  et  promissiones  que  fiunt  in  Bavaria  ita 

fuit  floride  laudabiliter  et  splendide  ac  su et  per  omnia  prospe- 

rantur.  Et  ideo  cum  talia  in  Alemania  fiant,  semper  dicitur  quod 
more  Bavarie  illa  intelligantur  facta  esse.  Ergo  et  cetera. 

Item  prôpter  bona  et  meliora  opéra  domini  L.  Nam  scilicet  quod 
dominus  papa  in  consistorio  bienio  nonduni  elapso  dixit  dominus  L. 

audito  quod  in ipse  ivit  pre  litore  contra  eos,  trucidavit  multos 

et  taliter  exterminavit  eos,  alios  quod  a  similibus  alii  acerbuntur  et 
a  convicinorum. 

Item  quia  dominus  L.  tanquamocculislinceisocculatusetundique 
circumspectus  seminare  volens  in  terris  quod  oblivio  redente  domino 
cum  multiplicato  fructu  colligere  in  celis  possitad  honorem  omnipo- 
tentis  Dei  patris  et  fllii  et  [virjginis  Marie  et  omnium  sanctorum  hos- 
pitale  fieri  fecit  nobiliissimum  et  taliter  ipsum  dotavit  quod  semper 

nobiles  p habebunt  omnia  eis  necessaria,  eis  vita  comité,  Ergo  et 

cetera. 

Item  quia  quando  fiet  ultramarinum  passagium  per  dominum 
papam  laudabiliter  ordinatus,  dominus  L.  desiderio  summo  deside- 
rat  [sumpjtibus  transfertare  [sic]  Ghristianorum  terras  per  Saracenos 
miserabiliter  occupatas,  recuperare  infidelium  terras  suo  dominio 

subiugare noluerint  infidelibus  terras  quas  tenentde  Ghristicolis 

plantare  ac  facere  pululare.  Ergo  et  cetera. 

Item  quia  licet  dominus  L.  peccaverit  contra  dominum  papam  qui 
est  vicarius  Ghristi,  atlamen  sanclus  Petrus  apostolus  incomparabi- 

liter  plus  pecavit  [sic],  quia  p Ghristum,  nam  ipse  in  cena  dixit, 

prius  quam  gallus  cantaret  ter  Ghristum  negavit,  et  tamen  quia 
penituit  eum,  Christus  ad  gratiam  eum  r[ecepit]. 

Item  quia  in  uno  canone  legitur  quod  maius  dampnum  est  in 
amissione  unius  anime  quam  mille  corporum,  et  in  altero  canone 
[quod]  est  in  amissione  unius  anime  quam  innumerabilium  corpo- 
rum, notorium  est  autem  quod  omnes  Alemani,  Lombard!  et  Tusci 

et  A L.  p[ro]  catolico  et  fîdellissimo  Ghristiano,  et  sibi  obediunt 

tamquam  imperatori  vero  et  omnium  istorum  anime  perduntur 

propter  pro Lodoycum  et  eius  sequentes  factos,  et  si  dominus 

papa  recipiet  dominum  L.  ad  gratiam,  omnes  predictorum  anime 
salvabuntur. 

Item  quia  sanctissimi  ultramarini  passagii  opus  per  dominum 

papam  laudabiliter  ordinatum  discordia  vigente  inter  dominos 

bene  nam  Ghristianorum  aliorum  pace  salva  plus  operabitur  domi- 
nus L.  prefatus  et  qui  sequi  contemplationem  transfertabunt  in 


42  LETTRES   INEDITES   ET   MEMOIRES 

Christiani  alii  quasi  omnes,  nam  licet  quando  Christiani  contra  Sara- 
cenos  Iransfertaverint,  Saraceni  sint  ciim  Ghrislianis  aliis  pugnaturi 

sibi  quod  non  pugnabunt  cum  domino  L.  et  cum  suis  ymo  viso 

signali  suo  rubeo  adastam  posito désola  fuga et  potius  intrarent 

infernum  vivi,  quam  ipsius  specularentur  presentiam  ullo  modo. 
Ergo  et  cetera. 

Item  quia  dominus  L.  prefatus  videtur  Deo  gratus  et  dilectus  plu- 

rimum,  nam  privilegiatus  est  divinitus  in  duobus,  primo  quia  u 

secundo  quia  non  timet  gladium,  secundum  quod  bec  experientia 
notoria  comprobavit,  cum  ergo  sic  adeo  gratus  Christo  quod  eum 

privilegiavit sic  vicarius  Ghristi  gloriosi  ad  gratiam  débet  recipere 

gratum  Christo. 

Item  quia  dominus  papa  est  debilitatus  in  multis,  et  primo  rations 
domini  régis  Roberti  qui  non  est  pugil  ecclesie,  nec  dominus  papa 

more  sol in  conflictu  Ferrarie  habito,  in  quo  ipse  gentem  suam  et 

signaliahabuil.  Item  quia  Florentia,  que  obtinere  potentiam  unius 

in  diclo  conflictu  contra  dominum  prelibatum.  Item  quia  Ferraria 
Romandiola  et  magna 

(v°)  s  dominus  Lodoicus  seu  filius  marchionalum  Brandourgen- 

sem,  quod  est  pulcrius  jocale  Alemanie,  quiète  possidet  ac  pacifice  de[ti- 

net] quod  dominus  papa  non  débet  ad  gratiam  recipere  dominum 

L.,  quia  ipse  non  est  vere  penitens,  cum  ipse  imperium  nolit  dimittere 
iura  que  dicunt  peccatorem  ad  gratiam  admittendum  de  vere  péni- 
tente intelliguntur;  respondetur  falsum  esse  quod  dominus quod 

velit  quia  ipse  voluit  et  vellet  imperium  dimictere,  sed  ipse  non 

potuit  neque  potest  :  quod  si  probatur,  certum  est  quod  iilud 

commoditate  possumus,  utroque  iure  legilur  et  nolatur.  Sed  domi- 
nus L.  non  potuit  neque  potest  cum  sui  commoditate atim  pro- 

babitur.  Ergo  et  cetera. 

Item  excusatur  dominus  L.  si  non  dimisit  nec  dimictit  imperium 

tali  ratione  certum  est  quod  metus  mortis metusve  causa  fuerit. 

Utroque  iure  legitur  et  notatur  in  rubro  et  nigro,  et  quod  fortius  est 

etiam  metus  amissionis [majgnam  iacturam  qui  s  patitur  excusât 

L.  di.  presbiteros,  cum  concod.,  sed  dominus  L.  sepe  voluit,  veletet 

vult  libenter gratie  domini  pape  se  précise  commictere,  sed  ipse 

non  est  in  curia,  ymo  est  in  Alemania  ubi  principes  et  communitates 

noluere  nec ctat  imperium,  et  clare  sunt  comminati  sibi,  quod  si 

ipse  imperium  dimicteret  ipsi  eum  et  filios  Irucidarent  ducatu  Ba[va- 
riae] is  dissipatis,  ergo  non  potest  dimictere  imperium;  et  si  non 


DE   MARINO   SAIVUDO   l' ANCIEN.  43 

dimictat  excusatur,  et  lamquam  vere  penitens  ad  gratiam  recepi  [sic] 

débet  es  plures  de  predictis,  propter  quas  ad  gratiam  domini 

pape  recipi  débet  prefatus  dominus  L.  propter  scandalum  evitandum 

propter  vitandum tarum. 

Item  propter  plures  alias  quas  diligens  quilibet  bene  coliget  ex 
predictis  ^ . 

IX. 

Lettre  de  Marino  Sanudo  a  Guillaume,  comte  de  Hainaut 
(vers  octobre  ^336-mars  4337). 

[A  l'ecjcellentissime  prince  et  seignour  monseignour  carissime 
monseignour  Guillerme,  conte  de  Henaut,  de  [Holla]nde  et  de  Frise, 
preclarissirae  seignour,  Marins  Sanudo  dis  Tourxelle,  de  la  cité  de 
Venise,  de  la  parochie  de [u]mles  et  dévos  servidours  se  recom- 
mande a  la  vostre  très  haute  bénignité  par  plusours  moies  letres... 

fois  a  vostre  seignourie  contenans  molt  de  choses  et  mandans 

vous  lesmappes  monde  con  les  predi [sjpecialment  de  puis  que  ie 

tramis  a  la  vostre  magnificable  excellence  le  livre  des  secrés  des 

loiaus e  qui  traite  de  la  conqueste  de  Gonstantinople  et  de  molt 

autres  choses.  Je  ai  reçut  de  la  part  de  vostre  seig[nori]e  les  bénignes 
et  gratiouses  letres  que  vous  me  tramesistes  par  plusours  persones. 

Mais  depuis  ie  n'en Et  si  vous  ai  ie  mandé  puis  plusours  letres 

et  escris  et  par  les  galées  de  Flandres,  corantl'an  del  GGG.XXXIIII. 
Encore  vous  envolai  ie  une  mappe  de  la  mer  Mediterraine  et  une 

d'Egypte  avec  molt et  autres  crestianissime  prince  monseignour 

vostre  fiU  le  roy  d'Engleterre  et  a  molt  des  barons  de es.  Ges 

choses  dévoient  venir  en  la  vostre  main  par  sire  Damian  Nadali, 
citoien  de  Venises,  lequelz,  [come  m']a  esté  raporté,  furent  douées 
en  main  de  vostre  chier  fiU  qui  estoit  venus  herbegier  dehors  Bruges 
[par  ung  raaistre  de]  sirurgie  ou  de  plaies  clamé  maistre  Restor  de 
Florence  qui  fait  sa  demorance  en  Bruges  qui  dist  qu'il  [est  vostre] 
servitours.  Encore  vous  envolai  ie  par  maistre  Jehan  de  Henaut,  qui 

demoroit  aveuc  ma  dame  vo[stre  figle] e  face  vraie  par  son  letres 

signifians  molt  de  choses.  Encore  vous  envolai  ie  par  mesire  Jehan 
conte ise  letres  qui  dévoient  estre  douées  en  la  main  de  madame 

1.  Nouv.  acq.  fr.  5842,  fol.  3. 


44        LETTRES   INÉDITES   ET   ME'mOIHES   DE   MARINO  SAMDO   l'aNCIEX. 

l'eraperadrise  vostre  fille  que  elle  deust our.  Et,  s'il  plaisoit  a 

vostre  serenissime  genre  qu'il  les  leust,  il  m'estoit  molt  a  gré  et  croi 

qu'il  fust nt  mandées  recloses  a  vostre  Seigneurie.  Encore  vous 

mandai  ie  par  un  Phelippe  Lombart,  fami[lier  de]  Tempereris  vostre 
figle,  un  quinterne  de  lelres  registrées  con  la  signification  d'une 

figure  qui  fu  de e  Florence  par  un  soutillissime  raaistre  de 

paintures  et  d'autres  merveilles  qui  estoit  clames  Joth iflca- 

tion  et  très  misteriouse  portoit  celle  figure  et  chose  molt  merveil- 

louse-,  car  qui  bien  conoist comprent  Testât  et  le  maintenement 

des  féaus  de  la  crois,  et  là  dedens  se  mêlera  la  vie  de  Grist  les nce 

de  se  humilité  et  de  sa  povreté  et  de  sa  haute  doctrine,  a  veoir  com- 
ment cis  qui  doivent  ses  œvres maintenues.  L'œvre  non  est  com- 
pile encore-,  mais,  si  tost  que  Diex  m'ara  doné  grâce  que  elle  soit 
com[plie,  ie  voz  la  majnderai  toute,  si  que  voz  Tares  ordenéement. 

Encore  vous  ai  ie  escrit  ii  letres  en  françois  par ndies  qui  de 

présent  doivent  arriver  là,  par  un  mien  destroit  cousin  qui  s'apele 

sire  Angelete  Sa[nudo] nt  du  1res  malvais  estât  de  la  crestienté 

et  de  la  manière  de  devoir  apaisier  et  comment  li  turc  pes [s'ef]- 

forcent  de  domagier  adés  les  crestians  et  comment  il  le  font.  Encore 

vous  envoie  ie  Tessamplaire envoie  novelement  a  nostre  saint 

apostole.  Encore  notifié  ie  a  la  vostre  bénigne  Seignourie  que 

[AJquilée  a  meu  guerre  novelement  es  terres  de  Venises  contre  les 

Venesiens  dont  il  noz  convint es  et  outre  les  autres  gentilz  homes 

qui  sont  a  nos  soudées,  noz  avons  un  raesire  Guillerme  du une 

renommée  porte  que  il  soit  vostre  frères  de  hast;  et  vraiement  ses 

mervaille  [sic]  proece  moustre  bien  que sle,  si  que  voz  le  dovés 

bien  avoir  chier  et  Tameroie  miex  assés  près  de  voz,  se  autre  ocoi- 
son* 

1.  i^ouv.  acq.  fr.  5842,  fol.  3  v». 


LES 


HEURES  BRETONNES 

DU  XVP  SIÈCLE. 


Parmi  le  petit  nombre  de  textes  bretons  imprimés  au  xvf  siècle, 
on  distingue  un  livre  d'heures  sur  lequel  on  peut  consulter  les 
travaux  de  M.  le  vicomte  de  La  Villemarqué ' ,  de  M.  Whitley 
Stokes^,  de  dom  François  Plaine ^  et  de  M.  Loth^.  De  ce  livre 
d'heures  il  ne  paraît  subsister  que  deux  exemplaires,  tous  deux 
plus  ou  moins  incomplets  :  l'un,  qui  a  appartenu,  jusqu'à  ces  der- 
nières années,  à  M.  Pol  de  Gourcy,  est  aujourd'hui  à  la  Biblio- 
thèque nationale  (Piéserve,  B.  27815)  ;  l'autre  se  conserve  au  châ- 
teau de  la  Grand-Ville  (Côtes-du-Nord)  et  est  la  propriété  de 
M°*^  la  comtesse  de  Kergariou,  qui,  sur  la  recommandation  de 
M.  le  vicomte  de  La  Villemarqué,  a  bien  voulu  le  mettre  à  ma 
disposition.  Je  vais  donner  la  description  bibliographique  de  ce 
livre,  dont  la  valeur  philologique  a  été  suffisamment  mise  en 
lumière  par  la  publication  de  M.  Whitley  Stokes. 

C'est  un  petit  volume  in-octavo,  de  198  feuillets,  répartis  en 
25  cahiers,  chacun  de  huit  feuillets,  sauf  le  dernier,  qui  en  a  six 
seulement.  Les  cahiers  portent  les  signatures  a-e  et  A-V.  Les 
48  feuillets  des  six  premiers  cahiers  (a-e  et  A)  ne  sont  pas  chif- 
frés ^  A  partir  du  cahier  B,  ils  sont  irrégulièrement  chiffrés  de  i 

1.  Le  grand  mystère  de  Jésus,  passion  et  résurrection,  drame  breton  du 
moyen  âge,  par  le  vicomte  Hersart  de  La  Villemarqué  (Paris,  1865,  ia-8'), 
p.  cvi. 

2.  Mlddle-breton  hours,  edited  with  a  translation  and  glossarial  index  by 
Whitley  Stokes.  Calcutta,  1876.  In-S»  de  102  pages  plus  2  feuillets  préliminaires. 

3.  Bulletin  de  la  Société  archéologique  du  Finistère,  1887,  t,  XIV,  p.  126. 

4.  Chrestomathie  bretonne  [armoricain,  gallois,  comique).  Première  partie  : 
Breton-armoricain,  par  J.  Loth  (Paris,  1890,  in-8''),  p.  253. 

5.  Cette  anomalie  dans  le  système  de  signature  pour  les  cahiers  et  de  numé- 


46  LES  HEURES   BRETONNES 

à  [cLvi];  ils  auraient  dû  être  cotés  de  i  à  cl  ;  les  cotes  xlii  à  xlvii 
ont  été  omises. 

L'impression  a  été  faite  avec  ces  gros  caractères  gothiques, 
connus  sous  le  nom  de  lettres  de  missel,  qui  ont  été  assez  fré- 
quemment employés  pour  l'exécution  de  livres  d'heures  pendant 
la  seconde  moitié  du  xvf  siècle. 

Dans  l'exemplaire  de  la  Bibliothèque  nationale  il  manque  dix 
feuillets,  savoir  : 

J  et  2  du  cahier  a  ; 

i,  4,  5  et  8  du  cahier  cj 

4  et  5  du  cahier  I  ; 

5  et  6  du  cahier  V. 

Il  en  manque  seulement  trois  dans  l'exemplaire  de  M""^  la  com- 
tesse de  Kergariou,  savoir  le  fol.  1  du  cahier  a  et  les  fol.  1  et  8 
du  cahier  K. 

La  perte  du  premier  feuillet  est  particulièrement  regrettable. 
Elle  nous  a  privés  du  titre  et  de  la  date  du  volume.  Je  vais  essayer 
de  combler  cette  lacune. 

La  table  imprimée  à  la  fin  du  livre  (fol.  gliiii  v°)  annonce  en 
ces  termes  le  morceau  initial  :  Almanac  eguit  peuar  bloaz 
varnuguent  follen  quentafu;  on  avait  d'abord  traduit  ces 
mots  par  Almanac  pour  Vannée  24,  traduction  qui  avait  fait 
supposer  que  le  hvre  était  de  l'année  1524'  ;  mais  il  a  été  cons- 
taté depuis  qu'il  s'agissait  d'un  Almanac  pour  24  ans,  c'est-à- 
dire  d'un  tableau  des  fêtes  mobiles  pour  une  période  de  24  ans. 
Une  telle  indication,  quand  on  n'a  pas  le  tableau  même  sous  les 
yeux,  ne  fournit  aucun  élément  pour  déterminer  la  date  du  livre. 

C'est  dans  la  décoration  du  volume  qu'il  faut  chercher  les 
indices  de  l'époque  à  laquelle  il  a  été  exécuté. 

Les  petites  gravui'es  qui  sont  en  tête  de  chacun  des  mois  du 
calendrier  et  qui  représentent  les  travaux  des  différents  mois  de 

rotage  pour  les  feuillets  a  été  signalée  par  un  article  de  la  table  qui  est  à  la 
fin  du  volume  :  An  re  man  diarauc,  a  so  en  commanczamant,  père  no  deueux 
quel  a  follen,  hoguen  signutur  en  lizerennou  munul;  c'est-à-dire  :  «  Ce  qui 
précède  est  au  commencement  du  volume,  qui  n'a  pas  de  feuillets  [numéro- 
tés], mais  des  signatures  en  lettres  minuscules.  » 

1.  On  est  même  allé  jusqu'à  fixer  à  l'année  1486  la  date  des  Heures  bretonnes. 
(Opinion  de  M.  de  Corbière,  citée  par  xM.  de  La  Villemarqué,  Grand  myslhre  de 
Jésus,  p.  cvn  et  cviii.)  —  La  date  1486  est  dorée  au  dos  de  la  reliure  du  livre 
de  M""'  la  comtesse  de  Kergariou. 


DD   XVI^   SIÈCLE.  47 

l'année  sont  identiques  aux  gravures  qui  ornent  le  calendrier 
du  livre  intitulé  : 

Officium  II  beatse  Marise  [[  Virginis,  [l  nuper  reformatum,  H  et  |!  Pii  V, 
ponL.  max.,  jussu  editum.  Il—  Parisiis,  Il  apud  Jacobum  Kerver,  via 
Jacobea,  sub  ||  insigni  Unicornis.  ||  4574.  —  In-8°  de  3U  feuillets, 
dont  les  derniers  sont  irrégulièrement  cotés,  plus  3  cahiers  prélimi- 
naires. Caractères  romains ^  (Exemplaire  à  la  Bibliothèque  nationale. 
Réserve,  B.  24344.) 

Les  mêmes  bois  ont  servi  pour  imprimer  les  gravures  de  ces 
deux  livres. 

Examinons  maintenant  quatorze  petits  tableaux,  d'un  dessin 
très  élégant  et  très  léger,  que  renferment  les  Heures  bretonnes. 
Elles  mesurent  62  millimètres  sur  35  et  représentent  les  sujets 
suivants  : 

I  et  II.  L'Annonciation,  en  deux  tableaux.  Fol.  xv  V  et  xvi. 

111  et  IV.  La  Visitation,  en  deux  tableaux.  Fol.  xxviii  V  et  xxix. 

V.  Le  Calvaire.  Fol.  xxxvi. 

VI.  La  Descente  du  Saint-Esprit.  Fol.  xxxvn. 
VIL  La  Nativité.  Fol.  xxxix  v°. 

VIII.  Le  «  Gloria  in  excelsis.  »  Fol.  G  [v],  avant  le  feuillet  coté  par 
erreur  lu. 

IX.  L'Adoration  des  Mages.  Fol.  lv  v\ 

X.  La  Circoncision.  Fol.  lx. 

XL  Le  Massacre  des  Innocents.  Fol.  Lxrrii  v". 
XII.  L'Assomption.  Fol.  lxxi. 
XIU.  David  et  Bethsabé.  Fol.  lxxviii  v°. 
XIV.  La  Mort.  Fol.  xci  v°. 

II  importe  de  rechercher  l'origine  de  ces  tableaux.  Pour  la 
trouver,  il  faut  remonter  à  l'année  1527,  date  de  la  publication 
d'un  charmant  petit  volume  que  je  vais  décrire  d'après  un  exem- 
plaire ayant  jadis  appartenu  au  comte  de  Villafranca,  puis  à 
M.  Firmin-pidot^  et  qui  est  aujourd'hui  conservé  à  la  biblio- 
thèque de  l'Ecole  des  beaux-arts  : 

1.  Voy.  Bernard,  Geofrotj  Tory,  1"  éd.,  p.  292. 

2.  Catalogue  raisonné  des  livres  de  la  bibliothèque  de  M.  Ambroise  Firmin- 
Didot,  t.  I  (Paris,  avril  1867),  col.  ccxxx,  n°  730.  —  Voyez  le  Catalogue  de  la 
vente  des  livres  de  M.  Didot  faite  en  1879,  n"  128. 


48  LES   HEURES   BRETONNES 

Horse  in  laudem  11  beatissiraae  virginis  ||  Marise  secundum  \\  usum 
Romanum.  —  A  la  fin  :  Parrhisiis,  apud  Gotofredum  Torinum  ||  Bitu- 
riglcum,  vin  II  die  februarii,  anno  salutis  ||  M.  D.  XXJX,  ad  H  insi- 
gne Vasis  effracti.  —  In-i  6.  Caractères  romains.  Figures  en  noir.  Sur 
vélin. 

Ce  volume  est  orné  de  dix-huit  petits  tableaux,  savoir  : 

I  et  II.  L'Annonciation,  en  deux  tableaux.  Fol.  D  7  V  et  8. 

m  et  IV.  La  Visitation,  en  deux  tableaux.  Fol.  G  <  v"  et  2. 

V.  La  Nativité.  Fol.  H  5  v». 

VI.  Groupe  de  bergers.  Fol.  H  6. 

VII.  «  Gloria  in  excelsis.  »  FoL  I  2  y°. 

VIII.  Groupe  de  bergers.  Fol.  I  3. 

IX.  Le  Voyage  des  Mages.  Fol.  I  6  v". 

X.  L'Adoration  des  Mages.  Fol.  I  7. 

XI.  La  Purification.  Fol.  K  2  v°. 

XII.  La  Circoncision.  Fol.  K  3. 

XIII.  Le  Massacre  des  Innocents.  Fol.  K  6  v°. 

XIV.  L'Assomption.  Fol.  L  4. 

XV.  Le  Calvaire.  Fol.  M  8. 

XVI.  La  Descente  du  Saint-Esprit.  Fol.  N  2. 

XVII.  David  et  Bethsabé.  Fol.  N  6  v°. 

XVIII.  Le  Triomphe  de  la  Mort.  Fol.  P  6  v". 

La  même  suite  de  tableaux  se  voit  dans  trois  autres  livres 
d'heures,  datés,  l'un  de  1542,  un  autre  de  1550  et  un  troisième 
de  1556,  dont  voici  les  titres  : 

Horae  in  laudem  beatissiilmae  virginis  Marise  ad  usum  ||  Romanum. 
(Marque  du  Pot  cassé.)  Parisiis,  Il  apud  Oliverium  Mallardum,  il  sub 
signo  Vasis  effracti.  I  ^542.  —  A  la  fin  :  Excudebat  Parisiis  Oliflve- 
rius  Mallard,  bibliopola  J  regius,  sub  signo  Vasis  effracti.  ||^542. 
ln-8°.  Caractères  romains.  Figures  en  noir.  (Exemplaire  provenu 
de  M.  Lesoufaché,  à  TÉcole  des  beaux-arts.) 

Horœ  in  laudem  beatissijjmç  Virginis  Mariç  ad  usum  ||  Romanum. 
Il  Parisiis,  ||  apud  Thielmannum  Kerver,  ||  in  vico  Sancti  Jacobi  sub 
sillgno  Gratis.  ||  M.  D.  L.  In-8°.  Caractères  romains.  Cahiers  signés 
A-Y.  (Exemplaire  communiqué  par  M.  Morgand,  le  2\  novembre 
^894.  —  Autre  exemplaire,  incomplet  des  trois  derniers  feuillets,  à 
la  bibliothèque  Sainte-Geneviève,  BB.  4  482.) 

IIORAE  D  in  laudem  bealltissimse  virgijnis  Mariç  ad  usum  II  Roma- 


DU   XVI®   SIÈCLE.  49 

num.  Il  Parisiis,  Il  apud  Thielmannum  Kerver,  in  vi||co  Sancti  Jacobi, 
sub  signo  Gratis.  4556.  In-S".  Caractères  romains.  Cahiers  signés  A-Y. 
(Exemplaire  conservé  à  la  bibliothèque  Mazarine,  n"  23920  B,  auquel 
manquent  les  trois  derniers  feuillets  du  cahier  Y.) 

Ces  deux  derniers  livres,  datés  de  1550  et  de  1556,  n'en 
forment  en  réalité  qu'un  seul.  C'est  un  livre  d'heures  que  Thiel- 
man  Kerver  imprima  en  1550  et  dont  il  débita  les  premiers  exem- 
plaires avec  un  titre  au  millésime  de  1550  et  une  table  des  fêtes 
mobiles  pour  les  années  1549-1556.  Le  même  libraire,  pour  faci- 
liter l'écoulement  des  exemplaires  qui  étaient  restés  dans  son 
magasin,  les  munit  d'un  nouveau  titre  daté  de  1556  et  d'une 
table  des  fêtes  mobiles  pour  les  années  1556-1563. 

Dans  les  trois  livres  d'heures  de  1542,  1550  et  1556,  nous 
retrouvons  les  dix-huit  tableaux  du  livre  de  1529.  Ils  s'y  succèdent 
suivant  le  même  ordre,  sauf  l'interversion  de  deux  sujets,  comme 
l'indique  la  liste  suivante,  où  l'on  verra  d'un  coup  d'œildans  quel 
ordre  et  à  quels  feuillets  les  tableaux  ont  été  placés  par  les  impri- 
meurs des  livres  de  1529,  de  1542  et  de  1550-1556  : 

N°'  d'ordre.  sujet.  feuillets <. 

^529.  -1542-50-36.  <542.     i 530-4556. 

I,  n.     I,  II.    L'Annonciation.  D  2  v°et3.  D  2etv°. 

m,  IV.  III,  IV.  La  Visitation.  F  2  v°  et  3.  F\r  et  2. 

XV.       V.        Le  Calvaire.  G  5.  G  3  v. 

XVL      VI.       La  Descente  du  Saint-Esprit.  G  6  V.        G  5. 

V.  VII.      La  Nativité.  G  8  v°.        G  7. 

VI.  VIII.     Groupe  de  bergers.  H  4 .  G  7  v°. 
VIL      IX.       (c  Gloria  in  excelsis.  »           H  6  v°.       H  5. 
VIIL      X.        Groupe  de  bergers.               H  7.           H  3  v°. 

IX.  XL  Le  Voyage  des  Mages.  1 3  v°.  12. 

X.  XII.  L'Adoration  des  Mages.  14.  12  v". 
XL  XIIL  La  Purification.  1 7  v°.  16. 
Xll.  XIV.  La  Circoncision.  1 8.  1 6  v">. 
XIIL  XV.  Le  Massacre  des  Innocents.  KàK  K  2  v". 
XIV.  XVI.  L'Assomption.  L  4  v°.  L  2  v«. 

XVII.  XVII.  David  et  Bethsabé.  N  2  v°.       M  8. 

XVIII.  XVIII.  Le  Triomphe  de  la  Mort.      P  2.  0  7. 

1.  On  a  vu  un  peu  plus  haut  sur  quels  feuillets  du  livre  de  1529  les  dix-huit 
tableaux  ont  été  imprimés. 

2.  Ce  feuillet  porte  par  erreur  la  signature  L  ini. 

4895  ^ 


50  LES   HEURES   BRETONNES 

Les  tableaux  des  livres  de  1527,  de  1542,  de  1550  et  de  1556 
ont  été  tirés  sur  les  mêmes  bois.  D'où  l'on  doit  conclure,  comme 
l'a  déjà  fait  Auguste  Bernard*,  que  ces  bois,  après  être  sortis  de 
l'atelier  de  Geofroy  Tory,  sont  passés  d'abord  chez  Olivier  Mal- 
lard, puis  chez  Thielman  Kerver.  Or,  ce  sont  ces  mêmes  bois  qui, 
sauf  une  exception,  dont  j'aurai  bientôt  à  parler,  ont  servi  à 
imprimer  les  quatorze  tableaux  des  Heures  bretonnes. 

Les  quatorze  tableaux  dont  il  vient  d'être  question  ne  sont 
pas  le  seul  trait  commun  aux  Heures  bretonnes  et  aux  livres  de 
1542,  1550  et  1556.  Beaucoup  des  motifs  d'ornement  qui  dans 
les  Heures  bretonnes  servent  d'encadrement  aux  quatorze  tableaux 
(petits  anges,  fleurs  et  fruits,  animaux  divers,  notamment  des 
insectes  et  des  oiseaux)  se  retrouvent  sur  les  marges  des  livres  de 
1542,  1550  et  1556.  Ainsi,  le  bandeau  qui  rempht  le  bas  du 
fol.  xxxvi  des  Heures  bretonnes  nous  offre  :  à  gauche,  un  ange- 
lot agenouillé  et  tenant  un  livre;  à  droite,  un  angelot  accroupi 
tenant  un  oiseau.  Le  bandeau  qui  borde  la  partie  inférieure  du 
fol.  XXXVII  contient  :  à  gauche,  un  angelot  jouant  avec  un  petit 
chien  ;  à  droite,  deux  angelots,  dont  l'un  porte  une  croix  et  l'autre 
un  globe  surmonté  d'une  croix. 

Ces  quatre  bois  ont  été  employés  pour  l'impression  des  livres 
de  1542, 1550  et  1556.  L'angelot  au  livre  se  voit  dans  les  Heures 
de  1542,  au  fol.  G  4,  et  dans  les  Heures  de  1550-1556,  au 
fol.  A4  v°;  l'angelot  à  l'oiseau,  au  fol.  B7  des  Heures  de  1542 
et  au  fol.  A  3  des  Heures  de  1550-1556;  l'angelot  au  petit  chien, 
au  fol.  A 42  des  Heures  de  1542  et  au  fol.  A3  des  Heures  de 
1550-1556;  les  deux  angelots  à  la  croix  et  au  globe,  au  fol.  B8 
des  Heures  de  1542  et  au  fol.  B  1  v"  des  Heures  de  1550-1556^. 

Indiquons  d'autres  rapprochements. 

Parmi  les  petites  figures  que  renferme  la  partie  des  Heures 
bretonnes  consacrée  aux  Suffrages  des  saints  {Suffrageou  an 
Sent,  fol.  cxxi  v°  et  suiv.),  il  faut  remarquer  le  saint  Michel 
qui  est  au  bas  du  fol.  cxxiii  v°.  Il  a  été  tiré  sur  le  même  bois  que 

1.  Geofroy  Tory,  2=  éd.,  p.  281. 

2.  Signé  par  erreur  A  m. 

3.  Les  motifs  de  décoration  des  encadrements  des  Heures  de  1542  et  de  1550- 
1556,  notamment  les  angelots,  ont  été  servilement  copiés  pour  les  encadrements 
d'un  livre  imprimé  en  1556  et  qui  se  rattache  à  l'école  de  Geofroy  Tory  :  Horx 
in  laudem  beatissimx  virginis  Mariée  ad  usum  Romanum.  A  Paris,  pour  Charles 
L'Angeller,  1556.  In-8'.  Bibl.  nat.,  B.  9784. 


DO   XVI*   SIÈCLE.  S^ 

le  saint  Michel  du  fol.  224  v  de  YOfficium  beatœ  Mariœ,  de 
l'année  1574,  ci-dessus  cité,  et  que  le  saint  Michel  du  fol.  141  v° 
des  Heures  de  Chartres,  publiées  en  1581  par  Jacques  Kerver*. 

Le  petit  saint  Nicolas  qui  se  voit  dans  la  même  série  des  Suf- 
frages, au  fol.  cxxviii  des  Heures  bretonnes,  est  identique  à 
celui  qui  est  au  haut  du  fol .  C  m  v°  d'un  livret  gothique  com- 
mençant par  les  Quinze  oraisons  de  sainte  Brigitte,  livret  annexé 
à  des  Heures  de  Jacques  Kerver  datées  de  1561 2. 

Les  récits  de  la  Passion,  qui  occupent  les  fol.  d  m  vo-B  vi  des 
Heures  bretonnes,  sont  ornés  de  petites  gravures,  dont  cinq  au 
moins  se  retrouvent  dans  un  livre  publié  à  Paris  en  1556  par 
loland  Bonhomme,  veuve  de  Thielman  Kerver,  et  intitulé  «  Pro- 
positions, dictz  et  sentences  contenans  les  grâces,  fruictz,  prof- 
fitz,  utilitez  et  louenges  du  très  sacré  et  digne  sacrement  de  l'au- 
teP.  »  Voici  la  place  que  ces  cinq  petites  gravures  occupent  dans 
le  livre  de  1556  et  dans  les  Heures  bretonnes  : 


LIVRE  DE  ^536. 

HEURES  RRETONi\ES. 

a  Ecce  homo.  » 

E4. 

e  -1  et  e  8. 

Jésus  portant  la  croix. 

F4. 

e  ^ ,  e  8  et  A  6  v°. 

La  Cène. 

G3  v". 

d  4  v°,  e  4  et  A  2  v° 

Le  Baiser  de  Judas. 

G  5. 

e  5  v°  et  A  4. 

Jésus  devant  Pilate. 

G  6  v°. 

d  8,  e  7  et  A  5. 

Je  terminerai  cette  série  de  rapprochements  par  l'examen  de 
quatre  petites  images  des  évangélistes  qui  se  trouvent  aux  fol.  A  8 
et  8  v",  B  1  et  2  des  Heures  bretonnes,  et  qui  sont  signées  des 
lettres!.  L.  B.  Toutes  les  quatre  sont  aux  fol.  17, 17  v%  18  et  19 
des  «  Heures  de  Nostre-Dame  à  l'usage  de  Paris,  »  publiées  en  1569 
par  Jacques  Kerver'*.  Trois  d'entre  elles,  celles  de  saint  Luc,  de 
saint  Matthieu  et  de  saint  Marc,  se  voient  :  l''  aux  fol.  17  v°,  18 
et  19  des  «  Heures  Nostre-Dame  à  l'usage  de  Paris,  »  publiées  en 
1561  par  Jacques  Kerver  s;  2''  aux  feuillets  17  v°,  18  et  19  d'une 
autre  édition  des  Heures  de  Notre-Dame,  qui  paraît  avoir  été 

1.  Bibl.  nat.,  B.  27833. 

2.  Bibl.  Saiate-Geneviève,  BB.  1507. 

3.  Un  exemplaire  de  ce  livre  se  trouve  annexé  à  des  Heures  imprimées  à 
Paris  en  1561  par  Jacques  Kerver  dans  un  volume  de  la  bibliothèque  Sainte- 
Geneviève,  BB.  1507. 

4.  Bibl.  nat.,  B.  8982.  Exemplaire  incomplet  de  la  fin. 

5.  Bibl.  Sainte-Geneviève,  BB.  1507,  et  Bibl.  de  l'Institut,  D.  66. 


32  LES  HEURES   BRETONNES 

publiée  par  Jacques  Kerver  en  1572*  ;  3°  aux  fol.  16,  16  v"  et 
17  v°  des  «  Heures  de  Nostre-Dame  à  l'usage  de  Chartres,  » 
datées  de  1581,  qui,  suivant  la  souscription  finale,  furent  «  impri- 
mées à  Paris,  par  Jean  Le  Blanc,  pour  Jacques  Kerver^.  » 

Cette  signature  I.  L.  B.,  dont  Auguste  Bernard  =*  s'est  préoc- 
cupé, n'est  pas  très  rare  sur  les  gravures  de  livres  de  dévotion 
de  la  seconde  moitié  du  xv!*"  siècle.  On  la  trouvera  assez  fréquem- 
ment, par  exemple  :  en  1565,  dans  des  Heures  imprimées  pour 
Jacques  Kerver^;  —  en  1573,  dans  des  Heures  imprimées  par 
Jean  Le  Blanc  pour  Julian  Duval^;  —  en  1581,  dans  des  Heures 
de  Chartres,  imprimées  par  Jean  Le  Blanc  pour  Jacques  Kerver^; 
—  en  1585,  dans  des  Heures  de  Paris,  imprimées,  selon  toute 
apparence,  par  le  même,  pour  Julian  Duval".  Cette  même  signa- 
ture se  voit  sur  la  plupart  des  pièces  d'une  suite  de  gravures  des- 
tinées à  l'illustration  des  Quinze  effusions  de  Notre-Seigneur, 
notamment  :  dans  une  édition  de  ce  livret  annexée  à  des  Heures 
de  Jacques  Kerver  portant  la  date  de  1561*;  dans  une  autre  édi- 
tion jointe  à  des  Heures  du  même  libraire  de  l'année  1565^  et 
dans  une  édition  de  1586  *^ 

On  lit  à  la  fin  de  l'édition  de  1565  :  «  Imprimé  à  Paris,  par 
Jehan  ||  Le  Blanc,  imprimeur,  demeurant  en  ||  la  rue  du  Paon, 
près  la  porte  Sainct  ||  Victor.  »  Et,  à  la  fin  de  l'édition  de  1586  : 
«  Cy  fine  les  Quinze  effusions  et  la  Vie  ||  saincte  Marguerite, 
imprimée  à  Paris,  ||  par  Jehan  Le  Blanc,  rue  du  Paon,  ||  à  l'en- 
seigne du  Soleil  d'or.  ||  M.  D.  LXXXVI.  » 

En  voyant  les  gravures  signées  I.  L.  B.  dans  cinq  livres  impri- 
més ou  publiés  par  Jean  Le  Blanc,  on  se  demande  si  cette  signa- 
ture ne  doit  pas  être  attribuée  à  Jean  Le  Blanc,  qui  aurait  exécuté 

1.  Bibl.  Sainte-Geneviève,  BB.  1516. 

2.  Bibl.  nat.,  B.  27833. 

3.  Geofroij  Tory,  2'  éd.,  p.  200,  294,  295  et  296. 

4.  Bibl.  nat.,  B.4749. 

5.  Bibl.  nat.,  B.  8991.  —  La  première  partie  de  ce  livre  renferme  onze  gra- 
vures portant  les  lettres  I.  D.,  signatures  qu'on  voit  également  sur  les  gravures 
du  livret  des  Quinze  effusions  relié  à  la  fin  du  même  volume.  Ces  lettres  I.  D. 
désigneraient-elles  le  libraire  Julian  Duval,  éditeur  de  ce  livre  d'Heures? 

6.  Bibl.  nat.,  B.  27833. 

7.  Bibl.  Sainte-Geneviève,  BB.  1483. 

8.  Bibl.  Sainte-Geneviève,  BB.  1507,  et  Bibl.  de  l'Institut,  D.  66. 

9.  Bibl.  nat.,  B.  4749. 

10.  Bibl.  Sainte-Geneviève,  BB.  1483. 


DU   XVI^   SIÈCLE.  53 

OU  fait  exécuter  les  dites  gravures.  Mais  je  n'ai  pas  à  donner  ici 
la  solution  de  ce  petit  problème,  et  je  reviens  à  mon  sujet. 
Ce  qu'il  faut  retenir  de  tout  ce  qui  précède,  c'est  que  : 

1°  Les  grands  tableaux  et  les  encadrements  des  Heures  bre- 
tonnes ont  été  tirés  sur  des  bois  venus  de  l'atelier  de  Geofroy 
Tory  et  dont  on  s'était  servi  au  cours  de  l'année  1550  dans  l'ate- 
lier de  Thielman  Kerver  ; 

2''  Une  notable  partie  des  autres  gravures  des  mêmes  Heures 
bretonnes  a  été  empruntée  aux  sept  livres  suivants  : 

4.  Propositions,  dits  et  sentences...  Paris,  la  veuve  de  Thielman 
Kerver,  -1556. 

2.  Heures  de  Notre-Dame.  Paris,  Jacques  Kerver,  \  564 . 

3.  Quinze  oraisons  de  sainte  Brigitte.  [Paris,  Jacques  Kerver,  456-1 .] 

4.  Heures  de  Notre-Dame.  Paris,  Jacques  Kerver,  4  569. 

5.  Heures  de  Notre-Dame.  [Paris,  Jacques  Kerver,  4572.] 

6.  Officium  beatae  Marise.  Paris,  Jacques  Kerver,  4574. 

7.  Heures  à  l'usage  de  Chartres.  Paris,  Jacques  Kerver,  4584. 

De  ces  constatations  il  me  paraît  résulter  que  les  Heures  bre- 
tonnes ont  été  exécutées,  soit  dans  la  maison  des  Kerver,  soit 
dans  une  maison  qui  disposait  du  matériel  des  Kerver. 

La  maison  des  Kerver  est  d'ailleurs  bien  connue  comme  ayant 
travaillé  pour  les  Bretons^  C'est  Jacques  Kerver  qui  imprima  en 
1576  la  traduction  bretonne  du  Catéchisme  de  Canisius  : 

Gatechism^  hac instruction  eguit  an  Gatholicquet,  meurbet  necesser 
en  amser  presant,  eguit  quelen,  ha  discquifu  an  iaouancdet,  quentafu 
composet  en  latin  gant  M.  P.  Canisius,  doctor  en  theology,  ues  a 
Société  an  hanu  a  Jésus.  Goude  ez  eux  un  abreget  ues  an  pez  a  dleer 
principalafu  da  lauaret  en  prosn  an  offeren  dan  tut  lie.  Troet  bremman 
quentafu  a  latin  en  brezonec  gant  Gilles  K[aer]anpuil,  Persson  en 
Gledguen  Pochoer  hac  Autrou  a  Bigodou. 

1.  Cette  circonstance  n'autorise  pas  à  attribuer  une  origine  bretonne  aux 
Kerver,  qui  tiennent  une  si  grande  place  dans  les  annales  de  la  typographie 
parisienne  au  xvi°  siècle.  Le  fondateur  de  la  maison  s'est  lui-même  qualifié  de 
«  teuton  »  dans  la  souscription  de  plusieurs  des  premiers  livres  qu'il  a  imprimés. 

2.  Je  cite  ce  titre  d'après  M.  Whitiey  Stokes  {Middle-breton  hours,  p.  58). 
—  Le  Catéchisme  breton  de  1576,  dont  je  donnerai  la  description  dans  l'Appen- 
dice, est  un  livre  rare;  il  n'est  pas  cité  dans  la  bibliographie  très  développée 
que  le  R.  P.  C.  Sommervogel  a  consacrée  à  Canisius,  au  tome  II  de  la  der- 
nière édition  de  la  Bibl.  de  la  Compagnie  de  Jésus.  —  Voyez  plus  loin,  p.  79. 


54  LES   HEDRES   BRETONNES 

A  Paris.  Pour  Jacques  Kerver,  demeurant  rue  Sainct  Jacques,  à 
l'enseigne  de  la  Licorne.  ^  576. 

Après  avoir  fixé  le  lieu  d'impression  des  Heures  bretonnes, 
il  reste  à  en  déterminer  la  date.  Nous  y  parviendrons,  je  l'espère, 
au  moins  d'une  façon  approximative.  Pour  y  arriver,  il  faut  com- 
parer l'état  des  bois  qui  ont  servi  à  l'impression  des  Heures  avec 
l'état  de  ces  mêmes  bois  quand  ils  ont  été  employés  pour  l'exécu- 
tion des  livres  de  1527,  de  1542  et  de  1550-1556. 

Dans  les  Heures  bretonnes,  au  feuillet  xxix,  le  trait  supérieur 
de  la  bordure  du  second  tableau  de  l'Annonciation  se  présente 
avec  une  cassure  dont  il  n'y  a  pas  trace  dans  les  livres  de  1527, 
de  1542  et  de  1550-1556. 

La  même  observation  peut  se  faire  sur  une  cassure  du  trait 
supérieur  de  la  bordure  du  tableau  de  la  Mort,  cassure  très 
accusée  dans  les  Heures  bretonnes  (fol.  xci  v°)  et  n'existant  pas 
dans  les  livres  de  1527,  de  1542  et  de  1550-1556. 

Le  livre  de  1550  est  donc  antérieur  aux  Heures  bretonnes. 

Au  premier  abord  une  objection  pourrait  être  faite  à  la  conclu- 
sion tirée  des  cassures  ci-dessus  indiquées. 

En  effet,  sur  la  bordure  du  tableau  du  Massacre  des  Innocents, 
on  distingue  dans  le  livre  de  1550  (fol.  K2  v")  trois  cassures  qui 
ne  s'aperçoivent  pas  dans  les  Heures  bretonnes  (fol.  lxiiii  v°). 
Mais  un  examen  approfondi  de  ce  tableau  permet  de  constater 
qu'il  n'a  pas  été  imprimé  sur  le  même  bois  dans  le  livre  de  1550 
et  dans  les  Heures  bretonnes.  On  peut,  sans  trop  de  témérité, 
conjecturer  que  le  bois  primitif,  brisé,  usé  ou  perdu,  avait  été 
remplacé  par  un  nouveau  bois,  servilement  copié  d'après  le  pre- 
mier, mais  avec  des  variantes  très  appréciables.  Nous  pouvons 
donc,  en  toute  assurance,  considérer  les  Heures  bretonnes  comme 
postérieures  à  l'année  1550. 

Il  y  a  plus.  Les  Heures  bretonnes  pourraient  bien  n'avoir  vu 
le  jour  qu'aux  environs  de  l'année  1570.  En  voici  la  raison  : 

Sur  la  dernière  page  du  cahier  b  commence  une  paraphrase 
de  l'oraison  dominicale  en  quatrains  bretons,  intitulée  : 

An  pater  en  Brezonec  facilhafu  maz  |i  eu  possibl.  Gant.  G.  K. 
p.  e.  G. 

Ce  que  M.  Whitley  Stokes  traduit  par  : 

The  pater  nosler  in  (the)  easiest  Breton  that  is  possible,  by  Giles 
de  Kaeranpuil,  parson  in  Cledguen. 


DU   XVI^    SIÈCLE.  55 

Au  fol.  II  du  cahier  c,  une  paraphrase  bretonne  du  Symbole 
des  Apôtres  est  précédée  de  cette  rubrique  : 

An  daoudec  Articl  an  fez  Ghristen,  ha  ||  Gatholic  :  piou  pennac  n'o 
cred,  nen  deu  ||  guir  servicher  da  doue,  na  neguell  1|  bezafu  saluet. 
Gant  G.  K.  p.  e.  G. 

Ce  qui  a  été  ainsi  traduit  par  M.  Whitley  Stokes  : 

The  twelwe  Articles  of  the  Ghristian  and  Gatholic  faith. 
Whosoever  believes  them  not  is  not  a  true  servant  of  God,  nor 
can  he  be  saved. 
By  Giles  de  Kaeranpuil,  parson  in  Gledguen. 

Je  ne  doute  pas  que  l'interprétation  des  initiales  G.  K.p.  e.  C. 
par  Gilles  Kaeranpuil,  parson  en  Cleclguen,  c'est-à-dire 
Gilles  de  Keranpuil,  curé  de  Cledguen^,  ne  soit  parfaitement 
exacte,  et  je  vois  dans  Gilles  de  Keranpuil  l'auteur  ou  l'éditeur 
des  Heures  bretonnes.  Or,  ce  Gilles  de  Keranpuil,  curé  de  Gled- 
guen, est  connu  pour  avoir  publié  en  1576  chez  Jacques  Kerver 
la  traduction  bretonne  d'un  abrégé  du  Catéchisme  de  Canisius. 
Y  aurait-il  de  l'imprudence  à  supposer  qu'il  a  fait  imprimer  ses 
Heures  bretonnes  chez  le  même  Jacques  Kerver,  à  peu  près  en 
même  temps  que  son  abrégé  du  Catéchisme  de  Canisius? 

Voilà  donc  parfaitement  établie  l'origine  des  Heures  bretonnes. 
Il  reste  à  déterminer,  autant  que  possible,  le  diocèse  à  l'usage 
duquel  ce  livre  a  été  imprimé.  C'est,  je  crois,  le  diocèse  de  Saint- 
Pol  de  Léon.  En  effet,  la  signature  du  premier  feuillet  du  cahier  B 
est  précédée  de  la  syllabe  Le,  qu'il  faut  interpréter,  ce  semble, 
par  Leonensis.  C'est  aiûsi  que,  dans  un  vieux  Bréviaire  de 
Saint-Pol  de  Léon  et  dans  un  vieux  Missel  du  même  diocèse, 
dont  la  description  se  trouvera  à  la  fin  de  la  présente  notice,  la 
lettre  L  accompagne  la  signature  du  premier  feuillet  de  tous  les 
cahiers. 

L'examen  du  calendrier  ne  contredit,  pas  cette  conjecture,  mal- 

1.  Clédea-Poher,  Finistère,  arr.  de  Châteaulin,  cant.  de  Carliaix.  —  M.  l'abbé 
Paul  Peyron,  chanoine  et  archiviste  diocésain  de  Quimper,  a  trouvé  un  acte 
de  1573  dans  lequel  Gilles  de  Keranpuil  est  qualifié  recteur  de  Motreff,  paroisse 
voisine  de  Cléden  :  «  Die  décima  quinta  mensis  decembris  anno  Domini  1573... 
Canonici...  ecclesie  Corisopitensis...  dederunt  annatara  parecie  de  Mottref, 
magistro  Egidio  de  Keranpuill,  rectori  et  titulario  de  Motreif,  ejusdera  parecie, 
pro  somma  viginti  scutorum...  »  —  Cléden  et  Molreff  sont  deux  paroisses  de 
l'ancien  diocèse  de  Quimper. 


56 


LES   HEURES  BRETONNES 


gré  les  places  d'honneur  qu'on  y  a  réservées  à  deux  évêques  de 
Quimper  :  Gorentin  et  Conocain.  Nous  y  avons  relevé  les  noms 
suivants  : 


Januarii 

XI. 

Golumbine  virginis. 

xxrx. 

Gildasii  abbatis. 

Februarii 

'  VIII. 

Deriani  confessoris. 

XIII. 

Gongadi  episcopi. 

Martii 

II. 

Joevini  episcopi. 

III. 

Guengaloei  abbatis. 

V. 

Pierani  episcopi. 

VI. 

Senani  episcopi  et  conf. 

X. 

Patricii  episcopi. 

XII. 

Pauli  episcopi. 

XIIII. 

Lazari  episcopi. 

XXVI. 

Disme  confessoris. 

Aprilis 

XV. 

Juveite  virginis. 

XVI. 

Paterni  episcopi. 

XXX. 

Brioci  episcopi. 

Mail 

I. 

Philippi  et  Jacobi.  Tran 

XV. 

Primaelis  episcopi. 

XVI. 

Karadoci  abbatis. 

XIX. 

Ivonis  confessoris. 

Junii 

I. 

Romani  [sic]  episcopi. 

VII. 

Pauli  episcopi. 

XVII. 

Hoarvei  confessoris. 

Julii 

I. 

Goluini  episcopi. 

VIII. 

Numii  episcopi. 

XIII. 

Turiavi  episcopi. 

XVI. 

Tenenani. 

XXVIII 

.  Sampsonis  episcopi. 

Augusli 

XVI. 

Armagili  confessoris. 

XXVII. 

Georgii  et  Auref.  {sic). 

Septembris 

VI. 

Theogonici  conf. 

XIX. 

Sizgni  episcopi  et  conf. 

Octobris 

II. 

Melorii  raartyris. 

III. 

Ternoci  episcopi. 

X. 

Pauli  episcopi  Leonensis 

XV. 

GOGNOGANI  episcopi. 

XXIIII. 

Maglorii  episcopi. 

Translatio  sancti  Corentini. 


DU   XVr   SIECLE. 


57 


XXV. 

lioeznovei  episcopi. 

XXVI. 

Florii^  episcopi. 

XXIX. 

IVONIS  CONFESSORIS. 

Novembris  m. 

Guenualei  abbalis. 

un. 

Clari  episcopi. 

VI. 

Melani  episcopi. 

VII. 

IlduILi  abbatis. 

X. 

Martini  et  Verani. 

XII. 

Renati  episcopi. 

XIIII. 

Gendulphi  episcopi. 

XV. 

Maclovii  episcopi. 

XVIII. 

Maudeti  abbalis. 

XIX. 

Hoarvei  episcopi. 

XXVII. 

Alani  episcopi. 

Decerabris  ii. 

Tugduali  episcopi. 

m. 

Gaciani  episcopi. 

XII. 

Chore.mini  episcopi. 

La  liste  des  confesseurs  qui  sont  invoqués  dans  les  Litanies 
des  saints  (fol.  lxxxvi)  est  encore  plus  significative  :  saintPoly 
figure  immédiatement  après  huit  saints  confesseurs  qui  étaient 
l'objet  d'un  culte  très  solennel  dans  toutes  les  églises  de  l'Oc- 
cident. 


Silvester. 

Léo. 

Martine, 

Gregori. 

Ambrosi. 

Hieronyme. 

Augustine. 

Nicolae. 

Paule. 

Chorentine. 

Golvine. 

Gueuroce. 

Mevenne. 

Joevine. 

Tenenane. 

Senane. 


Tudguale. 

Brioce. 

Guillerme. 

Maclovi. 

Sampson. 

Paterne. 

AUore. 

Juliane. 

Ronane. 

Gaciane. 

Gognogane. 

Brici. 

Sulpici. 

Yvo. 

Maudete. 

Fiacri. 


1.  Il  faut  lire  Atorii. 


58  LES   HEDRES   BRETONNES 

Gildasi.  Maure. 

Desideri.  Golumbane. 

MaLurine.  Caradoce. 

Guengaloee.  Hoarvee. 

Guennaele.  .  Dominice. 

Leonori.  Francisée. 
Antoni. 

Saint  Pol  de  Léon  arrive  également  en  tête  de  la  série  des 
saints  bretons  qui  ont  les  honneurs  d'un  article  spécial  dans  la 
série  des  Suffrages.  Je  copie  les  rubriques  de  cette  partie  des 
Heures  : 

Sdffrageod  an  Sent. 

Aman  es  commanc  suffrageou  an  sent. 

Ha  da  quentaff  dam  dreyndet  byniguet.  (La  Trinité.) 

Oreson  da  Doe  lat.  [Le  Père.) 

Oreson  dan  mab.  (Le  Fils.) 

Oreson  dan  speret  glan.  {Le  Saint-Esprit.) 

Nep  a  lauaro  an  anten  man  gant  he  oreson  dirac  ymag  an  Vero- 
nyc {La  Véronique.) 

Da  sant  Michael.  (S.  Michel.) 

Da  sant  Jaiian  Badezour.  (S.  Jean-Baptiste.) 

Da  sant  Jahan  evangelist.  [S.  Jean  VÊvangéliste.) 

Dan  sent  Pezr  ha  Paul.  (5.  Pierre  et  S.  Paul.) 

Da  sant  Jaques  am  bras.  (S.  Jacques  le  Majeur.) 

Da  sant  Mazeu.  [S.  Matthieu.) 

Da  sanl  Slephan.  (5.  Etienne.) 

Da  sant  Laurence.  (S.  Laurent.) 

Da  sant  GhristofT.  {S.  Christophe.) 

Da  sant  Sébastian.  (S.  Sébastien.) 

Da  sant  Denes.  {S.  Denis.) 

Da  sant  Nicolas.  (S.  Nicolas.) 

Da  sant  Glauda.  (S.  Claude.) 

Da  sant  Anthon.  [S.  Antoine.) 

Da  sant  Roc.  (S.  Roch.) 

Da  sant  Paul,  escop  a  Léon.  (S.  Pol,  évêque  de  Léon.) 

Da  sant  Gouluenn.  (S.  Golvein.) 

Da  sant  Ghorentin,  patron  a  Querneau.  (S.  Corentin,  'patron  de 
Cornouaille.) 

Da  sant  Dider.  (S.  Didier.) 


DU   XVI^    SIÈCLE.  59 

Da  sant  Yven,  natiu  a  Treguer.  (5.  Yves,  natif  de  Tréguier.) 

Da  sant  Guillerm.  {S.  Guillaume.) 

Da  sant  Maudez.  {S.  Mandé.) 

Da  sant  Fiacr.  {S.  Fiacre.) 

Da  sant  Hervé.  {S.  Hervé.) 

Da  sant  Men.  {S.  Méen.) 

Da  santés  Anna.  (5'^  Anne.) 

Dan  Magdalen.  [La  Madeleine.) 

Da  santés  Katherin.  (5'^  Catherine.) 

Da  santés  Genovefa.  (5*^  Geneviève.) 

Da  santés  Margarit.  (5'^  Marguerite.) 

Da  santés  Barba.  (5*^  Barbe.) 

Dan  unnec  rail  guerches.  [Les  onze  mille  vierges.) 

Da  santés  Apolina.  (5'^  Apolline.) 

Par  ces  différents  motifs,  j'ai  cru  devoir  attribuer  au  diocèse  de 
Saint-Pol  de  Léon  les  Heures  bretonnes,  qui  durent  être  exécutées 
à  Paris  quelques  années  après  le  milieu  du  xvf  siècle. 

Je  termine  par  la  description  de  l'ancien  Bréviaire  et  de  l'an- 
cien Missel  de  Saint-Pol  de  Léon,  dont  le  témoignage  a  été  invoqué 
à  propos  de  la  signature  d'un  cahier  des  Heures. 

On  fait  honneur*  de  la  rédaction  du  Bréviaire  à  Gui  Le  Clerc, 
qui  occupa  le  siège  de  Saint-Pol  depuis  1514  jusqu'en  1521.  Le 
Missel  dut  être  publié  sous  les  auspices  de  Gui  de  Chauvigné,  qui 
fut  nommé  évêque  de  Saint-Pol  le  3  juin  1521  et  qui  se  démit  de 
son  évêché  en  1554.  C'est  à  ce  prélat,  selon  toute  apparence, 
que  s'adresse  une  épître  dédicatoire  dont  le  texte  sera  donné  un 
peu  plus  loin,  mais  dont  la  suscription  est  malheureusement 
mutilée. 

Breviarii  Leonensis  pars  htemalis.  Parisius,  ^o^6. 

[L]  Fol.  I.  Incipit  psalterium  secundum  usum  II  ecclesie  Leonen- 
sis.  56  feuillets,  cotés  i-lvi.  Cahiers  signés  A-G  en  rouge. 

[IL]  Fol.  \ .  Brève  de  in  anno.  Fol.  7  v".  De  festis  paschalibus. 
8  feuillets  non  cotés.  Signature  A. 

[III.]  Propre  du  temps,  de  l'Avent  à  la  Trinité.  Fol.  i.  Incipit  ordi- 
narium  horarum  ||  canonicarum  secundum  morem  ecclesie  Leonen- 
sis.  Fol.  cxii  v°.  Finit  tempus  hyemale.  U2  feuillets  cotés  ai-acxii. 

1.  Gallia  christiana,  XIV,  982. 


60  LES   HEURES   BRETONNES 

[IV.]  Propre  des  saints,  de  la  Saint-André  à  la  Sainte-Basilide. 
Fol.  AA I.  Incipit  sanctorale  hyemale.  Fol.  MM  ii.  Explicit  sanctorale 
hyeraale.  Fol.  MM  vrii  v".  Finit  tempus  hyemale  brejviarii  Leonensis. 
96  feuillets  non  cotés.  Cahiers  signés  AA-MM. 

[V.]  Commun.  Fol.  A  i.  Incipit  commune  sanctorum.  24  feuillets, 
cotés  A  i-A  xxiiii  (la  lettre  A  étant  en  rouge).  Signatures  A-G. 

A  la  fin  du  Commun,  fol.  A  xxiiii  v^  Explicit  Breviarium  ad 
usum  II  Leonensem,  summa  diligentia  cor||rectum,  Parisius  impres- 
sum  per  ||  Desiderium  Maheu,  in  vico  Sancti  H  Jacobi  commorantem, 
sub  interllsignio  divi  Nicolai,  impensis  II  ejusdem  Desiderii  Maheu, 
Yvodnis  Quillevere  et  Alani  Prigent,  ff  in  hoc  opère  sociorum.  Anno 
-13^6. 

In-8°,  296  feuillets,  dont  le  numérotage  et  les  signatures  sont 
indiqués  ci-dessus.  La  signature  placée  en  tête  de  chaque  cahier  est 
accompagnée  de  L,  initiale  de  Leonense.  Caractères  gothiques.  A  deux 
colonnes. 

Description  prise  sur  l'exemplaire  de  la  Bibliothèque  nationale 
(Réserve,  B.  4920),  auquel  manque  le  feuillet  49  du  Psautier. 

Alain  Prigent,  qui,  d'après  la  souscription  ci-dessus  rapportée, 
contribua  pour  une  part  à  l'impression  du  Bréviaire  de  Saint- Pol 
de  Léon  en  -lD^6,  devait  tenir  une  maison  de  librairie  à  Landerneau. 
On  trouva  en  ^520,  entre  les  mains  de  l'imprimeur  de  ce  môme 
Bréviaire  de  Saint-Pol,  une  reconnaissance  datée  du  2\  juin  'I5^9, 
par  laquelle  «  Alain  Pregent,  marchand  à  Landerneau,  »  reconnaissait 
devoir  à  Didier  Maheu  une  somme  de  i2\  livres  4  sous  4  deniers 
obole*.  Cette  somme  représentait  sans  aucun  doute  le  prix  de  livres 
achetés  chez  Didier  Maheu  pour  être  vendus  en  basse  Bretagne. 

MissALE  Leonense.  Parisius,  1526. 

Missale  secundum  vcrum  usum  insignis  ecclesie  II  Leonensis,  una 
cum  dicte  ecclesie  inslitutis  consuetudinibusque,  hue  usque  nun- 
quam  ||  impressum-,  adjectis  pluribus  multum  desideratis,  tabula 
etiam  perpulchra  II  post  kalendarium  posita,  secundum  numerum 
foliorum,  singulas  dominicas  et  festa  ||  distincte  demonstrans-,  in 
kalendario  etiam  reperies  festa  sanctorum  dicte  dioHcesis  per  ordinem, 
necnon  eorum  officia,  suis  in  locis  ad  longum  posita,  sine  recurjjsu 
ad  commune,  demptis  epislolis,  prosis  et  evangeliis  quando  non 

1.  Inventaire  publié  par  M.  Coyecque  dans  le  Bulletin  de  la  Société  de  l'his- 
toire de  Paris,  année  1894,  t.  XXI,  p.  205. 


DU   XVI®   SIÈCLE.  6^ 

habenl  propria;  non  sine  ingenti  ac  pervigili  cura  consuramatum  in 
aima  Parisiorura  academia,  1  anno  Dornini  millesimo  quingentesimo 
vigesimo  sexto. 

Au-dessous  de  ce  titre,  une  image  de  saint  Pol,  domptant  un  dra- 
gon; la  ville  de  Saint-Pol  est  représentée  au  fond  du  tableau;  dans 
les  deux  angles  supérieurs  du  tableau  :  à  gauche,  les  armes  de  Bre- 
tagne-, à  droite,  celles  de  Saint-Pol  de  Léon  (un  sanglier). 

Sur  les  côtés  du  tableau,  la  mention  :  Gum  privilegio  regali  ad 
quinquennium,  et  cum  consensu  capituli. 

Au-dessous,  l'adresse  du  libraire  :  Venumdatur  Parisiis  ab  Yvone 
Quillevere. 

Tout  au  bas  de  la  page,  pièce  de  trois  distiques  : 

A.d  sacerdotes  exhortatio. 

Qui  divina  cupit  summo  libamina  patri 

Donaque  sublimi  mystica  ferre  Deo, 
Hec  légat  a  tetra  purgata  volumine  labe  ; 

Nam  prestant  faciles  ad  pia  sacra  vias. 
Horum  presidio  mysteria  sancta  parabit, 

Et  celi  domino  munera  grata  feret. 

Titre  final,  au  verso  du  dernier  feuillet  :  Ad  laudem  Dei  omnipo- 
tentis  ejusque  intemeratell  genitricis  et  virginis  Marie  ac  sancLi  Pauli, 
patroni  ecclesie  Leonensis,  in  ||  cujus  honorem  fundata  est  ecclesia 
dicti  Pauli,  totiusque  curie  celestis,  actum  ||  et  completura  extat  arte 
impressoria  presens  hoc  missale,  seu  misse  ordiinarium,  hue  usque 
nunquam  impressum,  in  preclara  urbe  Parisiensi,  prefatequell  eccle- 
sie ritui  adaplatum,  in  quo  diligenter,  adjunctis  ipsius  ecclesie  cons- 
tilltutionibus  atque  consuetudinibus,  singulisque  festivitatibus,  cum 
prosis  orajtionibusque  cuilibet  festo  propriis  adjunctis,  suum  ad 
locum  appositis;  cumque  ||  pluribus  raissis  votivis  in  fine  additis; 
atque  insuper  quorumvis  sacramen||torum,  quorum  a  baptismo  usque 
ad  extremam  unctionem  quisque  animarum  re||ctor  (non  pontifex) 
accepit  ministerium,  administrationis  ténor,  et  ea  que  ||  circa  eam 
contingere  possunt  dubia,  exarata  sunt.  Impressum  per  Nicolaura 

Il  Prévost,  impensis  Yvonis  Quillevere,  anno  Domini  millesimo 
GGGGG  XXVI,  n  die  vero  xriii  julii. 

Au-dessous  de  ce  titre,  la  marque  du  libraire  :  saint  Pol  et  saint 
Yves,  à  l'ombre  d'un  laurier,  au  tronc  duquel  est  appendu  un  écusson 

portant  les  initiales  Y  Q.  Sur  la  tête  des  deux  saints,  cartouche  ren- 


62  LES   HEDRES   BRETONNES 

fermant  les  noms  :  S.  PAVLVS  —  S.  YVO.  Au  bas  de  la  marque  est 
imprimé  en  rouge  le  nom  du  libraire  :  Yvo  QuillevereK 
La  partie  inférieure  de  la  page  est  remplie  par  ces  quatre  vers  : 

Gum  nichil  absque  Deo  fît  proficui  vel  honoris, 
Primum  regnum  (sic)  Dei  queras  et  in  omnibus  horis, 
Et  sic  omne  bonum  tibi  plenius  adjicietur, 
Quique  Deo  servit,  regnare  Deo  perhibetur. 

In-4'',  288  feuillets,  savoir  :  8  pour  le  titre  et  le  calendrier  (cahier 
non  signé)  ;  i36  pour  le  Propre  du  temps  (cahiers  a-r)  ;  ^00  pour  le 
Propre  des  saints  (cahiers  A-N)  ;  44  pour  le  Commun  (cahiers  A-F  en 
rouge).  Les  feuillets  du  Propre  du  temps  et  du  Commun  sont  numé- 
rotés. Caractères  gothiques.  A  deux  colonnes. 

Exemplaire  de  la  bibliothèque  de  feu  M.  Pol  de  Courcy.  Il  y  manque 
les  feuillets  cxxix  et  cxxxvi  du  Propre  du  temps  et  xxx  du  Commun. 
Ces  trois  feuillets  existent  dans  un  autre  exemplaire  du  même  missel, 
conservé  au  grand  séminaire  de  Quimper,  au  sujet  duquel  M.  le  cha- 
noine Peyron  a  bien  voulu  me  renseigner. 

Le  feuillet  cxxix  (remplacé  dans  l'exemplaire  de  M.  de  Courcy  par 
un  feuillet  de  livre  d'heures  imprimé  sur  vélin)  contient  au  recto  une 
fin  de  préface  et  le  Sanctus;  au  verso  une  image  du  calvaire. 

Sur  le  feuillet  cxxxvi  se  trouvent  :  ^Ma  fin  du  petit  poème  Peni- 
teas  cito;  2°  Modus  incipiendi  et  finiendi  orationes  ecclesiasticas ; 
3°  Spéculum  sacerdotum  missam  celehrare  volentium. 

Quant  au  feuillet  xxx  du  Commun,  il  contient  les  cérémonies  du 
mariage  et  de  l'exlrême-onction,  avec  un  texte  breton  que  M.  le 
vicomte  de  La  Villemarqué  a  cité  dans  le  Barzas  Breiz  (éd.  de  -1867, 
p.  4-18)  et  qui  a  été  publié  par  M.  Whitley  Stokes  [Middle-hreton 
hours,  p.  37). 

Au  verso  du  titre,  l'éditeur  a  placé  une  dédicace  et  une  pièce  de 
vers,  dont  je  reproduis  le  texte,  avec  d'autant  plus  d'empressement 
que  le  feuillet  initial  du  Missel,  sur  lequel  sont  ces  deux  morceaux, 
manque  dans  l'exemplaire  du  séminaire  de  Quimper  : 

Reverendissimo 

[di]gnissimo,  Alanus  Qu...us^  Leoni...^  humillimam  S.  D. 

1.  L'imprimeur  de  Saiot-Brieuc,  L.  Prud'homme,  s'est  approprié  cette  marque. 

2.  Peut-être  Quentinus. 

3.  La  lecture  de  ces  cinq  lettres  n'est  pas  certaine.  Je  crois  cependant  qu'il 
doit  y  avoir  ici  le  mot  Leonigeus  (Léonnais),  comme  dans  la  rubrique  de  l'Éloge 
de  la  Bretagne  mis  en  léte  du  Catholicon  de  1521  ;  voyez  plus  loin,  p.  69. 


DU   XVI^   SIÈCLE.  63 

Qui  templi  fores  reserant  ut  inlroitum  pandant  volentibus  obstrusa 
sacra  contueri,  sacratissime  presul,  non  modicum  prestant  illisadmi- 
niculum  quo  sui  desiderii  compotes  fiant.  Haud  aliter  qui  sanctos 
elucidarunt  authores  divinorum  mysteriorum  interprètes,  ut  illorum 
pervia  magis  esset  intelligentia  perceptibiliorque^  sensus,  non  contem- 
nendam  tulerunt  opem  cupientibus  recondita  in  illis  allissirae  sapien- 
tie  arcana  pio  mentis  obtutu  conspicere.  Sicut  ad  templorum  adita 
penetraliaque  secretiora  non  datur  cuiquam  introitus,  nisi  valvis  ada- 
pertis  foribusque  reclusis,  ila  plane  nec  deiloquorum  patet  authorum 
sententia,  in  qui  bus  abdita  sunt  et  occultata  celesLium  sacrorum 
munia,  nisi  sit  qui  viam  aperiat,  seras  patefaciat  et  illato  lumine 
dimoveat  obscura.  At  vero,  inter  eos  qui  post  sanctorum  eloquiorum 
fautores  celestia  nobis  mysteria  devoLionis  adminiculo  tradiderunt, 
reverendus  ecclesie  Leonensis  antistes  cum  primis  annumerandus 
est,  quem  nunc  video  ad  magne  glorie  fastigium  provectum,  quem 
colo,  quem  ammiror  ac  veneror,  quem  amplissime  insignis  ecclesie 
Leonensis  decus  ac  sydus  quoddam  luculentissimum  qui  quidem 
noverit,  dubitare  nemo  possit  meritis  premiis,  debitis  honoribus  tue 
R.  D.  virlus  decorata  est^.  Nunc  facilius  probitatis  tue  laus  elucescit, 
nunc  prudencia,  nunc  bonitas  et  religionis  flagrantissimus  illustrabi- 
tur  amor,  quibus  plane  rébus  floruisti  semper,  R.  D.,a  teneris,  utGreci 
dicunt,  unguiculis.  Soient  quidem ^  primi  urbium  conditores,  R.  D., 
splendore  virtutum  suarum  rerumque  gestarum  gloria  magnam 
afferre  conditis  a  se  urbibus  commendationem  et  laudem,  ut  lanto 
preclarior  urbs  aliqua  habeatur  quanto  prestantior  claritudine  nomi- 
nis  fuerit  qui  eam  primus  condidit.  Haud  aliter  et  eximia  vite  sanc- 
timonia  illustrisque  doctrina  eorum  qui  régulas  ecclesiastice  institu- 
tionis  primi  ordinarunt  legesque  tulerunt,  quibus  in  eo  vite  génère 
sancte  religioseque  vivatur,  non  modicam  affert  dignitatem  et  autho- 
ritalem  ecclesiastice  professioni,  ut  eo  debeat  haberi  commendatior 
quo  excellentiores  eruditione  et  virtute  fuerunt  qui  eam  tanquam 
rerum  publicarum  législatures  certis  legibus  ac  regulis  instituerunt. 
Sed  pari  quoque  digni  sunt  laude  canonici  ejusdem  ecclesie  Leonen- 
sis rectoresque  et  conservatores  ejusdem  diocesis  quorum  virtute, 
ope,  authoritate  illa  geruntur  in  quibus  universa  lex  pendet  et  tota 
sita  est  ecclesie  ratio  et  recte  ac  laudabiliter  vivendi  disciplina.  Hec 

1 .  L'édition  porte  :  preceptibilior. 

2.  Il  semble  qu'il  y  ait  dans  cette  phrase  ou  une  omission  ou  un  vice  de 
construction. 

3.  On  a  imprimé  quidam. 


64  LES   HEURES   BRETONNES 

duo  sunt  eterni  mandata  principis  :  primum,  ut  colatur  Deus;  alte- 
rum,  huic  simile,  ut  proximus  diligatur.  Hoc  jubent  leges,  hoc  jura 
divina  et  humana  contendunt,  hoc  studio  omni  curare  debent  eccle- 
siarum  rectores  et  raagistratus,  ut  per  rectam  illorum  administratio- 
nem  juste,  pie,  moderate,  tranquille  vivatur  horainum  conciliatione 
ac  societate.  Tantisper  enim  bona  fuerit,  tranquilla  et  beata  ecclesia, 
dum  boni  et  sapientes  extiterunt  qui  magi stratus  gerunt,  taies  namque 
constat  esse  civitates  ac  populos  quales  hi  fuerint  qui  eis  gubernandis 
ac  regendis  presunt.  Boni  sunt  qui  intelligunt  se  gerere  personam  civi- 
tatis  etejus  dignitatem  sustinent.  Boni  sunt  rursus  qui  justitiam  dili- 
gunt,  leges  servant,  j  ura  atque  instituta  tuentur.  Boni  quidem'  sunt  qui 
concordiam  amant,  unitatem  spiritus  consectantur,  pacem  amplectun- 
lur,  que  bonorum  omnium  cumulum  prestat.  Félix  ista  natio  existi- 
manda  est  que  luculentissimipresulis  culmine  enitescit!  Félix,  inquam, 
ista  natio  que  devotionis  fervoreac  sanctorum  splendescitamplitudine! 
Félix  profecto  ac  beata  ista  natio  que  tôt  tamque  clarorum  virorum 
et  prestantium  dominorum  eminet  ac  refulget  glorial  Enim  vero  hic 
prestanlissimi  presulis  et  omnium  qui  ecclesiastica  nobis  de  Deo 
divinisque  mysteriis  monumenta  pararunt  precipuus  est  finis  ut  ex 
illis  Deus  cognoscatur,  syncerius  cognitus  ametur,  ardentius  autem 
amatus  in  spiritu  et  verilate  colatur,  adoretur  et  laudetur  ubcrius. 
Itaque  sit  hec  nostra  velim  lucubratio  tue  prestantissime  dignitati 
accepta,  pro  amplissima  in  me  tua  benevolentia  vel  quantulumcum- 
que  gratitudinis  argumentum,  celebranlibus  autem  omnibus  utilis, 
plebecule  vero  instar  perpendiculi  fructifera  et  ad  percipiendam  supra- 
mundanorum  devotionem  accommoda.  Vale,  litterarum  et  virtutura 
decus.  Ex  Parisiis,  M  D  XXVI. 

Ejusdem  ad  ecclesie  Leonensis  capitulum  epigramma. 

Ecce  Leonensis  Britonum  conventio  rudi 

Exiguum  populo  tradere  ccpit  opus. 
0  sermone  potens  Britonum  conventio,  mitis, 

Suavis  et  ornato  subdita  pontifici, 
Quam  bene  christicolis  fîdei  precepta  ministras, 

Divinos  ritus  et  sacra  jura  docens  ! 
0  felix  paslor  (nemo  feliciorj  ecce 

Dat  tibi  felicem  cantor  ApoUo  chorum. 
Sic  vos  feli[ces]  sic  vos  clementer  et  equa 

La i  numina  summa  regunt. 

1.  On  Ht  encore  ici  quidam  dans  l'imprimé. 


DU   XVI®   SIÈCLE.  65 

Le  nom  d'Yves  Quillevere,  auquel  est  due,  au  moins  en  par- 
tie, la  publication  du  vieux  Bréviaire  et  du  vieux  Missel  de  Saint- 
Pol  de  Léon,  doit  être  cher  aux  Bretons.  C'est  de  la  maison  de 
ce  libraire  que  sont  sortis  deux  des  plus  précieux  livres  bretons 
du  xvf  siècle  :  en  1521  le  Catholicou,  et  en  1530  le  Mystère  de  la 
Passion,  dont  la  valeur  a  été  si  bien  mise  en  relief  par  M.  le 
vicomte  de  La  Villemarqué. 

L.  Delisle. 


APPENDICE 


NOTES    SUR   QUELQUES  LIVRES   BRETONS 

IMPRIMÉS   AU  XV*"  ET   AU   XVI^   SIÈCLE. 


Quand  roccasion  s'est  présentée  de  faire  entrer  à  la  Bibliothèque 
nationale  les  Heures  bretonnes  auxquelles  le  travail  de  M.  Whitley 
Stokes  a  donné  de  la  célébrité,  j'ai  dû  me  rendre  compte  de  la  place 
que  ce  livre  doit  occuper  dans  la  série  des  plus  vieux  libres  bretons 
imprimés.  A  cette  fin,  j'ai  passé  en  revue  ceux  de  ces  livres  dont  la 
Bibliothèque  nationale  possède  des  exemplaires,  et  j'ai  pu  comprendre 
dans  ma  revue  le  Catéchisme  breton  de  l'année  -1 376,  dont  un  exem- 
plaire m^a  été  gracieusement  communiqué  par  M"®  la  comtesse  de 
Kergariou,  et  deux  livrets  :  le  Mystère  de  sainte  Barbe  et  le  Miroir 
de  la  mort,  dont  nous  devons  la  description  à  M.  Arthur  de  La  Bor- 
derie. 

L  Le  Gatholicon  de  Jean  Lagadedc,  4499-4321. 

Un  peu  après  le  milieu  du  xv®  siècle,  Jean  Lagadeuc,  de  la  paroisse 
de  Plougonven,  au  diocèse  de  Tréguier,  prenant  pour  modèle  le 
célèbre  Gatholicon  de  Jean  de  Gênes,  rédigea  un  Dictionnaire  qui 
avait  pour  but  d'aider  les  Bretons  à  apprendre  le  français  et  le  latin. 
11  nous  en  est  parvenu  un  manuscrit,  qui  vient  d'Antoine  Lancelot  et 
4895  5 


66  LES   HEURES   BRETONNES 

qui  porte  le  n»  7656  dans  le  fonds  latin  de  la  Bibliothèque  nationale 
(volume  sur  papier,  de  iSi  feuillets,  mesurant  286  millimètres 
sur  2i4).  Ce  manuscrit  n'est  malheureusement  pas  complet.  La 
copie  n'en  a  jamais  été  terminée;  elle  s'arrête  à  l'article  PRES,  au 
bas  du  recto  du  feuillet  -131 ,  feuillet  dont  le  verso  est  resté  en  blanc. 
De  plus,  il  existe  une  lacune  entre  les  mots  :  INSTRUCTION  et 
MOLESTAFF.  L'article  INSTRUCTION  se  trouve  au  haut  du  qua- 
trième feuillet  d'un  cahier  dont  les  dix  dernières  pages  (fol.  ^ 05-1 09) 
sont  restées  en  blanc.  En  tête,  l'auteur  a  mis  une  courte  préface 
datée  du  -16  août  -1464.  La  copie  doit  être  de  bien  peu  postérieure  à 
cette  date.  Voici  le  texte  de  la  préface  : 

Principio  Dominum  rogo  trinum  semper  et  unum 
Ut  Britoni  librum  valeam  complere  novellum. 
Si  quid  in  hoc  opère  videaris  non  bene  dictum. 
Non  mox  arguere  studeas  tanquam  maie  pictum. 
Primo  consulere  piaceat  tibi  sepe  peritum 
Qui  sciât  instruere  necnoa  discernere  scriptum. 

Quoniam  quidam  raulti  scolares,  adhuc  in  limine  gimnasii,  non 
habentes  periciam  latinitatis,  trahunt  vocabula  latina  ad  sensum  extra- 
neum  et  extortum,  squamas  avibus  et  plumas  piscibus  apponentes,  alii 
quippe  de  novo  latinum  fingunt  ac  alii  barbarizant,  eciam  quia  quam 
plures  Britones  muUum  indigent  gallico,  idcirco  ego  Johannes  Lagadeuc, 
parrochie  de  Ploegonven,  diocesis  Trecorensis,  in  artibus  et  decretis 
bachalarius,  quamvis  indignus,  ad  utilitatem  pauperum  clericulorum 
Britanie  vel  rudium  in  pericia  latinitatis,  hoc  opusculum  composui, 
primo  ponens  et  ordinans  britonicum  secundum  ordinem  quem  frater 
Johaunes  Januensis  tenet  in  suc  Catholicon,  sibi  addiciens  gallicum  et 
dcinde  latinum  ejusdem  significationis,  ut  per  illud  britonicum  poterunt 
ad  galiici  et  latini  pervenire  cognicionem  :  liic  enim  suplebitur  quidquid 
ex  hujus  deiïeclu  hactenus  pretermissum  est.  Queso  autem  mente 
de  vota,  super  hujusmodi  operis  imperfectione  veniam  a  scolaribus  et 
magistris  postulans,  ut  non  bene  dicta  corrigant,  defectus  suppléant  ac 
in  melius  reforment,  ac  britonicum  secundum  earum  {sic)  prolacionem 
hic  interserant,  ut  meUus  utique  convalescat.  Datum  die  xvi*  mensis 
augusti,  anno  Domini  millesimo  quadringentesimo  sexagesimo  quarto. 

On  connaît  trois  éditions  imprimées  du  Catholicon. 

-I"  édition.  Tréguier,  1499. 
Cy  est  le  Catholicon  en  troys  lan||gaiges,  sçavoir  est  breton,  fran||- 
czoys  et  latin,  selon  l'ordredel'a,  (|  b,c,  d,etc.  —  Marque  de  J.  Galvez. 
(Au  verso  du  titre,  à  la  suite  d'une  préface  commençant  par  les 


DD    XVI*   SIÈCLE.  67 

mots  Qui  lingua  loquitur  oret  ut  interpretur  et  qui  n'offre  point 
d'intérêt,  au  bas  de  la  col.  2  :)  Incipit  Dictionarius  Britonum,  conti- 
nens  ||  tria  ydiomata,  videlicet  britanicum  secundum  [j  ordinem  lit- 
terarum  alphabeti,  gallicutn  et  11  latinum  superaddita  a  M.  J.  Laga- 
dec,  dio[|cesis  Trecorensis,  corapositus  ad  utilitatem  ||  clericorum 
novellorum  Britanie. 

(A  la  fin  :)  Cy  finistce  presant  libvre  nommé  le  Gajlholicon,  lequel 
contient  trois  langaiges,  ||  sçavoir  breton,  franczoys  et  latin,  lequel 
Il  a  esté  construit,  compilé  et  intitulé  par  noble  et  ||  vénérable  maistre 
Auff"ret  Quatquevellran,  en  son  temps  chanoine  de  Treguier,  [|  rec- 
teur de  Ploerin  prèsMorlaix,  prevoians  f|  que  c'estoist  une  chose  pro- 
pice et  utile  de  []  mettre  ces  trois  langaiges  concordens  |1  Pung  à 
l'aultre,  quant  affîn  et  pour  instruire  les  simples  gens  a  avoir  la 
cognoissance  ||  des  ditz  langaiges,  ainsi  que  le  hbvre  le  ||  demonstre. 
Et  imprimé  à  la  cité  de  Lantre||guier  par  Jehan  Galvez,  le  cinquiesme 
jour  II  de  novembre,  l'an  mil  GGGC IIII  vingtz  ||  et  dix-neuf. 

Euzen  Roperz,  credet  querz,  a  Kaerdu, 
En  composas  ung  pas  ne  fallas  tu 
Bedenn  yssu  hac  en  continuas. 

Marque  de  J.  Galvez. 

In-folio.  ^06  feuillets  non  numérotés,  dont  le  dernier  est  blanc. 
n  cahiers  signés  a-r,  chacun  de  6  feuillets,  sauf  les  deux  premiers 
qui  en  ont  chacun  8.  Garactères  gothiques.  A  deux  colonnes. 

Exemplaire  ayant  appartenu  à  Jacques  Gorbinelli  et  à  Huet.  Bibl. 
nat..  Réserve,  X.  252.  —  Second  exemplaire,  incomplet  des  feuil- 
lets a  1 ,  c  ^ ,  1 6,  m  ^  -6,  et  r  6.  Réserve,  X.  433. 

Sur  cette  édition,  il  faut  consulter  A.  de  La  Borderie,  l'Imprimerie 
en  Bretagne  au  XV^  siècle,  p.  83-94,  et  Thierry-Poux,  Anciens 
monuments  de  la  typographie  française,  p.  -16,  notice  U9,  pi.  XXX. 

G'est  de  cette  édition  que  M.  Le  Men  a  donné  un  abrégé  dans  le 
yo\\imQmiiiu\éCatholicon  de  Jehan  Lagadeuc.  Lorient,  [^867],  in-8". 

2*  édition ? ? 

Le  premier  feuillet  manque. 

(Titre  courant  au  haut  du  fol.  ii  :)  Incipit  Dictionarius  ||  Brito- 
num,  continens  tria  ydiomata,  videliijcetbritannicum  secundum  ordi- 
nem litterarum  aljlphabeti,  gallicum  et  latinum  superaddita,  [|  a  ma- 
gistro  Johanne  Gorre  Trecorensi  correctus  |i  et  revisus. 


68  LES   HEURES   BRETONNES 

Le  dernier  feuillet  manque,  et  le  feuillet  xvii  a  été  refait  à  la  main. 

In-quarto.  1 00  feuillets  numérotés.  Cahiers  signés  A-Q.  Caractères 
gothiques.  A  deux  colonnes. 

Exemplaire  ayant  appartenu  à  J.-B.  de  S.  Port,  puis  à  Falconet. 
Bibl.  nat. ,  Réserve,  X.  946.  Le  présent  exemplaire  parait  être  celui 
dont  parle  Brunet^ 

On  peut  supposer  que  cette  édition  du  Catholicon  est  celle  dont  il 
se  trouva  six  exemplaires  dans  l'hôtel  du  libraire  Didier  Maheu,  à 
Paris,  rue  Saint-Jacques,  à  l'enseigne  de  Saint-Nicolas,  le  2\  avril 
■J520,  lors  de  l'inventaire  dressé  après  la  mort  de  Jeanne  Corset, 
femme  de  Didier  Maheu  :  «  Six  Calholicum,  en  françois  et  en  breton, 
VI  s.  VI  d.  t.2.  »  En  -1520,  on  n'estimait  donc  que  ib  deniers  l'exem- 
plaire d'un  petit  volume  qui  se  paierait  aujourd'hui  bien  au  delà  du 
poids  de  l'or. 

3^  édition.  Paris,  ^52i. 

Catholicon.  ||  Artificialis  Dictionarius  tripha|)riam  partitus  :  brito- 

nice  scilicet,  gallice  et  latine,  (|  non  parva  accuralione  et  diligentia 

recenter  ParrhilJsius  impressus,  necnon  a  complusculis  mendis  tersus 

Il  atque  castigatus,  nonnuUisqueadditis  crementum  acjlcessionemque 

hac  in  secunda  recognitione  suscipit. 

Grande  marqua  de  Yvo  Quillevere. 

Venmidatur  Pharrisius  ab  Yvone  Quillevere,  ||  commorante  in 
vico  sic  nuncupato  la  Bucherie. 

(Titre  de  départ  au  haut  de  la  col.  ^  du  fol.  ii  :)  Incipit  Dictiona- 
rius Il  qui  intitulatur  Catholi||con,  continens  tria  ydio||mata  :  videlicet 
britanni|]cum  secundum  ordinem  litterarum  ||  alphabet),  gallicum  et 
Il  lalinum  super  addita,  ||  jam  pridem  ab  innumeris  jl  deffeclibus  cor- 
rectus  et  ||  revisus. 

(A  la  fin,  col.  2  du  fol.  clx  :)  Explicit  Ca||tholicon  seu  Dictionarius 
trino  parîltitus  vernaculo,  expensis  honesli  ||  viri  Yvonis  Quillevere, 
Parisius  j]  commorantis,  rursum  impressus,  nec||non  opéra  ac  ipsius 
industria  dihgen||ter  tersus  et  emendalus,  anno  sesqui  ||  millesimo 
vicesimo  primo,  pridie  ||  kalendas  februarias. 

1.  Manuel,  t.  I,  col.  555.  —  Au  lieu  de  Johanne  Corre  Trecorensi,  Brunet  a 
lu  Johanne  Trecorensi.  —  M.  Le  Men  cite  cette  édition  sous  le  nom  de  Jean 
Cozre  ;  voyez  la  réimpression  du  Catholicon  de  Jehan  Lagadeuc,  publiée  à 
Lorient  en  1867,  p.  8  de  la  partie  liminaire. 

2.  Bulletin  de  la  Société  de  l'histoire  de  Paris,  1894,  t.  XXI,  p.  200. 


DU  XVI^   SIÈCLE.  69 

Au  bas  de  la  même  page,  deux  distiques  : 

Ad  invidum. 
Non  aliéna  tuis  quatiuntur  pectora  tells. 

Non  aliis  rapidus  sed  tibi  livor  obest. 
Hereat  altus  amer  tibi  :  de  pectore  sevum 

Livorem  pellas  :  hic  teret,  ille  fovet. 

Sur  le  fol.  cLx  v°,  les  armes  de  Bretagne,  supportées  par  deux 
anges. 

Petit  in-octavo.  ^60  feuillets  numérotés,  répartis  en  20  cahiers  qui 
sont  signés  A-V.  Caractères  gothiques.  A  deux  colonnes. 

Bibliothèque  nationale,  Réserve,  X.  2059. 

C'est  l'édition  de  'I52^  que  Brunet^  a  décrite  d'une  façon  très 
inexacte,  en  lui  assignant  pour  date  l'année  '^50^.  La  même  erreur 
a  été  commise  par  M.  LeMen^,  qui  paraît  cependant  avoir  vu  l'exem- 
plaire de  la  Bibliothèque  nationale. 

Le  Catholicon  de  ^52^  s'ouvre  par  un  pompeux  éloge  de  la  Bre- 
tagne, qui  couvre  le  verso  du  titre  et  qui  mérite  bien  d'être  reproduit  : 

Leonigeus  in  laudes  Britannie. 
Optima  patrie  jacta  fundamenta  Socrates,  ille  philosophie  parens, 
dicebat  et  perpétua  firmitate  constare  si  sapiens,  si  virilis,  si  temperans, 
si  justa  foret  :  que  quidem  magne  eximieque  virtutes,  tam  et  si  totius 
humane  vite  contineant  rationem,  precipue  tamen  ad  bene  regendam 
communitatem  necessarie  sunt,  ut  absque  earum  presidio  nulla  nec 
munita  satis  nec  tuta  sit  patria.  Sed  quid  ratio  petit,  quid  spectat  aliud 
quam  virtutis  actionem  atque  exercitationem  et  tum  sapientiam,  pru- 
dentiara,  tum  equitatem,  animi  magnitudinem,  verecundiam,  modes- 
tiam,  probitatem  eidem  colendam  suadet,  praecipit,  imperat.  Quis  est 
qui  ignoret  temperantiam  in  Britannia  clarescere  ac  plurimum  domi- 
nari?  Quis  igitur  Britanniam  non  laudet,  quis  non  predicet,  quis  non 
plurimum  admiretur,  apud  quam  certi  sunt  rerum  fines,  totiusque  deni- 
que  vite  ordo  modusque  servatur,  et  eorum  que  vel  dicuntur  vel  fiunt 
recta  mensura  est?  Eidem  constantiam,  nobilitatem,  gravitatem  cete- 
rasque  tum  multas  tum  maximas  virtutes  si  pergam,  non  dicam  laudare, 
sed  referre,  deticiat  me  dies.  Taceo  igitur  celi  clementiam,  aeris  salu- 
britatem,  ubertatem  soli,  agrorum  fertilitatem ,  loci  opportunitatem, 
segetum  commoditatem,  varietatem  fructuum,  cujusque  generis  annone 
mirificam  copiam,  magnam  vim  frumentorum,  optimi  pecoris  posses- 
sionem,  numerosa  armenta,  pascuorum  feracitatem,  optima  et  pinguium 


l.  Manuel,  t.  I,  col.  555 


1.  Manuel,  t.  I,  col.  555. 

2.  Réimpression  du  Catholicon,  p.  8  de  la  partie  liminaire. 


70  LES    HEURES   BRETONNES 

pratorum,  coUium  etvirentium  convallium  pabula.  Jam  de  amplissima 
Britannie  ditione  quid  multa  dicere  opus  est?  Terre  manque  Britannia 
imperat;  opida  complura,  castella  permulta,  populi  non  ignobiles  illi 
serviunt.  Urbes  etiam  non  incelebres  ejus  dicioni  subjacent.  In  his  fera- 
cissima  ora  et  omnis  regio  circumscripta  littoribus  occeani  maris,  que 
quasi  frumentaria  cella  finitimorum  omnium  ac  per  altum,  precipue  ex 
celeberrimo  Abrevetule  portu,  multa  exportans  necessaria  alimenta, 
etiam  exteris  et  longinquis  populis  subministrat,  quibus  inter  se  homi- 
nés  juvare,  civitates  continere,  vite  presidia  conferre  possint.  Verum 
hos  soient  sapientes  dignos  exîstimare  qui  reipublice  presint,  qui  magis- 
tratus  gérant,  qur  populorum  gubernaculis  preficiantur.  Pastores  nam- 
que  suntqui  alios  regunt,  ut  scite  Homerus  pastorem  populorum  Aga- 
memnonem  appellare  sit  solitus.  Qui  una  nostris  seculis  in  bac  preclara 
atque  optime  instituta  republica  florent  nec  minus  splendescunt  quam 
quondam  bellica  gloria  prestans  Lacedemon,  imperio  et  summis  opibus 
Roma  refulgens  :  in  bac,  inquam,  patria  in  qua  omnium  pêne  consensu 
aurea  dominatur  libertas.  Taies  qui  modo  gubernant  viros  moderatione, 
integritate  ornatos  et  reipublice  studio  ac  patrie  cbaritate  flagrantes. 
Taies  quoque  magistratus  annuunt  pennates  in  bac  preclara  commitio- 
rum  celebritate,  ut  et  summa  ipsi  virtute  prediti,  invitati  exemplo, 
patriam  conservent,  juveut,  amplificent,  quorum  ope  et  presidio  sit  illa 
«  Imperium  occeano  famam  que  tcrminet  astris,  »  ad  eterni  principis 
decus  et  ejus  florentissimi  populi  gloriam  et  tranquillitatem. 

Pour  montrer  dans  quel  rapport  sont  entre  elles  la  copie  manus- 
crite et  les  trois  éditions  du  Catholicon,  je  prends  au  hasard  quelques 
articles  de  la  lettre  B,  Les  mots  bretons  qui  sont  dans  le  corps  des 
articles  seront  imprimés  en  caractères  italiques. 

Manuscrit.  Édition  de  1499'. 

Baetes  :  gallice  bleteou  bpte,de  Baetes  :  gallice  bete  ou  blcte^, 

quoy  on  fait  la  pourrée;  latine  bec  de  quoy  on  fait  la  porée  ;  latine 

betha,  bethe.  bec  beta,  bete  3. 

Bagat  :  g.  assemblée,  multitude  Bagat  :  g.  assemblée,  multitude 

de  gens;  1.  bec  turba,  e.  Item  bec  de  gens'';  1.  bec  turba,  be.  Item 

turma,  e;  g.  compaigaie  de  trante.  bec  turma,  me;  g.  compaingnie  de 

trante-». 

1.  Je  donne  en  note  les  variantes  de  la  deuxième  et  de  la  troisième  édition, 
désignées  par  les  chiffres  2  et  3. 

2.  «  G.  blete,  1.  beta.  »  3. 

3.  «  Et  betacius  et  betacium.  »  2.  —  «  Et  betacius.  »  3. 

4.  «  Des  gens.  »  2  et  3. 

5.  «  BriJannice  Compainunez  a  tregont.  »  2.  —  a  Compainnunez  a.  t.  »  3. 


DU   XVr   SIECLE. 


74 


Bagat  chatal  :  g.  tropel  de  gros- 
ses bestes  ou  de  brebis;  1.  hic  grex, 
gis.  Item  hoc  armentum,  armenti; 
b.  bagat  ouhen. 

Bagat  galantet  :  g.  compaignie 
de  galans;  1.  bec  caterva,  caterve. 
Inde  catervarius,  a,  um  :  g.  qui 
ensuyt  compaignie  de  caterve  de 
galans.  Item  catervatim ,  adver- 
bium  :  g.  de  compaignie,  en  com- 
paignie ou  par  compaignies. 

Bahu  :  g. 

Baill  :  g.  bausen,  latine. 

Balance  :  g.  idem;  1.  bec  state- 
ra,  e.  Item  hic  stater,  teris  :  c'est 
ung  poys  à  poiser.  Item  agma,  ne 
(sic)  :  g.  treu  de  balance.  Item  hic 
libripens,  dis  :  g.  balance  à  poi- 
ser, ou  la  languete  de  la  balance. 
Item  bec  trutina,  ne.  Inde  truti- 
nula,  e,  et  trutinella,  le;  ambo 
diminutiva. 


Bagat  chatal  :  g.  tropel  *  de 
grosses  bestes  ou  de  brebiz^;  1,  hic 
grex,  gis.  Item  hoc  armentum,  ti^; 
b.  bagat  ouhen''. 

Bagat  galantet  :  g.  compain- 
gnie  de  galans  ;  1.  bec  caterva,  ve^. 
Inde  catervarius,  a,  um  :  g.  qui 
ensuyt  compaingnie  de  caterve  de 
galans^.  Item  catervatim,  adver- 
bium  :  g.  de  compaingnie,  en  com- 
paingnie ou  par  compaingnies'^. 


Balancc  :  g.  idem  8;  1.  bec  sta- 
tera,  re^.  Item  hic  stater,  ris''': 
c'est  un  poix  à  peseH'.  Item  agma, 
me  :  g.  tieu  de  balance *2.  Item  bec 
libribens'3,  dis  :  g.  balance  à  peser 
ou  la  languete  de  balance '•*.  Item 
bec  trutina,  ne.  Inde  trutinula,  le, 
et  trutinella,  le;  ambo  diminu- 
tiva'^. 


1.  «  Tropeu.  »  2. 

2.  et  Tropeau  des  menues  bestes.  »  3. 

3.  «  G.  tropeau  de  grosses  bestes.  »  3. 

4.  «  B.  hagat  egennet  pe  ouhen.  »  2.  —  «  B.  bagat  chatal  bras,  euei  egen- 
net,  etc.  »  3. 

5.  Toute  la  fin  de  l'article  est  ainsi  rédigée  dans  3  :  «  Tamen  proprie  est 
Gallorum  legio,  sicut  phalanx  Macedonum,  que  certo  numéro  constat;  nam 
auctore  Vegecio  in  caterva  erant  sena  militum  milia.  Plerumque  tamen  pro 
multitudine  sumitur.  Et  catervatim,  adverbium  id  est  per  varias  catervas.  Et 
catervarii,  catervatim  conglobali.  » 

6.  «  Compaingnie  de  caterve  des  galans  ;  b.  neb  a  heul  conipainunez  galan- 
tet. »  2. 

7.  «  B.  dre  compainunez.  »  2. 

8.  «  Gallice  balance.  »  2  et  3. 

9.  a  A  stando  dicta.  »  3. 

10.  «  Et  hic  stater,  ris,  qui  duo  habet  didragmata.  »  3. 

11.  «  G.  C'est  un  poix  à  peser;  b.  poes.  »  2. 

12.  L'explication  française  manque  dans  2  et  3. 

13.  «  Item  libripens.  »  2.  —L'article  «  Libripens  »  manque  dans  3,  où  il  est 
remplacé  par  ceci  :  «  Item  bilans,  cis,  quod  duas  habet  lances.  Et  bilipris,  id 
est  duarum  uncium.  » 

14.  «  B.  Steudenn  an  balancc.  »  2. 

15.  Les  mots  «  ambo  diminutiva  »  manquent  dans  3. 


72  LES   HEURES  BRETONNES 

Balanczaff  :  g.  balancer,  poi-  Balanczaff  :  g.  balancer ^,  pe- 
ser; 1.  libro,  as,  avi,  activi  gène-  ser;  1.  libro,  as,  avi,  etc.,  activi 
ris.  Item  trutino,  as.  generis^.  Item  trutino,  as. 

Balauenn  :  g.  papeillon;  1.  hec  Balauenn  :  g.  papeillon;  l.  hec 

papilio,  onis.  Idem  hic  flocus,  ci;  popilio,  nis. 
b.  balauenn  erch. 

Cet  exemple  suffît  pour  montrer  que  le  texte  du  manuscrit  diffère 
assez  peu  du  texte  des  éditions,  et  surtout  de  l'édition  de  -1499.  Tou- 
tefois, les  variantes  mises  au  bas  des  pages  laissent  entrevoir  que  la 
deuxième  et  la  troisième  édition  renferment  des  additions,  et  notam- 
ment des  gloses  bretonnes,  qui  n'existent  ni  dans  le  manuscrit  ni 
dans  la  première  édition.  On  jugera  encore  mieux  du  nombre  et  de 
l'importance  de  ces  additions  en  examinant  le  texte  de  l'article  LESTR 
A  MOR,  tel  qu'il  nous  est  offert  par  les  trois  éditions 3.  Cet  article 
fournit  d'ailleurs  d'assez  curieux  renseignements  sur  les  termes  de 
marine  employés  en  Bretagne  au  commencement  du  xvi^  siècle  : 

Edition  de  1499.  Deuxième  édition''. 

Lestr  a  MOR  :  g.  nef;  1.  hec  car-  Lestr  a  mor  :  g.  nef;  1.  hec  car- 

basus,  asi,  et  pluraliter  hec  car-  basus,  asi,  et  pluraliter  hec  car- 

basa,  orum.  basa,  crum,  ethero. 

Item  carbasus   est  voile.  Item  Item  carbasus,  c'est  voile;  b.^oeZ 

c'est  robe.  lestr.  Item  c'est  robe;  b.  sae. 

Item  hec  ratis,  tis  :  g.  nef.  Item  hec  ratis,  tis  :  g.  nef;  b. 

lestr. 

Item  hec  pelagiaris,  ris  :  c'est  Item  hec  pelagiaris^,  ris   :  g. 

grant  nef.  Item  hic  et  hec  pelagia-  c'est  grant  nef;  b.  lestr  bras.  Item 

ris  et  hoc  re.  hic  et  hec  pelagiaris  et  hoc  re. 

Item  hec  trieris,  eris,  idem  quod  Item  hec  trieris,  eris,  idem, 
pellagiaris  :  grande  nef. 

Item  hic  capulus,  li  :  petite  nef  Item^î  hic  capulus,  11  :  g.  petite 

de  verges  faicte.  nef  de  verges  faicte;  b.  lestr  a  goa- 

lennier. 

Item  hic  dromo,  onis  :  c'est  une  Item  hic  dromo,  nis^  :  g.  c'est 

1.  Le  mot  «  balancer  »  est  omis  dans  3. 

2.  «  Avi,  are,  activi  generis.  Et  trutino,  nas.  »  3. 

3.  Cet  article  se  trouve  compris  dans  la  lacune  que  présente  le  texte  manus- 
crit du  Catholicon. 

4.  Je  donne  en  note  les  variantes  de  la  troisième  édition,  publiée  à  Paris  en 
1521. 

5.  «  Pelargiaris.  »  3. 

6.  Paragraphe  omis  dans  3. 

7.  Ici  s'arrête  le  texte  de  ce  paragraphe  dans  3. 


DU    XV!**    SIECLE. 


73 


manière  de  nef  longue  et  isnelle, 
et  s'appelle  dromon. 

Item  hec  legia,  ie  :  c'est  petite 
nef,  nasselle. 

Item  hec  pupis,  is  :  c'est  la  der- 
renière  partie  de  la  nef. 

Item  hic  fasellus,  li  :  une  nef 
corme  et  isnelle.  Item  c'est  une 
manière  de  lyon,  ou  une  manière 
de  potaige.  Item  c'est  une  isle. 


Item  hic  ypogabus,  bi  :  c'est  nef 
ouquel  l'en  porte  les  chevaulx. 


Item  hec  prora,  re  :  c'est  le  pre- 
mier bout  de  la  nef. 

Item  hic  miparo,  est  nef  pour 
piratez,  id  est  larrons  de  mer. 
Idem  hec  scalacia,  e. 


Item  salamus,  mi  :  nef. 
nebris.  Idem  letibulus,  li. 


Idem 


Item  hec  navis,  is,  in  accusativo 
navem  vel  navim  :  g.  nef. 

Item  stolus,  li  :  g.  grand  mul- 
titude de  nefz.  Idem  hec  classis, 
sis. 


une  manière  de  nef  longue  et  is- 
nelle, et  s'appelle  dromon;  h.  lestr 
hir  ha  squaff. 

Item  hec  legia,  e  :  g.  c'est  petite 
nef,  nasselle^;  b.  bag  pe  lestric^. 

Item  hec  pupis,  is  :  g.^  c'est  la 
dernière  partie  de  la  nef;  b.  stur. 

Item  fasellus,  li,  generis  mascu- 
lini  vel  feminini,  qui  et  fasellus 
dicitur  genus  navigii  campani;  in 
génère  masculino,  genus  est  legu- 
minis,  exibis'*  et  teretis,  qui  et 
phaseolus  et  phasilus  dicitur. 

Item  hic  ypogabus,  bi  :  g.^  c'est 
une  nef  auquel  l'en  porte  les  che- 
vaulx; b.  lestr  pe  bac  da  doen  ron- 
ceet. 

Item  hec  prora,  re  :  g.  c'est  le 
premier  bout  de  la  nef;  b.  en  pen 
quentaff  an  lestr^. 

Item  hec  miparo  :  g.  nef  pour 
piratez,  id  est  larrons  de  mer^  ;  b. 
lestr  eguit  lazron  a  mor.  Idem  hec 
scalacia,  e. 

Item  salamus,  mi  :  g.  nef;  b. 
lestr ^.  Idem  nebris.  Idem  letibu- 
lus, 119. 

Item  hec  navis,  is,  in  accusativo 
navem  vel  navim  :  g.  nef;  \i.lestr^^. 

Item  stolus,  li  :  g.  grant  multi- 
tude de  nefz;  b.  flot  listry.  Idem 
hec  classis,  sis. 


1.  Le  mot  «  nasselle  »  omis  dans  3. 

2.  «  Lestric  bihan.  »  3. 

3.  L'explication  française  et  la  glose  bretonne  sont  remplacées  dans  3  par  «  id 
est  navis.  » 

4.  Ainsi  portent  la  deuxième  et  la  troisième  édition,  sans  doute  pour  «  exilis.  » 

5.  Le  français  et  le  breton  de  ce  paragraphe  sont  remplacés  dans  3  par  «  navis 
ad  potandum  [sic]  equos.  » 

6.  Après  le  mot  lestr,  on  lit  dans  3  :  «  penn[ultima]  prod[ucta],  dicitur  qui 
custos  est  et  gubernator  in  navis  prora.  » 

7.  «  Id  est  larrons  de  mer  »  manque  dans  3. 

8.  Le  terme  français  et  le  terme  breton  omis  dans  3. 

9.  «  Et  nebris  vel  letibulus,  li.  »  3. 

10.  Les  mots  français  et  breton  omis  dans  3. 


74 


LES   HEURES   BRETONNES 


Item  hoc  navale,  lis  :  g.  ensem- 
blée  de  nefz. 

Item  hec  navicula,  le  :  g.  petite 
nef. 

Item  navigo,  as  :  g.  naiger. 

Item  nauticus,  a,  um  :  g.  de 
nef. 

Item  hic  et  hec  manalis  {sic)  et 
hoc  le  :  g.  de  nef. 

Item  hic  paro  :  c'est  nef  pour 
pechier. 

Item  hec  barcha,  che  :  c'est  nef 
des  marchans;  g.  barche;  b.  barc. 

Item  hic  celox,  quasi  veiox,  est 
une  nef  isnelle.  Idem  hic  celoni- 
cus. 

Item  denter  est  une  nef  estroitte 
devant. 

Item  hic  musculus,  li,  est  une 
petite  nef,  et  est  ronde. 

Item  hic  cimbulus,  li,  est  une 
petite  nef  couverte  de  cuyr  pour 
pécher. 

Item  hic  lembus,  bi,  est  une  nef 
isnelle. 

Item  hic  linter,  tris,  est  une 
manière  de  nef,  mais  proprement 
linter  c'est  g.  auge  à  porceaulx. 

Item  hic  carabus,  bi  :  g.  cara- 
nelle. 


Item  hoc  navale,  lis  :  g.  ensem- 
blée  de  nefz;  b.  assemble  a  listry^. 

Item  hec  navicula,  le  :  g.  petite 
nef;  b.  lestric^. 

Item  navigo,  as  :  g.  naiger,  b. 
neuff. 

Item  nauticus,  a,  um  :  g.  de 
nef;  b.  a  lestr^. 

Item  hic  et  hec  manalis-'  et  boc 
le  :  g.  de  nef;  b.  a  lestr. 

Item  hic  paro  :  g.  c'est  nef  pour 
peschier;  b.  scaff  da  pesquetaff. 

Item  hec  barcha,  che  :  g.  c'est 
nef  des  marchans^;  g.  barche;  b. 
barc. 

Item^  hic  celox,  quasi  velox  :  g. 
c'est  une  nef  isnelle  ;  b.  lestr  buhan 
en  mor.  Idem  hic  celonicus. 

Item  denter  :  g.  une  nef  estroicte 
devant;  b.  lestr  striz  a  diarauc. 

Item  hic  musculus,  li  :  g.  une 
petite  nef,  et  est  ronde;  b.  lestric 
crenn. 

Item'  hic  cimbulus,  li  :  g.  c'est 
une  petite  nef  qui  est  couverte  de 
cuir  pour  pécher;  b.  lestric  goloet 
da  pesquetaff. 

Item  hic  lembus,  bi  :  g.  c'est 
une  nef  isnelle;  b.  lestr  squaff. 

Item  hic  linter,  tris  :  g.  auge  à 
porceaulx  ;  b.  laouezr  an  moch. 

Item  hic  carabus,  bi  :  g.  cara- 
nelle,  geniis  piscis. 


1.  La  traduction  en  français  et  en  breton  omise  dans  3. 

2.  Dans  3,  le  mot  «  diminutivum  »  lient  lieu  de  la  traduction  française  et  de 
la  traduction  bretonne. 

3.  «  Item  nauticus  qui  navem  gubernat.  »  3. 

4.  Cette  faute  d'impression  prouve  que  la  deuxième  édition  dérive  de  la  pre- 
mière. La  troisième  porte  :  «  Item  hic  et  hec  navalis,  et  hoc  le,  quod  ad  naves 
pertinet.  » 

5.  «  G.  c'est  nef  de  marchans,  »  omis  dans  3. 

6.  Les  paragraphes  relatifs  aux  mots  «  celox  »  et  «  denter  »  manquent  dans  3. 

7.  Ce  paragraphe  et  les  sept  suivants  sont  représentés  dans  3  par  les  mots 
«  Item  hic  cimbulus,  i;  idem  hic  lembus,  bi.  Item  scaffa,  scaffe.  > 


DU   XVr   SIECLE. 


75 


Item  hec  cimba,  be  :  c'est  une 
nef  large  et  basse. 

Item  hec  legia,  e  :  c'est  la  nef 
des  captives  et  pouvres. 

Item  hec  caudea,  ee,  a  cauda  : 
c'est  une  nef  estroitte  devant  et 
large  d arrière. 

Item  hec  scaffa,  fe  :  c'est  nef  à 
pécher. 

S'ensuyvent  les  instrumeas  de 
la  nef  : 

Hic  malus,  li  :  g.  mast;  b.  guern 
an  lestr. 

Item  hec  carthesia,  e  :  h.  an 
tour  castell. 

Item  hec  anchora,  e  :  g.  ancre; 
b.  idem. 

Item  hec  linthea,  orum,  vélum, 
li,  hec  carbasus,  si  :  g.  voile  de 
nef;  b.  gouei  lestr. 

Item  hiccheruchus,  chi  :  g.  gra- 
lichet,  c'est  le  petit  voile  qui  mons- 
tre dont  est  le  vent;  b.  guiblenn. 

Item  hic  contus,  ti  :  g.  c'est  la 
perche  pour  bouter  la  nef. 

Item  hic  remus,  i  :  g.  aviron; 
b.  roeuff. 

Item  rudentes  sont  les  cordes  de 
la  nef. 

Item  hoc  transtrum,  stri  :  c'est 
le  siège  au  marinyer  pour  aviron- 
ner. 

Item  amplustre,  stris,  id  est  gu- 
bernaculum  navis. 

Item  antempne  sunt  corde  a 
quibus  vêla  dépendent. 

Ista  et  hujusmodi  alla  vocabula 


Item  hec  cimba,  be  :  g.  c'est  une 
nef  large  et  basse;  b.  lestr  ledan 
hac  ysel. 

Item  hec  legia,  e  :  g.  la  nef  des 
pouvres;  b.  lestr  an  re  quemeret 
oar  mor. 

Item  hec  caudea,  ee,  a  cauda  : 
g.  c'est  une  nef  estroitte  devant  et 
large  derrière;  b.  lestr  striz  a  dia- 
raoc  ha  ledan  a  dreff. 

Item  hec  scaffa,  fe  :  g.  c'est  nef 
à  pescher. 

Sequuntur  nomina  instrumento- 
rum  carbasi  : 

Hic  malus,  li  :  g.  mast;  b.  guern 
an  lestr. 

Item  hec  carthesia,  e  :  g.  la  tour 
de  la  nef;  b.  an  tour  castell. 

Item  hec  anchora,  e  :  g.  ancre; 
b.  idem. 

Item  hec  linthea,  orum,  vélum, 
li,  hec  carbasus,  si  :  g.  voile  de 
nef;  b.  gouel^  lestr. 

Item  hic  cheruchus,  chi  :  g.  gra- 
lichet,  c'est  le  petit  voile  qui  mons- 
tre dont  est  le  vent^;  b.  guiblenn. 

Item  hic  contus,  ti  :  g.  c'est  la 
perche  pour  bouter  la  nef;  b.  un 
perchenn  da  poulsaff  an  lestr. 

Item  hic  remus,  mi  :  g.  aviron  ; 
b.  roeuff. 

Item  rudentes  :  g.  sont  les  cor- 
des de  la  nef;  b.  querdenn  an  lestr. 

Item  hoc  transtrum  3,  stri  :  g. 
c'est  le  siège  à  marinier  pour  avi- 
ronner;  b.  an  lech  da  roeuffijat. 

Item  amplustre,  stris,  id  est  gu- 
bernaculum  navis. 

Item  antempne  sunt  corde  a 
quibus  vêla  dépendent. 

Ista  et  hujusmodi  alla  vocabula 


1.  «  Goel,  »  3. 

2.  Les  mots  «  c'est  le  —  le  vent  »  manquent  dans  3, 

3.  «  Tanstrum.  »  3. 


76  LES  HEURES  BRETONNES 

si  qua  sint  diversis  in  diversis  lo-  si  qua  sint  diversis  in  diversis  lo- 
cis  istius  operis  diligenter  invenies  cis  istius  operis  diligenter  invenies 
assignata.  assignata. 

II.  Calendriers  bretons. 

Je  rappelle  ici  pour  mémoire  ces  «  calendriers  français-bretons,  » 
imprimés  xylographiquement,  que  M.  Loth*  cite  comme  renfermant 
quelques  mots  bretons,  et  dont  il  indique  trois  éditions  :  «  Tune  au 
tt  Musée  britannique  (Sloane,  966),  gravée  par  G.  Brouscon,  du  Con- 
«  quet,  un  feuillet  in-folio  ;  l'autre  chez  le  duc  d'Aumale,  ^  2  feuillets 
«  (xvi«  siècle);  la  troisième  (de  -14d8,  paraît-il)  chez  lord  Spencer, 
«  à  Althorp,  »  [aujourd'hui  chez  M"'^  Rylands,  à  Manchester]. 

A  la  même  catégorie  que  ces  documents  doit  se  rattacher  un  livret 
de  H  feuillets  de  parchemin,  •103  millimètres  sur  67,  conservé  à  la 
section  géographique  de  la  Bibliothèque  nationale  2.  11  contient  un 
portulan  à  très  petite  échelle  des  côtes  de  l'Océan,  de  la  Manche  et 
de  la  mer  du  Nord,  avec  un  calendrier,  des  roses  des  vents  et  des 
tableaux  pour  le  comput  et  pour  le  calcul  des  longitudes.  L'exécution, 
qui  en  est  très  grossière,  doit  appartenir  à  la  première  moitié  du 
XVI®  siècle;  le  port  du  Havre  y  est  mentionné  sous  la  dénomination 
de  «  Hableneuf.  » 

Plusieurs  des  noms  inscrits  au  calendrier  dénotent  une  origine 
bretonne.  Une  colonne  de  ce  calendrier  est  remplie  par  des  figures 
symbohques  caractérisant  les  principaux  saints  de  chaque  mois,  sui- 
vant le  système  de  ces  calendriers  gravés  sur  planchettes  qu'on  a 
longtemps  attribués  aux  peuples  du  Nord. 

Les  rares  mots  bretons  (noms  des  points  de  l'espace)  que  contient 
le  livret  de  Chantilly  ont  été  étudiés  par  M.  Ernault  dans  la  Revue 
celtique,  t.  XII,  p.  4<3-4<9. 

III.  Le  Mystère  breton  de  la  Passion.  Paris,  ^^30. 

Aman  ez  dezrou  an  ]|  Passion,  ha  he  goude  an  Resur||rection,  gant 
Tremenuan  an  ylron  |)  Maria  ha  he  Pemzec  leuenez,  bac  ||  en  diuez 
ezedy  Buhez  mab  den.  ||  E  Paris  a  neuez  imprimet  Enllbloaz  mil 
pemp  cant  ha  tregont. 

1 .  Chrestomathie  bretonne,  1"  part.,  p.  239. 

2.  Il  a  figuré  sous  le  n*  380  à  l'exposition  géographique  organisée  en  1889  à 
la  Bibl.  nat.;  voyez  le  livret  de  cette  exposition,  p.  10. 


DU   XVI*  SIECLE.  77 

Marque  de  Eozen  Quille  vere. 

E  Paris  ho  guerzeur,  e  ty  Eozen  |1  Quillevere  :  equichen  an  pont 
bihan  ||  en  assaing  an  .f.  du  en  ru  hâuet  la  Bucherie. 
A  la  fin  : 

Aman  ez  achief  an  lefr  man 

Meurbet  deuot  da  peb  unan 

Da  lenn  dan  re  a  goelet  breiz 

Eguit  chom  fermocb  en  ho  feiz. 

Mil.  GGGGC.  ha.  XXX. 

Petit  in-octavo  allongé.  420  feuillets  répartis  en  45  cahiers,  qui 

portent  les  signatures  A-P.  Manquent  le  premier  et  le  dernier  feuillet 

du  cahier  G. 
Bibliothèque  nationale,  Réserve,  Yn.  \i.  Caractères  gothiques. 
A  la  suite  du  Mystère  sont  imprimés  trois  petits  poèmes  : 
V  (fol.  M  7).  Tremenuan  an  ytron  guerches  Maria.  (Le  Trépasse- 

ment  de  madame  la  vierge  Marie.  ) 

2°  (fol.  0  7).  Pemzec  leuenez  Maria.  (Les  Quinze  joies  de  Marie.) 

3°  (fol,  P2).  Buhez  mab  den.  (La  Vie  de  fils  d'homme.) 

Le  Mystère  et  les  trois  petits  poèmes  ont  été  réimprimés  à  Morlaix 

en  i 622  : 

Aman  ez  dez|jrou  an  passion,  ha  he||goude  an  résurrection,  gant  || 
Tremenuan  an  ytron  Maria,  ha  he  Pemzec  |)  leuenez,  hac  en  diuez 
ezedi  buhez  mab  den.  |1  An  oll  corriget  hac  amantet  gand  Tanguy 
Gueguen,  |i  bselec  hac  Organist,  natifï  a  Léon.  |)  Imprimet  e  Mont- 
rouUes,  |J  gant  George  AUienne,  -1622. 

In-seize.  •176  feuillets  non  chiffrés.  22  cahiers  signés  A-Y. 

Au  verso  du  titre  :  A  Quimper-Gorentin,  i|  en  la  boutique  dudit 
Allienne,  )J  à  la  place  Maubert.  —  A  la  fin  du  livre  :  Extraict  du 
Privilège  du  Roy,  en  date  du  27  juin  4620. 

Bibliothèque  nationale.  Réserve,  Yn.  43. 

M.  le  vicomte  de  La  Villemarqué  a  remis  en  lumière  le  Mystère  de 
la  Passion  et  les  trois  petits  poèmes  qui  lui  font  suite  dans  les  deux 
livrets  de  4  330  et  de  4622  : 

Le  Grand  mystère  de  Jésus,  passion  et  résurrection.  Drame  breton 
du  moyen  âge.  Avec  une  étude  sur  le  théâtre  chez  les  nations  cel- 
tiques, par  le  vicomte  Hersart  de  La  Villemarqué...  Paris,  hbrairie 
académique  Didier  et  G'%  4865.  In-8°  de  cxxxv  et  263  p. 

Poèmes  bretons  du  moyen  âge,  publiés  et  traduits  d'après  Tincu- 
nable  unique  de  la  Bibliothèque  nationale,  avec  un  glossaire-index, 


78  LES   HEURES   BRETONNES 

par  le  vicomte  Hersart  de  La  Villemarqué...  Paris,  librairie  acadé- 
mique Didier  et  G'«;  Nantes,  A.-L.  Morel,  ^879.  In-8°  de  285  p. 

IV.  Mystère  de  sainte  Barbe.  Paris,  1557. 

Aman  ez  dezrou  buhez  San|ltes  Barba  dre  rym  :  euel  maz  1|  custu- 
mer  he  hoari  en  goelet])  breiz.  E  Paris  neuez  imprillmet  gant  Benard 
de  Leaue.  ||  Imprimet  E  Paris  euit  ||  Bernard  de  Leau  peliiuy  [sic]  ||  a 
chom  e Mouutroulles  [sic],  ||  var  pont  Bourret,  ||  en  bloaz  ||  M.  D.  LVII. 

In-oclavo.  88  feuillets.  Caractères  gothiques.  Cahiers  signés  A-L. 

Exemplaire  qui  appartenait  en  ^879  à  M.  Charles  de  Saint-Prix, 
et  qui  a  été  décrit  par  M.  de  La  Borderie  dans  le  Bibliophile  breton, 
année  ^884,  n"  26,  p.  4  ;  il  y  manque  le  premier  et  le  dernier  feuillet 
des  cahiers  B,  C,  D,  G.  —  La  copie  que  M.  le  vicomte  de  La  Ville- 
marqué  en  avait  prise  a  permis  à  M.  Emile  Ernault  d'en  publier  le 
texte  dans  le  tome  III  des  Archives  de  Bretagne,  sous  le  titre  de  : 
le  Mystère  de  sainte  Barbe,  texte  de  ^557;  Nantes,  ^885.  In-4°. 

A  défaut  de  l'édition  de  -1557,  on  peut  recourir  à  une  réimpression 
du  XVII®  siècle  :  Amant  ez  dezraou  buhez  santés  Barba  dre  rym... 
E  Montroulez,  gant  Jan  Hardouyn,  imprimer  ha  librer,  peheny  à 
chom  é  Rù...  M.  DG.'XLVII.  —  Petit  in-8»  de  206  p.  Bibhothèque 
nationale,  Réserve,  Yn.  ^6. 

V.  Le  Miroir  de  la  mort.  Cuburien  près  Morlaix,  -1575. 

Le  Mirouer  de  la  mort,  en  breton,  |)  auquel  doctement  et  dévote- 
ment est  trecté  ||  des  quatre  fins  de  l'home  ||...  Imprimet  é  S.  Françes 
Cuburien,  -1575. 

(A  la  fin  :)  An  leffr  man  a  voe  coraposet  en  bloaz  <5I9  l]  gant 
mcestre  Jehan  an  Archer  coz  a  parhos  11  Ploegonuen.  Hac  a  voe  impri- 
met e  S.  Frances  ||  Cuburien  en  bloaz  M  CCCCC  LXXV.  —  Petit 
in-8°  (?)  de  72  feuillets,  dont  le  dernier  n'est  pas  numéroté. 
Caractères  romains. 

Exemplaire  dans  la  bibliothèque  de  feu  M.  de  Kerdanet,  à  Lesne- 
ven,  décrit  par  M.  de  La  Borderie  [le  Bibliophile  breton,  année  ^884, 
n"  26,  p.  6),  d'après  les  notes  de  M.  de  La  Villemarqué. 

Des  extraits  de  ce  livret  ont  été  donnés  par  M.  Loth,  dans  Annales 
de  Bretagne,  1886,  t.  Il,  p.  255,  et  dans  Chrestomathie  bretonne, 
r«  partie,  p.  295. 

Le  traité  des  quatre  fins  de  l'homme,  en  vers  bretons,  que  le 


DU   XVI'   SIÈCLE.  79 

P.  Grégoire  de  Rostrenen  et  M.  de  Kerdanet  ont  cité  comme  imprimé 
à  Morlaix  en  -1570,  pourrait  bien  être  un  exemplaire  du  même  opus- 
cule dont  la  date  aurait  été  mal  lue. 


VI.  Vie  de  sainte  Catherine.  Cuburien,  1576. 

Aman  ez  dezraou  ||  buhez  an  itron  sanctes  ()  Cathell  guerhes  ha 
merzeres,  ||  en  brezonec,  neuez  imprimet,  e  Cuburien,  Il  euit  Bernard 
de  Leau,  peheny  a  chom  e  Mon|ltroiles,  voar  pontz  Bouret,  en  bloaz. 
Il  M.  D.  LXXVL 

Petit  in-8°  de  4  6  feuillets,  répartis  en  quatre  cahiers  signés  A-D. 

Bibliothèque  nationale,  Réserve,  J.  3007. 

Cet  opuscule  a  été  réimprimé  par  M.  Ernault  dans  la  Revue  cel- 
tique^ t.  VIII,  p.  76,  et  en  partie  par  M.  Loth,  dans  sa  Chrestoma- 
thie  bretonne,  p.  288-294. 

VII.  Le  Petit  Catéchisme  de  Pierre  Ganisids,  traduit 
PAR  Gilles  de  Keranpuil.  Paris,  1576. 

CATECHISM  II  hac  instruction  jj  eguit  an  catholicquet  ||  meurbet 
necesser  en  amser  presant,  eguit  ||  quelen,  ha  discquifu  an  laouanc- 
det  :  Il  quentafu  composât  en  latin,  gant  \\  M.  P.  Canisius,  doctor  en 
Il  theology,  ves  à  socie||té  an  hanu  à  Jésus.  |1  Goudé  ez  eux  un  abreget 
ves  an  pez  a  dléer  principalafuljda  lauaret  en  prosn  an  offeren  dan 
tut  lie.  Il  Troet  bremman  quentafu  à  latin  en  brezollnec,  gant  Gilles 
Kanpuil,  persson  en  ||  Gledguenpochœr,  hac  autrou  à  Bigodou.  || 
...  A  Paris,  ||  pour  Jacques  Kerver,  demeurant  rue  Sainct  ||  Jacques, 
à  l'enseigne  de  la  Licorne.  |J  M.  D.  LXXVI. 

In-8°  de  40  feuillets,  répartis  en  cinq  cahiers  qui  portent  les  signa- 
tures A-E.  Les  12  premiers  et  les  4  derniers  feuillets  ne  sont  pas 
numérotés.  Les  feuillets  de  la  partie  intermédiaire,  consacrée  au 
texte  du  Catéchisme,  sont  numérotés  1-24,  le  feuillet  24  étant  coté 
par  erreur  23,  comme  le  précédent.  Caractères  romains. 

Fol.  A II.  Ëpitre  dédicatoire  à  l'évêque  de  Quimper,  François  de 
La  Tour,  datée  de  Paris,  le  8  octobre  1 576.  En  français.  Voyez  plus 
loin,  p.  80. 

Fol.  Ami.  Préface  en  latin  :  «  Ghristiano  lectori  ||  ^Egidius  de 
Kanpuil,  pa||rochus  de  Cledguenpochœr  et  dominus  de  ||  Bigodou. 

Fol.  A  V  yo.  Autre  préface  en  français.  Voyez  plus  loin,  p.  81. 


80  LES   HEURES   BRETONNES 

Fol.  Bill.  Préface  en  breton  :  a  Da  pep  guir  chri|]sten,  ha  parfaict 
catholic,  vés  an  diœce;|sou  à  Querneau,  Léon,  Treguer,  ha  Guenet,  || 
Gilles  Kanpuil  à  désir  salut  ha  peuch  en  Jésus  Christ.  » 

Fol.  B  iiii  v°.  «  Un  Epistolen  A.  M.  P.  Canisius  dedyet  dan  lenner.  » 

Fol.  B  V,  chiffré  ^.  Commencement  du  Catéchisme,  avec  ce  titre  de 
départ  :  «  Catechism  pé  un  ||  instruction  bihan  eguit  1|  an  catho- 
licquet.  » 

Fol.  E  V,  non  chiffré.  Appendice  contenant  l'oraison  dominicale,  la 
salutation  angélique,  le  symbole  des  apôtres,  les  commandements  de 
Dieu  et  de  l'Église,  la  confession,  les  cas  réservés  à  l'évêque  et  au 
pape.  Texte  breton,  en  regard  duquel  on  a  imprimé  pour  plusieurs 
morceaux  le  texte  latin.  Titre  de  départ  en  tête  du  fol.  E  v  :  «  Gathe- 
chism  hac  instru||ction  christen,  da  vezafu  la)|uaret  pep  sul,  ha  pep 
solennitez,  dan  tut  licq  en  prosn  |)  an  offeren.  Necesser  da  vezafu 
disquet  hac  entenlet  ||  gant  an  oll  chrystenyen.  Practicquet  ha  graet 
quenta^fu  en  Gallec,  gant  M.  R.  Benoist,  doctor  en  thcology  ||  ha 
persson  en  Sant  Eustach  en  Raer  à  Paris.  Hac  yuez  ||  practiquet  en 
dioces  à  Angau.  Troet  en  brezonec.  |J  G.  G.  K.  P.  E.  G.  P. 

Fol.  E  vrii.  Errata. 

Il  m'a  semblé  utile  d'extraire  de  la  Dédicace  et  de  la  Préface  en 
français  quelques  lignes  relatives  à  la  personne  du  traducteur  et  aux 
circonstances  dans  lesquelles  il  a  publié  son  livret  : 

A  Révérend  Père  en  Dieu  messire  Françoys  de  la  Tour,  cvesque  de  Cor- 
nouaille  et  seigneur  de  Penanstang,  Gilles  de  Kanpuil,  son  humble  ser- 
viteur, donne  salut. 

Monseigneur,  Désirant  supléer  mon  absence  par  quelque  moyen  et 
bienfaict,  afin  d'avoir  quelque  excuse,  premièrement  devant  Dieu,  devant 
vous  et  tous  ceux  que  j'ay  en  charge,  j'ay  pensé  n'estre  moins  expédiant 
que  nécessaire  de  prévenir  et  obvyer  à  la  rudesse  du  peuple  vulgaire  en 
la  jurisprudence  divine...  Je  me  suis  ad  visé  de  traduire  en  nostre  langue 
brette  un  petit  catéchisme,  premièrement  composé  par  M.  Pierre  Cani- 
sius, docteur  en  théologie,  lequel  catéchisme,  par  estre  plain  de  théo- 
logie et  divine  leçon,  pourra  beaucoup  proliter  à  ceux  de  vostre  diocèse... 
Seulement  luy  reste  vostre  faveur  et  authorité.  Monseigneur,  si  tant  est 
que  vueiUez  me  consentir  le  vous  estre  dédié,  comme  je  désire,  et  vous 
supplie  affectueusement  et  humblement,  l'ayant  Iraduict  expressément 
pour  l'usage  du  peuple  de  vostre  diocèse,  lequel,  s'il  est  si  humainement 
receu  de  vous,  et  après  d'iceluy  vostre  peuple,  comme  je  le  vous  olîre 
en  forme  des  premières  prémices  et  estreines  de  mon  pauvre  labeur, 
m'avanceré  de  vous  présenter  et  dédyer  un  autre  et  plus  grand  suject 


AC   XVF    SIÈCLE.  8^ 

que  j'ay  entre  mains,  si  Dieu  me  favorit  de  sa  grâce,  pour  le  réduire  à 
telle  perfection  que  je  désire,  pour  l'accommoder  à  sa  gloire  et  à  l'édi- 
fication du  peuple  catholique,  spécialement  de  vostre  diocèse...  De 
Paris,  le  huictiesrae  jour  d'octobre  mil  cinq  cens  septante  six.  De  vostre 
plus  attenu  et  obéissant  serviteur  à  jamais,  GILLES  DE  KANPUIL. 

Aux  lecteurs  catholiques,  Gilles  de  Kanpuil  désire  salut  et  félicité. 

Depuis  que  Dieu  m'a  appelle  à  ceste  charge  et  mienne  profession 
(encores  que  j'en  sois  indigne),  je  me  suis  estudié  de  sçavoir  quel  pou- 
voit  estre  mon  plus  nécessaire  et  principal  devoir  pour  d'un  bon  zèle 
m'y  employer...  Ce  considéré,  me  suis  laissé  persuader  de  mon  devoir 
et  estât,  et  aussi  de  quelques  miens  amis,  de  vous  traduire,  lecteurs 
chrestiens,  ce  petit  catéchisme,  autresfois  composé  par  M.  P.  Canisius, 
docteur  en  théologie...  Je  l'ay  translaté  et  traduict  en  idiome  brette, 
language  vulgaire  de  ma  patrie,  pour  ne  laisser  au  peuple  aucune  occa- 
sion d'excuse  de  n'apprendre  ce  que  luy  est  nécessaire  pour  son  salut... 

N'ayant  estudié  à,  orner  le  langage  breton,  ne  l'estant  quasi  que  par 
force,  ayant  esté,  la  grâce  à  Dieu  et  ceux  qu'il  m'a  laissé  pour  pères 
(puisque,  par  sa  volonté,  j'ay  perdu  mes  naturelz  avant  l'aage  de  discré- 
tion), nourry  entre  les  François  et  autres  nations  jusques  à  présent; 
aymant  mieux,  par  la  rudesse  et  simplicité  de  mon  langage,  exprimer 
le  vray  sens  de  mon  subject  qu'user  de  belles  paroles,  avecques  peu  de 
fruict  et  d'édification;  joinct  que  la  première  modelle  n'est  jamais  pol- 
lie,  mais  s'approprie  par  la  veue  et  maniement  des  bons  espritz,  qui  ast- 
joustent  ou  diminuent  ce  qu'ilz  voyent  d'excez  et  peu  à  propos.  Sup- 
pliant tous  lecteurs  de  corriger  ce  qu'ilz  voirront  nécessaire  en  ce  petit 
catéchisme,  ou  bien  excuser  les  fautes  qu'ilz  y  pourront  noter  et  avoir 
esgard  que  ceste  langue  n'a  jamais  esté  imprimée  et  hantée  comme  les 
autres,  dont  n'ay  peu  me  prévaloir  des  traictz  d'autruy  et  naturelz 
d'icelle,  espérant  estre  excusé  de  mes  propres... 

Si  vous  demandez  la  cause  pour  laquelle  j'ay  voulu  traduire  en  langue 
vulgaire  ce  petit  catéchisme,  c'est  que  l'usage  en  a  esté  célèbre  en  l'église 
ancienne,  comme  sainct  Augustin,  sainct  Cyrille  et  plusieurs  autres 
sainctz  et  grandz  personnages  nous  l'appreignent  par  leurs  escrits... 
Autre  raison,  pour  ce  que  estant  adverty  par  un  libraire  de  Paris, 
auquel  on  avoit  faict  des  grandes  instances  pour  imprimer  le  Nouveau 
Testament,  traduict  en  langue  brette  par  un  Breton  fugitif  en  Angle- 
terre. Et  d'autant  que  je  cognois,  tant  par  la  relation  de  plusieurs  doctes 
personnages  anglois  que  par  le  travail  que  je  prins  à  la  conférence  de 
la  langue  angleche  à  la  nostre,  avecques  laquelle  elle  a  proche  affinité, 
que  la  traduction  qu'on  a  jà  faicte  en  langue  angleche  estre  en  infinis 
lieux  falsifiée  et  corrompue,  et  que  telles  traductions  et  traducteurs, 
estans  hors  l'Église,  n'ont  et  ne  peuvent  avoir  aucune  vérité,  et  que 
^895  6 


82  LES   HEURES   BRETONNES 

cependant  cet  apostat  voudroit  introduire  son  Nouveau  Testament, 
autant  ou  plus  suspect  que  celuy  d'Angleterre,  au  grand  désavantage 
des  simples  et  aussi  des  autres,  pour  ce  que  ceste  nouveauté,  qui  est 
en  nostre  temps  fort  prisée,  leur  feroit  recevoir  ceste  translation, 
laquelle,  pour  l'imperfection  de  la  langue,  ne  se  peult  bonnement  faire 
sans  erreur  ou  corruption,  j'ay  dressé  ce  petit  bastillon,  pour,  si  le  mal- 
heur advient  que  ceste  suspecte  translation  (pour  le  lieu  d'où  elle  vient 
et  celuy  qu'on  dict  l'avoir  faicte)  est  mise  en  lumière,  que  le  peuple, 
estant  auparavant  tellement  quellement  adextré  et  préveu  par  ce  petit 
catéchisme,  puisse  de  premier  front  cognoistre  le  pernicieux  désir  de 
ce  nouveau  monstre,  le  débeller  et  vaincre.  Il  sera  aussy  bon  et  propre 
pour  prélatz,  pasteurs,  recteurs,  maistres  d'escole  et  pères  de  famille, 
pour  eux  instruire  leurs  enfans  et  domestiques... 


La  «  langue  angleche,  »  dont  parle  Gilles  de  Keranpuil  et  à 
laquelle  il  trouvait  beaucoup  d'affinité  avec  la  «  langue  brette,  » 
devait  être  le  gallois.  C'est  là  une  conjecture  très  plausible  de 
M.  Ernault,  professeur  à  la  Faculté  des  lettres  de  Poitiers.  Je 
remercie  bien  ce  savant  celtisant  et  mon  excellent  confrère  et 
ami  M.  d'Arbois  de  Jubainville  des  précieuses  indications  qu'ils 
m'ont  données  et  qui  m'ont  évité  de  regrettables  erreurs. 

En  terminant  cette  revue,  j'exprime  le  regret  de  n'avoir  pas 
mentionné  l'usage  que  M.  Ernault  a  fait  des  différents  textes  du 
Catholicon  pour  composer  son  Dictionnaire  étymologique  du 
breton  moyen  (à  la  suite  du  Mystère  de  sainte  Barbe)  et  son 
Glossaire  moyen  breton  (dans  les  Mémoires  de  la  Société  de 
linguistique,  à  partir  du  tome  VI).  —  J'aurais  dû  aussi  renvoyer 
aux  observations  que  MM.  Whitley  Stokeset  Gaidoz  ont  insérées 
dans  la  Revue  celtique  (t.  I,  p.  395-399)  sur  le  manuscrit  et 
les  trois  éditions  du  Catholicon. 

Sur  la  page  qui  suit,  le  lecteur  trouvera  le  fac-similé  d'une  page 
des  Heures  bretonnes  qui  ont  donné  lieu  au  présent  article.  C'est 
le  recto  du  premier  feuillet  du  cahier  C.  Le  titre  courant  Anpater 
en  Brezonec  et  les  initiales  des  quatre  strophes  bretonnes  sont 
imprimés  en  rouge. 


AU   XVI^   SIÈCLE.  83 


3npaterettlSrejonec* 


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B  ejet  Ijoj  Ijanu  fantifltt 
SDrc  quemment  cljjtiden  s  fo  ganet. 

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tJej  t)on  oU  ol}er/l)a  lauar 

31Duemat  rcgnum  tnnm. 
O  euetDeompfjclljoîîaoenteleî 
Soa  tjaflafu  !)on  filuîutgiiej 
îRacauDefirtocjIjojjoaîott 
(Êuamagljon  encffuûiu 
jïiat  î)ûlunta0  tua/  ficut  m 

celog^  in  terra; 

0  tûcteuelenneff/tjarenîiouat; 
fe  oj  puîffancc  bra0/  aTo  Dirpac 
^pafuplf^cnliiuej: 
a)a  ï)e?û  graetl^o  îjolontej. 

panem  noftrum  quotifiianum/ 

îianobij^ljoDte* 
B  eit  îjon  cû?ffou  an  bara  matertel 
D  on  eneffou  an  bâta  celcfttel 
ï^p?iu  m  ma j  ijijimp  aman 
f^û  corfF  p?cau0  cguit  an  gueïlfjafu. 

€t\}mittt  nobtèîicbita  noftra 

ê>icut^nû0î)imfttnnu0  DthU 

tojibugnoftnjQ? 


DU  GUESCLIN  ARMÉ  CHEVALIER 


Les  lettres  du  6  décembre  1357,  par  lesquelles  le  dauphin 
Charles  accorde  à  Bertrand  du  Guesclin  une  rente  de  deux  cents 
livres  tournois  pour  les  services  par  lui  rendus  au  siège  de 
Rennes*,  sont  le  premier  acte  authentique  connu  jusqu'ici  où  le 
futur  connétable  de  Charles  V  soit  qualifié  de  chevalier.  Le  peu 
de  renseignements  positifs  que  nous  possédons  sur  la  partie  anté- 
rieure de  sa  carrière  laisse  donc  un  vaste  champ  ouvert  aux 
hypothèses,  quand  il  s'agit  de  déterminer  la  date  exacte  et  les 
circonstances  dans  lesquelles  il  fut  promu  dans  la  chevalerie. 
Dans  le  volume  qu'il  a  consacré  à  la  Jeunesse  de  Bertrand^, 
M.  Luce,  s'appuyant  sur  une  tradition  rapportée  par  un  histo- 
rien breton  du  xvf'  siècle,  d'Argentré^  a  cru  devoir  fixer  cette 
date  au  10  avril  1354.  Ce  jour-là,  Bertrand  aurait  contribué  à 
repousser  une  attaque  dirigée  contre  le  château  de  Montmuran'* 
par  le  capitaine  anglais  de  Bécherel,  Hugh  de  Caverly,  et,  en 
récompense  de  son  courage,  aurait  été  armé  chevalier  sur  le 
champ  de  bataille  par  un  capitaine  de  Caen,  Eslatre  des  Mares, 
venu  en  Bretagne  avec  le  maréchal  Arnoul  d'Audrehem.  Nous 
sera-t-il  permis  d'exposer  en  quelques  mots  les  raisons  qui  sem- 
blent contredire  la  solution  adoptée  par  l'éminent  historien  de 
du  Guesclin  ? 

Le  fait,  M.  Luce  l'a  lui-même  reconnu,  nous  est  raconté  pour 
la  première  fois  par  un  auteur  du  xvf  siècle,  c'est-à-dire  plus  de 
deux  siècles  après  qu'il  s'est  produit,  et  l'on  peut  s'étonner  qu'il 

1.  Cf.  BM.  de  l'École  des  chartes,  année  1891,  p.  615. 

2.  Siméon  Luce,  Histoire  de  Bertrand  du  Guesclin  et  de  son  époque.  La  jeu' 
nesse  de  Bertrand,  p.  107-119. 

3.  Histoire  de  Bretagne,  llv.  IV,  ch.  xxx,  p.  397. 

4.  Monlmurau,  Ule-et-Vilaine,  arrondissement  de  Montfort,  canton  de  Béche- 
rel, commune  des  Ifs. 


DU   GUESCLIN  ARMÉ   CHEVALIER.  85 

n'ait  été  mentionné  par  aucun  historien  antérieur,  ni  par  Cuve- 
lier,  le  narrateur  consciencieux  et  abondant  des  gestes  du  conné- 
table, ni  par  Pierre  Le  Baud,  dans  ses  vastes  recherches  sur  les 
antiquités  bretonnes.  D'ailleurs,  si  d'Argentré,  ayant  puisé  à  des 
sources  aujourd'hui  perdues,  nous  rapporte  parfois  des  événe- 
ments exacts  quant  au  fond  et  qu'on  ne  retrouve  pas  ailleurs,  il 
faut  aussi  reconnaître  qu'il  manque  souvent  de  critique  dans  le 
choix  des  traditions  qu'il  reproduit  et  garde  la  plus  grande  liberté 
quant  à  la  date  et  aux  circonstances  de  ces  événements'.  L'épi- 
sode du  combat  de  Montmuran  est,  il  est  vrai,  raconté  par  un 
auteur  contemporain 2,  mais,  chose  étrange,  la  Chronique  nor- 
mande,  qui  connaît  déjà  à  cette  époque  du  Guesclin,  qui  parle 
de  la  part  qu'il  prit  peu  de  temps  auparavant  aux  joutes  de  Pon- 
torson,  ne  mentionne  pas  sa  présence  à  Montmuran.  Il  semble 
donc  que,  loin  de  considérer  ce  témoignage  comme  une  preuve 
en  faveur  de  la  chevalerie  de  Bertrand,  il  faille  y  voir  un  argu- 
ment négatif  d'une  réelle  importance^. 

Un  fait  plus  grave  encore  restait  à  expliquer  :  le  sOence  de 
Cuvelier.  M.  Luce  a  supposé  que  ce  dernier,  qui  écrivait  pendant 
les  premières  années  du  règne  de  Charles  VI,  avait  voulu,  en 
taisant  cet  incident,  éviter  la  colère  des  oncles  du  roi.  Montmu- 
ran appartenait  en  effet  à  la  famille  de  Laval,  et  celle-ci  avait, 
dans  les  dernières  guerres  de  Bretagne,  pris  parti  en  faveur  du 
duc  Jean  IV  contre  Charles  V.  Il  semble  possible  de  donner  de 
ce  silence  une  autre  explication.  Si  Cuvelier  ne  raconte  pas  que 
du  Guesclin  a  été  fait  chevalier  à  Montmuran,  c'est  que  pour  lui 
du  Guesclin  n'a  été  fait  chevalier  que  beaucoup  plus  tard  et  dans 
de  tout  autres  circonstances  sur  lesquelles  il  s'explique  à  deux 
reprises  différentes  avec  la  plus  grande  netteté.  La  première  fois 

1.  Nous  n'en  pouvons  donner  de  meilleur  exemple  que  les  détails  fantaisistes 
dont  il  accompagne  le  récit  de  l'expédition  de  du  Guesclin  à  Jersey  en  1373. 
Voir  Revue  historique,  1895. 

2.  Chronique  normande,  p.  107. 

3.  Un  témoignage  du  xiv'  siècle,  il  est  vrai,  semblerait  indi([iier,  sinon  que 
du  Guesclin  fut  fait  chevalier  à  Montmuran,  du  moins  qu'il  était  chevalier  au 
moment  du  siège  de  Rennes.  Froissart,  en  effet,  le  qualifie  à  cette  époque  de 
«  Jones  bacelers  »  (édit.  Luce,  t.  V,  p.  86),  mais  Froissart,  qui  d'ailleurs  ne 
vise  pas  à  la  précision  des  termes,  veut  surtout  indiquer  par  là  que  Bertrand 
était  alors  un  tout  petit  personnage,  et  son  témoignage  est  si  peu  probant  que 
M.  Luce  a  cru  devoir  le  réfuter  ou  au  moins  l'expliquer,  pour  le  faire  concor- 
der avec  celui  de  d'Argentré  {Histoire  de  Bertrand  du  Guesclin,  p.  188). 


86  DD   GUESCLIN   ARME   CHEVALIER. 

c'est,  plus  de  deux  ans  après  l'affaire  de  Montmuran,  au  moment 
du  siège  de  Rennes,  commencé  dans  les  premiers  jours  d'octobre 
de  l'année  1356.  Le  duc  de  Lancastre,  qui  a  déjà  eu  plus  d'une 
fois  à  souffrir  des  attaques  et  des  ruses  de  du  Guesclin  et  qui  ne 
peut  s'empêcher  d'admirer  son  courage,  s'efforce  de  l'attirer  dans 
son  parti.  Or,  entre  autres  promesses  qu'il  lui  fait,  il  lui  propose 
de  le  faire  chevalier  : 

a  Bertran,  se  demourer  volez  avec  mi, 
Bien  vous  porriez  vanter,  pour  certain  le  vous  di, 
Qu'en  moi  ariez  trouvé  .i.  bon  loial  ami; 
Chevalier  vous  ferai  et  vous  donrai  ausi 
Terres  et  grant  avoir  du  tout  a  vostre  otri  ' .  » 

Ainsi  donc,  à  la  fin  de  1356  ou  au  commencement  de  1357, 
du  Guesclin  n'était  pas  encore  chevalier.  Il  ne  devait  pas  tarder 
toutefois  à  le  devenir.  C'est  encore  Cuvelier  qui  va  nous  apprendre 
dans  quelle  circonstance.  Le  duc  de  Lancastre  avait  dû  lever  le 
siège  de  Rennes  au  commencement  de  juillet  1357,  et  ce  résultat 
était  dû  pour  une  bonne  part  aux  efforts  de  Bertrand.  Charles  de 
Blois,  qui  suivait  avec  un  vif  intérêt  les  péripéties  de  la  lutte, 
mais  ne  pouvait  y  prendre  part  à  cause  de  ses  engagements  avec 
le  roi  d'Angleterre,  vint  à  Rennes  peu  de  temps  après  le  départ 
du  duc  de  Lancastre  et,  pour  témoigner  à  Bertrand  sa  reconnais- 
sance, lui  confia  la  garde  de  la  Roche-Derrien  et  le  fit  chevalier. 

«  En  Bretaigne  régna  Bertran  li  posteiz 
Tant  pour  Cliarles  de  Bloiz  à  qui  il  fu  subgiz 
Qui  le  fist  chevalier,  ce  nous  dit  li  escrips^.  » 

Nous  avons  donc  à  enregistrer  un  double  témoignage  de  Cuve- 
lier, attestant  de  la  façon  la  plus  expresse  que  du  Guesclin  n'a 
pas  été  fait  chevalier  avant  1357.  L'incontestable  autorité  du 
trouvère  picard,  sur  laquelle  d'ailleurs  repose  en  somme  toute 
l'histoire  des  premières  années  de  Bertrand,  ne  saurait  permettre 
de  traiter  ce  témoignage  à  la  légère  ;  on  le  pourrait  d'autant 
moins  en  cette  circonstance  qu'à  propos  d'un  fait  un  peu  anté- 
rieur, M.  Luce  lui-même  n'a  pas  hésité  à  avancer  de  plusieurs 
années  la  prise  du  château  de  Fougeray,  surtout  parce  que  Cuve- 

1.  Cuvelier,  Chronique  rimée  de  du  Guesclin,  édit.  par  Charrière,  t.  I, 
vers  1648-1652. 

2.  IMd.,  vers  2091-2094. 


DU   GUESCLIN   ARMÉ   CHEVALIER.  87 

lier  ne  donne  jamais  à  cette  date  à  son  héros  que  le  titre  d'êcuyer*. 
Mais  nous  avons  mieux  que  le  récit  d'un  trouvère.  Une  chronique 
latine  inédite,  composée  à  Saint-Denis  pendant  la  première  partie 
du  règne  de  Charles  VI,  et  qui  nous  donne  sur  l'iiistoire  de  du 
Guesclin  jusqu'à  1364  des  renseignements  aussi  nombreux  que 
précis,  présente  sur  la  question  qui  nous  intéresse  une  concordance 
frappante  avec  l'exposé  de  Cuveher^,  et  termine  ainsi  le  récit  du 
siège  de  Rennes  :  «  Comes  vero  Blesensis,  audiens  que  facta  fue- 
rant  et  Bertrannum  multis  laudibus  commendans,  eidem  concessit 
custodiam  Rupis  Deriani  et  eum  accinxit  noviter  haltheo 
militari'^.  » 

Une  circonstance  vient  encore  fortifier  la  version  de  ces  deux 
auteurs.  Tous  deux  s'accordent  à  prétendre  que  Charles  de  Blois, 
en  même  temps  qu'il  arma  du  Gueschn  chevalier,  lui  donna  la 
châtellenie  de  la  Roche-Derrien.  Or,  plusieurs  actes  postérieurs 
nous  montrent  effectivement  du  Guesclin  exerçant  des  droits  en 
cette  ville,  sans  qu'il  semble  possible  d'assigner  à  ces  droits 
d'autre  origine  que  la  donation  de  Charles  de  Blois.  C'est  ainsi 
que,  le  25  décembre  1371,  Bertrand  de  Saint-Pern,  capitaine  du 
château  et  de  la  ville  de  la  Roche-Derrien  pour  Bertrand  du 
Guesclin,  consent  que  le  duc  Jean  IV  y  fasse  lever  par  ses  officiers 
les  fouages,  gabelles  et  autres  subsides  accoutumés^. 

Qu'on  nous  permette  enfin  de  citer  un  autre  témoignage  qui  a 
lui  aussi  son  importance,  celui  de  Pierre  Le  Baud,  qui,  plus 
ancien  que  d' Argentré,  a  comme  lui  eu  entre  les  mains  de  précieux 

1.  «  Il  faut  remarquer  que  Cuvelier,  dans  le  récit  de  la  prise  de  Fougeray, 
ne  donne  jamais  à  son  héros  que  la  qualification  d'écuyer  »  (S.  Luce,  Histoire 
de  Bertrand  du  Guesclin,  p.  87). 

2.  Ces  ressemblances  entre  le  poème  de  Cuvelier  et  cette  chronique  qui  sera 
prochainement  publiée  se  répètent  en  beaucoup  d'autres  passages;  nous  nous 
proposons  d'ailleurs  de  montrer  bientôt  que  cette  chronique  a  été  une  des 
sources  dont  Cuvelier  s'est  le  plus  abondamment  servi  pour  une  notable  par- 
tie de  l'histoire  du  connétable. 

3.  Bibl.  nat.,  lat.  5005^,  fol.  167  v°.  Quant  à  l'expression  de  noviter,  qui  peut 
sembler  bizarre  ici,  on  ne  saurait  dans  tous  les  cas  l'entendre  dans  le  sens  : 
une  seconde  fois,  non  seulement  parce  qu'elle  n'a  jamais  eu  ce  sens  et  que 
notre  auteur,  qui  l'emploie  à  plusieurs  autres  reprises,  ne  le  lui  donne  point, 
mais  encore  parce  qu'elle  laisserait  supposer  un  fait  sans  exemple  et  absolu- 
ment contraire  à  toutes  les  lois  de  la  chevalerie. 

4.  Inventaire  du  Trésor  des  chartes  des  ducs  de  Bretagne,  en  1579,  arm.  F, 
cass.  E,  n"  2.  Voir  aussi  Archives  de  la  Loire-Inférieure,  E  183,  anc.  arm.  V, 
cass.  D,  n"  21,  et  Bibl.  de  l'École  des  chartes,  t.  VIII,  p.  237. 


88  DU   GCESCLIN   iRMÉ   CHEViLIER. 

documents  aujourd'hui  disparus.  Or,  pour  lui  comme  pourCuvelier 
et  pour  le  Religieux  de  Saint-Denis,  du  Guesclin  n'était  pas  encore 
chevalier  au  moment  du  siège  de  Rennes  ;  après  avoir  parlé  des 
efforts  du  duc  de  Lancastre  pour  entrer  dans  la  viUe,  il  ajoute 
qu'il  n'y  put  réussir,  «  car  dedans  estoient  le  vicomte  de  Rohan, 
le  sire  de  Laval,  messire  Charles  de  Dinan  et  plusieurs  aultres 
seigneurs  et  soudoyers,  entre  lesquels  estoit  Bertran  du  Gues- 
quin,  jeu7ie  escuyer,  lequel  se  combatit  devant  la  cité  à  un 
nommé  messire  Nicolas  Dagorne*.  » 

Bien  plus,  il  n'y  a  pas  jusqu'à  d'Argentré  lui-même  qui,  par 
une  contradiction  étrange,  après  avoir  dit  que  du  Guesclin  fut 
fait  chevalier  à  Montmuran,  ne  reproduise  le  récit  de  Cuvelier  au 
sujet  du  siège  de  Rennes  et  des  tentatives  du  duc  de  Lancastre 
pour  gagner  Bertrand  à  la  cause  de  Montfort  :  «  Le  duc  se  prist 
à  rire  et  luy  dist  :  «  Ecoute,  Bertrand,  si  tu  veux  prendre  ce 
«  party,  jeté  feray  chevalier ^  »  D'ailleurs,  s'il  fallait  absolu- 
ment fournir  une  explication  de  la  légende  à  laquelle  d'Argentré 
a  prêté  l'autorité  de  son  nom,  on  la  trouverait  peut-être  dans  ce 
fait  que,  du  Guesclin  ayant  plus  tard  épousé  Jeanne  de  Laval, 
héritière  de  Montmuran,  la  famille  de  Laval  aurait  trouvé  flat- 
teur de  rattacher  à  ce  château  l'entrée  de  Bertrand  dans  la  che- 
valerie. D'Argentré  se  serait  trouvé  en  présence  de  cette  tradition 
intéressée  en  possession  d'une  ancienneté  déjà  respectable  et,  de 
bonne  foi  ou  non,  l'aurait  reproduite  d'autant  plus  facilement 
qu'elle  pouvait  se  greffer  à  un  événement  très  vraisemblable,  l'at- 
taque de  Hugh  de  Caverly  contre  Montmuran  dont  parle  la  Chro- 
nique normande. 

Si  l'on  en  croit  les  raisons  que  nous  venons  d'exposer,  on  est 
donc  amené  à  reculer  jusqu'au  mois  de  juillet  1357,  c'est-à-dire 
à  la  fin  du  siège  de  Rennes,  la  date  à  laquelle  du  GuescHn  fut  fait 
chevalier,  et  à  rapporter  à  Charles  de  Blois  lui-même  l'honneur 
d'avoir  ceint  l'épée  au  futur  connétable  de  Charles  V.  Il  ne  faut 
pas  trop  s'étonner  de  cette  promotion  tardive  :  «  De  pure  forme 
ou  à  peu  près  pour  les  princes  du  sang  et  les  grands  feudataires, 
le  titre  de  chevalier  était  au  contraire  fort  diflScile  à  obtenir  pour 

1.  Le  Baud,  Histoire  de  Bretagne,  édit.  de  1638,  p.  314. 

2.  D'Argentré,  Histoire  de  Bretagne,  p.  331.  —  D'Argentré  ajoute,  il  est  vrai, 
entre  parenthèse  :  «  El  lors  n'esloit-il  encores  que  bachelier;  »  mais,  tout  bache- 
lier étant  nécessairement  chevalier,  on  voit  que  la  contradiction  n'en  subsiste 
pas  moins. 


I 


DU  GUESCLIN   ARMÉ   CHEVALIER.  89 

les  nobles  d'un  rang  inférieur,  surtout  quand  ils  étaient  peu  favo- 
risés de  la  fortune ^  »  Le  fameux  chef  de  bandes  Robert  Knolles, 
qui,  dès  1352,  enlevait  Fougeray  à  du  Guesclin  et  prenait, 
quelques  années  plus  tard,  une  part  importante  au  siège  de 
Rennes,  ne  fut  fait  chevalier  qu'au  sac  d'Auxerre,  le  10  mars 
1359;  d'ailleurs,  du  Guesclin  lui-même  dut  attendre  jusqu'en 
1362  pour  abandonner  le  pennon  de  simple  chevalier  et  devenir 
banneret.  On  nous  pardonnera  donc  d'avoir  autant  insisté  sur 
les  véritables  circonstances  de  la  promotion  de  Bertrand  du  Gues- 
clin dans  la  chevalerie,  puisque  cette  promotion  «  fut  le  point  de 
départ  indispensable  de  ses  hautes  destinées.  » 

J.  Lemoine. 


1.  s.  Luce,  Histoire  de  Bertrand  du  Guesclin,  p.  106. 


LE  SIÈGE  DE  REIMS 

1359-1360. 


Le  30  octobre  1359,  Edouard  III  débarqua  à  Calais  pour  se 
mettre  à  la  tête  d'une  armée  formidable ^  La  bataille  de  Poitiers 
lui  avait  livré  le  roi  Jean;  la  Jacquerie,  l'odieuse  révolte 
d'Etienne  Marcel  et  de  la  populace  parisienne  à  peine  réprimées, 
montraient  la  faiblesse  des  éléments  de  résistance  :  le  royaume 
était  à  la  merci  de  lâches  agitateurs  qui  n'hésitaient  pas  à  sacri- 
fier le  pays  à  leur  ambition  personnelle.  Aussi  le  moment  était-il 
bien  choisi  pour  donner  le  coup  de  grâce  à  la  monarchie  fran- 
çaise ;  c'est  pourquoi  Edouard  III  crut  que  le  vrai  moyen  d'obte- 
nir une  solution  très  rapide  était  d'atteindre  Reims,  afin  de  s'y 
faire  consacrer  et  de  s'appu}-er  sur  l'autorité  conférée  par  l'onc- 
tion traditionnelle  de  la  Sainte-Ampoule,  pour  rallier  autour  de 
sa  personne  les  révolutionnaires  à  qui  l'asservissement  de  la 
France  à  l'Angleterre  importait  si  peu. 

Peut-être  comptait-il  sur  la  bonne  volonté  de  l'archevêque  de 
Reims,  Jean  de  Craon.  On  racontait  à  Reims,  parmi  les  bour- 
geois, que,  lorsque  le  roi  Jean  avait  mandé  l'archevêque  pour  lui 
amener  des  troupes  chargées  de  coopérer  à  la  poursuite  du  prince 
de  Galles,  terminée  si  malheureusement  à  Poitiers,  le  prélat 
avait  montré  à  plusieurs  bonnes  gens  de  la  ville  les  lettres  royales  ; 
puis  il  avait  dit  que  vraiment  «  les  voies  estoient  mal  rabotées,  » 
et  ajoutait  que,  malgré  les  recherches  qu'il  avait  ordonnées  dans 
les  registres  de  la  Chambre  des  comptes,  il  n'avait  pas  trouvé 
trace  «  que  oncques  arcevesques  de  Reins  eust  fait  service  à  roy 
de  France.  »  La  malignité  publique  insinuait  encore  que  les  gens 
de  l'archevêque  vantaient  la  parenté  de  leur  maître  avec  le  roi 

1 .  J'ai  résumé  ce  qui  concernait  le  siège  même  de  Reims,  assez  connu,  en 
m'étendant  sur  deux  épisodes  de  ce  siège  auxquels  on  n'avait  prêté  nulle 
attention. 


LE   SIÈGE   DE   REIMS.  91 

d'Angleterre  ;  on  allait  même  jusqu'à  assurer  que  lui-même  en 
avait  parlée 

Tout  ceci  explique  que  les  habitants  de  Reims,  très  attachés  à 
leur  roi  et  au  régent  son  fils,  aient  épié  d'un  œil  inquiet  l'attitude 
de  l'archevêque.  Peu  après  la  défaite  de  Poitiers,  effrayés  de  ses 
conséquences,  ils  avaient  cédé  à  un  moment  d'affolement  et,  le 
29  septembre  1358,  réunis  à  Saint-Denis,  ils  s'étaient  enhardis 
jusqu'à  exiger  que  l'archevêque  sortît  du  château ^  qui  englobait 
dans  ses  remparts  une  ruine  romaine  célèbre,  la  porte  de  Mars; 
ils  voulaient  qu'il  vînt  habiter  le  palais  qui  était  attenant  à  la 
cathédrale.  Leur  inquiétude  s'explique  par  ce  fait  que  le  château 
de  la  porte  de  Mars  n'était  séparé  de  la  ville  par  aucune  fortifi- 
cation, et  que  l'ennemi,  une  fois  dans  le  château,  eût  été  du  même 
coup  maître  de  Reims. 

L'archevêque,  ému  d'une  telle  prétention,  avait  cédé,  puis  les 
bourgeois,  émus  des  suites  de  leur  acte,  s'étaient  empressés 
de  rendre  au  prélat  les  clefs  du  château  de  la  porte  de  Mars 
en  le  suppliant  de  leur  pardonner.  Ceci  expliquera  le  peu  de 
confiance  qu'en  somme  les  bourgeois  et  l'archevêque  avaient  dans 
leurs  intentions  réciproques. 

Cependant,  tout  le  monde  se  mit  d'accord  pour  choisir  le  capi- 
taine chargé  de  diriger  la  défense,  dans  le  cas  de  plus  en  plus 
vraisemblable  d'une  attaque.  L'archevêque,  les  bourgeois,  le 
régent  3  s'entendirent  pour  confier  cette  charge  à  Gaucher  de 
Châtillon.  Le  danger  approchait  en  effet.  Dans  les  derniers  jours 
de  l'année  1358,  la  forteresse  de  Roucy  avait  été  emportée,  le 
comte  de  Roucy  avait  été  fait  prisonnier  avec  la  comtesse  et  sa 
fille ^  ;  puis  c'avait  été  le  tour  de  Vailly,  de  Pont-Arcy,  de  Cour- 
landon,  Saponay,  Sissonne,  etc.^  Le  cercle  se  resserrait  cons- 
tamment autour  de  Reims. 

L'archevêque,  fils  de  Béatrice  de  Roucy,   particulièrement 

1.  Bibl.  nat.,  Collection  de  Champagne,  vol.  150,  pièce  28.  L'archevêque 
dans  ses  dires,  qui  jusqu'à  présent  étaient  seuls  connus,  faisait  aussi  allusion 
à  ces  soupçons  de  la  part  des  Rémois  (J.  Hubert,  le  Siège  de  Reims  par  les 
Anglais  en  1359,  p.  97). 

2.  D.  Marlot,  Hist.  de  la  ville,  cité  et  université  de  Reims,  t.  IV,  p.  77,  note  1. 

3.  Varin,  Archives  administratives  de  la  ville  de  Reims,  t.  III,  p.  117. 

4.  Froissart,  éd.  Luce,  t.  V,  p.  137,  Fragments  inédits  de  la  chronique  de 
Jean  de  Noyai,  publiés  par  A.  Molinier;  Annuaire-Bulletin  de  la  Société  de 
l'histoire  de  France,  année  1883,  p.  257  et  259. 

5.  S.  Luce,  Histoire  de  Bertrand  du  Guesclin  et  de  son  époque,  p.  460 
et  485  à  487. 


92  LE   SIÈGE   DE   REIMS. 

intéressé  au  sort  du  comte  de  Roucy,  son  cousin,  se  mit  à  la  tête 
d'une  expédition  qui  avait  pour  but  de  reprendre  Sissonne  et  le 
château  de  Roucy  *  ;  avec  lui  partirent  le  comte  de  Porcien ,  des 
gens  d'armes  du  Laonnais,  du  Rethélois,  ceux-ci  sous  les  ordres  de 
Watier  des  Mares  ^  et  une  partie  de  la  garnison  de  Reims  sous  le 
commandement  de  Gaucher  de  Châtillon.  Sissonne  tomba  entre 
leurs  mains  aux  environs  du  l®""  juillet.  Ils  se  rendirent  alors 
devant  Roucy.  Après  vingt-huit  jours  de  siège,  la  place,  qui  était 
forte,  fut  emportée  et  les  défenseurs  massacrés^.  On  était  convenu 
d'attaquer  ensuite  Pont-Arcy  ;  mais  sans  doute  content  du  résul- 
tat obtenu,  puisqu'il  avait  rerais  son  bien  à  son  parent,  l'arche- 
vêque «  fist  bouter  les  feus  en  ses  hayons  »  et  s'en  retourna  à 
Cormicy^,  sans  plus  se  soucier  de  ses  ouailles  horriblement 
inquiètes  de  rester  isolées  dans  le  voisinage  des  garnisons  anglaises 
de  Vailly  et  de  Pont-Arcy  ^ 

Les  projets  d'Edouard  III  n'étaient  pas  secrets.  Dès  le  10  juil- 
let, le  régent  prévenait  les  habitants  de  Reims  du  danger  qui  les 
menaçait,  et  ceux-ci,  empressés  à  faire  leur  devoir,  attaquaient 
et  mettaient  à  mort  les  partisans  qui  pillaient  autour  de  Reims 
amis  et  ennemis,  sacrifiaient  les  maisons  qui  gênaient  les  travaux 
de  défense'^.  Ils  obtinrent  même  que  l'archevêque  leur  donnât 
la  garde  de  son  château  de  la  porte  de  Mars^,  et  bien  que  l'im- 
portance de  cette  concession  fût  diminuée  par  ce  fait  que  Gaucher 
de  Châtillon  avait  élevé  des  remparts  entre  la  ville  et  le  château 
qu'il  isolait  ainsi  ^,  c'était  évidemment  une  assurance  de  plus  pour 
les  habitants. 

1.  Froissart,  éd.  Luce,  t.  V,  p.  lui,  note  2,  et  Fragments  inédits  de  la  chro- 
nique de  Jean  de  Noyai,  publiés  par  A.  Molinier;  Annuaire-Bulletin  de  la 
Société  de  l'histoire  de  France,  année  1883,  p.  258. 

2.  Voir  le  traité  d'alliance  entre  les  villes  de  Reims  et  de  Rethel  dans  Varin 
{Archives  administratives  de  la  ville  de  Reims,  t.  III,  p.  123). 

3.  Froissart,  éd.  Luce,  t.  V,  p.  181  et  382.  Le  régent  accorda  aux  habitants  de 
Reims  qui  avaient  repris  Roucy  le  tiers  des  rançons  que  ceux  du  plat  pays 
devaient  aux  ennemis  (31  août  1359.  Varin,  Archives  administratives  de  la  ville 
de  Reims,  t.  III,  p.  144). 

4.  Cormicy,  Marne,  arr.  de  Reims,  cant.  de  Bourgogne. 

5.  Bibl.  nat.,  Collection  de  Champagne,  vol.  150,  pièce  28. 

6.  D.  Marlot,  Histoire  de  la  ville,  cité  et  université  de  Reims,  t.  IV,  p.  81, 
et  Varin,  Archives  administratives  de  la  ville  de  Reims,  t.  111,  p.  141. 

7.  D.  Marlot,  Uistoire  de  la  ville,  cité  et  université  de  Reims,  t.  IV,  p.  82, 
et  Varin,  Archives  administratives  de  la  ville  de  Reims,  t.  III,  p.  139,  147, 
152,  153,  IGO,  572;  Archives  législatives  de  la  ville  de  Reims,  t.  II,  p.  86. 

8.  D.  Marlot,  op.  cit.,  p.  83. 

9.  Varin,  Archives  administratives  de  la  ville  de  Reims,  t.  III,  p.  136  à  139. 


LE    SIÈGE   DE    REIMS.  93 

Cependant  l'armée  anglaise,  qui  s'était  mise  en  marche  au 
début  du  mois  de  novembre  1359,  avançait  à  travers  l'Artois,  la 
Picardie  et  le  Vermandois.  Froissart*,  d'accord  avec  Knighton^, 
raconte  que  l'armée  anglaise  était  divisée  en  trois  corps,  et 
donne  des  détails  précieux  qui  témoignent  du  soin  avec  lequel 
l'expédition  avait  été  préparée  et  son  ravitaillement  assuré.  Ces 
trois  corps,  qui  ne  rencontrèrent  nulle  résistance,  se  rejoignirent 
à  une  petite  localité  située  à  dix  lieues  en  avant  de  Reims  ^  ;  là,  le 
29  novembre,  le  roi  d'Angleterre  tint  un  grand  conseil  avec  le 
duc  de  Lancaster  et  plusieurs  seigneurs,  et,  le  jour  suivant,  les 
trois  corps,  ayant  repris  chacun  leur  marche,  se  dirigèrent  sur 
Reims. 

Les  habitants,  sous  la  direction  de  Gaucher  de  Châtillon, 
avaient  mis  la  dernière  main  à  leurs  préparatifs,  et  comme  l'ar- 
chevêque n'avait  logé  à  Cormicy  qu'une  garnison  insuffisante, 
dix  hommes  d'armes  pour  défendre  la  place  comme  le  château,  et 
une  artillerie  non  moins  insuffisante,  ils  se  crurent  forcés  de  sup- 
pléer à  cette  négligence  et  y  envoyèrent  vingt  arbalétriers,  de 
l'artillerie  et  plusieurs  gens  d'armes  ;  il  paraît  même  que  le  prélat 
les  remercia  de  leur  aide  *. 

Pendant  ce  temps,  l'armée  anglaise  investissait  la  ville. 
Edouard  III  s'établit  à  l'abbaye  de  Saint-Basle^  en  partie  détruite 
et  qu'il  quitta  parfois  pour  la  localité  toute  voisine  de  Verzy^;  le 
prince  de  Galles  logea  à  Villedomange,  les  comtes  de  Richmond 
et  de  Northampton  à  l'abbaye  de  Saint-Thierry,  le  duc  de  Lan- 
caster à  Brimont,  tandis  que  le  maréchal  d'Angleterre  prenait 
quartier  à  Cernay-les-Reims,  et  Jean  de  Beauchamp  à  Bétheny. 

Le  cercle  était  fermé,  mais  non  pas  infranchissable,  car,  le 
3  décembre,  une  lettre  du  régent  était  arrivée,  encourageant  les 
habitants  de  Reims  à  la  résistance,  et,  de  leur  côté,  ceux-ci 
purent,  en  réponse,  adresser  au  prince  un  pressant  appel  '. 

1.  Éd.  Luce,  t.  V,  p.  199  et  399. 

2.  Twysden,  Rerum  Anglicarum...  scriptores  X,  t.  II,  col.  2621. 

3.  Sans  doute  dans  la  direction  de  Berrieux  (Aisne,  arr.  de  Laon,  cant.  de 
Craonne)  ou  d'Amifontaine  (Aisne,  arr.  de  Laon,  cant.  de  Neufchâtel). 

4.  Bibl.  nat.,  Collection  de  Champagne,  vol.  150,  pièce  28. 

5.  Marne,  arr.  de  Reiras,  cant.  et  comra.  de  Verzy. 

6.  Des  lettres  de  quittance  d'une  partie  de  la  rançon  de  David  Bruce  sont 
datées  par  Edouard  III  de  Virizt/,  1»'  janvier  1360  (n.  st.).  —  Rymer,  Fœdera, 
éd.  1825,  t.  III,  pars  i,  p.  453. 

7.  D.  Marlot,  Histoire  de  la  ville,  cité  et  université  de  Reims,  t.  IV,  p.  84, 


LE  SIEGE   DE   REIMS. 


Malgré  le  nombre  de  ses  troupes,  Edouard  III,  à  la  vue  des 
préparatifs  des  défenseurs,  n'eut  garde  d'essayer  d'enlever  de 
vive  force  la  ville  du  sacre.  Peut-être  même  l'attitude  de  l'arche- 
vêque ne  put-elle  pas  être  ce  que  l'Anglais  s'était  plu  à  espérer. 
Quoi  qu'il  en  soit,  l'histoire  ne  relate  pas  d'attaque  sérieuse  : 
Knighton  raconte  que  ses  compatriotes  s'invitaient  à  des  repas, 
comme  ils  l'eussent  fait  en  Angleterre  ^  tout  cela  ne  témoigne 
pas  d'une  bien  vive  ardeur  guerrière. 

Seulement  l'instinct  d'aventure  ou,  disons  mieux,  l'instinct  de 
pillage  propre  à  la  race  reprenant  le  dessus,  plusieurs  gentils- 
hommes de  l'armée  d'invasion,  las  de  cette  inaction,  se  mirent  à 
ravager  non  seulement  les  environs  de  Reims,  mais  encore  le 
Rethélois  jusqu'à  Warcq,  Mézières,  Donchery  et  Mouzon.  Eus- 
tache  d'Auberchicourt,  le  redoutable  chef  de  bandes,  s'empara 
d'Attigny^;  il  y  trouva,  dit  Froissart,  plus  de  mille  tonneaux  de 
vin;  Attigny  était  en  effet  au  centre  d'une  région  de  vignobles 
estimés  encore  il  y  a  soixante  ans.  Eustache  d'Auberchicourt 
offrit  une  partie  de  sa  prise  au  roi  d'Angleterre  et  à  ses  enfants. 
Je  m'empresse  d'ajouter  que  la  vendange  de  1359  passait  pour 
n'avoir  rien  valu^. 

Pendant  qu'Eustache  d'Auberchicourt  ravageait  les  deux  rives 
de  l'Aisne  et  que  Barthélémy  de  Burghersh,  auquel  s'étaient 
joints  plusieurs  gentilshommes  de  la  maison  du  prince  de 
Galles  et  de  la  suite  du  comte  de  Richmond  (20  décembre), 
assiégeait  Gorraicy,  le  duc  de  Lancaster,  le  comte  de  Richmond, 
le  comte  de  March,  Jean  Chandos  et  Jean  Audley  partirent, 
le  29  décembre,  à  la  nuit,  dans  la  direction  de  l'est.  Ils  comp- 
taient attaquer  Cernay-en-Dormois'*,  «  un  moult  biel  fort  S  » 
place  effectivement  assez  forte,  entourée  d'un  double  fossé  dont 
on  reconnaît  encore  les  profils  au  midi;  les  murailles,  sans  doute 
en  moellons  de  craie  ou  de  gaise,  étaient  hautes,  flanquées  de 
tours,  et  la  garnison  comptait  un  bon  nombre  de  gens  d'armes. 
Elle  était  commandée  par  deux  hommes  déterminés.  Le  premier, 

1.  Twysden,  Rerum  Anglicarum...  scriptores  X,  t.  II,  col.  2621. 

2.  On  ne  s'explique  pas  que  M.  A.  Moliaicr  (Fragments  inédils  de  la  chro- 
nique de  Jean  de  Noyai,  Annuaire-Bulletin  de  la  Société  de  l'histoire  de 
France,  année  1883,  p.  257,  note  4)  ait  renoncé  à  identifier  la  célèbre  localité 
d' Attigny  (Ardennes,  arr.  de  Vouziers,  chef-lieu  de  canton). 

3.  Froissart,  éd.  Luce,  t.  V,  p.  202  et  213. 

4.  Marne,  arr.  de  Sainte-Menehould,  cant.  de  Ville-sur-Tourbe. 

5.  Froissart,  éd.  Luce,  t.  V,  p.  213. 


LE   SIÈGE    DE   REIMS.  95 

Edouard  du  Bois,  qui,  par  son  père  Henri  du  Bois,  l'un  des  fami- 
liers de  Philippe  de  Valois  S  avait  des  traditions  de  loyalisme  et 
de  courage,  appartenait  à  une  famille  fixée  dans  le  pays  S  issue 
de  Hugues  Cholet,  comte  de  Roucy  ;  l'un  des  fils  de  Hugues  Cholet, 
nommé  Hugues  comme  son  père,  avait  eu  dans  sa  part  d'héritage 
la  Ville-aux-Bois-lez-Pontavert^  dont  ses  descendants  échan- 
gèrent au  xv''  siècle  le  nom  contre  celui,  tombé  en  quenouille, 
de  leurs  aïeux.  Un  autre  gentilhomme  partage  avec  Edouard  du 
Bois  l'honneur  d'avoir  tenu  tête  aux  Anglais  :  c'est  Guy  de 
Cheppes,  d'une  petite  famille  du  voisinage'*. 

Le  30  décembre,  au  matin,  la  garnison  de  Cernay  aperçut  les 
Anglais  à  une  lieue  environ  de  la  place.  Rien,  en  effet,  dans  les 
monotones  plaines  ondulées  de  la  Champagne,  n'arrête  la  vue  : 
pas  un  buisson,  pas  un  arbre.  Les  Anglais  avancèrent  aussi  près 
qu'ils  purent  de  Cernay  ;  leur  chef,  le  duc  de  Lancaster,  mit  pied 
à  terre  afin  d'examiner  la  profondeur  des  fossés.  Quand  sa  troupe 
le  vit  à  pied,  elle  fit  comme  lui,  puis  se  jeta  à  l'assaut,  paraît-il, 
sans  attendre  ses  ordres.  Au  premier  choc,  le  premier  fossé, 
le  second  ensuite  furent  traversés  et  l'attaque  des  murailles 
commença.  Elle  fut  très  vive  et  les  Anglais  y  perdirent  le  sire  de 
Mussidan,  qu'une  pierre  reçue  sur  son  bassinet,  qu'elle  défonça, 
blessa  si  grièvement  que,  ramassé  par  ses  gens,  ce  Gascon 
mourut  aussitôt.  Cette  perte  anima  les  assaillants,  parmi  les- 
quels les  plus  acharnés  étaient  les  compatriotes  du  sire  de  Mus- 
sidan, ardents  à  venger  leur  chef;  la  résistance  fut  opiniâtre, 
et  Froissart  reconnaît  qu'il  en  coûta  cher  aux  Anglais  pour  s'em- 
parer des  murs  ;  de  même,  Knighton  constate  que  c'est  avec  les 

1.  Cf.  la  Trahison  de  Jean  de  Vervins,  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes, 
année  1892,  t.  LUI,  p.  608. 

2.  Il  possédait  avec  ses  sœurs  le  village  de  Termes  (Ardennes,  arr.  de  Vou- 
ziers,  cant.  de  Grand  pré),  et  paya  de  l'incendie  de  Termes  sa  fidélité  au  régent. 

3.  Aisne,  arr.  de  Laon,  cant.  de  Neufchàtel.  Il  était  aussi  seigneur  de  Tiiony, 
hameau  aujourd'hui  détruit,  dont  l'emplacement  est  sur  le  territoire  de  la  com- 
mune de  Pontavert. 

4.  Froissart  (éd.  Luce,  t.  V,  p.  213)  donne  ses  armes  :  d'or  à  une  croix  ancrée 
de  sable.  Douët  d'Arcq  {Archives  de  l'Empire,  collection  de  sceaux,  t.  II, 
p.  71,  n"  3561)  décrit  le  sceau  du  même  personnage  :  une  croix  ancrée 
chargée  de  cinq  besanls,  et  son  nom  est  Guiot  de  Sainte -Marie- sous- 
Bourcq  (Ardennes,  arr.  et  cant.  de  Vouziers),  seigneur  de  Cheppes.  Les  seigneurs 
qui,  au  xvi'  siècle,  succédèrent  à  la  famille  de  ce  personnage  portèrent  avec 
une  légère  variante  les  armes  que  Froissart  lui  attribue  :  d'or  à  la  croix  ancrée 
de  sable  chargée  en  cœur  d'un  losange  du  premier  (D"^  H.  Vincent,  les  Inscrip- 
tions anciennes  de  l'arrondissement  de  Vouziers,  p.  378). 


96  LE   SIEGE   DE   REIMS. 

plus  grandes  peines  qu'ils  y  réussirent.  Les  défenseurs,  forcés 
sur  leurs  fortifications,  se  jetèrent  deliors,  mais  beaucoup  périrent 
embourbés  dans  les  marécages  formés  par  la  Dormoise  ;  d'autres 
s'étaient  retirés  au  château  avec  leurs  deux  chefs.  Mais  ceux-ci, 
voyant  toute  résistance  impossible,  rendirent  la  place  au  duc  de 
Lancaster  ;  celui-ci  les  fit  prisonniers  avec  les  gentilshommes  qui 
les  entouraient. 

Quant  au  bourg,  il  était  condamné  :  les  Anglais  ne  pouvant  y 
laisser  une  garnison  avaient  résolu  de  le  détruire  ;  ils  y  mirent  le 
feu  le  même  jour,  et,  comme  dans  ce  pays  les  parties  essentielles 
des  bâtiments  sont  en  bois,  Cernay  fut  bientôt  en  cendres.  Pds 
ils  se  retirèrent  dans  un  village  voisin  des  quartiers  du  comte  de 
March,  village  qui  pourrait  bien  être  Bouconville*. 

Le  surlendemain,  l**"  janvier,  la  même  troupe,  augmentée 
d'Eustache  d'Auberchicourt,  continuant  sa  marche  à  trois  lieues 
envù*on  à  l'est  de  Cernay,  avança  jusqu'à  la  rive  gauche  de  l'Aisne, 
à  Autry^,  place  forte  qu'une  situation  exceptionnelle,  au  pied 
d'un  roc  surmonté  d'un  puissant  château,  et  une  grosse  dériva- 
tion de  l'Aisne  destinée  à  alimenter  le  moulin,  rendaient  presque 
imprenable.  Knighton^,  qui  seul  relate  cet  épisode,  donne  des 
détails  topographiques  si  exacts  qu'il  faut  qu'il  les  ait  tenus  d'un 
témoin  oculaire.  Ce  bourg,  ajoute-t-il,  était  bien  fortifié  et  plus 
fort  que  Cernay.  Malgré  ces  conditions  favorables  à  une  résis- 
tance, les  habitants,  à  la  nouvelle  de  l'approche  des  ennemis, 
s'enfuirent  et  se  cachèrent  dans  les  forêts  épaisses  qui  couronnent 
les  coUines  bordant  la  vallée  de  l'Aisne,  de  sorte  que  les  Anglais 
ne  rencontrèrent  aucun  obstacle.  Sans  doute  ils  pillèrent  autant 
qu'ils  purent  ;  mais  il  ne  semble  pas  qu'ils  aient  incendié  Autry. 
Les  habitants  n'y  gagnèrent  rien  :  Eustache  d'Auberchicourt 
prit  possession  d'une  place  aussi  peu  défendue.  De  là,  il  leva 
toute  sorte  d'impositions  sur  les  environs,  garnit  le  château  de 
vivres  et  finalement  vendit  Autry  au  duc  de  Bar,  le  16  juin  1360, 
moyennant  7,000  florins  d'or  de  principal^. 

N'ayant  rencontré  aucune  résistance  à  Autry  et  la  journée 

1.  Bouconville,  Ardennes,  arr.  de  Vouziers,  cant.  de  Monthois.  Bouconville 
est  sur  la  route  que  durent  suivre  les  Anglais  de  Cernay  à  Autry. 

2.  Autry,  Ardennes,  arr.  de  Vouziers,  cant.  de  Monthois.  Sur  cette  localité, 
voir  «n  Incident  de  frontière  dans  le  Verdunois,  Bibliothèque  de  l'École  des 
chartes,  année  1893,  t.  LIV,  p.  347,  note  2. 

3.  Twysden,  Rerum  Anglicarum...  scriptores  X,  t.  II,  col.  2622. 

4.  Froissart,  éd.  Luce,  t.  Y,  p.  lxviii,  note  8. 


LE   SIÈGE   DE   REIMS.  97 

étant  peu  avancée,  le  duc  de  Lancaster  songea  à  employer  les 
heures  de  jour  qui  lui  restaient  à  enlever  Manre.  Placé  sur  un 
éperon,  butte  avancée  le  long  d'une  sorte  de  défilé  qui  mène  en 
pente  assez  douce  des  monts  de  Champagne  dans  la  vallée  de 
l'Aisne,  le  bourg  de  Manre  était  avec  Cernay,  Autry  et  Attigny 
une  des  bonnes  forteresses  de  la  région.  Pas  plus  qu'à  Cernay, 
à  Autry  ou  à  Attigny,  il  ne  reste  de  traces  de  fortifications,  mais 
du  moins  on  montre  encore  derrière  la  mairie  et  le  presbytère, 
en  avant  de  l'église,  l'emplacement  évident  du  château.  Là, 
comme  à  Autry,  on  voit  quelques  débris  de  voiites  qui  sont  bien 
probablement  contemporaines  des  événements  que  je  relate. 

Bref,  quelque  fort  que  fut  le  bourg  de  Manre,  les  habitants 
n'osèrent  pas  attendre  les  Anglais  qui  entrèrent  sans  rencontrer 
personne  et  purent  incendier  tout  à  leur  aise  ;  ils  épargnèrent  sans 
doute  le  château  qu'une  garnison  assez  faible  pouvait  garder; 
Eustache  d'Auberchicourt  s'empressa  de  la  fournir  et  de  conserver 
cette  autre  place  pour  son  propre  compte.  Mais  ce  n'était  là  pour 
lui  qu'un  moyen  d'extraire  du  pays  tout  ce  qu'il  pouvait  rendre, 
et,  dès  qu'il  l'eut  pressuré  au  point  de  n'en  plus  rien  tirer,  il  se 
trouva  heureux,  comme  il  le  fit  pour  Autry,  de  se  débarrasser  du 
château  à  beaux  deniers  comptants.  En  effet,  le  19  mai  1360,  il 
vendit  Manre,  en  même  temps  qu' Attigny,  au  comte  de  Flandre, 
alors  comte  de  Rethel*;  ce  furent  les  malheureuses  populations  du 
comté  de  Rethel  qui,  déjà  rançonnées  par  Eustache  d'Auberchi- 
court, durent,  par  une  imposition  spéciale,  acquitter  le  prix 
d'achat  qui  s'élevait  à  25,000  deniers  d'or. 

Après  une  journée  si  bien  remphe,  le  duc  de  Lancaster  retourna 
devant  Reims.  Au  moment  de  son  départ  pour  Cernay,  on  se 
rappelle  que  Barthélémy  de  Burghersh  avait  assiégé  Cormicy 
(20  décembre  1359).  Cormicy  était  entouré  d'une  double  ceinture 
de  fossés,  les  murailles  étaient  solides,  au  moins  au  dire  de 
Knighton;  quoi  qu'il  en  soit,  le  soir  même,  la  garnison  dut  aban- 
donner la  ville  et  se  réfugier  dans  le  château.  Celui-ci,  élevé  au 
milieu  du  bourg,  était  une  construction  fort  bien  faite,  et  le  don- 
jon carré  était  presque  imprenable  ;  les  ennemis  placèrent  au  bas 
des  murailles  des  mineurs  qui  étaient  à  l'évêque  de  Liègé^  ceux-ci 
creusèrent  le  sol  sous  le  fossé  et  étançonnaient  tout  en  creusant. 
Froissart  raconte  que,  après  qu'ils  eurent  miné  les  murailles  de 
la  grosse  tour,  Barthélémy  de  Burghersh  eut  la  galanterie  de 

1.  Froissart,  éd.  Luce,  t.  V,  p.  lxviii,  note  8. 

1895  7 


98  LE   SIÈGE    DE   EEIMS. 

sommer  le  capitaine  de  se  rendre.  Il  s'appelait  Henri  de  Vaux*. 
Ainsi  mis  en  demeure,  il  ne  fit  que  rire  de  la  menace  ;  mais,  le 
capitaine  anglais  lui  ajant  offert  de  lui  montrer  pourquoi  sa 
sommation  était  sérieuse,  il  réfléchit,  sortit  après  avoir  pris  des 
sûretés.  On  lui  montra  la  mine  et  les  étançons  qui  seuls  soute- 
naient un  pan  de  mur  de  la  tour  ;  il  comprit  qu'il  était  perdu  et 
se  rendit  avec  ses  hommes  (6  janvier  1360)  (n.  st.).  Quand  ils 
furent  sortis,  Barthélémy  de  Burghersh  fit  mettre  le  feu  aux  étan- 
çons dont  la  chute  entraîna  l'écroulement  d'un  pan  de  la  tour  qui 
s'ouvrit  en  deux  (9  janvier)  ;  en  même  temps,  le  bourg  fut  détruit  ^. 

Tous  ces  succès  n'avançaient  pas  en  somme  les  afiaires  du  roi 
d'Angleterre,  qui  se  trouvait  devant  Reims  au  même  point  que 
lors  de  son  arrivée,  au  commencement  du  mois  de  décembre.  En 
outre,  il  apprit,  probablement  en  même  temps  que  les  habitants  de 
Reims,  que  des  gens  d'armes  se  réunissaient  à  Troyes  pour  les 
secourir.  Le  l*""  décembre,  en  efiet,  le  connétable  de  France  était 
à  Auxerre^,  puis  il  alla  à  Troyes,  d'où  il  devait  mener  les  troupes 
devant  Reims,  et,  s'il  est  vrai  que  le  régent  le  rappela  quelques 
jours  auprès  de  lui,  il  n'en  promettait  pas  moins,  le  26  décembre, 
aux  habitants  de  Reims  de  l'envoyer  au  plus  tôt  k  leur  aide^. 

Soit  donc  qu'Edouard  III  eût  peur  d'être  pris  entre  la  garnison 
de  Reims  et  le  corps  de  secours,  ou  qu'il  vît  simplement  qu'il  fal- 
lait renoncer  à  emporter  Reims,  lise  décida  à  lever,  le  11  janvier 
1360,  le  siège  qui  durait  depuis  plus  de  cinq  semaines.  Le  roi 
d'Angleterre  se  dirigea  ensuite  vers  le  sud  et  cette  campagne 
entreprise  avec  une  armée  formidable  et  des  préparatifs  immenses, 
après  le  retentissant  échec  de  Reims,  un  plus  bruyant  échec 
encore  devant  Paris,  ne  servit  sans  doute  qu'à  assurer  aux 
Anglais  les  concessions  que  la  lassitude  et  la  misère  générales 
imposèrent  au  régent  par  le  traité  de  Brétigny. 

H.    MOR  AN  VILLE. 

t.  D'après  Froissart,  éd.  Luce,  t.  V,  p.  220,  Henri  de  Vaux  était  Champenois, 
portait  de  sable  à  cinq  anneaux  d'argent,  et  son  cri  était  «  Viane.  »  Or,  un 
armoriai  du  xv'  siècle  donne  parmi  les  clievaliers  de  la  province  de  Champagne  : 
«  Le  sire  de  Vaulx,  de  sable  à  v  aniaulx  d'argent,  et  crie  :  Viane.  »  (Bibl.  nat., 
volumes  reliés  du  Cabinet  des  titres,  n'  927,  p.  70.)  Ceci  montrera  une  fois  de 
plus,  comme  on  l'a  vu  plus  haut  dans  un  cas  analogue,  combien  Froissart,  en 
certaines  circonstances,  a  été  sûrement  informé,  même  pour  de  menus  détails. 

2.  Twysden,  Reruvi  Anglicarum...  scriplores  X,  t.  II,  col.  2622. 

3.  Froissart,  éd.  Luce,  t.  V,  p.  lxv,  note  2. 

4.  D.  Marlot,  Histoire  de  la  ville,  cité  et  université  de  Reims,  t.  IV,  p.  84. 


JEAN    MESCHINOT 

SA  VIE  ET  SES  OEUVRES 
SES   SATIRES   CONTRE  LOUIS   XL 


Meschinot  est  aujourd'hui  bien  oublié,  mais  pendant  tout  un 
siècle  il  brilla,  on  peut  le  dire,  au  grand  soleil  de  la  gloire  litté- 
raire. Il  eut  plus  d'éditions  que  Villon,  environ  une  trentaine. 
Mentionné  avec  éloge  par  tous  les  critiques  et  tous  les  bibliographes 
du  xvi''  siècle,  son  nom  a  eu  la  rare  fortune  d'être  en  quelque 
sorte  consacré  et  porté  à  la  postérité  par  un  vers  pittoresque  de 
Clément  Marot,  qui,  dans  son  épigramme  à  Hugues  Salel,  énu- 
mérant  les  cités  et  les  provinces  d'où  étaient  venus  les  meilleurs 
poètes  français,  inscrit  dans  cette  liste  en  lieu  d'honneur  la  patrie 
de  Meschinot  : 

Nantes  la  Brette  en  Meschinot  se  bagne  ^ . 

La  vogue,  on  pourrait  même  dire  la  gloire  de  Meschinot  ne  fut 
définitivement  emportée  que  par  la  révolution  malherbienne,  qui 
jeta  aux  gémonies  toutes  les  vieilles  illustrations  poétiques  de  la 
France,  en  particulier  tout  le  moyen  âge. 

Malgré  cette  chute,  un  succès  aussi  éclatant,  aussi  prolongé 
que  celui  de  Meschinot  mérite  qu'on  en  recherche  la  cause,  qu'on 
essaie  de  déterminer  la  véritable  physionomie  du  poète,  le  véri- 
table caractère  de  ses  œuvres. 

Nous  allons  examiner  la  biographie  de  Meschinot,  écartant 
les  erreurs  dont  on  l'a  trop  longtemps  encombrée,  essayant,  sinon 

1.  Et  non  pas  :  «  Nantes  la  Brette,  où  Meschinot  se  baigne,  »  comme  l'écrit 
M.  Levot  dans  la  Biographie  bretonne  (II,  p.  469),  réduisant  toute  la  gloire  de 
Meschinot  à  s'être  baigné  à  Nantes. 


^00  JEAN   MESCHINOT 

de  la  compléter,  du  moins  d'y  introduire  quelques  faits  et  quelques 
documents  nouveaux. 

Nous  étudierons  ensuite  ses  œuvres,  que  personne  depuis  trois 
siècles  n'a  lues  en  entier,  où  on  peut  espérer  par  conséquent  feire 
quelque  découverte  intéressante. 


PREMIÈRE  PARTIE. 

LA    VIE    DE    MESCHINOT. 
I. 

A  part  la  récente  notice  de  M.  Trévédy*  et  la  note  de  Brunet 
dans  la  4°  édition  du  Manuel  du  libraire  (1843),  note  fort 
courte  mais  relative  à  un  point  fort  important^  tout  ce  qu'on  a 
écrit  sur  Meschinot  et  ses  œuvres  se  distingue  par  une  absence 
de  critique  vraiment  étonnante  :  caractère  qui  brille  surtout  dans 
les  deux  notices  le  plus  souvent  citées,  approuvées,  et  auxquelles 
jusqu'à  ces  derniers  temps  on  accordait  le  plus  d'autorité,  je  veux 
dire  celles  de  Goujet  et  de  Levot^. 

M.  Trévédy  a  justement  et  plaisamment  démoli  celle  de  Levot  : 
le  bon,  laborieux,  consciencieux  auteur  de  la  Biographie  bre- 
tonne a  eu  là  des  distractions  si  étranges  qu'elles  ressemblent 
comme  deux  gouttes  d'eau  à  des  insanités.  Par  exemple,  plaçant 
la  naissance  de  Meschinot  en  1430  et  sa  mort  en  1491,  donc  lui 
donnant  en  tout  soixante-un  ans  de  vie,  Levot  dit  qu'il  «  exerça 
la  charge  de  maître  d'hôtel  pendant  plus  de  soixante  ans, 
tant  auprès  de  Jean  V,  duc  de  Bretagne,  et  de  ses  successeurs 
qu'auprès  de  la  duchesse  Anne  et  des  rois  de  France  Charles  VIII 
et  Louis  XII.  » 

Louis  XII  étant  monté  sur  le  trône  en  1498 ,  cela  revient  à 
dire  que  Meschinot  «  exerça  »  cette  charge  dès  sa  7iaissance  et 
continua  de  la  remplir  non  seulement  jusqu'à  sa  mort,  mais  sept 
ans  après. 

1.  Études  bretonnes.  Jehan  Meschinot  poète  de  la  duchesse  Anne.  Vannes, 
Lafolye,  1890. 

2.  Note  reproduite  en  1862  dans  la  5»  édition  du  Manuel,  t.  III,  col.  1666. 

3.  Goujet,  Bibliothèque  françoise,  t.  IX  (1745),  p.  404  à  419;  Levot,  Biogror 
phie  bretonne,  t.  II  (1857),  p.  467-470. 


SATIE   ET   SES   dUVRES.  ^0^ 

«  De  là  vient,  continue  Levot,  le  titre  de  maistre  d'hostel  de 
la  royne  de  France,  qu'il  prend  en  tête  de  ses  poésies.  » 
Comment  l'eût-il  pu  prendre,  n'ayant  jamais  vu  Anne  de  Bre- 
tagne sur  le  trône  de  France?  Elle  y  monta  seulement  le 
6  décembre  1491  par  son  mariage  avec  Charles  VIII,  et  Meschi- 
not  était  mort  le  12  septembre  (comme  Levot  le  proclame),  c'est- 
à-dire  deux  mois  avant. 

Ceci  seulement  à  titre  d'exemple,  car  il  y  a  bien  d'autres  drô- 
leries qu'on  peut  voir  dans  la  critique  de  M.  Trévédy;  mais 
Goujet  n'en  a  guère  moins;  Niceron^  et  Colletet,  si  peu  qu'ils 
disent,  n'en  sont  point  exempts. 

Laissons  ces  critiques  rétrospectives,  voyons  quels  fondements 
solides  on  peut  trouver  pour  la  biographie  de  Meschinot. 


IL 


D'abord,  la  date  précise  de  sa  mort  :  elle  nous  est  fournie  par 
une  épitaphe  en  vers,  imprimée  dans  une  des  plus  vieilles  éditions 
de  notre  poète,  non  toutefois  (comme  l'a  cru  M.  Trévédy)  la 
première  donnée  à  Nantes  par  Etienne  Larcher  en  1493,  mais 
une  autre  sans  date,  imprimée  quelques  années  après  à  Paris  par 
Pierre  Le  Caron.  Brunet  la  croit  antérieure  à  celle  de  Pigouchet 
de  1495;  tout  au  moins  est-eUe  du  xv®  siècle.  Comme  cette  épi- 
taphe, curieuse  en  plus  d'un  point,  n'a  pas  été  réimprimée  en 
entier  depuis  Goujet  (1745)  et  qu'on  n'en  cite  jamais  que  deux 
ou  trois  vers,  il  convient  d'en  reproduire  ici  le  texte  complet,  en 
forme  de  rondeau,  ainsi  conçu  : 

Vertueux  glst  d'honneur  bien  proche. 
En  armes  servit  sans  reproche 
Cinq  ducs.  One  ne  fut  reprochié. 
Priez  Dieu  qu'il  soit  approchié 
Du  pardon  qui  sa  joye  approche. 

De  Meschinot  fut  son  surnom, 
Lunettes  fît  (cil  Iehan  eut  nom) 
Et  maint  beau  dicté  sans  redite. 

1.  Niceron,  Mémoires  pour  servir  à  l'histoire  des  hommes  illustres  de  la 
république  des  lettres,  t.  XXXVI  (Paris,  1736),  p.  357-361. 


^02  JEAN   MESCHINOT 

Mil  cinq  cens,  neuf  moins,  plus  non, 
Douze  en  septembre,  en  granL  renom, 
Servant  dame  qui  Royne  est  dite, 

Par  Atropos,  qui  humains  croche 
Et  qui  tout  preux  de  son  dard  broche, 
Fut  ce  noble  homme  à  mort  brochié. 
De  vertus  n'estoit  decrochié; 
Donc  dire  en  dolbt  :  Soubs  ceste  roche 
Vertueux  gist^ 

C'est  le  neuvième  vers  de  cette  pièce  qui  nous  donne  l'année  de 
la  mort  de  Meschinot;  mais,  pour  l'y  trouver,  il  faut  bien  lire. 

Et  d'abord  on  lut  fort  mal.  On  lut  tout  d'une  venue  Mil  cinq 
cens  neuf,  et  sans  s'inquiéter  de  la  fin  du  vers,  on  mit  résolu- 
ment la  mort  de  Meschinot  en  1509.  Telle  est  l'opinion  de  tous 
les  anciens  auteurs,  Niceron,  Goujet,  Kerdanet,  Levot  lui-même, 
dans  une  première  notice  sur  notre  poète  donnée  par  lui  en  1843 
à  la  Biograjjhie  universelle  de  Michaud"'.  C'est  pourtant  en 
cette  même  année  1843  que  la  bonne  lecture,  la  vraie  interpré- 
tation de  ce  vers  fut  découverte  et  signalée,  non  pas  par  Levot 
qui  sembla  s'en  faire  honneur  plus  tard^  mais  par  Brunet  dans 
la  4''  édition  de  son  Manuel  (t.  III,  p.  370). 

En  tête  de  son  article  Meschinot,  Brunet  avait  reproduit  dans 
son  texte  le  titre  de  la  l""-^  édition  donnée  en  1493  par  Etienne 
Larcher,  titre  qui  porte  : 

Cy  commence  le  livre  appelle  les  Lunettes  II  des  princes,  avecques 
aulcunes  balades  de  y  plusieurs  matières  composées  par  feu  Jehan 
Il  Meschinot,  seigneur  des  Mortiers,  escuyer,  en  ||  son  vivant  princi- 
pal maistre  d'hoslel  de  la  il  duchesse  de  Brelaigne,  à  présent  royne 
de  France. 

Si  Meschinot  ne  vivait  plus  en  1493,  impossible  à  lui  d'être 
mort  une  seconde  fois  en  1509.  Pour  concilier  l'épitaplie  de  l'édi- 

1.  Je  n'ai  pas  sous  la  main  l'édition  de  Le  Caron;  je  donne  cette  pièce  d'après 
la  double  réimpression  de  Niceron  [Mém.  des  honunes  illustres,  XXXVI,  p.  358) 
et  de  Goujet  (Bibl.  françoise,  IX,  p.  407),  dont  le  texte  est  identique. 

2.  Sup|)lément,  t.  LXXIII,  p.  51-2-514. 

3.  En  1857,  dans  la  Biographie  bretonne  (11,  4G9),  Levot  donne  cette  opinion 
comme  s'il  l'eût  toujours  professée  et  sans  en  rapporter  l'honneur  à  Brunet, 
ainsi  que  l'a  très  justement  remarqué  M.  Trévédy. 


SA  VIE    ET   SES   (EDVRES.  i03 

tion  Le  Caron  avec  le  titre  de  l'édition  Larcher,  M.  Briinet  pro- 
posa de  lire,  Don  pas  «  Mil  cinq  cens  neuf,  »  mais  «  Mil  cinq 
cens,  NEUF  MOINS,  »  c'est-à-dire  Mi7  cinq  cens  moins  neuf,  soit 
1491.  Et  si  l'on  veut  bien  remarquer  que  ce  vers,  tel  que  nous 
l'avons,  est  estropié,  puisqu'il  a  sept  pieds  seulement  quand  toute 
la  pièce  est  en  vers  de  huit  ;  si  l'on  se  donne  la  peine  de  restituer 
très  naturellement  le  pied,  je  veux  dire  la  syllabe  qui  manque,  on 
a  une  leçon  de  ce  vers  très  facile  à  comprendre  : 

Mil  cinq  cens,  neuf  moins  et  plus  non, 

C'est-à-dire  :  «  Mil  cinq  cens  moins  neuf,  et  non  pas  plus 
neuf.  »  Ce  vers,  ainsi  rétabli,  dit  cela  à  peu  près  aussi  clairement 
qu'il  le  pouvait  dire,  étant  donné  le  style  habituel  de  la  poésie  de 
ce  temps.  Le  12  septembre  1491,  voilà  donc  la  date  certaine  de  la 
mort  de  notre  poète. 

IIL 

Du  titre  de  l'édition  de  Larcher,  de  l'épitaphe  de  celle  de 
Le  Caron,  —  deux  documents  d'une  autorité  irrécusable,  direc- 
tement émanés  des  contemporains  de  Meschinot,  —  il  y  a  encore 
autre  chose  à  tirer. 

D'après  l'épitaphe,  Meschinot  5eri;i^  cinq  ducs  de  Bretagne, 
qui  ne  peuvent  être  que  les  cinq  derniers  :  Jean  V,  François  P^ 
Pierre  II,  Arthur  III ,  François  II,  et  il  les  servit  en  armes, 
ce  qui  implique  qu'il  fît  partie  de  leur  armée  ou  plutôt  de  leur 
maison  militaire.  —  D'après  le  titre  de  l'édition  Larcher,  Meschi- 
not exerça  aussi  les  fonctions  de  maître  d'hôtel,  non  pas  (comme 
Levot  l'affirme  d'après  Goujet)  sous  les  cinq  ducs  de  Bretagne 
ci-dessus  nommés,  mais  sous  la  fille  du  dernier  d'entre  eux,  sous 
Anne  de  Bretagne,  et  encore  seulement  pendant  qu'elle  était 
duchesse  de  Bretagne  et  avant  son  avènement  à  la  couronne  de 
France.  Anne  étant  montée  au  trône  de  Bretagne  le  9  septembre 
1488  et  Meschinot  étant  mort  le  12  septembre  1491,  il  eût  été 
maître  d'hôtel  de  la  maison  ducale  pendant  trois  ans  au  plus,  et 
tout  le  reste  de  sa  vie,  depuis  les  dernières  années  de  Jean  V 
jusqu'à  la  mort  du  duc  François  II  (de  1440  environ  à  1488), 
aurait  été  consacré  à  la  profession  des  armes.  Cela  se  déduit  net- 
tement des  deux  textes  que  l'on  vient  de  lire  ;  cela  détruit  absolu- 
ment la  légende  du  Meschinot  maître  d'hôtel  perpétuel  «  pendant 


>|04  JEAN   MESCHINOT 

soixante  ans  et  plus,  »  et  cela  est,  nous  le  verrons,  confirmé  par 
nombre  de  documents  historiques. 

L'intitulé  de  l'édition  de  1493  fournit  encore  un  renseignement 
important  :  le  titre  féodal  de  Meschinot,  qualifié  là  (on  l'a  vu)  sei- 
gyieur  des  Mortiers;  titre  qui  permet  de  le  reconnaître  à  coup 
sûr  parmi  ses  homonymes,  assez  nombreux  au  xv^  siècle  en  Bre- 
tagne et  ailleurs,  et  qui,  si  l'on  parvient  à  retrouver  sur  la  carte 
ce  manoir  des  Mortiers,  nous  fera  connaître  la  résidence  habi- 
tuelle de  sa  famille,  par  conséquent  le  lieu  d'origine  du  poète,  son 
point  d'attache  dans  la  société  de  son  temps. 

Or,  nous  avons  découvert^  un  aveu  de  cette  terre  des  Mortiers, 
rendu  le  6  mars  1451  par  Guillaume  Meschinot,  le  père  de  notre 
poète.  Le  manoir  de  cette  petite  seigneurie  était  situé  en  la 
paroisse  de  Monnières^,  sur  la  limite  de  Gorges,  avec  des  fiefs 
(peu  nombreux)  répandus  dans  les  paroisses  de  Gorges,  de 
Saint-Lumine  de  Clisson  et  de  Saint-Hilaire  des  Bois.  Elle  rele- 
vait de  la  baronnie  de  Clisson,  et  l'aveu  de  Guillaume  Meschi- 
not est  en  effet  présenté  au  sire  de  Clisson,  qui  était  à  cette 
époque  le  prince  François  de  Bretagne,  comte  d'Étampes,  destiné 
à  devenir  huit  ans  plus  tard  le  duc  François  IL  —  Cette  situa- 
tion des  Mortiers,  bien  constatée,  confirme  pleinement  l'extrac- 
tion bretonne  de  notre  poète,  sa  résidence  originelle  et  constante 
au  pays  nantais,  et  coupe  court  par  conséquent  aux  tentatives 
d'assimilation  qu'on  a  voulu  faire  entre  lui  et  un  Jean  Meschinot 
originaire  du  Poitou,  possessionné  et  domicilié  à  Pouzauges, 
lequel  eut,  en  1444,  des  aventures  conjugales  fort  peu  enviables 3. 
Nulle  preuve  même  que  ce  Meschuiot  et  le  nôtre  fussent  de  la 
même  famille. 

1.  Grâce  à  un  ami,  M.  René  Blanchard,  qui  a  bien  voulu  nous  transmettre 
une  copie  de  ce  document  existant  aux  Arch.  dép.  de  la  Loire -Inférieure, 
liasse  E  217,  anciennement  Titres  du  chàleau  de  Nantes,  G.  G.  16.  Voir  ci-des- 
sous, p.  133. 

2.  Aujourd'hui  commune  du  canton  de  Clisson,  arrondissement  de  Nantes, 

Loire-Inférieure. 

3.  Voir  à  ce  sujet  l'article  Meschinot  dans  la  Nouvelle  biographie  générale 
de  Firmin  Didot,  t.  XXXV  (1861),  col.  140.  L'assimilation  proposée  entre  ce 
Meschinot  de  Pouzauges  et  le  poète  est  d'autant  moins  acceptable  que  (nous  le 
verrons  plus  loin)  ce  dernier  servait  comme  écuyer  dans  la  maison  du  duc  de 
Bretagne  de  1442  à  1446  et  ultérieurement,  en  sorle  qu'il  ne  pouvait  être 
domicilié  à  Pouzauges  en  1444.  M.  de  Courcy,  dans  la  troisième  édition  de  son 
Nobiliaire  de  Bretagne,  a  donc  eu  tort  de  donner  pour  femme  au  poète  Mes- 
chinot PhiUppa  d'Andouelle,  femme  du  Meschinot  de  Pouzauges. 


SA  VIE   ET   SES  ŒUVRES.  '•OS 

Cette  terre  des  Mortiers  était  d'ailleurs  un  fief  très  modeste  ;  la 
famille  dont  il  formait  le  principal  domaine  devait  être  d'une  for- 
tune non  moins  modeste,  quoique  d'une  noblesse  incontestable, 
reconnue  dans  toutes  les  réformations  des  xv'  et  xvf  siècles. 
Selon  M.  de  Courcy,  elle  portait  pour  armes  d'azur  à  deux 
fasces  d'argent  au  croissant  de  même  entre  elles K 

IV. 

Voyons  maintenant  les  documents  historiques  proprement  dits, 
et  d'abord  passons  en  revue  ceux  qui  ont  été  entassés  avec  tant 
de  science  et  de  patience  par  les  Bénédictins  dans  les  Preuves 
de  l'histoire  de  Bretagne. 

Le  nom  de  Jean  Meschinot  s'y  rencontre  souvent  au  xv*  siècle. 
La  mention  la  plus  ancienne  est  de  1405,  la  plus  récente  qui  se 
puisse  rapporter  à  notre  poète  de  1487. 

De  1405  à  1420,  nous  voyons  figurer  jusqu'à  cinq  fois  dans 
divers  documents,  notamment  dans  des  comptes  et  dans  des  états 
de  la  maison  ducale,  un  Jean  Meschinot  qualifié  «  écuyer  du  duc  » 
et,  plus  précisément,  «  escuier  du  corps  et  de  la  chambre  »  du 
duc  Jean  V^;  quand  ce  prince  fit  l'hommage  au  roi  à  Paris,  en 
l'hôtel  Saint-Paul,  le  7  janvier  1405,  Jean  Meschinot  fut  l'un  des 
témoins  officiels  de  cette  solennité  féodale,  ce  qui  montre  en  lui 
dès  cette  époque  un  personnage  marquant  de  la  cour  ducale  3. 
Mais  ce  Jean  Meschinot  de  1405  à  1420  ne  saurait  être  le  nôtre; 
car,  étant  un  homme  notable  dès  1405,  il  devait  avoir  alors  au 
moins  vingt-cinq  ans  et  être  né  au  plus  tard  en  1380,  ce  qui  l'eût 
fait  mourir  plus  que  centenaire  en  1491  ;  circonstance  invraisem- 
blable. Si  par  impossible  elle  s'était  produite  pour  un  homme 

1.  Voir  Nobiliaire  de  Courcy,  2'  et  3°  éd.  Je  ne  sais  où  M.  de  Courcy  a  trouvé 
ces  armes;  il  s'en  réfère  à  l'Armoriai  breton  de  Gui  le  Borgne  (1681);  mais  on 
n'y  trouve  même  pas  le  nom  de  Meschinot. 

2.  D.  Morice,  Preuves,  II,  col.  897. 

3.  Il  n'y  eut,  du  côté  breton,  que  seize  gentilshommes  à  assister  à  cette  céré- 
monie :  dix  chevaliers  des  plus  grandes  familles  et  six  écuyers,  dont  Meschi- 
not (D.  Morice,  Preuves,  II,  735).  —  Pour  les  autres  mentions  de  ce  Jean  Mes- 
chinot, voir  le  compte  du  trésorier  de  Bretagne  de  1412-1414,  la  réformation  de 
l'hôtel  du  duc  en  1416,  l'état  de  la  maison  ducale  en  1417,  le  compte  du  tré- 
sorier de  Bretagne  du  22  avril  au  7  décembre  1420  (dans  D.  Morice,  Preuves, 
II,  col.  875,  897,  946,  1066  et  1069). 


i06  JEAN   MESCeiNOT 

déjà  célèbre,  elle  n'eût  pas  manqué  d'être  notée  par  les  chroni- 
queurs, et,  ne  l'ayant  pas  été,  elle  est  fausse. 

En  outre,  dans  une  Supplication  au  duc  François  II  dont 
nous  parlerons  plus  loin,  Meschinot  le  poète  expose  à  ce  prince 
«  comme  dès  son  jeune  aage  il  a  continuellement  servi  ses 
«  prédécesseurs,  les  ducs  Jehan,  Françoys,  Pierre,  Artuz.  » 
S'il  était  né  en  1380,  il  aurait  eu  à  l'avènement  du  duc  Arthur  III 
soixante-dix-sept  ans;  il  n'eût  donc  pu,  en  se  reportant  à  cette 
époque,  parler  sans  absurdité  de  son  jeune  âge. 

Donc  le  Jean  Meschinot  mentionné  de  1405  à  1420  n'est  cer- 
tainement pas  le  nôtre;  ce  n'est  pas  non  plus  son  père,  car  son 
père  s'appelait  Guillaume,  et  nous  l'avons  vu  en  1451  rendre 
aveu  de  la  terre  des  Mortiers.  Mais  dans  le  premier  Jean  Meschi- 
not on  pourrait  bien  voir  le  grand-père  de  notre  poète,  et  la 
mémoire  des  bons  services  de  l'aïeul  eût  frayé  la  voie  à  son  petit- 
fils,  quand  celui-ci  s'offrit  à  son  tour  pour  servir  en  armes  dans 
la  maison  du  duc. 

De  1420  à  1442,  éclipse  totale  de  Jean  Meschinot.  Dans  le 
compte  du  trésorier  de  Bretagne  de  1442  à  1444,  ce  nom  reparaît, 
et  encore  parmi  les  «  escuiers  du  duc*.  »  Cette  fois,  il  s'agit  de 
notre  poète,  car  puisque,  d'après  son  épitaphe  confirmée  par  la 
Supplication  citée  ci-dessus,  il  «  servit  en  armes  »  le  duc 
Jean  V,  dont  1442  est  la  dernière  année,  il  est  grand  temps  qu'il 
paraisse. 

Je  n'hésite  pas  à  lui  rapporter  aussi  toutes  les  mentions  de  Jean 
Meschinot  contenues  dans  les  Preuves  de  l'histoire  de  Bre- 
tagne, depuis  cette  date  jusqu'en  1487'.  Nous  y  trouverons  des 
notions  intéressantes  pour  la  biographie  de  l'auteur  des  Lunettes 
des  pr'inces^. 

Sous  les  règnes  des  trois  premiers  successeurs  de  Jean  V,  — 
c'est-à-dire  sous  François  P%  Pierre  II  et  Arthur  III,  —  Jean 


1.  D.  Morice,  Preuves,  II,  col.  1372. 

2.  A  la  fin  du  xv'  siècle,  vers  1490,  il  y  avait  au  pays  nantais  cinq  Meschinot 
(lu  nom  de  Jean  :  Jean  Meschinot,  sgr  de  la  Clavelière  en  Saint-Lumine  de 
Coûtais;  Jean  Meschinot,  sgr  des  Mortiers,  chacun  d'eux  pourvu  d'un  fils  aussi 
appelé  Jean,  et  un  cinquième  Jean  Meschinot,  sgr  de  Marlignc  eu  Dongc.  Mais 
la  désignation  de  seigneur  des  Mortiers  donnée  au  poète,  et  aussi  attrihuée  au 
Jean  Meschinot  qui  a  servi  les  cinq  ducs  de  Bretagne  de  Jean  V  à  François  II, 
établit  nettement  Tidentité  de  l'un  et  de  l'autre. 

3.  Titre  du  poème  le  plus  connu  de  Meschinot. 


SA  VIE   ET   SES   ŒÏÏVRES.  ^07 

Meschinot  continue  de  figurer  au  rôle  des  «  escuiers  du  duc.  » 
Nous  relevons  en  outre,  sous  ces  trois  princes,  certains  faits  spé- 
ciaux propres  à  caractériser  sa  situation  et  son  rôle  à  la  cour  de 
Bretagne. 

Dans  des  vers  que  nous  citerons  tout  à  l'heure,  il  vante  avec 
effusion  le  duc  François  I".  Les  documents  (fort  incomplets 
hélas!)  qui  nous  restent  de  ce  règne  nous  montrent  Meschinot 
compris  dans  la  distribution  des  étrennes  faite  à  la  maison  ducale 
par  ce  prince  au  1"  janvier  1446  et  recevant  à  ce  titre  un  gobelet 
d'argent  du  poids  de  deux  marcs^  Deux  ans  plus  tard,  l®""  jan- 
vier 1448,  il  est  encore  auprès  du  même  duc  au  château  de  Suci- 
nio,  et  il  reçoit  pour  le  même  motif  un  présent  dont  on  ne  dit  ni 
la  nature  ni  la  valeur^.  Il  s'est  plu  à  célébrer  dans  ses  vers  la 
vaillance  et  la  générosité  de  ce  prince,  la  désolation  universelle 
causée  en  Bretagne  par  sa  mort  prématurée. 

Le  duc  Pierre  II  témoigna  à  Meschinot  beaucoup  de  confiance. 
Dans  ses  deux  voyages  à  la  cour  de  France,  le  premier  à  Tours 
en  février  1452,  le  second  à  Bourges  en  juillet  1455,  il  l'emmena 
avec  lui^.  Ces  deux  voyages  avaient  pour  objet  des  négociations 
fort  importantes,  surtout  le  second,  où  le  duc  s'occupa  d'arrêter, 
de  concert  avec  le  roi,  les  meilleures  mesures  à  prendre  pour 
régler  la  succession  du  duché  de  Bretagne.  Dans  ces  deux  cir- 
constances, Pierre  II  était  accompagné  d'une  suite  brillante  et 
nombreuse  de  seigneurs,  de  gens  de  conseil,  et  le  roi  de  France 
donna  au  duc  de  belles  fêtes ^  C'était  donc  une  faveur  d'être  de 
ces  voyages. 

En  1453,  pendant  qu'il  lançait  sur  la  Guienne  cette  vaillante 
armée  bretonne  qui  gagna  la  bataille  de  Castillon  (17  juillet  1453) 
et  délivra  définitivement  la  France  des  Anglais,  Pierre  II,  crai- 
gnant avec  raison  une  descente  de  ces  insulaires  en  Bretagne, 
garda  près  de  lui  quelques  troupes  solides  dont  fit  partie  Mes- 


1.  Compte  du  trésorier  de  Bretagne  de  1445-1446,  dans  D.  Morice,  Preuves, 
II,  col.  1396. 

2.  Compte  du  trésorier  de  Bretagne  de  1447-1448,  dans  D.  Morice,  Preuves, 
II,  col.  1412. 

3.  Voir  compte  du  trésorier  général  de  Bretagne  en  1451-52  ;  compte  du  tré- 
sorier de  l'épargne  en  1455,  dans  D.  Morice,  Preuves,  II,  col.  1604,  1605,  1689; 
et  sur  ces  deux  voyages  voir  Lobineau,  Hist.  de  Bretagne,  I,  p.  653  et  657-658. 

4.  Compte  du  trésorier  de  Bretagne  pour  1452-1453,  dans  D.  Morice,  Preuves, 
II,  col.  1629. 


408  JEAN  MESCHINOT 

chinot.  Et,  l'année  suivante  (1454),  en  vue  du  même  péril, 
le  duc  ayant  équipé  plusieurs  compagnies  d'élite  de  30  lances 
(120  hommes)  chacune,  nous  voyons  Meschinot  au  poste  le  plus 
menacé,  à  Saint-Malo,  dans  la  compagnie  du  sire  de  Derval  et, 
trois  ans  plus  tard,  dans  celle  de  Le  Galois  de  Rougé*. 

Sous  le  règne  trop  court  du  grand  connétable  de  Richemont, 
devenu  Arthur  III  de  Bretagne,  la  faveur  de  Meschinot  continue, 
et  sa  réputation  de  poète  se  dessine.  En  décembre  1457  et  jan- 
vier 1458,  quand  le  duc  se  rend  à  Tours  avec  un  brillant  cortège 
pour  prendre  part  aux  fêtes  qu'y  devait  donner  le  roi  de  France, 
il  a  bien  soin  d'amener  avec  lui  Meschinot,  et  il  lui  fait  composer 
des  vers  qu'il  paie  généreusement  :  A  Meschinot,  2)0ur  un  ron- 
deau, cinq  escuz,  porte  le  compte  du  trésorier  de  Bretagne,  et, 
quelques  lignes  plus  bas,  autre  don  au  même  de  dix  écus,  etc. 2. 

Dans  son  poème  les  Lunettes  des  ^jrinces,  Meschinot,  déplo- 
rant la  mort  rapide  de  ces  quatre  ducs,  a  célébré  leur  souvenir 
et  celui  de  leurs  bienfaits.  Reflet  fidèle  des  sentiments  de  la  Bre- 
tagne à  l'égard  de  ces  quatre  princes  et  aussi  des  sentiments 
personnels  de  l'auteur  qui  les  avait  connus,  approchés  et  servis, 
ces  portraits  ont  ici  leur  place  naturelle  ;  ils  font  partie  de  la  bio- 
graphie de  notre  poète.  Les  voici  : 

Et  en  noz  jours  ce  prince  de  sagesse^, 
Le  bon  duc  Jehax,  nompareii  en  largesse, 
Ne  le  prinl  Mort  par  son  cruel  oullraige? 
Certes  si  fist  :  dont  amère  deslresse 
A  longuement  esté  nostre  maistresse  ; 
L'avoir  perdu  nous  fut  haultain  dommaige. 
Fier  fut  aux  fiers,  aux  bons  doux  en  couraige, 
Prudent  en  faictz  et  benign  en  langaige. 
Autant  valoit  que  ung  seellé  sa  promesse  ; 
Oncques  ne  fist  ung  deshonneste  ouvraige. 
Des  benoistz  cieux  Dieu  lui  doint  Theritaige, 
Car  en  son  temps  père  estoit  de  noblesse. 

1.  Compte  du  trésorier  de  l'épargne  en  1453-1455  et  en  1457  (Ibid.,  col.  1646 
et  1728). 

2.  Compte  du  trésorier  de  Bretagne  en  1457-1458  (Ibid.,  col.  1722, 1723,  1725). 

3.  Meschinot,  Lunettes  des  princes,  14"=  douzain.  —  La  première  moitié  des 
Lunettes  des  princes  se  compose  de  85  douzains;  les  éditions  de  Meschinot 
n'étant  point  paginées,  je  fais  les  renvois  par  le  chiffre  des  douzains. 


SA  VIE   ET   SES  ŒDVRES.  '09 

Mort  de  nouveau  a  faict  bien  grant  effort  : 
Le  duc  François  et  comte  de  Montfort 
Et  Richemont,  qui  tant  fut  bel  et  fort, 
Est  decebdé,  Dieu  le  prenne  à  mercy^  !... 

Quand  celle  mort  nostre  bon  maistre  a  prins, 
Ce  jour,  je  vy  nobles,  clercs  et  commun 
Tant  fort  pleurer  qu'il  sembla  que  chascun 
N'eust  oncquesmais  aultre  mestier  aprins, 
Et  fu  de  dueil  tellement  entreprins 
Que  mon  ennui  ne  peut  estre  comprins  ^. 

Las  !  or  n^a  il  fors  huit  ans  dominé, 
Après  que  Mort  avoit  exterminé 
Le  bon  duc  Jehan,  dont  j'ay  faict  mention. 
Duquel  fut  filz  tant  bien  moriginé 
Que,  tout  son  cas  au  long  examiné, 
Doibt  posséder  d^honneur  la  mansion. 
En  armes  mist  corps  et  entention; 
A  gens  vaillans  gages  et  pension 
Donna  si  grans,  par  sens  illuminé, 
Que  des  Anglois  la  grant  contention 
Ravala  bas;  ainsi  que  ostension 
Fait  son  procès,  s'il  est  bien  fulminé  3. 

En  son  temps  fut  de  Bretaigne  le  chief. 
Mort,  tu  l'as  prins  et  mis  ses  jours  à  chief, 
Dont  je  maudy  toy  et  tes  piteux  faictz 


4 


Se  triste  suis  et  mon  cueur  s'appareille 
A  grant  douleur,  j'ay  perte  nompareille 
De  ce  bon  duc,  qui  tant  de  bien  faisoit^  ! 


1.  Lunettes,  16'  douzain. 

2.  Lunettes,  17"  douzain.  —  Cette  désolation  extraordinaire  et  universelle 
des  Bretons  à  la  mort  du  duc  François  P'"  prouve  bien  que  (quoi  qu'en  disent 
certains  historiens)  ses  contemporains  ne  voyaient  point  en  lui  l'assassin  de  son 
frère,  Gilles  de  Bretagne. 

3.  Ibid.,  IS""  douzain. 

4.  Ibid.,  19°  douzain. 

5.  Ibîd.,  IZ^  douzain. 


i^O  JEAN   MESCHINOT 

Pour  ce  prince,  qui  jeune  decebda, 
Comme  j'ay  dict,  vint  et  luy  succéda 
Ung  sien  frère  qui  grandement  valut, 
Pierre  nommé,  et  tant  bien  procéda 
Qu'à  son  peuple  franchise  concéda 
Et  le  nourrir  très  chièrement  voulut; 
De  ma  pitié  doucement  luy  chalut, 
A  le  servir  me  choisit  et  eslut. 
Et  de  ses  biens  largement  me  céda. 
La  mort  depuis  aussi  le  nous  tollut, 
Repos  es  cieux  ayt  son  ame  et  salut  ! 
Son  droit  règne  sept  ans  point  n'excédai 

Après  ces  deux  princes  derrains  nommez, 

Qui  en  valeur  furent  tant  renommez, 

Ung  ancien,  leur  oncle  très  notable. 

Leur  succéda  quant  mort  les  eut  sommez 

Et  de  son  dard  meurtriz  et  assommez. 

Artds  eut  nom,  de  France  connestable, 

Saige,  vaillant,  vertueux  et  estable. 

Aux  ennemys  cruel  et  redoutable. 

Or  ont  esté  ses  jours  brief  consommez 

En  quinze  mois  :  c'est  cas  espouenlable  ! 

Ha!  qu'est  cecy,  fortune  très  mutable, 

Tant  de  maux  fais  qu'estre  ne  peuent  sommez  2. 

Par  ceste  mort  je  sens  guerre  mortelle^. 


Arthur  III,  mort  le  26  décembre  1458,  fut  remplacé  sur  le 
trône  de  lîretagne  par  son  petit-neveu  François  IL  Sous  ce  duc, 
il  se  produisit  dans  la  maison  militaire  des  souverains  bretons 
un  changement  notable.  Les  ducs  précédents  s'étaient  habituel- 
lement contentés  d'une  garde  du  corps  assez  peu  nombreuse,  dont 

1.  Ibid.,  24°  douzain. 

2.  Ibid.,  25°  douzain. 

3.  Ibid.,  26°  douzain. 


SA  VIE   ET  SES   œOVRES.  ^^^ 

les  membres  servaient  par  quartier,  de  façon  que  le  duc  eût  tou- 
jours autour  de  sa  personne  un  petit  bataillon  d'élite  de  vingt  ou 
trente  gentilshommes  de  vieille  famille,  d'un  absolu  dévouement, 
et  qui  portaient  le  titre  d'  «  escuiers  du  duc  »  ou  (comme  on  l'a  vu 
plus  haut)  «  escuiers  de  corps  et  de  chambre.  »  C'est  dans  ces 
conditions  que  Jean  Meschinot  «  servit  en  armes  »  les  ducs 
Jean  V,  François  1"%  Pierre  II  et  Arthur  III.  —  François  II 
augmenta  le  chiffre  de  sa  maison  militaire,  dont  il  fit  deux  com- 
pagnies «  d'ordonnance,  »  formant  ensemble  50  ou  51  lances, 
chacune  de  ces  lances,  appelées  aussi  hommes  d'armes  ou  gen- 
tilshommes  de  la  garde,  ayant  à  sa  suite  au  moins  deux 
archers  et  parfois  en  outre  un  «  coustilleur.  »  En  diverses  cir- 
constances, le  chiffre  des  lances  composant  les  compagnies  d'or- 
donnance fut  augmenté,  comme  on  le  voit,  par  exemple,  dans  le 
compte  du  Béguin  de  François  II,  où  la  garde  du  duc  se  com- 
pose de  75  gentilshommes,  33  coustilleurs  et  131  archers*. 

En  principe,  le  service  des  gentilshommes  de  la  garde  était 
permanent  ;  en  fait,  plusieurs  d'entre  eux  étaient  souvent  détachés 
dans  des  missions  spéciales  ou  même  attachés  temporairement  au 
service  de  quelque  grande  famille  prochement  apparentée  à  la 
maison  ducale  :  l'histoire  de  Meschinot  en  fournira  une  preuve. 
Chaque  lance  recevait  du  duc  une  solde  de  25  livres  par  mois, 
soit  300  livres  par  an,  répondant  (dans  la  seconde  moitié  du 
xv*"  siècle)  à  9,000  francs  environ,  valeur  actuelle.  —  D'ailleurs, 
sous  le  duc  François  II,  les  titres  d'  «  escuier  du  duc,  »  d'  «  escuier 
de  corps  et  de  chambre  »  disparaissent,  remplacés,  on  vient  de  le 
dire,  par  ceux  de  «  lance,  »  d'  «  homme  d'armes  »  ou  de  «  gen- 
tilhomme de  la  garde.  » 

Dans  les  comptes  de  cette  époque,  Jean  Meschinot  figure  sous 
ces  titres  de  1461  à  1487,  c'est-à-dire  pendant  toute  la  durée  du 
règne  du  duc  François  II  (1459-1488),  sauf  les  deux  premières 
années ^  La  confiance  de  ce  prince  lui  donna  assez  souvent  des 

1.  Voir  A.  de  la  Borderie,  Complot  breton  de  1492,  dans  les  Archives  de 
Bretagne,  t.  II,  p.  82  à  85.  Voir  aussi,  sur  la  maison  militaire  de  François  II, 
D.  Morice,  Preuves,  II,  col.  1777,  et  III,  col.  120,  270,  388,  427,  538,  etc. 

2.  Voir,  entre  autres,  le  1"'  compte  d'Olivier  Baud,  trésorier  des  guerres, 
commencé  le  1"  juillet  1461;  —  5''  compte  du  même  pour  1464-1465;  — 
k'  compte  de  Pierre  Landais  pour  1465-1466;  —  montre  de  la  compagnie  d'or- 
donnance du  duc  sous  la  charge  de  M.  de  la  Roche  en  1474;  —  2"  compte  d'Yves 
Milon  pour  1481-1482;  —  état  de  dépense  pour  le  fait  de  la  guerre  en  1483;  — 


H2  JEAN  MESCHINOT 

missions  qui  l' éloignaient  de  la  personne  ducale.  Durant  ce  règne, 
si  fréquemment  agité  de  guerres  ou  de  craintes  de  guerre,  on  tenait 
incessamment  par  toute  la  Bretagne  des  revues  ou  montres 
d'hommes  d'armes,  de  recrues  féodales  et  d'hommes  de  milice,  et 
il  était  fort  important  d'avoir,  pour  passer  ces  revues,  des  per- 
sonnages de  confiance  et  de  grande  expérience  militaire;  notre 
poète  y  fut  souvent  employé,  notamment  dans  l'évêché  de  Léon, 
en  1469,  1474-75,  1477^  ;  les  lettres  du  duc  qui  lui  confient  cette 
mission  le  désignent  même  plusieurs  fois  sous  son  titre  féodal  : 
«  Jehan  Meschinot,  sieur  des  Mortiers,  »  ce  qui  ne  laisse  place 
à  aucun  doutée 

Il  fut  aussi,  nous  le  verrons,  très  employé  dans  le  service  delà 
maison  de  Laval,  dont  le  chef  Gui  XIV,  baron  de  Vitré ,  de 
Montfort,  etc.,  était  cousin  par  alliance  du  duc  François  IL 

Mais,  —  en  dépit  des  affirmations  positives,  si  assurées,  si 
réitérées  de  Niceron,  Goujet,  Levot  et  autres  biographes,  —  un 
emploi  où  on  ne  le  voit  jamais,  ni  sous  le  duc  François  II  ni 
sous  ses  prédécesseurs,  c'est  celui  de  maître  d'hôtel  du  duc. 

Et  je  ne  parle  pas  ici  de  ces  hautes  dignités  de  grand-maître 
d'hôtel  de  Bretagne  ou  de  maître  d'hôtel  héréditaire,  dont  les 
titulaires  n'exerçaient  leurs  fonctions  de  parade  que  dans  des  cir- 
constances exceptionnelles  ;  je  parle  des  maîtres  d'hôtel  pratiques, 
domestiques,  ordinaires,  chargés  de  diriger  chaque  jour  le  ser- 
vice de  la  table  et  de  la  maison  ducale.  Il  y  a  beaucoup  de  ces 
fonctionnaires  nommés  dans  les  actes  du  xv'^  siècle;  aucun  ne 
porte  le  nom  de  Meschinot.  Il  y  a  mieux  :  à  côté  de  notre  Mes- 
chinot, figurant  comme  d'ordinaire  parmi  les  hommes  d'armes, 
plusieurs  documents  mentionnent  à  une  autre  place,  dans  une 
autre  catégorie,  les  trois  maîtres  d'hôtel  du  duc,  car  il  y  en  avait 

compte  de  Guillaume  Juzel  pour  1487  (dans  D.  Morice,  Preuves,  t.  II,  col.  1777, 
et  t.  III,  col.  121,  146,  270,  388,  427,  53C).  —  Le  Meschinot  qui  figure  dans  tous 
les  documents  est  certainement  notre  poète;  toutefois,  le  2°  compte  d'Yves 
Milon  pour  1481-82  mentionne  deux  Jean  Meschinot  :  l'un  dans  les  «  50  hommes 
d'armes  de  la  garde  du  duc,  »  l'autre  dans  les  «  60  lances  du  maréchal  »  de 
Rieux  (col.  388  et  389);  le  premier  est  le  poète,  le  second  est  son  (ils,  dont  nous 
parlerons  plus  loin.  Je  croirais  volontiers  aussi  que  c'est  ce  dernier  qui  fut  envoyé 
avec  diverses  troupes  tenir  garnison  à  Clisson,  par  mandement  ducal  du  22  fé- 
vrier 1485,  n.  st.  (voir  D.  Morice,  Preuves,  III,  col.  460). 

1.  Voir  Extraits  des  registres  de  la  chancellerie  de  Bretagne  pour  ces  diverses 
années,  dans  D.  Morice,  Preuves,  III,  col.  201,  281,  282,  323. 

2.  Ibid.,  col.  282,  323. 


SA  VIE   ET   SES  ŒUVRES.  ^^3 

trois  pour  les  diverses  parties  du  service.  Ainsi,  en  1466,  dans 
rénumération  des  gens  de  la  cour  de  Bretagne  qui  reçurent  des 
vêtements  de  deuil  à  la  mort  de  M'^*'  d'Etampes,  mère  du  duc 
François  II,  nous  trouvons,  entre  autres,  «  Jehan  de  Malecanelle, 
maistre  cChostel,  Gilles  du  Mas,  7naistre  d'hostel,  Mareschée, 
maistre  d'hostel,  »  et  plus  loin,  parmi  les  gentilshommes,  Mes- 
chinot^  Dans  le  compte  du  Béguin  ou  deuil  du  duc  Fran- 
çois II  figurent  aussi  les  trois  derniers  maîtres  d'hôtel  de  ce 
prince;  ils  s'appellent  «  Plessix-Guérifif,  Guillaume  Le  Moine  et 
Guillaume  Guillemet".  » 

Mais  de  Meschinot,  à  une  telle  place,  pour  une  telle  charge, 
nulle  mention.  Donc  jamais  il  ne  fut  maître  d'hôtel  d'aucun  des 
ducs  de  Bretagne  du  xv*  siècle.  Il  les  servit  l'épée  à  la  main,  non 
avec  la  chaîne  et  la  baguette  du  majordome. 

Il  fut  cependant  maître  d'hôtel  de  la  maison  ducale,  mais  seu- 
lement sous  Anne  de  Bretagne,  et  c'est  ce  compte  du  Béguin  de 
François  II,  cité  en  dernier  lieu,  qui  en  fournit  la  preuve.  Outre 
la  longue  nomenclature  des  personnages,  conseillers  et  officiers 
de  la  cour  de  François  II,  ce  compte  donne  aussi  la  liste  des  nou- 
veaux officiers  que  la  nouvelle  souveraine,  Anne  de  Bretagne, 
s'était  donnés  dès  son  avènement.  Elle  ne  garda  pas  à  son  service 
les  maîtres  d'hôtel  de  son  père,  elle  en  nomma  trois  autres  pour 
sa  maison;  ils  sont  ainsi  désignés  dans  ce  document  : 

Mais  très  d'hostel^. 

«  Meschinot; 
«  Louppe  de  Dicastillo  ; 
«  Jehan  de  Breifeillac  ; 
«  A  chascun  3  aulnes  et  demye  de  drap  à  10  livres  l'aulne,  et 
1/4  en  oultre  pour  led.  Meschinot.  Somme,  107  1.  10  s.  » 

Non  seulement  Meschinot  fut  maître  d'hôtel  d'Anne  de  Bre- 
tagne pendant  qu'elle  n'était  encore  que  duchesse  de  Bretagne, 
mais  il  fut  mis  par  elle  à  la  tête  du  service  de  sa  maison  :  en  effet, 
son  nom  est  ici  placé  en  tête,  et  il  reçoit  pour  son  deuil  une  part 
de  drap  plus  considérable  que  les  deux  autres  maîtres  d'hôtel. 

1.  D.  Morice,  Preuves,  III,  col.  145-146. 

2.  Dans  A.  de  la  Borderie,  Complot  breton  de  1492,  p.  87. 

3.  Ibid.,  p.  98. 

1895  8 


^^4  JEAN   MESCHINOT 

Ce  qui  justifie  pleinement  le  titre  de  l'édition  donnée  par  Etienne 
Larcher  en  1493,  où  Jean  Meschinot  est  qualifié  «  principal 
maistre  d'hostel  de  la  duchesse  de  Bretaigne,  à  présent  rojne 
de  France.  » 


VI. 

Nous  ignorons  quels  étaient  les  gages  de  Meschinot  comme 
maître  d'hôtel  de  la  duchesse  Anne  de  Bretagne  ;  ils  ne  devaient 
pas  dépasser  la  solde  touchée  par  lui  sous  le  règne  précédenf 
comme  gentilhomme  de  la  garde  ducale,  c'est-à-dire  300  livres 
par  an,  répondant  à  9,000  francs  environ,  valeur  actuelle. 

Meschinot  y  ajoutait  sa  fortune  personnelle,  consistant  depuis 
la  mort  de  son  père  dans  la  terre  patrimoniale  des  Mortiers,  dont 
la  déclaration,  fournie  en  1451  par  Guillaume  Meschinot  au 
comte  d'Etampes,  seigneur  de  Clisson,  peut  servir  dans  une  cer- 
taine mesure  à  indiquer  l'importance*. 

Aujourd'hui,  sur  la  limite  commune  des  paroisses  de  Gorges  et 
de  Monnières,  tout  près  du  point  où  cette  limite  vient  buter  contre 
celle  de  Maidon^,  il  existe  trois  lieux  (fermes  ou  petits  villages) 
portant  le  nom  des  Mortiers  :  au  nord-ouest,  les  Mortie7^s-Huet ; 
au  sud,  les  Bas-Mortiers,  et  au  sud-est  de  celui-ci,  les  Hauts- 
Mortiers.  Ces  deux  derniers,  actuellement,  sont  en  la  commune 
de  Gorges  et  le  premier  en  Monnières.  Tel  est  l'état  figuré  sur  la 
carte  de  France  de  l'état-major^.  La  carte  de  Cassini,  dressée  au 
dernier  siècle,  porte  aussi  ces  trois  villages,  mais  là  les  Hauts- 
Mortiers  s'appellent  simplement  les  Mortiers,  et  les  Bas-Mor- 
tiers sont  la  Cour  des  Mortiers;  les  Mortiers-Huet  gardent  leur 
nom.  Sur  l'aveu  de  1451,  le  manoir  chef-lieu  de  la  terre  de  Guil- 
laume Meschinot  est  dit  les  Mortiers  -  Guibort  et  mis  en  la 
paroisse  de  Monnières  ;  dans  les  dépendances  sont  indiquées  une 
métairie,  qui  devait,  comme  le  manoir,  porter  le  nom  des  Mor- 
tiers, et  des  censives  tenues  par  Nicolas  Huet,  qui  représentent 

1.  Les  Mortiers,  je  l'ai  dit,  étaient  une  terre  noble  relevant  de  Clisson;  l'aveu 
est  du  G  mars  1450,  v.  st.,  en  style  actuel  1451.  On  en  trouvera  le  texte  com- 
plet à  la  suite  de  notre  première  partie,  Appendice,  n"  I,  ci-dessous,  p.  133. 

2.  Maidon  ou  Maisdon,  Monnières  et  Gorges,  aujourd'hui  trois  communes  de 
la  Loire-Inférieure  et  de  l'arrondissement  de  Nantes,  la  première  dans  le  can- 
ton d'Aigrefeuille,  les  deux  autres  dans  celui  de  Clisson. 

3.  Feuille  118,  dite  de  Cholet,  autrefois  Beaupréau. 


SA  VIE    ET   SES   ŒDVRES.  Uh 

les  Mortiers-Huet  d'aujourd'hui.  Le  nom  de  Cour  des  Mortiers, 
donné  dans  Cassini  aux  Bas-Mortiers,  montre  que  là  était  le 
centre,  le  chef-lieu  de  la  terre,  c'est-à-dire  le  manoir  noble  appelé 
dans  l'aveu  de  1451  les  Mortiers-Guibort*.  Ily  amême  là  encore 
aujourd'hui  une  vieille  gentilhommière,  construction  du  xvi^  siècle 
(vers  1580)  qui  a  beaucoup  de  caractère  :  le  corps  de  logis  prin- 
cipal flanqué  de  deux  tourelles  en  encorbellement,  percé  de  larges 
baies  à  croisées  de  pierre,  et  dans  la  toiture  une  fenêtre  à  fronton 
triangulaire,  orné  au  sommet  d'une  tête  de  nègre.  Les  deux  autres 
Mortiers,  au  contraire,  n'ont  dans  leurs  bâtiments  aucune  marque 
d'ancienneté  et  doivent  avoir  été  de  tout  temps  des  dépendances 
de  la  Cour  des  Mortiers. 

Donc,  au  xv*"  siècle  (en  1451),  ces  trois  fermes  formaient  un 
seul  domaine,  dont  le  chef-lieu  était  le  manoir  des  Mortiers-Gui- 
bort  ou  Guibour  (aujourd'hui  les  Bas-Mortiers) ,  domaine  compris 
alors  tout  entier  en  la  paroisse  de  Monnières  ;  ce  domaine,  s'éten- 
dant  au  nord  jusque  vers  le  village  du  Coursai,  était  borné  d'une 
part  (à  l'ouest)  par  les  landes  de  Maidon,  de  l'autre  par  un  ruis- 
seau qui  descend  de  ce  village  du  Coursai  à  celui  de  la  Cormeraie^ 
et  se  dirige  ensuite  vers  le  sud-est.  Ce  domaine  pouvait  contenir 
dans  son  ensemble  une  centaine  d'hectares  ;  mais  que  pouvait-il 
rendre?  D'après  la  déclaration  de  Guillaume  Meschinot  en  1452, 
il  consistait  en  «  l'hostel,  manoir  et  herbregement  des  Mortiers- 
«  Guibort,  ô  ses  appartenances,  tant  maisons,  courtils,  vignes, 
«prés,  bois,  garenne,  mestairie,  sausaie,  pastures,  clostures, 
«  terres  arables  et  non  arables.  » 

Dans  tout  cela,  il  n'y  avait  de  réellement  productif  que  les 
«  courtils,  vignes,  prés,  »  dépendance  et  entourage  immédiat  du 
«  manoir  ou  herbregement,  »  c'est-à-dire  du  logis  seigneurial, 
puis  «  les  terres  arables  »  composant  la  «  mestairie  ;  »  et,  comme 
il  n'y  avait  qu'une  métairie,  ces  terres  arables  ne  devaient  pas 
être  de  bien  grande  étendue.  Le  reste,  «  bois,  garenne,  sausaie, 

1.  Ou  Mortiers  Guibourg,  dans  les  aveux  de  la  baronnie  de  Clisson  des 
années  1522,  1544,  1556,  1580,  1605,  1674.  La  déclaration  du  10  avril  1679  porte  : 
«  Ensuit  les  hommes  de  foy  de  la  seigneurie  de  Clisson  :  ...  le  sieur  du  Mortier 
Guibourg,  en  Monnière  »  (Domaine  de  Nantes,  vol.  XII,  fol.  9).  Tous  ces  titres 
sont  aux  Arch.  dép.  de  la  Loire-Inférieure.  Je  dois  ces  renseignements  et  ceux 
qui  suivent  sur  l'état  actuel  du  manoir  des  Mortiers  (Cour  des  Mortiers  ou 
Mortiers-Guibort)  à  l'obligeance  de  M.  Arthur  de  Lisle  du  Dreneuc. 

2.  La  Cormeraie  et  le  Coursai  figurent  sur  la  carte  de  l'état-major. 


^^6  JEAN  MESCHINOT 

«  pastures,  »  fournissait  du  pacage  pour  les  bêtes,  du  bois  de  chauf- 
fage, des  cercles  de  barrique,  un  petit  terrain  de  chasse,  —  rien 
de  plus. 

Je  me  trompe;  il  y  avait  en  outre  des  rentes  féodales.  La  décla- 
ration de  1451  énumère,  non  sans  orgueil,  jusqu'à  cinq  fiefs  semés 
en  diverses  paroisses  et  relevant  du  seigneur  des  Mortiers.  En  la 
paroisse  de  Saint-Hilaire  des  Bois*,  c'était  «  une  tenue  et  tene- 
ment  »  au  village  du  Chesne  (aujourd'hui  le  Chêne-Penaud),  une 
autre  au  village  de  Beauleu  (aujourd'hui  Beaulieu).  En  Saint- 
Lumine  de  Clisson,  deux  tenues  aussi  :  l'une  à  la  Grossière 
(aujourd'lmi  la  Groussière),  l'autre  à  la  Noë,  la  cinquième  enfin 
à  la  Goubretière  (aujourd'hui  la  Gobertière)  en  Gorges.  Les 
rentes  annuelles  dues  au  seigneur  des  Mortiers  par  les  tenanciers 
de  ces  cinq  petits  fiefs  montaient  ensemble  à  3  livres  16  sols, 
plus  4  oies,  11  chapons,  9  setiers  de  seigle  et  une  mine  d'avoine 
grosse. 

Mais,  comme  le  sieur  des  Mortiers  devait  chaque  année  payer 
au  sire  de  Clisson  et  à  divers  seigneurs  ses  voisins  des  redevances 
montant  ensemble  à  12  livres  14  sols  3  deniers,  le  produit  des 
rentes  féodales  actives  se  trouvait  absorbé  et  au  delà  par  le  paie- 
ment des  rentes  passioes  :  si  bien  que  tout  ce  qui  pouvait  en 
réalité  donner  quelque  revenu  au  sieur  des  Mortiers,  c'était  le 
domaine  proche  décrit  plus  haut. 

D'après  ce  que  nous  avons  dit,  si  le  maître  de  ce  domaine  en 
pouvait  tirer,  bon  an  mal  an,  quelques  milliers  de  francs  (met- 
tons trois  mille  francs,  valeur  actuelle),  c'était  assurément  le  bout 
du  monde. 

Donc,  après  avoir  peiné,  sué,  porté  le  harnois  pendant  plus  de 
quarante  ans  pour  le  prince  et  la  patrie,  notre  poète  se  trouvait 
jouir  annuellement  d'une  douzaine  de  miUe  francs,  valeur  actuelle. 
Ce  n'était  pas  une  fortune  bien  brillante. 


VII. 

Pour  l'améliorer,  Meschinot,  autorisé  par  le  duc,  entra  comme 
gentilhomme  dans  une  grande  maison  quasi  princière,  où,  défrayé 
de  tout,  il  trouvait  une  existence  plantureuse,  de  bons  gages  et 

1.  Aujourd'hui  commune  du  canton  de  Clisson,  arrondissement  de  Nantes, 
Loire-Inférieure. 


SA  VIE   ET   SES   ŒUVRES,  ii7 

de  bonnes  gratifications  pour  les  afiaires  dont  il  était  chargé,  sans 
être  d'ailleurs  astreint  à  des  fonctions  permanentes,  ce  qui  lui 
permettait  de  reprendre  de  temps  à  autre,  au  premier  appel,  son 
service  dans  la  garde  ducale  et  d'y  garder  son  rang. 

La  maison  à  laquelle  il  s'attacha  fut  celle  de  Gui  XIV,  comte 
de  Laval,  qui,  malgré  ses  grandes  possessions  en  France,  était 
devenu  plus  Breton  que  Français  par  ses  deux  mariages  succes- 
sifs, d'abord  avec  Isabeau  de  Bretagne,  fille  du  duc  Jean  V,  puis 
avec  la  très  jeune  veuve  du  malheureux  prince  Gilles,  la  célèbre 
Françoise  de  Dinan.  La  maison  de  Laval  avait  d'ailleurs  de  vastes 
domaines  en  Bretagne,  notamment  les  baronnies  de  Vitré  et  de 
la  Roche-Bernard,  les  seigneuries  de  Bécherel  et  de  Gaël-Mont- 
fort.  Par  sa  seconde  femme,  Gui  XIV  était  en  outre  baron  de 
Châteaubriant,  sire  de  Montafilant,  du  Guildo,  etc.  Ses  richesses, 
sa  puissance  territoriale,  sa  proche  parenté  avec  le  duc  faisaient 
de  lui  l'un  des  plus  grands  seigneurs  de  Bretagne. 

Si  les  archives  du  château  de  Vitré  s'étaient  conservées  jusqu'à 
nous,  elles  fourniraient  de  fréquentes  mentions  de  Meschinot  et 
de  son  rôle  dans  la  maison  de  Laval.  Malheureusement,  il  n'en 
reste  que  des  bribes;  c'est  un  pur  hasard  qui  a  mis  entre  mes 
mains  une  liasse  de  pièces  où  il  est  question  de  notre  poète. 

Cette  liasse  concerne  l'administration  de  la  seigneurie  de  Mar- 
cillé  ' ,  l'une  des  grandes  châtellenies  composant  la  baronnie  de 
Vitré.  Il  y  avait  là,  de  toute  antiquité,  un  château  encore  pas- 
sablement fort  au  xv^  siècle  et  même  assez  important,  parce  qu'il 
était,  avec  la  place  de  la  Guerche,  chargé  de  défendre  un  point 
vulnérable  de  la  frontière  bretonne.  Pour  le  comte  de  Laval 
(Gui  XIV),  qui  résidait  habituellement  à  Vitré,  mais  qui  allait 
souvent  de  son  château  de  Vitré  à  celui  de  Châteaubriant,  fré- 
quemment même  à  la  cour  du  duc  de  Bretagne,  c'est-à-dire  jusqu'à 
Nantes,  Marcillé  était  un  lieu  d'étape  très  commode,  parce  que  le 
comte  trouvait  là  toute  une  administration  relevant  de  lui  :  le 
capitaine  du  château,  le  châtelain  ou  receveur  de  la  seigneurie, 
le  sénéchal,  l'alloué,  le  procureur  de  la  juridiction,  etc.,  tous 
empressés  à  exécuter  ses  ordres,  préparer  ses  logements  et  lui 
rendre  ce  passage  agréable.  —  Puis  l'on  mettait  sans  façon  tous 
les  «  frais  d'auberge  »  (car  le  château  n'était  guère  habitable)  à 

1.  Dit  aujourd'hui  Marcillé-Roberl,  commune  du  canton  de  la  Guerche,  arron- 
dissement de  Vitré,  Ille-et- Vilaine. 


-H8  JEAN   MESCfllNOT 

la  charge  de  la  recette  de  Marcillé.  Aussi,  dans  les  comptes  du 
receveur,  dont  quelques-uns  sont  venus  jusqu'à  nous,  voit-on  sou- 
vent le  train  princier  du  comte  de  Laval,  —  lui,  sa  femme  et  ses 
enfants,  ses  gentilshommes,  ses  veneurs,  ses  palefreniers,  hommes, 
chiens,  chevaux,  —  s'abattre  tout  à  coup  sur  Marcillé,  y  faire 
une  copieuse  «  disnée,  ■»  puis  la  couchée,  et  repartir  le  lendemain 
matin  en  laissant  au  pauvre  châtelain  le  soin  de  payer  la  note. 

En  1470  et  1471,  par  exemple,  nous  ne  trouvons  pas  moinïde 
huit  ou  dix  de  ces  grandes  dînées  et  couchées  de  la  maison  de 
Laval  à  Marcillé. 

Le  12  juin  1470,  le  comte  loge  à  MarciUé,  venant  de  Vitré, 
«  allant  à  Redon  devers  le  duc  ;  »  le  28  du  même  mois,  il  y  couche, 
revenant  de  Redon  et  retournant  à  Vitré.  —  Le  22  août,  le  comte 
va  encore  de  Vitré  à  Redon,  où  vont  s'ouvrir  les  Etats  de  Bre- 
tagne, et  il  couche  encore  à  Marcillé.  —  Un  mois  plus  tard  (26- 
27  septembre),  il  y  passe  avec  toute  sa  famille,  revenant  de  Ghâ- 
teaubriant  à  Vitré. 

En  1471,  «  le  vendredi  14*  jour  de  juign,  partit  Monseigneur 
le  comte  du  chasteau  de  Vitré,  allant  à  Nantes  aux  nopces  du 
duc,  et  gista  (logea)  ce  soir  à  Marcillé.  »  Il  s'agissait  du  mariage 
du  duc  François  II  avec  Marguerite  de  Foix.  Après  ces  fêtes, 
Gui  XIV  installa  sa  résidence  à  Châteaubriant,  et,  à  diverses 
dates  des  mois  de  juillet  et  d'août,  les  divers  membres  de  sa  famille 
viennent  l'y  rejoindre,  tous  passant  et  couchant  à  Marcillé.  — 
Enfin,  dans  les  premiers  jours  d'octobre  (2,  3,  4),  toute  la  famille, 
tout  le  train  seigneurial  repasse  en  grande  pompe  à  Marcillé,  y 
dîne  et  y  couche  encore  pour  retourner  à  Vitré*. 

VIII. 

Dans  presque  toutes  ces  étapes  à  Marcillé,  le  comte  de  Laval  a 
parmi  sa  suite  un  gentilhomme  du  nom  de  Jean  Meschinot,  et  il 
n'y  a  pas  de  doute  possible,  il  s'agit  bien  de  notre  poète,  car  on 
lui  donne  à  plusieurs  reprises  son  titre  de  «  seigneur  des  Mor- 
tiers. » 

Toujours,  dans  ce  train  seigneurial  vraiment  princier,  il  est  en 
place  honorable  et  même  en  bel  équipage,  tantôt  suivi  de  deux 
chevaux,  tantôt  de  trois  et  même  de  quatre,  ce  qui  prouve  qu'il 

1.  Voir  l'Appendice  de  noire  première  partie,  n°  II,  ci-dessous,  p.  135. 


SA  VIE   ET   SES   ŒUVRES.  i\9 

menait  avec  lui  jusqu'à  trois  serviteurs  à  son  usage.  C'est  surtout 
dans  le  voyage  du  14  juin  1471,  quand  le  comte  de  Laval  allait 
à  Nantes  assister  au  second  mariage  du  duc  François  II,  que 
Gui  XIV  semble  témoigner  à  Meschinot  une  considération  toute 
particulière.  Non  seulement  notre  poète  a  dans  cette  chevauchée 
quatre  coursiers  à  son  service,  mais  il  paraît  qu'aucun  de  ces 
quatre  n'était  digne  de  le  porter,  car  on  envoie  un  exprès  de  Mar- 
cillé  à  Nantes  en  chercher  un  cinquième,  sur  lequel  Meschinot, 
enfin  monté  à  son  gré,  poursuit  son  voyagea 

Le  grand  seigneur  eut  lieu  en  effet  d'être  fier  de  son  poète  : 
dans  les  fêtes  de  ce  mariage,  il  joua  un  rôle  principal.  C'est  lui 
qui,  au  nom  de  la  Bretagne,  adressa  à  la  nouvelle  duchesse  le 
salut  de  bienvenue,  et  cela  dans  une  très  jolie  ballade,  l'une  de 
ses  meilleures  pièces,  que  l'on  n'a  jamais  citée  nulle  part  et  qui 
vaut  cependant  la  peine  d'être  connue.  La  voici  : 

Balade  [aide  pour  la  duchesse  Margarite  de  Foix 
quant  elle  vint  en  Bretaigne^. 

Riche  pais,  contrée  très  heureuse, 
Amez  de  Dieu,  ce  voit-on  clerement; 
Duché  sans  pair,  Bretaigne  plantureuse, 
De  noblesse  trésor  et  parement, 
Plus  que  jamais  debvez  joyeusement 
User  vos  jours  par  raison  et  droiture; 
Princesse  avez,  très  noble  créature 
Et  en  vertus  nompareille  tenue, 
Semblant  des  cieux  estre  la  nourriture. 
Benoiste  soit  sa  joyeuse  venue  ! 

C'est  la  belle  fleurette  précieuse, 
De  trois  couleurs  ornée  doulcement, 
Par  le  blanc,  vert  et  vermeil  lumineuse, 
Et  au  milieu  paroît  l'or  proprement  : 
Qui  sont  choses  de  grant  entendement^. 

1.  Voir  ci-dessous,  p.  135-136. 

2.  Édition  1522,  fol.  121  v"  et  122. 

3.  De  haute  signification.  —  Le  poète  donne  dans  cette  strophe  l'interpréta- 
tion symbolique  des  couleurs  de  l'écusson  de  Marguerite,  qui  étaient  or  et 


420  JEAN   MESCeiNOT 

Vert,  c'est  grâce  de  Dieu  et  de  nature; 
D'innocence,  chasteté  nette  et  pure, 
Blanc  et  vermeil  ont  l'enseigne  obtenue; 
Vor  dénote  royalle  géniture. 
Benoiste  soit  sa  joyeuse  venue  ! 

De  sens,  d'honneur,  de  bonté  amoureuse 

Est^  tant  que  peut  comprendre  sentement.  '^ 

Maintien  rassis,  parole  gracieuse, 

Amour,  doulceur  et  valeur  tellement 

L'accompaignent,  et  vit  tant  sobrement 

Qu'elle  ressemble  à  divine  facture^ 

Plus  qu'humaine,  —  dont  très  bonne  adventure 

A  Bretaigne  est.  Dieu  mercy,  advenue. 

Par  quoi  pouons  dire  sans  couverture  : 

Benoiste  soit  sa  joyeuse  venue  ! 

Prince  parfait,  mettez  sens,  temps  et  cure 
A  la  chérir,  tant  qu'elle  nous  procure 
Le  plus  grant  bien  qui  soit  dessous  la  nue  : 
C'est  un  beau  filz.  Lors  dirons  sans  mesure  : 
Benoiste  soit  sa  joyeuse  venue  ! 

Cette  poésie  est  pleine  de  grâce  et  de  fraîcheur  ;  ce  qui  en 
fît  surtout  le  succès  en  1471,  dans  la  brillante  fête  de  Nantes, 
près  de  l'iUustre  et  nombreux  auditoire  devant  lequel  Meschi- 
not  eut  l'honneur  d'adresser  à  la  princesse  cette  touchante 
salutation,  c'est  le  sentiment  breton,  l'amour  de  la  Bretagne  qui 
éclate  dans  ces  vers  et  que  d'ailleurs  l'on  retrouve  souvent,  sous 
diverses  formes,  dans  les  œuvres  de  notre  poète. 

Il  avait  un  fils  appelé  comme  lui  Jean  Meschinot.  Il  voulut  pro- 
fiter de  la  bienveillance  que  lui  témoignait  le  comte  de  Laval  pour 
procurer  à  ce  fils  un  établissement  avantageux,  au  service  de  ce 
grand  et  libéral  seigneur.  Comme,  en  cette  année  1471,  on  redou- 
tait avec  raison  une  reprise  des  hostilités  du  roi  Louis  XI  contre 
la  Bretagne,  il  était  urgent  de  mettre  en  bon  état  de  défense  le 

gueules  (or  et  vermeil),  et  de  celles  des  supports  de  cet  écusson,  qui  étaient 
blanc  et  vert. 

1.  C'est-à-dire  :  elle  est  amoureuse  de  sens,  d'honneur,  de  bonté. 

2.  A  une  œuvre  divine  plutôt  qu'à  une  œuvre  humaine. 


SA  VIE    ET   SES   ŒUVRES.  424 

château  de  Marcillé  et  de  donner  à  cette  place  un  gardien  sûr, 
actif  et  vaillant.  Meschinot  demanda  ce  poste  pour  son  fils  et  l'ob- 
tint. —  Dans  les  premiers  mois  de  1471  (en  février  et  en  mars), 
notre  poète  fut  envoyé  deux  fois  en  mission  à  Marcillé  par  le 
comte  de  Laval*;  le  but  de  ce  double  voyage,  qui,  en  raison  des 
circonstances,  n'est  pas  explicitement  indiqué  dans  les  lettres  du 
comte,  c'était  d'inspecter  la  place,  d'en  connaître  les  besoins, 
afin  de  pouvoir  prêter  à  son  fils,  qui  allait  en  être  chargé,  le 
secours  de  son  expérience  militaire.  Presque  aussitôt  après  cette 
mission,  c'est-à-dire  en  avril  1471,  le  fils  du  poète  fut  nommé 
capitaine  du  château  de  Marcillé  ;  il  entra  de  suite  en  fonction  et 
en  action.  Le  28  mai,  il  nomma  un  miseur  ou  comptable  spécial 
pour  les  travaux  qu'on  allait  faire  dans  la  place,  lui  traça  le  pro- 
gramme de  ces  travaux,  lui  ordonna  de  s'y  mettre  de  suite  et  de 
les  pousser  activement. 

Pour  commencer,  il  y  avait  à  rétablir  les  ponts,  relever  beau- 
coup de  brèches  qui  s'étaient  faites  dans  les  murs  du  baile  ou 
basse-cour  du  château^  réparer  un  peu  partout  les  couvertures  et 
les  mâchicoulis,  qui  avaient  beaucoup  souffert  ;  enfin  il  fallait 
achever  l'une  des  tours,  dite  tour  Saint-Jame,  commencée  depuis 
assez  longtemps,  mais  qui  n'avait  pas  été  montée  à  une  hauteur 
suffisante  2. 

Ces  travaux  étaient  poussés  activement;  Meschinot  le  fils  les 
dirigeait  de  façon  à  s'en  faire  honneur,  quand  tout  à  coup  lui  sur- 
vint une  aventure  qui  pesa  lourdement  sur  son  avenir  et  remplit 
de  troubles  et  d'ennuis,  au  moins  pour  quelques  années,  la  vie  de 
son  père. 

IX. 

Le  pis  est  que  nous  ne  la  connaissons  pas  bien,  cette  aventure; 
elle  reste  entourée  pour  nous  d'obscurité. 

1.  Voir  les  pièces  relatives  à  cette  mission,  ea  date  des  30  janvier,  5  février, 
11  et  28  mars  1471,  ci-dessous,  p.  136-137,  Appendice,  n"^  III  et  IV. 

1.  «  Compte  et  dit  André  Le  Moenne,  recepveur  et  miseur  des  deniers  ordon- 
nez pour  la  fortifficacion  du  chasteau  de  Marcillé,  avoir  esté  fait  commande- 
ment par  Jehan  Meschinot,  capitaine  dudit  chasteau,  de  faire  faire  le  pont 
dormant  d'iceluy  chasteau,  rediffier  pluseurs  brèches  de  murailles  qui  estoient 
es  murs  et  clostures  de  la  basse  court,  reparer  les  avant  murs  (mâchicoulis) 
et  hausser  la  tour  Saint  Jamrae,  autresfois  encommencée,  qui  estoit  trop 
basse...  »  (Compte  d'André  Le  Moyne,  miseur  du  château  de  Marcillé,  de  1471 
à  1474,  art.  2,  14,  33;  ms.  de  la  bibl.  de  Vitré.) 


^22  JEAN  MESCHIiyOT 

Dans  le  pays  de  Ploermel  existait  alors  une  famille  noble,  non 
peut-être  d'une  bien  ancienne  noblesse,  certainement  d'une  très 
petite  illustration,  puisque  son  nom  n'est  parvenu  à  se  glisser 
dans  aucun  des  armoriaux  de  Bretagne.  C'était  la  famille  du  Bois- 
brassu,  ainsi  appelée  d'un  petit  fief  de  ce  nom  qu'elle  tenait  en  la 
paroisse  de  Carentoir.  Le  seul  homme  notable  de  cette  famille  au 
xv^  siècle  était  Jean  du  Boisbrassu,  qui  avait  été  trésorier  da^l'in- 
fortuné  prince  Gilles  de  Bretagne  mort  en  1450,  et  qui  vivait 
encore  en  1472  et  1473  ^ 

Quelle  circonstance  rapprocha  Jean  du  Boisbrassu  de  Jean 
Meschinot  le  fils?  Nous  l'ignorons.  Quel  motif  les  mit  en  querelle 
l'un  contre  l'autre  et  les  irrita  tellement  qu'ils  en  vinrent  à  s'ac- 
cabler l'un  l'autre  d'injures  verbales?  Nul  ne  le  peut  dire.  Mais 
ces  injures  étaient  certainement  fort  graves,  et  il  semble  qne  de 
ce  combat  de  gueule  Meschinot  sortit  le  plus  maltraité,  car  ce 
sont  les  Meschinot  qui  éprouvèrent  les  premiers  le  besoin  d'invo- 
quer contre  leurs  agresseurs  l'aide  de  la  justice  et  les  ajournèrent 
en  réparation  d'injures  devant  le  Conseil  du  duc.  Je  dis  les  Mes- 
chinot, car  dès  le  principe  le  père  joignit  sa  plainte  à  celle  du 
fils  et  comparut  comme  son  procureur.  D'autre  part,  Pierre  du 
Boisbrassu,  fils  de  Jean,  se  joignit  également  à  son  père,  et  ce 
fut  ainsi  une  sorte  de  partie  carrée  dans  laquelle  s'engagèrent 
l'une  contre  l'autre  les  deux  familles.  Notre  poète,  en  portant  sa 
plainte  directement  au  Conseil  du  duc,  avait  sans  doute  espéré, 
comme  gentilhomme  de  la  garde,  y  trouver  quelque  faveur.  Mais 
cet  espoir  fut  trompé,  et  le  Conseil  renvoya  les  parties,  pour  être 
jugées  au  fond,  devant  Olivier  du  Breil,  sénéchal  de  Ploermel. 

Pourquoi  à  Ploermel?  Sans  doute  à  cause  du  domicile  des  Bois- 
brassu en  Carentoir  ;  quant  à  la  querelle,  eUe  s'était  produite  à 
Nantes,  car  à  Nantes  eut  lieu  l'enquête  instituée  par  la  justice 
pour  «  esclardir  »  les  faits,  fixer  les  responsabilités,  savoir  sur- 
tout qui  avait  commencé. 

De  part  et  d'autre  on  produisit  des  témoins;  comme  sans  doute 
ces  témoins  ne  manquèrent  pas  de  se  contredire,  on  assigna  les 
parties  à  faire  leurs  déclarations  en  prêtant  serment  «  sur  les 
«  relicques  Mons""  saint  Hervé  et  autres  relicques  estantes  en 

1.  Sur  les  Boisbrassu,  voir  René  Kerviler,  Répertoire  de  bio-bibliographie 
bretonne,  t.  IV,  p.  170.  M.  de  Courcy,  qui  n'en  avait  point  parlé  dans  les  deux 
premières  éditions  de  son  Nobiliaire  de  Bretagne,  les  mentionne  dans  la  troi- 
sième d'après  M.  Kerviler. 


SA  VIE  ET  SES   CEnVRES.  -123 

«  l'église  de  Nantes  ;  »  on  nomma  des  commissaires  pour  les  faire 
jurer  et  pour  ouïr  leurs  déclarations.  De  tout  cela  ne  sortit  aucune 
lumière  ;  Olivier  du  Breil,  le  sénéchal  de  Ploërmel,  ne  voyant 
goutte  dans  la  cause,  s'abstenait  de  juger. 

Pendant  ces  longues  procédures,  les  langues  de  chaque  côté 
continuaient  d'aller,  de  percer,  de  déchirer  cruellement  leurs 
adversaires.  Meschinot  le  poète  ressentait  douloureusement  toutes 
ces  attaques;  il  en  redoutait  le  résultat  pour  sa  tranquillité,  pour 
sa  considération,  pour  sa  fortune  et  celle  de  son  fils.  Cela  le  décida 
à  implorer  la  protection  du  duc  dans  une  requête  d'un  style  tout 
particulier,  dont  nous  parlerons  tout  à  l'heure  et  qui,  en  efiet, 
détermina  François  II  à  intervenir,  à  appeler  devant  lui  les  par- 
ties et  leur  imposer  le  pardon,  l'oubli  réciproque  de  leurs  injures, 
en  un  mot,  une  paix  et  un  accord  définitif  conclu  devant  le  Con- 
seil ducal,  le  9  février  1473  ^ 

C'est  en  efiet,  croyons-nous,  à  l'occasion  de  ce  procès  contre 
les  Boisbrassu  que  Meschinot  présenta  à  François  II  la  pièce  citée 
par  les  biographes  sous  le  titre  de  Supplication  du  Banni  de 
liesse.  Comme  le  texte  en  a  souvent  été  cité  de  travers,  presque 
toujours  mal  interprété,  il  est  utile  d'en  reproduire  ici  les  prin- 
cipaux passages,  avec  quelques  observations  pour  en  déterminer  le 
caractère,  la  portée  et  la  signification. 


Voici  d'abord  le  titre  exact  et  le  début  de  la  pièce  : 

S'ensuit  une  supplication  que  fist  ledit  Meschinot  au  duc 
DE  Bretaigne,  son  souverain  seigneur^. 

Supplie  très  humblement  vostre  pouvre  vassal,  loyal  subget  et 
obéissant  serviteur  nommé  le  Banni  de  liesse,  à  présent  demourant 
au  diocèse  d'Infortune,  paroisse  d'Affliction  et  voisin  prouchain  de 
Désespoir;  exposant  comme  dès  son  jeune  aage  il  a  continuellement 
servi  Messeigneurs  voz  prédécesseurs  les  ducs  Jehan,  François, 
Pierre,  Artuz,  dont  Dieu  ait  les  âmes  !  et  que  à  vostre  eureux  adve- 
nement  il  vous  a  pieu  de  le  retenir  vostre  domestique  et  commensal 

1.  Voir  l'instrument  officiel  de  cet  accord,  ci-dessous,  p.  137-138,  Appen- 
dice, n°  V. 

2.  Meschinot,  édition  de  1522,  fol.  105  v  à  107  v». 


^24  JEAN  MESCHINOT 

serviteur,  dont  humblement  vous  rend  grâces,  comme  celui  qui  par 
ce  moyen  a  esté  et  est  du  nombre  de  ceulx  de  vostre  especialle  sau- 
vegarde et  protection. 

Le  soin  avec  lequel  les  formes  officielles  des  suppliques  en  jus- 
tice sont  ici  observées  (jusqu'à  désigner  le  domicile  du  suppliant 
par  diocèse  et  paroisse)  induit  à  croire  que,  malgré  son  stjle  litté- 
raire, allégorique  et  fantaisiste,  cette  pièce  fut  destinée  à  figurer 
dans  une  véritable  instance  judiciaire. 

L'auteur  attribue  à  «  son  jeune  aage  »  tout  le  temps  qu'il  a 
servi  les  ducs  Jean  V,  François  P^  Pierre  II,  Arthur  III.  Si, 
comme  on  le  doit  croire,  il  naquit  vers  1420  ou  1422,  il  avait, 
lors  de  la  mort  du  dernier  (en  1458),  trente-six  ou  trente-huit 
ans,  ce  qui  peut  en  effet  être  tenu  pour  les  dernières  limites  du 
«  jeune  âge.  » 

Domestique  et  commensal  serviteur  marque  seulement  que 
l'auteur  de  la  supplique  faisait  partie  de  la  maison  ducale,  soit 
militaire  soit  civile.  Et  le  soin  avec  lequel  il  insiste  sur  le  droit 
que  cette  qualité  lui  donnait  à  la  protection  spéciale  du  duc  montre 
tout  le  besoin  qu'il  en  avait  dans  la  circonstance.  Il  poursuit 
ainsi  : 

Ce  néantraoins,  un  larron  public,  ennemi  de  Humanité,  appelle 
Malheur,  demeurant  de  tout  temps  avec  Fortune,  accompaigné  d'une 
vieille  maigre  dessiréeV  laquelle  est  nommée  Pouvreté,  ont  inces- 
samment guerroyé  et  poursuy  de  près  en  toutes  places  ledit  sup- 
pliant, lendans  à  sa  totale  destruction.  A  la  fureur  desquelz  a 
tousjours  jusques  ci  résisté  par  les  bons  support  et  ayde  qu'il  vous 
a  pieu  lui  faire.  —  Et  soit  ainsi,  mon  souverain  seigneur,  que,  com- 
bien que  es  temps  passez  celui  Banni  de  liesse  eust  esté  cruellement 
traicté  et  assailli  par  les  dessuz  nommez  Malheur  et  Pouvreté,  à  pré- 
sent l'ont  attaint,  prins  et  lié  de  toutes  parts,  en  manière  que  sans 
voz  remède  et  secours  il  ne  peut  à  leur  malice  résister;  car,  en  con- 
duisant leur  cruelle  inimitié,  ont  expolié  ledit  suppliant  de  cinquante 
ans  et  plus  qu'il  avoit  reçuz  de  Dieu  et  de  nature,  privé  de  l'espérance 
de  jamès  pouvoir  en  recouvrer  aucun  d'iceux^. 

1.  Déchirée. 

2.  Selon  Goujet,  ce  passage  signifierait  «  que  Meschinot  avoit  alors  plus  de  cin- 
«  quante  ans  ou  que  depuis  ce  môme  nombre  d'années  il  étoit  attaché  aux  ducs 
«  de  Bretagne  ;  car  la  manière  dont  il  s'exprime  peut  recevoir  ces  deux  sens  » 
{Bibl.  française,  IX,  p.  405).  Le  second  sens  attribué  à  ce  passage  est  une  pure 


SA  VIE   ET   SES  OEUVRES.  425 

Ce  passage  est  important  pour  fixer  l'âge  de  Meschinot  et  la 
date  de  cette  pièce  ;  quand  il  l'écrivit,  l'auteur  avait  un  peu  plus 
de  cinquante  ans,  soit  cinquante-un  ou  cinquante-deux.  S'il  est 
né,  comme  on  le  disait  tout  à  l'heure,  vers  1420,  cela  met  la  date 
de  cette  pièce  en  1472,  juste  au  plus  vif  du  procès  contre  les  Bois- 
brassu;  plus  de  doute  dès  lors  qu'elle  n'ait  été  écrite,  présentée 
au  duc  à  l'occasion  de  cette  affaire. 

C'est  immédiatement  après  ce  passage  que  Meschinot  fait  allu- 
sion, sous  le  voile  de  l'allégorie,  aux  attaques  et  aux  persécutions 
des  Boisbrassu.  Il  se  garde  de  les  nommer,  son  stjle  allégorique 
le  lui  interdit  ;  il  met  tous  leurs  méfaits  sur  le  compte  de  «  Mal- 
heur et  Pouvreté  :  » 

Et  en  ce  point  (continue- t-il,  c'est-à-dire  en  ce  moment),  comme 
serf  ou  esclave  détiennent  ledit  Banni  de  liesse  et,  qui  pis  est,  ont 
fait  commandement  à  Fureur,  Souci,  Ennui  et  Douleur,  leurs  armu- 
riers, de  forger  audit  Banni  un  pesant  harnoys,  dont  les  estoffes  ^  sont 
d'acier  de  mélancolie  mixtionné  d'aigreur. 

Suit  la  description  de  ce  «  harnois,  »  c'est-à-dire  de  cette 
armure,  dans  laquelle  les  ennemis  de  Meschinot  ont  concentré 
tous  les  maux,  tous  les  outrages  dont  ils  veulent  l'abreuver.  Cette 
allégorie,  qui  dure  plus  d'une  page,  est  tellement  cherchée,  tor- 
due, fatigante,  qu'il  est  inutile  de  la  citer,  on  ne  la  lirait  pas. 
J'j  prendrai  seulement  quelques  traits  qui  montrent  bien  le  genre 
de  persécutions  dont  Meschinot  entend  se  plaindre  et  accuse  ses 
adversaires. 

Il  se  plaint  du  «  courroux  »  de  ses  ennemis,  de  la  fumée  de  leur 
«  ire,  »  de  leurs  «  clameurs  horribles,  »  —  allusion  bien  claire 
aux  injures  des  Boisbrassu.  Ils  veulent,  dit-il,  le  «  tremper  dans 
«  un  ruisseau  de  larmes  coulant  par  la  vallée  de  vergogne  près 
«  de  sa  dolente  demeure,  »  —  allusion  aux  calomnies  semées  contre 
lui  et  contre  son  fils.  Ils  prétendent  le  noyer  sous  une  «  pluie  de 
forcenneries  et  de  controversités,  »  allusion  aux  longueurs  et 
aux  chicanes  du  procès  ;  —  l'écraser  sous  une  meule  mise  en 
branle  par  «  scandale,  ruine  et  confusion.  »  —  «  Et  je  crois 
bien,  »  dit-il  enfin  au  duc,  «  que  finablement  ils  tendent  à  oster 

vision  de  Goujet;  Meschinot  ne  fait  aucune  allusion  au  temps  passé  par  lui 
auprès  des  ducs  de  Bretagne;  il  parle  uniquement  de  son  âge. 
1.  Les  étoffes  sont  les  matières  dont  est  fait  le  harnois  ou  armure. 


^26  JEAN  MESCHINOT 

«  au  Banni  de  liesse  (c'est-à-dire  à  Meschinot)  la  puissance  de 
«  vous  servir  :  ce  que,  mon  souverain  seigneur,  vous  plaise  ne 
«  souffrir,  car  eux  ni  autres  ne  lui  en  sauroient  oster  le  vouloir.  » 

Notre  poète  révèle  ici  ses  craintes  secrètes  et  l'évidente  inten- 
tion de  ses  ennemis,  qui  était,  par  les  clameurs,  la  vergogne, 
le  scandale  du  procès  Boisbrassu,  d'obliger  le  duc  à  expulser 
Meschinot  de  son  service  et  de  sa  maison  militaire. 

Aussi  supplie-t-il  instamment  le  prince  de  ne  point  l'abandonner 
dans  sa  vieillesse,  de  lui  continuer  ses  bienfaits  jusqu'à  la  fin.  Ce 
qu'il  exprime  comme  il  suit,  dans  un  langage  un  peu  apprêté  qui 
n'est  pas  sans  élégance  : 

Or  ainsi  esl-il  qu'une  notable  et  révérante  dame  qu'on  appelle 
Vieillesse,  voyant  la  captivité  en  quoy  Malheur  et  Pouvreté  détiennent 
celui  Banni  de  liesse,  a  proposé  et  désiré  le  délivrer  de  brief  de  leurs 
mains  et  luy  tenir  bonne  et  loyale  compaignie  jusqu'à  la  fin,  moyen- 
nant voslre  bonne  grâce  et  aide  :  car  autrement  elle  n'a  puissance  de 
pourvoir  à  ses  nécessités  ni  le  restituer  en  sa  franchise. 

On  a  généralement  assez  mal  compris  ce  passage.  La  plupart 
des  auteurs  ont  cru  y  voir  la  preuve  que  Meschinot  était  alors 
dans  une  vieillesse  avancée,  fort  avancée  même,  selon  quelques- 
uns.  Or,  il  nous  a  dit  plus  haut  qu'il  avait  un  peu  plus  de  cin- 
quante ans;  il  ajoute  ici,  non  pas  que  Vieillesse  lui  tient  déjà 
compagnie,  mais  qu'elle  se  propose  de  le  faire  de  brief,  c'est-à- 
dire  prochainement,  ce  qui  prouve  qu'elle  ne  le  faisait  pas  encore. 
Et  de  fait,  cinquante  ans,  c'est  plutôt  la  fin  de  l'âge  mûr  que  la 
vieillesse;  tout  au  plus  est-ce  la  vieillesse  en  proche  perspective. 

Puis  le  Banni  de  liesse,  revenant  à  ses  ennemis,  dit  au  duc  : 

Qu'il  vous  plaise,  mon  souverain  seigneur,  commander  à  Honneur, 
procureur  gênerai  de  vos  entreprises,  s'adhérer  avec  ledit  suppliant 
et  conduire  sa  cause  en  manière  que  ses  ennemis  soient  chassés  et 
ne  demeurent  impunis,  ni  lui  en  cette  immense  destruction,  attendu 
que  ces  excès  lui  ont  esté  faits  sous  votre  sauvegarde  et  en  vostre 
service. 

Ici,  en  réahté,  l'allégorie  disparaît  :  Meschinot  demande  net- 
tement au  duc  la  condamnation  des  ennemis  qui  sont  venus  l'at- 
taquer, l'insulter,  le  poursuivre,  sous  l'abri  de  la  protection  spé- 
ciale du  prince  dont  il  était  couvert  ;  nul  doute  qu'il  ne  s'agisse 
des  Boisbrassu.  Si  François  II  n'alla  pas  aussi  loin,  du  moins  il 


SA  VIE    ET    SES   œUVRES.  ^27 

soutint  et  il  releva  Meschinot,  en  imposant  silence  à  ses  adver- 
saires, en  les  forçant  de  le  laisser  en  paix  et  enfin  en  exauçant 
pleinement  la  dernière  demande  du  Banni  de  liesse,  dont  la 
Supplication  se  termine  ainsi  : 

Et  au  sourplus,  qu'il  vous  plaise,  mon  souverain  seigneur,  faire 
et  ordonner  tel  estât  au  Banni  de  liesse  qu'il  puisse,  en  vous  servant, 
le  sourplus  de  ses  briefz  jours  joyeusement  accomplir.  Ce  faisant,  de 
plus  en  plus  s'efforcera  de  loyaument  vous  servir  à  sa  puissance, 
priant  à  jamais  Dieu  qu'il  luy  plaise  vous  donner  honneur,  bonne  vie 
et  longue  durée,  avec  tout  ce  que  vostre  noble  cueur  désire.  Amen. 

Cette  supplication  du  Banni  de  liesse  est  donc  l'un  des  docu- 
ments les  plus  curieux  de  la  biographie  de  Meschinot, 

XL 

Selon  la  plupart  des  auteurs,  notre  poète  serait  mort  dans  un 
âge  fort  avancé,  Colletet  dit  même,  avec  beaucoup  d'assurance  : 

«  J'apprends  de  la  lectut^e  des  œuvres  de  Meschinot  qu'il 
mourut  fort  vieil.  » 

J'ai  lu  toutes  les  œuvres  de  Meschinot,  en  vue  particulièrement 
de  vérifier  cette  assertion  de  Colletet  :  je  n'y  ai  rien  appris  de 
semblable. 

Meschinot  parle  deux  fois  de  sa  vieillesse. 

Il  en  parle,  nous  venons  de  le  voir,  dans  la  Supplication  du 
Banni  de  liesse,  mais  pour  dire  qu'il  n'y  est  pas  encore  arrivé, 
que  toutefois  il  compte  à  ce  moment  (en  1472)  un  peu  plus  de 
cinquante  ans. 

Mais  le  36'^  douzain  des  Lunettes  des  princes  semble  plus 
propre  à  justifier  l'assertion  de  Colletet.  Là,  en  efi"et,  le  poète  se 
plaint  qu'après  avoir,  quand  il  était  jeune  et  ardent,  servi  les 
dames,  tout  ce  qu'il  en  a  rapporté, 

...C'est  vergongne, 
Vieillesse  aussi,  rides,  toux,  boutz  et  rongne. 

Et,  dans  le  84®  douzain,  il  dit  :  «  Car  vieillesse  m'oppresse.  » 
Mais,  la  preuve  qu'on  ne  doit  pas  prendre  cette  expression  à  la 
lettre,  c'est  qu'un  peu  plus  haut  (au  29^  douzain  du  même  poème) 
il  nous  parle  de  sa  jeunesse  comme  encore  subsistante  : 

Je  veille  en  pleurs,  je  dors  en  frénésie, 


^28  JEAN  MESCHINOT 

Il  n'est  chose  qui  ma  douleur  supporte  : 
Pire  est  mon  mal  que  n'est  paralysie  ; 
Ma  jeunesse  est  de  tout  bien  dessaisie. 

Triste  et  misérable  jeunesse  sans  doute,  mais,  comme  âge,  le 
contraire  de  la  vieillesse.  Donc,  tout  ce  qu'il  veut  dire^ans  les 
deux  autres  passages  (36^  et  84'^douzains),  c'est  que,  malgré  son 
âge  peu  avancé,  il  souffre  déjà  les  maux  et  les  infirmités  de  la 
vieillesse. 

Il  est  facile  d'ailleurs  de  savoir  quel  était  son  âge  quand  il  com- 
posa les  Lunettes  des  princes.  Dans  ce  poème,  il  parle  avec 
grand  éloge  et  grande  reconnaissance  des  ducs  de  Bretagne  qu'il 
avait  servis  jusqu'à  ce  moment,  c'est-à-dire  des  ducs  Jean  V, 
François  P%  Pierre  II,  Arthur  III  (mort  le  26  décembre  1458), 
mais  il  s'arrête  là.  De  François  II,  qu'il  servit  ensuite  et  qu'il 
loue  aussi  dans  d'autres  parties  de  ses  œuvres,  pas  un  mot. 
La  cause  de  ce  silence  est  évidente  :  c'est  que  le  poème  a  été 
composé,  tout  au  moins  pour  ce  qui  concerne  la  première  partie, 
après  la  mort  d'.\rthur  III  et  avant  l'entrée  de  Meschinot  au  ser- 
vice de  François  II,  c'est-à-dire  en  1459  ou  1460,  car  les  docu- 
ments historiques  par  nous  ci-dessus  interrogés  ne  nous  montrent 
pas  Meschinot  dans  la  maison  militaire  de  François  II  avant 
1461*. 

Tout  à  l'heure,  en  examinant  la  Supplication  du  Banni  de 
liesse,  nous  avons  vu  que  notre  poète,  en  1472,  devait  avoir  un 
peu  plus  de  cinquante  ans,  ce  qui  porte  sa  naissance  de  1420  à  1422. 
Donc,  en  1459,  il  avait  de  trente-sept  à  trente-neuf  ans,  ce  qui 
est  encore  la  jeunesse,  ce  qui  justifie  le  29'^  douzain,  ce  qui  prouve 
aussi  que  la  vieillesse  dont  il  se  plaint  aux  36°  et  84''  douzains,  ce 
n'est  point  la  vieillesse  des  années,  mais  celle  des  maladies,  des 
infirmités  précoces,  qui  peut  atteindre  tous  les  âges.  Nous  revien- 
drons d'ailleurs  sur  ce  point  quand  nous  parlerons  des  œuvres  de 
Meschinot. 

Bref,  notre  poète,  né  de  1420  à  1422,  trépassé  en  1491,  est 
mort  «  vieil  »  sans  doute,  mais  non  pas  «  fort  vieil,  »  comme  dit 
Colletet,  et  il  fut  loin  d'atteindre  cette  «  extrême  vieillesse  »  que 
lui  donnent  la  plupart  des  auteurs. 

Ajoutons  que,  outre  son  fils  Jean  dont  nous  avons  parlé,  Mes- 
chinot en  avait  au  moins  un  autre,  appelé  Gilles,  que  nous  voyons 

1.  Voir  ci-dessus,  p.  lll. 


SA  VIE   ET   SES   (EUVRES.  ^29 

figurer  comme  sieur  des  Mortiers  dans  divers  actes  de  1509 
à  1517,  —  à  moins  que  ce  Gilles  ne  fut  un  petit-fils*. 

XII. 

Nous  pouvons  maintenant,  ce  semble,  tracer  de  la  figure  de 
Meschinot  une  esquisse  plus  exacte  et  un  peu  mieux  arrêtée  que 
ce  qu'on  nous  a,  à  cet  égard,  donné  jusqu'à  ce  jour. 

Débarrassons-le  d'abord  de  cette  solennelle  casaque  de  maître 
d'hôtel,  à  laquelle  tous  nos  devanciers  (sauf  M.  Trévédy)  l'ont 
condamné  à  perpétuité,  de  sa  naissance  à  sa  mort,  pour  ainsi  dire, 
tandis  qu'il  la  porta  uniquement  les  trois  dernières  années  de  sa 
vie  et  que,  loin  de  constituer  (comme  on  le  prétend)  sa  carrière, 
son  existence,  cette  charge  ne  fut  pour  lui  qu'une  retraite,  un 
pis-aller. 

Sa  carrière,  son  existence,  c'est  la  profession  d'homme  d'armes, 
la  qualité  d'écuyer  du  duc  ou  gentilhomme  de  la  garde  ducale, 
service  qu'il  remplit  pendant  près  d'un  demi-siècle  (1442-1488); 
en  lui,  c'est  l'élément  permanent  et  essentiel.  Le  poète  n'est  qu'in- 
termittent et  accidentel. 

On  se  plaît  à  nous  le  peindre  comblé  des  libéralités  des  ducs  de 
Bretagne  et,  s'il  se  plaint  assez  souvent  de  sa  fortune,  c'est, 
dit-on,  «  morosité  fâcheuse  ou  insatiable  cupidité  2.  » 

Sur  ces  prétendues  largesses  les  documents  historiques  sont 
muets.  Nous  y  voyons  Meschinot,  comme  écuyer  et  ensuite  comme 
gentilhomme  de  la  garde  du  duc,  toucher  la  pension  réglemen- 
taire assignée  à  ce  service  et  recevoir,  au  jour  de  l'an,  des 
étrennes  assez  modestes,  non  à  titre  de  faveur  personnelle,  mais 
comme  un  revenant -bon  de  sa  charge^.  Sa  personne,  grâce  à 

1.  Voir  l'Appendice  de  notre  première  partie,  n°  VI,  ci-dessous,  p.  138-140. 

2.  Levot,  Biographie  bretonne,  t.  II,  p.  467. 

3.  Levot  reproche  à  Meschinot  de  se  contredire  quand  il  se  plaint  de  son  sort, 
tout  en  avouant  les  libéralités  reçues  par  lui  des  ducs  de  Bretagne.  Ceci  n'est 
pas  très  exact;  notre  poète  vante  beaucoup  les  cinq  ducs  qu'il  a  servis,  mais 
sur  leurs  prétendues  largesses  envers  lui  je  n'ai  pu  trouver  qu'un  seul  vers, 
relatif  à  un  seul  de  ces  princes,  le  duc  Pierre  II,  dont  Meschinot  (dans  le 
24^  douzain  des  Lunettes  des  princes)  dit  : 

«  A  le  servir  me  choysit  et  esleut 

Et  de  ses  biens  largement  me  céda.  » 
Mais  Pierre  II  ne  régna  que  sept  ans  (1450-1457);   cette  période  de  libéralités 
ne  fut  pas  longue  et  n'enrichit  probablement  guère  notre  poète,  obligé  à  des 
4895  9 


^30  JEAN   MESCBINOT 

son  esprit  sans  doute,  semble  avoir  été  agréable  aux  ducs  de 
Bretagne,  surtout  à  Pierre  II  et  Arthur  III,  qui  dans  leurs 
voyages  à  la  cour  de  France  l'emmenaient  volontiers  avec  eux*. 
Mais,  pour  s'entretenir  dans  ces  voyages  et  à  la  cour  de  Bre- 
tagne, très  fastueuse  alors,  il  lui  en  coûtait  gros  ;  gros  aussi  pour 
élever  et  entretenir  sa  famille.  Sa  pension  de  gentilhomme  de  la 
garde  et  son  domaine  des  Mortiers  n'y  suffisant  pas,  il  fut  con- 
traint pour  y  subvenir  de  s'attacher  plus  ou  moins  régulière- 
ment, outre  le  service  du  duc,  à  celui  de  la  maison  de  Laval  : 
preuve  que  sa  situation  de  fortune  fut  toujours  étroite.  Ses 
plaintes  n'ont  donc  rien  de  bien  étonnant  ;  si  on  les  trouve  exces- 
sives, il  faut  songer  que  l'hyperbole  fait  partie  intégrante  du  style 
poétique. 

Doit-on  appeler  Meschinot,  comme  on  l'a  souvent  fait,  «  le 
poète  de  la  duchesse  Anne?  »  Il  faut,  je  crois,  y  regarder  à  deux 
fois.  En  le  nommant  son  maître  d'hôtel,  eUe  récompensa  en  lui  un 
dévoué  serviteur  de  son  père  et  de  la  Bretagne.  Mais  cette  prin- 
cesse, née  le  25  janvier  1477,  n'avait  que  quatorze  ans  à  la  mort 
de  Meschinot,  et,  parmi  les  inquiétudes,  les  alarmes  incessantes, 
tous  les  périls  qui  remplirent  son  règne  en  Bretagne  (septembre 
1488  à  décembre  1491),  elle  ne  pouvait  avoir  ni  assez  de  loisir  ni 
assez  de  calme  d'esprit  pour  se  plaire  aux  amusements  littéraires. 

En  revanche,  on  pourrait  à  juste  titre  nommer  Meschinot  «  le 
poète  de  Richemont,  »  car  c'est  le  duc  de  Bretagne  Arthur  III, 
c'est-à-dire  le  connétable  de  Richemont,  ce  terrible  homme  de 
guerre,  l'un  des  plus  rudes  de  l'époque,  qui  le  premier  apprécia  le 
talent  de  notre  poète  et  le  proclama  publiquement  par  les  encou- 
ragements, les  applaudissements  qu'il  lui  donna  à  Tours,  en  face 
de  la  cour  de  France,  en  1457.  Depuis  lors  jusqu'à  sa  mort,  tout 
au  moins  jusqu'en  1487,  Meschinot  continua  de  «  courtiser  la 
Muse;  »  nous  en  donnerons  la  preuve  dans  notre  seconde  partie, 
consacrée  à  l'étude  de  ses  œuvres. 

XIII. 

Ses  poésies  ne  furent  imprimées  que  deux  ans  après  sa  mort  ; 
la  première  édition  fut  donnée  à  Nantes,  en  1493,  par  l'impri- 

dépenses  relativement  considérables  par  les  voyages  à  la  cour  de  France,  dans 
lesquels  ce  même  duc  l'emmenait  avec  lui. 
1.  Voir  ci-dessus,  p.  107  et  108. 


SA  VIE   ET   SES   OEUVRES.  ^3^ 

raeur  Etienne  Larcher,  qui  en  publia  une  seconde  l'année  sui- 
vante. Brunet,  dans  la  dernière  édition  du  Manuel  du  libraire, 
décrit  vingt-deux  éditions  de  Meschinot,  sans  parler  de  cette 
seconde,  qu'il  n'a  pas  connue,  ni  de  quelques  autres  encore,  qui 
doivent  bien  porter  à  trente  le  nombre  total.  Celle  de  1539,  pro- 
bablement, n'est  pas  la  dernière  ;  car,  comme  je  l'ai  dit  et  comme 
nous  allons  le  voir  tout  à  l'heure,  notre  poète  conserva  sa  gloire 
jusqu'à  Malherbe. 

Voici  d'abord  —  sans  parler  de  Clément  Marot  qu'on  doit 
placer  en  tête,  —voici,  d'après  le  vieux  Colletet,  une  liste  de  dix 
auteurs  du  xvf  siècle  qui  tous  chantent  les  louanges  de  Meschi- 
not. Ce  sont  : 

«  Pierre  Fabry,  curé  de  Méray,  qui,  dans  le  deuxième  livre  de 
son  Grand  art  de  plaine  rhétorique,  rapporte  plusieurs  vers 
extraits  tant  de  ballades  que  lais  et  virelais  de  Meschinot  et  les 
propose  comme  autant  d'exemples  et  règles  infaillibles  de  véri- 
table poésie. 

«  Pierre  du  Val,  dans  son  Pmj  du  souverain  amour,  le  met 
au  nombre  des  bons  poètes  que  la  Renommée  va  trouver  et  entre- 
tenir dans  les  Champs-Elysées. 

«  Geoffroy  Thory,  de  Bourges,  dans  son  Champ  fleur  y,  par- 
lant des  meilleures  productions  de  notre  langue,  dit  que  les  Lu- 
nettes des  princes  sont  bonnes  pour  le  doux  langage  qui  y  est 
contenu.  [Geofroi  Tory,  imprimeur,  dessinateur  et  graveur 
renommé,  né  en  1480,  mort  en  1536.] 

«  Etienne  Pasquier,  dans  ses  Recherches  de  la  France,  le 
met  au  rang  de  ces  hommes  renommés  par  leurs  œuvres  qui  pré- 
cédèrent l'avènement  du  roi  François  P^  [Pasquier,  né  à  Paris 
en  1529,  mort  en  1615.] 

«  Georges  Draude  et  Philibert  Mareschal  ne  l'ont  pas  oubhé 
dans  leur  Catalogue  des  auteurs  françois.  [G.  Draud,  biblio- 
graphe et  ministre  protestant,  né  à  Dauernheim  (Hesse)  en  1573, 
mort  en  1634.] 

«  Guillaume  Crétin  le  met  encore  au  nombre  des  bons  esprits 
qu'il  sollicite  d'honorer  la  mémoire  d'Oliergon,  trésorier  de  Saint- 
Martin  de  Tours  : 

Simon  Greban,  qui  fustes  du  mestier, 
Que  n'avez-vous  laissé  pour  héritier 
Un  Meschinot,  un  Milet,  un  Nesson  ? 

[Guill.  Crestin,  né  à  Paris  en  ...,  mort  en  1525.] 


^32  JEAN   MESCHINOT 

«  Ce  qui  depuis  fut  imité  par  Thamot,  avocat  du  Mans,  dans 
une  de  ses  «  épistres  en  ryme,  »  comme  je  l'ai  observé  dans  la 
Vie  de  Pierre  Nesson. 

«  Charles  Fontaine,  dans  son  Quintil  censeur,  faisant  l'apo- 
logie des  vieux  poètes  que  Joachim  du  Bellay  avait  blâmés,  porte 
bien  haut  la  gloire  de  Meschinot  et  des  autres,  disant'  «  qu'ils 
«  n'avoient  pas  moins  bien  écrit  ni  dit  de  moindres  choses  que 
«  les  nouveaux,  »  et  en  un  endroit  il  dit  que  Meschinot,  Molinet, 
Crétin  et  Marot  sont  «  des  personnages  tels  que  tout  le  monde  les 
«  congnoist.  »  [Charles  Fontaine,  élève  et  ami  de  Marot,  né  à 
Paris  en  1515,  mort  en  1589.] 

«  Et,  depuis  peu,  Pierre  de  Saint-Romuald,  dans  les  additions 
de  son  Tlu^esor  chronologique  ci  historique ,  dit  que  Jean 
Meschinot,  gentilhomme  breton,  «  prenoit  pour  sa  devise  Banny 
«  de  liesse  ^ .  » 

Goujet  ajoute  à  cette  liste  deux  noms  :  Jean  Bouchet  (né  à 
Poitiers  en  1476,  mort  en  1555)  et  Pierre  Grognet  (né  à  Touci 
près  Auxerre,  mort  vers  1540)  : 

«  Jean  Bouchet,  dit-il,  qui  estimoit  les  Lunettes  des  princes, 
«  en  parle  ainsi  dans  son  Temple  de  bonne  Renommée, 
«  fol.  62  : 

Si  vous  lisez  des  Princes  les  Lunettes, 

Vous  n'y  verrez  que  matières  très  nettes 

Pour  acquérir  les  vertus  cardinales, 

Semblablement  les  trois  théologales. 

«  Pierre  Grognet  n'en  parle  pas  moins  avantageusement  dans 
«  la  Notice  des  poètes  de  son  temps^.  » 

La  Croix  du  Maine  (né  au  Mans  en  1542,  mort  en  1592)  et 
Du  Verdier  (né  à  Montbrison  en  1544,  mort  en  1600)  le  men- 
tionnent honorablement  dans  leurs  Bibliothèques  françoises. 

Enfin,  dans  ses  Contes  d'Eutrapel,  publiés  en  1585,  Noël 
du  Fail,  grand  amateur  de  vieilles  lettres  et  de  vieux  proverbes, 
en  cite  plusieurs  tirés  de  Meschinot  : 

«  Mais,  comme  disoit  Meschinot,  poète  breton,  a2)rès  le 
«  beau  temps  vient  la  pluie,  après  la  pluie  vient  le  beau 
«  temps.  Je  m'attends,  d'ici  à  cent  ans,  être  aussi  riche  que 
«  le  roi.  » 

1.  Extrait  de  la  Vie  de  Jean  Meschinot  par  Colletct,  publiée  par  M.  Olivier 
de  Gourcufl"  (Vannes,  Lafolye,  1890),  p.  13-14. 

2.  Goujet,  Bibl.  française,  t.  IX,  p.  141. 


SA  VIE   ET   SES   OEUVRES.  433 

Et  ailleurs  :  «  Je  m'allongeois,  rechignois,  frappois  la  terre 
«  du  pied,  dansant,  escrimant  et  disant  comme  Meschinot,  ancien 
«  poète  nantois  : 

«  Il  n'est  nulles  laides  amours, 
Pour  un  plaisir  mille  douleurs  ^  » 

Donc,  jusqu'à  la  fin  du  xvf  siècle,  la  renommée  de  Meschinot  se 
soutint  et  demeura  populaire.  Nous  allons  rechercher  maintenant 
si  ses  œuvres  pouvaient  mériter  ou  tout  au  moins  expliquer  ce 
succès. 

Arthur  de  la  Borderie, 

Membre  de  l'Institut. 


APPENDICE. 

I. 

At'eu  de  la  terre  des  Mortiers  rendu  au  sire  de  Clisson 
par  Guillaume  Meschinot  ^. 

(1454,  n.  st.,  6  mars.) 

De  vous,  mon  très  redouté  et  puissant  seigneur  Mons'  le  conte 
d'Estampes,  de  Gliçon  et  de  l'Espine  Gandin,  je  Guillaume  Meschi- 
not congnoès  et  confesse  estre  vostre  homme  et  de  vous  tenir  noble- 
ment, à  foy  et  à  rachat  et  à  devoir  de  chambelenage  quant  le  cas  y 
advient,  les  choses  qui  ensuivent,  à  cause  de  vostre  seignorie  et 
chastellenie  de  Gliçon  : 

\ .  C'est  assavoir,  mon  hostel ,  manoir  et  herbregement  des  Mor- 
tiers Guibort,  ô  ses  appartenances,  tant  mesons,  courtils,  vignes, 
prez,  bois,  garanne,  mestairie,  sausais,  pastures,  clostures,  terres 
arables  et  non  arables  :  sisses  celles  choses  en  la  parroesse  de  Mon- 
nières,  entre  les  terres,  bois  et  demaine  de  la  Gormeraye,  ung  russeau 

1.  Noël  du  Fail,  Contes  et  discours  d'Eutrapel,  ch.  xvii  et  xxviii,  édit.  de 
1585,  fol.  89  et  156  v°. 

2.  Arch.  de  la  Loire-Inférieure,  Titres  du  château  de  Nantes,  G.  C.  16,  ancien 
inventaire;  aujourd'hui  liasse  cotée  E 217.  Communiqué  par  M.  René  Blanchard, 
Voir  ci-dessus,  p.  104  et  114. 


^34  JEAN   MESCHINOT 

entre  deux  venant  des  tieulières  de  Coursay  au  pas  Brenart,  d'un 
cousté,  et  d'aultre,  les  terres  et  sanssives  que  tiennent  Nicollas  Huet 
et  ses  consors,  rendant  des  Mortiers  Micheau  Macé  et  ses  consors  aux 
terres  de  Coursay,  devers  les  landes  de  Mayden\  et  d'un  bout  es 
bois  et  pastiz  dudit  Micheau  Macé  et  sesd.  consors.  Sur  lesquelles 
choses  je  vous  doy,  par  chascun  an,  de  rente,  dix  neufî  solz  trois 
deniers,  savoir,  au  terme  de  My  aoust  seze  s.  trois  d.,  et  à  la  Chan- 
deleur troys  s. 

2.  Item,  sur  l'obligacion  desd.  choses  est  deu,  chascun  an,  de 
rente,  à  Guillaume  de  Saint  Gille,  à  cause  de  la  court  siise  en  la  par- 
roesse  de  la  Haye,  huit  livres  mon.  es  termes  de  Nostre  Dame  de 
mars  et  de  Nostre  Dame  de  septembre,  par  moitié. 

3.  Item,  à  Picorit,  chascun  an,  de  rente  soixante  et  quinze  solz  es 
termes  de  Noël  et  de  Méaoust,  par  moitié. 

4.  Item,  tiens  de  vous,  et  que  me  devent  chascun  an,  de  rente,  les 
personnes  qui  enssuivent,  c'est  assavoir  :  Jehan  Pineau,  sur  la  terre 
et  tenement  du  Chesne,  en  la  paroesse  de  Saint  YUaire  du  Bois,  que 
il  tient  de  moy,  à  huyt  sextiers  de  seille,  mesure  de  Cliçon,  au  terme 
de  la  Méaoust,  et  vint  et  cinq  solz,  quatre  chappons;  savoir,  à  la 
Méaoust  quinze  s.  et  à  Noël  dix  s.,  et  lesd.  quatre  chappons  à  la 
Toussaint. 

5.  Item,  que  me  devent  Perrin  et  Prançoys  les  Doillars,  sur  leur 
tenue  de  Beauleu  en  lad.  parroesse  de  Saint  YUaire,  quarante  et  cinq 
solz,  six  chappons  et  quatre  oaes,  savoir,  à  la  Toussaint  trante  s. 
quatre  oaes,  et  à  Noël  quinze  s.,  seix  chappons. 

6.  Item,  que  me  devent  [sic]  chascun  an  de  rente  Perin  Garnier 
sur  la  Grossière,  que  souloit  autresfoiz  tenir  ung  nommé  Borma- 
leau,  en  la  paroesse  de  Saint  Lumine,  au  terme  de  Méaoust,  ung 
sextier  seille,  une  myne  d'avoyne  grosse,  dicte  mesure,  et  douze 
deniers. 

7.  Item,  que  me  doit  chascun  an  de  rente  Jehan  Baudy,  sur  son 
tenement  de  la  Noë,  en  la  paroesse  de  Saint  Lumine,  au  terme  de 
Pasques,  et  que  souloit  tenir  Macé  Villaine...^. 

8.  Item,  que  me  devent  chascun  an  de  rente  Jehan  Boulin  et  Jehan 
Pertus,  sur  une  petite  sansive  sisse  à  la  Goubretière,  près  l'oslel  dud. 

1.  Sic.  Maydon,  aujourd'hui  Maidon  ou  Maisdon,  commune  du  canton  d'Aigre- 
feuille,  arrondissement  de  Nantes,  Loire-Inférieure.  Sur  les  noms  de  lieux  que 
contient  celle  pièce,  voir  ci-dessus,  p.  lli-116. 

2.  Sic.  L'objet  de  la  rente  n'est  point  exprimé,  peut-être  parce  qu'elle  n'était 
plus  payée. 


SA  VIE  ET   SES   OEUVRES.  ^35 

Boutin,  en  la  paroesse  de  Gorges,  au  terme  de  Toussains,  cinq  solz, 
ung  chappon. 

Et  plus  n'en  tien,  et  en  doy  à  mond.  seign""  obéissance  comme 
homme  doit  à  son  seigneur.  Tesmoing  mon  propre  seau  et  signe 
manuel,  le  seixiesme  jour  de  mars,  l'an  mil  GCGG  cinquante. 
{Signé]  G.  Meschinot,  voir  est  (avec  paraphe). 
(Original  jadis  scellé  en  cire  rouge  sur  simple  queue.) 

IL 

Passages  de  Jean  Meschinot  à  Marcillé  en  compagnie  du  comte 
de  Laval \ 

(^470,  28  juin,  à  Utli,  4  octobre.) 

—  Jeudi  28  juin  -1470.  Mons'^  disner  à  Marcillé,  venant  de  Redon 
vers  le  duc  : 

A  dom  Ernaud...  disnée  de  il)  ehevaulx  à  Meschinot...^. 

—  Jeudi  27  sept.  -1470.  Mons^,  Madame,  M'  de  Montfort,  Pierre 
Mons''  et  M""  de  Montaffîlant^  à  Marcillé  disner,  et  giste  à  Vitré  : 

A  dom  Eon  Ernault,  soupée  et  disnée  de  ij  ehevaulx  à  Meschinot 
et  ij  sourcrois,  iij  s.  x  d.^. 

—  Vendredi  '14"  jour  de  juign  l'an  ^47^,  partit  Monseigneur  du 
chasteau  de  Vitré,  allant  à  Nantes  aux  nopces  du  duc,  et  giste  ce  soir 
à  Marcillé  : 

A  l'oste,  souppée  et  disnée  du  landemain  de  xxx  ehevaulx,  savoir, 
Mons'  ij,  le  chariot  vj,  Renoul,  Branchu,  Roncin,  Olivier  Perler  iiij, 
maistre  Guillaume  de  la  Valée  ij,  Sevigné  iiij,  Du  Breil  et  Meschinot 
des  Mortiers  iiij,  Acigné  iiij,  Ghristofle  de  Beaufort,  Ponthalouart 
iiij,  L  s. 

A  Jehan  Ghotart,  ij  ehevaulx  à  Meschinot^  iij  s. 

A  Guillaume  Alair,  qui  ala  à  Nantes  quérir  ung  cheval  de  loaige 
audit  Goucet,  baillé  audit  Meschinot  des  Mortiers  du  commandement 
de  Mons%  xx  d.;  pour  loaige  dud.  cheval,  v  s.  —  Somme,  vj  s.  vrii  d. 

1.  Voir  ci-dessus,  p.  118,  119. 

2.  Mons'  ou  Monseigneur,  c'est  le  comte  de  Laval,  baron  de  Vitré. 

3.  Collection  A.  de  la  Borderie,  Garants  du  compte  de  Mathurin  Bauvergne, 
châtelain  de  Marcillé  en  1470-1471,  no  5,  art.  14. 

4.  Mons',  Madame,  c'est  le  comte  et  la  comtesse  de  Laval  (Françoise  de 
Dinan)  ;  les  trois  autres  sont  leurs  enfants. 

5.  Garants  de  Mathurin  Dauvergne,  n"  11,  art.  40. 


^36  JEAN  MESCHINOT 

A  Olivier  Goucet,  pour  avoir  logé  Meschinot,  s'  des  Mortiers,  et 
Du  Breil,  xx  d.'. 

—  Mercredi  2  octobre  ^47^.  Mons^  Madame,  M'  de  Montaffilant  et 
François  Mons'  partirent  de  Ghasteaubrient  alans  à  Vitré  et  vindrent 
au  giste  au  Tail  ^  : 

A  Pierre  Morel,  soupée  de  ij  (chevaulx)  à  Meschinot,  ij  s.  vj  d. 

—  Jeudi  3  octobre  U7^,  les  mêmes  au  Taill,  pour  tout  le  jour  à 
la  Rigaudière  et  le  tinel  au  Taill  : 

A  Pierre  Morel,  disnée  et  soupée  de  ij  (chevaulx)  à  Meschinot  y 
iij  s.  iiij  d. 

—  Vendredi  4  octobre  4474,  les  mêmes  venans  du  Teill  ce  jour 
disner  à  Bays,  et  giste  à  Vitré  : 

Aux  hostes,  disnée  de  Ixvj  chevaulx,  savoir  :  Mons'iij,  Madame  v, 
le  queurre  v,  M'  de  Montafillant  iij^  François  Mons""  i,  i**  haquenée  à 
Pierre  Mons^..,  Meschinot  ij,  etc.  —  Ensemble,  xxxvj  s.  iiij  d.^. 

m. 

Mission  de  Jean  Meschinot  à  Marcillé  ^. 

{U74 ,  n.  st. ,  30  janvier  et  5  février.) 

Le  conte  de  Laval,  etc.  Mathelin  Dauvergne,  nostre  chastelain  de 

Marcillé  :  nous  envoions  par  delà  Jehan  Meschinot  pour  aucunes 

choses.  Si  vous  mandons  poier  et  acquiter  son  deffroy  durant  qu'il  y 

sera.  Et  par  sa  relacion  sa  mise  vous  vauldra  garent,  et  vous  sera 

alouée  à  voz  comptes.  Donné  à  Vitré,  le  penultime  jour  de  janvier, 

l'an  mil  1111=  soixante  dix. 

{Signé)  GuT  de  Laval. 

[Et  plus  bas]  Y.  Rogier. 

[Au  dos^  ;]  Je  Jehan  Meschinot  suys  confessant  avoir  esté  seix 
jours  aud.  lieu  de  Marcillé,  et  a  poiéMathurin  Dauvergne,  chastelain 
dud.  lieu,  pour  mon  deffroy  et  de  mes  chevalx,  pour  lesd.  seix  jours, 

1.  Garants  de  Mathur'm  Dauvergne,  n»  40,  art.  6,  8,  13  et  14. 

2.  Aujourd'hui  le  Teil,  commune  du  canton  de  Retiers,  arrondissement  de 
Vitré,  lUe-et-Vilaine.  Le  Teil  n'est  pas  loin  de  Marcillé.  Bais,  où  le  comte  de 
Laval  dîna  le  lendemain,  est  aujourd'hui  commune  du  canton  de  la  Guerche, 
arrondissement  de  Vitré. 

3.  Garants  de  Maihurin  Dauvergne,  n°  45,  art.  13,  26,  48. 

4.  Garants  de  Mathurin  Dauvergne,  n°  23.  Voir  ci-dessus,  p.  121. 

5.  Autographe  de  Meschinot. 


SA  VIE   ET   SES   ŒUVRES.  437 

la  somme  de  cinquante  et  quatre  soubz  v  d.  mon.  Et  ge  ce  certiffîe  estre 
vroy,  tesmoin  ceste  relacion  signée  de  mon  signe  manuel.  Ge  fut  le 
cinquiesme  jour  de  febvrier,  l'an  mil  IIIIc  saexante  et  diz. 

(Signé)  Jhn  Meschinot. 
(Original,  papier.) 

IV. 

Autre  mission  du  même  au  7nême  lieu\ 

(U74,  n.  st.,  14  et  28  mars.) 

Le  conte  de  Laval,  etc.  Mathurin  Dauvergne,  nostre  chastellain  de 
Marcillé,  nous  envoyons  Jehan  Meschinot  par  delà  pour  auchunes 
choses  que  avons  à  besongner.  Pour  ce  vous  mandons  le  defTroyer 
durant  qu'il  sera  par  delà.  Et  par  sa  relacion  il  vous  sera  aloué  à 
vostre  prochain  conte.  Dieu  soit  garde  de  vous.  Escript  à  Vitré,  ce 
xi«  jour  [de]  mars,  l'an  mill  lUIc  LXX. 

[Signé]  Gui  de  Laval. 

[Au  dos^  .']  Jehan  Michinot  (sic)  confesse  avoir  despencé  chiers 
Guillaume  Goucel,  à  ce  lieu  de  Marcillé,  par  vertu  du  mandement  de 
l'aultre  part  contenu,  tant  pour  despence  de  bouche  que  de  chevaulx, 
la  somme  de  seix  libvres  sept  sols  seix  deniers,  quelle  despence  ay 
faicte  dempuix  le  onziesme  jour  de  mars,  l'an  mil  IIIIc  saexante  et 
dix,  jusques  au  vignt  et  ouytiesme  jour  dudit  moys,  tesmoin  ceste 
relacion  signée  de  mon  signe,  led.  vignt  et  ouytiesme  jour  dud.  moys, 
l'an  mil  IIIlc  LXX. 

[Signé]  Jhn  Meschinot. 
(Original,  papier.) 
V. 

Lettres  de  François  II,  duc  de  Bretagne^  éteignant,  sur  Vaccord  des 
parties,  une  poursuite  pour  injures  verbales  intentée  par  Meschi- 
not père  et  fils  contre  Jean  et  Pierre  du  Boisbrassu^. 

(U73,  n.  st.,  9  février.) 

François,  par  la  grâce  de  Dieu  duc  de  Bretaigne,  conte  de  Mont- 

1.  Garants  de  Mathurin  Dauvergne,  n°  24.  Voir  ci-dessus,  p.  121. 

2.  Autographe  de  Meschinot. 

3.  Arch.  de  la  Loire-Inférieure,  liasse  E  667,  Titres  de  familles,  au  mot  Bois- 
brassu.  Communiqué  par  M.  René  Blanchard.  Voir  ci-dessus,  p.  122-123. 


^38  JEAN  MESCHINOT 

fort,  de  Richemont,  d'Estampes  et  de  Vertuz,  savoir  faisons  que,  au 
jour  d'uy,  davant  nous  et  nostre  Conseil  se  sont  comparuz  nostre 
bien  amé  et  féal  escuier  Jehan  Meschinot,  seigneur  des  Mortiers,  en 
son  nom  et  comme  procureur  gênerai  (comme  apparut  par  lettres)  de 
Jehan  iMeschinot  son  filz,  d'une  partie,  et  maistre  Pierre  du  Boais- 
brassu,  ou  nom  et  comme  gênerai  procureur,  du  jour  d'uy  prouvé 
par  lettres,  de  nostre  bien  amé  et  féal  escuier  Jehan  du  Boaisbrassu 
son  père,  d'autre  part.  Quelles  parties  et  chascune,  et  èsd.  noms,  ont 
cognu  avoir  ahuy  davant  nous  et  nostred.  Conseil  ajournement,  à 
l'enortacion  desd.  Mechinotz.  Ce  cognu,  ilz  ont  voulu  et  consenti 
d'icelui  ajournement  se  aller  délivrer  davant  nostre  bien  amé  et  féal 
conseillier  maistre  Olivier  du  Breil,  nostre  seneschal  de  Ploërmel, 
durant  les  plez  generaulx  dud.  lieu,  et  de  leur  consentement  avons 
commis  et  commectons  nostred.  conseillier  pour  cognoestre  et  desi- 
der  [sic]  led.  ajournement  ainsi  que  de  raison  appartendra,  et  à  touz 
autres  juges  en  avons  interdicte  et  interdissons  toute  cognoessance  et 
décision.  Et  dempuix,  pour  ce  que  a  esté  cognu  dud.  Meschinot,  sgr 
des  Mortiers,  et  dud.  raestre  Pierre  du  Boaisbrassu,  oud.  nom,  que 
enlr'eulx,  davant  nous  et  nostred.  Conseill,  y  avoit  eu  cieins  croiez 
ou  débat  de  certaines  injures  verballes,  qui  estoint  uncores  indiscus, 
et  en  partie  desqueulx  cieins  y  avoit  eu  serment  appointé  sur  les 
relicques  Mons''  saint  Hervé  et  autres  relicques  estantes  en  l'église  de 
Nantes,  et  commissaires  baillez  pour  le  voir  faire  et  esclardiz,  et  en 
autres  cieins  y  avoint  lesd.  parties  poursceu  et  tesmoigns  présentez 
et  jurez.  Ce  cognu,  icelles  parties  et  chascune,  et  oud.  nom,  se  sont 
departiz  desd.  cieins,  et  ont  remis  et  pardonné  l'une  à  Taulre  lesd. 
injures  et  s'entre  sont  quicté  à  causes  d'icelles  injures,  et  par  tant 
les  en  avons  jugé  et  quicté.  Donné  en  nostre  ville  de  Nantes,  le  neuf- 
fiesme  jour  de  février,  l'an  mil  IIII<:  soixante  doze. 
Par  le  duc,  à  la  relacion  de  son  Conseill. 

{Signé)  Lelaceurs. 
(Expédition  originale  sur  parchemin  n'ayant  pas  été  scellée.) 

VI. 

Extraits  d'actes  concernant  Gilles  Meschinot, 
seigneur  des  Mortiers. 

Un  fait  encore  qui  s'oppose  à  ce  que,  dans  l'épitaphe  de  Jean 
Meschinot  (ci-dessus,  p.  102),  on  interprète  la  date  de  la  mort 


i 


SA  VIE   ET   SES   (KDVEES.  -139 

par  le  12  septembre  1509  et  qui  oblige  dès  lors  à  y  voir  le  12  sep- 
tembre 1491,  c'est  qu'un  acte  du  4  mars  1509  mentionne  l'exis- 
tence à  cette  date  d'un  «  seigneur  des  Mortiers  »  qui  n'est  plus 
notre  poète  et  s'appelle  Gilles  Meschinot. 

Ce  Gilles  était  probablement  un  frère  du  Jean  Meschinot,  fils 
de  notre  poète,  qui  s'était  pris  d'  «  injures  verbales,  »  en  1473, 
avec  Du  Boisbrassu  (ci-dessus,  p.  122)  ;  il  pouvait  aussi,  à  la 
rigueur,  être  un  fils  de  ce  Jean. 

Ce  Gilles  est  mentionné  dans  plusieurs  actes  de  1509  à  1517, 
dont  nous  allons  donner  des  extraits,  et  il  est,  par  conséquent,  le 
«  Meschinot,  seigneur  des  Mortiers,  »  qui,  avec  beaucoup 
d'autres  ofiîciers  de  la  maison  de  la  reine-duchesse  Anne  de  Bre- 
tagne, fit  cortège,  le  19  mars  1514,  autour  du  cœur  de  cette  prin- 
cesse, quand  on  alla  le  déposer  sous  une  chapelle  ardente  dans 
l'éghse  des  Pères  Carmes  de  Nantes*. 

Voici,  par  extrait,  les  actes  à  notre  connaissance  où  il  est  ques- 
tion de  ce  personnage^  : 

1509  (n.  st.),  4  mars.  —  Par  nostre  court  de  Nantes,  en  droit  a 
esté  présent  devant  nous  messire  Gilles  Meschinot,  escmjer,  seigtieur 
des  Mortiers  et  l'Abbaye,  lequel  confessa  avoir  vendu  à  Jehan  Labart, 
marchant,  demourant  en  ceste  ville  de  Nantes  près  les  Changes..., 
c  soulz  de  rente,  que  led.  s'  des  Mortiers  dit  que  luy  doyt  par  chas- 
cun  an  Artur  Légat  sur  la  maison  en  laquelle  il  est  à  présent  demeu- 
rant..., syse  en  la  paroesse  Saincte  Groez,  rue  de  la  Barderie...  Lad. 
vente  faicte  pour  c  livres  monnoie  de  Bretaigne,  de  laquelle  somme 
s'est  led.  Meschinot  tenu  bien  poyé.  Fait  en  ceste  ville  de  Nantes,  le 
quart  jour  de  mars  mille  cinq  cent  ouict.  (Archives  de  la  Loire-Infé- 
rieure, série  H,  liasse  ^38.) 

45^0  (n.  st.),'l4janvier.  —  En  nostre  cour  de  Nantes,  Artur  Légat, 
notaire  de  nostredicte  court...  a  esté  cognoessant  que  il  doyt  à  Jehan 
Labart,  marchant,  cause  ayant  de  messire  Gilles  Meschinot,  cheva- 
lier, seig""  des  Mortiers,  à  ce  présent  et  acceptant...  c  soulz  de  rente 
sur  sa  maison  rue  de  la  Barderie  etc..  Gréé  en  ceste  ville  de  Nantes, 
ou  jardin  du  prieuré  de  Saincte  Groez,  le  xiiii*  jour  de  janvier  mil 
cinq  cent  neuff.  (Archives  de  la  Loire-Inférieure,  H  -138.) 

1.  Lobineau,  Hist.  de  Bretagne,  I,  p.  837. 

2.  Tous  ces  actes  nous  ont  été  communiqués  avec  grande  obligeance  par 
M.  Artliur  de  Lisle  du  Dreneuc.  Voir  ci-dessus,  p.  128-129. 


-140  JEAN   MESCHINOT,    SA   VIE   ET   SES  ŒUVRES. 

45i5  (n.  st.),  ^0  janvier.  —  Sachent  touz  que  par  nostre  court  de 
Nantes  en  droit  ont  esté  presens  nobles  gens  messire  Gilles  Meschi- 
not,  chevalier^  seig^  du  Mortier  Gnybourg,  Françoys  Golieau,  s''  de 
Saint  Aignen,  et  chascun...  et  par  ces  présentes  confessent  avoir 
vendu...  à  raaistre  Mathurin  Perthuys,  prebstre,  le  nombre  de 
XX  livres  monnoye  par  chascun  an,  sur  Tipothecque  de  tous  et  chas- 
cun les  biens  meubles  et  heritaiges  desd.  vendeurs.  Faict  et  passé  le 
x«  janvier  mil  cinq  cent  quatorze.  (Archives  de  la  Loire-Inférieure, 
G  458.) 

•1547  (n.  st.),  34  janvier.  —  Dernier  jour  dud.  mois  fut  baptizé 
Bertran,  filz  de  Georges  Dupas  et  Jehanne,  sa  femme;  parains  Ber- 
tran  de  Tours  et  Gilles  Meschinot,  chevalier,  seig^  des  Mortiers; 
marraine  Jciianne  Giron,  femme  de  maistre  Franczois  Gabart. 
(Archives  municipales  de  Nantes,  registres  paroissiaux  de  Sainte- 
Croix.) 

(A  suivre.) 


DATE  DE  LA  MORT 


DE 


NICOLAS  DE  LIRE 


Tous  les  érudits  qui  s'occupent  du  moyen  âge  connaissent  le 
célèbre  théologien  appelé  Nicolas  de  Lire,  l'auteur  des  Postillœ 
perpetuœ  in  universa  Biblia,  dont  les  œuvres  furent  impri- 
mées tant  de  fois  à  la  fin  du  xv^  et  au  commencement  du  xvf  siècle. 
Si  on  ne  connaît  pas  exactement  la  date  de  sa  naissance,  on 
croyait  au  moins  être  sûr  de  la  date  de  sa  mort  et  du  lieu  qui  lui 
donna  le  jour,  puisque,  disait-on,  une  épitaphe  en  vers,  faite  par 
ses  contemporains  et  gravée  en  lettres  d'or  sur  une  table  de 
marbre  placée  dans  le  couvent  des  Grands-Cordeliers  de  Paris, 
où  il  était  mort,  fournissait  à  ce  sujet  tous  les  renseignements 
désirables.  Une  autre  épitaphe,  mais  celle-ci  faite  seulement 
en  1631  par  frère  Doles,  gardien  du  couvent,  reproduisait  égale- 
ment la  date  donnée  par  la  première,  c'est-à-dire  le  23  octobre 
1340.  On  peut  consulter  à  ce  sujet  :  Wadding,  Annales  mino- 
rum,  t.  III,  p.  468  et  469;  le  même,  Scriptores  Ordinis  mi- 
norum,  p.  265  à  267;  Du  Boulay,  Histoire  de  V  Université  de 
Paris,  t.  IV,  p.  976,  et  Piganiol  de  la  Force,  Description  his- 
torique de  la  ville  de  Paris,  éd.  de  1765,  t.  YII,  p.  38  à  42  ; 
ces  auteurs  rapportent  l'une  ou  l'autre  de  ces  inscriptions,  ou 
même  toutes  les  deux,  et  s'appuient  sur  elles  pour  fixer  la  date 
de  la  mort  de  Nicolas  de  Lire  et  son  lieu  d'origine.  Lire  près 
d'Evreux  en  Normandie. 

Quelques  rares  auteurs,  comme  dom  Félibien,  dans  son  His- 
toire de  la  ville  de  Paris  (t.  I,  p.  286),  et  un  certain  Rodul- 
phus  Willotus,  cité  par  Wadding  {Annales  ^ninorum,  t.  III, 
p.  469),  s'appuyant  sur  je  ne  sais  quel  document  (car  dom  Féli- 
bien ne  donne  pas  de  référence),  assignaient  l'année  1349  comme 


-142  DATE   DE   LA   MORT 

date  de  la  mort  de  ce  personnage.  Leur  opinion,  rejetée  par  les 
écrivains  que  j'ai  cités,  semble  avoir  été  tout  à  fait  abandonnée 
depuis.  En  efiet,  les  Biographies  Michaud  et  Didot,  dans  l'article 
qu'elles  lui  consacrent,  l'abbé  Ulysse  Chevalier,  dans  sa  Bio- 
hihlio graphie,  M.  Hauréau,  dont  la  science  fait  autorité  en  ces 
matières,  dans  ses  Notices  et  extraits  de  quelques  maiiuscrits 
latins  de  la  Bibliothèque  nationale  {i.  III,  p.  4),  répètent  que 
Nicolas  de  Lire  est  mort  en  1340.  Et  cependant,  malgré  les  épi- 
taphes  qui  semblent  être  des  témoins  irrécusables  (au  moins  la 
première),  cette  date  est  fausse,  et  c'est  la  seconde,  celle  de  1349, 
qui  paraît  bien  être  la  vraie.  La  preuve  m'en  est  fournie  par  une 
mention  des  Journaux  du  Trésor  à  la  date  du  20  juillet  1349, 
et  qui  porte  dans  l'édition  que  je  prépare  le  n°  2031 .  La  voici  en 
entier  : 

Galterus  de  Cantulupi,  provisor  garnisionum  vinorum  Régis,  pro 
denariis  per  ejus  litteram  recognitoriam  dalam  vi^  hujus  mensis 
receptis,  pro  emendo  unam  caudam  vini  Belnensis,  donandam  fratri 
Nicholao  de  Lyra,  ordinis  Fratrum  Minorura,  magislro  in  theologia, 
de  preceplo  domine  Reghie,  24  1.  4  s.  p.,  compt.  per  fratrem  Galte- 
rum  de  PaviUionibus  ut  supra,  super  dictum  Gallerum  in  partibus  suis. 

Je  crois  qu'après  cela  il  ne  peut  subsister  aucun  doute,  car  ce 
Nicolas  de  Lire,  de  l'ordre  des  Frères  Mineurs  et  maître  en  théo- 
logie, ne  saurait  être  que  le  célèbre  auteur  des  Postilles.  Il  ne 
mourut  donc  qu'après  le  6  juillet  1349,  puisqu'à  cette  date  il 
reçoit  un  tonneau  de  vin  de  la  reine,  et  même  après  le  20  de  ce 
mois,  puisque  alors  on  ne  le  signale  pas  comme  défunt.  Il  est  donc 
bien  probable  que  l'année  1349,  donnée  par  dora  Félibien,  est 
celle  de  sa  mort. 

Mais,  après  cette  constatation,  surgissent  de  nouvelles  diffi- 
cultés. Pendant  longtemps,  différents  pays  se  disputèrent  l'hon- 
neur d'avoir  donné  le  jour  à  ce  théologien;  les  uns  voulaient  qu'il 
fut  Flamand,  d'autres  Anglais,  d'autres  Français,  car  le  nom  de 
Lire  est  porté  par  différentes  villes  situées  dans  ces  contrées.  Ce 
n'est  même  qu'assez  tard  qu'on  lui  assigna  comme  lieu  d'origine 
Lire,  petit  bourg  situé  près  d'Evreux.  Et  sur  quoi  semble-t-on 
particulièrement  s'appuyer  pour  répondre  aux  objections  de  ceux 
qui  en  faisaient  un  Flamand  ou  un  Anglais  ?  sur  l'épitaphe  que 
j'ai  signalée.  Or,  sans  vouloir  prendre  parti  pour  les  tenants  d'un 
pays  ou  d'un  autre,  si  cette  inscription  donne  pour  sa  mort  une 


DE   VICOLAS    DE    LIRE.  ^43 

date  erronée,  peut-elle  offrir  plus  de  garantie  au  sujet  de  la  ville 
qui  fut  son  berceau?  Je  vais  même  plus  loin,  et,  si  j'examine  bien 
ces  vers  faits  en  l'honneur  de  Nicolas  de  Lire,  je  soupçonne  for- 
tement qu'ils  furent  composés  par  quelque  partisan  de  l'origine 
française,  afin  de  donner  de  cette  manière  un  argument  à  l'appui 
de  cette  opinion.  Le  distique  suivant  : 

Lyra  brevis  vicus,  Normanna  in  gente  celebris 
Prima  mihi  vitœ  janua,  sorsque  fuit, 

me  semble  n'insister  sur  ce  lieu  d'origine  et  le  désigner  avec  tant 
d'exactitude  que  pour  répondre  à  quelque  objection  que  l'on 
aurait  pu  présenter.  Bien  peu  d'épitaphes,  je  crois,  offrent  un  tel 
caractère  de  précision  au  moyen  âge.  Aussi,  sans  vouloir  dépouil- 
ler Lire  de  l'honneur  qui  lui  est  attribué,  je  mettrai  seulement  en 
doute  le  témoignage  que  l'on  invoque,  et  je  crois  que  les  futurs 
historiens  de  Nicolas  de  Lire  feront  bien  de  chercher  ailleurs  des 
preuves  plus  solides  pouvant  permettre  d'affirmer  qu'il  est  bien 
de  Lire  en  Normandie,  plutôt  que  de  toute  autre  localité  portant 
le  même  nom. 

J.    VlARD. 


ANDRÉ  RÉVILLE 

(1867-1894). 


André  Réville,  agrégé  d'histoire,  archiviste  paléographe,  pro- 
fesseur à  l'Enseignement  populaire  supérieur  de  Paris,  est  mort  à 
Neuville,  près  de  Dieppe,  le  22  juillet  1894,  d'un  mal  foudroyant 
qui  l'a  emporté  en  trois  jours. 

Il  était  né  en  Hollande,  à  Rotterdam,  de  parents  français»,  le 
28  janvier  1867.  Sa  famille  revint  en  France  quelques  années 
après,  et  il  commença  ses  études  au  collège  de  Dieppe.  Il  était  de 
saine  et  vigoureuse  constitution  ;  on  ne  lui  avait  pas  fait  aimer 
seulement  les  livres,  mais  le  grand  air,  la  mer,  les  exercices  phy- 
siques. A  treize  ans,  il  entra  au  lycée  Henri  IV,  à  Paris,  et  y 
termina  son  instruction  secondaire.  De  ces  premières  études  d'An- 
dré Réville ,  je  veux  retenir  ici  et  la  constance  de  son  labeur, 
récompensée  par  d'innombrables  succès,  et  la  solidité  de  sa  cul- 
ture littéraire,  —  il  écrivait  le  latin  avec  une  correction  et  une 
aisance  peu  fréquentes  aujourd'hui,  —  et  surtout  le  goût  qu'il 
manifestait  pour  les  sciences  exactes  :  il  eut  dans  presque  toutes 
les  classes  un  prix  de  mathématiques.  Son  esprit  précis  trouvait 
un  vif  plaisir  dans  la  démonstration  des  vérités  absolues  de  la 
géométrie.  Dès  ce  moment,  cependant,  et  bien  avant  qu'il  fût 
temps  pour  lui  de  choisir  une  carrière,  il  avait  résolu  de  se  consa- 
crer à  l'histoire,  qu'il  voyait  cultiver  avec  éclat  dans  sa  famille 
même.  Mais  quelle  voie  choisirait-il?  Ses  professeurs  le  poussaient 
sur  la  route  de  l'École  normale  et  s'efforçaient  de  lui  démontrer 
que  hors  de  là  il  n'était  point  de  salut.  André  Réville  cependant  ne 
se  laissa  pas  convaincre.  Il  accomplit  un  acte  d'indépendance 
très  rare  alors,  au  moins  à  Paris,  parmi  ceux  qui  voulaient  suivre 
la  carrière  universitaire  :  il  ne  se  présenta  point  à  l'Ecole  normale. 

1.  Son  père,  aujourd'hui  professeur  au  Collège  de  France,  était  pasteur  de 
l'Église  réformée  française  de  cette  ville. 


ANDRÉ  RÉVILLE.  1-55 

En  même  temps  qu'il  préparait  à  la  Sorbonne  la  licence  et  l'agré- 
gation, il  entrait  à  l'École  des  chartes  en  1886,  et  il  y  faisait  de 
fortes  études,  qui  eussent  été  plus  briUantes  encore  s'il  avait  pu  y 
consacrer  tout  son  temps.  A  l'École  des  Hautes-Etudes,  il  fut  un  des 
élèves  les  plus  assidus  de  M.  Bémont.  Ces  travaux  multiples  ne 
le  rebutaient  pas  un  instant,  n'altéraient  jamais  la  sérénité  de  son 
humeur.  Parmi  les  archivistes  de  la  promotion  1890,  qui  ne  se 
souvient  de  l'excellent  camarade  qu'était  André  RéviUe,  si  affable, 
si  discret,  et,  à  l'occasion,  de  si  bon  conseil? 

André  Réville  soutint  sa  thèse  pour  obtenir  le  diplôme  d'archi- 
viste paléographe  en  janvier  1890.  Elle  avait  pour  sujet  un  épi- 
sode important  de  l'histoire  sociale  de  l'Angleterre.  C'était  une 
Étude  sur  le  soulèvement  des  paysans  d' Angleterre  sous 
Richard  11  en  1381;  la  révolte  dans  les  comtés  de  Hertford, 
Suffolk  et  Norfolk.  Il  avait  fait  deux  voyages  à  Londres  pour 
en  recueillir  les  matériaux.  Mais  le  temps  lui  avait  manqué  pour 
mettre  en  œuvre  à  sa  propre  satisfaction  tous  les  éléments  qu'il  avait 
amassés  au  cours  de  ses  recherches.  Néanmoins  il  fut  classé  dans 
un  bon  rang.  Il  sortit  troisième  de  l'Ecole'  et  la  même  année  fut 
reçu  second  à  l'agrégation  d'histoire.  Son  apprentissage  scienti- 
fique était  terminé.  Il  en  garda  un  bon  souvenir.  Il  se  sentait  les 
reins  solides  et  parlait  avec  confiance  de  l'œuvre  qu'il  voulait  entre- 
prendre. II  obtint  une  bourse  de  voyage  et  séjourna  pendant  l'an- 
née 1890-1891  en  Angleterre  pour  reprendre  jusque  dans  ses  fon- 
dations le  travail  qu'il  avait  fait  sur  la  rébellion  de  1381  et  le 
transformer  en  thèse  de  doctorat  es  lettres.  Sa  tâche  le  passion- 
nait. Il  se  sentait  déjà  attiré  vers  l'histoire  économique  et  sociale  : 
décrire  la  condition  des  classes  laborieuses  dans  les  anciens  âges, 
leurs  croyances,  leurs  espoirs  et  leurs  révoltes,  lui  paraissait  à 
juste  titre  un  travail  plein  d'intérêt  et  d'utilité.  D'autre  part,  il 
étudiait  depuis  longtemps  avec  un  goût  particulier  le  passé  de 
l'Angleterre.  Si  français  qu'il  fût  par  ses  sentiments  et  la  géné- 
rosité de  son  cœur,  il  aimait  et  admirait  les  Anglais,  leur  sang- 
froid,  leur  énergie,  leur  joie  de  vivre  et  d'agir.  Pendant  son  séjour 
à  Londres,  il  prenait  plaisir,  le  dimanche,  à  gagner  les  pelouses 
lointaines  de  Victoria-Parii,  pour  entendre  discourir  les  orateurs 
socialistes  ;  il  notait  avec  curiosité  les  progrès  que  l'idée  démo- 
cratique a  faits  outre-Manche  depuis  l'année  où  Taine  écrivit  son 

1.  Les  trois  premiers  de  cette  promotion  étaient  à  peu  près  ex  œquo. 
1895  \Q 


446  ANDRÉ   RÉVILLE. 

livre  sur  l'Angleterre  ;  et  puis  il  aimait  à  retrouver,  parmi  ces 
hommes  à  la  face  enluminée  qui  écoutaient  les  démagogues,  la 
même  tranquillité,  la  même  tolérance,  le  même  profond  respect  de 
la  liberté  qu'il  voyait  pratiquer  par  les  gentlemen.  Accueilli 
affablement  par  nombre  de  notabilités  scientifiques,  il  put  en  effet 
connaître  et  apprécier  à  sa  valeur  la  haute  société  anglaise. 
Après  avoir  terminé  ses  recherches  au  British  Muséum  et  au 
Record  Office,  il  passa  une  partie  de  l'été  de  1891  à  Oxford  et  à 
Cambridge.  Il  y  fît  de  bonne  besogne,  et  notamment  découvrit  une 
série  de  sermons  du  xiv«  siècle  qui  jettent  un  jour  singulier  sur 
les  aspirations  sociales  de  ce  temps.  Il  quitta  l'Angleterre  sans 
avoir  terminé  des  recherches  qu'il  ne  devait  jamais  reprendre. 

De  puissants  intérêts  l'appelaient  à  Paris.  Il  avait  appris  que 
la  Commission  d'enseignement  du  Conseil  municipal  voulait  créer 
une  nouvelle  chaire  dans  l'Enseignement  populaire  supérieur;  il 
s'agissait  d'une  chaire  d'histoire  du  travail.  Aucun  enseignement 
ne  pouvait  mieux  plaire  à  André  Réville.  Sa  candidature  réussit, 
et  il  inaugura  ses  cours  dans  l'hiver  de  1891-1892.  Quelques 
mois  après,  il  épousait  une  jeune  fille  digne  de  lui.  On  parlait  de 
lui  comme  d'un  homme  heureux;  il  l'était,  en  effet,  et  avait  pleine 
conscience  de  l'être. 

Les  trois  dernières  années  de  la  vie  d'André  Réville  furent  con- 
sacrées à  l'étude  approfondie  de  l'histoire  économique  et  sociale. 
Les  notes  laissées  par  lui  témoignent  du  prodigieux  travail  qu'il 
fournit  alors  et  qui,  ajouté  aux  fatigues  antérieures,  usa  peut-être 
sa  santé.  Du  reste,  ces  longs  labeurs  préparatoires  n'alourdissaient 
nullement  les  cours  qu'il  faisait  ;  il  rejetait  résolument  mille  détails 
qu'il  avait  eu  grand'peine  à  réunir,  mais  qui  auraient  ralenti  sans 
réelle  utilité  son  exposé.  Il  n'était  pas  seulement  un  habile  orateur, 
sachant  mettre  en  ordre  et  exprimer  ses  idées;  il  prenait  grand 
soin  d'adapter  ses  leçons  à  l'intelligence  et  à  la  culture  du  public 
qui  les  écoutait.  Il  multipliait  les  anecdotes  caractéristiques  et 
pensait  qu'un  de  ses  premiers  devoirs  était  de  ne  jamais  ennuyer. 
Une  fois  rentré  chez  lui,  il  notait  les  impressions  qu'il  avait  lues 
sur  le  visage  de  ses  auditeurs  et  en  faisait  son  profit.  Ce  public 
assidu  et  chaleureux  de  bourgeois,  de  petits  employés  et  d'ou- 
vriers, il  se  préoccupait  de  le  retenir,  de  le  voir  s'augmenter  sans 
cesse.  Il  fournissait  avec  une  patience  infatigable  les  éclaircisse- 
ments qu'on  venait  souvent  lui  demander.  Pénétré  de  l'importance 
des  faits  qu'il  exposait  et  des  idées  qu'il  semait,  il  voulait  avoir 


iÀ 


ANDRE   REVILLE.  -|47 


beaucoup  d'auditeurs,  parce  qu'il  était  sûr  d'être  utile  :  il  avait 
une  foi  absolue  dans  l'histoire.  Quelques  mois  avant  sa  mort, 
appelé  à  faire  des  conférences  à  Genève,  il  eut  la  satisfaction  de 
parler,  avec  un  succès  éclatant,  devant  un  public  bien  plus  nom- 
breux encore  que  celui  de  l'Hôtel  de  ville.  Au  retour,  il  disait  à 
ses  amis  combien  il  regrettait  de  voir  l'attention  du  peuple  pari- 
sien attirée  par  tant  d'objets,  parfois  indignes  d'intérêt,  par  tant 
de  distractions,  souvent  peu  relevées,  combien  il  déplorait  de  ne 
réunir  qu'une  centaine  d'auditeurs  et  de  ne  pouvoir  donner  à  ses 
cours  la  portée  d'un  véritable  enseignement  populaire,  pénétrant 
profondément  dans  l'âme  de  la  foule. 

André  Réville  alliait  en  effet  à  une  rare  intelligence  les  plus 
nobles  dons  du  caractère  et  du  cœur.  La  pureté  de  sa  vie,  l'éton- 
nante sérénité  de  son  humeur,  son  désintéressement  et  sa  bonté, 
l'ardeur  discrète  et  constante  de  ses  affections  étaient  un  objet  de 
réelle  admiration  pour  ses  parents  et  ses  amis. 

Cependant,  ce  n'était  pas  à  eux  seuls  qu'il  se  dévouait.  Tandis 
qu'il  était  étudiant,  il  faisait  partie  d'une  société  pour  secourir 
les  pauvres  à  domicile.  Depuis  1889,  il  était  membre  du  Comité 
des  anciens  élèves  du  lycée  Henri  IV,  où  l'on  s'occupe  surtout 
d'œuvres  de  bienfaisance.  H  compta  parmi  les  promoteurs  les 
plus  ardents  de  l'Association  des  étudiants  et  fut  nommé  membre 
du  Comité  en  1889.  Toutefois,  lors  des  scandaleux  incidents  qui 
l'année  dernière  provoquèrent  la  démission  d'un  grand  nombre 
de  membres  honoraires,  et  au  moment  où  quelques-uns  d'entre 
eux  étaient  attaqués  par  une  certaine  presse,  il  n'hésita  point  à 
prendre  parti  :  il  écrivit  au  nouveau  président  qu'il  comptait  sur 
lui  pour  relever  l'Association,  mais  qu'à  l'heure  présente  il  vou- 
lait se  ranger  «  du  côté  des  bafoués.  »  Enfin  il  attachait  à  son 
enseignement,  nous  l'avons  dit,  une  importance  sociale,  et  en 
recherchant  la  vérité  historique  il  croyait  aussi  faire  le  bien.  Ses 
études  lui  donnaient  d'ailleurs  la  faculté  de  connaître  des  souf- 
frances que  trop  de  gens  ignorent,  et  son  amour  de  l'humanité 
devenait  ainsi  chaque  jour  plus  corapréhensif,  plus  éclairé.  Né  et 
armé  pour  l'action,  peut-être  désirait-il  quitter  un  jour  l'ensei- 
gnement pour  servir  plus  utilement  encore  la  cause  qu'il  croyait 
juste  ;  en  tout  cas,  conscient  des  maux  créés  par  cette  évolution 
économique  dont  il  connaissait  les  origines,  il  avait  confiance  dans 
un  avenir  meilleur  et  voulait  contribuer  à  le  préparer. 

En  même  temps  son  intelligence  s'élargissait,  se  dégageait 


HS  ANDRÉ   RÉVILLE. 

des  idées  toutes  faites  que  l'éducation  moderne  impose  aux 
hommes  cultivés,  et  la  précision  minutieuse  de  ses  travaux 
ne  faisait  point  tort  au  développement  de  son  esprit.  Il  avait  toutes 
les  qualités  d'un  historien  ;  il  eut  à  peine  le  temps  de  les  montrer. 
Son  œuvre  imprimée  se  réduit  à  peu  près  à  un  compte-rendu 
détaillé  du  livre  de  Henri  Baudrillart  sur  les  Populations  agri- 
coles de  la  France^,  où  il  critique  vivement  la  méthode  ou  plu- 
tôt le  manque  de  méthode  de  l'auteur,  et  indique  avec  netteté  le 
plan  qu'il  aurait  fallu  suivre  ;  —  à  deux  chapitres  de  Y  Histoire 
générale,  rédigés  en  collaboration  avec  M.  Giry^;  — enfinà  l'étude 
approfondie  d'une  institution  anglaise,  V Abjuratio  regni,  appli- 
cation atténuée  du  droit  d'asile,  dont  il  est  déjà  question  dans  les 
textes  du  xii''  siècle,  et  qui  ne  fut  abolie  qu'en  1623^.  —  Quant 
aux  cours  qui  furent  professés  par  André  Réville,  sur  l'histoire 
des  classes  laborieuses  en  Occident  depuis  l'époque  romaine  jus- 
qu'à la  Révolution  française,  il  ne  nous  en  reste  malheureusement 
que  les  plans.  Du  moins,  les  quatre  conférences  qu'il  fit  à  Genève 
sur  les  Paysans  au  moyen  âge,  et  qu'il  avait  rédigées  entière- 
ment, pourront-elles  être  publiées  et  donner  une  idée  de  l'étendue 
de  son  information,  de  l'excellence  de  sa  méthode. 

Les  amis  d'André  Réville  ne  pensent  pas  non  plus  qu'il  leur 
soit  permis  de  laisser  inédite  la  thèse  qu'il  fit  à  l'École  des 
chartes  (250  pages  de  texte  manuscrit,  environ  700  pages  de 
pièces  justificatives).  Le  soulèvement  de  1381,  comme  l'expliquait 
l'auteur  dans  son  Introduction,  est  un  des  grands  événements  de 
ce  temps-là  ;  c'est  la  manifestation  spontanée  de  l'état  moral  et 
des  besoins  sociaux  du  peuple  anglais  à  cette  époque  ;  or,  Pauli, 
Green,  Stubbs  et  les  autres  historiens  qui  s'en  sont  occupés  n'ont 
guère  puisé  qu'aux  sources  narratives  et  se  sont  contentés  de 
décrire  la  révolte  de  Londres,  les  gestes  et  la  mort  de  Wat  Tyler  ; 
quant  àRogers,  dans  son  Histoire  de  l'agriculture  en  Angleterre, 
il  n'a  fait  que  noter  les  causes  économiques  du  mouvement.  Res- 
tait donc  à  exploiter  les  sources  diplomatiques,  et  particulièrement 
les  documents  d'ordre  judiciaire,  à  compléter  les  indications  de 

1.  Revue  internai ionale  de  sociologie,  février  1894.  —  Signalons  pour 
mémoire  un  compte-rendu  de  la  publication  des  Chartes  des  libertés  anglaises, 
par  M.  Béraont  {Bibl.  de  l'École  des  chartes,  LUI,  459). 

2.  T.  II,  ch.  vjii. 

3.  Revue  historique,  t.  L,  p.  1-42.  —  Cette  étude  était  faite  en  partie  d'après 
des  documents  inédits  recueillis  au  Record  Office. 


ANDRÉ   RÉVILLE.  4  49 

Rogers,  enfin  à  décrire  les  soulèvements  si  diSérents  d'origine  et 
de  caractère  qui  se  produisirent  hors  de  Londres,  dans  les  divers 
comtés.  André  Réville  recueillit  au  British  Muséum  et  surtout  au 
Record  Office  les  éléments  d'un  travail  presque  entièrement  neuf. 
Lorsqu'il  quitta  l'Angleterre  en  1891,  il  avait  poussé  très  loin  ses 
recherches  à  Londres,  à  Oxford,  à  Cambridge  et  à  Ely.  11  lui 
restait  encore  quelques  archives  locales  à  explorer.  Malheureu- 
sement, la  préparation  de  ses  cours  ne  lui  permit  point  de  retour- 
ner en  Angleterre.  Sa  tlièse  de  l'École  des  chartes,  comme  nous 
l'avons  dit,  ne  traite  que  de  la  révolte  dans  le  Herts,  le  Sufiblk 
et  le  Norfolk,  où  le  soulèvement  fut  particulièrement  intéressant 
et  a  été  mal  connu  des  chroniqueurs. 

Il  n'a  pas  été  donné  à  André  Réville  de  vivre  assez  pour  ins- 
crire son  nom  parmi  les  noms  illustres.  Mais  la  mémoire  de  tels 
hommes  ne  périt  pas  entière  ;  ils  ont  suscité  des  affections  plus 
fortes  que  la  mort,  ils  vivent  dans  le  cœur  de  ceux  qui  les  ont 
connus.  Emporté  si  jeune  dans  la  tombe,  André  Réville  nous 
laisse  mieux  encore  qu'un  livre  d'histoire,  il  nous  lègue  l'exemple 
de  sa  vie,  qui  fut  sereine,  heureuse  et  bienfaisante. 

Ch.  Petit-Dutaillis. 


BIBLIOGRAPHIE. 


Histoire  poétique  des  Mérovingiens,  par  Godefroid  Kurth,  profes- 
seur à  l'Université  de  Liège.  Paris,  Picard,  i  893.  Jn-S",  iv-552  pages. 
Prix  :  ^0  francs. 

La  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes  aurait  dû  depuis  longtemps 
rendre  compte  du  très  important  ouvrage  de  M.  Kurth,  mais  il  n'est 
jamais  trop  tard  pour  annoncer  un-  bon  livre,  et  l'ouvrage  du  savant 
professeur  de  Liège  rentre  assurément  dans  cette  dernière  catégorie. 
L'exposition  en  est  parfois  un  peu  prolixe,  quelques-unes  des  remarques 
de  l'auteur  peuvent  paraître  discutables  et  subtiles,  mais  le  tout  est, 
pour  employer  un  terme  fort  goûté  aujourd'hui,  extrêmement  sugges- 
tif, et  alors  même  que  sur  tel  ou  tel  détail  il  ne  partage  pas  absolument 
l'opinion  de  l'auteur,  le  lecteur  est  amené  à  réfléchir  et  à  se  faire  une 
idée  plus  précise  des  conditions  auxquelles  est  soumise  la  connaissance 
des  faits  historiques. 

Le  titre  suffit  à  lui  seul  pour  indiquer  l'objet  des  recherches  de 
M.  Kurth;  il  s'est  proposé  de  dégager  dans  les  premiers  livres  de  Gré- 
goire de  Tours,  dans  le  pseudo-Frédégaire,  enfin  dans  les  Gesta  regum 
Francorum,  les  éléments  traditionnels  et  poétiques.  Mais  ce  titre,  à  par- 
ler franc,  ne  nous  satisfait  pas  entièrement;  il  est  trop  particulier,  trop 
affirmatif,  et  de  nature  à  prêter  à  l'auteur  une  tendance  au  paradoxe, 
tendance  qui  existe  bien  dans  une  certaine  mesure,  mais  que  corrige 
fort  heureusement  la  conclusion  même  du  volume,  pleine  de  sages 
réserves. 

Le  sujet  traité  par  M.  Kurth  a  déjà  tenté  plusieurs  érudits.  Sans 
parler  des  vues  fort  sages  exposées  en  passant  par  des  hommes  tels  que 
Fauriel  et  Ampère  en  France,  et  Schlegel  en  Allemagne,  trois  écrivains 
jusqu'ici  ont,  à  notre  connaissance,  étudié  la  question  :  Arsène  Dar- 
mesteter,  dans  son  étude  sur  Floovant,  Junghans  dans  V Histoire  de 
Chlodovech,  qu'a  traduite  et  annotée  M.  G.  Monod,  et  enfin  Pio  Rajna, 
dans  le  célèbre  ouvrage  sur  les  origines  de  l'épopée  française.  Tout  le 
monde  reconnaît  que  les  historiens  plus  haut  cités  renferment  quantité 
de  traditions  populaires,  d'origine  incertaine,  et  personne  aujourd'hui 
ne  s'aviserait  d'écrire  des  Récils  mérovingiens,  à  la  façon  de  ceux  d'Au- 
gustin Thierry,  dans  lesquels  ces  mêmes  traditions  servent  à  enjoliver 


BIBLIOGRAPHIE.  -154 

les  brèves  indications  de  Grégoire  ou  du  pseudo-Frédégaire.  Ces  résul- 
tats négatifs  ne  figureront  sans  doute  jamais  dans  les  livres  d'enseigne- 
ment ;  imagine-t-on  un  professeur  de  l'enseignement  secondaire  réduit 
à  confesser  que  de  Glovis  on  ne  sait  à  peu  près  rien  ?  Mais  vraiment  il 
y  aurait  mauvaise  grâce  à  rayer  des  programmes  tant  d'anecdotes  amu- 
santes et  inoffensives,  si  fausses  qu'elles  puissent  être  ;  les  enfants  n'ont 
pas  besoin  de  leçons  de  scepticisme  et  l'histoire  du  vase  de  Soissons  a 
tout  au  moins  un  avantage,  celui  de  les  distraire. 

Le  plan  adopté  par  M.  Kurth  est  le  plus  simple  et  le  plus  rationnel  ; 
suivant  l'ordre  chronologique,  il  étudie  siècle  par  siècle  tous  les  faits 
historiques  dont  le  récit  lui  a  paru  offrir  traces  de  traditions  populaires. 
Il  prouve  tout  d'abord  fort  aisément,  à  l'aide  du  passage  si  souvent  allé- 
gué du  De  moribus  Germanorum  et  de  quelques  phrases  de  Jordanès, 
de  Paul  Diacre  et  de  Widukind,  que  les  Germains,  comme  la  plupart  des 
populations  primitives,  avaient  des  chants  nationaux,  des  traditions 
populaires  ;  à  ses  yeux,  le  fameux  prologue  de  la  Loi  salique  est  le  plus 
ancien  de  ces  chants.  Il  montre  encore  comment  les  différentes  tradi- 
tions rapportées  par  lui  se  rattachent  par  certains  traits  particuliers  à 
l'ancienne  mythologie  germanique  et  se  retrouvent  dans  le  Folk-lore 
soit  des  races  germaniques  soit  des  autres  populations  primitives  de 
l'Europe.  Il  rappelle  encore  fort  justement  ailleurs  que  dans  Grégoire 
de  Tours,  dans  le  pseudo-Frédegaire,  le  style  ou  plutôt  la  forme  exté- 
rieure du  récit  change  toutes  les  fois  qu'au  lieu  d'annales  brèves  mais 
exactes ,  ces  auteurs  prennent  pour  guides  des  traditions  orales  ;  les 
détails  pittoresques  abondent  et  se  multiplient,  la  narration  devient 
plus  imagée,  plus  longue,  plus  abondante.  M.  Kurth  étudie  ensuite  les 
règnes  de  Glodion  et  de  Mérovée,  et  montre  sans  peine  que  sur  le  pre- 
mier de  ces  princes  on  ne  possède  que  le  texte  célèbre  de  Sidoine,  et 
que  du  second  on  ne  sait,  à  vrai  dire,  rien  de  certain;  tout  ce  qu'on 
peut  faire  en  bonne  critique,  c'est  admettre  l'existence  même  du  chef 
éponyme  de  la  première  dynastie  franque.  Avec  Childéric,  on  est, 
semble-t-il,  sur  un  terrain  plus  solide;  à  ce  roi,  Grégoire  a  consacré  un 
chapitre  tout  entier,  et  VHistoria  epitomata  complète  ce  récit  sommaire 
en  l'enjolivant  de  mille  circonstances.  M.  Kurth  accepte  sur  ce  point  la 
théorie  de  Junghans;  ce  récit  vient  de  la  tradition  populaire  et  il  est 
bien  difficile  d'y  reconnaître  les  éléments  historiques.  Tout  dans  l'anec- 
dote :  fidélité  des  serviteurs,  anneau  rompu  et  servant  de  signe  de 
reconnaissance,  mariage  de  Basine,  chacun  de  ces  traits  se  retrouve 
partout  dans  les  produits  de  l'imagination  populaire.  Quant  au  pré- 
tendu séjour  de  Childéric  à  Constantinople,  à  ses  relations  avec  un 
empereur  Maurice,  M.  Kurth  y  voit  un  souvenir  confus  de  l'aventure 
du  prétendant  Gondovald,  révolté  contre  le  roi  Gontran. 

Le  livre  II  (p.  2H)  est  consacré  à  Glovis  et  aux  fils  de  ce  prince.  Ici 
la  récolte  est  encore  plus  riche,  et,  quand  on  a  lu  l'exposé  de  l'auteur. 


-152  BIBLIOGRAPHIE. 

qui  ne  fait  guère  que  confirmer,  en  donnant  plus  de  détails,  les  résultats 
déjà  acquis  par  Junghans,  on  se  demande  avec  quelque  inquiétude 
quels  renseignements  précis  nous  possédons  sur  l'histoire  de  la  Gaule 
franque  de  480  à  540.  M.  Kurth  essaie,  il  est  vrai,  de  sauver  de 
ce  naufrage  complet  l'histoire  du  vase  de  Soissons,  laquelle  a  une  ori- 
gine particulière  et  doit  venir  de  Reims.  Il  aurait  pu,  croyons-nous,  être 
encore  plus  sceptique  sur  ce  point;  les  luttes  des  Francs  contre  le 
romain  Syagrius,  le  mariage  de  Clotilde  sont  des  faits  réels,  sans  que 
nous  puissions  rien  affirmer  des  circonstances  qui  les  ont  accompagnés; 
mais  l'anecdote  en  question  nous  paraît  de  tout  point  inadmissible  et 
on  peut,  sans  grand  dommage,  la  rejeter  avec  tant  d'autres  qui  rem- 
plissent et  encombrent  l'histoire  ancienne  et  moderne.  Un  peu  plus 
loin,  à  propos  du  meurtre  de  Sigismond,  roi  des  Burgundes  (p.  324), 
M.  Kurth  nous  paraît  également  avoir  eu  tort  d'alléguer  le  témoignage 
de  la  Passio  Sigismundi;  M.  Krusch,ie  dernier  éditeur  de  ce  texte,  a 
démontré  péremptoirement  que  la  Passio  n'est  pas  antérieure  au 
VIII»  siècle,  et  que  l'auteur  anonyme,  moine  à  Saint-Maurice  d'Agaune, 
n'a  fait  que  développer  quelques  phrases  de  Marius  d'Avenche  et  du 
pseudo-Frédégaire. 

Un  peu  plus  loin,  parlant  de  la  première  invasion  danoise  en  Frise, 
M.  Kurth  rapproche  fort  ingénieusement  du  récit  des  chroniqueurs 
gallo-romains  un  passage  du  célèbre  poème  anglo-saxon,  le  Béowulf. 
La  remarque  est  curieuse  et  paraît  juste  ;  on  peut  même,  semble-t-il, 
à  l'aide  du  récit  du  poète  anonyme,  compléter  dans  une  certaine 
mesure  le  texte  de  Grégoire,  le  fait  d'une  invasion  danoise  dans  cette 
partie  de  l'empire  franc  n'ayant  rien  d'invraisemblable.  Au  surplus, 
suivant  M.  Kurth,  autour  de  Thierry  de  Metz  et  de  ses  fils  s'est  créé 
de  bonne  heure  tout  un  cycle  poétique. 

Vers  l'an  560,  le  récit  de  Grégoire  de  Tours  change  entièrement  de 
caractère;  désormais,  l'auteur  utilise  des  données  absolument  histo- 
riques, fruits  de  ses  propres  observations  ou  rapports  de  témoins 
oculaires.  C'est  dans  le  pseudo-Frédégaire  et  dans  les  Gesta  Francorum 
qu'il  faut  désormais  chercher  les  traditions  populaires  sur  les  petits- 
fils  de  Clovis  et  leurs  successeurs  immédiats.  La  récolte  ici  est  toujours 
aussi  abondante;  sur  Frédégonde,  Brunehaut  et  Clotaire  II,  on  trouve 
dans  ces  auteurs  quantité  de  passages  d'ordre  légendaire.  De  ces  textes, 
les  uns  pour  M.  Kurth  viennent  de  chansons  héroïques,  l'une  d'elles, 
relative  à  Clotaire  II,  est  citée  par  Hildegarius,  auteur  de  la  vie  de  saint 
Faron;  d'autres  reproduisent  des  anecdotes  domestiques,  nées  dans  le 
palais  royal  longtemps  après  les  événements.  A  cette  dernière  classe 
appartient  l'histoire  des  premières  amours  de  Frédégonde  et  de  Chilpé- 
ric,  celle  des  intrigues  de  la  môme  reine  avec  Laudéric.  Par  contre, 
pour  le  règne  de  Brunehaut,  le  pseudo-Frédégaire  a  utiUsé  les  sources 
annalistiques,  et,  dans  cette  partie  de  la  compilation  bourguignonne, 


BIBLIOGRAPHIE.  ^  53 

M.  Kurth  ne  relève  que  quelques  indices  de  traditions  poétiques,  indices 
tellement  faibles  qu'à  notre  sens  ils  sont  imperceptibles;  par  contre, 
nous  reconnaîtrons  avec  l'auteur  que  la  partie  des  Gesta  relative  à  l'his- 
toire de  la  fin  du  vi«  et  du  début  du  vh«  siècle  est  tout  entière  emprun- 
tée à  des  traditions  populaires. 

On  voit,  par  ce  court  exposé,  avec  quel  soin,  quelle  patiente  minutie 
M.  Kurth  a  examiné,  pour  ainsi  dire  à  la  loupe,  tous  ces  vieux  textes. 
On  ne  saurait  affirmer  que  l'auteur  ait  entièrement  prouvé  toutes  ses 
assertions;  certains  passages  dont  il  fait  des  fragments  de  récits  épiques 
n'ont  peut-être  pas,  autant  qu'il  le  suppose,  ce  caractère.  Le  titre  même 
de  l'ouvrage  est  un  peu  inquiétant  et  la  conclusion,  fort  heureusement, 
est  de  nature  à  atténuer  cette  première  impression.  Sans  doute,  là 
encore  il  y  aurait  quelques  réserves  à  faire;  il  paraît  notamment  diffi- 
cile d'accepter  pleinement  cette  assertion  (p.  479),  que  de  toutes  les 
poésies  primitives  la  poésie  franque  serait  la  plus  vivante  et  la  plus 
répandue  ;  c'est  faire  vraiment  trop  bon  marché  de  la  poésie  primitive 
des  Grecs,  autrement  belle  et  autrement  puissante.  Par  contre,  l'auteur 
établit  ailleurs  une  distinction  légitime  entre  les  chants  héroïques  pro- 
prement dits  et  ce  qu'il  appelle  très  justement  les  impressions  épiques. 
Des  premiers,  on  ne  saurait  citer  qu'un  bien  petit  nombre;  mais 
M.  Kurth  a  démontré  définitivement  que  toute  une  partie  de  Grégoire 
de  Tours,  le  début  du  pseudo-Frédégaire  et  les  deux  tiers  des  Gesta 
sont  pour  ainsi  dire  pleins  de  ces  impressions  épiques.  C'est  là  un  résul- 
tat important;  le  fait  était  déjà  soupçonné;  depuis  longtemps  certaines 
parties  de  la  thèse  de  M.  Kurth  avaient  été  traitées;  au  savant  pro- 
fesseur de  Liège  revient  l'honneur  d'avoir  épuisé  le  sujet,  d'avoir  démon- 
tré définitivement  combien  est  peu  sûre  l'histoire  traditionnelle  de  la 

Gaule  barbare. 

A.  M. 


Les  Grands  écrivains  français.  Froissart,  par  Mary  Darmesteter. 
Paris,  Hachette,  -1894.  In-16,  4  74  pages,  une  gravure.  2  francs. 

On  ne  fait  pas  large  place  au  moyen  âge  dans  la  collection  des  Grands 
écrivains  français,  que  publie  la  maison  Hachette.  Notre  littérature 
médiévale  n'avait  obtenu  jusqu'ici  qu'un  représentant  :  Rutebeuf,  auquel 
M.  Clédat  consacrait  une  étude  il  y  a  quatre  ans.  En  voici  un  second  : 
Froissart.  Espérons  que  les  critiques  moroses,  —  il  s'en  est  trouvé,  — 
qui  avaient  été  choqués  de  voir  Rutebeuf  coudoyer  George  Sand,  seront 
moins  sévères  pour  le  brillant  chroniqueur.  C'est  M™^  Darmesteter  qui 
s'est  chargée  de  le  présenter  au  public  :  elle  l'a  fait  avec  agrément,  sans 
apporter  grand'chose  de  nouveau.  On  ne  saurait  lui  en  faire  un  reproche. 
Il  n'y  avait  point  ici  à  faire  œuvre  d'érudition,  mais  de  vulgarisation  ; 
ce  n'est  point  aux  spécialistes,  mais  au  grand  public  que  s'adressent 


454  BIBLIOGRAPHIE. 

les  volumes  de  la  collection,  La  seule  partie  neuve  est  l'analyse  de 
Méliador,  le  roman  longtemps  perdu,  et  retrouvé  heureusement  par 
M.  Longnon  ;  mais  ce  roman  n'ajoutera  rien  à  la  réputation  de  Frois- 
sart;  et  s'il  n'eût  produit  que  cela,  nul  doute  qu'il  n'eût  jamais  trouvé 
place  dans  la  collection  Hachette. 

Au  reste,  M^e  Darmesteter  est  suffisamment  bien  informée  de  ce  qui 
a  été  écrit  avant  elle  sur  le  sujet;  et  elle  en  a  tiré  la  matière  d'un 
volume  qu'on  lit  avec  plaisir,  malgré  le  mélange  un  peu  bizarre  d'ex- 
pressions anciennes  et  de  modernismes;  il  est  vrai  que  ce  sera  un  attrait 
nouveau  pour  beaucoup  de  lecteurs. 

Notons  encore  que  dans  un  ouvrage  de  ce  genre,  on  s'attendait  à  trou- 
ver une  appréciation,  qui  fait  presque  défaut,  des  mérites  littéraires  de 
Froissart. 

E.-G.  Ledos. 

Jeanne  d'Arc  considérée  au  point  de  vue  franco-champenois,  par 
l'abbé  Etienne  Georges.  Troyes,  Léopold  Lacroix;  Paris,  Emile 
Lechevalier,  4  894.  In-S",  v-d38  pages. 

Dans  l'étude  qui  porte  ce  titre,  M.  l'abbé  Georges  s'est  proposé  de 
grouper  et  de  présenter  les  arguments  et  les  considérations  qui  peuvent 
rattacher  la  libératrice  de  la  France  au  pays  champenois,  avec  l'histoire 
duquel  de  nombreux  travaux  l'ont  depuis  longtemps  rendu  familier. 

L'ouvrage  est  divisé  en  quatorze  chapitres,  dont  les  deux  premiers 
[Élat  de  la  Champagne  au  temps  de  la  famille  de  Jeanne  d'Arc,  p.  1-48, 
et  La  Champagne  considérée  comme  la  patrie  provinciale  des  ancêtres  de 
Jeanne  d'Arc,  p.  49-72)  sont  consacrés  à  des  considérations  générales  sur 
l'histoire  de  Champagne,  et  dont  le  dernier  {Récapitulation  des  principaux 
arguments  relatifs  à  la  patrie  provinciale  de  Jeanne  d'Arc,  p.  502-535) 
contient  plus  spécialement  l'exposé  actuel  de  la  question,  toujours  pas- 
sionnément discutée,  de  la  nationalité  exacte  assignée  au  lieu  natal  de  la 
Pucelle.  Le  rôle  joué  par  la  Champagne,  à  tous  les  âges,  dans  la  cons- 
truction et  dans  la  défense  de  la  patrie  française,  est  certes  un  des  plus 
actifs  et  des  plus  nobles  :  n'est-il  cependant  pas  quelque  peu  dispro- 
portionné d'en  exposer  toutes  les  phases  depuis  l'origine  de  la  guerre  de 
Cent  ans?  Aussi  peut-on  se  contenter  de  mentionner  seulement  cette 
première  section  du  volume.  Quant  au  dernier  chapitre,  l'occasion  s'of- 
frira de  le  discuter  en  détail. 

Pour  en  venir  à  la  fraction  plus  rigoureusement  personnelle  de  cette 
longue  étude,  il  convient  tout  d'abord  de  relever  les  renseignements 
fournis  par  les  chapitres  m  et  iv^  sur  l'origine  de  la  famille  paternelle 
et  maternelle  de  Jeanne  d'Arc.  C'est  ainsi  que  de  nombreux  détails 
sont  réunis  sur  Ceffonds,  le  village  champenois  voisin  de  la  célèbre 
abbaye  de  Montierender,  localité  qui,  d'après  la  tradition,  confirmée 


BIBLIOGRAPHIE.  455 

par  des  témoignages  fixés  dès  les  premières  années  du  xvn^  siècle,  passe 
généralement  pour  le  lieu  natal  de  Jacques  d'Arc.  Même  groupement 
en  ce  qui  concerne  le  bourg  de  Vouthon,  situé  peut-être  en  pays  bar- 
rois,  mais  en  tout  cas  dans  les  cantons  mouvants  de  la  couronne  de 
France,  petit  centre  agricole  qui  semble  le  berceau  originel  d'Isabelle 
Romée.  Les  relations  de  cette  branche  barroise  de  la  famille  de  Jeanne 
d'Arc  avec  la  contrée  champenoise,  notamment  avec  le  district  Per- 
thois,  où  viennent  s'implanter  plusieurs  de  ses  rameaux,  sont  également 
l'objet  d'un  complet  exposé.  L'auteur  est  au  courant  des  dernières 
recherches  de  l'érudition  sur  ces  points  et,  en  les  éclairant  mutuellement 
l'un  par  l'autre,  résume  judicieusement  les  résultats  acquis. 

«  L'influence  du  milieu  champenois...  et  la  réaction  de  ce  milieu 
contre  la  Lorraine,  restée  féodale  et  devenue  anglo-bourguignonne,  » 
tel  est  (p.  122)  le  thème  du  chapitre  suivant.  Termes  qui  représentent, 
comme  croit  devoir  le  rappeler  M.  l'abbé  Georges  en  citant  (p.  524)  un 
passage  d'une  lettre  particulière  en  date  de  février  1888,  l'expression 
même  de  la  pensée  de  M.  Siméon  Luce  sur  la  question.  On  trouvera 
dans  ce  chapitre,  et  dans  celui  qui  lui  fait  suite,  un  résumé  de  cette 
histoire  régionale  de  la  Champagne  orientale,  entre  1420  et  1429,  que 
l'auteur  des  Recherches  critiques  sur  les  origines  de  la  mission  de  la 
Pucelle  avait  créée  de  toutes  pièces  et  pour  ainsi  dire  sortie  du  néant. 

Il  serait  superflu  d'insister  sur  l'importance  des  événements  dont  la 
Champagne  fut  le  théâtre,  dans  la  triomphale  campagne  de  1429,  après 
la  levée  du  siège  d'Orléans,  et  sur  la  situation  privilégiée  occupée  de 
tout  temps  dans  l'histoire  de  France  par  la  métropole  rémoise,  où  se 
symbolise,  en  cette  année  mémorable,  le  couronnement  de  la  carrière 
de  la  Pucelle.  L'auteur  consacre  ses  deux  chapitres  vm  et  ix  (p.  240-326) 
au  récit  de  ces  faits,  exactement  présentés,  quoique  sans  contribution 
nouvelle,  difficile  d'ailleurs  à  imaginer  sur  des  événements  depuis 
longtemps  suivis  de  si  près. 

Par  contre,  n'est-on  pas  en  droit  de  trouver  une  exagération  singu- 
lière dans  le  développement  de  la  théorie  que  soutient  ailleurs  M.  l'abbé 
Georges  (chap.  vu,  p.  192-239)?  L'esprit  des  croisades,  dont  Jeanne 
d'Arc  aurait  été  l'expression  idéale,  serait  l'esprit  champenois  lui-même  ! 
Était-il  bien  nécessaire  de  consacrer  encore  de  longues  pages,  ingé- 
nieuses certainement,  mais  ne  côtoyant  même  pas  la  question,  à  «  la 
Champagne,  considérée  comme  berceau  de  la  langue  d'oïl,  langue  spi- 
rituellement parlée  par  Jeanne  d'Arc  »  (chap.  x,  p.  326-376)?  Chres- 
tien  de  Troyes,  Villehardouin  et  le  comte  Thibaud  peuvent  avoir  pos- 
sédé, chacun  à  leur  heure,  leur  charme  expressif,  sans  autoriser  pour 
cela  d'aussi  lointains  et  inattendus  rapprochements.  De  même,  est-on 
bien  en  droit  d'assurer  que  le  «  caractère  franco-champenois  »  soit 
celui  que  personnifie  Jeanne  d'Arc  pendant  le  cours  de  son  procès 
(chap.  XI,  p.  377-422)?  Il  me  semble  qu'un  autre  Champenois,  et  non 


\  56  BIBLIOGRAPHIE. 

des  moindres,  jouait  aussi  dans  ce  procès  quelque  rôle,  et  ne  suffirait-il 
pas,  pour  infirmer  l'excès  d'une  telle  thèse,  d'opposer  à  l'héroïque  vic- 
time le  souvenir  de  son  haïssable  juge,  le  Rémois  Pierre  Gauchon? 
A  part  l'origine  familiale  de  Jouvenel  des  Ursins,  qui  préside  la  pre- 
mière instance  de  réhabilitation  ouverte  en  1455,  et  celle  de  Jacques 
Gelu,  auteur  d'un  des  mémoires  adressés  à  cette  occasion  à  Charles  VII, 
on  ne  voit  pas  bien  non  plus  que  le  rôle  joué  par  la  Champagne  dans 
le  procès  de  réhabilitation,  et  auquel  est  cependant  réservé  tout  le  cha- 
pitre xm  (p.  462-561),  ait  été  si  considérable  et  si  prépondérant.  Rien 
n'est  certes  plus  louable,  plus  fécond  en  œuvres  comme  en  caractères, 
que  le  patriotisme  local  :  il  convient  cependant  de  le  maintenir  dans 
les  limites  auxquelles  il  a  droit,  et  qu'il  ne  lui  convient  pas  d'outre- 
passer. 

On  rentre  dans  une  discussion  plus  sûre  avec  la  partie  consacrée 
aux  événements  accomplis  dans  la'région  champenoise  de  1430  à  1453, 
depuis  la  capture  de  Jeanne  d'Arc  jusqu'à  l'expulsion  définitive  des 
Anglais  (chap.  xn,  p.  422-461).  Bien  que  cet  exposé  n'ait  plus  de  rap- 
port avec  la  carrière  même  de  la  Pucelle,  il  achève  l'histoire  de  l'inva- 
sion en  Champagne,  de  1420  à  1429,  résumée,  comme  on  l'a  vu,  dans 
une  des  parties  antérieures  de  l'ouvrage.  On  y  rencontrera  un  utile 
groupement  de  faits,  tous  déjà  connus  sans  doute,  mais  habituellement 
dispersés  dans  de  multiples  études,  et  dont  on  ne  trouverait  pas 
ailleurs  une  aussi  complète  réunion. 

La  fin  de  l'ouvrage  (chap.  xiv,  p.  502-535)  représente  une  annexe 
spéciale,  exclusivement  réservée  à  la  discussion  de  l'exacte  nationalité 
provinciale  de  Jeanne  d'Arc,  champenoise,  barroise  ou  même  absolu- 
ment lorraine.  En  1882,  M.  l'abbé  Georges  avait  déjà  consacré  à  cette 
question  une  étude  qui  tient  sa  place  dans  la  liste  déjà  longue  des  publi- 
cations réservées  à  ce  problème  historique  <.  Il  y  ajoute  cette  fois  les 
contributions  nouvelles  apportées  depuis,  dans  un  sens  ou  dans  l'autre 
de  cette  polémique  toujours  ouverte  et  qui  ne  laisse  pressentir  aucune 
clôture  prochaine. 

L'énigme  est  en  effet  des  plus  complexes.  On  nous  pardonnera,  à  l'oc- 
casion du  compte-rendu  de  cet  ouvrage,  d'élargir  le  cadre  de  cette  simple 
analyse  et  de  reprendre  la  discussion,  en  nous  bornant  strictement 
à  l'examen  des  arguments  déjà  émis,  sans  chercher,  à  aucun  prix,  à  en 
ajouter  d'autres  au  débat,  mais  en  essayant  d'en  résumer  brièvement 
les  divers  et  multiples  aspects. 

En  ce  point  de  l'Argonne  et  de  la  vallée  de  la  Meuse,  pays  d'origine 
et  d'attache  de  la  libératrice  de  la  France,  le  régime  féodal  avait  accu- 

1.  Jeanne  est-elle  Champenoise  ou  Lorraine  ?  Mémoire  récapitulatif.  Troyes, 
Dufour-Bouquot,  1882,  in-8%  32  p.  (Extrait  de  VAnnuaire  du  département  de 
l'Aube,  année  1882,  2'  partie,  p.  1-32.) 


BIBLIOGRAPHIE.  <57 

mulé  les  complications  de  territoire  les  plus  bizarres  et  les  plus  hétéro- 
clites ^  Duché  de  Lorraine,  Barrois,  comté  de  Champagne  enchevê- 
traient leurs  frontières  administratives  et  naturelles  dans  la  plus 
inextricable  confusion.  A  la  rive  droite  de  la  Meuse  finissait  la  Lorraine 
proprement  dite  ;  le  comté  de  Champagne  et,  par  lui,  le  royaume  de 
France  atteignaient  la  rive  gauche  ;  quelques  lieues  plus  bas,  le  comté 
de  Barrois,  haussé  depuis  i355  au  titre  de  duché,  occupait  les  deux 
bords,  et,  entre  les  deux  grands  états  voisins,  multipliait  ses  pénétra- 
tions et  ses  enclaves.  Depuis  divers  actes  passés  en  13022  et  en  1308  s, 
dans  le  détail  desquels  il  serait  oiseux  d'entrer,  la  partie  du  Barrois 
située  sur  la  rive  gauche  de  la  Meuse,  et  notamment  la  châtellenie  de 
Gondrecourt,  relevait  du  royaume  de  France,  l'autre  portion  continuant 
à  dépendre  du  duché  de  Lorraine.  Les  deux  fractions,  possédées  par  le 
même  souverain,  portaient  le  nom,  la  première  de  Barrois  Mouvant  ou 
Royal,  la  seconde  de  Barrois  non  Mouvant  ou  Ducal. 

Il  n'a  jamais  été  question  de  placer  Domremy  dans  le  Barrois  Ducal. 
La  thèse  que  les  partisans  de  l'origine  absolument  lorraine  de  la  libéra- 
trice de  la  France  se  hasardent  à  avancer  se  réduit  à  deux  arguments. 

Domremy  tout  entier  faisait  partie  de  l'ancien  duché  de  Lorraine- 
Mosellane,  se  contente  de  soutenir,  avec  une  inattaquable  modération, 
M.  Léon  Germain,  et  les  habitants  de  la  région  géographique  barroise, 
tout  comme  ceux  de  Metz  ou  de  Nancy,  ont  droit  par  tradition  acceptée, 
par  expression  générale,  au  nom  et  à  la  qualité  de  Lorrains*.  Cette 
opinion  serait-elle  reconnue  comme  exacte, —  discussion  qui  outrepas- 
serait singulièrement  les  limites  déjà  trop  agrandies  de  cette  analyse,  — 
il  n'en  resterait  pas  moins  avéré  que  ce  débat  n'offre  qu'un  intérêt 
d'ordre  purement  rétrospectif  ou  sentimental. 

1.  Une  intéressante  carte  polilique  de  la  région,  vers  cette  époque,  figure 
dans  l'étude  de  M.  le  colonel  de  BoureuUe,  qui  adopte  et  résume  la  thèse  de 
M.  Siraéon  Luce.  [Le  Pays  de  Jeanne  d'Arc.  Saint-Dié,  1890,  in-8°,  28  p.,  avec 
plan. —  Extrait  du  Bulletin  de  la  Société  philomathique  vosgienne,  15'  année, 
1889-1890,  p.  227-252.) 

2.  Traité  de  Bruges,  en  date  de  l'octave  de  la  Trinité,  1301,  et  non  conclu 
en  1302,  ainsi  qu'on  le  répète  généralement.  C'est  ce  qu'a  établi  M.  Cha- 
pellier,  Élude  sur  la  véritable  nationalité  de  Jeanne  d'Arc  (première  élude), 
dont  l'indication  bibliographique  exacte  est  donnée  ci-après. 

3.  Acte  d'avril  1308,  publié  par  M.  Siméon  Luce,  Jeanne  d'Arc  à  Domremy, 
Preuves,  III,  p.  4. 

4.  Le  savant  érudit  lorrain  ne  paraît  avoir  encore  exprimé  cette  opinion  dans 
aucune  étude  spéciale,  mais  occasionnellement  seulement,  à  propos  du  compte- 
rendu  de  deux  ouvrages  consacrés  à  cette  question,  par  M.  le  colonel  de  Bou- 
reuUe {le  Pays  de  Jeanne  d'Arc),  et  par  M.  Chapellier  {Étude  sur  Domremy, 
pays  de  Jeanne  d'Arc).  Cette  double  analyse  est  contenue  dans  les  Annales  de 
l'Est,  t.  V,  avril  1891,  p.  299-304. 


^58  BIBLIOGRAPHIE. 

La  seconde  théorie  manifeste  plus  d'exigences  :  elle  veut  qu'on  puisse 
qualifier  Jeanne  d'Arc  de  Lorraine,  au  sens  politique  du  mot.  M.  Ghapel- 
lier,  bibliothécaire  de  la  ville  d'Épinal,  s'en  est  fait  le  plus  actif  et  le  plus 
énergique  partisane  Les  raisons  qu'il  allègue  se  ramènent  pourtant,  et 
seulement,  à  celle-ci,  à  savoir  que,  pendant  une  partie  du  cours  de  la 
vie  de  la  Pucelle,  le  duché  de  Bar,  comprenant  le  Barrois  Mouvant,  et 
le  duché  de  Lorraine  furent  unis  tous  deux  sous  le  même  souverain, 
René  d'Anjou,  —  le  roi  René^,  —  mis  en  possession  du  duché  de  Bar 
en  1420  par  son  grand-oncle,  le  dernier  duc,  dont  il  était  institué  héri- 
tier dès  1419,  marié  en  1420  à  Isabelle,  héritière  du  duché  de  Lorraine, 
puis  duc  de  Lorraine  lui-même  à  partir  du  25  janvier  1431.  Mais  il  ne 
faut  pas  oublier  d'observer  que,  pour  que  cette  opinion  puisse  être  seu- 
lement soutenue,  il  serait  nécessaire  de  prouver  que  le  lieu  natal  de 
Jeanne  d'Arc  se  trouvait  lui-même  en  Barrois  Mouvant,  condition  préa- 
lable dont  on  va  peut-être  démontrer  toutes  les  difficultés.  Il  faut 
remarquer  en  outre  que,  cette  preuve  serait-elle  faite,  l'union  person- 
nelle des  duchés  de  Bar  et  de  Lorraine,  depuis  l'avènement  de  René 
d'Anjou,  laissait,  comme  par  le  passé,  le  Barrois  Ducal  à  l'état  de  fief 
lorrain  et  n'empêchait  nullement  le  Barrois  Mouvant  de  demeurer 
fief  de  la  couronne  de  France.  En  tout  cas,  et  de  toutes  façons,  Jeanne 
d'Arc  ne  peut  donc  être  née  ni  avoir  jamais  vécu  sujette  de  la  cour  de 
Nancy.  C'est  une  affirmation  à  laquelle  il  faut  désormais  renoncer. 
Comme  originaire,  non  de  Lorraine,  mais  des  Marches  de  Lorraine,  la 
vierge  de  Domrcmy  n'a  droit  qu'à  la  vague  et  traditionnelle  désignation 
consacrée  par  les  vers  immortels  de  Villon,  sans  lesquels,  sans  doute, 
on  ne  songerait  pas  à  relever  cette  touchante  mais  inacceptable  théorie. 

Si  Jeanne  d'Arc  n'est  pas  Lorraine,  au  sens  propre  et  exact  du  mot, 
continuent  cependant  les  représentants  de  l'école  d'érudition  dont  les 
opinions  viennent  d'être  citées,  elle  n'est  pas  davantage  Française.  Elle 
est  tout  au  moins  née  Barroise,  le  lieu  de  sa  naissance  faisant  partie 
du  territoire  compris  dans  les  limites  du  Barrois  Mouvant.  En  tout  cas 
elle  n'est  pas  née  sur  terre  de  France. 

C'est  ici  que  la  question  se  précise  et  exige  un  scrupuleux  examen. 

Les  recherches  de  Vallet  de  Viriville^,  les  résultats  condensés  par 

1.  Cette  opinion  est  soutenue  dans  l'étude  de  M.  Chapellier  qui  a  pour  titre  : 
Sous  René  d'Anjou,  Domremy,  Greux  et  Bazoilles  étaient  du  Barrois  Mou- 
vant, parue  dans  le  Journal  de  la  Société  d'archéologie  lorraine,  38=  année, 
février  1889,  p.  35-42,  et  réunie  à  une  autre  étude,  sous  ce  titre  :  Deux  actes 
inédits  du  XV'  siècle  sur  Domremy,  Nancy,  1889,  in-S",  10  p.  (Voir  ci-dessous, 
p.  1G2,  n.  3.) 

2.  Sur  ces  faits,  Siméon  Luce,  Jeanne  d'Arc  à  Domremy,  Intr.,  p.  lxv-lxx, 

3.  Vallet  de  Viriville,  Nouvelles  recherches  sur  la  famille  et  sur  le  nom  de 
Jeanne  Darc.  Paris,  Dumoulin,  1854,  in-8%  50  p.,  et  dans  Investigateur  de  mai, 
juin,  juillet  1854,  3°  série,  t.  IV,  année  1854,  p.  133-192. 


BIBLIOGRAPHIE.  ^59 

M.  Wallon',  l'enquête  plus  récente  de  Siméon  Luce^,  ont  établi  qu'à 
ce  moment  du  xv^  siècle,  le  groupe  d'habitations  connu  sous  le  nom 
global  de  Domremy  se  trouvait  scindé  en  deux  sections  inégales.  L'une, 
la  plus  considérable,  dépendait  alors,  par  la  châtellenie  de  Gondrecourt, 
du  Barrois  mouvant.  L'autre,  la  moindre,  avec  tout  ou  partie  du  village 
de  Greux,  limitrophe  et  tout  voisin,  relevait,  par  le  bailliage  de  Ghau- 
mont-en-Bassigny,  du  territoire  directement  français.  Le  cours  d'un 
ruisseau,  affluent  de  la  Meuse,  aurait  servi  de  limite  et  strié  ainsi  le  vil- 
lage entre  Ghampagne  et  Barrois.  En  tout  cas,  c'est  dans  cette  seconde 
section  de  Domremy,  la  section  strictement  française,  que  se  trouvait 
située  l'habitation  de  Jacques  d'Arc  et  d'Isabelle  Romée,  père  et  mère 
de  Jeanne,  habitation  où  la  libératrice  de  la  France  vint  au  monde, 
comme  on  le  croit,  le  6  janvier  1412. 

Entre  autres  arguments,  —  qui  feraient  double  emploi  avec  ceux 
qu'on  se  verra  obligé  d'énumérer  tout  à  l'heure,  à  l'occasion  d'un  second 
aspect  de  la  question,  —  il  existe  un  certain  nombre  de  témoignages, 
contre  lesquels  rien  ne  peut  prévaloir,  et  qui  mettent  cette  thèse 
au-dessus  de  toute  discussion.  Le  texte  officiel  de  l'interrogatoire  auquel 
Jeanne  d'Arc  fut  soumise  à  Rouen  (n^  4  des  70  articles  de  l'interroga- 
toire définitif,  séance  du  mercredi  28  mars  14313);  —  le  texte  officiel 
des  lettres  d'anoblissement  de  la  famille  d'Arc,  en  date  de  décembre 
1429''*;  —  le  texte  officiel  de  la  décharge  d'impôts  accordée  aux  habi- 
tants de  Domremy  et  de  Greux,  en  date  du  31  juillet  1429^,  contiennent 
tous  trois  l'indéniable  et  administrative  mention  que  le  lieu  natal  de  la 
Pucelle  dépendait  du  bailliage  français  de  Chaumont-en-Bassigny, 
et,  ajoute  l'un  d'eux**,  d'une  des  prévôtés  de  ce  bailliage,  de  la  prévôté 
d'Andelot.  Témoignages  prépondérants,  que  l'ouvrage  de  M.  l'abbé 
Georges  aurait  gagné  à  distinguer  plus  nettement  des  autres,  en  insis- 
tant sur  ce  fait,  dont  il  paraît  négliger  la  mention,  à  savoir  que  ces 
trois  documents  signalent  expressément,  et  non  pas  seulement  par 
déduction,  le  rattachement  légal  de  Domremy,  ou  tout  au  moins  d'une 
de  ses  sections,  au  bailliage  français  de  Ghaumont. 

Est-il  vraiment  besoin,  devant  de  tels  arguments,  d'énumérer  les 


1.  'Wallon,  Jeanne  d'Arc,  t.  I,  app.  IX. 

2.  Siméon  Luce,  Jeanne  d'Arc  à  Domremy,  Intr.,  chap.  i  et  u. 

3.  Quicherat,  Procès  de  Jeanne  d'Arc,  1. 1,  p.  208-209  :  «  ...  Nutrita  in  juven- 
tute...  in  villa  de  Domprerni  super  fluvium  Mosae,  diocesis  Tullensis,  in  bal- 
liviatu  de  Ghaumont-en-Bassigny,  et  praepositura  d'Andelo.  » 

4.  Ibid.,  t.  V,  p.  150-153  :  «  ...  de  Dompremejo,  de  ballivia  Calvimontis  seu 
ejus  rassortis.  » 

5.  Ibid.,  t.  V,  p.  137-139  :  «  ...  des  ville  et  villaige  de  Greux  et  Domreray, 
oudit  bailliaige  de  Chaumont-en-Bassigny.  » 

6.  Ci-dessus,  n.  3. 


160  BIBLIOGRAPHIE. 

raisons  que  les  partisans  lorrains  de  l'origine  barroise  ont  cru  pouvoir 
tirer  d'un  déplacement,  encore  contestable,  paraît-il,  du  ruisseau-fron- 
tière auquel  il  vient  d'être  fait  allusion? 

Le  tracé  actuel  de  ce  ruisseau,  dit  des  Trois-Fontaines,  qui  coupe 
en  effet,  aujourd'hui  encore,  le  village  de  Domremy  en  deux  parties 
inégales',  pourrait,  reconnaissent  les  érudits  lorrains,  servir  de  preuve 
aux  partisans  du  rattachement  d'une  section  du  village  au  territoire 
français,  section  dans  laquelle,  à  l'heure  qu'il  est,  et  à  n'en  juger  que 
d'après  la  configuration  présente  du  sol,  se  trouverait  distribuée  l'habi- 
tation natale  de  Jeanne  d'Arc.  Mais,  se  hâtent-ils  d'ajouter,  le  sillon 
actuel  du  cours  d'eau  n'est  tel  que  depuis  le  courant  du  xvnie  siècle, 
époque  où  il  est  avéré  que  des  travaux  de  route  eurent  à  détourner  la 
pente  naturelle  et  ancienne  des  eaux,  qui  laissait  Domremy  tout  entier 
d'un  même  côté,  c'est-à-dire  le  côté  barroi^.  Si  donc,  continuent-ils, 
on  prend  pour  base  la  limite  tracée  par  le  cours  même  du  ruisseau  des 
Trois-Fontaines,  avant  sa  déformation  récente,  il  faut  admettre  que  le 
territoire  intégral  de  Domremy  se  trouvait  en  terre  de  Bar. 

On  vient  cependant  de  voir  combien  cette  modification  de  direction, 
détail  complémentaire  de  la  question,  importe  peu  en  elle-même, 
puisque  d'autres  éléments  d'information  plus  sûrs,  tirés  de  raisons 
administratives,  et  non  plus  topographiques,  permettent  de  négliger 
son  apport  dans  la  discussion.  De  1851  à  1857,  une  polémique  assez 
serrée  s'était  engagée,  sur  ce  point  comme  sur  les  autres,  entre 
M.  Henri  Lepage,  archiviste  de  la  Meurthe,  et  M.  Athanase  Renard, 
ancien  député  de  la  Haute-Marne,  maire  de  Bourbonne,  partisans,  le 
premier  de  l'origine  barroise  et  lorraine,  le  second  de  l'origine  champe- 
noise et  française 2,  polémique  au  cours  de  laquelle  un  autre  érudit,  M.  Per- 

1.  Rappelons  à  ce  sujet  que  tous  les  plans  de  Domremy,  édités  dans  les 
diverses  études  consacrées  à  cette  discussion,  sont  tirés,  —  sauf  ceux  donnés 
par  M.  Chapellier  dans  son  Étude  sur  Domremy,  pays  de  Jeanne  d'Arc,  et 
dans  sa  seconde  Étude  sur  la  véritable  nationalité  de  Jeanne  d'Arc,  sauf  aussi 
celui  inséré  par  M.  Lepage  dans  sa  troisième  Dissertation  sur  la  question  : 
Jeanne  d'Arc  est-elle  Lorraine?  —  de  l'excellent  plan  dressé  en  1820  par  Pros- 
per  JoIIois,  le  sagace  érudit  dont  les  persévérants  eflorls  ont  conservé  au 
culte  national  la  maison  même  de  Jeanne  d'Arc.  {Histoire  abrégée  de  la  vie  et 
des  exploits  de  Jeanne  d'Arc.  Paris,  P.  Didol,  l'aîné,  1821,  in-fol.,  202  p.,  pi.  I, 
p.  190.)  Ce  plan  a  l'extrême  mérite  de  n'avoir  été  dressé  pour  les  besoins  d'au- 
cune cause,  et  c'est  toujours  à  lui  qu'il  faut  se  rapporter  pour  tout  ce  qui  n'est 
pas,  dans  la  discussion,  levé  d'arpentage  ou  détail  cadastral. 

2.  En  voici  les  phases  successives,  indiquées  d'après  une  série  d'opuscules  et 
de  recueils  relativement  difficiles  à  grouper.  —  Guerrier  de  Duraast,  Philoso- 
phie de  l'histoire  de  Lorraine.  Nancy,  1850,  in-8',  36  p.  (Extrait  du  Congrès 
scientifique  de  France,  XVII°  session.  Nancy,  1850,  t.  II,  p.  275-304).  — A.  Renard, 
Souvenirs  du  Bassigny  champenois.  Jeanne  d'Arc  et  Domremi  (1851).  Paris, 


BIBLIOGRAPHIE.  ^6^ 

not,  de  Vassy,  dégageait  la  formule  :  Jeanne  d'Arc  Champenoise  et  non 
pas  Lorraine  '.  Dès  cette  époque,  M.  Renard  signalait  toute  l'importance 
des  constatations  administratives  ressortant  des  textes  ofQciels  contem- 
porains et  les  opposait  aux  déductions  topographiques  de  son  érudit 
contradicteur.  Argument  déjà  ancien,  mais  auquel  sa  date  n'ôte  rien 
de  sa  valeur.  L'auteur  du  présent  ouvrage,  qui  fait  seulement  allusion 
à  cette  polémique,  aurait  pu  utilement  le  rappeler. 

Plus  spécieuse  serait  la  thèse  qui  tend  à  démontrer  qu'à  aucune 
époque,  —  question  topographique  à  part,  —  aucune  partie  de  Dom- 
remy  n'aurait  fait  partie  du  territoire  français.  Déjà  soutenue,  subsi- 
diairement  à  la  précédente,  par  M.  Henri  Lepage,  avec  une  entière  et 
remarquable  connaissance  des  documents  locaux  relatifs  à  la  question, 
cette  théorie  a  été  reprise  par  M.  J.-Gh.  Ghapellier,  bibliothécaire  de  la 
bibliothèque  d'Épinal,  dans  ses  deux  notices  sur  la  véritable  nationalité 


Claye,  1857,  in-8°,  24  p.  (Extrait  des  Mémoires  de  la  Société  historique  et 
archéologique  de  Langres  (1851),  t.  I,  1847-1860,  p.  103-177.)  Réponse  au  précé- 
dent. —  H.  Lepage,  Jeanne  Darc  est-elle  Lorraine  ?  (première  dissertation). 
Nancy,  1852,  in-8'',  56  p.,  avec  plan.  (Extrait  des  Mémoires  de  l'Académie  de 
Stanislas,  année  1852,  p.  139-190.)  Réponse  au  précédent.  (Voir  à  ce  sujet  : 
Rapport  fait  à  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres  au  nom  de  la  Com- 
mission des  antiquités  de  la  France,  par  Berger  de  Xivrey,  dans  Mém.  de 
l'Acad.  des  inscr.,  t.  XX,  p.  244,  séance  publ.  du  25  novembre  1853;  lettre  par- 
ticulière de  Quicherat  à  M.  Lepage,  en  date  du  3  novembre  1852,  publiée  dans 
la  seconde  Dissertation  de  M.  Lepage,  p.  53,  n.  1;  analyse  de  Vallet  de  Viri- 
ville,  dans  Atheneum  français  du  10  juin  1854.)  —  A.  Renard,  Jeanine  d'Arc 
était-elle  Française?  Réponse  au  mémoire  de  M.  Henri  Lepage  intitulé  : 
«  Jeanne  Darc  est-elle  Lorraine?  »  Langres,  L'Huiilier,  1852,  in-8°,  34  p.  (Voir 
à  ce  sujet  :  Lettre  de  M.  Lepage,  en  date  du  16  octobre  1852,  dans  YVnion 
de  la  Haute-Marne  du  22  octobre  1852;  lettre  particulière  de  Quicherat  à 
M.  Renard,  en  date  du  9  janvier  1853,  publiée  dans  la  seconde  Réponse  de 
M.  Renard,  p.  30,  n.  2;  analyse  de  Vallet  de  Viriville,  dans  i^Aerieuw  français 
du  10  juin  1854.)  —  H.  Lepage,  Jeanne  Darc  est-elle  Lorraine?  (seconde  disser- 
tation). Nancy,  1855,  in-S",  90  p.  (Extrait  des  Mém.  de  l'Acad.  de  Stanislas, 
année  1854,  p.  273-362.)  Réponse  au  précédent.  —  A.  Renard,  Jeanne  d'Arc 
était-elle  Française  ?  Deuxième  réponse  à  M.  Henri  Lepage.  Paris,  Claye,  1855, 
in-8''  32  p.  —  H.  Lepage,  Un  dernier  mot  sur  cette  question  :  Jeanne  d'Arc 
(sic)  est-elle  Lorraine?  (troisième  dissertation).  Nancy,  1856,  in-S",  16  p.  (Extrait 
du  Journal  de  la  Société  d'archéologie  lorraine,  5"  année,  juin  1856,  p.  82-95.) 
—  A.  Renard,  Jeanne  d'Arc  était-elle  Française  ?  Troisième  et  dernière  réponse 
à  M.  Henri  Lepage.  Paris,  Claye,  1857,  in-S",  29  p. 

1.  Jeanne  d'Arc  Champenoise  et  non  pas  Lorraine.  Orléans,  1852,  in-8°, 
19  p.  (Extrait  du  Congrès  scientifique  de  France,  XVIIP  session.  Orléans,  1851, 
t.  II,  p.  249-265.)  —  Vers  la  même  époque  paraissait  l'étude  de  M.  Mourin  : 
Jeanne  d'Arc  est-elle  Champenoise  ou  Lorraine?  Reims,  1853,  in-8°,  11  p. 
(Extrait  des  Travaux  de  l'Académie  de  Reims,  t.  XVIII  (1852-1853),  p.  52-62.) 

\S9^  U 


^fi2  BIBLIOGRAPHIE. 

de  Jeanne  d'Arc,  éditées  en  1870 ^  et  en  1886 2,  et,  plus  récemment 
encore,  dans  la  publication  intitulée  :  Deux  Actes  inédits  du  XV^  siècle 
sur  Domremy^,  toutes  résumées  dans  sa  récente  Étude  sur  Domremy,  pays 
de  Jeanne  d'Arc^. 

Il  peut  être  parfaitement  exact  que,  dès  1246,  on  constate  que  les 
seigneurs  de  Bourlemont,  suzerains  du  lieu,  possédaient  des  terres  à 
Domremy  et  à  Greux,  ainsi  que  le  fait  voir  un  acte  cité  pour  la  pre- 
mière fois,  à  ce  qu'il  semble,  par  M.  Lepage^.  —  11  n'en  est  pas  moins 
vrai  qu'en  1334,  les  mêmes  seigneurs  de  Bourlemont,  tout  en  retenant 
encore  certains  droits  à  Greux  et  à  Domremy,  ainsi  que  le  fait  voir  un 
acte  de  1320^,  cité  par  M.  Siméon  Luce,  faisaient  hommage  au  comte 
de  Bar,  non  pas  de  la  totalité,  mais  bien  seulement  d'une  fraction  de  Dom- 
remy, limitée,  sinon  par  tout  le  cours  du  ruisseau  déjà  cité,  au  moins 
par  un  repère  situé  sur  ce  cours  d'eau,  repère  qu'on  retrouvera,  identique 
et  pareil,  cent  vingt-cinq  ans  plus  tard".  Il  n'en  est  pas  moins  vrai 
qu'en  1398,  l'aveu  et  dénombrement  rendu  par  Jean  de  Bourlemont 
au  duc  de  Bar  excepte  Greux  de  sa  seigneurie,  en  y  conservant  néan- 
moins toujours  certains  droits,  et  que  si  l'acte  énumère  un  certain 
nombre  de  biens  lui  appartenant  à  Domremy,  il  ne  s'ensuit  nullement 
pour  cela  qu'il  possédât  la  totalité  du  village  s.  Il  n'en  est  pas  moins 

1.  Étude  sur  la  véritable  nationalité  de  Jeanne  d'Arc  (première  élude).  Épi- 
nal,  1870,  in-8°,  15  p.  (Extrait  des  ^uno/es  delà  Société  d'émulation  du  dépar- 
tement des  Vosges,  t.  XIII,  1869,  p.  227-238.) 

2.  Etude  sur  ta  véritable  nationalité  de  Jeanne  d'Arc  (seconde  étude).  Nancy, 
1886,  in-S",  15  p.,  avec  plan.  (Extrait  An  Journal  de  la  Soc.  d'arch.  lorraine, 
34=  année,  décembre  1885,  p.  263-273.) 

3.  Deux  actes  inédits  du  XV"  siècle  sur  Domremy.  Nancy,  1889,  in-8',  16  p. 
(Extraits  du  Journal  de  la  Soc.  d'arch.  lorraine,  38"  année,  janvier-février 
1889,  p.  6-10  et  35-42,  sous  ces  litres  :  £/n  nouveau  document  sur  le  père  de 
Jeanne  d'Arc,  et  :  Sous  René  d'Anjou,  Domremy,  Greux  et  Bazoilles  étaient 
du  Barrois  Mouvant.) 

4.  Étude  historique  et  géographique  sur  Domremy,  pays  de  Jeanne  d'Arc. 
Saint-Dié,  1890,  p.  325-373,  avec  plans.  (Extrait  du  Bulletin  de  la  Société  phi- 
lomathique  vosgienne,  15'  année,  1889-1890,  p.  325-373.) 

5.  Actes  de  1246  et  1248,  cités  et  publiés  par  M.  Chapellier  en  1868,  dans  les 
Documents  rares  ou  inédits  de  l'histoire  des  Vosges,  t.  I,  année  1868,  p.  1-3; 
réédités  dans  sa  seconde  Étude,  dans  son  Élude  sur  Domremy,  dans  Siméon 
Luce,  Jeanne  d'Arc  à  Domremy,  Supplément  aux  Preuves,  I,  p.  281. 

6.  Acte  de  1320,  cité  par  M.  Siméon  Luce,  lac.  cit.,  Intr.,  p.  xxxiv,  n,  2. 

7.  Acte  de  1334,  cité  par  M.  Henri  Lepage,  dans  sa  première  et  sa  seconde 
Dissertation,  en  1852  et  1855,  publié  par  M.  Chapellier  en  1868,  dans  les  Doc. 
rares  ou  inédits  de  l'hist.  des  Vosges,  t.  I,  année  1868,  p.  3-4,  et  analysé  en  1869 
dans  sa  première  Étude;  réédité  dans  son  Étude  sur  Domremy,  dans  Siméon 
Luce,  loc.  cit.,  Suppl,  aux  Preuves,  II,  p.  281-282. 

8.  Acte  de  février  1398  (1397,  anc.  st.),  cité,  publié  et  réédité  par  les  mêmes, 


BIBLIOGRAPHIE.  463 

vrai  (en  négligeant  les  textes  contemporains  du  procès  dont  il  a  été 
parlé^)  qu'en  1460,  une  décision  de  l'élection  de  Langres  délimitait 
minutieusement  la  section  de  Domremy  directement  comprise  dans  le 
royaume  de  France,  ainsi  que  celle  appartenant  à  la  châtellenie  de 
Gondrecourt  et  au  duché  de  Bar,  et  que  cette  délimitation  officielle  se 
basait  sur  le  même  repère  que  la  répartition  résultant  de  l'aveu  de  1334, 
repère  traditionnel  qui  paraît  être  demeuré  identique  et  intact  2.  Il  n'en 
est  pas  moins  vrai  qu'en  1481,  et  depuis,  sans  interruption,  à  ce  qu'il 
semble,  jusqu'en  1571,  le  nom  de  Domremy  et  celui  de  Greux  figurent 
sur  les  registres  de  l'élection  française  de  Langres  3.  Ces  faits  établis,  il 
peut  être  parfaitement  exact  qu'en  1730,  voire  même  en  1603,  des  pro- 
cès privés  constatent  plus  ou  moins  le  rattachement  de  Domremy  tout 
entier  à  la  Lorraine'*,  qu'en  1611  et  en  1586,  l'enregistrement  des  actes 
passés  à  Domremy  s'opère  à  Gondrecourt,  qu'en  1580  Domremy  soit 
représenté  aux  États  de  Lorraine-'.  Tous  ces  derniers  arguments  seraient 
en  effet  de  date  postérieure  au  concordat  de  1571,  conclu  entre  le  duc  de 
Lorraine  et  le  roi  de  France,  acte  sur  lequel  M.  Vallet  de  Viriville,  dans 
plusieurs  de  ses  études,  a  particulièrement  insisté,  en  exagérant  peut- 
être  quelque  peu  son  importance  en  ce  qui  concerne  cette  question 
délicate^.  Encore  trouve-t-on  Domremy  et  Greux  figurant  sur  les 
registres  de  l'élection  de  Langres  ou  de  Chaumont''^,  après  ce  concor- 
dat, en  1572, 1576  et  1584  8,  et,  à  cette  dernière  date  encore,  classés  tous 

à  la  suite  du  précédent.  Cf.  Testament  de  Jean  de  Bourlemont,  en  date  d'oc- 
tobre 1399,  cité  et  publié  par  M.  Siméon  Luce,  loc.  cit.,  Preuves,  XIII,  p.  16-21. 

1.  Interrogatoire,  anoblissement  et  exemption,  cités  ci-dessus,  p.  159,  n.  3,  4,  5. 

2.  Acte  de  1460  et  1461,  cité  et  publié  par  M,  Lepage  en  1852,  dans  sa  pre- 
mière Dissertation;  réédité  dans  Cbapellier,  Étude  sur  Domremy,  dans  Siméon 
Luce,  loc.  cit.,  Suppl.  aux  Preuves,  XXXIX,  p.  349-354. 

3.  Actes  de  1481  à  1572,  cités  et  publiés  par  M.  Lepage  lui-même  dans  sa 
seconde  Dissertation. 

4.  Acte  de  1603,  cité  et  publié  par  M.  Lepage,  en  1852,  dans  sa  première 
Dissertation.  —  Acte  de  1730,  cité  et  publié  par  M.  Cbapellier,  en  1889,  dans 
Sous  René  d'Anjou,  Domremy  (voir  ci-dessus,  p.  162,  n.  3).  Tous  deux  analysés 
et  discutés  dans  la  récente  Étude  sur  Domremy,  du  même  auteur. 

5.  Actes  de  1586  et  1611,  cités  et  publiés  par  M.  Lepage,  en  1855,  dans  sa 
seconde  Dissertation.  —  Acte  de  1580,  cité  par  M.  Lepage  en  1852,  dans  sa 
première  Dissertation. 

6.  Principalement  dans  une  Analyse  de  la  première  Dissertation  de  M.  Lepage 
et  de  la  première  Réponse  de  M.  Renard,  en  1852,  dans  Atheneum  français  du 
10  juin  1854  (année  1854,  p.  528).  Cf.  Privilège  de  Domremy-la-Pucelle,  dans 
Bulletin  de  la  Société  d'Histoire  de  France,  juin  1854  (année  1854,  p.  103-112). 

7.  Les  différents  auteurs  qui  ont  traité  les  détails  de  cette  question  se  sont- 
ils  suffisamment  rendu  compte  qu'en  1574  une  élection  avait  été  établie  à 
Chaumont? 

8.  Actes  cités  et  publiés  par  M.  Lepage,  dans  sa  seconde  Dissertation. 


464  BIBLIOGRAPHIE. 

deux  dans  la  prévôté  d'Andelot,  l'une  des  prévôtés  du  bailliage  français 
de  Chaumont-en-Bassigny  <.  Donc,  quoi  qu'il  en  soit,  pour  la  période 
antérieure  et  postérieure  au  xv"  siècle,  il  n'en  est  pas  moins  établi 
qu'au  temps  de  la  naissance  et  de  la  vie  de  Jeanne  d'Arc,  Domremy, 
ou  tout  au  moins  une  des  sections  du  village,  était  regardé  comme  partie 
intégrante  du  domaine  et  comme  terre  de  France. 

Tel  était  l'état  de  la  question  quand  récemment  un  document  fut 
produit,  auquel  les  partisans  de  la  cause  lorraine  se  sont  peut-être 
trop  hâtés  d'attacher  l'importance  décisive  qu'ils  semblent  lui  réser- 
ver. Je  veux  parler  de  la  main-levée,  en  date  du  12  septembre  1468, 
publiée  par  M.  Ghapellier  dans  sa  dernière  étude  :  Deux  Actes  inédits 
du  XV^  siècle  sur  Domremy^.  De  cette  pièce,  tirée  des  archives  départe- 
mentales de  la  Meurthe,  il  résulte  qu'à  cette  date  précitée  de  1468,  les 
autorités  du  bailliage  français  de  Chaumont  se  voyaient  obligées  de  lever 
une  saisie  indûment  pratiquée,  sous  prétexte  de  défaut  d'hommage, 
sur  les  fiefs  de  Jean  IV,  comte  de  Salm,  sis  à  Domremy  et  à  Greux^. 
M.  Ghapellier  croit  pouvoir  en  déduire  que  les  deux  villages  tout  entiers 
«  étaient,  comme  toute  la  châtellenie  de  Gondrecourt,  du  Barrois  Mou- 
vant. »  Gonclusion  parfaitement  exagérée,  l'acte  eu  question  prouvant 
tout  simplement  une  fois  de  plus,  —  ce  que  personne  ne  songe  à  con- 
tester, —  que  la  partie  de  la  seigneurie  de  Domremy  et  de  Greux, 
reconnue  de  tout  temps,  et  encore  en  1460,  dans  la  décision  de  l'élec- 
tion de  Langres,  comme  relevant  du  Barrois,  était  classée  comme  en 
dépendant  encore  en  1468.  G'est  ce  qu'une  lettre  privée  de  M.  Siméon 
Luce,  en  date  du  9  mars  1890,  citée  par  M.  l'abbé  Georges  (p.  524-525), 
met  très  nettement  en  lumière.  G'est  ce  que  vient  confirmer  un  autre 
élément  de  discussion  assez  décisif,  à  ce  qu'il  semble,  et  qu'on  pourrait 
s'étonner  de  ne  voir  invoqué  nulle  part,  à  savoir  la  remarque  suivante. 
La  section  de  Domremy  signalée  dans  la  décision  de  14G0  comme  rele- 
vant seule  du  Barrois  et  celle  indiquée  dans  la  main-levée  do  1468 
comme  dépendant  également  du  duché  de  Bar  sont  exactement  iden- 
tiques. Dans  l'un  et  l'autre  acte,  cette  section  est  définie  comme  appar- 
tenant au  comte  de  Salm,  Jean  IV,  héritier  direct  des  Bourlemont, 
anciens  possesseurs,  comme  on  l'a  vu,  de  cotte  fraction  du  village ■*. 
Tous  les  arguments  tirés  de  la  décision  de  1460,  pour  ne  parler  que  de 

1.  Tous  ces  actes  de  1571  à  1603  ont  élé  l'objet  d'une  discussion  approfondie 
de  la  part  de  M.  Wallon,  Jeanne  d'Arc,  t.  I,  Appendice  IX. 

2.  Sous  René  d'Anjou,  Domremy,  Greux  et  Bazoilles,  dans  Deux  actes 
inédits  (voir  ci-dessus,  p.  162,  n.  3). 

3.  «  Mainlevée  de  la  saisie  des  liefs  de  Greux  et  Doinpremy,  >  en  date  du 
\1  septembre  1468,  Pièce  justificative;  Deux  actes  inédits,  p.  12-15.  Texte 
analysé  de  nouveau  dans  Étude  sur  Domremy. 

4.  Sur  l'identification  de  ce  personnage,  Siméon  Luce,  loc.  cit.,  Suppl.  aux 
Preuves,  XXXI.X,  p.  350,  n.  2. 


BIBLIOGRAPHIE.  ^65 

cette  pièce,  où  la  scission  des  territoires  est  si  curieusement  spécifiée, 
ne  perdent  donc  rien  de  leur  valeur  et  subsistent  dans  toute  leur  force. 
Comme  corollaires  à  ce  document,  M.  Chapellier,  au  cours  de  la 
même  étude,  citait  particulièrement  deux  autres  textes,  l'un  de  1500, 
où  le  village  de  Greux  est  dit  «  ou  duchié  de  Bar,  »  l'autre  de  1616, 
d'où  il  ressort  que  «  la  maison  de  Jeanne  la  Puceile  »  est  bien  située 
sur  le  territoire  de  Domremy  et  non  sur  celui  de  Greux  ^.  La  première 
de  ces  deux  assertions  ne  semble  pas  du  tout  constituer  un  argument 
sans  réplique,  ces  sortes  de  dénominations  territoriales  étant  souvent, 
par  essence,  aussi  vagues  que  contradictoires,  et  Greux  pouvant  par- 
faitement, alors  comme  à  d'autres  époques,  constituer  un  village 
mi-partie.  Puis,  si  l'on  veut  bien  se  rapporter  au  texte  même,  et  non 
pas  seulement  au  fragment  cité  de  la  pièce,  on  voit  que  cet  acte  repré- 
sente une  requête  adressée  au  roi  de  France  à  l'effet  d'obtenir  confir- 
mation de  l'exemption  d'impôts  concédée  en  1429.  Considérations  qui 
rendent  assez  illusoire  le  passage  mvoqué  par  l'érudit  lorrain.  Quant  à 
la  seconde  affirmation,  à  savoir  que  la  maison  de  Jeanne  d'Arc  était 
située  sur  Domremy  même,  elle  n'a  jamais  été  révoquée  en  doute  par 
qui  que  ce  soit  d'autorisé.  Elle  vient  simplement  confirmer  ce  que 
Jeanne  d'Arc  disait  d'elle-même  à  un  juge  de  France,  à  savoir  «  qu'elle 
était  née  à  Domremy,  village  qui  ne  fait  qu'un  avec  Greux  »  (interro- 
gatoire préalable,  séance  du  mercredi  21  février  1431)2.  Ce  dernier  docu- 
ment produit  par  M.  Chapellier,  tout  comme  le  précédent,  et  celui 
qu'ils  accompagnent,  doit  donc  être  regardé  comme  absolument  insuffi- 
sant à  fournir  un  argument  quelconque  en  faveur  de  la  thèse  en  soutien 
de  laquelle  ils  sont  spécialement  avancés.  Tous  trois  sont  intéressants 
sans  doute,  mais  sans  portée  départageante,  et  aucune  des  raisons  énu- 
mérées  en  appui  de  l'origine  purement  française  de  la  Puceile  ne  peut 
s'en  trouver  atteinte  ou  atténuée  3. 

Le  seul  point  sur  lequel  la  récente  découverte  d'un  document  vai- 
nement recherché  jusqu'alors  ait  pu  modifier  les  conclusions  proposées 
depuis  les  recherches  de  M.  Siméon  Luce-*,  est  le  suivant.  A  l'heure 

1.  Deux  actes  inédits,  p.  U  et  16.  Textes  cités  de  nouveau  dans  Étude  sur 
Domremy.  Le  premier  de  ces  actes,  celui  de  1500,  a  été,  en  réalité,  produit 
pour  la  première  fois,  discuté  et  publié  par  M.  Lepage,  dès  1855,  dans  sa 
seconde  Dissertation. 

2.  Quicherat,  Procès,  t.  I,  p.  46  :  «...  nata  est  in  villa  de  Dompremi,  qua 
est  eadem  cum  villa  de  Grus...  » 

3.  C'était  sur  la  France  que  «  s'orientait  »  Domremy  et  la  région  avoisinante, 
selon  l'heureuse  expression  de  M.  Ludovic  Drapeyron,  dont  M.  l'abbé  Georges 
cite  plusieurs  lettres  privées,  de  1885  à  1888  (p.  526-529),  et  qui  a  consacré  à 
celte  question  une  intéressante  étude  technique.  {Une  application  de  la  géogra- 
phie à  l'étude  de  l'histoire,  dans  Revue  de  géographie,  t.  XV,  nov.  1884,  p.  321- 
332,  et  t.  XIX,  nov.  1886,  p.  321-343.) 

4.  Jeanne  d'Arc  à  Domremy,  Introd.,  ch,  i. 


466  BIBLIOGRAPHIE. 

qu'il  est,  on  ne  saurait  plus  à  quelle  époque  précise  le  lieu  natal  de 
Jeanne  d'Arc,  c'est-à-dire  la  section  nord  de  Domremy  et  tout  ou  partie 
du  village  de  Greux,  serait  devenue  partie  intégrante  du  domaine  royal 
français.  On  aurait  pu  croire  que  ce  territoire  avait  été  compris  dans 
l'échange  de  la  seigneurie  de  Vaucouleurs,  faite  par  Jean  de  Joinville, 
seigneur  dudit  lieu,  à  Philippe  VI  de  Yalois,  en  1335,  acquisition 
déclarée  indissolublement  unie  à  la  cour  par  une  ordonnance  de  1365^. 
Un  curieux  texte,  tout  dernièrement  signalé  aux  archives  municipales 
de  Vaucouleurs  même,  —  intercalé  dans  une  série  de  pièces  de  pro- 
cédure en  date  de  1620  et  de  1702,  —  par  M.  Ghévelle,  maire  de  Vau- 
couleurs, fait  voir  que  cette  assertion  ne  serait  plus  exacte  2.  Ce  docu- 
ment n'est  autre  que  le  procès-verbal  même  de  prise  de  possession  du 
territoire  ainsi  cédé  par  Jean  de  Joinville  au  roi  de  France,  procès- 
verbal  dressé  en  1341,  peu  après  la  cession,  pièce  dont  M.  Siméon  Luce 
regrettait  profondément  et  loyalement  de  n'avoir  pu  retrouver  trace^.  Or, 
ce  procès-verbal  ^,  qui  contient  l'éaumération  des  villages  composant 
ladite  seigneurie,  ne  porte  pas  trace  de  Domremy  ni  de  Greux ^ 

Onignoreraitdonc,  — jusqu'à  découverte  d'un  texte  ou  d'un  fait  plus 
explicatif,  —  quand  et  par  suite  de  quelles  circonstances  une  partie  du 
territoire  de  Domremy,  ainsi  que  Greux,  aurait  pu  passer  au  domaine 
français  ^. 

1.  Ibid.,  id.,  p.  xx-xxm,  et  Preuves,  VI,  p.  7-9. 

2.  C.  Chévelle,  Estât  et  compte  de  l'eschange  faict  entre  le  roy  Philippe  et 
viessire  Jean  de  Joinville,  seigneur  de  Vaucouleurs,  1341.  Bar-le-Duc,  Con- 
tdiU-Laguerre,  1891,  in-8°,  24  p.  (Extrait  de  l'Annuaire  du  département  de  la 
Meuse,  année  1891,  3"^  partie,  p.  1  à  22.)  Texte  analysé  dès  1890,  dans  son  Étude 
sur  Domremy,  par  M.  Chapellier,  qui  en  avait  reçu  communication  en  1887. 

3.  Jeanne  d'Arc  à  Domremy,  Preuves,  VI,  p.  8,  n.  3.  —  Depuis,  M.  Siméon 
Luce  a  pu  analyser  cet  acte  intéressant  dans  une  dernière  étude  :  Jeanne 
d'Arc,  son  lieu  natal  et  ses  premières  années,  d'après  des  découvertes  récentes. 
{La  France  pendant  la  gueire  de  Cent  ans,  première  série,  p.  261-291.  Extrait 
du  Correspondant  du  25  juillet  1889.) 

4.  L'acte  d'échange,  en  date  du  15  août  1335,  a  été  publié  par  M.  Siméon 
Luce  {Jeanne  d'Arc  à  Domremy,  Preuves,  VI,  p.  7-9).  —  Le  procès-verbal  de 
prisée  des  biens  cédés  par  Philippe  VI  (ville  de  Méry-sur-Seine),  paraissant  daté 
du  4  octobre  1337,  cité  par  Siméon  Luce  {loc.  cit.,  p.  8,  n.  3),  a  été  vu  en  1886 
à  Paris,  à  la  librairie  Techener,  par  M.  Chapellier  {Étude  sur  Domremy,  p.  13- 
14).  —  Le  procès-verbal  de  prisée  des  biens  cédés  par  Jean  de  Joinville  (châ- 
tellenie  de  Vaucouleurs),  en  exécution  de  lettres  du  10  juin  1341,  est  le  docu- 
ment publié  par  M.  Chévelle. 

5.  Voir  la  teneur  de  l'acte  précité. 

6.  Il  convient  de  rappeler  ici  que  le  sentiment  public  de  la  majeure  partie 
des  habitanls  de  Domremy  est  favorable  au  rattachement  entier  du  village  à  la 
Lorraine  au  temps  de  Jeanne  d'Arc.  C'est  ce  qu'établit  une  note  de  M.  l'abbé 
Durand,  curé  de  Domremy,  en  date  du  19  mai   1850,  publiée  par  M.  Lepage 


BIBLIOGRAPHIE.  467 

N'est-il  pas  beaucoup  plus  simple,  plus  logique,  plus  satisfaisant  d'ad- 
mettre une  autre  thèse,  dont  la  vérité  saute  aux  yeux  cependant,  à  savoir 
que  la  section  nord  de  Domremy  et  le  village  de  Greux,  en  tout  ou  en 
partie,  se  rattachent  tout  naturellement  aux  mêmes  circonscriptions  que 
celles  dont  ces  territoires  dépendaient  au  temps  de  Jeanne  d'Arc,  c'est- 
à-dire,  dans  le  bailliage  de  Chaumont,  à  la  prévôté  d'Andelot?  Ces  ter- 
roirs ne  figurent  pas  dans  la  prévôté  de  Vaucouleurs  en  1335,  parce 
qu'ils  ne  lui  ont  jamais  appartenu,  dépendants  qu'ils  étaient  en  réaUté 
d'un  autre  ressort.  Par  conséquent,  il  n'y  a  rien  d'étonnant  à  ce  qu'on 
ne  les  voie  pas  réunis  au  royaume  en  1335  ou  1341,  puisqu  a  cette  date 
ils  l'étaient  depuis  longtemps,  ayant  suivi  le  sort  des  cantons  rattachés 
à  la  Champagne,  et  incorporés  au  sol  français  avec  cette  province,  à  la 
fin  du  xni«  siècle.  Ils  n'ont  pas  eu  à  entrer  dans  le  domaine,  parce  qu'ils 
en  faisaient  déjà  partie,  et  n'en  avaient  pas  été  distraits  '. 

Voilà,  semble-t-il,  l'erreur  où  M.  l'abbé  Georges,  à  la  suite,  il  est 
vrai,  de  l'auteur  de  Jeanne  d'Arc  à  Domretmj'^,  s'est  laissé  entraîner,  en 
suivant  une  piste  fausse  et  sans  considérer  suffisamment  la  valeur  intrin- 
sèque des  actes  contemporains  du  procès. 

Le  fait  que,  sans  distinction  inutile  de  période,  des  sections  au  moins 
de  Domremy  et  de  Greux  comptaient  comme  terre  de  France,  subsiste 
donc  avec  toutes  les  mêmes  preuves  que  précédemment.  Les  actes  con- 
temporains et  officiels,  déjà  cités,  un  peu  oubliés  peut-être  par  tous,  au 
fort  de  cette  mêlée  de  textes  secondaires,  mais  auxquels  on  serait  par- 
faitement en  droit  de  limiter  exclusivement  la  discussion,  n'en  perdent 
pour  cela  rien  de  leur  force  et  n'en  pèsent  pas  moins  dans  le  débat  de 
tout  leur  poids  décisif  3. 

Cette  dernière  partie  de  l'ouvrage  de  M.  l'abbé  Georges  contient  en 
somme,  sur  cette  question  irritante,  un  exposé  confus  et  inégal,  mais 
alimenté  d'arguments  meilleurs  que  l'auteur  ne  le  croit  peut-être  lui- 
même.  M,  l'abbé  Georges  est  au  courant  du  dossier  du  débat,  il  n'en 

dans  sa  troisième  Dissertation,  ainsi  qu'une  seconde  plus  récente,  en  date  de 
1886,  due  à  M.  Huniblot,  instituteur  de  Domremy,  et  signée  de  M.  l'abbé  Bour- 
gaut,  curé  de  Domremy,  note  publiée  par  M,  Chapellier  dans  sa  seconde  Étude 
et  dans  son  Élude  à  Domremy. 

1.  C'est  ce  que,  au  cours  de  l'impression  de  cette  analyse,  a  démontré  avec 
beaucoup  de  force  M.  l'abbé  Misset  dans  une  toute  récente  et  solide  étude  dont 
indication  est  donnée  ci-après  [Jeanne  d'Arc  Champenoise,  ch.  ii,  p.  19-20). 

2.  Siméon  Luce,  Jeanne  d'Arc  à  Domremy,  Introduction,  ch.  i,  p.  xx-xxiii, 
et  Preuves,  vi,  p.  7-9.  Cette  hypothèse  erronée  avait  été  proposée  par  M.  Per- 
not,  en  1851,  dans  son  étude  :  Jeanne  d'Arc  Champenoise  et  non  pas  Lorraine, 
p.  9-10.  Elle  avait  déjà  été  émise  par  M.  de  Montrol  dans  son  Résumé  de  l'his- 
toire de  la  Champagne  (Paris,  1826,  in-18,  452  p.),  p.  280-281.  Cette  filiation 
peut  être  curieuse  à  signaler. 

3.  Interrogatoire,  anoblissement  et  exemption,  cités  ci-dessus,  p.  159,  n.  3,  4,  5. 


J68  BIBLIOGRAPHIE. 

tire  pas  tout  le  parti  possible,  et,  en  fait  de  dissertations  sur  la  matière 
non  visées  dans  ce  chapitre,  on  ne  voit  guère  que  les  études  simulta- 
nées de  M.  l'abbé  Nalot^  et  de  M.  Léon  Mougenot^.  On  ne  peut  encore 
que  signaler  ici  le  mémoire  que  M.  l'abbé  Misset  vient  de  consacrer  au 
même  sujet,  et  dont  la  nette,  incisive  et  lucide  polémique  provoque  à 
l'heure  qu'il  est  un  retentissement  justifié  3. 

Mais  pourquoi  l'auteur  n'a-t-il  pas  cru  devoir  assurer  à  ce  chapitre, 
presque  le  plus  important  du  volume,  une  composition  mieux  ordonnée 
et  une  critique  plus  ferme  ?  Ce  parti  est  profondément  regrettable.  L'ab- 
sence absolue  de  toute  référence,  de  toute  indication  de  source,  de  toute 
note  même,  ôte  à  cette  discussion,  cependant  érudite,  comme  aussi  à  tout 
l'ouvrage,  une  très  grande  part  de  l'importance  et  de  la  valeur  propre 
qu'elle  mériterait  certainement  sous  une  autre  méthode.  Ce  n'est  pas  sans 
peine,  en  effet,  que  les  arguments  mis  en  œuvre  au  cours  de  ce  cha- 
pitre, —  exacts  et  vrais  sans  doute,  mais  confusément  produits,  —  ont 
pu  être  ainsi  dégagés  et  classés,  augmentés  peut-être,  dans  l'ordre  où 
ils  viennent  d'être  présentés.  Il  n'en  subsiste  pas  moins,  pour  parler  de 
l'ensemble  de  cette  patiente  étude,  que,  malgré  d'insoutenables  généra- 
lisations et  d'évidents  défauts  de  proportion,  l'œuvre  témoigne  d'un  réel 
effort  et  d'une  connaissance  indéniable  de  tous  les  points  du  sujet  traité. 

Germain  Lefèvre-Pontalis. 

Perindik.  Une  Bretonne  compagne  de  Jeanne  d'Arc.  Étude  histo- 
rique, par  M.  W.  Pascal-Estienne,  avec  préface  de  Lionel  Bonne- 
mère.  2*  édition,  revue,  corrigée  et  augmentée.  Paris,  Chamuel, 
1893.  In-^e,  ix-^IGS  pages. 

Il  n'y  a  pas  à  le  nier,  il  existe  une  «  question  »  de  Perrinaïc,  ou  plus 
véridiquement  de  Pierronne  de  Bretagne,  autour  de  laquelle,  depuis 
quelque  temps,  se  dépense  beaucoup  de  zèle  et  contre  qui  s'exerce 
une  polémique  excessive  peut-être,  aux  yeux  des  spectateurs  impar- 
tiaux du  débat. 

Les  initiés  savent,  mais  il  n'est  peut-être  pas  inutile  de  rappeler, 
si  brièvement  que  ce  soit,  qu'il  s'agit  d'une  femme  de  Bretagne, 
du  nom  constaté  de  «  Pierrone-»  »,  dont  les  textes  signalent  la  pré- 

1.  Abbé  Nalot,  chanoine  honoraire  de  Reiras,  Recherches  sur  la  nationalité 
de  Jeanne  d'Arc.  Montreuil-sur-Mer,  iraprimerie  Notre-Dame-des-Prés,  1894, 
in-lG,  58  p. 

2.  Léon  Mougenot,  Jeanne  d'Arc,  le  duc  de  Lorraine  et  le  sire  de  Baudri- 
court.  Nancy,  Berger-Levrault,  1895,  in-8°,  153  p. 

3.  Abbé  E.  Misset,  Jeanne  d'Arc  Champenoise.  Étude  critique  sur  la  véri- 
table nationalité  de  la  Pucelle.  Taris,  Champion;  Orléans,  Herluison,  1895, 
iu-8%  86  p. 

4.  Journal  d'un  Bourgeois  de  Paris  (voir  note  suivante).  La  forme  «  Péri- 


BIBLIOGRAPHIE.  ^  69 

sence  et  les  dévotions  religieuses  à  Jargeau,  auprès  de  Jeanne  d'Arc, 
en  compagnie  du  célèbre  frère  Richard,  le  25  décembre  1429,  trois 
mois  après  la  fin  de  la  campagne  du  Sacre,  puis  mentionnent  la  capture 
à  Corbeil,  par  le  gouvernement  anglo-bourguignon,  au  moment  même  où 
la  Pucelle  reparaissait  aux  environs  de  la  capitale,  vers  les  derniers 
jours  de  mars  ouïe  début  d'avril  1430,  enfin  relatent  le  procès,  le  témoi- 
gnage en  faveur  de  Jeanne  d'Arc  prisonnière,  la  condamnation  au 
bûcher  et  l'exécution  à  Paris,  le  3  septembre  suivante  Une  œuvre 
récente,  où  M.  N.  Quellien,  en  compatriote  et  en  héritier  de  Brizeux^, 
entreprenait,  sans  nulle  prétention  érudite,  de  restaurer  le  souvenir 
oublié  de  l'humble  Bretonne^,  avait  ouvert  à  ce  sujet,  en  1892-',  une 
discussion  continuée  depuis^,  et  dont  les  diverses  et  multiples  manifes- 
tations échappent  de  plus  en  plus  au  domaine  de  la  critique.  L'étude 
qui  donne  lieu  à  cette  présente  analyse  exige  cependant,  par  son  appa- 
rence au  moins,  un  examen  et  une  vérification  sommaires. 

naïk  »  paraît  avoir  été  créée  par  M.  de  la  Villemarqué  {Mijrdhinn  ou  l'enchan- 
teur Merlin,  livre  III,  ch.  ii.  Paris,  1862,  in-8%  xi-435  p.,  p.  324). 

1.  Journal  d'un  Bourgeois  de  Paris,  1431,  4  juillet.  (Éd.  Tuetey,  p.  270-272  : 
fragment  dans  Quicherat,  Procès  de  Jeanne  d'Arc,  t.  IV,  p.  473-474.)  —  Jean 
Nider,  Formicarium,  livre  V,  ch.  viii.  (Éd.  de  1516,  Strasbourg,  in-4°,  90  fol., 
fol.  82,  col.  1  :  fragment  dans  Quicherat,  Procès,  t.  IV,  p.  502-504.)  —  Jour- 
nal d'un  Bourgeois  de  Paris,  1430,  3  septembre.  (Éd.  Tuetey,  p.  259-260  : 
fragment  dans  Quicherat,  Procès,  t.  IV,  p.  467.) 

2.  N.  Quellien,  Chansons  et  danses  des  Bretons.  Paris,  J.  Maisonneuve  et 
Ch.  Leclerc,  1889,  in-8%  iii-300  p.  (Cf.  compte-rendu  par  Jean  Kaulek,  Bibl.  de 
l'École  des  chartes,  t.  L,  4°-5»  livr.,  juillet-octobre  1889,  p.  463-464.) 

3.  N.  Quellien,  Perrinalc.  Une  compagne  de  Jeanne  d'Arc.  Paris,  Fischba- 
cher,  1891,  in-8%  43  p. 

4.  En  rendant  compte  de  cette  œuvre,  d'un  caractère  uniquement  littéraire 
{Bibl.  de  l'École  des  chartes,  t.  LUI,  l"-2''  livr.,  janvier-avril  1892,  p.  162-164), 
j'avais  signalé  et  éclairé  l'un  par  l'autre,  pour  la  première  fois  à  ce  qu'il  semble, 
ces  textes  indiscutables,  connus  d'ailleurs  depuis  longtemps.  Compte-rendu  sur 
la  nature  duquel,  soit  dit  en  passant,  l'auteur  de  la  présente  étude  (p.  91,  n.  4, 
et  p.  157)  paraît  avoir  aventuré  une  complète  méprise,  en  considérant  et  en 
critiquant  comme  opinion  de  fond  une  simple  inexactitude  d'analyse,  commise 
au  sujet  de  l'endroit  précis  du  supplice  de  Pierronne  à  Paris.  Cette  imputation 
s'étant  trouvée  répétée  depuis,  sans  plus  ample  contrôle,  dans  diverses  publica- 
tions qu'il  serait  trop  long  de  citer,  et  risquant  de  continuer  à  l'être,  il  a 
paru  nécessaire  de  remettre  les  choses  au  point. 

5.  J.  Trevedy,  le  Roman  de  Perrinalc.  Vannes,  Lafolye,  1894,  in-8%  48  p. 
(Extrait  de  la  Revue  de  Bretagne,  de  Vendée  et  d'Anjou,  de  janvier,  février, 
avril  1894.)  —  E.  Jordan,  Perrinalc,  dans  Annales  de  Bretagne,  d'avril  1894 
(p.  424-428).  —  Arthur  de  la  Borderie,  Une  prétendue  compagne  de  Jeanne 
d'Arc,  dans  le  Correspondant  du  10  juin  1894  (p.  898-912).  —  L'étude  de 
M.  Trevedy  contient  une  bibliographie  assez  complète  des  articles  ou  opus- 
cules consacrés  à  la  question  jusqu'en  mai  1894. 


^70  BIBLIOGRAPHIE. 

On  ne  voit  malheureusement  pas  le  droit  que  l'auteur  peut  invoquer 
à  prendre  la  parole  en  un  pareil  débat,  ni  l'appoint  utile  que  ce  travail 
doit  ajouter  aux  indiscutables  mais  trop  courtes  notions  que  l'histoire 
possède  sur  le  personnage  énigmatique  de  Pierronne  de  Bretagne. 

Cette  étude,  qui  se  présente,  non  pas  comme  œuvre  d'imagination, 
dont  l'appréciation  intrinsèque  cesserait  de  relever  du  domaine  de 
l'érudition,  mais  bien  comme  démonstration  historique  appuyée  de 
références  et  de  preuves,  offre  en  effet  le  tort  fondamental  de  citer  et  de 
présenter,  comme  événements  vérifiés,  des  images  et  des  fictions  tirées 
de  l'œuvre  déUcale  à  laquelle  il  vient  d'être  fait  allusion,  et  dont  le  poète 
même  qui  les  créa  prenait  soin  de  laisser  voir  l'origine  et  la  portée. 
C'est  ainsi  qu'entre  autres,  tout  le  récit  de  la  vie  de  Pierronne,  jusqu'à 
la  constatation  de  sa  présence  à  Jargeau,  le  jour  de  Noël  de  l'an  l'iîQ 
(chap  II,  p.  31-40),  récit  qui  pourrait  faire  croire  à  quelques  documents 
nouveaux  récemment  acquis  à  la  critique,  ne  repose  à  proprement  par- 
ler sur  rien.  Il  en  est  absolument  de  même  de  tout  ce  qui  est  dit  au 
sujet  de  la  statue  de  la  forêt  de  Coat-an-Nos  en  Bretagne*,  soi-disant 
consacrée  au  souvenir  de  Pierronne  (chap.  vni,  p.  151-154).  Une  gra- 
cieuse et  manifeste  rêverie  littéraire  ne  peut  autoriser  un  historien  à 
affirmer,  surtout  en  termes  d'une  précision  vraiment  abusive,  l'exis- 
tence d'un  monument  d'une  aussi  imaginaire  et  déroutante  icono- 
graphie 2. 

Également  invraisemblable  est  l'interprétation,  toute  personnelle 
d'ailleurs,  décernée  à  deux  témoignages  archéologiques  sur  la  signifi- 
cation desquels  s'étend  un  commentaire  par  trop  hasardé.  —  On 
connaît  le  portail  du  transept  méridional  de  Notre-Dame  de  Paris,  qui 
regarde  la  Seine,  édifié  en  1257  par  l'architecte  Jean  de  Ghelles  (pour- 
quoi l'appeler  Jean  de  Sceaux,  p.  133,  n.  2?),  ainsi  que  l'établit  l'ins- 
cription célèbre  gravée  sur  le  soubassement.  Or,  dans  les  sculptures 
des  quatre  médaillons  du  côté  gauche,  dont  l'identification  exacte,  il 
faut  le  reconnaître,  peut  prêter  à  diverses  conjectures,  l'auteur  veut  net- 
tement distinguer  quatre  scènes  se  rapportant  au  supplice  historique  et 
à  la  réhabilitation  gratuitement  supposée  de  Pierronne  (chap.  vi, 
p.  129-142).  Le  portail  où  sont  tracées  ces  sculptures,  sans  aucune 
hypothèse  possible  de  raccord  ou  d'incrustation  postérieure,  datant  de 
1257,  on  peut  estimer  que  toute  discussion,  même  élémentaire,  sur  ce 
point,  cesserait  de  demeurer  sérieuse^.  —  Il  en  est  de  môme  pour  la 

1.  Coat-an-Nos,  Côtes-du-Nord,  comm.  et  cant.  de  Belle-Isle-en-Terre,  arr.  de 
Guingamp. 

2.  Celte  fiction  a  été,  depuis,  encore  sérieusement  soutenue  par  M.  Lionel 
Bonncmère  {Perinalk,  dans  VOuest  arlis/ique  et  littéraire  du  15  juin  1893). 

3.  Celte  méprise  avait  été,  en  mt^me  temps,  spontanément  adoptée  par 
M'"  Pauline  de  Grandpré  {Perrinalc,  dans  ['Univers  du  26  avril  1893),  et  a  été 
encore  défendue  par  M.  Lionel  Bonnemère  {loc.  cit.). 


.f 


BIBLIOGRAPHIE.  iTi 

médaille  en  plomb,  attribuée  jusqu'ici,  avec  une  autre,  malgré  certaines 
hésitations,  au  souvenir  de  Jeanne  d'Arc ^,  et  dont  cette  nouvelle  théo- 
rie veut  transporter  l'assignation  à  Pierronne  (chap.  vn,  p.  145-150). 
On  ne  voit  à  cela  aucune  espèce  de  raison  :  aussi  bien  l'auteur  n'en 
fournit-il  pour  ainsi  dire  pas.  Les  arguments  par  lesquels  on  serait  en 
droit  de  combattre  l'attribution  de  ce  témoignage  à  la  Pucelle  peuvent 
parfaitement  subsister,  sans  pour  cela  constituer  des  raisons  à  l'appui 
de  cette  thèse  aventurée,  une  longue  chevelure  et  une  robe  mi-ouverte 
(p.  150)  ne  suffisant  pas,  à  ce  qu'il  semble,  pour  caractériser  Pierronne 
de  Bretagne  et  la  différencier  de  toute  autre  représentation  féminine 
quelconque. 

Cette  nouvelle  paraphrase  n'apporte  donc  aucun  élément  dont  la  cri- 
tique ait  à  tenir  compte.  Elle  risquerait  seulement  de  prêter  des  raisons, 
sérieuses  cette  fois,  opposables  au  touchant  mouvement  qui  se  mani- 
feste pour  tirer  de  l'oubli  la  fidèle  et  vaillante  associée  de  la  grande  libé- 
ratrice de  la  France  2,  dont  le  rang  est  marqué  dans  la  liste  des  héros 
ignorés  de  la  reconquête  nationale.  A  la  suite  de  pareilles  exagérations, 
concluant  du  particulier  au  général,  n'a-t-on  pas  presqu'avancé, 
sinon  assuré,  que  Pierronne  de  Bretagne  n'avait  jamais  existé!  Sou- 
haitons cependant,  pour  l'intégrité  de  son  renom,  que  le  zèle  d'apolo- 
gistes historiques  mieux  intentionnés  qu'informés  ne  vienne  pas  four- 
nir d'arguments  ni  d'armes  équivoques  contre  le  souvenir  ému  auquel 

sa  mémoire  a  droit. 

Germain  Lefèvre-Pontalis. 

Les  juges  de  Jeanne  d'Arc  à  Poitiers.  Membres  du  Parlement  ou  gens 
rf'^'g'^we.!' par  Octave  Raguenet  de  SAIIVT-ALBI:^I.  Orléans,  Herluison, 
-1894.  In-8°,  46  pages.  (Extrait  des  Mémoires  de  V Académie  de 
Sainte-Croix.) 

A  l'occasion  d'un  détail  scénique  de  la  représentation  du  Nouveau 
Mystère  du  siège  d'Orléans,  dû  à  la  poétique  initiative  de  M.  Emile  Eude, 
architecte  du  monument  projeté  de  Vaucouleurs,  et  représenté  à  Orléans 
le  6  mai  dernier,  M.  Raguenet  de  Saint-Albin  s'est  trouvé  amené  à 
rechercher  quelle  avait  été  la  composition  exacte  de  la  commission  d'en- 
quête instituée  à  Poitiers,  au  sujet  de  Jeanne  d'Arc,  en  mars  1429, 
à  la  suite  de  ses  premiers  entretiens  avec  Charles  VII,  comme  chacun 
sait.  A  ce  propos,  l'auteur  rassemble  et  présente  nombre  de  preuves 

1.  Résumé  de  la  discussion  dans  Vallet  de  Vlriville,  Notes  sur  deux 
médailles  de  plomb  relatives  à  Jeanne  d'Arc.  Paris,  1861,  in-8°,  30  p.  (Extrait 
de  la  Revue  archéologique,  avril  et  mai  1861,  nouv.  série,  t.  III,  p.  380-392 
et  425-438.) 

2.  Voir  ce  qu'en  dit,  sur  ce  point,  Vallet  de  Vlriville,  Procès  de  Jeanne 
Darc,  p.  LXiv-Lxv. 


472  BIBLIOGRAPHIE. 

destinées  à  mettre  hors  de  doute  que  ce  tribunal  extraordinaire  offrait 
un  caractère  exclusivement  religieux,  sans  intervention  officielle  du 
Parlement,  et  que  la  sentence  prononcée  par  ces  juges  eut  par  suite  un 
caractère  purement  théologique. 

Cette  démonstration  a-t-elle  bien  besoin  de  se  produire  sous  une 
forme  aussi  consciencieuse?  En  efiet,  il  ne  paraît  pas  que  cette  opinion 
ait  jamais  été  combattue  par  qui  que  ce  soit  d'autorisé,  et  les  historiens 
de  Jeanne  d'Arc  ou  de  son  époque  n'ont  jamais  prétendu  autre  chose. 
Quicherat  (t.  V,  p.  471-473),  Vallet  de  Viriville  (t.  II,  p.  61-62),  M.  de 
Beaucourt  (t.  II,  p.  210-211),  M.  Wallon  (liv.  II,  1),  M.  Marius  Sepet 
(liv.  I,  3),  M.  Ledain,  qui  a  consacré  de  récentes  études  au  séjour  de 
Jeanne  d'Arc  à  Poitiers  ^,  concordent  tous  sur  ce  point.  Pour  clore  le 
débat,  si  même  il  y  avait  lieu  de  l'engager  sur  ce  point,  l'auteur  aurait 
pu  se  contenter  d'invoquer  d'aussi  unanimes  et  aussi  décisives  inter- 
prétations. 

C'est  à  un  passage  de  la  lettre  bien  connue  adressée  par  Perceval  de 
Boulainvilliers  au  duc  de  Milan,  en  date  du  21  juin  1429,  qu'il  faut 
attribuer,  prouve  M.  Raguenet  de  Saint-Albin  (vi,  p.  26-36),  la  tradi- 
tion erronée  et  persistante  recueillie  par  Antoine  Astesan,  puis  par  le 
Mistère  du  siège  d'Orléans,  et  d'après  laquelle  la  direction  des  interroga- 
toires de  Poitiers  aurait  été  réservée  au  seul  Parlement.  Mais,  si  cette 
thèse  a  recruté  quelques  adeptes  dans  ce  que  l'auteur  appelle  la  «  litté- 
rature johannique  »  (p.  22  et  38),  elle  n'a  jamais  effleuré  qui  que  ce  soit 
de  sérieusement  informé  de  l'histoire  et  de  la  vie  de  la  libératrice  de  la 
France. 

On  aurait  toutefois  mauvaise  grâce  à  critiquer  outre  mesure  sur  cette 
question  préjudicielle  l'auteur  de  ce  simple  opuscule,  qui  a  seulement 
manifesté  l'intention,  dit-il  lui-même  (p.  46),  sans  prétention  à  la  nou- 
veauté, de  réfuter  une  erreur  qui  pourrait  se  multiplier  dans  certains 
milieux  de  vulgarisation  sans  contrôle,  au  grand  dommage  de  la  réalité 
historique. 

Germain  Lefèvre-Pontalis. 

Archives  de  V Hôtel-Dieu  de  Paris  (1  i  57-4  300) ,  publiées  par  Léon 
BiiiÈLE,  diVQC  Notice,  appendice  et  table  par  Ernest  Goïecqce.  Paris, 
Imprimerie  nationale,  4  894.  In-4°,  lxi-633  pages. 

Le  titre  sous  lequel  l'ancien  archiviste  de  l'Assistance  publique  avait 
entrepris  ce  recueil,  il  y  a  plus  de  quinze  ans,  ne  nous  semble  pas  très 

1.  Bélisaire  Ledain,  Jeanne  d'Arc  à  Poitiers.  Saint-Maixent,  1891,  in-8°, 
15  p.  (Extrait  de  la  Revue  poitevine  et  saiufongeaise,  l.  VIII,  mars  1891, 
p.  G6-67.)  —  Examen  d'une  brochure  de  M.  l'abbc  Denizeau,  intitulée  :  Jeanne 
d'Arc  à  Poitiers,  dans  Revue  poitevine  et  saintongeaise,  t.  VIII,  mai  1891, 
p.  149-154. 


BIBLIOGRAPHIE.  ^3 

bien  choisi;  celui  de  Cartulaire  général  aurait,  à  notre  avis,  plus  claire- 
ment indiqué  la  nature  de  l'ouvrage.  Léon  Brièle  avait  imprimé  déjà 
tous  les  textes  qu'il  comptait  faire  entrer  dans  sa  publication,  quand 
M.  Goyecque  lui  fut  adjoint  pour  en  dresser  la  table. 

Ayant  consacré  à  l'Hôtel-Dieu  une  savante  étude,  ce  dernier  était 
mieux  à  même  que  personne  de  donner  à  l'œuvre  commencée  le  com- 
plément et  les  perfectionnements  qu'elle  demandait.  Les  testes  n'avaient 
pas  toujours  été  établis  par  L.  Brièle  avec  un  soin  suffisant,  les  identi- 
fications contenues  dans  les  analyses  placées  en  tête  de  chaque  pièce 
laissaient  quelquefois  à  désirer. 

Pour  remédier  à  ces  imperfections,  M.  Goyecque  dut  dresser  une  table 
détaillée  des  actes  contenus  dans  les  trois  cartulaires  de  l'Hôtel-Dieu, 
avec  l'indication  précise  de  la  personne  dont  ils  émanaient  et  de  la  date 
à  laquelle  ils  appartenaient.  Puis,  au  moyen  de  la  table,  il  rectifia  les 
lectures  et  les  identifications  défectueuses.  Le  choix  des  documents 
publiés  avait  été  fait  d'une  façon  assez  arbitraire,  et  les  actes  non  datés 
avaient  été  systématiquement  écartés.  Un  supplément  était  donc  utile; 
M.  Goyecque  l'a  dressé  et  y  a  fait  figurer,  en  analyse  ou  in  extenso, 
toutes  les  pièces  relatives  à  l'Hôtel-Dieu  qu'il  a  pu  rencontrer  dans  les 
archives  de  l'Assistance  publique  ou  dans  les  autres  dépôts.  Grâce  à  ces 
additions,  on  trouve  dans  ce  volume  l'ensemble  complet  des  chartes  qui 
concernent  l'Hôtel-Dieu  de  Paris  avant  le  xiV  siècle,  et  les  rectifications 
apportées,  soit  par  les  tableaux  placés  en  tête  de  l'ouvrage,  soit  par  l'in- 
dex final,  donnent  à  la  publication  des  textes  le  degré  d'exactitude  dési- 
rable. Mais  l'emploi  de  ces  textes  est  forcément  rendu  un  peu  compli- 
qué, puisqu'on  est  obligé  de  se  reporter  aux  tableaux  préliminaires  ou 
à  l'index  pour  être  sur  d'avoir  la  bonne  leçon. 

Gomme  le  fait  remarquer  M.  Goyecque,  les  documents  que  renferment 
les  Archives  de  l'Hôtel-Dieu  ne  sont  pas  les  plus  précieux  qui  existent 
pour  l'étude  de  l'organisation  intérieure  de  l'établissement.  Ge  n'est  pas 
en  effet  dans  les  cartulaires  qu'on  a  chance  habituellement  de  rencon- 
trer des  renseignements  de  cette  nature.  Les  titres  de  propriété  dominent 
ici  comme  dans  les  autres  recueils  du  même  genre,  et  c'est  surtout  la 
topographie  ou  l'histoire  des  biens  et  des  personnes  qui  peuvent  en 
profiter. 

Nous  ne  saurions  entreprendre  de  faire  ressortir  toutes  les  pièces  inté- 
ressantes qu'on  trouvera  dans  ce  livre.  Nous  devons  nous  contenter  de 
signaler  au  hasard  quelques-unes  de  celles  qui  nous  ont  frappé.  Le  n"  213, 
par  exemple,  reproduit  une  charte  datée  de  1226,  où  Bouchard  de  Marly 
énumère  différents  établissements  hospitaliers  des  diocèses  de  Paris  et 
de  Ghartres.  Sous  le  n"  14  se  lit  un  accord  passé  devant  le  roi  Louis  VH, 
en  1179,  pour  mettre  fin  à  un  procès  assez  curieux  :  Simon  de  Vert 
ayant  légué  à  l'Hôtel-Dieu  une  grande  partie  de  ses  biens,  son  gendre, 
Garin,  attaqua  cette  libéralité,  «  eam  asserens  immoderatam  nec  rationi 


-174  BIBLIOGRAPHIE. 

vel  consuetudini  terre  consentaneam ;  »  la  cause  fut  portée  devant  le 
roi  et  les  parties  en  vinrent  à  une  transaction  en  vertu  de  laquelle 
Garin  n'aurait  à  livrer  qu'une  rente  de  deux  muids  de  blé  et  de  deux 
muids  d'avoine.  Parmi  les  documents  intéressants  pour  l'histoire  hos- 
pitalière, on  peut  citer  une  charte  de  1261  (n°  694),  où  il  est  parlé  de 
l'autel  Saint-Pierre  et  Saint-Paul,  élevé  dans  la  grande  salle  de  l'Hôtel- 
Dieu,  selon  l'usage  de  l'époque;  la  donation  de  Tiphaine  La  Coramine, 
qui  fournit  d'utiles  renseignements  sur  les  salles  de  l'hôpital  et  sur 
divers  points  de  son  régime  intérieur  (1294,  n»  862);  enfin  la  donation 
faite  par  Gaucher  de  Châtillon  en  1204  (n»  76).  Ce  bienfaiteur  recom- 
mande que  chaque  année  20  sous  soient  prélevés  sur  les  revenus  des 
biens  dont  il  a  enrichi  l'Hôtel-Dieu,  pour  donner  aux  malades,  le  jour 
de  son  anniversaire,  «  les  aliments  dont  ils  auront  envie,  pourvu  qu'on 
puisse  se  les  procurer  ;  »  il  emploie  ainsi  une  formule  qu'on  retrouve 
dans  la  plupart  des  règles  d'hôpitaux,  à  l'article  de  la  nourriture  des 

pauvres. 

Léon  Le  Grand. 


Chartes  de  Durbon,  quatrième  monastère  de  l'ordre  des  Chartreux^ 
diocèse  de  Gap,  publiées  sous  les  auspices  de  la  Société  d'Études 
des  Hautes-Alpes,  par  l'abbé  Paul  Gdilladme,   archiviste  des 
Haute3-x\Ipe3.  Paris,  Picard,  -1893.  In-8%  xxx-904  pages. 
Le  monastère  de  Durbon,  quatrième  maison  de  l'ordre  des  Chartreux, 
fut  fondé  en  1116,  par  un  disciple  de  saint  Bruno,  au  fond  d'un  vallon 
solitaire,  actuellement  situé  sur  le  territoire  de  la  commune  de  Sainl- 
Julicn-cn-Bcauchaine.  Son  histoire  a  été  racontée  par  Gharronnet',  ancien 
archiviste  des  Ilautes-Alpes,  et  M.  l'abbé  Guillaume  nous  promet  de  la 
refaire  prochainement.  En  attendant,  il  nous  donne  en  un  fort  volume 
de  près  de  1000  pages,  élégamment  imprimé  par  les  presses  cartusiennes 
de  Notre-Dame-des-Prés,  la  collection  des  chartes  de  ce  monastère  de 
l'année  1116  à  1452,  comprenant  774  pièces,  dont  524  empruntées  aux 
Archives  des  Hautes- Alpes  et  250  extraites  du  Cartulaire  de  Durbon, 
manuscrit  du  xiii"  siècle,  qui  a  été  décrit  par  M.  Roman  dans  les  Notices 
et  documents  publiés  par  la  Société  de  Vhistoire  de  France  pour  le  cin- 
quantième anniversaire  de  sa  fondation'^. 

Pour  des  raisons  que  devineront  tous  ceux  qui  ont  lu  le  factum  inti- 
tulé Supplément  aux  chartes  de  Durbon,  M.  l'abbé  Guillaume  n'a  pu 
obtenir  communication  de  ce  manuscrit,  qui  appartient  à  un  parent 
de  l'auteur  de  ce  factum;  mais  il  en  avait  heureusement  à  sa  disposi- 

1.  Charronnet,  Monastères  de  Durbon  et  de  Berthaud  {diocèse  de  Gap).  Gre- 
noble, Alph.  Merle,  s.  d.,  io-S»  de  90  p. 

2.  Paris,  1884,  p.  101  et  suiv. 


BIBLIOGBAPHIE.  Mh 

tion  deux  excellentes  copies  dressées  par  MM.  Gharronnet  et  Laudy, 
anciens  élèves  de  l'École  des  chartes,  lesquelles  étaient  déposées  aux 
Archives  des  Hautes-Alpes  et  aux  Archives  des  Bouches-du-Rhône. 
C'est  à  laide  de  ces  copies  et  des  chartes  originales  conservées  dans  le 
dépôt  dont  il  a  la  garde  que  M.  l'abhé  Guillaume  a  pu  mener  à  bonne 
fin  sa  laborieuse  et  méritoire  entreprise. 

L'intérêt  des  chartes  de  Durbon  a  déjà  été  signalé  par  M.  Laudy, 
archiviste  des  Hautes-Alpes,  dans  un  rapport  présenté  en  août  1873 
au  Conseil  général  de  ce  département. 

Comme  dans  tous  les  cartulaires,  on  y  trouve  de  précieux  renseigne- 
ments sur  la  condition  des  personnes  et  des  terres  dans  les  montagnes 
du  Dauphiné  du  xn«  au  xv^  siècle;  sur  les  institutions  religieuses,  féo- 
dales, judiciaires  et  communales;  sur  l'agriculture,  les  poids  et  mesures, 
les  usages  locaux.  Les  noms  que  révèlent  ces  chartes,  les  faits  qu'elles 
relatent  fixent  d'une  manière  plus  sûre  les  listes  chronologiques  des 
évêques  de  Gap  et  des  comtes  de  Die  et  éclairent  l'histoire  des  relations 
du  Gapençois  avec  la  Provence  et  le  Dauphiné.  Bien  que  presque  toutes 
soient  rédigées  en  latin,  leur  texte  est  émaillé  de  mots  en  langue  vul- 
gaire que  les  philologues  ne  recueilleront  pas  sans  profit. 

A  la  suite  de  son  introduction,  M.  Guillaume  a  placé  la  liste  des 
prieurs  et  des  procureurs  de  Durbon,  et  il  a  complété  utilement  sa  publi- 
cation par  un  tableau  chronologique  des  chartes  de  Durbon,  dont  les 
originaux  ou  les  copies  n'existent  pas  aux  Archives  des  Hautes-Alpes 
et  qui  probablement  sont  perdus,  dressé  d'après  un  inventaire  général 
des  archives  de  Durbon,  rédigé  en  1694,  et  d'autres  sources.  Enfin  une 
copieuse  table  alphabétique  rend  facile  et  prompte  la  consultation  de  ce 
beau  volume,  qui  fait  grand  honneur  à  la  laborieuse  érudition  de  l'ar- 
chiviste des  Hautes-Alpes,  aujourd'hui  placé  au  premier  rang  des  his- 
toriens dauphinois. 

A.  Prudhomme. 

Études  sur  la  ville  de  Thiers  (Auvergne)^  par  Hubert  Jacqueton. 
Première  partie  :  la  Communauté  des  habitants  (•^272-^789). 
Paris,  Alphonse  Picard  et  fils,  \  894.  In-8°,  xv-436  pages.  7  fr.  50. 

Des  recherches  sur  la  coutellerie  thiernoise  ont  amené  M.  Hubert 
Jacqueton  à  des  Études  sur  la  ville  de  Thiers,  dont  nous  avons  sous  les 
yeux  les  premiers  résultats.  Peu  de  chose  jusqu'ici  avait  été  écrit  sur 
la  vieille  cité  auvergnate  :  des  notes  de  M.  Saint-Joanny,  un  travail 
posthume,  et  non  mis  dans  le  commerce,  de  M.  Andrieu  ;  voilà  les 
seules  tentatives  qui  ont  précédé  celle  de  M.  Jacqueton. 

Le  nouvel  ouvrage  s'annonce  comme  fort  considérable,  puisque  ce 
premier  volume  doit  être  suivi  de  trois  autres,  consacrés  :  l'un,  aux 
industries,  au  commerce  et  à  l'agriculture  ;  le  suivant,  aux  seigneurs  ; 


ne  BIBLIOGRAPHIE. 

le  dernier,  aux  établissements  ecclésiastiques.  A  en  juger  par  ce  qui 
est  déjà  publié,  nous  aurons  là  une  excellente  monographie  locale. 
M.  Jacqueton  a  fouillé  avec  patience  et  avec  soin  les  archives  et  les 
bibliothèques  où  il  espérait  trouver  des  documents  sur  l'histoire  de  son 
pays;  il  a  réuni  de  nombreux  matériaux  et  il  en  a  tiré  bon  parti. 

Nous  regrettons  que  l'auteur,  en  adoptant  la  division  par  tranches, 
—  qui  a  ses  avantages  et  qui  lui  a  peut-être  permis  de  donner  à  chaque 
partie  de  plus  amples  développements,  —  n'ait  pas  placé  en  tête  de 
son  premier  volume  une  esquisse  générale  de  l'histoire  de  Thiers.  Sans 
doute  le  titre  modeste  d'Études  adopté  par  lui  pour  son  ouvrage  lui 
laissait  toute  liberté  d'agir  ainsi.  Mais  cet  aperçu  général  était  utile 
pour  servir  de  guide  au  lecteur  et  pour  l'aider  à  dégager  une  impres- 
sion d'ensemble  de  la  masse  de  faits  qui  passent  devant  ses  yeux. 
M.  Jacqueton  s'est  contenté  de  résumer  dans  son  introduction  ce  qu'on 
sait  des  origines  de  Thiers.  Puis  il  arrive  à  la  Communauté  des  habi- 
tants, qui  fait  l'objet  de  la  première  partie  de  ces  Études.  La  commu- 
nauté des  habitants  étant  la  plus  jeune  des  institutions  que  M.  Jacque- 
ton s'est  proposé  de  nous  faire  connaître,  il  eût  été  peut-être  plus 
logique  de  suivre  un  ordre  différent  dans  la  publication  de  ces  études, 
et  de  nous  parler  d'abord  de  l'Église,  puis  des  seigneurs  de  Thiers.  Le 
plan  adopté  par  l'auteur  s'explique  aisément  si  l'on  réfléchit  à  la  manière 
dont  s'est  élargi  son  plan  primitif;  en  étudiant  la  coutellerie  thiernoise, 
il  a  d'abord  rencontré  sur  son  chemin  la  communauté  des  habitants, 
puis  les  seigneurs  et  l'Eglise. 

C'est  à  la  fin  du  xin«  siècle  que  remontent  les  deux  chartes  de  Thiers 
(1272  et  1301)  :  la  première  accordée  par  Guy  VIII,  seigneur  de  Thiers; 
la  seconde  par  le  même  seigneur  et  par  son  fils  émancipé.  Il  ne  s'est 
pas  conservé  de  copie  isolée  du  premier  acte;  celui  de  1301,  qui  en 
reproduit  intégralement  la  teneur,  nous  est  connu  par  deux  copies  du 
commencement  du  xiv«  siècle.  M.  Jacqueton  s'est  servi  des  deux  copies 
pour  établir  le  texte  qu'il  donne  dans  l'appendice  I  de  son  volume.  Il 
est  regrettable  qu'il  n'ait  pas  relevé  les  variantes  fournies  par  chacun 
des  deux  manuscrits;  cela  eût  été  d'autant  plus  utile  que  le  texte, 
comme  il  le  reconnaît,  est  assez  fautif.  Il  a  naturellement  été  amené 
à  proposer  quelques  corrections;  il  eût  été  bon  de  prévenir  les  lecteurs 
que  la  parenthèse  ronde  (  )  lui  servait  à  indiquer  les  lettres  à  suppri- 
mer, la  parenthèse  carrée  [  ]  celles  qu'il  croit  devoir  restituer.  Bien  que 
la  plupart  des  corrections  proposées  par  M.  Jacqueton  nous  semblent 
bonnes  et  légitimes,  il  en  est  que  nous  ne  pouvons  admettre;  p.  319, 
1.  3,  les  mots  annis  temporibus  des  manuscrits  ne  font  pas  de  sens;  la 
correction  annis  [et]  temporibus  proposée  dans  les  corrigenda  par  M.  J. 
n'en  fait  guère  davantage;  il  faut  simplement  supprimer  5  de  annis  et 
lire  :  «  Eis  liceat  emere  et  vendere  vinum  infra  idem  castrum  sive  vil- 
lam  annuatim  in  mense  augusti  et  eorum  quilibet  (cuilibet?),  indiffe- 


BrBLtOGRAPHÏE.  \77 

renter  ac  libère  sicut  in  anni  temporibus  quibuscumque.  »  Même  page, 
1.  28,  le  sic  après  tenentur  proposé  aux  corrigenda  est  inutile.  Par 
contre,  à  la  1.  26,  alienis  doit  être  remplacé  par  aliciijus. 

L'auteur  suppose  que  le  second  acte  dont  le  lieu  de  rédaction  n'est 
pas  indiqué  a  dû  être  passé  à  Thiers  même.  Gela  ne  me  paraît  pas 
admissible;  comme  celui  de  1272,  il  est  passé  sous  le  sceau  royal  en 
Auvergne,  et  ce  sceau  était  établi  à  Riom  et  non  à  Thiers. 

Les  deux  actes  fournissent  à  M.  J.  l'occasion  de  remarques  fort  judi- 
cieuses, et  la  conclusion  qu'il  en  tire  qu'il  n'y  eut  pas  alors  de  corps 
de  ville,  de  représentation  municipale  instituée  à  Thiers  me  semble 
exacte.  Jusqu'au  dernier  tiers  du  xvi«  siècle,  il  y  a  une  première 
période  dans  laquelle  l'organisation  municipale  reste  à  l'état  embryon- 
naire. Les  affaires  communes  sont  gérées  par  des  «  commis,  »  dont 
l'autorité  est  fort  restreinte  et  qui  n'obtiennent  de  leurs  concitoyens 
qu'une  médiocre  considération.  C'est  pour  remédier  à  cet  état  de  choses 
que  Charles  IX,  en  1567,  accorde  à  ces  commis  le  titre  et  les  privilèges 
de  consuls.  La  pénurie  de  documents  rend  l'histoire  de  cette  période, 
qui  occupe  le  premier  chapitre  de  M.  J.,  fort  difficile  et  fort  obscure. 
Les  «  commis  aux  affaires  »  avaient-ils  à  côté  d'eux  un  conseil  de 
ville?  M.  J.  penche  pour  l'affirmative,  et  il  croit  en  trouver  les  preuves 
pour  le  milieu  du  xvi"  siècle.  Ces  preuves  ne  nous  satisfont  pas,  et 
d'abord,  le  document  de  1711,  cité  à  l'appendice  XIV,  parle-t-il  bien 
d'un  registre  des  délibérations  du  conseil  pour  l'année  1558?  N'y  a-t-il 
pas  dans  ce  procès-verbal  un  simple  lapsus  calami  qui  aura  fait  mettre 
1558  au  lieu  de  1578  ou  1588?  Ce  qui  nous  le  fait  croire,  c'est  que  ce 
prétendu  registre  de  1558  se  trouve  dans  une  liste  presque  rigoureuse- 
ment chronologique'  entre  un  registre  de  1571  et  un  registre  de  1594. 
Quant  à  l'acte  d'assemblée  du  28  octobre  1558,  ne  se  rapporte-t-il  pas 
à  une  assemblée  générale  des  habitants  plutôt  qu'à  celle  d'un  conseil 
de  ville  ? 

Avec  l'établissement  du  consulat  en  1567  et  son  fonctionnement  régu- 
lier à  partir  de  1569,  les  documents  deviennent  beaucoup  plus  abon- 
dants et  plus  sûrs;  ils  permettent  à  M.  J.  de  nous  donner  un  tableau 
fort  complet  de  l'organisation  des  services  publics  dans  la  ville.  De  1569 
à  la  fin  de  l'ancien  régime,  l'histoire  de  l'organisation  municipale  com- 
prend deux  périodes  qui  forment  chacune  l'objet  d'un  chapitre  spécial  : 
1°  jusqu'en  1692^;  2°  depuis  l'édit  de  1692  qui  établit  l'échevinage. 

1.  La  seule  exception  à  cet  ordre  chronologique  est  la  mention  d'un  registre 
de  1591  qui  se  trouve  entre  celle  d'un  registre  de  1680  et  celle  d'un  registre 
de  1690,  le  dernier  de  la  série. 

2.  Ce  que  dit  M.  J.  des  assemblées  générales  ne  nous  paraît  pas  très  certain. 
L'opinion,  émise  à  la  page  35,  que  les  trois  quarts  des  couteliers  n'y  prenaient 
point  part  n'est-elle  pas  contredite  par  le  document  cité  note  1  de  la  page  103, 
où  l'on  se  plaint  de  voir  entrer  aux  assemblées  de  ville  «  de  misérables  cous- 

^895  42 


nS  BIBLIOGEAPHIE. 

Dans  les  chapitres  iv  et  v  de  son  ouvrage,  l'auteur  étudie  les  rapports  du 
corps  de  ville  avec  la  châtellenie,  d'une  part,  avec  les  agents  de  l'auto- 
rité royale,  de  l'autre.  Le  chapitre  vi  nous  montre  Thiers  à  l'assemblée 
du  tiers  état  d'Auvergne.  Puis  viennent  des  notions  fort  intéressantes 
sur  l'organisation  des  services  municipaux  :  assistance  publique,  ins- 
truction, eaux,  voies  de  communication,  postes  (ch.  vn)  ;  sur  les  guerres 
dont  Thiers  eut  à  souffrir  au  xvi«  et  au  xyii^  siècle  (ch.  viii)  ;  sur  les 
pestes  et  sur  les  mesures  prises  pour  en  combattre  l'effet  (ch.  ix);  sur 
les  famines  et  disettes  (ch.  x)  ;  sur  les  finances  municipales  (ch.  xi); 
enfin  sur  le  mouvement  de  la  population  (ch.  xn).  Non  seulement  M.  J. 
a  recueilli  de  nombreux  matériaux  qui  donnent  à  son  exposition  la  base 
la  plus  solide,  mais  il  a  dressé  des  tableaux  et  des  statistiques  qui 
rendent  les  choses  plus  saisissantes  et  qui  seront  de  beaucoup  d'utilité 
à  qui  consultera  ce  volume  :  tableau  du  prix  des  grains  de  1690  à  1695 
(p.  255,  n.  4);  tableau  des  décès  de  1694  (p.  258),  de  1709  et  1710 
(p.  264);  diff"érents  budgets  de  la  ville  de  1626  à  1785  (p.  294  à  303); 
relevés  des  baptêmes  de  la  paroisse  Saint-Genès  pour  diverses  années 
de  1582  à  1690  (p.  307-309);  baptêmes  des  trois  paroisses  de  la  ville 
de  1700  à  1790  (p.  309-311);  mouvement  de  la  population  de  1582  à  1891 
(p.  312-313).  Les  vingt-deux  appendices  qui  terminent  le  volume  con- 
tiennent, outre  une  liste  des  consuls,  maires  et  échevins  de  1569  à  1790, 
et  les  chartes  de  Thiers  dont  nous  avons  parlé,  un  choix  bien  fait  de 
documents  de  tout  genre. 

Il  ne  nous  reste  qu'à  féliciter  M.  Jacqueton  de  la  façon  dont  il  s'est 
acquitté  de  la  tâche  entreprise  par  lui,  à  souhaiter  la  prompte  continua- 
tion de  ces  études  et  à  espérer  qu'il  trouvera  beaucoup  d'imitateurs 
dans  l'Auvergne,  qui  ne  nous  a  pas  donné  de  longtemps  beaucoup 

d'ouvrages  aussi  sérieux. 

E.-G.  Ledos. 


Bertrand  de  Broussillon.  Cartulaire  de  Saint- Michel-de-l' Abbayette, 
prieuré  de  l'abbaye  du  Mont-Saint-Michel  (997-1421),  complété, 
avec  des  dessins  el  une  table,  par  Paul  de  Farcy.  Paris,  A.  Picard 
et  fils,  1894.  In-80,  02  pages.  (Appendice  au  tome  IX  du  Bulletin 
de  la  Com7nission  historique  de  la  Mayenne.) 

Le  prieuré  de  l'Abbayette,  dont  les  ruines  se  voient  aujourd'hui  entre 
Landivy  et  la  Dorée  (Mayenne),  fut  fondé  au  mois  d'octobre  997  par  un 
personnage  nommé  Yves,  sur  un  terrain  restitué  aux  moines  du  Mont- 
Saint-Michel,  à  qui  il  avait  été  enlevé  par  les  invasions  normandes.  En 

lelliers  et  pappetiers  dont  la  plupart  mandienl  leur  pain?  »  Ce  document  semble 
indiquer  d'ailleurs  que  la  composition  de  ces  assemblées  était  à  peu  près  à  la 
discrétion  du  maire.  La  question  reste  assez  embrouillée. 


BIBLIOGRAPHIE.  -179 

1179,  il  fut  confirmé  au  Mont  par  le  pape  Alexandre  III.  On  trouve  des 
détails  plus  circonstanciés  sur  les  destinées  de  ce  monastère  dans  l'ou- 
vrage de  M.  l'abbé  Pouteau,  Saint-Michel-de-l'Abbayette,  publié  dans  la 
Revue  de  l'Ouest  en  1886.  Notre  confrère  M.  Bertrand  a  eu  le  mérite  de 
grouper,  avec  la  gracieuse  collaboration  de  M.  Dolbet,  archiviste  de  la 
Manche  et  notre  confrère,  les  chartes  relatives  à  ce  prieuré  qui  se 
trouvent  aux  Archives  de  la  Manche,  parmi  les  chartes  du  Trésor  du 
Mont-Saint-Michel.  Ces  pièces  n'étaient  pas  tout  à  fait  inconnues, 
puisque  Gaignières  en  avait  fait  copier  quelques-unes  et  que  l'abbé  Pou- 
teau en  a  connu  à  peu  près  le  tiers,  mais  il  les  a  données  en  français. 
Désormais,  on  aura  le  texte  exact  de  ces  actes  intéressants,  au  nombre 
de  45,  qui  vont  de  997  à  1427.  Nous  signalerons  particulièrement,  à 
cause  de  leur  rareté,  deux  actes  portant  la  signature  originale  du  comte 
du  Maine,  dont  l'éditeur  a  donné  de  bonnes  photographies,  quoique 
réduites,  et  une  jolie  charte  d'Hamelin,  évêque  du  Mans  (1190-1214), 
reproduite  à  la  grandeur  de  l'original,  qui  confère  à  un  nommé  Cincius, 
neveu  d'un  pape  et  qui  fut  peut-être  pape  lui-même,  la  cure  de  Levaré.  La 
publication  est  enrichie  de  douze  sceaux  des  Archives  de  la  Manche, 
dessinés  par  M.  de  Farcy,  qui  a  fait  aussi  la  table  onomastique.  Si  les 
noms  de  lieu  avaient  été  identifiés,  ce  cartulaire,  fort  utile  pour  l'his- 
toire du  Maine,  serait  tout  à  fait  complet. 

A.  Bruel. 

Vie  et  miracles  de  la  bienheureuse  Philippe  de  Chantemilan^  docu- 
ments du  xv«  siècle  publiés  d'après  le  ms.  de  M.  Ghaper,  avec  une 
introduction  par  le  chanoine  Ulysse  Gaevalier,  correspondant  de 
rinstitut.  Valence,  J.  Géas;  Paris,  Alph.  Picard,  1894.  In-S", 
XLiii-100  pages.  [Documents  historiques  inédits  sur  le  Dauphiné, 
8«  livraison.) 

La  sainte  fille,  dont  M.  U.  Chevalier  a  entrepris  de  publier  une  vie 
plus  exacte  et  plus  complète  que  celles  que  l'on  possédait  jusqu'ici, 
n'est  guère  connue  en  dehors  du  Forez  et  du  Dauphiné,  c'est-à-dire 
hors  du  lieu  de  sa  naissance  et  de  celui  de  sa  mort.  Contemporaine  de 
Jeanne  d'Arc,  elle  eut  une  destinée  plus  calme  et  moins  tragique.  «  Au 
temps  même,  dit  M.  Chevalier,  oii  Dieu  suscitait  la  vierge  Lorraine 
pour  délivrer  Orléans  et  la  France  du  joug  des  Anglais,  il  envoyait  à 
Vienne,  —  jadis  nommée  cité  sainte,  —  une  vierge  du  Forez,  pour 
l'édifier  par  ses  exemples,  y  ramener  la  piété  par  ses  vertus  et  l'embau- 
mer plus  tard  du  parfum  de  son  souvenir.  »  Ces  lignes  caractérisent 
bien  la  vie  de  Philippe  de  Chantemilan.  Née  à  Changy  en  Forez,  dès 
qu'elle  fut  en  âge,  elle  seconda  sa  mère  qui  avait  le  gouvernement  du 
château  de  ce  lieu.  Le  seigneur  de  Changy  était  Philippe  de  Lespinasse, 
dont  la  femme  était  sœur  de  Jean  de  Norry,  qui  devint  archevêque  de 


180  BIBLIOGRAPHIE. 

Vienne  en  1423.  A  la  mort  de  M"e  de  Lespinasse,  Philippe,  qui  avait 
alors  environ  vingt  ans,  vint  en  service  dans  cette  ville,  où  elle  trouva 
son  frère  et  sa  belle-sœur  attachés,  l'un  à  l'archevêque,  l'autre  à 
sa  sœur,  Anne  de  Norry,  dame  du  Ghastel.  Lorsque  celle-ci  quitta 
Vienne,  probablement  à  la  fin  de  l'épiscopat  de  Jean  de  Norry,  Phi- 
lippe y  resta  et  mena  dès  lors  une  vie  solitaire,  dont  le  plus  grand  évé- 
nement fut  un  voyage  à  Rome  en  1450,  lors  du  grand  jubilé.  L'année 
suivante,  une  épidémie  ayant  éclaté  à  Vienne,  elle  fut  une  des  pre- 
mières victimes  et  mourut  le  15  octobre  1451.  Elle  fut  enterrée  par  les 
chanoines  de  Saint-Maurice  dans  le  petit  cloître  de  la  cathédrale, 
devant  la  porte  de  la  chapelle  Notre-Dame  de  Capellis.  Son  tombeau  fut 
violé  par  les  Calvinistes  en  1562  ou  1567,  mais  on  éleva  un  autel  à  la 
place  en  1629.  Sa  réputation  de  sainteté  et  les  miracles  qui  s'accom- 
plirent sur  son  tombeau  lui  ont  valu  d'être  admise  dans  le  recueil  des 
BoUandistes.  Si  l'on  met  de  côté  ces  savants  religieux,  qui  ont  publié 
dans  leur  tome  VII  d'octobre,  en  1845,  deux  vies  et  un  récit  des 
miracles  de  la  bienheureuse,  presque  tous  les  auteurs  qui  se  sont  occu- 
pés d'elle,  sauf  deux  ou  trois  hagiographes,  sont  des  historiens  du  Dau- 
phiné;  c'est  aussi  dans  des  documents  dauphinois  que  se  trouvent  les 
récits  manuscrits  de  sa  vie.  M.  le  chanoine  Chevalier  a  soumis  tous 
ces  textes  au  jugement  de  sa  savante  critique,  et  il  n'a  pas  eu  de  peine 
à  montrer  que  leur  source  presque  unique  se  trouve  dans  le  ms.  de 
M.  Ghaper,  qu'il  a  eu  le  premier  à  sa  disposition.  Il  en  donne  une  ana- 
lyse détaillée  et  en  publie  les  différentes  parties,  savoir  :  un  double  pro- 
logue, une  narration,  un  épilogue,  un  abrégé  latin,  une  autre  vie,  aussi 
en  latin,  enQn,  des  procès-verbaux  de  miracles  (en  latin)  avec  les  sous- 
criptions autographes  des  notaires  appelés  à  les  certifier.  Les  caractères 
paléographiques  du  ms.  tendent  à  établir  qu'il  est  du  xv^  siècle,  et 
M.  Chevalier  croit  y  reconnaître  l'ouvrage  d'un  chapelain  de  l'arche- 
vêque de  Vienne,  confessepr  de  la  bienheureuse.  L'éditeur  a  joint  à  son 
introduction  deux  textes  fort  intéressants,  un  abrégé  de  la  vie  de  Phi- 
lippe d'après  un  ms.  du  xvi°  siècle,  qui  appartient  à  la  bibliothèque  de 
Grenoble  (n°  xn)  et  une  vie  moderne,  d'environ  le  xvn'=  siècle,  d'après 
le  ms.  Ghaper  (n°  xix).  Il  termine  par  un  résumé  de  la  vie  de  la  bien- 
heureuse son  introduction,  au  cours  de  laquelle  il  démontre  :  1°  que 
son  héroïne  appelée  par  les  textes  Philippe  de  Ckamp-de-3Iilan  ou  de 
Champtcliman,  se  nommait  en  réalite,  comme  l'a  observé  M.  Révérend 
du  Mesnil,  de  Chantemilan,  nom  qui  a  ses  analogues  dans  Chante- 
Alouette,  Chante-Grillet,  etc.  (p.  xxxix);  2o  que  Philippe  ayant  passé 
vingt  ans  à  Changy  et  dix-huit  ans  environ  à  Vienne,  et  y  étant 
morte  le  15  octobre  1451  à  l'âge  d'environ  trente-neuf  ans,  doit  être 
née  vers  1412.  Au  point  de  vue  purement  historique  et  local,  si  l'on 
veut,  la  vie  de  Philippe  de  Chantemilan  présente  un  vif  intérêt  et  il 
faut  savoir  gré  à  M.  le  chanoine  U.  Chevalier  de  nous  eu  avoir  donné,  avec 


1 


BIBLIOGRAPHIE.  -1  Si 

son  exactitude  et  sa  netteté  ordinaires,  un  texte  original  français,  au 
lieu  des  extraits  de  ces  mêmes  textes,  que  les  Bollandistes,  pour  se 
conformer  aux  usages  de  leur  recueil,  se  sont  imposé  le  labeur  de  tra- 
duire en  latin. 

A.  Bruel. 


Les  Corporations  ouvrières  à  Rome  depuis  la  chute  de  VEmpire 
romain,  par  E.  Rodocanachi.  Paris,  Alphonse  Picard  et  fils,  ^1894. 
In-4°.  T.  I,  cx-478  pages;  t.  II,  470  pages.  40  fr. 

L'enquête  que  M.  Emmanuel  Rodocanachi  vient  de  consacrer  aux 
corporations  romaines  vient  à  une  heure  oiî  il  n'est  pas  besoin  de  cons- 
tater la  sollicitude  générale  vers  un  sujet  de  cet  ordre.  Familiarisé  de 
longue  date  avec  les  grandes  lignes  de  l'histoire  de  la  Rome  des  papes  ^, 
l'auteur  se  trouvait  un  des  mieux  préparés  pour  entreprendre  cette 
laborieuse  et  consciencieuse  étude  et  pour  en  condenser  les  résultats. 

L'œuvre  de  M.  Rodocanachi  comprend  une  préface  (p.  i-xLvni),  une 
étude  synoptique  des  prescriptions  contenues  dans  les  statuts  des  cor- 
porations (p.  xlix-cx),  et  une  série  d'études  particulières  réservées  à  chaque 
corporation  (t.  I  et  t.  II),  groupée  avec  d'autres,  d'après  leur  objet  général, 
tel  le  groupe  des  corporations  relatives  à  l'agriculture,  au  bâtiment,  aux 
arts  hbéraux,  etc.,  etc.  D'utiles  appendices,  —  valeur  comparative  des 
monnaies  citées,  répertoire  des  bulles  pontificales  concernant  les  cor- 
porations, —  ainsi  qu'une  série  d'index  alphabétiques  et  analytiques,  com- 
modément dressés,  complètent  le  second  tome  de  l'ouvrage,  édité  avec 
un  soin,  pour  ne  pas  dire  une  perfection  typographique  remarquable. 

Nombreuses  étaient  les  communautés  ouvrières  que  compta  la  Rome 
des  papes,  nombreuses  et  curieuses. 

Leur  quantité  s'éleva  jusqu'à  près  d'une  centaine,  comprenant  toutes 
les  branches  de  l'industrie  humaine.  L'auteur  les  a  judicieusement 
classées  en  groupes  divers,  dans  chacun  desquels  elles  viennent  natu- 
rellement s'encastrer.  Reconnaissons  donc  avec  lui  les  dix  collectivités 
corporatives  suivantes  :  agriculture;  alimentation;  boissons;  fournitures 
ménagères;  bâtiment;  transports;  vêtement;  industries  de  luxe;  arts 
libéraux;  corporations  non  classées,  parmi  lesquelles  les  quatre  grou- 
pements hétéroclites  des  balayeurs,  des  tambours,  des  bombardiers  et 
des  notaires  capitolins. 

Dans  ce  premier  classement  viennent  s'encadrer  quatre-vingt-dix-huit 
corporations,  plus  sept  corporations  constituées  d'apprentis.  Les  plus 
anciens  règlements  conservés,  ceux  des  merciers,  datent  de  1317;  les 

1.  Cola  di  Rienzo,  Histoire  de  Rome  de  1342  à  1354.  Paris,  Lahure,  1888,  in-8', 
xv-442  p.  —  Le  Ghetto  à  Rome.  Le  Saint-Siège  et  les  Juifs.  Paris,  Firmia- 
Didot,  1891,  in-8%  xv-339  p. 


182  BIBLIOGRAPHIE. 

cordonniers  se  faisaient  encore  délivrer  des  statuts  en  1789.  Parmi  les 
plus  anciennes  rédactions,  citons  les  maçons  (1397),  les  premiers  règle- 
ments des  notaires  (fin  du  xiv«  siècle),  puis  les  chasseurs  (1400),  les  sel- 
liers (1405),  les  agriculteurs  (1407),  les  bouchers  (1432).  Le  retour  défi- 
nitif de  la  papauté,  l'avènement  de  Nicolas  V,  en  1449,  deviennent  le 
signal  d'un  développement  progressif  de  l'industrie  et  de  la  richesse. 
Jusqu'à  la  fin  du  xv*  siècle,  six  nouvelles  corporations  rédigent  leurs 
statuts.  Les  réglementations  nouvelles  succèdent  dès  lors  sans  interrup- 
tion pendant  les  deux  siècles  suivants.  En  1791  et  1794,  quelques  cor- 
porations remanient  encore  leurs  législations  respectives. 

Comme  le  remarque  l'auteur,  «  on  ne  peut  que  rarement  assigner  de 
date  précise  à  la  formation  d'une  corporation,  excepté  lorsqu'elle  naît 
d'une  scission  ou  d'un  concours  de  circonstances  exceptionnel.  »  Rien 
n'est  plus  vrai.  Ainsi  ne  faudrait-il  pas  croire  que  les  communautés 
romaines  n'aient  commencé  à  exister  qu'à  la  date  des  règlements  qui,  une 
à  une,  les  constatent  et  les  consacrent.  Ainsi  deux  curieux  documents, 
cités  par  M.  Rodocanachi,  un  récit  de  procession  daté  de  1462,  une  des- 
cription de  carnaval  en  1513,  font  voir  qu'à  ces  époques  un  très  grand 
nombre  de  corps  de  métiers,  non  encore  ordonnés,  participaient  officiel- 
lement à  ces  cérémonies,  d'où  l'on  peut  conclure  que  les  artisans  dont  il 
est  fait  mention  formaient  réellement  des  associations,  «  des  corporations 
au  sens  le  plus  étroit  du  mot,  »  quand  bien  même  ils  n'auraient  pas  eu 
de  règlement  écrit.  «  La  rédaction  des  statuts,  premier  indice  que  nous 
ayons  de  l'existence  d'une  corporation,  »  en  est,  en  effet,  «  plus  fré- 
quemment le  couronnement  que  le  commencement.  » 

L'histoire  des  corporations  romaines  ne  débute  guère  qu'avec  l'année 
1255,  date  où  les  membres  de  l'association  des  marchands  de  la  Mer- 
canzia  s'assemblèrent  méthodiquement  dans  l'église  San  Salvatore  in 
Pensili  et  adoptèrent  un  règlement  uniforme  appelé  à  fortifier  les  attri- 
butions des  consuls  commerciaux.  Une  réforme,  puis  une  seconde, 
s'imposèrent  bientôt,  de  sorte  que  le  texte  actuel,  (jui  porte  approxima- 
tivement la  date  de  1317,  se  trouve  représenter  la  réunion  de  trois  ordres 
de  statuts,  unis  bout  à  bout  plutôt  que  coordonnés  ensemble.  Cette  hanse 
romaine  se  composait  de  treize  arts,  entre  lesquels  deux  métiers  occu- 
paient une  situation  prépondérante,  les  bouviers,  dont  les  nécessités  de 
la  culture  de  Vagro  expliquent  suffisamment  l'importance,  et  les  dra- 
piers, qui  représentaient  «  l'élite  de  l'industrie  romaine.  »  Les  autres 
arts  prenaient  le  mot  d'ordre  de  ces  deux  puissantes  associations.  Cepen- 
dant, comme  l'explique  exactement  M.  Rodocanachi,  les  membres  de  la 
Mercanzia  représentaient  de  trop  disparates  intérêts  pour  que  ce  factice 
faisceau  ne  se  détachât  pas  promptement.  Les  merciers,  diverses  corpo- 
rations agricoles,  de  commerce  et  d'échange  opérèrent  successivement 
leurs  scissions,  qui  sont  suivies,  au  fur  et  à  mesure,  de  celles  de  la 
plupart  des  corps  de  métier.  On  vient  de  voir  vers  quelles  époques  on  peut 


BIBLIOGRAPHIE.  ^ 83 

constater  la  première  rédaction  des  règlements  des  plus  archaïques  de 
ces  groupements  industriels  ou  commerciaux.  Vers  la  fin  du  xvi«  siècle 
et  au  commencement  du  xyii^,  où  les  documents  précis  commencent  à 
se  faire  moins  rares,  on  peut  songer  à  dresser  des  états  de  statistique. 
Un  intéressant  tableau,  scrupuleusement  composé  par  l'auteur,  indique 
pour  le  pontificat  de  Grégoire  XV,  en  1622,  les  résultats  suivants  : 
5,578  boutiques  et  6,609  patrons,  employant  17,584  ouvriers  ou  apprentis. 

Cette  faible  proportion  d'employeurs  à  employés,  comme  on  serait 
amené  à  dire  de  nos  jours,  n'est  pas  un  des  résultats  les  moins  concluants 
de  cette  étude.  Elle  n'est  particulière  ni  à  Rome  ni  à  l'Italie,  et  il  ne 
faudrait  certes  pas  la  prendre  pour  une  révélation.  L'équation  n'en  pro- 
jette pas  avec  moins  de  force  un  nouveau  rayon  de  vue  sur  les  conditions 
du  travail  d'autrefois  :  salariat  et  patronat  confondus,  main-d'œuvre 
et  direction  fusionnées,  avec  les  avantages  et  les  inconvénients,  le 
patriarcal  caractère,  mais  aussi  l'étroitesse  de  conception  du  système. 
Involontairement  reviennent  à  la  mémoire,  devant  ce  simple  chiffre, 
les  pages  classiques  dans  lesquelles  Herbert  Spencer,  dégageant  les  lois 
de  l'évolution  des  sociétés,  a  gravé  de  quelques  traits  si  sûrs  le  tableau 
de  l'industrialisme  en  enfance.  «  Différant  d'eux  seulement  en  ce  qu'il 
était  le  chef  de  la  maison,  le  maître  travaillait  avec  ses  apprentis  et  un 
ou  deux  aides,  partageant  avec  eux  sa  table  et  son  logement,  et  vendant 
lui-même  l'ensemble  de  leurs  produits ^.  »  —  La  formule  du  monde  a 
changé  depuis.  Faut-il,  ou  non,  regretter  la  disparition  de  «  ces  petits 
groupes  producteurs  primitifs,  à  moitié  socialistes,...  lentement  dissous 
parce  qu'ils  ne  pouvaient  se  maintenir^?  »  La  question  dépasserait  sin- 
gulièrement notre  cadre.  Qu'il  suffise  de  noter  que  l'enquête  de  M.  Rodo- 
canachi  apporte  à  la  discussion  du  problème  des  éléments  neufs  et 
certains,  que  plus  d'un  philosophe  et  plus  d'un  économiste  s'estimera 
heureux  de  voir  ainsi  coordonnés. 

Le  grand  écueil  de  ces  corporations  romaines,  réduites  à  ce  petit 
nombre  d'associés  participants,  fut  toujours  une  tendance  fatale  au 
monopole,  à  la  transformation  en  castes  recrutées  parmi  les  seuls  héri- 
tiers des  patrons.  Là  en  effet,  comme  partout,  tandis  qu'au  moyen  âge 
la  qualité  d'ouvrier  ou  de  marchand  justifiait  l'admission  dans  la  corpo- 
ration, l'esprit  des  siècles  plus  modernes  rendit  peu  à  peu  l'accès  du 
groupe  accessible  seulement  à  quelques  privilégiés.  Tendance  que  révèle 
suffisamment  l'étude  des  transformations  statutaires  d'une  même  corpo- 
ration ayant  pu  traverser  plusieurs  siècles,  ou  bien  l'examen  des  règle- 
ments de  corporations  diverses  rédigés  à  des  dates  différentes.  L'élé- 
vation progressive  des  droits  d'entrée,  l'imposition  des  examens  de 
capacité,  une  enquête,  qui  paraît  avoir  été  aussi  arbitraire,  concernant 

1.  From  Freedom  to  Bondage,  Intr. 

2.  Ibid.,  id. 


484  BIBLIOGRAPHIE. 

la  solvabilité  et  l'honorabilité  des  candidats,  se  distinguent  comme 
les  moyens  les  plus  communément  employés.  Par  contre,  pour  les  fils 
ou  les  héritiers  directs  des  patrons,  ni  droit  d'entrée,  ni  examens,  ni 
enquête,  ni  même  de  stage  ou  de  limite  d'âge.  Dans  presque  tous  les 
statuts,  en  somme,  conclut  M.  Rodocanachi,  «  perce  le  désir  d'assurer 
aux  familles  patronales  le  monopole  de  la  profession,  de  créer  des 
castes.  » 

Dans  toute  la  partie  qui  a  pour  titre  :  «  Étude  synoptique  des  pres- 
criptions contenues  dans  les  statuts,  »  l'une  des  plus  substantielles  de 
l'ouvrage,  M.  Rodocanachi  étudie,  en  les  groupant  et  en  les  comparant 
les  uns  aux  autres,  les  points  successifs  de  ces  règlements  divers.  Les 
conditions  d'admission,  tant  des  patrons  que  des  ouvriers  et  apprentis, 
la  création  des  officiers  de  chaque  corporation,  leurs  fonctions,  les 
devoirs  des  membres,  les  conditions  dans  lesquelles  les  statuts  pou- 
vaient être  modifiés,  sont  ainsi  l'objet  d'un  examen  approfondi. 

Le  cautionnement  exigé  des  candidats  ne  possédant  pas  de  biens- 
fonds,  le  droit  de  sceau,  l'installation  des  nouveaux  membres  et  le  ser- 
ment, sont  successivement  passés  en  revue.  Les  officiers,  consuls, 
camerlingues  et  conseillers,  déjà  mentionnés  dans  les  statuts  delà.  Mer- 
canzia  de  1255,  voient  bientôt  s'accroître  leur  nombre,  et  une  tendance 
à  multiplier  les  états-majors  commerciaux  et  industriels  ne  tarde  pas  à 
se  manifester.  Un  curieux  mode  d'élection  est  celui  que  signale  l'auteur, 
sous  le  nom  d'imbossolazione,  qui  consistait  à  voter  longtemps  d'avance, 
plusieurs  années  quelquefois,  par  tablettes  enfermées  dans  des  urnes 
scellées  du  sceau  de  la  corporation,  et  dont  l'ouverture  préalable  était 
interdite  sous  les  pénalités  les  plus  sévères.  Le  jour  assigné  au  dépouil- 
lement survenu,  les  bulletins  étaient  contrôlés  et  comptés  avec  le  soin 
le  plus  minutieux.  Ces  désignations  à  longue  échéance  rendaient, 
paraît-il,  les  compétitions  moins  âpres  et  les  rivalités  commerciales 
moins  préjudiciables  aux  intérêts  généraux  de  l'association.  Procédé 
ingénieux  peut-être,  mais  auquel  ses  inévitables  inconvénients  obligèrent 
bientôt  à  renoncer. 

Les  associés  sur  qui  s'étendait  le  pouvoir  des  chefs  ainsi  désignés, 
soit  par  ce  mode  d'élection,  soit  par  tout  autre,  se  liaient  entre  eux  par 
de  nombreuses  et  strictes  obligations.  Le  sentiment  de  la  solidarité  était 
chez  eux  très  vif,  et  cette  pensée  fondamentale,  impliquée  dans  tous  les 
règlements,  explique  fortement  la  durée  et  la  puissance  des  corporations 
romaines.  Pour  éviter  les  abus  de  la  concurrence,  il  était  interdit  aux 
boutiquiers  de  s'installer  à  moins  d'une  certaine  distance  les  uns  des 
autres.  Si  deux  associés  se  séparaient,  la  distance  était  au  moins 
doublée.  Dans  toutes  les  corporations,  sauf  deux,  un  patron  n'avait  pas 
le  droit  de  posséder  à  la  fois  deux  boutiques.  Quant  à  l'accaparement, 
on  le  prévenait  d'une  manière  particulière  :  les  patrons  qui  manquaient 
de  matières  premières  ou  de  marchandises  étaient  autorisés  à  se  faire 


BIBLIOGRAPHIE.  -185 

délivrer,  au  prix  coûtant,  une  partie  du  stock  détenu  par  un  de  leurs 
collègues  :  la  proportion  que  le  détenteur  se  trouvait  obligé  de  céder 
pouvait  s'élever  en  certains  cas  jusqu'à  moitié  de  son  approvisionnement. 
Ajoutons  que  les  statuts  autorisaient  souvent  les  consuls  à  fixer  le  prix 
de  la  matière  première  et  que  défense  était  faite  aux  associés  d'essayer 
de  se  concilier  les  fournisseurs  en  les  séduisant  par  quelque  avantage 
particulier.  Quant  à  la  loyauté  des  transactions,  elle  se  trouvait  assurée 
par  une  série  de  stipulations  relatives  aux  marques  de  fabrique,  à  la 
vérification  des  poids  et  mesures,  à  l'inspection  des  marchandises  sus- 
pectes. Il  est  certain  néanmoins  que  les  statuts  s'occupent  beaucoup 
plus  de  l'organisation  intérieure  des  corporations  et  du  maintien  des 
privilèges  des  associés  que  des  intérêts  du  public. 

Là  était  le  vice  originel,  le  défaut  constitutif  du  régime  des  corpora- 
tions. La  guerre  acharnée  que  lui  déclara  Turgot  en  France,  et  qui  se 
termina  par  l'édit  d'abolition  de  1776,  eut  à  Rome  son  contre-coup  par 
l'ordonnance  de  1801,  rendue  sous  le  pontificat  de  Pie  VII,  et  qui  sup- 
prima totalement,  là  comme  ailleurs,  jurandes  et  maîtrises.  La  lutte 
des  disciples  de  Turgot  contre  le  régime  corporatif  fut  certes  nourrie 
de  sophismes,  de  phraséologie  facile  et  creuse,  et  à  peu  près  d'autant 
d'erreurs  que  de  mots.  Il  ne  faut  pas  cependant  oublier  que  le  régime 
de  la  concurrence,  malgré  les  maux  qu'il  a  pu  déchaîner  sur  l'univers, 
est  le  seul  conforme  au  plan  général  de  la  nature,  dont  le  règne  humain 
ne  peut  avoir  la  prétention  de  s'abstraire. 

Certes,  entre  les  tranquilles  corporations  d'autrefois  et  les  formidables 
groupements  exigés  par  l'industrie  moderne,  nulle  comparaison  ne  s'au- 
torise ni  ne  s'admet.  Mais,  à  l'heure  où  le  principe  d'association,  élargis- 
sant démesurément  ses  frontières,  semble  devoir  représenter  la  formule 
de  la  société  imminente  de  demain,  à  l'heure  où,  selon  la  forte  et  simple 
expression  de  von  Hartmann,  1'  «  association  libre'  »  paraît  appelée  à 
constituer  la  «  quatrième  et  dernière  phase  de  l'organisation  écono- 
mique^,  »  il  est  d'un  intérêt  tout  spécial  de  trouver  réunis  et  codifiés 
les  résultats  de  plusieurs  siècles  du  régime  corporatif,  dans  un  État 
exceptionnel,  où  le  libéralisme  théorique  aurait  eu  plus  de  leçons  qu'on 
n'en  pourrait  croire  à  méditer  et  à  s'assimiler.  M.  Rodocanachi,  en  faisant 
pénétrer  dans  le  public  ce  nouvel  élément  de  discussion,  me  paraît  avoir 
mené  à  bonne  fin  une  œuvre  d'une  réelle  portée  historique  et  sociale. 

Germain  Lefèvre-Pontalis. 

R.  RicHEBÉ.  Les  trente-deux  Quartiers  généalogiques  de  S.  A.  B. 
Mgr  le  duc  de  Bragance.  Paris,  impr.  Monrocq,  ^894.  ^24  pages, 
62  planches. 

Ce  travail  a  pour  but  de  déterminer,  en  remontant  à  la  quatrième 

1.  Phil.  des  Unbewussten,  II,  x. 

2.  Ibid.,  id. 


^86  BIBLIOGRAPHIE. 

génération,  la  série  complète  des  ancêtres  de  Louis-Philippe,  duc  de 
Bragance,  héritier  présomptif  de  la  couronne  de  Portugal.  Chaque 
degré  forme  un  article  particulier  donnant  les  dates  exactes  de  nais- 
sance et  de  décès  :  en  regard  sont  gravés  les  blasons,  dessinés  d'après 
de  bons  modèles.  Les  ouvrages  de  ce  genre,  composés  avec  autant  de 
soin,  sont  très  utiles  pour  annoter  avec  certitude  les  textes  dans  les- 
quels les  noms  des  personnages  mentionnés  sont  cités.  On  se  figure 
difficilement,  en  voyant  ce  volume  édité  avec  un  grand  luxe,  les  nom- 
breuses recherches  que  l'auteur  a  dû  faire  pour  arriver  à  recueiUir  les 
indications  dont  il  fait  profiter  ses  lecteurs. 

Sveriges  periodiska  Litteratur.  Bibliografi,  enligt  publicistklubbens 
uppdrag,  ut arbet ad  a f  ^QrnhdiVd  Luxdstedt.  I,  ^645-l8^2.  Stock- 
holm, Iduns  Tryckeri  Arliebolag,  -1893.  In-8^  vi-'l78  pages. 
Nous  devons  signaler  cette  publication,  non  seulement  parce  qu'elle 
fait  connaître  une  série  de  documents  dont  bien  peu  sont  parvenus  dans 
les  bibliothèques  françaises,  mais  encore  et  surtout  parce  qu'elle  peut 
servir  de  modèle  aux  travaux  dont  les  anciens  journaux  d'un  pays 
doivent  être  l'objet. 

M.  Lundstedt  a  décrit,  en  suivant  l'ordre  chronologique  de  leur  créa- 
tion, 425  publications  périodiques  qui  ont  paru  en  Suède  depuis  1645 
jusqu'en  1812.  Chaque  notice  contient,  sous  une  forme  condensée,  tout 
ce  qu'il  importe  de  savoir  sur  l'origine,  le  caractère,  l'état  matériel,  les 
transformations  et  la  durée  du  journal  ou  du  recueil.  L'auteur  suit  très 
exactement  les  rigoureuses  méthodes  qui  sont  aujourd'hui  imposées  aux 
travaux  de  bibliographie  savante.  Les  recherches  sont  très  faciles  dans 
le  répertoire  qu'il  nous  a  donné  :  on  y  peut  trouver  sans  la  moindre 
hésitation  les  renseignements  relatifs  à  tout  périodique  dont  on  connaît 
soit  la  date  de  création,  soit  le  titre,  soit  le  lieu  de  publication. 

Anecduta  Maredsolana.  Vol.  IH,  pars  L  Sancti  Eieronymi  presby- 

ieri  comment arioli  inpsalmos.  Edidit  D.  Germanus  Morix.  Mared- 

soli,  -1895.  10-4",  xx-UA  pages. 

Dans  notre  précédent  volume  (p.  186),  nous  avons  annoncé  la  publi- 
cation des  deux  premiers  volumes  de  cette  collection,  et  nous  avons 
signalé  l'importance  des  deux  textes  que  le  savant  éditeur  y  a  mis  en 
lumière  :  le  Liber  comicus  de  l'église  de  Tolède  et  la  version  latine  de 
l'épître  de  saint  Clément  aux  Corinthiens.  Le  fascicule  du  troisième 
volume  des  Anecdota,  qui  vient  de  paraître,  est  rempli  par  un  ouvrage 
de  saint  Jérôme  qui  passait  pour  perdu  et  dont  l'authenticité  ne  paraît 
pas  douteuse. 

Saint  Jérôme,  en  se  défendant  contre  les  attaques  de  Ruffin',  parle 

l.  Voyez  un  passage  du  livre  I,  qui  se  trouve  dans  la  Patrologie  de  Migne, 


BIBLIOGRAPHIE.  •iS? 

des  petits  commentaires  [commentarioU]  qu'il  avait  composés  sur  les 
psaumes.  Ces  petits  commentaires  ne  peuvent  être  le  Breviarium  in 
Psalmos,  qui  est  reconnu  depuis  longtemps  comme  une  œuvre  apocryphe, 
dans  laquelle  cependant  on  distingue  des  passages  écrits  à  coup  sûr  par 
saint  Jérôme. 

Ces  CommentarioU  étaient  considérés  comme  perdus.  Dom  Germain 
Morin  a  eu  la  bonne  fortune  de  les  découvrir  dans  cinq  manuscrits  :  le 
ms.  68  d'Épinal,  venu  de  Murbach,  du  vii°  ou  du  vin°  siècle,  où  ils  sont 
intitulés  Hieronimi  excerpta  de  psalterio;  —  le  ms.  latin  1862  de  la 
Bibliothèque  nationale,  venu  de  Saint-Mesmin,  du  milieu  du  x^  siècle 
{Excerpta  Hieronimi  de  psalterio)  ;  —  le  ms.  latin  1863  de  la  même  biblio- 
thèque, venu  de  Saint-Amand  en  Pevèle,  du  x^  siècle  {Minus  breviarium 
de  psalterio)  ;  —  le  ms.  7  de  Valenciennes,  venu  également  de  Saint- 
Amand,  lequel  n'est  qu'une  copie  du  précédent;  —  le  ms.  218  de  Gre- 
noble, venu  de  la  Chartreuse,  du  xii°  siècle  {Enchiridion  beati  Jeronimi 
in  Psalmis). 

Tel  est  le  texte  dont  la  découverte,  l'édition  et  l'annotation  font  le 
plus  grand  honneur  au  savant  bénédictin  de  Maredsous. 

La  seconde  partie  du  tome  III  des  A  necdota  doit  renfermer  les  monu- 
ments, en  partie  inédits,  de  la  prédication  de  saint  Jérôme. 

L.  D. 

Rafaël  Altamira.  La  Ensenanza  de  la  historia^  2*  edicidn.  Madrid, 
^895.  In-8»,  480  pages.  5  fr. 

L'auteur  de  cet  ouvrage  s'est  proposé  d'étudier,  au  point  de  vue  péda- 
gogique, l'organisation  de  l'enseignement  de  l'histoire  en  Europe  et  en 
Amérique.  Il  a  visité  l'Angleterre  et  la  France,  et  il  est  particulière- 
ment bien  informé  de  ce  qui  se  passe  dans  notre  pays.  Il  parle  en  bons 
termes  (p.  83  et  suiv.)  de  l'École  des  chartes,  dont  il  a  suivi  quelques 
cours  en  1890.  Hors  d'Espagne,  on  s'intéressera  surtout  aux  détails  qu'il 
donne  sur  «  l'enseignement  supérieur  de  l'histoire  »  dans  les  Facultés 
espagnoles  (p.  421  et  suiv.). 

Plusieurs  chapitres  sont  consacrés  à  la  méthodologie  de  l'enseigne- 
ment primaire,  secondaire  et  supérieur  de  l'histoire.  M.  Altamira  a 
essayé  de  dresser  une  liste  des  principaux  instruments  de  travail 
(manuels,  recueils  de  textes,  etc.)  à  l'usage  des  étudiants  en  histoire. 
C'était  une  entreprise  délicate  ;  il  s'en  est  honorablement  acquitté. 

M.  Altamira,  désireux  de  citer  tous  les  livres  et  tous  les  articles  de 
revue  relatifs  aux  sujets  qu'il  traite,  en  a  cité  quelques-uns  qui  ne 
méritaient  guère  de  l'être.  Il  se  montre,  en  général,  très  indulgent. 

t.  23,  col.  413,  et  non  432,  comme  porte  la  citation  des  Anecdota,  par  suite 
d'une  faute  d'impression. 


^88  BIBLIOGRAPHIE. 

Toutefois,  il  observe  (p.  348)  que,  dans  plusieurs  compilations  d'his- 
toire universelle  considérées  comme  estimables,  l'histoire  d'Espagne 
a  été  traitée  d'une  manière  insuffisante.  La  vérité  est  qu'il  existe  très 
peu  d'ouvrages  de  vulgarisation,  en  quelque  langue  que  ce  soit,  que 
l'on  puisse  recommander  avec  sécurité. 

Ch.-V.  Langlois. 

La  Maison  de  Craon,  accompagnée  du  Cartulaire  de  Craon,  par 
Bertrand  de  Broussillon.  Paris,  A.  Picard,  4893.  2  vol.  in-8°.  30  fr. 

Notre  confrère  M.  Bertrand  de  Broussillon  a  pris  à  tâche  de  recons- 
tituer l'histoire  du  Maine  à  l'aide  des  archives  des  familles  féodales  de 
la  région,  et  il  nous  annonce  de  prochaines  études  sur  les  comtes  et  les 
vicomtes  du  Maine,  les  seigneurs  de  Sablé,  de  Laval,  de  Beaumont, 
de  Château-Gontier,  etc.  Déjà  il  avait  publié,  avec  la  collaboration  de 
M.  P.  de  Farcy,  la  Sigillographie  de  la  maison  de  Laval,  et  il  nous 
donne  aujourd'hui  une  histoire  de  la  maison  de  Craon,  une  des  plus 
importantes  assurément  de  la  province  du  Maine. 

Disons  dès  l'abord  qu'on  no  saurait  trop  louer  la  patience  avec 
laquelle  M.  Bertrand  de  Broussillon  a  ramassé  de  tous  côtés,  dans  les 
manuscrits  et  les  imprimés,  tous  les  actes  où  figurent  des  membres  de 
la  maison  dont  il  voulait  faire  l'histoire,  et  l'esprit  de  sage  critique  avec 
lequel  il  a  su  interpréter  les  documents  qu'il  avait  entre  les  mains. 
Mais  disons  aussi  que  nous  regrettons  le  plan  qu'il  a  adopté.  Il  y  a 
dans  son  livre  la  matière  de  trois  ouvrages  différents,  qui  auraient 
gagné,  croyons-nous,  à  être  traités  isolément.  La  partie  la  plus  impor- 
tante, le  Cartulaire  proprement  dit,  serait  certainement  mieux  apprécié 
s'il  n'était  sans  cesse  interrompu  par  l'histoire  et  par  la  sigillographie, 
ce  qui  rend  les  recherches  très  laborieuses.  Les  deux  autres  parties  de 
l'ouvrage  auraient  elles-mêmes  plus  d'intérêt  si  elles  formaient  une 
suite  non  interrompue. 

Ces  critiques  générales  une  fois  posées,  nous  ferons  quelques  obser- 
vations de  détail,  qui  prouveront  à  M.  Bertrand  de  Broussillon  la 
valeur  incontestable  que  nous  attachons  à  son  œuvre.  Nous  l'avons 
étudiée  avec  soin,  et  nous  devons  dire  qu'à  part  certaines  fautes  de 
typographie  nous  n'y  avons  relevé  que  peu  d'erreurs.  —  Dans  l'analyse 
de  l'acte  du  21  août  1371  (n»  990  bis),  ce  n'est  pas  de  Tironneau  qu'il 
est  question,  mais  de  Nouans.  La  femme  de  Patry  de  Sourches  ne  s'ap- 
pelait pas  Jeanne  de  Sourches,  mais  Jeanne  de  Doucelles.  De  même, 
dans  la  note  2,  p.  126,  l'auteur  donne  à  la  femme  d'Imbcrt  de  Sourches, 
seigneur  de  Rabestan,  le  nom  de  Jeanne  d'Usages,  tandis  qu'en  réalité 
elle  s'appelait  Jeanne  des  Hayes.  —  Dans  l'acte  du  10  janvier  1455, 
V.  s.  (n°  1197),  le  passage  «  Jeanne  de  Courtremblay,  femme  de  feu 
messire  Jehan  d'Angennes,  actuellement  seigneur  de  Rambouillet,  »  est 


BIBLIOGRAPHIE.  -189 

incompréhensible;  il  faut  lire  «  Jeanne  de  Courtremblay,  femme  de 
feu  Jehan  d'Angennes,  seigneur  de  Rambouillet,  et  mère  de  Jehan 
d'Angennes,  actuellement  seigneur  de  Rambouillet.  »  La  femme  de 
Jean  de  l'isle  est  Marie  de  RibouUé  et  non  Marie  Riboul. 

Certaines  analyses  sont  peut-être  un  peu  courtes.  Quelques  actes 
auraient  mérité  d'être  publiés  en  entier  ;  nous  citerons  entre  autres  la 
vente  de  la  vicomte  de  Ghâteaudun  à  Louis,  duc  d'Orléans,  par  Guil- 
laume de  Craon,  seigneur  de  Moncontour  et  de  Marnes,  le  12  octobre 
1395.  Ce  document  renferme  des  renseignements  du  plus  haut  intérêt 
qu'on  aurait  été  heureux  de  trouver  dans  le  Cartulaire. 

A  la  page  353  de  son  premier  volume,  M.  Bertrand  de  Broussillon  a 
parfaitement  raison  de  justifier  la  mémoire  d'Amaury  IV  du  reproche 
qui  lui  a  été  fait  d'avoir  servi  dans  ses  dernières  années  la  cause  du 
roi  d'Angleterre.  Pour  mieux  établir  le  rôle  qu'Amaury  joua  lors  de  la 
reprise  des  hostilités,  notre  confrère  aurait  pu  citer  ce  passage  d'une 
lettre  de  ce  seigneur  en  date  du  30  octobre  1367,  oià  il  rapporte  «  qu'il 
fut  à  la  prinse  des  forteresses  de  Vas,  Rillé,  le  Loroux  et  Saumur,  en 
la  compagnie  de  Bertrand  du  Guesclin,  connestable  de  France.  » 

M.  Bertrand  de  Broussillon  demande  qu'on  lui  indique  les  documents 
qui  lui  auraient  échappé  ;  il  a  fouillé  avec  tant  de  persévérance  et  de 
sagacité  tous  les  dépôts  publics  et  privés  qu'on  ne  peut  guère  espérer 
glaner  après  lui.  Nous  lui  signalerons  cependant  quelques  titres  qu'il 
n'a  pas  connus  ou  dont  il  n'a  pas  cru  devoir  faire  usage.  Au  milieu  du 
ix^  siècle,  la  seigneurie  de  Craon  était  en  la  possession  de  Lambert, 
comte  de  Nantes,  et  la  Chronique  de  Nantes  raconte  que,  lorsque  ce 
seigneur  fut  forcé  en  851  de  fuir  de  son  comté  de  Nantes,  il  se  retira  à 
Craon,  qui  dépendait  alors  de  l'abbaye  de  Saint-Clément  de  Nantes, 
d'où  le  vocable  de  saint  Clément  donné  à  l'église  de  Craon.  Dimittens 
comitatum,  fiigit  usque  Credonem,  tune  temporis  Namnetici  territorii 
vicum,  jure  Sancti  démentis  civitatis  Namneticss  monasterio  pertiiientem. 
Lambert,  il  est  vrai,  n'est  pas  un  membre  de  la  maison  de  Craon,  mais 
peut-être  M.  Bertrand  de  Broussillon  aurait-il  pu  rappeler  ce  fait  des 
annales  craonnaises,  un  des  plus  anciens  que  l'on  connaisse. 

Voici  en  revanche  des  actes  qui  intéressent  directement  les  seigneurs 
de  la  maison  de  Craon,  dont  notre  confrère  nous  a  tracé  l'histoire  : 

En  mars  1220,  Guillaume  des  Roches,  sénéchal  d'Anjou,  avec  Mathieu 
de  Montmorency,  Pierre,  comte  de  Bretagne,  Robert,  comte  de  Dreux, 
et  autres,  se  porte  garant  dans  un  procès  entre  le  roi  Philippe-Auguste 
et  Guillaume,  évêque  de  Paris,  au  sujet  du  droit  qu'avait  le  roi  au  clos 
Bruneau  [Trésor  des  chartes.  Paris,  267). 

En  1313,  à  Angers,  vente  par  Jean  de  Noisy,  fils  d'Amaury  de  Noisy, 
chevalier,  en  faveur  d'Amaury  lU,  sire  de  Craon,  de  40  livres  de  rente 
en  la  paroisse  de  Rozières-en- Vallée  [Trésor  des  chartes.  Anjou,  93). 

27  avril  1331.  Lettres  de  Philippe  de  Valois  permettant  à  Amaury  III, 


-190  BIBLIOGRAPHIE. 

sire  de  Graon,  d'acquérir  en  iiefs  et  seigneuries  500  livres  de  rente, 
sans  payer  ventes,  quint-denier  et  autres  redevances  (Trésor  des  chartes. 
Tours,  37). 

En  somme,  l'ouvrage  de  M.  Bertrand  de  Broussillon  offre  les  rensei- 
gnements les  plus  nouveaux  et  les  plus  intéressants,  non  seulement 
pour  l'histoire  du  Maine,  mais  aussi  pour  celle  de  la  Bretagne,  du  Poi- 
tou, de  la  Saintonge,  du  pays  Ghartrain  et  d'autres  contrées  encore. 
Nous  ne  pouvons  que  faire  les  vœux  les  plus  sincères  pour  qu'il  con- 
tinue, comme  il  nous  annonce  en  avoir  l'intention,  à  nous  donner  les 
monographies  des  principales  maisons  de  la  région  qu'il  a  en  si 
grande  affection. 

Lucien  Merlet. 


LIVRES    NOUVEAUX. 


SOMMAIRE  DES  MATIÈRES. 

Généralités,  H8,  179,  186. 

Sciences  auxiliaires.  —  Épigraphie,  73.  —  Diplomatique,  201.  — 
Bibliographie,  27,  49,  116,  199;  bibliothèques,  113,  210,  231  ;  manus- 
crits, 21,  43,  96,  99,  110,  165,  191,  255,  276;  imprimés,  96,  226  ;  typo- 
graphie et  librairie,  10,  75,  147,  155;  ex-libris,  113. 

Sources,  161,  163,  181,  265,  285.  —  Ghroniques,  51,  131,  132,  160, 
217,  266, 268.  —  Journal,  176.  —  Correspondances,  56,  282.  —  Archives, 
22,  31,  32,  79,  97,  111,  129,  145,  148,  210.  —  Gartulaires,  etc.,  4,  40, 
129,  271,  272,  280,  283  ;  chartes,  220  ;  regestes,  225,  228.  —  Inventaires, 
comptes,  53,  58,  114.  —  Fouillé,  222. 

Biographie,  aÉNÉALOOiE.  —  Adalard  d'Eyne,  3  ;  Alexandre  IV,  4  ;  Argoun, 
119;  Babenberg,  134;  saint  Bernard,  50;  Blanche  de  Gastille,  23; 
sainte  Catherine  de  Sienne,  89;  saint  Gésaire,  171;  Ghabannes,  48; 
Charles  VII,  34  ;  saint  Colomba,  2  ;  Gorvin,  250  ;  saint  Emmeran,  82  ; 
Fauste  de  Riez,  141;  Ferdinand  I»'  de  Naples,  215;  Feysigny,  192; 
François  I",  178;  saint  François  d'Assise,  55,  133,218,  273;  Froissart, 
69;  Gauma,  119;  De  Geer,  100;  Gérard  de  Tolède,  33;  Gérard  Pateclo, 
33  ;  Ugolino  délia  Gherardesca,  6;  Grégoire  VII,  174;  Grégoire  X,  200; 
Guillaume  de  Flavy,  208;  Jabalaha,  119;  Jeanne  d'Arc,  109,  177,  185, 
188,  223;  Joinville,  69;  Kremsmùnster,  161;  La  Fontaine-d'Harnon- 
court-Unverzagt,  112;  Léontius  de  Byzance,  240;  Louis  VIII,  206; 


BIBLIOGRAPHIE.  49< 

Louise  de  Savoie,  178;  Matiomet,  122;  Masaccio,  176;  Masque  de  fer, 
41;  Matignon,  104;  Meïr  ben  Baruch,  15;  Montmayeur,  192;  saint 
Paul,  86;  sainte  Philippe  de  Chantemilan,  277;  saint  Pierre,  86;  saint 
Roch,  60;  Rodolphe  de  Habsbourg,  200;  Richard  de  San-Germano, 
160;  Savoie,  191;  Savonarole,  257;  Visconti,  286;  saint  Wigbert,  246. 

Géographie,  216. 

Institutions,  H,  62,  74,  102,  140,  158,  168,  203,  256,  259,  260,  278. 

Mœurs,  histoire  économique,  13,  35,  39,  126,  137,  227,  245,  251,  253, 
254,  270. 

Médecine,  219,  241. 

Enseignement,  80,  87,  156,  205,  264,  269. 

Religions.  —  Judaïsme,  101.  —  Catholicisme,  86;  hagiographie,  27, 
82;  papauté,  4,  107,  232;  conciles,  132;  ordres  religieux,  etc.,  19,  170, 
235,  261  ;  livres  saints,  76,  121;  liturgie,  16,  99, 110, 124;  discipline,  8. 
—  Superstitions,  152.  —  Hétérodoxie,  41,  119.  —  Islamisme,  275. 

Archéologie,  30,  31,  61,  151,  169,  180,  227,  249,  279.  —  Architec- 
ture, 9,  25,  37,  66,  94,  154,  164,  224.  —  Sculpture,  105,  166,  287.  — 
Peinture,  44,  93,  99,  115, 153, 184, 191,  267;  émaillerie,  18.  —  Poterie, 
143.  —  Mobilier,  67,  190,  248.  —  Orfèvrerie,  17,  167,  232,  —  Numis- 
matique, 28,  91,  234.  —  Sigillographie,  83,  252.  —  Héraldique,  230.  — 
Équitation,  209. 

Langues  et  littératures,  20,  202,  239.  —  Langue  grecque,  243.  — 
Langues  romanes,  139;  italien,  7,  46,  47,  67,  88,  106,  149,  258; 
français,  175,  211;  provençal,  214;  rhéto-roman,  103.  —  Langues  ger- 
maniques :  anglo-saxon,  57;  allemand,  142,  189,  247,  284.  —  Langues 
Scandinaves,  120,  125,  196,  197.  —  Langues  slaves,  81.  —  Langue  hon- 
groise, 288. 

SOMMAIRE  GÉOGRAPHIQUE. 

Allemagne,  19,  45,  64,  140.  —  Alsace-Lorraine,  90,  102,  127,  139, 
237;  Bade,  136;  Bavière,  134;  Hanovre,  274;  Lusace,  24,  159;  Pro- 
vinces rhénanes,  150;  Prusse  et  provinces  baltiques,  35,  193,  205,245; 
Saxe  et  Thuringe,  197,  225,  269,  271,  272;  Wurtemberg,  116,283,285. 

Autriche-Hongrie,  77,  135,  166,  262,  263,  266. 

Belgique,  123.  —  Espagne,  38,  275. 

France,  64,  102,  162.  —  Bretagne,  146;  Ghablais,  78;  Champagne, 
251;  Comtat-Venaissin,  79;  Dauphiné,  234;  Faucigny,  78;  Gascogne, 
34;  Languedoc,  260;  Maine,  173;  Normandie,  26,  62;  Rouergue,  3; 
Roussillon,  36  ;  Saintonge,  13.  —  Aisne,  145  ;  Allier,  25  ;  Ardennes, 
108;  Ariège,  198;  Bouches-du-Rhône,  61;  Calvados,  22;  Cher,  37; 
Côte-d'Or,  50,  97;  Drôme,  148;  Gers,  58;  Hérault,  85;  Landes,  183; 


•192  BIBLIOGRAPHIE. 

Loir-et-Cher,  32,  236;  Haute-Loire,  169;  Loire-Inférieure,  138;  Lot 
et-Garonne,  5;  Maine-et-Loire,  6;  Manche,  40,  104,  213;  Marne,  155 
Meurthe-et-Moselle,  72;  Nord,  66,  67;  Oise,  179;  Pas-de-Calais,  111 
Puy-de-Dôme,  130;  Haute-Saône,  170;  Seine,  14,  87,  128;  Seine-et 
Oise,  71;  Tarn-et-Garonne,  31;  Var,  84;  Yaucluse,  80;  Vienne,  147 
Vosges,  91,  92;  Yonne,  220,  222. 

Grande-Bretagne,  194,  281. 

Italie,  54,  95,  238,  261.  —  Région  du  nord,  10,  29,  39,  45,  54,  94, 
468,  172,  187,  195,  207,  215,  221  ;  du  centre,  42,  74,  86,  157,  229,  254; 
du  sud,  52,  59,  98,  129,  204,  244,  264. 

Pays  Scandinaves,  117,  228,  242.  —  Pologne,  1,  56,  63,  83,  144. 

Russie,  182.  —  Suisse,  212.  —  Turquie,  63. 

1.  Acta  capitulorum  necnon  iudiciorum  ecclesiasticorum  selecta  edi- 
dit  B.  Ulanowski.  Vol.  I,  Acta  capitulorum  Gneznensis,  Poznaoiensis 
et  Vladislaviensis  (1408-1530).  Cracoviae,  sumptibus  Acaderalae  littera- 
rum  Cracoviensis,  1894.  In-4",  yi-663  p.  (Editionum  collegii  historici 
Academiaelitterarum  Cracoviensis.  N.  51.  Monumenta  medii  aevi  histo- 
rica  res  gestas  Poloniae  illustrantia,  tomus  XIII.) 

2.  Adamnanus.  Vita  Sancti  Columbae.  Edited  from  D""  Reeves  text, 
with  an  introduction  on  early  Irish  church  history,  notes  and  giossary, 
by  J.  T.  Fowler.  New- York,  Macmillan,  1895.  In-12,  lxxxvii-200  p. 
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—  Arrigo  Bellondi.  —  Marco  Piacentini.  —  Galeazzo  Marescotti.  — 
Peliegrino  Zambeccari  (?).  —  Domizio  Brocardi.  —  Francesco  Filelfo.  — 
Giovanni  Betti.  —  Banco  Bencivenni.  —  Antonio  di  Meglio.  Pisa,  coi 
tipi  del  cav.  Francesco  Mariotti,  1895.  In-8o,  18  p.  (Nozze  Rua-Berardi- 
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Occident  (1287),  traduite  du  syriaque  et  annotée  par  J.-B.  Chabot. 
Ouvrage  suivi  de  deux  appendices  renfermant  plusieurs  documents  con- 
cernant les  relations  du  roi  Argoun  et  du  patriarche  Jabalaha  avec  le 
pape  et  les  princes  chrétiens  de  l'Occident.  Paris,  Leroux,  1895.  In-8°, 
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The  Orkncyingers'  saga,  with  appendices,  etc.  Translated  by  sir 
G.  W.  Dasent.  Vol.  IV.  The  saga  of  Hacon,  and  a  fragment  of  the  saga 
of  Magnus,  with  appendices.  Translated  by  sir  G.  W.  Dasent.  London, 
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liber  xvii.  Wien,  F.  Tempsky,  1895.  In-4°,  p.  539-946.  (Monumenta 
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Correctoren  der  Druckorte  des  15.  Jahrh.,  mit  Angabe  der  in  den  einzel- 
nen  Jahren  vorkommenden  Buchdrucker,  Buchhandler  und  Kostentrà- 
ger  der  Incunabeln.  Leipzig,  0.  Harrassowitz,  1895.  In-S»,  xviii-464  p. 
(Centralblatt  fur  BibUolhekswesen,  Beiheft  XIV.)  18  m. 

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overDanmarks  brève  fra  middelaldercu  med  udtogaf  de  hidtil  utrykte. 
Udgivet  ved  K.  Erslev  i  forening  med  W.  Christensen  og  A.  Hude  af 
selskabet  for  udgivelse  af  kilder  til  dansk  historié.  I,  2  (1327-1350). 
Kjœbenhavn,  Gad,  1895.  In-8o,  196  p.  2  kr. 

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rieurs, etc.  »  Heliogravuren  nach  photographischen  Aufnahmen.  Mit 
eriâuterndem  Text  von  Alb.  Ilg.  I.  Wien,  A.  Schroll,  1895.  Gr.  in-fol., 
4  p.  et  25  pi.  30  m. 

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dœd  pa  balet  (1495-1498).  Kristiania,  Lutherstiftelsens  Boghandel. 
Gr.  in-8o,  viii-206  p.  2  kr.  50. 

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di  Timoteo  Benedei,  di  Diomede  Guidalotti  e  d'incerto,  pubblicati  da 
F.  Flamini  per  le  nozze  di  Amedeo  Crivellucci  coa  Lidia  von  Brunst). 
Pisa,  tip.  di  F.  Mariotti,  1895.  In-8°,  8  p. 

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la  Revue  des  langues  romanes.) 

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Oesterreich-Ungarn.  I"  Band.  (Von  den  àltesten  Zeiten  bis  zum  Jahre 
955.)  Mit  einem  Sachregister.  Wien,  Cari  Konegen,  1895.  In-8°,  vni- 
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avec  une  introduction  par  M.  le  chanoine  Ulysse  Chevalier.  Paris, 
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In-4o,  x-284  p.,  plans  et  grav. 

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geben  von  Oswald  Redlich.  Wien,  F.  Terapsky,  1894.  ln-8°,  lv-422  p., 
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In-8°,  30  p.  (Allgemeine  Zeitung,  Beilage.) 

288.  ZoLNAi  Gyula.  Nyelvemlékeink  a  kônyvnyomtatâs  korâig.  [Textes 
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rie de  l'Académie,  1894.  In-4o,  iv-296  p.  6  fl. 


CHRONIQUE  ET  MÉLANGES. 


Le  25  avril,  la  Société  de  l'École  des  chartes  a  procédé  au  renouvel- 
lement annuel  de  son  bureau  et  de  ses  commissions. 
Ont  été  nommés  : 

Président  :  M.  Giry. 

Vice-président  :  M.  Babelon. 

Secrétaire  :  M.  Guilhiermoz. 

Secrétaire-adjoint  :  M.  Courteault. 

Commission  de  publication  :  Membres  ordinaires,  MM.  Delisle,  de  Las- 
teyrie  et  Omont;  membres  suppléants  :  MM.  Ledos  et  Valois. 

Commission  de  comptabilité  :  MM.  de  Barthélémy,  Bruel  et  Morel- 
Fatio. 

Archiviste-trésorier  :  M.  Eugène  Lefèvre-Pontalis. 

—  La  fondation  de  M""^  la  marquise  Arconati-Visconti,  que  nous  avons 
annoncée  dans  notre  dernier  volume  (p.  556),  vient  d'être  approuvée 
par  un  décret  dont  voici  la  teneur  : 

Le  Président  de  la  République  française. 

Sur  le  rapport  du  ministre  de  l'Instruction  publique,  des  beaux-arts 
et  des  cultes; 

Vu  l'acte  notarié,  en  date  du  12  juillet  1894,  par  lequel  la  dame 
Marie-Louise-Jeannc  Peyrat,  veuve  du  sieur  Granmartino  Arconati- 
Visconti,  a  fait  donation  entre  vifs  à  l'École  nationale  des  chartes  d'une 
rente  annuelle  et  perpétuelle  de  douze  cents  francs,  qu'elle  s'oblige  à 
verser,  pour  être  employée  à  servir  deux  pensions  annuelles  de  six  cents 
francs  chacune  à  deux  élèves  sortants  de  l'Ecole; 

Vu  la  délibération  du  Conseil  de  perfectionnement  de  l'École  natio- 
nale des  chartes,  en  date  du  2  juin  1894; 

Vu  la  loi  du  11  floréal  an  X; 

Vu  le  décret  du  25  juillet  1885; 

La  section  de  l'Intérieur,  des  cultes,  de  l'instruction  publique  et  des 
beaux-arts  du  Conseil  d'État  entendue, 
Décrète  : 

Article  premier.  —  Le  directeur  de  l'École  nationale  des  chartes  est 
autorisé  à  accepter  au  nom  de  cet  établissement,  aux  clauses  et  condi- 
tions énoncées  dans  l'acte  notarié  du  12  juillet  1894,  la  donation  d'une 


CHRONIQUE   ET  Me'LANGES.  217 

rente  annuelle  et  perpétuelle  de  douze  cents  francs  faite  à  la  dite  École 
par  la  dame  veuve  Arconati-Visconti,  pour  servir  deux  pensions 
annuelles  de  six  cents  francs  chacune  à  deux  élèves  sortants  de  l'École 
choisis  par  le  Conseil  de  perfectionnement. 
Art.  2.  —  Ces  pensions  prendront  le  nom  de  «  Fondation  Peyrat.  » 
Art.  3.  —  Le  ministre  de  l'Instruction  publique,  des  beaux-arts  et 
des  cultes  est  chargé  de  l'exécution  du  présent  décret. 

Fait  à  Paris,  le  11  février  1895. 

Signé  :  Félix  Faure. 

Par  le  Président  de  la  République, 

Le  ministre  de  l' Instruction  publique,  des  beaux-arts  et  des  cultes, 

Signé  :  R.  Poincaré. 

—  La  soutenance  des  thèses  des  élèves  de  l'École  des  chartes  a  eu  lieu 
le  28  et  le  29  janvier  1895.  Les  sujets  traités  par  les  candidats  étaient 
les  suivants  : 

Essai  sur  les  attributions  des  procureurs  généraux-syndics,  des  pro- 
cureurs-syndics et  des  procureurs  des  communes,  par  Albert  Bléry. 

Étude  sur  les  coutumes  de  Clermont  en  Beauvaisis  en  1496,  par 
Henri  Bourde  de  la  Rogerie. 

Étude  sur  le  droit  de  gîte,  des  origines  au  x^  siècle,  par  Gaston 
CoUon. 

Hildebert  de  Lavardin,  évèque  du  Mans,  archevêque  de  Tours  (1056- 
1133),  sa  vie,  ses  lettres,  par  Adolphe  Dieudonné. 

Histoire  de  la  ville  et  de  la  commune  de  Douai ,  des  origines  au 
xv®  siècle,  par  Georges  Espinas. 

Essai  sur  Robert  II  de  la  Marck,  seigneur  de  Sedan,  mort  en  1536, 
par  Robert  Goubaux. 

Géographie  historique  du  Berry;  ses  divisions  et  ses  juridictions  féo- 
dales, ecclésiastiques  et  administratives,  par  Eugène  Hubert. 

Essai  historique  sur  l'Hôtel-Dieu  de  Goutances,  par  Paul  Lecacheux. 

Étude  sur  le  temporel  de  l'abbaye  Saint-Pierre  de  Gorbie,  des  origines 
au  xv«  siècle,  par  Auguste  Petit. 

Étude  historique  et  économique  sur  les  moulins  de  la  Franche-Comté 
et  du  pays  de  Montbéliard,  du  x«  siècle  à  la  Révolution,  par  Georges 
Riat. 

Le  procès  de  Guichard  de  Troyes  (1308-1313),  par  Abel  Rigault. 

Les  thèses  ont  été  classées  comme  il  suit  par  ordre  de  mérite  : 


1.  Thèse  de  M 

Rigault. 

2.          — 

Lecacheux 

3.          — 

Riat. 

4.          — 

Hubert. 

5.          — 

Petit. 

2^8  CHRONIQUE    ET   Me'lANGES. 

6.  —  Bourde  de  la  Rogerie. 

7.  —  Goubaux. 

8.  —  Dieudonné. 

9.  —  CoUon. 
10.  —  Espinas. 
H.  —  Bléry. 

Par  arrêté  ministériel  du  7  février  1895,  ont  été  nommés  archivistes 
paléographes  : 
\o  Par  ordre  de  mérite  : 

MM.    RlG.\ULT, 

Lecacheux, 

RiAT, 

Bourde  de  la  Rogerie, 
Petit, 
Dieudonné, 
Hubert, 
Espinas. 
2°  Sans  classement,  comme  appartenant  à  des  promotions  anté- 
rieures : 

MM.  Bléry, 

COLLON, 

Goubaux. 

—  Par  décret  en  date  du  27  mars  1895,  M.  l'abbé  Duchesne  a  été 
nommé  pour  six  ans,  à  dater  du  16  avril  1895,  directeur  de  l'École  fran- 
çaise de  Rome,  en  remplacement  de  M.  Geffroy,  admis  sur  sa  demande 
à  la  retraite  et  nommé  directeur  honoraire. 

—  Par  arrêté  du  13  février,  M.  Enlart,  archiviste  paléographe,  a  été 
chargé,  du  l"  février  au  l®""  juin  1895,  d'un  cours  d'archéologie  du 
moyen  âge  à  l'École  des  chartes,  pendant  l'absence  de  M.  de  Lastcyrie, 
député. 

—  Par  arrêté  du  23  février  1895,  notre  confrère  M.  Duchemin  a  été 
nommé  stagiaire  au  Département  des  imprimés  de  la  Bibliothèque 
nationale. 

—  Par  le  même  arrêté,  notre  confrère  M.  Dorez  a  été  nommé  sous- 
bibliothécaire  au  Département  des  manuscrits  de  la  Bibliothèque 
nationale. 

—  Notre  confrère  M.  Rigault  a  été  nommé  attaché  au  bureau  histo- 
rique des  Archives  du  ministère  des  Affaires  étrangères. 

—  Par  arrêté  du  22  février,  notre  confrère  M.  Collon  a  été  nommé 
conservateur  de  la  bibliothèque  de  Tours. 


CHRONIQUE    ET   Me'lANGES.  2-19 

—  Par  arrêté  du  31  janvier  1895,  notre  confrère  M.  Mazenod  est 
nommé  archiviste  du  département  de  la  Lozère,  en  remplacement  de 
M.  Sache,  démissionnaire. 

—  Notre  confrère  M.  Chavanon  a  été  nommé  archiviste  du  départe- 
ment de  la  Sarthe. 

—  Par  arrêté  du  5  mars,  notre  confrère  M.  F.  Glaudon  a  été  nommé 
archiviste  du  département  de  l'Allier,  en  remplacement  de  M.  A.  Vays- 
sière. 

—  Par  arrêté  du  29  mars,  notre  confrère  M.  Lemoine  a  été  nommé 
archiviste  du  département  du  Finistère. 

—  Le  6  mars  1895,  notre  confrère  M.  Élie  Berger  a  soutenu  devant 
la  Faculté  des  lettres  de  Paris  ses  thèses  pour  le  doctorat  sur  les  sujets 
suivants  : 

Thoms  Cantipratensis  Bonum  universale  de  apibus  quid  illustrandis 
ssBCïili  XIIl  moribus  conférât. 

Histoire  de  Blanche  de  Castille,  reine  de  France. 

M.  Élie  Berger  a  été  déclaré  digne  d'obtenir  le  grade  de  docteur  avec 
mention  très  honorable. 

—  Le  13  mars  1895,  notre  confrère  M.  Charles  Petit-Dutaillis  a  sou- 
tenu devant  la  Faculté  des  lettres  de  Paris  ses  thèses  pour  le  doctorat 
sur  les  sujets  suivants  : 

De  Lacedsmoniorum  reipublicx  temporibus  (222-146  a.  G.). 
Étude  sur  la  vie  et  le  règne  de  Louis  VllI  (1187-1226). 
M.  Petit-Dutaillis  a  été  déclaré  digne  d'obtenir  le  grade  de  docteur 
avec  mention  très  honorable. 

—  Par  arrêté  du  19  mars,  notre  confrère  M.  Babelon  a  été  nommé 
membre  de  la  section  d'archéologie  du  Comité  des  travaux  historiques 
et  scientifiques. 

—  Par  décret  en  date  du  19  avril  1895,  notre  confrère  M.  Paul  Meyer 
a  été  nommé  officier  de  la  Légion  d'honneur. 

—  Par  arrêté  en  date  du  20  avril  1895,  ont  été  nommés  : 

1°  Officiers  de  l'Instruction  publique  :  Nos  confrères  MM.  Durand  et 
Lefèvre-Pontalis  (Eugène). 

2»  Officiers  d'Académie  :  Nos  confrères  MM.  Delachenal,  Enlart  et 
Labande. 

—  Notre  confrère  M.  J.  Delaville  Le  Roulx  a  été  nommé  par  S.  A. 
le  prince  grand  maître  de  l'ordre  de  Malte,  résidant  à  Rome,  chevalier 
«  de  grâce  magistrale.  » 

—  Le  conseil  municipal  de  Paris,  dans  sa  séance  du  12  avril  1895, 
sur  le  rapport  de  M.  Berthelot,  a  adopté,  dans  les  termes  suivants,  la 


220  CBRONIQUE  ET  MÉLANGES. 

proposition  qui  lui  avait  été  faite  sur  le  recrutement  du  personnel  des 
bibliothèques  et  archives  municipales  : 
«  Le  Conseil, 

«  Vu  le  règlement  du  15  décembre  1883, 
«  Délibère  : 

«  Le  personnel  des  services  ci-après  : 

«  Bibliothèque  de  la  ville  et  collections  historiques; 

«  Bureau  des  archives  ; 

«  Bureau  des  bibliothèques  administratives, 
pourra,  dans  la  proportion  de  moitié  des  vacances,  être  recruté,  en 
dehors  des  conditions  du  règlement,  parmi  les  candidats  pourvus  de 
l'un  des  diplômes  d'archiviste  paléographe  ou  de  licencié  es  lettres, 

«  Ou  encore  sur  la  présentation  du  Comité  des  travaux  historiques 
parmi  les  auteurs  de  travaux  historiques  ou  archéologiques  d'un  mérite 
exceptionnel. 

«  Les  candidats  des  deux  premières  catégories  ne  pourront  débuter 
qu'avec  le  grade  de  commis  rédacteur  ou  de  commis  principal.  » 

BIBLIOGRAPHIE  DES  TRAVAUX  DE  M.  VAYSSIÈRE. 

Le  3  février  1895  est  mort  à  Moulins  notre  confrère  M.  Augustin 
Vayssière,  archiviste  du  département  de  l'Allier. 

M.  Vayssière  était  né  à  Vers-sous-Sellières  (Jura),  le  29  décembre 
1850.  Il  sortit  de  l'École  des  chartes  en  janvier  1875,  après  avoir  sou- 
tenu une  thèse  intitulée  :  «  Le  comte  de  Bourgogne  Othon  IV,  sa  vie, 
ses  actes,  son  administration  et  ses  rapports  avec  Philippe  le  Bel.  »  Avant 
d'être  nommé  archiviste  du  département  de  l'Allier,  il  avait  successive- 
ment administré  les  archives  de  l'Ain,  du  Jura  et  de  la  Corrèze. 

Voici  la  liste  des  travaux  de  M.  Vayssière  : 

La  Guerre  dans  la  terre  de  Saint-Claude  en  1673  et  1674.  Saint- 
Claude,  1872.  In-8°,  51  p. 

Renaut  de  Louons,  poète  franc-comtois  du  xiv<=  siècle.  Paris,  impr. 
Goupy,  1873.  In-S",  16  p. 

Le  Pas  des  armes  de  Sandricourt,  relation  d'un  tournoi  donné  en 
1493  au  château  de  ce  nom,  publié  d'après  un  manuscrit  de  la  biblio- 
thèque de  l'Arsenal  et  l'imprimé  du  temps.  Paris,  Willem,  1874.  In-16, 
xxxn-80  p. 

Voltaire  et  le  pays  de  Gex.  Lettres  et  documents  inédits.  Bourg, 
Grandin,  1876.  In-8°,  79  p. 

Antoine  Du  Saix.  Le  Blason  de  Brou,  réimprimé.  Bourg-en-Bresse, 
Grandin,  1876.  In-16,  xxi-48  p.  (Curiosités  littéraires  de  l'Ain,  n"  1.) 

Huit  ans  de  l'histoire  de  Salins  et  de  la  Franche-Comté  (1668-1675). 
Mémoires  contemporains.  Poligny,  impr.  Mareschal,  1876.  In-8°,  vn- 
156  p. 


CHRONIQUE    ET   Me'lANGES.  22^ 

Inscriptions  recueillies  dans  l'église  de  Brou.  Bourg-en-Bresse,  Gran- 
din,  1876.  In-8°,  19  p. 

Notes  sur  l'industrie  en  Bugey  à  la  fin  du  siècle  dernier.  Bourg, 
librairie  du  Moniteur  de  l'Ain,  1878.  In-16,  35  p.  (Extrait  du  Moniteur 
de  l'Ain.) 

Courses  pittoresques  dans  le  département  de  l'Ain.  Bourg-en-Bresse 
et  la  vallée  de  la  Reyssouze.  Texte  par  A.  V.,  eaux-fortes  par  Paul 
Morgon.  Bourg,  Martin-Battier,  1879.  In-4°,  vi-136  p.,  13  grav. 

Notes  pour  l'histoire  des  communes  de  la  Gorrèze.  Tulle,  impr.  veuve 
Lacroix  et  L.  Moles,  1883.  In-12,  42  p. 

Générale  description  du  Bourbonnois,  par  Nicolas  de  Nicolay,  publiée 
avec  une  introduction  et  une  table  annotée  des  noms  de  personnes  et 
de  lieux.  Moulins,  H.  Durond,  1889.  In-8°,  xix-221  et  240  p.,  2  pi. 

De  l'administration  municipale  de  Moulins  avant  la  Révolution. 
Moulins,  impr.  de  E.  Auclaire,  1889.  In-S",  36  p. 

Les  États  du  Bourbonnais.  Notes  et  documents.  Moulins,  H.  Durond, 
1890.  In-8°,  57  p. 

Reconnaissance  des  leydes,  péages  et  autres  droits  que  prend  et  exige 
Mgr  le  duc  de  Bourbonnais  en  la  ville  et  franchise  de  Montluçon.  Mou- 
lins, H.  Durond,  1890.  In-8°,  15  p. 

Le  Monastère  de  Sainte-Claire  de  Moulins,  par  le  P.  Jacques  Fodéré. 
Introduction,  notes  et  appendice  par  A.  V.  Moulins,  Durond,  1892. 
In-8°,  35  p. 

Procès-verbal  de  la  généralité  de  Moulins  dressé  en  1686  par  Florent 
d'Argouges,  intendant  en  ladite  généralité.  Moulins,  H.  Durond,  1893. 
In-8°,  xn-292  p. 

Il  a  rédigé  les  articles  177-227  de  l'ouvrage  suivant  :  Département 
du  Jura.  Inventaire-sommaire  des  archives  départementales  antérieures 
à  1790,  rédigé  par  MM.  Prost,  Vayssière  et  Libois.  Archives  ecclésias- 
tiques. Série  G.  Lons-le-Saunier,  impr.  L.  Declume,  1892.  In-4°, 
in-444  p.;  et  une  partie  de  l'Inventaire  sommaire  des  archives  départe- 
mentales antérieures  à  1790,  rédigé  par  MM.  Vayssière  et  A.  Hugues. 
Gorrèze.  Archives  civiles,  série  B.  G.  D.  E.  (Supplément.)  Tome  III. 
Tulle,  impr.  veuve  Lacroix  et  L.  Moles,  1889.  In-4°,  352  p. 

Il  avait  fondé  les  Archives  historiques  du  Bourbonnais,  recueil  men- 
suel (Moulins,  H.  Durond,  1890-1891,  2  vol.  in-8°),  où  il  a  inséré  plu- 
sieurs articles  anonymes. 

Il  a  encore  publié  : 

Dans  les  Annales  Bourbonnaises,  fondées  par  lui  et  par  M.  E.  Delaigne 
(Moulins,  impr.  E.  Auclaire,  gr.  in-8'')  : 

Les  deux  de  Lorme  et  les  bains  de  Bourbon  aux  xvi^  et  xvn^  siècles 
(1887,  p.  19-26,  53-60). 

Note  sur  le  manuscrit  de  la  Chronique  du  bon  duc  Loys  de  Bourbon, 


222  CHRO?îIQUE  ET   MELAIVGES. 

appartenant  à  la  bibliothèque  de  Saint-Pétersbourg,  et  sur  le  siège  de 
Belleperche  (1887,  p.  84-95). 

La  Ferté-Hauterive  (1887,  p.  152-159). 

Le  Château  d'Arisolles  (1887,  p.  165-168). 

Le  Château  de  Busset  (1887,  p.  21-2-216). 

Saint-Pourçain  pendant  la  Ligue  (1887,  p.  249-253,  280-286.  Tiré  à 
part,  formant  la  2^  partie  de  :  le  Bourbounais,  le  sol  et  ses  habitants. 
Moulins,  Auclaire.  In-S»,  12  p.). 

Jacques  de  la  Brosse  (1887,  p.  312-317). 

La  Mort  du  bon  duc  Loys  (1887,  p.  340-343). 

Chapiteaux  romans  de  l'église  de  Souvigny  (1887,  p.  386-387). 

Les  Tombeaux  de  l'église  des  cordeliers  de  Champaigne  (1888,  p.  41-45). 

Dans  les  Annales  de  La  Société  d'émulation  (agriculture,  lettres  et  arts) 
de  l'Ain  (Bourg,  impr.  Barbier,  in-8°)  : 

Les  Archives  de  l'Ain.  Assemblées  du  clergé  de  Bresse  et  de  Bugey 
(1876,  p.  81-91,  201-204,  297-302;  1877,  p.  176-184). 

Un  Placard  de  1571.  Note  sur  les  commencements  de  l'imprimerie  à 
Bourg-en-Bresse  (1877,  p.  88-96.  Tiré  à  part.  In-8°,  14  p.). 

Les  Archives  de  l'Ain.  Chapitre  et  église  Notre-Dame  de  Bourg  (1877, 
p.  267-299). 

Les  Stalles  de  l'église  Notre-Dame  de  Bourg  (1877,  p.  395-400). 

Notes  historiques  et  archéologiques  sur  les  communes  do  l'Ain.  Bou- 
ligneux  (1878,  p.  90-94);  Ambronay  (1878,  p.  288-291);  Saint-Jean-le- 
Vieux  et  l'Abergement-de-Varcy  (1879,  p.  222-224). 

Église  et  chapitre  de  Varambon  (1878,  p.  194-200). 

Les  Archives  de  l'Ain.  Chapitre  de  Trévoux  (1878,  p.  388-396). 

Saint  Guignefort.  Origine  et  histoire  du  culte  rendu  à  ce  prétendu 
saint  dans  la  paroisse  de  Romans  (Ain)  (1879,  p.  94-108,  209-221.  Tiré 
à  part.  Lyon,  R.  Châteauneuf,  1879.  In-8°,  35  p.). 

Verjon  (1879,  p.  108-109). 

Dans  V Annuaire  du  département  du  Jura  (Lons-le-Saunier,  impr. 
Damelet,  in-12)  : 

L'Apocalypse  de  Saint-Oyent  (manuscrit  de  la  Bibliothèque  natio- 
nale de  Paris)  (1874,  p.  75-79). 

M.  Vayssière  a  rédigé  la  partie  historique  de  cet  Annuaire  en  1881 
et  1882. 

Dans  le  Bulletin  de  la  Société  des  lettres,  sciences  et  arts  de  la  Gorrèze 
(Tulle,  impr.  Crauflbn,  in-8")  : 

Lettres  de  Charles  VII  permettant  aux  habitants  de  Bort  de  lever 
une  I  aide  »  sur  le  vin,  le  sel,  le  bétail  et  les  denrées  vendues  dans  la 
ville  (26  mai  1437)  (1882,  p.  420-423). 

L'Ordre  de  Malte  en  Limousin  au  xvn«  siècle  (1882,  p.  491-512  ;  1884, 
p.  21-206). 

Les  Archives  do  la  Corrèze  en  1882  et  1883  (1883,  p.  603-627.  Tiré 


CHROJVIQOE   ET   ME'lANGES.  223 

à  part.  Ia-8o,  27  p.);  ea  1883-84  (1884,  p.  492-498);  en  1884-85  (1885, 
p.  668-672). 

Dans  le  Bulletin  de  la  Société  scientifique,  historique  et  archéologique 
de  la  Corrèze  (Brive,  impr.  Marcel  Roche,  in-8°)  : 

Gimel  et  Séclières  (1883,  p.  31-84). 

Les  Dames  de  Goyroux  (1883,  p.  365-379). 

Les  Seigneurs  de  Serilhac  et  les  vicomtes  de  Turenne  (1884,  p.  23-51). 

Contribution  à  l'histoire  des  guerres  de  rehgion  en  bas  Limousin 
(1884,  p.  197-211). 

Le  Prieuré  de  Saint-Angel  (1884,  p.  357-448  et  591-609). 

Les  Malheurs  d'un  abbé  de  Vallette  (1885,  p.  35-41). 

Documents  relatifs  à  l'hist.  de  la  maison  de  Turenne  (1885,  p.  309-402). 

Dans  le  Bulletin  du  Comité  des  travaux  historiques  et  scientifiques 
(Paris,  Impr.  nationale,  in-8o),  section  d'histoire  :  Fragment  d'un  compte 
d'Etienne  de  la  Baume,  dit  le  Galois,  relatif  à  certaines  dépenses  faites 
par  ordre  du  Roi  pour  la  préparation  d'une  croisade  (1335)  (1884,  p.  314-31 5). 

Dans  les  Mémoires  de  la  Société  d'émulation  du  Jura  (Lons-le-Saunier, 
impr.  Gauthier  frères,  in-8°)  : 

Étude  archéologique  sur  les  stalles  de  la  cathédrale  de  Saint-Claude 
(1874,  p.  77-110,  2  pi.  Tiré  à  part.  In-8°,  36  p.  et  2  pi.). 

Obituarium  abbatiœ  Castri-Caroli,  ou  Notice  des  abbesses,  religieuses 
et  bienfaiteurs  de  l'abbaye  noble  de  Château-Ghalon  (1875,  p.  117-207. 
Tiré  à  part.  In-8°,  103  p.). 

Lettres  de  rémission  accordées  à  Lacuzon  et  à  des  Franc-Comtois 
pour  crimes  et  délits  commis  pendant  la  guerre  de  Trente  ans  (1879, 
p.  359-393). 

Le  Livre  d'or  ou  livre  des  vassaux  de  l'abbaye  de  Saint-Claude  (1884, 
p.  171-239). 

JEAN  DE  MAÇON,  PROFESSEUR  D'ORLÉANS. 

M.  le  professeur  Wilhelm  Meyer,  auquel  nous  devons  un  excellent 
catalogue  des  manuscrits  de  Goettingue^,  a  été  amené,  au  cours  d'une 
polémique  avec  M.  Steffenhagen,  à  rédiger  une  très  intéressante  notice 
sur  un  professeur  de  droit  de  l'Université  d'Orléans,  Jean  de  Màcon, 
cité  dans  un  commentaire  sur  les  Institutes,  n»  55  de  la  série  juridique 
de  la  bibliothèque  de  Goettingue.  Le  souvenir  de  ce  professeur  doit 
être  soigneusement  gardé  parmi  nous,  ne  fût-ce  que  pour  la  place  qu'il 
occupe  dans  l'histoire  de  Jeanne  d'Arc.  Nos  lecteurs  nous  sauront  donc 
gré  de  leur  communiquer  un  extrait  du  mémoire  qui  a  récemment  paru 
dans  les  Nachrichten  der  K.  Gesellschaft  der  Wissenschaften  zu  Gottingen  ^, 

1.  Verzeichniss  der  Handschriften  im  Preussischen  Staate.I.  Eannover.  1-3. 
Gottingen.  1893  et  1894.  3  vol.  in-S». 

2.  Philolog.  histor.  Klasse,  1894,  n°  4. 


224  CHRONIQUE   ET   ME'lANGES. 

SOUS  le  titre  de  Glossen  zu  einigen  juristischen  Handschriften  in  Goettin- 
gen.  M.  W.  Meyer,  dont  les  travaux  sur  la  littérature  grecque  et  latine, 
de  l'antiquité  et  du  moyen  âge,  ont  obtenu  de  très  légitimes  succès,  est 
parfaitement  préparé  à  traiter  des  questions  se  rattachant  à  l'histoire 
de  France,  comme  il  l'a  déjà  montré  par  ses  observations  sur  le  manus- 
crit original  du  grand  ouvrage  historique  de  Thomas  Basin.  Voici  dans 
quels  termes  il  a  parlé  de  la  vie  et  des  écrits  de  Jean  de  Mâcon. 

En  1378,  nous  trouvons  Johannes  de  Matiscone,  de  Cluniaco,  Matisco' 
nensis  diocesis,  clericus,  licenciatus  in  legibus,  scolaris  in  Décréta. 

En  1382,  il  est  reconnu  comme  le  docteur  de  la  nation  d'Allemagne 
à  l'Université  d'Orléans*. 

La  même  année,  il  court  les  plus  grands  dangers  dans  une  émeute 
dirigée  contre  les  écoliers  par  la  populace  d'Orléans 2. 

En  1393,  il  est  qualifié  de  legum  doctor,  succentor  ecclesix  Aurelianen- 
sis,  in  diclo  studio  ordinarie  actu  regens. 

En  1394,  Johannes  de  Masticone,  subdiaconus,  Masticonensis  diocesis, 
legum  professer,  Aurelianis  actu  regens. 

[Le  3  octobre  1398,  Johannes  de  Matiscone,  legum  doctor,  canonicus  et 
succentor  ecclesie  Aurelianensis,  fait  une  fondation  dans  l'église  de  Saint- 
Sanson  d'Orléans^.] 

En  1419,  il  avait  emprunté  à  la  bibliothèque  de  l'Université  deux 
livres  :  Bartolus  super  Digesto  veteri  et  Repetitiones  Pétri''. 

En  1421,  il  est  qualifié  de  succentor  ccclesix  Aurelianensis^. 

Jean  de  Mâcon  a  dû  vivre  très  vieux  ;  il  fut  témoin  des  merveilleux 
événements  de  l'année  1429.  Nous  lisons  dans  une  relation  contempo- 
raine, la  Chronique  de  l'établissement  de  la  fête  du  8  mai  à  Orléans  : 
«  Et  après  Jehanne  la  Pucelle  s'en  alla  à  l'église  de  Sainte-Croix,  et  là 
parla  à  messire  Jehan  de  Mascon,  docteur,  qui  estoit  un  très  sage 
homme,  lequel  luy  dit  :  «  Ma  fille,  estes-vous  venue  pour  lever  le 
«  siège?  ù  A  quoy  elle  respondit  :  «  En  nom  Dé,  dist-elle,  ouy.  »  — 
<  Ma  fille,  dit  le  sage  homme,  ilz  sont  fors  et  bien  fortiffiés,  et  sera  une 
«  grant  chose  à  les  mettre  hors.  »  Respondit  la  Pucelle  :  «  Il  n'est  rien 
«  impossible  à  la  puissance  de  DieuC.  i  Un  peu  plus  loin,  l'auteur  fait 
remarquer  que  e  il  y  a  pour  le  présent  des  jeunes  gens  qui  à  grant 
peine  pourroient-ilz  croire  ceste  chose  ainsi  advenue'^.  »  L'auteur  était 

t.  M.  Fournier,  Statuts  des  Universités,  t.  I,  p.  146. 

2.  Ibid.,  p.  159. 

3.  Acte  publié  par  M.  Boucher  de  Molandon  dans  Mëm.  de  la  Soc.  archéol. 
de  l'Orléanais,  t.  XVIU,  p.  .333. 

4.  Fournier,  Statuts  des  Universités,  t.  Il,  p.  200. 

5.  Ibid.,  p.  202,  et  Mém.  de  la  Soc.  archéol.  de  l'Orléanais,  t  XVIII, 
p.  340. 

6.  Procès  de  condamnation  et  de  réhabilitation  de  Jeanne  d'Arc,  t.  V,  p.  291. 

7.  Ibid.,  p.  298. 


I 


CHRONIQUE  ET  MELANGES.  225 

donc  d'un  âge  avancé  quand  il  parlait  ainsi,  et  cette  particularité  aug- 
mente beaucoup  la  vraisemblance  d'une  conjecture  du  très  perspicace 
Quicherat,  qui  s'est  posé  cette  question  :  «  Jean  de  Mâcon  ne  serait-il 
pas  l'auteur  de  la  présente  relation?  »  Il  n'y  a  pas  lieu  de  s'étonner  qu'il 
se  qualifie  de  <r  très  sage  homme;  »  cela  est  assez  conforme  aux  usages 
du  temps.  Ainsi,  cinquante  ans  plus  tard,  Thomas  Basin,  dans  sa 
grande  Chronique,  excellemment  publiée  par  Quicherat,  ne  s'est  pas 
fait  connaître  comme  l'auteur  de  cette  histoire;  mais  il  s'y  est  désigné 
lui-même  comme  vir  in  divinis  et  humanis  litteris  non  mediocriter  insti- 
tutus,  sed,  quod  est  prestantius,  consilio,  prudentia  et  in  Deum  ac  proxi- 
mum  sincera  caritate  satis  conspicuus,  atqiie  unus  inter  ceteros  Galliarum 
episcopos  illius  temporis  multum  famosus.  Toujours  est-il  que  Jean  de 
Mâcon  avait  souvent  parlé  de  ses  rapports  avec  Jeanne  d'Arc.  En  1456, 
un  témoin  du  procès  de  réhabilitation  déclarait  quod  audivit  dici  a 
magistro  Johanne  de  Mascon  ^,  in  utroque  jure  doctore  famosissimo,  quod 
ipse  doctor  multociens  examinaverat  ipsam  Johannam  de  diclis  et  factis 
suis,  et  quod  non  faciebat  dubium  quin  esset  missa  a  Deo,  et  quod  erat  res 
mirabilis  in  audiendo  loqui  ipsam  et  respondendo,  et  nihil  in  vita  sua 
unquam  perceperat  nisi  sanctum  et  bonum. 

Suit  l'indication  des  ouvrages  juridiques  de  Jean  de  Mâcon  : 

I.  Lectura  super  IV  libros  Institutionum.  Ms.  1416  de  la  Mazarine, 
fol.  1-93,  et  ms.  695  de  ''Arsenal,  fol.  1-93.  —  Le  grand  commentaire 
sur  les  Institutes,  qui  se  trouve  aux  fol.  97-280  du  même  ms.  de  la 
Mazarine,  ne  serait-il  pas  aussi  de  Jean  de  Mâcon,  puisque  celui-ci  est 
l'auteur  de  toutes  les  autres  pièces  contenues  dans  le  volume? 

II.  Deverborum  significatione  et  De  regulis  juris.  Ms.  1416  de  la  Maza- 
rine, fol.  281-328,  et  ms.  324  de  Turin. 

m.  L'explication  d'un  passage  du  Digeste  (XX,  1,  21)  qui  se  trouve 
aux  fol.  383-386  du  ms.  de  la  Mazarine  est  vraisemblablement  de  Jean 
de  Mâcon. 

IV.  De  mater  ta  duelli,  questio  facta  Aurelianis  per  dominum  Johannem 
de  Matiscone,  legum  doctorem  eximium,  anno  Domini  1380,  die  Mercurii 
in  vigilia  Sancti  Andrée.  Fol.  121-126  d'un  ms,  d'Oxford,  n°  161  du 
Collège  de  la  Reine. 

V.  Tractatus  de  usuris,  compilatus  per  magistrum  Johatmem  de  Mati- 
scone doctorem.  Ms.  latin  5206  de  Munich,  fol.  302-315. 

VI.  Diverses  questions  de  droit,  dont  quelques-unes  datées  de  1385, 
veille  de  la  Pentecôte.  Ms.  40  de  Beaune.  —  Dans  le  même  manuscrit, 
Répétitions  de  droit  de  Jean  de  Mâcon,  à  rapprocher  peut-être  de  celles 
qui  ont  été  indiquées  par  A.  Sander  dans  la  Bibliolheca  belgica  (II,  163). 

1.  L'édition  de  Quicherat  (t.  III,  p.  27)  porte  dici  magistro  Johanni  Maçon. 
M.  W.  Meyer  a  suivi  le  texte  du  ms.  latin  17013,  publié  par  M.  Boucher  de 
Molandon,  dans  Mém.  de  lu  Soc.  archéol.  de  VOrléanais,  t.  XVIII,  p.  311. 
^895  45 


226  CHBONIQUE   ET  MELANGES. 

Vn.  Arbor  actionum,  trois  feuillets  à  la  fin  desquels  on  lit  :  hoc  de 
isto  per  dominum  Johannem  de  Matiscone,  legum  subtilissimum  doctorem. 
Ms.  350  d'Amiens. 

Dans  une  pièce  De  collatione  bonorum,  etc.,  que  contient  un  manus- 
crit de  Goettingue  (ThéoL,  n°  153,  fol.  156-158),  on  trouve  cité  à  un 
endroit  Jo.  de  Mares  et  à  un  autre  Jo.  de  Mareschona,  legum  doctor  Aure- 
lianus.  Dans  ce  dernier  nom  il  est  aisé  de  reconnaître  une  altération  du 
nom  de  Jo.  de  Matiscone. 

M.  W.  Meyer  termine  sa  notice  en  exprimant  le  vœu  qu'un  des  com- 
patriotes de  Jean  de  Mâcon  et  de  Jeanne  d'Arc  fasse  revivre  la  figure 
oubliée  d'un  professeur  de  droit,  dont  l'enseignement  eut  beaucoup 
d'éclat  dans  l'Université  d'Orléans.  Associons-nous  à  ce  vœu,  dont  la 
réalisation  est  singulièrement  facilitée  par  les  travaux  de  M.  W.  Meyer. 

DE  L'EMPLOI  DE  LA  LOCUTION 

«    LE   BON    PLAISIR    DU   ROI.    » 

A  l'occasion  des  Observations  publiées  par  M.  G.  Demante  dans  la 
Bibliothèque  de  l'École  des  chartes  (LIV,  1893,  p.  86  et  suiv.)  sur  la  for- 
mule Car  tel  est  notre  plaisir,  M.  Léopold  Delisle  a  fait  connaître  divers 
documents  relatifs  à  ce  sujet  dans  un  Post-Scriptum  joint  par  M.  Demante 
à  son  article  même  (Ibid.,  p.  93).  Parmi  ces  documents,  les  uns  se  rap- 
portent au  règne  de  Charles  IV  dit  le  Bel  pour  le  xiv^  siècle,  les  autres 
au  règne  de  Charles  VU  et  de  Louis  XI  pour  le  xv»,  d'autres  enfin  au 
règne  de  François  I*'  pour  le  xvi^  siècle,  sans  parler  ici  de  textes  pos- 
térieurs à  ceux-là.  Nous  croyons  intéressant  de  signaler  un  document 
de  cette  nature  pour  le  règne  de  Charles  VIII,  c'est-à-dire  pour  le  der- 
nier quart  du  xv^  siècle;  nous  l'avons  rencontré  aux  Archives  commu- 
nales de  Narbonne.  C'est  un  acte  du  20  avril  1486,  daté  de  Montpellier, 
qui  concerne  l'administration  financière,  où  il  est  question  d'ordon- 
nances sur  les  monnaies  tenues  en  suspens  par  les  commissaires  du  roi 
jusques  à  son  bon  plaisir  (Archives  communales  de  Narbonne,  série  CG, 
n°  301,  cote  provisoire).  C'est  une  preuve  de  plus,  s'il  était  nécessaire 
d'en  produire,  que  l'emploi  des  mots  le  bon  plaisir  du  roi  est  antérieur 
au  règne  do  François  I^"".  Il  s'agit  toujours,  bien  entendu,  d'actes  dans 
lesquels  on  parle  du  roi  et  non  pas  d'actes  émanés  du  souverain. 

Victor  MoRTET. 

LIVRE  EXÉCUTÉ  POUR  BOUCICAUT. 

Nous  avons  signalé,  dans  le  dernier  volume  de  la  Bibliothèque  de  l'École 
des  chartes  (p.  719),  un  exemplaire  du  livre  de  l'Information  des  princes, 
n"  870  des  manuscrits  de  Grenoble,  qui  porte  les  armes  de  la  famille  Le 


CHRONIQUE   ET   Me'lANGES.  227 

Meingre  de  Boucicaut,  et  nous  ajoutions  qu'il  avait  pu  avoir  appartenu 
au  maréchal  Boucicaut.  —  M.  de  Villeneuve,  qui  a  si  heureusement  mis 
en  lumière  les  Heures  du  maréchal,  veut  bien  nous  faire  observer  que 
le  manuscrit  de  Grenoble  pourrait  bien  être  le  livre  qui  est  ainsi  dési- 
gné dans  le  testament  du  maréchal  :  «  Item  le  dit  messire  Jehan  Le 
Mengre  laisse  et  donne  à  très  hault  et  puissant  seigneur  messire  Charles 
d'Arthois,  comte  de  Eu,  pour  lire  quant  il  lui  plaira,  un  romant  nommé 
Regimen  principum.  » 
L'hypothèse  de  M.  de  Villeneuve  nous  semble  tout  à  fait  plausible, 

LE  PEINTRE  JEAN  VITERNE  ET  LES  GÊLESTINS 
DE  MANTES. 

Les  documents  relatifs  à  nos  artistes  français  du  xiv«  siècle  sont  assez 
peu  nombreux  pour  que  nous  ne  négligions  point  de  recueillir  ceux 
qu'un  heureux  hasard  nous  fait  rencontrer.  Le  peintre  auquel  se  rap- 
porte la  pièce  publiée  ci-dessous  ne  nous  est  connu  jusqu'ici  que  par  la 
liste  annexée  aux  statuts  des  peintres  parisiens  de  1391.  Il  n'occupe 
dans  la  liste  que  le  quatorzième  rang;  il  ne  devait  pourtant  manquer  ni 
de  talent  ni  de  notoriété,  puisque  Charles  V  recourut  à  lui  pour  la  déco- 
ration de  ce  couvent  des  Gélestins,  qu'il  fonda  en  1376,  à  Mantes,  ou 
plutôt  à  Limay,  et  qu'il  combla  de  faveurs.  L'on  sait  que  le  couvent  et 
ses  dépendances  furent  détruits  à  la  fin  du  xvin^  siècle  et  que,  des  pièces 
d'art  qu'il  renfermait,  l'on  n'a  conservé  que  bien  peu  de  chose  :  la  sta- 
tue notamment  de  Thomas  Le  Tourneur,  archidiacre  de  Tournai  et  l'un 
des  premiers  bienfaiteurs  du  monastère.  Les  descriptions  et  les  itiné- 
raires anciens,  très  sobres  de  renseignements  sur  la  maison  des  Géles- 
tins, ne  suppléent  pas  au  silence  des  monuments  disparus.  Les  indica- 
tions empruntées  par  MM.  Alph.  Durand  et  E.  Grave  aux  notes 
manuscrites  de  M.  de  Roissy^  ne  parlent  point  des  œuvres  que  nous 
signale  la  quittance  de  Jean  Viterne. 

E.-G.  Ledos. 

«  Jehannin  Viterne,  paintre,  demeurant  à  Paris,  confesse  avoir  eu  et 
receu  de  Robert  de  Maule,  voier  et  receveur  de  Mante  pour  le  roy  nostre 
sire,  la  somme  de  trente  frans  d'or,  bon  pois  du  coign  du  roy  présent 
pour  sa  poine  d'avoir  paint,  atout  quérir  huille  et  couleurs,  c'est  assa- 
voir cinq  ymaiges  ou  portail  et  front  de  l'ostel  des  religieulx  celestins 
assis  à  Mante  ou  marché  aus  pourceaux  :  les  ymages  de  la  Trinité, 

1.  La  Chronique  de  Mantes  (Mantes,  impr.  du  Petit  Maniais,  1883,  ia-8°), 
p.  239-240.  L'acte  de  Jean  Autabours,  maître  des  œuvres  du  roi,  relatif  aux 
fondations  des  murs  de  la  cuisine  et  de  l'infirmerie  (13  décembre  1373],  ne  se 
trouve  point  au  tome  XVI  de  VBistoire  de  Lévrier,  comme  ces  auteurs  l'ont 
imprimé  par  erreur,  mais  au  tome  XV  (Bibl.  nat,  coll.  Vexin,  XV,  fol.  253  r*, 
n«  1259). 


228  CHRONIQUE  ET  MELANGES. 

saint  Père  Celestin,  saincte  Christine,  le  roy  et  la  royne  ;  item  le  cruxe- 
filz  de  l'église  de  la  Trinité,  Nostre-Dame,  saint  Jehan  ;  item  en  refre- 
touer  de  l'ostel  le  cruxefiement,  Nostre-Dame  et  saint  Jehan  ;  en  chap- 
pitre  oudithostel  Dieu  que  l'en  bat  à  l'estache;  et  quatre  colurabes  ou 
maistre  autel  de  la  dicte  église  paintes  d'asur,  semeez  de  fleurs  de  liz. 
De  laquelle  somme  de  trente  frans  d'or  pour  ce  que  dit  est  le  dit  paintre 
se  tint  pour  bien  poié  et  en  quitta  et  quitte  clama  le  roy  nostre  dit  sei- 
gneur, le  dit  receveur  et  tous  autres  à  qui  il  puet  appertenir.  Donné 
soubz  le  contrescel  de  la  chastellenie  de  Mante,  le  vendredi  ix"  jour  d'oc- 
tobre mil  CGC  LX  dix  et  sept. 

«  J.  GODIN.  » 
(Bibl.  nat.,  ms.  fr.  26014,  n'  2026.) 

NOUVELLE  NOTE  SUR  QUELQUES  MANUSCRITS 
DE  LA  REINE  CHRISTINE  <. 

La  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes  a  donné  l'hospitalité,  dans  son 
dernier  numéro  de  1893  (p.  786-789),  à  une  Note  sur  quelques  manuscrits 
de  la  reine  Christine. 

Cette  Note  se  résumait  ainsi  : 

En  1690,  lorsque  le  pape  Alexandre  VIII  eut  acheté  la  bibliothèque 
de  la  reine  Christine  de  Suède,  il  ordonna  que  soixante-douze  manus- 
crits de  la  collection  seraient  distraits  du  fonds  principal  et  affectés  aux 
Archives  vaticanes  ;  mais  les  Archives  conservèrent  mal  le  dépôt  qu'on 
leur  confiait.  Cinquante  au  moins  de  ces  manuscrits  se  retrouvèrent,  au 
milieu  du  xviii*'  siècle,  dans  la  bibliothèque  du  baron  de  Stosch,  à  Flo- 
rence, et  il  fallut,  pour  en  ramener  un  certain  nombre  au  Vatican,  que 
la  Vaticane  les  rachetât,  en  1759,  à  la  vente  des  collections  de  Stosch. 
C'est  dans  le  fonds  Ottoboni,  qu'on  venait  alors  d'acquérir  pour  la  Vati- 
cane, que  furent  versés  les  manuscrits  transfuges  ;  la  Note  en  question 
indiquait  la  cote  de  vingt  et  un  de  ces  manuscrits  et  invitait  à  complé- 
ter la  liste. 

Cet  appel  a  été  entendu.  Dans  le  premier  numéro  de  l'année  1894,  M.  de 
Mas  Latrie  (p.  235)  témoignait  de  la  présence  dans  le  fonds  Ottoboni 
d'un  Registre  des  lettres  du  roi  de  Chypre  provenant  de  la  bibliothèque  de 
la  reine  Christine  et  passé  par  celle  du  baron  de  Stosch 2.  Malheureu- 
sement, le  savant  historien  a  omis  de  nous  indiquer  la  cote  de  ce  manus- 

1.  Cette  note  complémentaire  est  due,  comme  la  première,  à  M.  Paul  Fabre, 
professeur  à  la  Faculté  des  lettres  de  Lille. 

2.  M.  de  Mas  Latrie  a  cru  (juc  j'avais  «  vainement  recherché  au  Vatican  le 
Registre  des  lettres  du  roi  de  Chypre;  »  c'est  tout  simplement  dans  le  Catalogue 
du  fonds  de  la  Reine,  par  Monlfaucon,  que  je  m'étonnais  de  ne  le  point  trouver, 
et  je  m'en  étonne  encore. 


CHRONIQUE    ET   MÉLANGES.  229 

crit;  celle  qu'il  nous  donne  se  réfère  au  classement  de  la  bibliothèque 
de  Stosch  et  non  au  classement  du  fonds  Ottoboni. 

Aussi,  je  crois  devoir  profiter  d'un  voyage  à  Rome  pour  compléter 
moi-même  la  liste  que  j'avais  ébauchée;  cela  rendra,  je  vois,  quelques 
services. 

Aux  vingt  et  un  manuscrits  déjà  identifiés,  je  puis  aujourd'hui  en 
ajouter  vingt-deux  autres,  qui  se  trouvent  tous  dans  le  fonds  Ottoboni  : 
cela  porte  à  quarante-trois  le  nombre  de  ces  manuscrits  de  la  Reine  qui, 
sortis  des  Archives  vaticanes  pour  entrer  chez  le  baron  de  Stosch,  sont 
retournés  de  là  au  Vatican  ;  sur  les  cinquante,  il  n'en  manque  mainte- 
nant plus  que  sept  à  l'appel,  qu'on  pourrait  sans  doute  retrouver,  —  au 
moins  en  partie,  —  dans  le  fonds  Vatican  proprement  dit.  On  me  per- 
mettra, en  attendant,  de  donner  ici,  —  à  défaut  d'une  description 
détaillée  qui  viendra  peut-être  plus  tard,  —  la  cote  de  ces  vingt-deux 
nouveaux  volumes  retrouvés  dans  le  fonds  Ottoboni. 

Fonds  Ottoboni  au  Vatican. 

=  2598 

=  3074 

=  2745 

=  2943 

=  2642 

=  2821 

=  2604 

=  2613 

=  2726 

=  3064 

=  2949 

=  2954 

=  2749 

=  2794 

=  2956 

=  2953 

=  3027 

=  3089 

=  2931 

=  3009 

=  3014 

=  2965 

GILLES    DE    KERAMPUIL, 

ÉDITEUR  DES  HEURES  BRETONNES. 

M'oe  la  comtesse  du  Laz,  née  de  Saisy  de  Kerampuil,  a  bien  voulu 
4895  45* 


Cote  des  mss.  dans  la 

ibliothèque  de  la  reine 

(cf.  Montfaucon). 

180           = 

Classement  de  Stosch. 

A.  XXXI 

211 

— 

M.  XXVI 

219 

— 

A.  GLXXXIV 

259 

— 

F.  IX 

339 

— 

A.  Lxxvn 

509 

— 

A.  GGXXXI 

544 

— 

A.  GLIII 

549 

— 

A.  XLIV 

563 

z=. 

A.  GLXVI 

567 

— 

M.  XIV 

701 

— 

F.  XIX 

706 

— 

F.  XXIX 

710 

— 

A.  CLXXXVIII 

773 

r:z 

A.  GGXXXVI 

830 

= 

F.  XXX 

855 

ZHL 

F.  XXXIV 

1226 



H.  XXXIX 

1232 

= 

M.L 

1345 



E.  XXVI 

1601 

= 

H.  XXI 

1800 

■:z:z 

H.  XXVI 

2137 

= 

F.  XXXVI 

230  CHROXIQUE    ET   MEFIANCES. 

nous  envoyer  des  renseignements  très  précis  sur  Gilles  de  Kerampuil, 
aux  soins  duquel  sont  dues  l'édition  des  Heures  bretonnes  et  la  traduc- 
tion bretonne  du  catéchisme  de  Ganisius,  décrites  ci-dessus  dans  la 
Notice  sur  les  Heures  bretonnes  du  xyi"^  siècle. 

Nous  nous  empressons  de  faire  profiter  nos  lecteurs  de  l'intéressante 
communication  de  M™^  la  comtesse  du  Laz. 

Gilles  de  Kerampuil  avait  pour  aïeul  Pierre  de  Saisy,  seigneur  de 
Kerampuil,  près  de  Carhaix,  et  pour  père  Jean  de  Kerampuil,  qui  au 
nom  patronymique  de  Saisy  substitua  le  nom  seigneurial  de  Kerampuil. 
Celui-ci  épousa,  le  25  septembre  1526,  Marie  de  Kerprigent.  Gilles  de 
Kerampuil  fut  le  troisième  fils  issu  de  cette  union.  On  peut  donc  sup- 
poser qu'il  naquit  aux  environs  de  l'année  1530.  Après  la  mort  de  ses 
parents,  on  lui  donna  pour  curatrice  son  aïeule  maternelle  Jeanne  de 
Beaucours,  la  même  qui  figure  dans  l'article  de  notre  confrère  et  ami 
M.  Arthur  de  La  Borderio,  intitulé  :  Chronique  du  mardi  gras  1505 
(Revue  de  Bretagne  et  de  Vendée,  février  1857,  p.  140). 

Gilles  obtint  un  canonicat  dans  la  collégiale  de  Carhaix,  puis  la  cure 
de  Gléden-Poher;  à  la  date  de  1573,  il  était  en  même  temps  recteur  de 
Motreff.  Cléden  lui  doit  le  beau  calvaire  de  son  cimetière,  les  curieux 
bas-reliefs  qu'on  voit  dans  son  église  et  peut-être  aussi  l'élégant  clo- 
cher qui  la  surmonte. 

M"*^  la  comtesse  du  Laz  possède  dans  ses  archives  plusieurs  lettres 
autographes  de  Gilles  de  Kerampuil  et  l'acte  d'apposition  de  scellés, 
lors  de  la  mort  de  ce  recteur,  le  29  septembre  1578,  au  manoir  presby- 
téral  de  Cléden-Poher. 

Tous  ces  détails  sont  en  parfait  accord  avec  la  date  qui  a  été  ci-des- 
sus assignée  à  la  publication  des  Heures  bretonnes. 

FORMULE  DE  DONATION  ANTÉNUPTIALE. 

La  formule  suivante,  copiée  au  xi^  siècle,  se  trouve  en  tète  (fol.  2  \°) 
d'un  recueil  hagiographique  qui  porte  le  numéro  8431  du  fonds  latin 
de  la  Bibliothèque  nationale  et  contient  :  1°  Poème  en  l'honneur  de  la 
Trinité  (fol.  3);  —  2°  Passio  sanctae  Benedictse  (fol.  5);  —  3"  Vita 
sancti  Wilfredi,  episcopi  Eboracensis,  auctore  Fridegodo  (fol.  22v")<. 
C'est  une  formule  de  donation  anténuptiale  faite  par  le  futur  {landono, 
tanado,  etc.)  analogue  à  celle  qu'a  publiée  M.  Eug.  de  Rozière  dans  son 
Recueil  général  des  formules  (t.  I,  n"  ccxxx),  d'après  le  ms.  latin  13086 
(fol.  5);  mais  on  remarquera  que  les  clauses  finales  de  cette  nouvelle 
formule  doivent  être  rapprochées  de  celles  du  n°  ccxxv  du  recueil  de 
M.  de  Rozière.  H.  0. 

l.  Catalogus  codd.  hagiogr.  latin,  in  Bibl.  nat.  Paris.,  éd.  hagiogr.  Bollaa- 
diaoi  (1890),  \.  II,  p.  557. 


CHRO-\rQUE    ET    MELANGES.  23^ 

«  [D]um  Dominus  hab  initio  in  Veteri  Testamento  precepit  ut  [relin]' 
quat  homo  patrem  aut  matrem,  et  adherebit  s[ibi]  uxorem,  et  sint  duo  in 
carne  una^  et  quod  Deus  [jun]sit  homo  no7i. séparât ^^  ego,  in  Dei  nomine, 
Famul[us]  nomine,  dulcissima  conjuge  mea,  Natalia.  Ego  persolido  et 
denario^  secundum  legem  visus  fui  sponsavi,  idée  in  ipsa  hamore  dul- 
cedinis  dabo  [tibi]  ha  die  présentera,  quod  in  perpetuum  volo  esse 
mansur[um],  rem  portionem  meam  inloconumcupantepago  Stanpisse'*, 
in  [vjilla  qui  dicitur  Flag[i]aco^,  [arjpenn.^  ni.  de  vineis  cum  casuali. 
Si  quis  vero,  q[uod  mijnime  fieri  credo,  si  fuerint  postmodum  ego  ipse, 
au[t  ul]lus  de  heredibus  meis,  qui  contra  hanc  dotum,  qua[m]  ipse 
fieri  et  firmare  rogavi,  venire  temtaverit,  aut  eam  infrangere  voluerit, 
auro  libras  Xc[eni]  ponat,  et  quod  repetit  nihil  vindicet,  sed  presens  [dos] 
firma  permaneat  constipulatione  subnixa.  » 

RÉGENTS  ACCROISSEMENTS  DES  ARCHIVES  DU  TARN. 

Notre  confrère  M.  Ch.  Portai  vient  de  faire  connaître  les  pièces  qui 
sont  entrées  aux  archives  du  Tarn  pendant  les  cinq  dernières  années 
par  voie  de  don,  de  dépôt,  de  réintégration  ou  d'acquisition.  L'inven- 
taire qu'il  en  a  dressé  remplit  les  quarante  pages  d'une  brochure  inti- 
tulée :  Département  du  Tarn.  Accroissements  des  archives  départementales 
antérieures  à  Van  VIII  pendant  les  années  1890-189k.  Catalogue  rédigé 
par  M.  Gh.  Portai  (Albi,  1895,  in-8o;  extrait  de  V Annuaire  du  Tarn 
pour  1895). 

La  plupart  des  documents  dont  il  s'agit  offrent  avant  tout  un  intérêt 
local.  On  y  remarque  plusieurs  séries  de  registres  de  notaires,  au  nombre 
d'environ  630,  dont  les  plus  anciens  sont  du  xiv»  siècle. 

Entre  autres  pièces  signalées  par  M.  Ch.  Portai  on  peut  citer  les  sui- 
vantes : 

Ordonnance  royale  sur  le  casalage  dans  les  sénéchaussées  de  Toulouse 
et  de  Carcassonne,  1298, 

Règlement  des  frais  de  justice  par  le  sénéchal  de  Toulouse,  J.  de 
Blainville,  1314. 

Levée  de  la  mainmise  du  roi  sur  les  biens  des  nobles  qui  avaient 
refusé  le  service  du  ban  ou  de  l'arrière-ban  lors  des  démêlés  de  la  prin- 
cesse de  Vienne  et  de  la  reine  de  Navarre  avec  le  vicomte  de  Nar- 
bonne,  1385. 

1.  Cf.  Gènes.,  II,  24;  Matth.,  XIX,  5;  Marc,  X,  7,  8. 

2.  Cf.  Matth.,  XIX,  6;  Marc,  X,  9. 

3.  M  s.  lenario. 

4.  Étampes,  Seine-et-Marne. 

5.  Flagy,  Seiae-et-Marne,  arr.  de  Fontainebleau,  cant.  de  Lorrez-le-Bocage. 

6.  Ms.  arpem. 


232  CHRONIQUE  ET  MÉLANGES. 

Actes  de  Bertrand  des  Bordes,  évêque  d'Albi,  relatifs  aux  coutumes 
locales,  1310. 

Levée  de  la  mainmise  du  roi  sur  le  consulat,  1344. 

Autorisation  par  l'inquisiteur  d'utiliser  pour  la  défense  de  la  ville 
l'emplacement  de  la  maison  d'un  hérétique,  1349. 

Avis  de  l'approche  des  Anglais  du  Cariât  ;  ordre  d'envoyer  des  arba- 
létriers au  Garlat  de  Roquefort,  1381. 

Rémission  royale  pour  avoir  reçu  le  Pauco,  1384. 

Rémission  du  duc  de  Berry  à  raison  du  tuchinat,  1384. 

Rémission  accordée  par  Béatrix,  vicomtesse  de  Lautrec,  à  raison  de 
dommages  causés  aux  clercs  et  affirmation  de  ses  droits  touchant  les 
élections  consulaires  de  Castelnau  de  Lévis,  1328. 

Exemption  du  payement  de  300  livres  accordée  par  le  roi  Philippe  le 
Hardi  aux  habitants  de  Castelnau  «  de  ParacoUo,  »  diocèse  d'Albi,  1284. 

Demande  de  secours  adressée  aux  consuls  de  Castres  par  un  religieux 
chargé  de  l'entretien  de  l'horloge,  xiv«  siècle. 

Mandement  du  juge  d'Albigeois  de  lever  150  livres  à  Montmiral  pour 
les  besoins  de  la  guerre  d'Aquitaine,  1345. 

Procès  relatif  aux  revenus  de  l'évêque  d'Albi  du  temps  de  Bernard  de 
Gastanet,  1278. 

LA  PALÉOGRAPHIE  DANS  LES  FACULTÉS  DES  LETTRES. 

Nous  avons  annoncé  {Bibl.  de  l'École  des  chartes,  1894,  p.  698)  la  nomi- 
nation de  notre  confrère  M.  Joseph  Berthelé  à  la  chaire  de  paléographie  et 
de  diplomatique  de  la  Faculté  des  lettres  de  Montpellier.  Il  y  succède  à 
deux  autres  élèves  de  l'École  des  chartes,  MM.  Charles-Victor  Langlois 
et  Daniel  Grand,  qui  y  enseignèrent  tour  à  tour.  Comme  eux,  il  vient 
de  publier  sa  leçon  d'ouverture,  qu'il  a  consacrée  tout  entière  à  parler 
du  Rôle  de  la  paléographie  dans  les  Facultés  des  lettres  (Montpellier,  impr. 
centrale  du  Midi,  1895,  in-8'>,  46  p.  Extrait  de  la  Revue  des  langues 
romanes).  Notre  confrère  ne  s'est  pas  simplement  attaché  à  démontrer 
l'utilité  qu'il  y  a  pour  les  historiens  à  connaître  la  paléographie,  qui  leur 
permet  de  recourir  directement  aux  sources  originales  ;  il  a  voulu  éviter 
le  reproche  qui  avait  pu  être  fait  à  M.  Grand  [Bibl.  de  V École  des  chartes, 
1890,  p.  528)  d'avoir  négligé  la  paléographie  des  classiques,  et  il  a  rap- 
pelé tout  ce  que  l'histoire  littéraire  de  l'antiquité  peut  attendre  de  l'exa- 
men des  manuscrits  ;  pour  l'histoire  littéraire  du  moyen  âge,  l'utilité 
de  l'enseignement  paléographique  est  encore  plus  évidente;  enfin 
M.  Berthelé,  après  avoir  dit  quelques  mots  de  la  diplomatique,  a  indi- 
qué le  profit  que  l'étude  du  droit  peut  retirer  de  la  paléographie.  On  le 
voit,  cette  leçon  d'ouverture  est  un  plaidoyer  habile  qui  montre  combien 
l'on  a  eu  raison  de  faire  une  place,  —  encore  restreinte,  —  à  la  paléo- 
graphie dans  l'enseignement  universitaire. 


CflRO-MQUE   ET  MÉLANGES.  233 

LA  NOUVELLE  ÉDITION  DE  L'HISTOIRE  DE  LA  JACQUERIE 

PAR  SIMÉON  LUGE. 

L'éditeur  Champion  a  récemment  fait  paraître,  en  un  volume  in-octavo, 
une  nouvelle  édition  de  l'Histoire  de  la  Jacquerie,  par  notre  regretté 
confrère  Siméon  Luce.  Il  serait  superflu  de  recommander  aux  lecteurs 
de  la  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes  un  livre  dont  la  première  édi- 
tion était  devenue  très  rare  et  dont  l'intérêt  s'est  encore  accru  par  l'ad- 
dition d'un  grand  nombre  de  pièces  inédites. 

Le  plan  de  la  nouvelle  édition  a  été  indiqué  par  M.  L.  Delisle  dans 
un  avis  préliminaire  que  nous  devons  reproduire  ici  : 

«  L'histoire  de  la  Jacquerie  est  le  travail  par  lequel  Siméon  Luce,  de 
très  regrettée  mémoire,  a  débuté  dans  la  carrière  où  il  obtint  de  si  écla- 
tants et  si  légitimes  succès.  Il  en  recueillit  les  matériaux  pendant  qu'il 
était  encore  sur  les  bancs  de  l'École  des  chartes.  Ce  fut  la  recherche 
des  documents  propres  à  fixer  la  chronologie  des  terribles  événements 
de  l'année  1358,  à  révéler  les  noms  et  la  condition  des  acteurs  ou  des 
comparses  et  à  délimiter  le  théâtre  de  l'action,  qui  l'amena  à  dépouil- 
ler les  registres  du  Trésor  des  chartes  et  ceux  du  Parlement,  dont  il 
devait,  dans  la  suite,  faire  un  si  fructueux  usage  pour  commenter  les 
Chroniques  de  Froissart  et  pour  peindre  l'état  de  la  France  au  temps 
de  Du  Guesclin.  Ce  fut,  d'autre  part,  le  besoin  de  saisir  l'impression 
laissée  sur  l'imagination  des  contemporains  par  les  sinistres  épisodes 
de  la  Jacquerie  qui  lui  fit  lire  et  comparer  les  récits  des  chroniqueurs 
et  lui  fit  reconnaître  l'importance  d'une  œuvre,  jusqu'alors  oubliée, 
qu'il  devait  bientôt  publier  pour  la  Société  de  l'histoire  de  France,  sous 
le  titre  de  «  Chronique  des  quatre  premiers  Valois.  » 

«  Le  résultat  dépassa  les  espérances  qu'avait  pu  concevoir  le  jeune 
élève  de  l'École  des  chartes.  La  thèse  qu'il  soutint  au  mois  de  novembre 
1858,  pour  obtenir  le  diplôme  d'archiviste  paléographe,  fut  remarquée 
par  les  examinateurs.  Elle  ne  tarda  pas  à  être  imprimée  :  présentée 
sous  cette  forme  à  la  Faculté  des  lettres  de  Paris,  avec  une  dissertation 
latine  sur  le  poème  de  Gaidon,  elle  valut  à  son  auteur  le  grade  de 
docteur. 

«  Siméon  Luce  ne  s'était  pas  laissé  aveugler  par  l'accueil  que  le 
public  éclairé  avait  fait  à  son  Essai  sur  l'histoire  de  la  Jacquerie.  Il  lui 
sembla  que,  pour  mieux  justifier  les  jugements  flatteurs  dont  ce  petit 
livre  avait  été  l'objet,  il  devait  le  reprendre  en  sous-œuvre  et  en  déve- 
lopper les  diflërentes  parties.  Il  ne  perdit  jamais  de  vue  ce  projet,  et  il 
amassa  patiemment  les  matériaux  qui,  dans  sa  pensée,  devaient  le 
mettre  à  même  de  refondre  son  travail  primitif  et  de  tracer,  dans  la 


234  CHRONIQUE  ET  MÉLANGES. 

maturité  de  son  talent,  un  tableau  de  la  Jacquerie  qui  aurait  digne- 
ment tenu  sa  place  à  côté  de  la  Jeunesse  de  Du  Guesclin  et  de  Jeanne 
d'Arc  à  Domremy. 

«  La  rédaction  n'en  était  pas  commencée  quand  une  mort  soudaine 
et  prématurée  a  détruit  toutes  les  espérances  que  nous  étions  en  droit 
de  fonder  sur  l'ardeur  et  l'activité  de  l'éminent  historien. 

«  Il  importait  cependant  de  faire  jouir  le  public  d'une  partie  au  moins 
du  travail  auquel  Siraéon  Luce  s'était  livré  en  vue  d'une  seconde  édi- 
tion de  l'Histoire  de  la  Jacquerie.  Nous  avons  dû  reproduire  le  corps 
de  l'ouvrage  tel  qu'il  avait  paru  en  1859.  On  y  trouvera  seulement 
quelques  modifications  de  détail,  dont  la  plupart  avaient  été  marquées  par 
l'auteur  sur  les  marges  de  son  exemplaire;  les  citations  ont  été  mises 
en  harmonie  avec  les  éditions  des  Chroniques  de  Froissart,  de  la  Chro- 
nique des  quatre  premiers  Valois  et  de  la  Chronique  normande  du 
xive  siècle,  publiées  par  la  Société  de  l'histoire  de  France  depuis  l'ap- 
parition de  l'Histoire  de  la  Jacquerie.  Rien  d'essentiel  n'a  été  changé, 
ni  dans  le  récit  des  événements,  ni  dans  les  jugements  portés  sur  les 
causes  et  le  caractère  des  insurrections  populaires  qui  troublèrent  si 
profondément  plusieurs  de  nos  provinces  au  cours  de  l'année  1358. 
Mais  l'Appendice,  qui  forme  la  seconde  partie  du  volume,  constitue 
une  œuvre  tout  à  fait  nouvelle  et  dont  le  germe  seul  existait  dans  la 
première  édition.  Nous  en  avons  trouvé  tous  les  éléments  dans  les 
papiers  de  Siméon  Luce,  qui  avait  copié  ou  fait  copier  dans  les  registres 
du  Trésor  des  chartes  tous  les  documents  se  rapportant  directement  ou 
indirectement  à  la  Jacquerie.  Les  plus  curieux  ont  été  reproduits  textuel- 
lement; l'analyse  des  autres  a  permis  de  signaler  en  détail  une  foule 
de  petits  épisodes  de  la  Jacquerie,  qui  ont  leur  place  marquée. dans  les 
annales  de  beaucoup  de  localités  de  l'De-de-France,  de  la  Picardie  et  de 
la  Champagne.  Ces  analyses  ont  été  disposées  suivant  l'ordre  alphabé- 
tique des  noms  des  villes  et  villages  qu'elles  concernent.  Elles  rem- 
placent une  simple  nomenclature,  qui,  sous  le  titre  de  «  Tableau  des 
c  principales  localités  qui  furent  le  théâtre  des  effrois,  »  occupait  quatre 
pages  de  la  première  édition. 

a  A  l'aide  d'une  aussi  riche  collection  de  textes  nouveaux,  que  de 
scènes  curieuses  et  variées  Siméon  Luce  aurait  fait  passer  sous  nos 
yeux,  avec  la  vigueur,  la  vivacité  et  l'accent  patriotique  qui  donnent 
tant  d'attrait  aux  récits  des  épisodes  traités  dans  les  deux  charmants 
volumes  intitulés  :  la  France  ■pendant  la  guerre  de  Cent  ans! 

a  La  vue  de  ces  matériaux  à  peine  dégrossis  ravivera  les  regrets  que 
la  mort  de  l'auteur  a  inspirés  à  tous  les  amis  de  l'histoire  du  xiy«  et  du 
xv"  siècle.  Elle  rappellera  le  soin  minutieux  avec  lequel  il  préparait 
tous  ses  travaux,  même  ceux  qui  à  la  solidité  du  fond  joignent  l'élé- 
gance de  la  forme  et  l'éclat  du  coloris. 


i 


C&RONIQUi;   ET   MÉLANGÉS.  23S 

«  Des  voix  autorisées  ont  rendu  hommage  aux  qualités  supérieures 
dont  les  écrits  de  Siméon  Luce  portent  l'empreinte  et  au  dévouement 
dont  il  a  fait  preuve  dans  ses  fonctions  d'archiviste  et  de  professeur; 
elles  ont  rappelé  en  termes  touchants  la  noblesse  et  la  fermeté  de  son 
caractère,  son  admiration,  poussée  jusqu'à  l'enthousiasme,  pour  les 
actes  héroïques  et  pour  les  belles  œuvres  d'art,  de  littérature  et  de 
simple  érudition,  son  ardent  désir  de  faire  le  bien  et  de  venir  en  aide 
à  tous  ceux  qui  recouraient  à  lui. 

«  Nous  avons  donc  cru  pouvoir  nous  dispenser  de  renouveler  ici 
l'expression  de  sentiments  que  partagent  tous  ceux  qui  ont  eu  le 
bonheur  de  connaître  Siméon  Luce  et  qui  s'associent  au  deuil  d'une 
famille  cruellement  éprouvée.  Nous  nous  sommes  bornés  à  mettre  en 
tête  du  volume  la  liste  chronologique  des  écrits  de  l'ami  dont  la  mémoire 
nous  est  chère  à  tant  de  titres.  » 

L'HISTOIRE  DE  BRETAGNE,  PAR  A.  DE  LA  BORDERIE. 

Nous  reproduisons  avec  le  plus  sympathique  empressement  l'annonce 
de  la  prochaine  publication  d'un  ouvrage  qui  fera  le  plus  grand  honneur 
à  l'École  des  chartes.  "Voici  dans  quels  termes  les  libraires  de  Rennes 
MM.  J.  Plihon  et  L.  Hervé  font  connaître  au  public  la  mise  sous 
presse  de  l'Histoire  de  Bretagne,  par  notre  confrère  M.  Arthur  de  La 
Borderie  : 

«  Le  succès  complet  du  Cours  d'histoire  de  Bretagne,  professé  à  la 
Faculté  des  lettres  de  Rennes  de  1890  à  1894,  les  sollicitations  pressantes 
de  ses  auditeurs  et  de  ses  amis,  ont  décidé  M.  Arthur  de  La  Borderie 
à  publier  une  Histoire  de  Bretagne  comportant  tous  les  développements 
désirés  par  l'auteur  et  attendus  du  public. 

«  Nous  sommes  heureux  d'annoncer  aujourd'hui  la  prochaine  appari- 
tion de  cette  Histoire,  monument  national  qui  comblera  les  désirs  de 
tous  les  Bretons  qui  aiment  leur  province  et  de  tous  les  Français  qui 
aiment  la  Bretagne. 

a  h' Histoire  de  Bretagne,  tirée  à  500  exemplaires  seulement,  compren- 
dra 4  volumes  au  moins,  5  au  plus,  de  format  grand  in-8°  jésus,  impri- 
més par  M.  Vatar  en  caractères  neufs  et  sur  beau  papier  de  choix.  Ils 
seront  illustrés  de  cartes  et  plans. 

«  Les  200  premiers  souscripteurs  bénéficieront  d'un  prix  de  faveur  de 
12  francs  par  volume,  payables  à  sa  réception,  et  s'engageront  à  rece- 
voir les  volumes  suivants.  La  souscription  close,  chaque  volume  sera 
porté  à  15  francs. 

«  Le  premier  volume  paraîtra  dans  le  courant  de  1895  ;  les  autres 
suivront  dans  un  délai  assez  rapproché.  » 


236  CHRONIQDE  ET  MELANGES. 


UN  DIPLOME  DE  THIERRI  V,  COMTE  DE  HOLLANDE. 

L'archiviste  général  du  royaume  des  Pays-Bas  a  offert  à  la  Biblio- 
thèque nationale  le  fac-similé  photographique  que  l'Institut  militaire 
de  La  Haye  a  exécuté  avec  une  rare  perfection  d'un  diplôme  de  Thierri  V, 
comte  de  Hollande,  pour  l'abbaye  d'Egmont,  en  date  du  26  juillet  1083. 
Ce  diplôme  mentionne,  entre  autres  donations,  plusieurs  objets  mobiliers 
(livres  et  ornements  précieux)  offerts  au  monastère  par  la  comtesse  Hilde- 
garde  et  par  Ekbert,  archevêque  de  Trêves  : 

«  Ornata  ergo  bonis  moribus,  uxor  predicti  comitis  Hildegarda^  vene- 
rabilis  optulit  et  ipsa  Deo  sanctoque  Adalberto  tabulam  altaris  fabri- 
catam  auro  claro  gemraisque  preciosis,  textum  œvangeliorum  etiam 
auro  gemmisque  decoratum,  historiam  I,  medicinalem  librum.  EKBER- 
TVS2,  nominati  comitis  filius,  Dei  gratia  Treverice  aecclesiae  archiepi- 
scopus,  honoravit  eundem  locum  Ekmundensem,  offerens  Deo  sanctoque 
Adalberto  crucem  auream,  casulam  praeciosam,  stolam  pulcherrimam, 
cingulum  auro  intextum,  dalmaticam,  subtile,  missale,  capitulare,  histo- 
riam Vêtus  Novumque  Testamentum  continentem,  multosque  alios 
libros,  scrinium  argenleum  plénum  reliquiis  sanctorum.  » 

Le  texte  de  ce  diplôme  a  été  imprimé  dans  les  Opéra  diplomatica,  de 
Miraîus  (t.  I,  p.  69)  et  dans  plusieurs  ouvrages  dont  l'indication  a  été 
donnée  par  M.  Wauters,  dans  sa  Table  chronologique,  t.  I,  p.  556. 

—  Pendant  que  cette  feuille  était  sous  presse,  un  nouveau  deuil  est 
venu  attrister  la  Société  de  l'École  des  chartes.  Notre  confrère  M.  Pierre 
Bonnassieux,  archiviste  aux  Archives  nationales,  a  succombé  le  3  mai 
1895,  à  l'âge  de  quarante-cinq  ans. 

—  Dans  sa  séance  du  7  mai,  l'Académie  française  a  décerné  le  grand 
prix  Gobert  à  notre  confrère  M.  Fagniez,  pour  son  ouvrage  intitulé 
le  Père  Joseph. 

1.  Hildegarde,  femme  de  Thierri  II,  comte  de  Frise. 

2.  Egberl,  fils  du  comte  Thierri  II,  archevêque  de  Trêves,  mort  en  993. 


LES  ORIGINES 


DU 


MONASTÈRE   DE    SAINT -MAGLOIRE 

DE  PARIS. 


Les  historiens  ne  sont  pas  tombés  d'accord  jusqu'à  ce  jour  au 
sujet  de  l'époque  précise  à  laquelle  fut  fondé  le  monastère  de 
Saint-Magloire  de  Paris.  Aux  siècles  derniers,  d'illustres  érudits, 
tels  que  Gérard  Dubois,  Mabillon,  les  auteurs  du  Gallia  chri- 
stiana,  l'abbé  Lebeuf  et  d'autres  encore,  ont  cru  que  cette  époque 
devait  être  fixée  approximativement  à  l'année  965.  Tout  récem- 
ment, deux  savants  critiques,  le  R.  P.  de  Smedt,  bollandiste', 
et  M.  A.  de  la  Borderie-,  ont  cherché  à  prouver  que  cet  établisse- 
ment était  plus  ancien  et  qu'il  remontait  à  l'année  950  environ. 
Le  fait  de  savoir  si  l'abbaye  de  Saint-Magloire  fut  instituée  à 
telle  date  plutôt  qu'à  telle  autre  n'a  en  lui-même  que  peu  d'im- 
portance, et  il  pourrait  paraître  superflu  de  se  prononcer  en  faveur 
de  l'une  ou  l'autre  opinion,  si  de  la  solution  de  ce  problème  ne 
dépendaient  d'autres  questions  d'un  intérêt  plus  général  pour 
l'histoire  de  notre  pays. 

Les  auteurs  que  je  viens  de  citer  se  sont  tous  appuyés  pour 
motiver  leur  dire  sur  un  document  auquel  on  a  donné  le  nom  de 
Translatio  sancti  Maglorii  et  aliorwn  PaiHsius.  Ce  docu- 
ment, où  est  relatée  l'histoire  de  la  fondation  de  l'abbaye  de 
Saint-Magloire,  a  toujours  été,  et  à  juste  titre,  considéré  comme 
une  pièce  historique  digne  de  foi,  et,  s'il  a  été  interprété  de 
diverses  façons  par  des  savants  dont  l'érudition  est  incontestée, 

1.  Acta  Sanctorum,  t.  I  de  novembre,  p.  672  et  suiv. 

2.  Miracles  de  saint  Magloire,  Rennes,  1891,  in-8%  p.  106  et  suiv. 

1895  \6 


238  LES   ORIGINES   DU   MONASTERE 

c'est,  je  crois,  qu'il  n'a  pas  encore  été  l'objet  d'une  étude  spéciale 
et  que  l'on  n'a  point  cherché  jusqu'à  présent  à  déterminer  quelle 
était  sa  forme  primitive  ni  de  quelles  sources  il  est  dérivé. 

Le  récit  de  la  Translatio  sancti  Moglorii,  dans  la  forme 
où  il  nous  est  parvenu,  peut  se  résumer  assez  brièvement.  —  A 
la  suite  d'une  invasion  des  Normands  en  Bretagne,  au  cours  du 
x^  siècle,  l'évêque  d'Aleth,  Salvator,  se  réfugie  au  monastère  de 
Léhon,  où  reposait  le  corps  de  saint  Magloire,  l'un  des  apôtres  de 
la  contrée.  Déjà  un  grand  nombre  de  prêtres  bretons  avaient 
choisi  cet  endroit  comme  lieu  de  refuge;  mais  bientôt,  l'asile  ne 
leur  paraissant  pas  assez  sur,  ils  quittent  tous  la  Bretagne  sous 
la  conduite  de  l'évêque  Salvator  et  de  Junan,  abbé  de  Léhon, 
chargés  des  reliques  de  saint  Magloire,  de  saint  Malo  et  de  beau- 
coup d'autres  saints.  Ils  se  joignent  au  clergé  de  Dol  et  de  Bayeux 
et  errent  ainsi  pendant  longtemps  à  travers  diverses  régions. 
Puis,  effrayés  par  de  nouveaux  ravages  des  Normands,  ils 
viennent  à  Paris,  où  ils  sont  accueillis  par  le  duc  Hugues  Capet. 
Celui-ci  place  les  reliques  apportées  de  Bretagne  dans  l'église  de 
Saint-Barthélémy  et  érige  quelque  temps  après  cette  collégiale 
en  abbaye  sous  le  nom  de  Saint-Magloire  et  Saint-Barthélémy. 

La  narration  de  cette  fuite  des  prêtres  bretons  est  circons- 
tanciée et  paraît  être  en  majeure  partie  l'œuvre  d'un  moine  qui 
vivait  à  une  époque  voisine  des  faits  qu'il  relate.  Mais  avons- 
nous  aujourd'hui  ce  récit  dans  sa  forme  intégrale  et  primitive, 
ou  bien,  au  contraire,  n'en  avons-nous  que  des  extraits  plus  ou 
moins  interpolés?  voilà  une  question  qu'on  semble  ne  s'être  jamais 
posée,  et  qui  cependant,  comme  je  voudrais  le  prouver,  mérite 
d'être  prise  en  considération. 

Le  texte  que  l'on  possède  de  la  Translatio  sancti  Maglorii 
se  rencontre  dans  les  manuscrits,  tantôt  isolé,  tantôt  intercalé 
dans  une  compilation  historique  qui  eut  une  certaine  vogue  au 
moyen  âge.  Cette  compilation  fut  éditée  en  1641  par  Duchesne, 
sous  le  titre  de  Fragmentum  historiœ  francicœ  a  Ludovico 
pio  imperatore  usque  ad  regem  Robertiim,  Hugonis  Capeti 
filiumK  En  1G90,  Gérard  Dubois  lui  emprunta  la  plus  grande 

1.  EMorix  Franconim  Scriplores,  l.  III,  p.  334-346.  —  Le  tilre  que  Duchesne 
a  Jomié  à  cette  compilatioa  historique  est  inexact,  car  elle  s'étend  au  delà  du 
règne  de  Robert  le  Pieux  et  ne  se  termine  qu'à  la  mort  du  roi  Philippe  I". 
Duchesne,  d'ailleurs,  a  publié  la  fin  de  cette  compilation  dans  le  tome  IV  de  ses 
Scriptores,  p.  97  et  98. 


DE   SlINT-MAGLOIRE   DE    PARIS.  239 

partie  du  texte  de  la  Translatio  sancti  Maglorii,  qu'il  repro- 
duisit dans  son  Historia  ecclesiœ  ParisiensisK  Mais  jusque-là 
on  n'avait  pas  encore  trouvé  ce  texte  à  l'état  isolé  dans  les  manus- 
crits. Ce  fut  Mabillon  qui,  le  premier,  fit  cette  découverte  :  en 
1706,  il  publia  la  Translatio  sancti  Maglorii,  d'après  un 
vieux  manuscrit,  ex  veteri  codice-.  Depuis  ce  temps,  le  même 
document  a  été  signalé  comme  étant  transcrit  en  tête  du  Cartu- 
laire  du  Mont-Saint-Michel  3. 

Il  reste  à  savoir  maintenant  si  le  récit  qu'a  découvert  Mabillon 
est  un  récit  original,  qui  aurait  été  anciennement  intercalé  dans 
la  compilation  historique  publiée  par  Duchesne,  ou  si,  au  con- 
traire, ce  même  récit  n'est  qu'un  extrait  de  ladite  compilation. 
La  réponse  à  cette  question  ne  peut,  suivant  moi,  faire  de  doute. 
Bien  que  l'on  ait  toujours  considéré  comme  original  le  récit  de  la 
Translatio  sancti  Maglorii  édité  par  Mabillon,  il  me  paraît 
certain  que  ce  n'est  autre  chose  qu'un  extrait  de  la  compilation 
historique  publiée  par  Duchesne. 

Voici  les  motife  sur  lesquels  je  fonde  mon  opinion.  En  lisant 
le  texte  rais  au  jour  par  Mabillon,  on  y  constate  a  priori  des 
lacunes  évidentes.  Il  y  est  relaté  d'abord  que  l'évêque  d'Aleth, 
Salvator,  par  crainte  d'une  certaine  invasion  des  Normands, 
s'était  enfui  au  monastère  de  Léhon.  Puis  vient  cette  phrase  : 
Inibi  siquidem  jam  multi  sacri  ordinis  ministri,  hujus  cla- 
dis  fragore  perterriti,  confluxerant.  «  Effrayés  par  le  bruit  de 
cette  défaite,  beaucoup  de  prêtres  s'étaient  déjà  réfugiés  en  cet 
endroit.  »  Or  il  n'a  été  question  jusque-là  d'aucune  défaite,  et  on 


1.  Dubois  fait  précéder  l'édition  qu'il  donne  de  la  Translatio  des  mots  sui- 
vants :  Ea  omnia  excerpta  sunt  ex  fragmenta  historiœ  francicx  a  Ludovico 
Pio  usque  ad  Robertum  (livre  cité,  p.  547). 

2.  Annales  ordinis  S.  Benedicti,  t.  III,  p.  719. 

3.  Ce  carlulaire,  qui  date  du  xii^  siècle,  fait  partie  des  manuscrits  de  la  biblio- 
thèque communale  d'Avranches,  où  il  est  inscrit  sous  le  n"  210.  La  Translatio 
sancti  Maglorii  a  été  copiée  aux  feuillets  3  v"  et  4  r°  de  ce  carlulaire  dans  la 
seconde  moitié  du  xiii-^  siècle.  Deux  autres  copies  modernes  de  la  Translatio, 
faites  d'après  le  carlulaire  du  Mont-Saint-Michel,  se  trouvent  à  la  Bibliothèque 
nationale  (ms.  fr.  22325,  p.  697,  et  ms.  lat.  5430  a,  p.  5).  m.  l'abbé  Pigeon,  à 
l'obligeance  duquel  je  dois  la  connaissance  de  ces  deux  copies  de  la  Biblio- 
thèque nationale,  a  récemment  édité  le  texte  de  la  Translatio  d'après  le  car- 
lulaire du  Mont-Saint-Michel,  lequel  offre  peu  de  variantes  avec  le  texte  publié 
par  Mabillon.  Cf.  abbé  Pigeon,  Vie  des  saints  du  diocèse  de  Coutances  et 
Avranches.  Avranches,  1892,  in-8%  t.  I,  p.  72-75. 


240  LES  ORIGINES   DU   MONASTERE 

ne  peut  savoir  à  quel  événement  il  est  fait  ici  allusion.  Dans  la 
compilation  historique  publiée  par  Ducbesne,  cette  même  phrase 
se  rapporte  clairement  à  la  prise  de  la  ville  de  Nantes  par  les 
Normands.  —  Plus  loin,  dans  la  relation  mabillonienne,  il  est 
dit  que  les  prêtres  et  les  religieux  réfugiés  à  Léhon,  ne  trouvant 
point  leur  asile  assez  sûr,  sortirent  de  Bretagne  pour  chercher 
une  meilleure  retraite.  Ensuite  on  lit  cette  transition  :  Verum 
dum  per  triennium  hec  acerrima  perduraret  guerra, 
Ricardus  cornes  Danos ,  Alanos  et  Deiros  in  auxiliwn 
advocavit.  Mais  U  n'a  encore  été  parlé  d'aucune  guerre  déter- 
minée ni  même  du  comte  Richard.  Il  y  a  donc  là  aussi  une  sorte 
de  lacune.  Au  contraire,  dans  la  compilation  éditée  par  Ducbesne, 
les  mêmes  mots  se  réfèrent  expressément  à  la  guerre  qui  éclata 
en  960  entre  le  comte  de  Chartres  Thibaut  le  Tricheur  et  Richard 
de  Normandie. 

Il  y  a  plus  :  si  l'on  se  reporte  à  la  première  phrase  du  récit 
mabillonien  :  Operueruni  Dani  superfîciem  terre  sicut  locuste, 
nec  erat  cuiquam  horainum  eos  facile  prohibere,  on  recon- 
naît après  examen  que  cette  phrase  a  été  empruntée  mot  à  mot 
à  l'historien  Hugues  de  Fleurj,  qui  écrivait  vers  1114  le  Liber 
modernorum  regum  Francorum.  On  lit,  en  effet,  au  chapitre  ii 
de  cet  ouvrage  :  Cooperuerunt  itaque  Dani  super /îcieni  terre 
sicut  locuste,  nec  erat  facile  cuiquam  hominum  eos  prohi- 
berez. —  En  outre,  la  phrase  que  je  citais  plus  haut,  Ricardus 
cornes  Danos,  Alanos  et  Deiros  in  auxiliwn  advocoxit,  a 
été  copiée  également  dans  le  même  ouvrage,  où  on  lit  au  cha- 
pitre VI  :  Demum  quoque  [Ricardus  cornes]  Danos,  Alanos 
et  Deiros  sibi  in  auxiliuni  advocans,  etc.^.  Le  récit  mis  au 
jour  par  Mabillon  n'est  donc  point  une  œuvre  originale,  et  le  fait 
que  ce  récit  a  été  extrait  de  la  compilation  historique  publiée 
par  Ducbesne  paraîtra  évident,  si  l'on  considère  que  ladite  com- 
pilation n'est  qu'une  copie  abrégée  du  Liber  modernorum 
regum  Francorum  de  Hugues  de  Fleurj  et  qu'on  y  trouve  les 
deux  phrases  ci-dessus  mentionnées,  précisément  aux  endroits  où 
a  été  intercalé  le  texte  de  la  Translatio  sancti  Maglorii^. 

1.  Cf.  Monumenta  Germaniœ  historica,  Scriptores,  t.  IX,  p.  337  et  suiv., 
édition  de  Waitz,  réimprimée  par  Migae,  P.  t.,  t.  163,  col.  878. 

2.  Migne,  P.  L.,  ibid.,  col.  890. 

3.  Il  est  à  remarquer  également  que  le  texte  de  Mabillon  se  retrouve  tout 
entier,  sans  en  excepter  un  seul  mot,  dans  la  compilation,  tandis  que,  comme 


DE    SAINT-MAGLOIRE   DE   PARIS.  241 

Eu  résumé,  voici  les  conclusions  que  je  crois  pouvoir  dès  main- 
tenant tirer  de  la  discussion  qui  précède.  —  Il  a  existé  une  rela- 
tion, aujourd'hui  perdue,  de  la  Translatio  sancti  Maglorii. 
Cette  relation  était  connue  des  moines  de  Saint-Magloire  au 
xif  siècle.  A  cette  époque,  un  religieux  du  monastère,  transcri- 
vant une  compilation  historique  alors  en  vogue,  y  inséra  d'im- 
portants fragments  de  ce  récit.  Plus  tard,  à  une  date  qui  n'est 
pas  postérieure  à  la  seconde  moitié  du  xiii^  siècle,  les  moines  de 
Saint-Magloire  avaient  perdu  le  texte  original  de  la  Translatio 
sancti  Maglorii,  et  ils  furent  obligés  de  se  reporter  à  la  compi- 
lation du  XII''  siècle  pour  en  extraire  les  passages  où  il  était  parlé 
de  la  fondation  du  couvent.  Ils  firent  cet  extrait  de  dififérentes 
façons.  La  première  forme  qu'ils  donnèrent  à  cette  reconstitu- 
tion du  récit  primitif  est  celle  du  document  que  Mabillon  a  mis 
au  jour  et  qui  a  été  transcrit  vers  la  fin  du  xiif  siècle  en  tête  du 
Cartulaire  du  Mont- Saint- Michel.  Quelque  temps  après,  ils 
arrangèrent  le  même  récit  d'une  autre  manière.  Afin  de  préciser 
et  d'éclaircir  ce  qu'un  premier  essai  avait  laissé  de  vague  et 
d'obscur  dans  la  narration,  ils  firent  de  nouveaux  emprunts  à  la 
compilation  historique  du  xif  siècle  ;  ils  lui  prirent  en  particulier 
tout  le  passage  relatif  à  la  destruction  de  la  viUe  de  Nantes  par 
les  Normands  et  aussi  certains  détails  ayant  trait  aux  faits  et 
gestes  du  roi  Lothaire  et  du  duc  Hugues  Capet.  Cette  seconde 
rédaction  fut  mise  en  latin  ;  mais  le  texte  en  est  perdu.  Nous  n'en 
possédons  plus  qu'une  traduction  en  prose  et  une  autre  en  vers 
français,  toutes  deux  inédites.  La  traduction  en  prose  française 
fut  exécutée  en  1315^  et  celle  en  vers  français  trois  ans  plus 
tard,  à  l'occasion  d'une  translation  solennelle  des  reliques  de 
saint  Magloire^.  Je  n'insisterai  pas  davantage  sur  les  particula- 

on  le  verra  tout  à  l'heure,  la  compilation  contient  plusieurs  passages  relatifs  aux 
origines  de  l'abbaye  de  Saint-Magloire  qui  ont  été  omis  dans  le  récit  mabillo- 
nien.  Ce  qui  prouve  une  fois  de  plus  que  celui-ci  a  été  extrait  de  celle-là. 

1.  Cette  traduction  en  prose  est  conservée  dans  le  manuscrit  français  13508 
de  la  Bibliothèque  nationale,  fol.  57  v°  à  59  v".  Le  récit  de  la  translation  de 
saint  Magloire  a  pour  titre  :  «  Comment  et  à  quel  temps  le  saint  cors  du 
beneoit  confesseur  fu  aporté  de  Bretaigne  en  France  et  à  quel  temps  saint 
Magloire  et  les  autres  cors  sainz  furent  aportez  à  Paris.  » 

2.  Cette  traduction  en  vers  français  se  lit  dans  le  manuscrit  5122  de  la  biblio- 
thèque de  l'Arsenal,  fol.  103  r°  à  110  v°.  M.  A.  de  la  Borderie,  dans  son  livre 
sur  les  Miracles  de  saint  Magloire,  a  consacré  aux  deux  manuscrits,  qui  con- 
tiennent la  traduction  en  prose  et  en  vers,  plusieurs  pages  intéressantes  (livre 
cité,  p.  120-131). 


242  LES   ORIGÎXES    DU    MONASTERE 

rites  que  présentent  ces  diverses  rédactions  d'un  même  récit. 
Comme  les  éléments  en  ont  été  empruntés  uniquement  à  la  com- 
pilation historique  éditée  par  Duchesne,  celle-ci  reste  la  seule 
source  à  laquelle  l'historien  ait  à  puiser  des  renseignements  tou- 
chant les  origines  de  l'abbaye  de  Saint-Magloire. 

Duchesne  a  publié  cette  compilation  d'après  deux  manuscrits. 
L'un  appartenait  à  Gui  Loisel*  ;  l'autre,  le  seul  dont  j'ai  à  m'oc- 
cuper,  était  originaire  du  monastère  de  Saint-Magloire  et  conte- 
nait plusieurs  passages  interpolés,  entre  autres  le  récit  de  la 
Translatio  sancti  Maglorii,  qui  est  l'objet  de  cette  étude.  Ce 
sont  ces  interpolations,  faites  au  xii°  siècle  par  un  moine  de  Saint- 
Magloire,  qui  donnent  de  l'intérêt  à  l'édition  de  Duchesne  :  car 
la  compilation  n'a  en  elle-même  aucune  valeur  historique;  ce 
n'est,  comme  je  l'ai  déjà  dit,  qu'un  abrégé  du  Liber  7noclerno- 
rum  regum  Francorum  de  Hugues  de  Fleury-,  et  elle  ne  vaut 
que  par  ce  que  vaut  l'œuvre  de  ce  chroniqueur.  Il  ne  me  paraît 
pas  inutile  de  publier  à  part  les  interpolations  magloriennes  ajou- 
tées à  cette  compilation,  puisqu'elles  constituent  les  documents 
primordiaux  sur  lesquels  doit  être  basée  l'histoire  de  la  fonda- 
tion du  monastère  parisien. 

Le  manuscrit,  originaire  de  Saint-Magloire,  que  Duchesne  a 
utilisé  pour  son  édition,  existe  encore  aujourd'hui  à  la  Biblio- 
thèque nationale.  C'est  une  copie  faite  en  1515  d'un  manuscrit 
plus  ancien.  On  lit  à  la  fin  de  cette  copie  :  Hanc  cronicam 
transcripsi  ex  quodam  libro  monasteyni  Sancti  Maglorii 
Parisiensis,  quem  michi  tradiderunt  religiosi  illius  eccle- 
sie,  in  qiio  libro  continentur  legenda  sancti  Bartholomei 
ajiostoli,  sancti  Dyanisii,  sancti  Macuti  et  jjlura  alia,  anno 
Bomini  M°  quingentesimo  XV" ^.  La  compilation  interpolée 


1.  J'ignore  ce  qu'est  devenu  ce  manuscrit. 

2.  En  dehors  du  Liber  modernorutn  regum  Francorum,  qu'il  copie  presque 
toujours  mot  à  mot,  l'auteur  de  cette  compilation  a  fait  quelques  nouveaux 
emprunts  à  VHistoria  Normannontm  de  Guillaume  de  Jumiègcs  (voir  en  par- 
ticulier le  récit  de  la  guerre  entre  Richard  de  Normandie  et  Thibaut  le  Tri- 
cheur). Mais,  à  part  les  interpolations  magloriennes,  il  n'y  a  rien  d'original 
dans  cet  ouvrage. 

3.  Bihl.  nal.,  ms.  lat.  6265,  fol.  80  r°.  —  Voici  comment  Duchesne  désigne  ce 
manuscrit  dans  son  édition  {Scriptores,  III,  334)  :  Exemplar  ex  libro  mona- 
sterii  S.  Maglorii  Parisiensis,  descriptum  anno  1515,  servatum  in  bibliotheca 
Joannis-Baptistx  Bautin,  regii  in  Castellelo  consiiiarii.  —  L'identité  de  ce 
manuscrit,  dont  s'est  servi  Duchesne,  avec  le  manuscrit  latin  G265  a  déjà  été 


DE    SAIXT-MAGLOIRE   DE   PARIS.  243 

était  donc  encore  conservée  à  Saint-Magioire  au  xvf  siècle,  et 
le  volume  où  elle  était  transcrite,  ce  Liber  monasterii  Sancti 
Maglorii,  qu'on  ne  possède  plus  aujourd'hui,  était  sans  doute 
le  manuscrit  même  auquel  avaient  été  directement  empruntées 
les  diverses  rédactions  de  la  Translatio  sancti  Maglorii  que 
j'ai  précédemment  signalées.  A  défaut  de  ce  Liber  Sancti 
Maglorii,  je  me  servirai,  pour  éditer  les  interpolations  maglo- 
riennes  qui  y  étaient  contenues  : 

1°  De  la  copie  dont  je  viens  de  parler  (ms.  latin  6265  de  la 
Bibl.  nat.,fol.  61-80),  =A; 

2°  De  l'édition  que  Mabillon  a  donnée  de  la  Translatio  sancti 
Maglorii,  ex  veteri  codice,  =  B  ; 

3"  Du  manuscrit  210  d'Avranches  (fol.  3  v°  et  4  r°),  lequel 
contient  le  texte  de  la  Translatio,  édité  par  Mabillon,  =  C  ; 

4°  De  la  traduction  en  prose  française  de  la  seconde  rédaction 
de  la  Translatio  (ms.  français  13508  de  la  Bibl.  nat. ,  fol.  57  v°- 
59^),  =  D; 

5°  De  la  traduction  en  vers  français  de  la  même  rédaction 
(ms.  5122  de  la  bibl.  de  l'Arsenal,  fol.  103r<'-110  v»),  =  E. 


AUCTAEIUM   MaGLORIANCM 

ad  Uhrum  abbreviatum  Hugonis  Floriacemis  de  modernis 
Francorum  regibus. 

I.  —  ...  [Normannorum]  bestialem  animositatem  presul  egregius 
Aletine  civitatis  [a],  Salvator  nomine,  cum  inter  alios  se  nulle  juva- 
mine  perferre  diffideret,  sublato  corpore  beatissimi  Machuti^  prede- 
cessoris  sui,  Lehonense  monasterium  céleri  cursu  expetiit.  Inibi 
siquidem  jam  multi  sacri  ordinis  ministri,  hujus  cladis  fragore  per- 
terrili,  confluxerant,  quia  idem  locus  non  solum  pro  sui  amenilate 
pollebat  precipuus,  verum  etiam  priscorum  regum  magnificentia  (6) 

(a)  nrbis  ecdesie  (A).  —  {b)  munificenlia  (C). 

signalée  par  M.  L.  Auvray  dans  son  élude  intitulée  :  Documents  parisiens  tirés 
de  la  bibliothèque  du  Vatican.  Paris,  1892,  in-S",  p.  21,  note  5. 

1.  Saint  Malo,  fondateur  du  monastère  de  l'île  d'Aaron,  près  d'Aleth,  monas- 
tère qui  a  donné  naissance  à  la  ville  actuelle  de  Saint-Malo.  La  vie  de  ce  saint 
a  été  publiée  par  Mabillon,  Acta  SS.  ord.  S.  Benedicti,  sxcuL,  I,  p.  177. 
Cf.  dom  Plaine  et  A.  de  la  Borderie,  Vies  de  saint  Malo.  Rennes,  1885,  in-16. 


244  LES   ORIGINES   DU   MONASTERE 

raagnorutn  prediorum  copiis  pre  ceteris  nobilior  apparebat,  maxime 
cum  ad  sui  decoris  augmentum  venerabile  sacratissimi  Maglorii* 
archipresulis  corpus  pênes  se  retineret  huraatum.  Grex  ergo  ibidem 
dévolus  monachorum,  administrante  strenuissimo  viro,  Junano 
nomine,  pastorali  cura,  cum  eterno  régi  indefessis  militaret  excubiis, 
fertur  eum  divinitus  fuisse  premonitum,  ut,  urgente  perseculionis 
tempore,  Galliarum  in  partes  secederet,  ubi  tranquilla  pace  et  tutis- 
sima  mereretur  potiri  requie.  Quamobrem,  adhortante  venerabili 
Salvatore  episcopo,  sumptis  multorum  sanctorum  pignoribus,  que 
per  fidelium  manus  undique  illic  devecta  fuerant,  sacrisque  ipsius 
ecclesie  codicibus  et  signis  aliisque  ecclesiasticis  utensilibus  (a),  exu- 
les  egrediuntur  a  finibus  suis.  Jam  metas  excesscrant  patrie,  cum 
Dolensis  necnon  et  Baiocensis  ecclesie  ministri  se  illorum  junxerunt  [b] 
comitalui,  ferentes  secum  sancti  patriarche  Sansonis^  insuper  (c)  et 
gloriosi  episcopi-'  Senatoris  [d)  sanctorumque  pontificum  Paterni  et 
Scubilionis'  venerabiles  artus,  una,  diu  multumque  per  extera  et 
incognita  loca  peregrinaturi. 

II.  —  ...  Verum,  dum  per  triennium  bec  acerrima  perduraret 
guerra,...  a  [paganorum]  infestatione  cum  Gallia  diversis  concuterc- 
tur  incommodis,  venerandus  Salvator  episcopus  (e)  cum  multorum 
sanctorum  pignoribus,  paucis  fidelibus  suo  comitatui  junctis  (/"),  ob 
imminentcm  rabiem  barbarorum  Parisius,  urbem  nobilem  munilissi- 
mamque,  adierunt  [g].  Quam  ingrcssi,  cum,  sicul  moris  est  ipsius 
gentis,  eorum  desolationi  dulcissimo  affectu  compaterentur,  eorum 
inopia  caritate  quorumdam  fidelium  satis  abunde  supplebatur.  Ali- 
quantisper  denique  ibidem  demorati  [h),  cum  paganorum  immanita- 

(a)  ustensiliis  (A).  —  [b)  heserunt  (B  et  C).  —  (c)  necnon  (B  et  C).  — 
{(1)  Sanaloris  (C);  «  Sanaleur  »  (D);  «  Sanalor  »  (E).  —  (e)  A  ajoute  :  de quo 
longe superius  senno  habitus  est-  —  (f)  cum  muUorum  sanctorum  pignoribus 
manquent  dans  B  et  C,  qui  portent  seulement  paucis  secum  junctis  fideli- 
bus ;  «  a  petite  compaignie  de  bonne  gent  et  qui  portoient  moût  de  reliques 
de  sainz  »  (D).  —  (g)  abierunl  (A  et  C).  —  (A)  commorali  (B). 

1.  Saint  Magloire,  second  recteur  du  monastère  de  Dol.  Sur  ce  saint,  voir 
Acta  Sanctorum  (octobre,  X,  782-791)  et  A.  de  la  Borderie,  Miracles  de  saint 
Magloire.  Bennes,  1891,  in-8°. 

ï.  Saint  Samson,  fondateur  du  monastère  de  Dol.  Sa  vie  a  été  publiée  par 
les  Bollandistes,  Acta  SS.  (juillet,  VI,  568  et  suiv.). 

3.  Saint  Scnier,  év(^que  d'Avranciies.  Voir  la  vie  de  ce  saint  dans  les  Vies 
des  saints  du  diocèse  de  Coutances  et  Avranches,  par  l'abbé  Pigeon,  t.  I". 

4.  Saint  Pair,  évoque  d'Avranchcs,  et  son  disciple  saint  Scubilion.  Cf.  Bol- 
landistes (avril,  II,  422  et  suiv.),  et  abbé  Pigeon,  livre  cité. 


DE   SAINT-MAGLOIRE   DE   PARIS.  245 

lem  in  christianos  crebrius  grassari  conspicerenfc,  omni  spe  sibi 
abscisa  in  patriam  remeandi  («),  provida  dispensalione  omnium  Recto- 
ris  et  Greatoris,  hinc  (6)  se  nequaquam  ulterius  recessuros  eiege- 
runt,  si,  factrice  (c)  divinitate,  ab  ipso  civitatis  principe,  videlicet 
Hugone,  Francorum  duce,  locus  ad  tantorum  sanctorum  corpora 
digne  collocanda  [cl]  largirelur.  Et  (e),  inito  consilio,  ipsum  ducem, 
tune  (/")  in  liac  [g]  urbe  demorantem,  adierunt,  secum  quorumdam 
sanctorum  pios  cineres  déférentes.  Ingressi  autem  principis  aulam, 
eum  secretius  de  quibusdam  negotiis  repererunt  pertractantem.  Sed, 
cum  ducis  colloquium  diutissime  protelaretur,  forte  super  mensam 
sanctorum  corporum  glebam  deposuerunt,  principis  prestolantes 
adventum.  Intérim  vero,  hora  prandii  imminente,  cum  is,  qui  prin- 
cipalibus  preerat  epulis,  ad  procurandum  ducis  convivium  aulam 
fuisset  ingressus,  ad  viros  Dei  ubi  residebant  devenit,  et  virga,  quam 
manu  gestabat,  super  corpora  sancta  percutiens,  ut  egrederentur 
procacibus  verbis  admonuit.  Nec  tanti  sceleris  temeritatem  [h]  impune 
tulit.  Extemplo  ergo  a  demone  corripitur,  et  hue  illucque  debacchando 
discurrens  furiosus  atrociter  vexatur.  Dumque  alii  ab  eo  pugnis  tun- 
duntur,  alii  diversis  contumeliis  affîciuntur,  ingens  per  regiam  aulam 
tumultus  exoritur,  et  ob  hoc  demoniacus  vinculis  adhibetur.  Sancto- 
rum corpora  ab  omnibus  venerantur,  et  tanti  prodigii  novitas  prin- 
cipis aures  aggreditur.  Qui  illico,  nimio  terrore  compulsus,  mox  cum 
suis  ad  sanctorum  corpora  progreditur,  atque  coram  eis  humi  pro- 
stratus, ne  sibi  quod  factum  fuerat  in  peccatum  reputaretur,  ipsis 
apud  [i]  Deum  suffragantibus,  humili  devotione  precatur. 

III.  —  Sublatis  autem  inde  sacris  sanctorum  artubus  ab  ipso 
Hugone,  strenuissimo  duce,  in  ecclesiam  {j) ,  que  regum  antiquitus 
raunificentia  fuerat  constructa  et  in  honore  beati  apostoli  Bartholomei 
consecrata,  in  qua  canonicorum  ordo  divinum  celebrabat  officium, 
sunt  deportala,  atque  ibidem  xvr  kalendas  novembris  cum  digno 
honore  collocata  :  corpus  videlicet  beati  Sansonis,  Dolensis  archipre- 
sulis,  Maglorii,  ejusdem  archipresulis,  Machuti,  episcopi,  Senato- 

(a)  redeundi  (B  et  C).  —  (&)  sine  (B).  —  (c)  favente  (B).  —  {d)  locanda  (C). 
—  (e)  De  (B).  —  [f)  A  omet  tune;  «  qui  lors  demoroit  ea  la  cité  »  (D).  — 
[g]  C  omet  hae.  —  (h)  immanitatem  (B  et  C).  —  (i)  ad  (B).  —  (;)  A,  B  et  C 
transposent  par  erreur  les  mots  in  ecclesiam  avant  les  mots  sacris  sanctorum 
artubus,  de  sorte  que  l'on  a  la  phrase  s»Wa<is  a^dem  inde  in  ecclesiam  sacris 
sanctorum  artubus,  et  que  les  mots  simt  deportata  n'ont  plus  de  régime. 
La  véritable  construction  est  celle  que  je  rétablis  ici.  D  traduit  :  «  Et  lors 
les  sainz  membres  furent  ostez  de  là  et  furent  mis  par  Hue,  le  noble  duc, 
en  l'église  qui,  anciennement,  etc..  » 


246  LES   ORIGINES   DU   MONASTERE 

ris  (a),  episcopi,  Leonorii  (6),  episcopi  ' ,  Wenali  (c),  sacerdotis^;  reli- 
quie  Briomagli^  et  Gorentini'',  Leutherni  [d],  episcopi^,  Leviavi, 
episcopi^,  Ciferiani'',  episcopi,  partes  corporum  preciosorum  Melorii* 
et  Tremori  (e),  Wingantonis  (/"),  abbalis^  Scophili  (g),  abbatis^"^,  pars 
corporum  Paterni  et  Scubilionis,  dens  sancli  Budoci^^  Erant  autem 
in  ipsaeademecclesiaaliorum  sanctorum  reliquie  et  corpora  que  lam 
regum  quara  fidelium  manibus,  ut  in  regali  [h]  capella,  inantea  fue- 
rant  delata.  His  ita  explicitis,  prefatus  dux  ab  urbe  egressus  ad  alia 
sese  procuranda  convertit  [i). 

(a)  Sanatoris  (C).  —  {b)  Leonarii  (B).  —  (c)  Wenalis  (B);  Guenal  (D  et  E). 

—  {(l)  Lencerni  (B  et  C)  ;  «  Leutherne  »  (D).  —  (e)  Tremorii  (C).  —  (/")  ^ymn- 
gantoni  (A);  «  Wingantoii  »  (D  et  E).  —  (g)  Scofili  (C);  «  Scophiie  »  (D  et  E). 

—  (h)  regia  (B).  —  (i)  Celte  dernière   phrase  manque   dans  B  et  C;   «  Ces 

choses  ainsi  faites,  le  devant  dit  duc  issi  de  la  cité  pour  procurer  autres 

choses  »  (D); 

«  Et  puis  ce  fait  et  consummé, 

Si  com  desus  tous  ai  nommé, 

De  Paris  le  duc  débonnaire 

Issi  pour  autre  chose  faire  »  (E). 

1.  Saint  Lunaire,  évêque  régionnaire  du  pays  d'Aleth.  Cf.  Bollandisles, 
Acia  SS.  (juillet,  \,  105  et  suiv.). 

I.  Saint  Guénaud,  second  abbé  de  Landévennec.  Cf.  Bollandistes,  Acta  SS. 
(novembre,  I,  669-679). 

3.  Saint  Brieuc,  évéque  régionnaire  de  Bretagne.  Cf.  dom  Loblncau,  Vies  des 
saints  de  Bretagne,  p.  11-19,  et  dom  Phùnc,  Analecta  Bollandiana,  t.  Il,  p.  162. 

4.  Saint  Corcntin,  évoque  de  Quim|)er.  Cf.  dom  Lobineau,  Vies  des  saints  de 
Bretagne,  p.  50-55. 

5.  Saint  Leuthern,  évêque  régionnaire.  Cf.  Bollandistes,  Acta  SS.  (octobre, 
VIII,  57-59).  Le  nom  de  ce  saint  se  lit  dans  deux  anciennes  litanies  de  saints 
de  Bretagne,  datant  du  x°  siècle,  Leulierne,  Loutierne  (voir  Revue  celtique, 
année  1890,  t.  .\I,  p.  135). 

6.  Saint  Leviau,  évéque  régionnaire,  mentionné  sous  la  forme  Loviau  dans 
une  litanie  bretonne  du  xi"  siècle.  On  a  généralement  lu  son  nom  Levianus. 
M.  Loth,  dans  la  Revue  celtique,  a  montré  qu'il  fallait  lire  Leviavus.  Cf.  Revue 
celtique,  XI,  146,  et  Acta  SS.  (octobre,  VllI,  57-59). 

7.  Saint  Ciférian,  évoque  régionnaire  inconnu. 

8.  Saint  Meloir,  mentionné  dans  les  litanies  de  saints  bretons  aux  x"  et 
xi"=  siècles.  Cf.  Acia  SS.  (janvier,  I,  136);  dom  Lobineau,  Vie  des  saints  de 
Bretagne,  61  ;  Revue  celtique,  XI,  147.  —  Sur  saint  Trémeur,  voir  Lobineau, 
livre  cité,  p.  78. 

9.  Saint  Guéganton,  mentionné  dans  une  litanie  bretonne  du  xi'  siècle  et 
dans  un  calendrier  de  l'abbaye  de  Saint-Méen.  Cf.  Lobineau,  livre  cité,  appen- 
dice, p.  10,  et  Revue  celtique,  XI,  135. 

10.  Sur  saint  Escuiphle,  voir  Acta  SS.  (octobre,  VIII,  57-59). 

II.  Saint  Budoc,  successeur  de  saint  Magloire  comme  recteur  de  l'église  de 
Dol.  Cf.  Lobineau,  livre  cité,  p.  127. 


DE    SAINT-MAGLOIRE    DE    PARIS.  247 

IV.  —  ...  Pace  itaque  in  tota  Gallia  et  Normannia  vigente  et  flo- 
rente,  quidam  eorum  qui  de  Britannia  (o)  Parisius  advenerant,  nutu, 
ut  credimus,  divino,  sumptis  sanclorum  corporibus,  que  illic  secum 
detulerant,  almi  videlicet  Sansonis  et  beati  Leonorii  (6),  necnon  et 
saiicti  Wenali  (c),  aliorumque  quorumdam  sanctorum,  quidam 
eorum  patriam  repedare,  quidam  ad  alia  Galiie  loca  migrare  dispo- 
suerunt.  Quod,  cum  duci  nunciatum  fuisset,  licet  egre  tulisset,  vim 
tamen  eis  nolens  inferre,  retentis  quibusdam  membris  sanctorum, 
abire  permisit.  Qui  recedentes,  alii  Gorboilum  castrum,  alii  Bellum 
Montem  expetierunt,  ubi  et  quieverunt,  alii  etiam  ad  alia  Galiie  loca 
abierunt.  Sancti  vero  corporis  Sansonis  procuratores,  quia  in  Britan- 
niam  redire  volebant,  maxima  parte  ipsius  sancti  [d]  corporis  retenta 
et  alia  cum  capite  concessa,  remeare  permisit  (e).  Qui  abeuntes,  cum 
per  Aurelianensem  urbem  iter  facerent,  in  ipsa  urbe  quibusdam 
incomraoditatibus  detenti,  diu  multumque  morati  sunt. 

V.  —  Dux  autem  ecclesiam  beati  Bartholomei  apostoli  (/"),  que 
tantorum  sanctorum  reliquiis  illustrata  videbatur,  ampliavit.  Quam 
postmodum  in  honore  predicti  apostoli  atque  beatissimi  Maglorii,  eo 
quod  post  beatum  Sansonem  in  archipresulatu  ecclesie  Dolensis  [g) 
meruisset  sublimari,  dedicari  fecit.  In  qua  etiam  monachos  ad  divi- 
num  officium  peragendum  constituit,  quibus  semper  abbatem  ex 
propria  congregatione  preesse  tam  regali  quam  sacerdotali  auctori- 
tate  stabilivit.  Qui  etiam  cum  sua  venerabili  conjuge,  Adélaïde 
nomine,  filia  Pictavorum  comitis,  de  progenie  Karoli  magni  impera- 
toris  (/i),  eidem  ecclesie  magna  dona  possessionesque  et  predia  obtu- 
lit,  que  sub  nomine  Lotharii  régis  et  Ludovici,  filii  ejus  (e),  describi 
et  confirmari  precepit  regioque  sigillo  muniri  constituit  [j] . 

VI.  —  ...  Girciler  bis  diebus',  Salvatore  episcopo  necnon  venera- 
bili abbate  Junano  a  corpore  migrantibus,  eorum  corpora  apud  eccle- 
siam, in  honore  preciosi  martiris  Georgii  necnon  et  beati  Maglorii 
constructam  extra  muros  urbis  Parisiace  sitam,  reverenter  sunt 
tumulata  [k]. 

VII.  —  ...  Rex  insuper  Robertus,  cum  eo  tempore  in  Aurelianensi 

(a)  Britanniis  (A).  —  (6)  Leonarii  (B).  —  (c)  Wenalis  (B);  Guenaili  (A).  — 
[d)  A  omet  sancti.  —  (e)  concessii  (B  et  C).  —  (/")  C  omet  apostoli.  —  {g)  G  rem- 
place les  mots  ecclesie  Dolensis  par  Dolensi.  —  (h)  C  omet  imperatoris.  — 
(ï)  C  omet  filii  ejus.  —  0)  Ici  s'arrêtent  D  et  E.  —  {k)  B  et  C  oraelteiit  ce 
paragraphe  vi  tout  entier. 

1.  Ces  mots  se  rapportent  à  l'avènement  de  Gerbert  comme  pape  en  l'an- 
née 999. 


248  LES   ORIGINES   DU   MONASTERE 

urbe  quosdara  cum  maxima  parte  corporis  beatissimi  Sansonis  demo- 
rari  atque  velle  Brilanniam  repedare  cognovisset,  ne  uUerius  ab  urbe 
discederent  monuit,  quippe  cum  eorum  regio  barbarica  infestatione 
depopulata  atque  cum  ipso  Dolensi  Castro  incendio  favillata  videre- 
tur'.  lUi  autem,  quibus  redeundi  facultas  denegabalur,  ipsa  beatis- 
simi Sansonis  membra  régi  dederunt,  que  ipse  gratanter  suscepit  et  in 
ecclesia  sancti  Symphoriani  martiris  cum  digno  honore  collocavit  [à). 
VIII.  —  ...  Sub  memorato  denique  rege  (6),  quidam  comes  Britan- 
norum,  Berengarius  nomine,  Parisius  advenit,  eundem  principem 
visurus  miiitareque  obsequium  prebiturus.  Quod  audientes  monachi 
ecclesie  sanctorum  Bartholomei  apostoli  atque  Maglorii  confessoris  [c] 
ipsius  urbis  regem  adierunt  (rf),  rogantes  ut  suis  prccibus  apud  pre- 
fatum  comitem  obtineret  quatinus  ecclesiam  beatissimi  Maglorii  in 
Lehonensi  pago  sitam,  que  malignorum  crebris  infestationibus  in 
absiditatc  redacta  vidcbatur,  cum  suis  appendiciis  (e)  ecclesie  beato- 
rum  Bartholomei  {[)  atque  Maglorii  concederet.  Quia  nimirum  decc- 
bat  ut,  sicuthec  ipsius  sancti  confessoris  corporali  presentia  illuslrari 
vidcbatur,  sic  ipsa  Lehonensis  ecclesia,  que  tanti  patroni  mesta  cor- 
porali (g)  carehat  absentia,  eidem  Parisiensi  ecclesie  perpetuo  subjici 
non  denegaretur.  Predictus  itaque  comes  tam  régis  quam  monacho- 
rum  pie  pétition!  prebens  assensum,  ipsam  Lehonensem  ecclesiam, 
que  in  honore  sanctorum  apostolorum  Pétri  et  Pauli  necnon  et  beati 
Maglorii  fuerat  consecrata,  ecclesie  prenominate,  in  urbe  Parisiaca 
site,  cum  suis  possessionibus  bénigne  [h]  concessit,  quam  ipse  etiam 
postmodum  largissimis  prediis  propria  donatione  ampliavit.  Directi 
sunt  autem  iilic  monachi  scx  a  venerabili  Harduino,  qui  eo  temporc 
congregationi  Parisiaci  cenobii  [i)  preerat  abbas,  qui  ipsum  Leho- 
nense  monasterium  in  pristinam  constructionem  reducerent,  quati- 
nus ibidem  servi  Dei  monastice  viventes,  remota  seculari  pompa, 
celibem  vitam  actitare  satagcrent.  Predicti  autem  monachi,  jussa 
patris  complentes,  ob  multitudinem  pro  loci  amenitate  ibidem  con- 
fluentium  [J],  ocius  in  priori  renovatum  est  statu. 

(a)  Ce  paragraphe  vu  manque  dans  B  el  C.  —  {b)  Sub  Roberto  vero  rege, 
memorati  diicis  filio  (B  et  C).  —  (c)  Au  lieu  de  sanclorum  Bartholomei  apo- 
stoli atque  Maglorii  confessoris,  A  et  B  portent  sancti  Maglorii.  —  {d)  abie- 
runt  (C).  —  (e)  appendentiis  (C).  —  [f)  beatissimi  Bartholomei  apostoli  (A  et  B). 
—  {g)  A  et  B  omettent  corporali.  —  [h)  A  omet  bénigne.  —  {i)  congregationi 
Parisiensi  (C).  —  [j)  construentium  (B). 

1.  Allusion  ;\  la  prise  de  Dol  par  les  pirates  danois,  qui  eut  lieu  lors  de  la 
guerre  entre  Richard  II  de  Normandie  et  Eudes  II  de  Chartres,  dans  les  pre- 
mières années  du  xi'  siècle. 


DE    SAINT-MAGLOIRE    DE    PARIS.  249 

Le  moine  de  Saint-Magloire,  qui  a  interpolé  dans  la  Chronique 
abrégée  de  Hugues  de  Fleury  les  quelques  chapitres  qu'on  vient 
de  lire,  en  a  emprunté  les  éléments  à  difîérentes  sources.  Les  cinq 
premiers  paragraphes  sont  la  reproduction  partielle  du  récit 
composé  à  Saint-Magloire  au  x^  siècle  et  qu'on  peut  désigner 
sous  le  nom  de  Translatio  sancti  Maglorii  et  aliorum  Pari- 
sius,  titre  que  Mabillon  a  donné  aux  fragments  qui  en  subsistent. 
Les  paragraphes  vi,  vu  et  vui  dérivent  de  notes  écrites  ou  de 
traditions  conservées  daDS  le  même  monastère.  Au  point  de  vue 
historique,  ce  sont  les  fragments  de  la  Translatio  sancti 
Maglorii  qui  offrent  le  plus  d'intérêt.  Malheureusement  le  moine 
interpolateur  a  omis  plusieurs  passages  qu'il  eût  été  fort  impor- 
tant de  connaître.  Les  lacunes  se  remarquent  au  commencement 
des  paragraphes  i,  ii  etrv. 

11  est  hors  de  doute  que  la  Translatio,  dans  son  état  primitif, 
débutait  par  le  récit  d'une  invasion  des  Normands  en  Bre- 
tagne, invasion  qui  occasionna  la   fuite  de  Salvator,  évêque 
d'Aleth,  au  monastère  de  Léhon  et  le  transfert  en  ce  même 
heu  d'un  grand  nombre  de  reliques  de  saints.  Mais  quelle  était 
au  juste  cette  invasion?  On  l'ignore,  car  le  moine  de  Saint- 
Magloire  n'a  pas  jugé  à  propos  d'en  insérer  le  récit  dans  la 
chronique  qu'il  transcrivait.  Ayant  lu  dans  cette  chronique  la 
relation  empruntée  à  Hugues  de  Fleury  de  la  destruction  de  la 
ville  de  Nantes  et  de  l'assassinat  de  l'évêque  Gohard  par  les  Nor- 
mands, il  pensa  que  c'était  ce  désastre  qui  avait  causé  la  fuite  de 
Salvator  à  Léhon.  En  effet,  après  avoir  raconté  la  prise  de  Nantes, 
Hugues  de  Fleury  avait  ajouté  cette  phrase  :  Multa  preterea 
sanctorum  corpora  a  Britannia  et  a  Neustria  in  Galliam 
sunt  translata  et  per  urbes  munitas  atque  castella  locata, 
ubi  etiam  adhuc  retinentur  humata.  Nam  omnes  fere  cle- 
rici  sive  monachi  terre  illius  tant  crudeli  clade  perterriti 
tutiora  loca  petierunt,  secum  suas  perferentes  reliquias 
cum  ecclesiasticis  ornamentis^.  Le  moine  de  Saint-Magloire 
ne  douta  pas  que  l'invasion  qui  avait  motivé  la  fuite  de  Salvator 
et  des  prêtres  bretons  ne  fût  précisément  celle  dont  les  conséquences 
étaient  ainsi  indiquées  par  Hugues  de  Fleury.  Il  remplaça  donc  la 
phrase  que  je  viens  de  citer  par  le  récit  de  l'émigration  des  prêtres 
réfugiés  à  Léhon,  ne  s'apercevant  pas  qu'il  commettait  ainsi  un 

1.  Migne,  P.  L.,  t.  163,  col.  878. 


250  LES   ORIGINES   DU   MOXASTERE 

grave  anachronisme  ;  car  la  prise  de  Nantes,  mentionnée  par 
Hugues  de  Fleury,  date  en  réalité  de  843,  et  l'évêque  Salvator 
ne  mourut  que  sous  le  règne  de  Robert  le  Pieux,  vers  l'an  1000  ^ 
Cette  intercalation  maladroite  nous  a  privés  du  commencement 
du  récit  de  la  Translatio  sancH  Maglorii. 

Mais,  d'autre  part,  il  était  question  dans  ce  même  récit  du  duc  de 
France,  Hugues  Capet,  qui  reçut  dans  sa  ville  de  Paris  les  fugitifs 
bretons.  Le  moine  interpolateur  reconnut,  en  copiant  la  chronique 
abrégée  de  Hugues  de  Fleury,  que  Hugues  Capet  n'entra  en  posses- 
sion de  ses  charges  qu'en  l'année  956.  Force  lui  fut  donc  de  laisser 
errer  les  religieux  de  Léhon  hors  de  Bretagne  depuis  843  jusqu'au 
delà  de  956,  c'est-à-dire  pendant  plus  de  cent  ans  !  Il  souda,  dans 
sa  compilation,  la  partie  de  la  Translatio  o\i  sont  relatées  l'arri- 
vée des  prêtres  bretons  à  Paris  et  leur  réception  par  Hugues  Capet 
à  la  suite  du  passage  où  Hugues  de  Fleury  raconte  la  guerre  qui 
éclata  en  960  entre  Richard,  duc  de  Normandie,  et  le  comte  de 
Chartres,  Thibaut  le  Tricheur,  à  l'endroit  même  où  il  est  dit  que 
le  duc  Richard  appela  de  Scandinavie  des  bandes  de  pirates  danois 
et  les  jeta  sur  le  territoire  de  son  ennemi.  Mais  il  passa  sous 
silence  tout  ce  que  le  récit  original  de  la  Translatio  devait  con- 
tenir au  sujet  des  pérégrinations  que  firent  à  travers  la  France 
les  émigrés  bretons  pendant  la  période  qui  s'écoula  entre  leur 
départ  de  Bretagne  et  leur  arrivée  à  Paris.  Toutefois,  au  com- 
mencement du  paragraphe  ii,  il  nous  a  conservé  une  phrase  qui 
est  précieuse,  parce  qu'elle  n'appartient  ni  à  Hugues  de  Fleury 
ni  à  aucun  autre  chroniqueur,  mais  bien  à  l'auteur  même  de  la 
Translatio  :  Verum,  dwn  per  triennium  hec  acerrima  per- 
duraret  guerra, . . .  venerandus  Salvator  episcopiis  cum 
multorum  sanctorum  pignorihus,  paucis  fidelibus  suo 
comitatui  junctis,  oh  imminentem  rabiem  barbaroruyn, 
Parisius,  urbem  nobilem  munitissimamque,  adierunt.  Cette 
phrase  nous  apprend  que  la  guerre,  cause  delà  fuite  des  religieux 
de  Léhon  hors  de  Bretagne,  durait  depuis  trois  ans,  lorsque, 
effrayés  par  la  fureur  des  pirates  danois,  ils  se  décidèrent  à  se 
mettre  à  l'abri  dans  les  murs  de  Paris. 

La  suite  de  la  Translatio,  où  est  raconté  comment  les  prêtres 
bretons  obtinrent  de  la  munificence  de  Hugues  Capet  le  don  de 
l'église  de  Saint-Barthélémy  pour  y  déposer  les  reliques  qu'ils 

1.  Cf.  plus  haut  Auctarium  Maglorianum,  g  vi. 


DE    SAINT-MAGLOIRE    DE    PARIS.  25^ 

avaient  apportées  à  Paris,  semble  avoir  été  copiée  en  entier.  — 
Mais,  au  début  du  §  iv,  une  nouvelle  lacune  est  indiquée  par  une 
interruption  dans  le  récit.  A  cet  endroit,  le  moine  interpolateur 
reprend  le  texte  de  Hugues  de  Fleury  pour  exposer  la  façon  dont 
fut  conclue  la  paix  entre  les  Normands  et  Thibaut  le  Tricheur  ; 
puis  il  revient  encore  une  fois  à  la  Trmislatio  et  en  reproduit  la 
partie  finale,  dans  laquelle  sont  rapportés  les  événements  qui  occa- 
sionnèrent la  fondation  définitive  de  l'abbaye  de  Saint-Magloire. 

En  résumé,  si  l'on  veut  suppléer  dans  la  mesure  du  possible 
aux  diverses  lacunes  que  je  viens  de  signaler  dans  le  texte  de  la 
Trmislatio  sancti  Maglorii,  tel  qu'il  nous  est  parvenu,  le  plus 
sûr  moyen  de  le  faire  est,  je  crois,  de  supposer  que  le  moine  de 
Saint-Magloire,  qui  avait  ce  texte  complet  sous  les  yeux,  a  agi 
avec  quelque  discernement  en  l'interpolant  dans  la  chronique 
abrégée  de  Hugues  de  Fleury.  En  effet,  bien  que  ce  moine  inter- 
polateur ait,  comme  on  l'a  vu,  confondu  le  siège  de  Nantes  de  843 
avec  quelque  événement  de  date  postérieure,  il  est  présumable 
que  les  passages  de  la  Translatio  qu'il  a  passés  sous  silence 
auraient  fait  jusqu'à  un  certain  point  double  emploi  avec  les  pas- 
sages de  Hugues  de  Fleury  relatifs  à  la  prise  de  Nantes  par  les 
Normands,  à  la  guerre  de  Thibaut  le  Tricheur  contre  Richard 
de  Normandie  et  à  la  conclusion  de  la  paix  entre  ces  deux  sei- 
gneurs. Si  cette  supposition  est  exacte,  voici  quel  aurait  été  en 
substance  le  récit  primitif  de  la  Translatio  sancti  Maglorii  : 
Une  guerre  éclate  en  Gaule  entre  les  Normands  et  les  Francs  ; 
au  cours  de  cette  guerre,  les  Normands  envahissent  la  Bretagne 
et  s'emparent  probablement  de  la  ville  de  Nantes.  En  apprenant 
ce  désastre,  Salvator,  évêque  d'Aleth,  et  un  grand  nombre  de 
prêtres  bretons  se  sauvent  au  monastère  de  Léhon,  mais  bientôt 
ils  quittent  tous  la  Bretagne  et,  pendant  trois  ans,  ils  errent  de 
côté  et  d'autre.  Ces  trois  années  étant  écoulées,  de  nouvelles 
bandes  de  pirates  contraignent  les  émigrés  à  se  réfugier  dans 
Paris.  Le  duc  Hugues  Capet  les  y  accueille  gracieusement  et  fait 
transporter  dans  l'église  de  Saint-Barthélémy  les  rehques  qu'ils 
avaient  apportées  de  Bretagne.  Quelque  temps  après,  la  paix  est 
conclue  entre  les  Normands  et  les  Francs,  et  l'église  de  Saint- 
Barthélémy  est  transformée  en  monastère  bénédictin  sous  le 
vocable  de  saint  Magloire  par  les  soins  du  duc  Hugues  Capet. 

On  peut  se  rendre  compte  maintenant  pourquoi  le  récit  de  la 
translation  de  saint  Magloire,  qui  n'existe  plus  en  entier  ni  en  sa 


252  LES   ORIGIiVES   DD   MONASTERE 

forme  originale,  a  donné  lieu  à  tant  d'interprétations  diverses. 
Jusqu'à  ces  derniers  temps,  les  historiens  avaient  admis  que  la 
guerre  entre  Thibaut  le  Tricheur  et  Richard  de  Normandie  était 
la  véritable  cause  de  l'émigration  des  Bretons  réfugiés  à  Léhon. 
Mais,  de  nos  jours,  le  R.  P.  de  Smedt  et  M.  A.  de  la  Borderie 
ont  soutenu  un  avis  contraire.  Je  vais  examiner  les  raisons  qui 
ont  fait  rejeter  à  ces  deux  érudits  l'opinion  généralement  adoptée. 
Le  R.  P.  de  Smedt  prétend  que  la  translation  du  corps  de 
saint  Magloire  de  Léhon  à  Paris  ne  put  avoir  eu  lieu  à  la  suite  de 
la  guerre  que  se  déclarèrent,  en  960,  Thibaut  le  Tricheur  et 
Richard  de  Normandie,  parce  que  la  fondation  du  monastère  de 
Saint-Magloire  de  Paris,  laquelle  fut  une  conséquence  de  cette 
translation,  serait  elle-même  antérieure  à  960*.  Helgaud,  dans 
sa  Vie  du  roi  Robert  le  Pieux,  dit,  en  effet,  que  ce  fut  Hugues 
le  Grand,  père  de  Hugues  Capet,  qui  fonda  l'abbaye  de  Saint- 
Magloire  de  Paris^  Or,  Hugues  le  Grand  mourut  en  956.  La 
vérité  de  cette  assertion  serait  confirmée  par  un  diplôme  des  rois 
Lothaire  et  Louis  V,  où  il  est  spécifié  que  ledit  Hugues  le  Grand 
avait  donné  à  l'église  de  Saint-Magloire  de  Paris  une  terre  à 
Savies,  près  de  Belleville^.  —  H  est  bon  de  remarquer  d'abord 
que  Helgaud  ècv'wSiiiY Epitoma  vitœ  Rotberti  régis  vers  1050, 
une  centaine  d'années  après  la  fondation  du  monastère  de  Saint- 
Magloire,  et  que  par  conséquent  son  témoignage  n'a  pas  la  même 
valeur  que  celui  de  personnages  contemporains  de  l'événement. 
Or,  les  rois  Lothaire  et  Louis,  dans  le  diplôme  dont  il  vient 
d'être  parlé  et  qui  date  de  980  environ,  s'expriment  en  ces 
termes  :  «  A  la  prière  du  duc  de  France,  Hugues  [Capet],  nous 
avons  fait  faire  le  présent  diplôme  pour  confirmer  les  biens 
que  ledit  Hugues  a  concédés  au  monastère  de  Saint-Magloire, 
monastère  quil  a  lui-même  fondé  dans  la  ville  de  Paris 
pour  y  recevoir  les  corps  de  plusieurs  saints,  qui  étaient 
comme  exilés  en  terre  étrangère.  Parmi  ces  biens,  il  y  a 

1.  Cf.  Bollandistes,  Acta  SS.  (novembre,  I,  669-673). 

2.  Helgaud,  Epitoma  vitae  Rotberti  régis,  dom  Bouquet,  X,  104.  —  Hujus 
igilur  inclyti  régis  avus,  Hugo,  pro  pietate,  bonitate,  fortitudine  Magnus 
dictus,  7no7iasicriumS.  Maglorii,  confessoris  Christi,  in  civitate  Parisius  simuL 
cum  filio  construens  nobiliter,  monachos,  sub  régula  patris  Benedicti  vivere 
paratos,  ibi  coUocat,  et  in  auro  vel  argento  locum  ipsum  dital  et  ceteris 
ornamentis  pro  sainte  sua  et  filii  ac  future  posteritatis. 

3.  Cf.  R.  de  Lasteyrie,  Cartulaire  général  de  Paris,  p.  87. 


DE   SÀINT-MAGLOIRE   DE    PARIS.  253 

d'abord  l'enclos  où  est  bâtie  l'abbave  et  dont  fut  fait  présent  le 
jour  de  la  consécration  de  l'église  ;  il  y  a  aussi  l'alleu  que  Hugues 
adonné  le  jour  de  la  translation  des  saints.  En  outre,  il  est 
d'autres  propriétés  qui  furent  octroyées  antérieurement.  Parmi 
celles-là,  la  première  est  la  petite  église  construite  dans  les 
faubourgs  de  Paris,  non  loin  des  murailles,  et  dédiée  à  saint 
Magloire,  avec  le  terrain  adjacent  où  est  le  cimetière  des  moines  ; 
de  plus,  il  y  a  le  clos  des  vignes  de  Savies  dont  a  fait  donation 
[le  ducj  Hugues  [le  Grand],  fils  du  roi  Robert  '.  »  Le  témoignage 
des  rois  Lothaire  et  Louis  est  corroboré  par  celui  de  Robert  le 
Pieux,  fils  de  Hugues  Capet,  qui,  dans  un  diplôme  authentique 
de  l'année  997  environ,  aiïirme  que  son  père  et  lui  ont  fondé  l'ab- 
baye de  Saint- Magloire^  Henri  P"",  fils  de  Robert  le  Pieux, 
déclare  également,  dans  un  acte  dont  on  possède  encore  l'original, 
que  son  grand-père  Hugues  Capet  a  créé  cette  même  abbaye^. 
Les  rois  Lothaire  et  Louis  V,  Robert  le  Pieux  et  Henri  P""  savaient 
certainement  mieux  que  le  moine  Helgaud  qui  était  le  véritable 
fondateur  du  monastère  parisien. 

Quant  à  la  donation  faite  par  Hugues  le  Grand  d'une  terre  à 
Savies,  elle  date  du  temps  où  l'abbaye  de  Saint-Magloire  n'exis- 

1.  Peticionibus  Hugonis,  Francix  ducis,...  prxcepium  firmiiatis  a  nobis  fieri 
ex  rébus,  quas  idem  pie  monasterio  sanctorum  Bartholomei  apostoU  et 
Maglorii...  confulit,  quod  fundavit  in  urbe  Parisiuca  ad  sanctorum  corpora, 
qux  ut  peregrina  hospitabanfur  per  aliorum  rura.  Est  autem  prius  terra  in 
qua  ipsum  situm  est  monasterium  et  dolum  quod  datum  est  ipso  die  conse- 
crationis  ejusdem ;  alodus  quoque  quem  dédit  ipso  die  translationis  sancto- 
rum... Item  allie  res,  qux  prius  datx  sunt  :  unde  prior  esi  capelfa  in  suburbio 
Parisiaco,  haut  procul  a  menibus  in  honore  sancti  Maglorii  dicata,  cum 
terra  inibi  adjacenti,  in  qua  ipsorum  sepultura  est  monachorum ;  clausus 
etiam  vinex,  juxta  Saveias  situs,  quem  dédit  bonx  memorix  Hugo,  filius 
Rotberti  régis  (R.  de  Lasteyrie,  Cartulaire  général  de  Paris,  p.  87). 

2.  Fecimus  prxcepium  firmitatis  de  rébus  quas  pater  noster  beatx  memorix, 
Hugo  rex,  nosque  pie  contulimus  monachis  famulaniibus  Christo  sanctissi- 
moque  Maglorio  in  urbe  Parisiaca  quiescenti,  ubi  etiam  fundavimus  mona- 
sterium pretaxato  precipuo  confessori  (R.  de  Lasteyrie,  Cartulaire  général  de 
Paris,  p.  98).  Ce  diplôme  du  roi  Robert  le  Pieux  est  conservé  en  original  aux 
archives  d'Indre-et-Loire  (H.  364).  Il  provient  des  archives  de  l'abbaye  de  Mar- 
moutier.  En  effet,  à  la  fin  du  xi'  siècle,  le  monastère  de  Saint-Magloire  de 
Paris  fut  réduit  en  prieuré  et  placé  sous  la  dépendance  de  Marmoutier. 

3.  L'original  de  ce  diplôme  est  conservé  aux  Archives  nationales  (K.  19,  n°  l^). 
Le  roi  Henri  I",  parlant  du  monastère  de  Saint-Magloire  de  Paris,  ajoute  ces 
mots  :  quem  pix  memorix  Hugo,  avus  noster,  fundaverat  (R.  de  Lasteyrie, 
Cartulaire  général  de  Paris,  p,  115-116). 

1895  17 


254  LES   ORIGINES    DU   MONASTERE 

tait  pas  encore,  alors  que  sur  son  emplacement  s'élevait  l'église 
de  Saint-Barthélémy,  chapelle  du  palais  des  comtes  de  Paris, 
desservie  par  quelques  chanoines.  Quand  la  collégiale  de  Saint- 
Karthèlemy  eut  été  transformée  en  monastère  bénédictin  sous  le 
vocable  de  Saint-Magloire,  les  possessions  des  anciens  chanoines 
furent  confirmées  aux  moines  qui  leur  succédaient.  C'est  donc  à 
Saint-Barthélémy  et  non  à  Saint-Magloire  que  Hugues  le  Grand 
avait  donné  le  clos  de  vignes  de  Savies  :  c'est  également  à  Saint- 
Barthélémy  qu'avait  été  concédée  la  chapelle  Saint- Georges*, 
près  de  laquelle  était  le  cimetière  des  religieux,  chapelle  qui  prit 
aussi  le  nom  de  Saint-Magloire  lorsque  fut  créée  l'abbaye  '. 

En  résumé,  contrairement  à  l'opinion  du  moine  Helgaud,  il 
est  certain  que  le  monastère  de  Saint-Magloire  de  Paris  lut  fondé 
par  le  duc  Hugues  Capet  et  non  par  Hugues  le  Grand  ^,  après 
l'année  956  et  non  avant  cette  même  année.  Les  diplômes  que  je 
viens  de  citer  confirment  pleinement  sur  ce  point  le  récit  de  la 
Translatio  sancti  Magloiii\ 

1.  Sur  le  nom  primitif  de  celle  chapelle,  voir  plus  haul  Auclarium  Maglo- 
rianum,  §  vi. 

2.  Les  faits  que  j'indique  ici  ont  déjà  été  mis  en  lumière  par  les  auteurs  du 
Gallia  chrisiiana  (VII,  col.  308)  et  par  l'abbé  Lebeuf  [Histoire  de  la  ville  et 
de  tout  le  diocèse  de  Paris,  rééditée  par  II.  Gocheris.  Paris,  1865,  in-S",  t.  II, 
p.  257  et  suiv.). 

3.  Dans  une  copie  fragmentaire  du  Nécrologe  de  Saint-Magloire,  copie  faite 
au  XVII'  siècle  et  conservée  à  la  Bibliothèque  nationale  (collection  Duchesne, 
t.  LV,  fol.  318  r'),  on  lit,  à  la  date  du  17  juin  :  Obiit  Hugo,  dux  Irancorum, 
qui  fundavit  ecclesiam.  Il  s'agit  bien  là  du  duc  Hugues  le  Grand,  qui  mourut 
à  Dourdan  le  17  juin  956.  Ainsi,  à  une  certaine  éjjoque,  les  magloriens  ont 
partagé  l'erreur  du  moine  Helgaud  et  ont  cru  que  Hugues  le  Grand  était  le 
fondateur  de  leur  couvent.  C'est  sans  doute  le  récit  même  de  la  Translatio 
sancti  Maglorii  qui  a  causé  la  méprise  des  moines  de  Saint-Magloire.  Dans  ce 
récit,  Hugues  Capet  est  simplement  désigné  par  les  mots  Hugo,  Fruncorum 
dux,  expressions  qui  semblaient  se  rapporter  au  duc  Hugues  le  Grand  plutôt 
qu'à  son  tils  Hugues  Capet,  mieux  connu  par  son  litre  de  roi  que  par  celui  de 
duc  de  France.  La  présence  de  l'obit  de  Hugues  le  Grand  dans  le  Nécrologe 
de  Saint-Magloire  s'ex])lique  par  le  fait  que  ce  prince,  comme  bienfaiteur  de 
l'église  de  Saint-Barthélémy,  avait  droit  aux  prières  des  moines  de  Saint- 
Magloire,  qui  avaient  hérité  des  biens  de  cette  église. 

4.  Hugues  Capet  est  expressément  désigné  par  l'auteur  de  la  Translatio 
sancti  Maglorii  comme  fondateur  du  monastère  de  Saint-Magloire  de  Paris; 
et,  ce  qui  fait  que  dans  ce  récit  on  ue  peut  le  confondre  avec  son  père  Hugues 
le  Grand,  c'est  que  sa  femme  Adélaïde  s'y  trouve  mentionnée  en  ces  termes  : 
cum  sua  venerabili  conjuge,  Adélaïde  noinine,  fUia  Pictai^orum  comitis 
{Auctarium  Maglorianum,  g  v).  M.  F.  Lot,  dans  son  beau  travail  sur  les  Der- 


DE   SAINT-MAGLOIRE    DE    PARIS.  255 

C'est  en  étudiant  l'histoire  de  la  vie  de  saint  Guénaud,  abbé  de 
Landévennec,  que  le  R.  P.  de  Smedt  a  cru  devoir  s'élever  contre 
l'opinion  généralement  adoptée  au  sujet  de  l'époque  de  la  transla- 
tion des  reliques  des  saints  bretons  du  monastère  de  Léhon  à 
Paris.  Le  savant  bollandiste  avait  en  effet  à  éditer  un  récit,  com- 
posé au  x"  siècle,  où  étaient  racontées  diverses  translations  du 
corps  de  saint  Guénaud,  et  il  jugea  que  ce  document  digne  de  foi 
fournissait  des  renseignements  qui  rendaient  impossible  d'ad- 
mettre que  les  corps  de  saint  Magloire  et  des  autres  saints  bre- 
tons eussent  été  apportés  à  Paris  au  temps  du  duc  Hugues  Capet. 

Voici  quel  est  le  contenu  du  récit  de  la  Translatio  sancti 
Guenaili,  publié  par  le  R.  P.  de  Smedt  J.  L'auteur  rapporte  que 
le  monastère  où  reposait  le  corps  de  saint  Guénaud,  dans  le  dio- 
cèse de  Vannes-,  fut,  au  ix*"  siècle,  restauré  et  embelli  par  le  duc 
des  Bretons,  Nominoé;  mais  que,  dans  la  suite  des  temps,  les 
Normands  ravageant  la  contrée,  les  moines  emportèrent  les 
reliques  de  leur  patron  hors  de  Bretagne  et  les  transportèrent  en 
Parisis.  Là,  Teudon,  vicomte  de  Paris,  accorda  aux  fugitifs  un 
asile  dans  la  villa  de  Courcouronne.  Quelque  temps  plus  tard, 
lors  d'une  invasion  des  Saxons  en  Gaule,  le  corps  de  saint  Gué- 
naud fut  translaté  à  Corbeil.  Le  comte  de  cette  ville,  Haimon, 
le  fit  déposer  dans  une  petite  basilique  qu'il  construisit  près  de 
son  château.  Quand  les  Saxons  se  furent  retirés,  Haimon  plaça 
les  reliques  à  l'intérieur  même  du  château,  et,  après  avoir  édifié, 
pour  les  y  recevoir,  une  église  d'une  grande  beauté,  il  constitua, 
pour  desservir  cette  église,  un  chapitre  de  quatre  chanoines,  et 
quicquid  tune  beato  concessit  Guenailo  vel  ante  concesse- 


niers  Carolingiens,  a  consacré  uu  appendice  (p.  358-361)  à  prouver  qu'Adé- 
laïde, femme  de  Hugues  Capet,  était  fille  de  Guillaume  III,  comte  de  Poitiers. 
Il  n'a  pas  cru  pouvoir  se  servir,  pour  appuyer  sa  thèse,  du  texte  de  la  Trans- 
latio que  je  viens  de  citer;  il  a  supposé  que  cette  phrase  où  Adélaïde  est  dési- 
gnée comme  fille  du  comte  de  Poitou  avait  été  empruntée  à  Hugues  de  Fleury 
et  par  suite  n'avait  que  peu  d'autorité  (livre  cité,  p.  360,  n.  2).  Mais  rien  de 
semblable  ne  se  trouve  dans  Hugues  de  Fleury  ni  dans  aucun  autre  chroni- 
queur. Cette  phrase  appartient  en  propre  à  l'auteur  de  la  Translatio  sancti 
Maglorii,  lequel  écrivait  dans  les  dernières  années  du  x'=  siècle,  et  l'affirmation 
de  cet  auteur,  qui  était  uu  contemporain  d'Adélaïde  et  de  Hugues  Capet,  rend 
certain  le  résultat  auquel  M.  Lot  était  arrivé  par  des  considérations  indépen- 
dantes de  celle-là. 

1.  Acta  SS.,  novembre,  t.  I,  p.  678-679. 

1.  La  situation  exacte  de  ce  monastère  est  douteuse  [Ihid.,  p.  678,  n.  5). 


256  LES   ORIGINES   DC   MONASTERE 

r^  habendum  perpétua  liberum  et  quietum  sigilli  sui 
munimine  roboravit.  Ainsi  finit  le  récit  de  la  translation  de 
saint  Guénaud,  récit  écrit  probablement  très  peu  de  temps  après 
le  transfert  du  corps  du  saint  dans  l'église  construite  par  Haimon 
à  l'intérieur  du  château  de  Corbeil.  —  Les  faits  qui  viennent 
d'être  relatés  peuvent  être  assez  aisément  datés.  Le  R.  P.  de  Smedt 
et  M.  A.  de  la  Borderie*  ont  fort  bien  montré  que  le  vicomte  de 
Paris,  Teudon,  vivait  en  925  et  936,  époque  où  il  est  signalé 
dans  les  chartes.  L'invasion  normande,  qui  força  les  moines  bre- 
tons à  transporter  en  France  les  reliques  de  saint  Guénaud,  doit 
donc  être  la  célèbre  invasion  de  919-'.  Ce  serait  vers  925  que  le 
vicomte  Teudon  aurait  accordé  aux  fugitifs  le  domaine  de  Cour- 
couronne.  Quant  aux  Saxons,  dont  les  déprédations  déterminèrent 
les  moines  à  se  mettre  sous  la  protection  du  comte  de  Corbeil, 
ce  sont  sans  aucun  doute  les  Saxons,  amenés  en  Gaule  par  le 
roi  de  Germanie,  Otton  ^^  qui,  en  94G,  assiégèrent  la  ville  de 
Paris  et  ravagèrent  les  domaines  du  duc  de  France  Hugues  le 
Grande  Le  R.  P.  de  Smedt  a  également  établi  que  le  comte  de 
Corbeil,  Haimon,  mourut  au  plus  tard  en  960  ^  La  fondation  de 
l'église  collégiale,  construite  à  l'intérieur  du  château  de  Corbeil, 
où  le  corps  de  saint  Guénaud  fut  définitivement  déposé,  date  donc 
de  l'année  950  environ. 

Un  document  a  paru  au  R.  P.  de  Smedt  contredire  toute  cette 
chronologie,  qui  est  cependant  bien  fondée,  c'est  le  récit  même 
de  la  Translatio  sancti  Maglovii.  Le  corps  de  saint  Guénaud 
y  est  en  effet  signalé  parmi  les  reliques  des  saints  bretons,  placées 
par  le  duc  Hugues  Capet  dans  l'église  de  Saint-Barthélémy  de 

1.  Miracles  de  saint  Magloire,  110,  n.  2. 

2.  Ibid.,  p.  109-110. 

3.  Cf.  doiu  Bouquet,  VIII,  219,  —  Le  R.  P.  de  Smedt  suppose  que  les  Saxons, 
dont  l'invasion  est  mentionnée  dans  la  Translatio  sancti  Guenaili,  pourraient 
être  ceux  qui,  vers  la  lia  de  l'année  959,  furent  battus  par  le  comte  de  Sens, 
Rainard  le  Vieux,  à  Villiers,  près  de  la  Vanne.  Us  formaient  des  troupes  auxi- 
liaires que  l'archevêque  de  Cologne,  Brunon,  avait  amenées  aux  sièges  de 
Troyes  et  de  Dijon  (cf.  Lot,  les  Derniers  Carolingiens,  p.  28-29).  Mais  le 
comte  de  Corbeil,  Haimon,  mort  au  plus  lard  en  960,  n'aurait  pas  en  le  temps, 
après  la  retraite  de  ces  Saxons,  de  construire  dans  son  chAteau  de  Corbeil  une 
magnifique  église,  d'y  placer  le  corps  de  saint  Guénaud  et  d'y  constituer  un 
chapitre  auquel,  d'après  l'auteur  de  la  Translatio  sancti  Guenaili,  il  fit  dans 
la  suite  de  grandes  donations. 

4.  Acta  SS.,  novembre,  I,  073. 


DE    SAINT-MAGLOIRE   DE   PARIS.  257 

Paris,  et  il  y  est  dit  aussi  que  ce  prince,  malgré  le  désir  qu'il  en 
avait,  ne  put  retenir  à  Paris  les  religieux,  possesseurs  de  ce  pré- 
cieux dépôt,  et  que  ceux-ci  s'en  allèrent  quelque  temps  après  à 
Corbeil'.  Si  l'on  suppose  que  les  reliques  de  saint  Guénaud  ont 
été  transférées,  avec  celles  de  saint  Magloire,  de  saint  Malo  et 
des  autres  saints  bretons,  directement  du  monastère  de  Léhon 
à  Paris,  il  est  certain  qu'il  y  a  incompatibilité  absolue  entre  les 
deux  récits  de  la  Translatio  sancti  Guenaili  et  de  la  Transla- 
tio  sancti  Maglorii.  Mais  ce  dernier  document  ne  dit  rien  de 
semblable.  Il  parle  simplement  de  la  présence  du  corps  de  saint 
Guénaud  à  Paris  sans  dire  comment  il  y  a  été  apporté.  Or,  j'ai 
montré  que  nous  ne  possédons  plus  aujourd'hui  que  des  fragments 
du  texte  de  la  Translatio  sancti  Maglorii.  Entre  l'époque  où 
l'évêque  d'Aleth,  Salvator,  et  les  religieux  de  Léhon  sortirent  de 
Bretagne  et  celle  où  ils  arrivèrent  à  Paris,  ils  parcoururent  de 
nombreuses  étapes,  et  leur  odyssée  est  inconnue.  Les  fragments 
qui  subsistent  de  la  Translatio  sancti  Maglorii  nous  apprennent 
que  Salvator,  lorsqu'il  parvint  à  Paris,  n'était  plus  accompagné 
que  de  quelques  fidèles'^.  Le  texte  primitif  de  ce  récit  était  plus 
explicite  et  mentionnait  au  nombre  de  ces  quelques  fidèles  deux 
abbés ^.  Quels  compagnons  Salvator  avait-il  perdus  en  route? 
D'autres  fugitifs  s'étaient-ils  joints  à  lui?  Voilà  des  questions 
auxquelles  il  est  impossible  de  répondre.  Mais,  pour  revenir  à 

1.  Auctarium  Maglorianum,  §§  m  et  iv. 

■2.  Paucis  fidelibus  suo  comitatui  junctis  {Auctarium  Maglorianum,  g  n). 

3.  J'ai  dit  qu'au  commencement  du  xii''  siècle  les  religieux  de  Saint-Magloire 
possédaient  en  entier  le  récit  de  la  Translatio  sa)icti  Maglorii.  A  cette  époque, 
un  moine  de  ce  couvent  forma  une  compilation  historique,  différente  de  celle 
dont  j'ai  déjà  parlé.  Cette  compilation  est  conservée  dans  le  manuscrit  latin  13701 
de  la  Bibliothèque  nationale  (sur  ce  manuscrit,  voir  Migne,  P.  L.,  t.  163, 
col.  860).  Le  moine  de  Saint-Magloire  composa  son  ouvrage  en  ajoutant  à  l'his- 
toire ecclésiastique  de  Hugues  de  Fleury  VHistoria  Francorum  Senonensis. 
11  interpola  à  l'année  980  dans  VHistoria  Francorum  Senonensis  le  passage 
suivant  relatif  à  la  translation  des  saints  bretons  de  Léhon  à  Paris  :  In  diebus 
illis  episcojms  Aletis  civitatis,  nomine  Salvator,  venions  Parisius  cum  duo- 
bus  abbatibus,  ferens  sibi  pretiosissimas  reliquias,  videlicet  almi  Maglorii, 
archipresulis,  medielatem  sancti  Sansonis,  archiepiscopi,  cum  toto  corpore 
Maclovii,  episcopi,  Senatoris,  episcopi,  Leucerni,  episcopi,  Winguantonis, 
abbatis,  cum  aliis  multis.  Receptique  sunt  a  supradicto  rege  cum  magno 
honore  in  basilica  beati  Bartholomei  apostoli.  Cette  mention  de  deux  abbés 
accompagnant  Salvator,  lors  de  son  entrée  à  Paris,  ne  se  trouve  pas  dans  les 
fragments  de  la  Translatio  sancti  Maglorii  que  j'ai  édités  plus  haut. 


258  LES  oRicmES  nu  monastère 

saint  Guénaud,  il  est  très  vraisemblable  que  les  chanoines  établis 
par  le  comte  Haimon  dans  l'église  de  Corbeil  se  réunirent  à  la 
petite  troupe  des  prêtres  bretons  fujant  devant  les  pirates  danois, 
et  qu'ayant  pris  le  corps  de  leur  saint  patron,  ils  entrèrent  avec 
Salvator  et  ses  compagnons  dans  la  ville  de  Paris  qui  leur  offrait 
un  asile  plus  sûr  que  le  château  de  Corbeil.  Ainsi  peuvent  se  con- 
cilier les  récits  de  la  Translatio  sancti  Guenaili  et  de  la  Trans- 
latio  sancti  Maglorii,  qui,  étant  tous  deux  œuvres  d'auteurs 
contemporains  des  événements,  ne  sauraient  être  en  contradic- 
tion absolue.  C'est  donc  postérieurement  à  la  fondation  par  le 
comte  Haimon  de  l'église  de  Saint- Guénaud  de  Corbeil  et  posté- 
rieurement à  la  rédaction  de  la  Translatio  sancti  Guenaili, 
c'est-à-dire  après  950,  que  les  reliques  de  saint  Guénaud  furent 
transférées  à  Paris,  placées  pendant  quelque  temps,  avec  les 
reliques  des  autres  saints  bretons,  par  le  duc  Hugues  Capet  dans 
l'église  de  Saint-Barthélémy,  puis  remportées  à  Corbeil*. 

M.  A.  de  la  Borderie a  adopté  les  conclusions  auxquelles  s'était 


l.  On  pourrait  m'objecter  que  l'auteur  de  la  Translatio  sancti  Maglorii, 
liarlant  de  saint  Guénaud,  s'ex|)rinic  ainsi  :  Quidam  eorum  qui  de  Britannia 
Parisius  advenerant,  suviptis  sanctorum  corporibus  que  illic  secum  detule- 
rant,  almi  videlicet  Sànsonis  et  beati  Leonorii  necnon  et  sancti  Wenali  alio- 
rumque  quorumdam  sanctorum,  quidam  eorum  patriam  repedare,  quidam 
ad  alia  Gallie  loca  migrare  disposuerunt  {Aucfarium  Maglorianum,  g  iv). 
Cette  phrase  semble  bien  impliquer  que  le  corps  de  saint  Guénaud  aurait  été 
apporté  directement  de  Bretagne  A  Paris  comme  ceux  de  saint  Samson  et  de 
saint  Lunaire.  Mais,  si  cela  était,  il  paraît  impossible  (jue  l'auteur  de  la  Trans- 
latio sancti  Guenaili,  parfaitement  renseigné  d'ailleurs,  n'ait  pas  dit  un  mot 
de  ce  séjour  du  corps  de  saint  Guénaud  ;\  Paris  en  compagnie  des  autres 
reliques  venues  de  Léhon.  Il  est  plus  probable  que  l'auteur  de  la  Translatio  sancti 
Maglorii  a  fait  ici  une  confusion,  de  même  qu'il  a  commis  une  erreur  en 
donnant  à  saint  Guénaud  le  simple  titre  de  sacerdos,  tandis  que  partout  ailleurs 
ce  saint  porte  le  titre  d'abbé,  qui  est  le  seul  qui  lui  convienne  (cf.  Acta  SS., 
novembre,  I,  672) .  On  comprend  que  le  moine  de  Saint-Magloire  qui  a  écrit  la 
Translatio  sancti  Maglorii  n'ait  été  qu'imparfaitement  informé  au  sujet  de 
saint  Guénaud,  puisque  les  chanoines  qui  apportèrent  le  corps  de  ce  saint  de 
Corbeil  à  Paris  n'entrèrent  pas  dans  la  communauté  des  religieux  magloriens, 
mais  retournèrent,  dès  qu'ils  le  purent,  à  Corbeil.  Il  est  d'ailleurs  un  fait  digne 
de  remarque,  c'est  que,  de  toutes  les  reliques  déposées  par  Hugues  Capet  dans 
l'église  de  Saint-Barthélémy,  celles  de  saint  Guénaud  sont  les  seules  dont  ce 
duc  n'ait  pu  garder  aucune  parcelle,  comme  en  témoigne  un  catalogue  des 
reliques  conservées  à  Saint-Magloire  au  xii"  siècle,  catalogue  que  M.  L.  Auvray 
a  rais  au  jour.  Cf.  Documents  parisiens  tirés  de  la  bibliothèque  du  Vatican. 
Paris,  1892,  in-8»,  p.  27-29. 


DE    SAFiNT-MAGLOIRE    DE    PARIS.  259 

arrêté  leR.  P.  de  Smedt  et  a  cherché  à  établir  que  l'invasion  des 
Normands  en  Bretagne,  à  la  suite  de  laquelle  les  religieux  de 
Léhon  s'enfuirent  à  Paris,  n'était  point  celle  qui  eut  lieu  au  cours 
de  la  guerre  entre  Thibaut  le  Tricheur  et  Richard  de  Normandie, 
mais  que  c'était  la  célèbre  invasion  de  919,  qui  causa  la  ruine  de 
toute  la  Bretagne  et  mit  cette  province  pendant  de  longues  années 
sous  la  domination  des  Normands ^  M.  de  la  Borderie  me  semble 
avoir  prouvé  que  cette  invasion  de  919  détermina  le  transfert  du 
corps  de  saint  Guénaud  du  diocèse  de  Vannes  à  la  villa  de  Cour- 
couronne;  mais  je  vais  essayer  de  montrer  que  ce  ne  put  être  à 
la  même  époque  que  l'évêque  Salvator  et  les  prêtres  réfugiés  à 
Léhon  transportèrent  à  Paris  les  reliques  de  saint  Magloire, 
de  saint  Malo  et  des  autres  saints  mentionnés  dans  le  récit 
maglorien . 

L'évêque  d'Aleth,  Salvator,  et  l'abbé  de  Léhon,  Junan,  sont 
signalés  parle  moine  deSaint-Magloire,  auteur  des  interpolations 
publiées  plus  haut,  comme  étant  morts  tous  deux  à  Paris  dans  le 
temps  où  le  célèbre  Gerbert  monta  sur  le  trône  pontifical,  c'est-à- 
dire  vers  999.  Ils  furent  enterrés,  d'après  le  même  auteur,  dans 
le  cimetière  que  les  Magloriens  possédaient  hors  des  murs  de 
Paris,  près  de  la  petite  église  de  Saint-Georges 2.  Et,  défait,  l'an- 
cien nécrologe  de  Saint-Magloire  portait  au  2  juin  l'obit  de  Sal- 
vator et  au  21  du  même  mois  celui  de  Junan^  Si  c'est  à  la  suite 
de  l'invasion  normande  de  919  que  Salvator  et  Junan  quittèrent 
la  Bretagne,  ils  seraient  donc  morts  tous  deux  âgés  de  plus  de 
cent  ans  :  ce  qui  est  invraisemblable.  —  D'autre  part,  les  rois 
Lothaire,  Louis  V  et  Robert  le  Pieux,  dans  les  diplômes  que  j'ai 
cités  plus  haut,  disent  en  termes  formels  que  Hugues  Capet  fonda 
le  monastère  de  Saint-Magloire  pour  y  recevoir  les  reliques  des 
saints  bretons,  ob  illoriwi  corpoym,  quœ  ut  peregrina  hospi- 
tabantur  per  aliorum  riira.  Ce  fut  donc  le  duc  Hugues  Capet 
qui  accueillit  à  Paris  les  moines  de  Léhon  à  la  suite  de  leurs 
diverses  pérégrinations  à  travers  la  France,  et,  comme  Hugues 
Capet  ne  devint  duc  de  France  qu'en  956,  il  s'ensuivrait  que  les 
religieux  auraient  erré  de  côté  et  d'autre  après  leur  sortie  de 

1.  Miracles  de  saint  Magloire,  p.  110-112. 

2.  Cf.  Auctarium  Maglorianum,  §  vi. 

3.  Bibliothèque  nationale,  collection  Duchesne,  t.  LV,  fol.  318  r.  —  IlII  nonas 
junti,  obiit  Salvator,  episcopus.  -  XI  kalendas  julii,  obiil  Junanus,  abbas. 


260  LES   ORIGINES    DU   MONASTERE 

Bretagne  depuis  919  jusqu'après  956,  pendant  quarante  ans  envi- 
ron. Ce  serait  là  un  voyage  d'une  durée  excessive.  Il  est  bien 
préférable  d'ajouter  foi  au  dire  de  l'auteur  de  la  Translatio 
sancti  Maglorii,  qui  rapporte  que  la  guerre,  cause  de  l'émigra- 
tion de  Salvator  et  de  ses  compagnons,  durait  depuis  trois  ans 
seulement 'lorsque  les  fugitifs  se  décidèrent  à  chercher  asile  dans 
les  murs  de  Paris,  et,  puisqu'ils  arrivèrent  en  cette  ville  au  temps 
du  duc  Hugues  Capet,  c'est-à-dire  après  956,  il  en  résulte  que 
l'invasion  normande,  qui  détermina  leur  départ  de  Léhon,  doit 
dater  de  la  seconde  moitié  du  n"  siècle. 

Le  problème  se  réduit  donc  à  chercher  si,  après  l'année  950, 
les  Normands  portèrent  la  guerre  en  Bretagne  et  à  quelle  date 
eurent  lieu  leurs  incursions  en  cette  province. 

Le  chroniqueur  qui  nous  a  laissé  les  renseignements  les  plus 
circonstanciés  et  les  plus  originaux  sur  les  faits  et  gestes  des  Nor- 
mands pendant  la  seconde  moitié  du  x"  siècle  est  Dudon  de  Saint- 
Quentin.  Mais  on  chercherait  en  vain  dans  l'œuvre  de  cet  auteur 
la  moindre  mention  d'une  guerre  entre  les  Normands  et  les  Bre- 
tons durant  cette  période.  Le  silence  de  Dudon  est  d'ailleurs 
volontaire.  Cet  historien,  en  effet,  écrivait  son  De  moribus  et 
actis  primorum  Normanniœ  ducum,  à  la  prière  du  duc  de 
Normandie,  Richard  II,  son  bienfaiteur,  et,  dans  son  récit,  il  a 
dénaturé  ou  omis  à  dessein  tout  ce  qui  touchait  aux  rapports 
politiques  des  princes  normands  avec  les  Bretons.  On  sait  que  les 
ducs  de  Normandie  prétendaient  avoir  un  droit  de  suzeraineté 
sur  toute  la  Bretagne,  droit  qui  aurait  été  concédé  à  Rollon  par 
le  roi  Charles  le  Simple,  et  l'historien  Dudon  s'est  soigneusement 
gardé  de  parler  d'événements  qui  auraient  prouvé  que  les  Bre- 
tons, dans  la  seconde  moitié  du  x'  siècle,  ne  tenaient  aucun 
compte  des  prétentions  dominatrices  des  Normands  à  leur  égard. 
Les  sources  d'origine  bretonne  ou  française  peuvent  suppléer 
en  partie  au  silence  du  chroniqueur  normand.  Ce  que  l'on  sait  de 
l'histoire  de  Bretagne  au  x*'  siècle  est  presque  entièrement  fourni 
par  le  récit  de  la  Chronique  de  Nantes,  dont  la  rédaction  date 
de  l'année  1060  environ-.  Cette  chronique  contient  un  grand 

1.  Auclarium  Maglohanum,  g  ii. 

2.  Cette  chronique  n'a  encore  été  publiée  qu'une  seule  fois  et  d'une  façon 
incomplète  par  dom  Lobineau  dans  son  Ilisloire  de  Bielagne  (t.  II,  p.  36  et  suiv.). 
L'édition  de  Lobineau  a  été  reproduite  par  dom  Morice  dans  le  tome  l"''  des 
Preuves  de  l'histoire  de  Bretagne  et  par  dom  Bouquet  dans  les  tomes  VII 


DE   SAIPJT-MAGLOIRE   DE   PARIS.  26^ 

nombre  de  renseignements  dignes  de  foi  qui  n'existent  nulle  part 
ailleurs.  C'est  elle  qui  nous  apprend  en  particulier  comment  les 
Normands  furent  chassés  de  Bretagne  par  le  duc  Alain  Barbe- 
torte  et  comment  ce  prince,  tant  qu'il  vécut,  sut  tenir  en  respect 
ces  dangereux  voisins.  C'est  elle  aussi  qui  nous  donne  des  détails 
circonstanciés  sur  les  événements  qui  précédèrent  et  suivirent  la 
mort  de  ce  libérateur  de  la  Bretagne. 

Le  duc  Alain  Barbetorte  avait  épousé  la  sœur  du  comte  de 
Chartres,  Thibaut  le  Tricheur.  De  ce  mariage  était  né  un  fils, 
Drogon,  qui  était  encore  en  bas  âge  lorsque  Alain  mourut,  en 
952.  Thibaut  le  Tricheur  fut  chargé  officiellement  par  Alain  lui- 
même  de  la  tutelle  du  jeune  Drogon *.  Mais  le  comte  de  Chartres, 
auquel  incombait  déjà  la  charge  de  beaucoup  de  fiefs  importants 
situés  en  des  pays  très  divers,  ne  crut  pouvoir  y  ajouter  l'admi- 
nistration d'une  province  aussi  étendue  que  la  Bretagne.  Après  le 
décès  du  duc  Alain,  il  s'entendit  avec  le  comte  d'Anjou,  Foulques 
le  Bon,  pour  partager  avec  lui  cette  lourde  responsabilité.  Il  donna 
en  mariage  à  Foulques  sa  sœur,  la  veuve  d'Alain  Barbetorte,  lui 
confia  la  garde  de  son  neveu  Drogon  et  ne  retint  en  son  pouvoir 
que  la  moitié  de  la  Bretagne,  comprenant,  entre  autres  circons- 
criptions, le  comté  de  Rennes  et  l'évêché  de  Dol.  La  ville  de 
Nantes  et  le  reste  de  la  province  furent  abandonnés  à  Foulques 
d'Anjou-.  Cet  état  de  choses  dura  quelque  temps^.  Mais  Drogon, 

et  VIII  du  Recueil  des  historiens  des  Gaules  et  de  la  France.  —  Je  prépare 
moi-même  depuis  quelque  temps  déjà  une  nouvelle  édition  de  cette  chronique, 
et  j'espère  qu'elle  paraîtra  prochainement. 

1.  [Alanus]  prelatis  et  procerlbus  in  ejus  presentia  congregatis  jussit  ut  filio 
suo  parvulo,  nomine  Drogoni,  ex  muliere  sua  ultima,  tune  viventi,  progenito, 
suoqve  sororio  Theobaldo,  filii  sui  predicd  avunculo,  cui  omnia  sua  bona  et 
filiuyn  suum  commiftebat,  jldem  facerent  et  juramenta,  ne  unquam  ei  injure 
Britannie  nec  de  omni  honore  ejus  infidèles  fuissent  [Chronique  de  Nantes, 
cf.  dom  Bouquet,  VIII,  277). 

2.  Cf.  Chronique  de  Nantes,  dom  Bouquet,  VIII,  277. 

3.  Au  sujet  de  la  suzeraineté  simultanée  de  Thibaut  le  Tricheur  et  de  Foulques 
le  Bon  sur  la  Bretagne,  voir  une  curieuse  charte  d'Alain  Barbetorte  en  faveur 
du  monastère  de  Landévennec.  Cette  charte,  après  la  mort  du  duc  Alain,  fut 
ainsi  confirmée  par  Thibaut  et  par  Foulques  :  Post  obitum  Alani,  ego  Tetbal- 
dus,  nutu  Dei  cornes,  hoc  idem  affirmo.  —  Ego  Fulcun,  gratia  Dei  cornes, 
ita  ctiam  hoc  affirmo,  in  tantum  ut  michi  perlinet  [Cartulaire  de  Landéven- 
nec, publié  dans  le  tome  V  des  Mélanges  historiques,  collection  du  ministère 
de  l'Instruction  publique,  p.  564).  —  L'influence  de  Thibaut  le  Tricheur  sur  la 
partie  septentrionale  de  la  Bretagne  explique  la  présence  à  Chartres  à  cette 


262  LES   ORIGI\ES    on   MONASTÈRE 

l'héritier  du  duché  de  Bretagne,  étant  venu  à  mourir  à  la  cour  de 
Foulques  le  Bon,  de  nouvelles  difficultés  s'élevèrent  au  sujet  du 
gouvernement  du  paj^s  breton.  Drogon  était  le  seul  fils  légitime 
d'Alain  Barbetorte,  qui  avait  eu  deux  autres  fils  bâtards,  Hoël  et 
Guèrech  ;  mais  ceux-ci,  en  droit,  ne  pouvaient  succéder  à  leur 
frère.  D'autre  part,  Thibaut  le  Tricheur  et  Foulques  d'Anjou,  qui 
tiraient  de  leur  gestion  en  Bretagne  de  grands  revenus',  ne  vou- 
lurent point  se  dessaisir  d'une  proie  que  le  hasard  leur  avait 
livrée.  C'est  alors  que  le  duc  des  Normands,  Richard  I",  songea 
à  faire  valoir  par  la  force  armée  ses  prétentions  à  la  suzeraineté 
de  la  Bretagne,  dont  l'abandon  avait  été  fait,  disait-il,  à  son 
grand-père  Rollon  par  le  roi  Charles  le  Simple^.  Il  résulta  de  ces 
diverses  compétitions  une  lutte  sanglante.  Dès  la  fin  de  l'année 
958,  avant  que  la  guerre  fut  déclarée,  une  importante  assem- 
blée de  Bretons  et  de  Français  s'était  tenue  à  Verron,  sur  les 
confins  de  l'Anjou  et  de  la  Touraine.  A  cette  assemblée,  outre 
Thibaut  le  Tricheur  et  Foulques  le  Bon,  assistaient  les  principaux 
chefs  des  Bretons,  les  comtes  Nominoé,  Hoiellagun,  Daniel,  David, 
le  vicomte  Gestin,  l'évèque  de  Nantes,  Hesdren,  l'évêque  Salomon 
et  une  foule  d'autres  nobles  de  la  nation  bretonne 3.  Cette  impor- 

époque  de  Nordoard,  évêque  de  Rennes,  el  de  Mabbon,  évoque  de  Saint-Pol- 
de-Léon,  qui,  vers  954,  souscrivirent  avec  Thibaut  le  Tricheur  la  charte  de 
restauration  de  l'abbaye  de  Saint-Père  de  Chartres  [Cartulaire  de  Saint-Père, 
I,  54). 

1.  De  explelis,  que  [Theobaldus  de  Briiannià]  habuit,  Carnoti  turrem  et 
Blesii  el  Cainonis  perfecif.  —  Fulco  cornes...  miltens...  serios  suos  ad  res 
NamneUce  civilafis  sibi  datas  recipiendas...,  quadam  die,  dutn  in  aula  sua 
Andegavis  jocaretiir  ad  tabulas,  très  sacculos  denariis  plenos  et  quatuor  ïam- 
bes, magnis  piscibus  plenos,  sibi  attuleruni,...  et  dixit  cunclis  ibi  asiantibus, 
quod  nullus  vir  in  toto  Francorum  regno  tam  dfves  et  potens  erat,  sicut  ille 
qui  urbem  .Yamnelicam  possidere  valebat  {Chronique  de  i\antes,  ibid.). 

•2.  Rex  Kai'olus...  liolloni,  luo  patri,  Brilones  ad  serviendum  terramque 
ipsorum  ad  vivendum  subjugavit  (Dudon  de  Saint-Quentin,  édil.  Lair,  Mémoires 
de  la  Société'  des  antiquaires  de  Normandie,  t.  XXIII,  p.  184).  Dudon  ])lace 
ces  mots  dans  la  bouche  des  conseillers  du  duc  de  Normandie  Guillaume,  père 
de  Richard  l". 

3.  Dans  cette  assemblée,  les  moines  de  Saint-Florenl  de  Saumur  sollicitèrent 
de  Thibaut  le  Tricheur  et  de  Foulques  le  Bon  la  concession  d'un  droit  relatif 
au  transport  de  leurs  marchandises  sur  la  Loire.  C'est  la  charte- notice  rédigée 
à  cette  occasion  par  les  moines  de  Saint-Florent  qui  nous  fait  connaître  la 
tenue  de  ce  plaid  :  Anno  ab  incarnatione  Domini  DCCCCLVIIJ,  indictione  P, 
contigit  ut  placitus  fieret  in  con/inio  Andegavorum  Turonumque,  in  Verrone 
videlicet,  in  quo  conventus  factus  est  tam  nobilium  Francorum  quam  et  Sri- 


DE   SAINT-MAGLOIRE   DE   PARIS.  263 

tante  réunion  prouve  que  les  Bretons  acceptaient  alors  sans  con- 
teste la  suprématie  de  Thibaut  de  Chartres  et  de  Foulques  d'An- 
gers et  qu'il  existait  entre  tous  ces  seigneurs,  dont  les  intérêts 
différaient  sous  bien  des  rapports,  un  lien  commun,  qui  s'était 
formé  par  la  nécessité  d'empêcher  les  Normands  de  s'emparer 
encore  une  fois  de  la  Bretagne. 

La  lutte  éclata  en  960.  Suivant  Dudon  de  Saint-Quentin,  ce 
serait  Thibaut  le  Tricheur  lui-même  qui  aurait  ouvert  les  hostili- 
tés en  se  jetant  avec  quelques  troupes  sur  la  Normandie,  très  peu 
de  temps  après  la  célébration  du  mariage  du  duc  Richard  P""  avec 
Emma,  sœur  de  Hugues  CapetS  cérémonie  qui  eut  lieu  dans  le 
courant  de  l'année  960  2.  Il  est  permis  de  suspecter  ici  le  témoi- 
gnage de  Dudon,  dont  le  but  évident  est  de  mettre  tous  les  torts 
du  côté  de  Thibaut  le  Tricheur.  Il  est  plus  probable  que  Richard 
de  Normandie  se  préparait  depuis  quelque  temps  déjà  à  envahir 
la  Bretagne  et  que  ce  fut  pour  faire  diversion  que  Thibaut  rava- 
gea les  terres  de  son  ennemi.  On  sait  en  effet  positivement  qu'une 
importante  flotte  de  Normands  dévasta  à  cette  époque  toutes  les 
côtes  de  Bretagne,  Dudon,  fidèle  à  son  parti  pris  de  passer  sous 
silence  les  entreprises  des  ducs  de  Normandie  contre  une  province 
soi-disant  soumise,  n'a  pas  dit  mot  de  cette  expédition.  Aussi  me 
semble-t-il  important  de  mettre  en  lumière  tout  ce  que  les  autres 
sources  historiques  apprennent  sur  cette  invasion  des  Normands 
en  Bretagne, 

Voici  ce  que  rapporte  à  ce  sujet  la  Chronique  de  Nantes  : 
«  Dans  les  premières  années  du  règne  de  Lothaire,  fils  de  Louis 
d'Outre-Mer,  alors  que  les  Bretons  avaient  perdu  leur  duc  légi- 
time, les  Normands  portèrent  avec  acharnement  leurs  ravages 

tonum...  In  quo  etiam  consensu  f adores  extUerunt  clarissimi  Britonum 
antislites,  videlicet  Namnetensium,  Hedren  nomine,  itemque  venerabilis  vice- 
comes  Gestinus,  cum  aliis  innumeris  ejusdem  genfis  nobilibus.  —  S.  Theo- 
baldi,  comitis;  S.  Fulconis,  comitis,  qui  hanc  conscriptionem  fieri  rogaverunt; 
S.  Hesdreni,  episcopi;  S.  Salomonis,  episcopi;  S.  Gestini,  vicecomitis ; 
S.  Nemenoei,  comilis ;  S.  Hoiellaguni,  comitis;  S.  Daniel,  S.  David  et  alio- 
rum.  —  Datum  mense  septembris,  anno  IV  Lotharii  régis  (Baluze,  Histoire 
généalogique  de  la  maison  d'Auvergne,  II,  23). 

1.  Quum  autem  [Ricardus]  tante  nobilitatis  conjugis  decenti  gratularetur 
consortio,...  quidam  satrapa,  nomine  Tetboldus,  dives  opum,  militumque 
sufficientissimus...  cepit  insidiari  et  multis  subsannationibus  rixari  contra 
eum  et  oppiignare  incassum  terram  ejus  (Dudon,  édit.  Lair,  p.  265), 

2,  Cf.  Flodoard,  Annales  ad  ann.  960,  dom  Bouquet,  VIII,  211-212. 


264  LES   ORIGINES   DU   MONASTERE 

dans  les  régions  occidentales  de  la  Gaule,  particulièrement  le  long 
des  côtes;  puis,  remontant  le  cours  de  la  Loire  avec  une  grande 
flotte,  ils  entrèrent  à  l'improviste  dans  la  ville  de  Nantes,  s'em- 
parèrent de  rèvêque  Gautier  et  de  plusieurs  autres  habitants, 
qu'ils  emmenèrent  captifs  jusqu'à  Guérande,  et  ne  les  remirent  en 
liberté  qu'après  avoir  reçu  comme  rançon  une  forte  somme  d'ar- 
gent'. »  —  Un  autre  passage  delà  même  chronique  laisse  entendre 
que  ce  serait  en  fuyant  devant  les  Nantais,  qui  avaient  opéré  une 
sortie,  que  les  Normands  auraient  reculé  jusqu'à  Guérande.  Les 
Nantais,  en  effet,  surpris  par  la  brusque  attaque  de  leurs  ennemis, 
s'étaient  retirés  à  la  hâte  dans  l'enceinte  fortifiée  que  le  duc  Alain 
Barbetorte  avait  élevée  autour  de  la  cathédrale,  et  ils  résistèrent 
pendant  huit  jours  aux  assauts  des  assiégeants.  Mais,  voyant  que 
les  secours  qu'ils  avaient  demandés  au  comte  Foulques  d'Angers 
n'arrivaient  pas,  ils  firent  une  vigoureuse  sortie  et  forcèrent  leurs 
adversaires  à  s'enfuir "~.  —  Peu  de  temps  après,  les  Normands 
revinrent  à  Nantes  et  dévastèrent  la  ville  ainsi  que  les  environs^. 
Au  cours  de  cette  seconde  irruption,  une  troupe  de  pillards  péné- 
trèrent dans  l'église  de  Saint-Donatien  et  Saint-Rogatien,  et,  tan- 
dis qu'ils  se  préparaient  à  dépouiller  le  sanctuaire  de  toutes  ses 
richesses,  ils  furent  tout  d'un  coup  miraculeusement  frappés  de 
cécité.  Sicque...  hene  castigati...  ad  2r''opna  reversi  divul- 
gaverunt  hoc  factum  per  onineyn  regionem  Normannorum* . 
Il  est  possible  que  l'auteur  de  la  Chronique  de  Nantes  ait 
donné  dans  son  récit  le  beau  rôle  à  ses  concitoyens,  car  les  Nan- 
tais furent  sans  doute  plus  malmenés  par  les  Normands  qu'il  ne 

1.  Quuyit  Normanni,  primo  tempore  Lolharii  régis,  filii  Ludovici  transma- 
rini,  patrias  et  regiones  occideniales  Gallie  prope  inaritima  consislentes, 
moriuo  pro  tune  duce  Britonum,  depredationibus  assiduis  devastarent,  ipsi 
equidem,  per  alveum  Ligeris  cum  magna  classe  navigii  advecti,  urbem 
Namneticam  ex  improvisa  ingrediiintur...  Walterius  vero  episcopus,  ductus  ab 
istis  diabolicis  viris  usque  Guerendiam  capfivus,  data  pro  se  et  pro  aliis  capli- 
vis  magna  pecunia,  ad  suam  sedem  liber  rediit.  —  Ce  passage  de  la  Chro- 
nique de  yayites  est  inédit;  il  se  lit  dans  le  manuscrit  latin  9888,  fol.  65  r°, 
col.  2,  de  la  Bibliothèque  nationale.  Une  annotation  marginale  est  ainsi  con- 
çue :  Cronice  civitatis  Namnetensis. 

2.  Cf.  Chronique  de  Nantes,  dom  Bouquet,  VIII,  277. 

3.  Nec  multo  post  tempore  iterum  ipsi  Normanni,  ad  prediclam  urbem 
redientes,  omnia  intus  et  forts  depredantes  vastaverunt  [Chronique  de  Nantes, 
ms.  latin  9888  de  la  Bibliothèque  nationale,  fol.  65).  —  Le  récit  de  cette  seconde 
prise  de  Nantes  par  les  Normands  est  inédit. 

4.  Chronique  de  Nantes,  ibid. 


DE   SAINT-MAGLOIRE   DE   PARIS.  265 

le  laisse  entendre.  Quoi  qu'il  en  soit,  il  est  certain  que  le  siège  et 
la  prise  de  Nantes  fut  un  épisode  important  dans  cette  lutte  entre 
la  Bretagne  et  la  Normandie.  C'est  alors  sans  doute  que  l'èvêque 
de  Saint-Pol-de-Léon,  Mabbon,  abandonna  son  évêché,  empor- 
tant avec  lui  les  reliques  de  saint  Pol,  et  se  réfugia  au  monastère 
de  Saint-Benoit-sur-Loire  1.  C'est  alors  aussi  que,  suivant  le  récit 
de  la  Translatio  sancli  Maglorii,  l'èvêque  d'Aleth,  Salvator, 
quitta  brusquement  sa  cité  et  qu'une  foule  de  prêtres  bretons, 
effrayés  par  le  bruit  de  ce  désastre,  hujus  cladis  fragore  per- 
territi,  se  sauvèrent  en  toute  hâte  au  monastère  de  Léhon,  char- 
gés de  leurs  plus  précieuses  reliques.  Ces  événements  datent  de 
l'année  960^. 

Après  avoir  saccagé  le  pays  de  Nantes,  les  Normands  conti- 
nuèrent vraisemblablement  à  exercer  leurs  ravages  par  toute  la 
Bretagne,  dont  les  habitants,  privés  de  chef  national,  n'étaient 
guère  en  état  de  leur  résister.  On  a  vu  précédemment  que  le  comte 
Foulques  d'Anjou  n'avait  point  répondu  à  l'appel  des  Nantais  et 
les  laissa  se  tirer  d'embarras  comme  ils  purent.  D'autre  part, 
Thibaut  le  Tricheur,  dont  les  États  étaient  limitrophes  de  la  Nor- 
mandie, avait  fort  à  faire  pour  protéger  ses  propres  frontières^ 

1.  Mabbon  arriva  au  monastère  de  Saint-Benoîl-sur-Loire  au  temps  où  Vul- 
fald  en  était  abbé.  On  sait  que  Vulfald  devint  évéque  de  Chartres  vers  le  mois 
de  septembre  962.  —  Sur  la  fuite  de  Mabbon  et  le  transfert  des  reliques  de 
saint  Pol,  voir  Aimoin  de  Fleury  [Miracula  sancti  Benedicii,  édit.  de  la  Société 
de  l'histoire  de  France,  p.  155)  et  Hugues  de  Fleury  (Migne,  P.  L  ,  t.  163, 
col.  889). 

2.  Comme  je  l'ai  déjà  dit,  Dudon  rapporte  que  la  lutte  s'engagea  dans  le 
temps  qui  suivit  immédiatement  l'époque  du  mariage  du  duc  Richard  de  Nor- 
mandie avec  Emma,  sœur  de  Hugues  Capet.  Or,  ce  mariage  fut  célébré  en  960. 
D'autre  part,  l'auteur  contemporain  de  la  Translatio  sancti  Maglorii  rapporte 
que  la  guerre  durait  depuis  trois  ans,  lorsque  les  ravages  des  pirates  danois 
appelés  en  Gaule  par  Richard  forcèrent  les  moines  de  Léhon  à  se  réfugier 
dans  Paris.  C'est  à  la  (in  de  l'année  962  que  les  pirates  danois  débarquèrent  à 
Jeufosse  (cf.  Lot,  les  Derniers  Carolingiens,  p.  357)  ;  à  cause  de  l'hiver,  il  est 
probable  qu'ils  n'entrèrent  pas  en  campagne  avant  le  printemps  de  l'année  963. 
Ce  serait  alors  seulement  que  les  Bretons  seraient  accourus  à  Paris,  et  cela 
rejette  le  début  de  la  guerre  entre  la  Normandie  et  la  Bretagne  aux  premiers 
mois  de  l'année  960.  Ainsi  est  confirmé  le  témoignage  de  Dudon.  La  dévasta- 
tion des  côtes  bretonnes  par  la  flotte  normande,  la  prise  de  la  ville  de  Nantes 
et  la  fuite  des  prêtres  bretons  au  monastère  de  Léhon,  Ions  événements  qui  se 
rapportent  au  début  de  la  guerre,  ont  donc  eu  lieu  dans  le  courant  de  cette 
année  9G0. 

3.  Une  phrase  de  la  Tianslalio  sancti  Maglorii  montre  que  les  Bretons  ne 


266  LES   ORIGINES    DO   MONASTÈRE 

Toutefois,  ce  comte  semble  avoir  cherché  à  porter  secours  aux 
Bretons.  Au  mois  de  septembre  960,  il  tenait  à  Rivarennes,  non 
loin  deChinon,  enTouraine,  un  grand  plaid,  auquel  assistait  l'un 
de  ses  fils,  nommé  Thibaut,  qui  mourut  deux  ans  plus  tard,  au 
cours  de  cette  guerre  contre  les  Normands.  Hugues,  comte  du 
Maine,  assistait  aussi  à  cette  assemblée,  dont  le  lieu  et  la  date 
témoignent,  je  crois,  d'un  effort  tenté  pour  entraver  les  progrès 
des  Normands  en  Bretagne'.  Malheureusement,  le  comte  d'Anjou 
Foulques  le  Bon  vint  à  mourir  deux  mois  plus  tard,  le  1 1  novembre 
960  ',  et  cette  mort  priva  Thibaut  le  Tricheur  de  son  plus  puissant 
auxiliaire. 

Thibaut  chercha  alors  un  appui  d'un  autre  côté.  Il  eut  recours 
au  roi  Lothaire,  qu'il  alla  trouver  à  Laon,  et  lui  remontra  com- 
bien il  serait  dangereux  pour  tous  les  Français  de  laisser  le  duc 
de  Normandie  joindre  à  ses  immenses  domaines  la  province  de 
Bretagne  et  devenir  ainsi  le  plus  puissant  seigneur  de  Gaule ■^.  11 
fit  intervenir  en  sa  faveur  la  reine  Gerberge  et  l'archevêque  de 
Cologne,  Brunon.  11  sut  former  une  coalition  à  laquelle  prirent 

comptaient  guère  sur  le  secours  des  Fiançais  :  [yonnannorum]  bestialem  ani- 
mositutem...  cum  inter  altos  se  nullo  juvaviine  perferre  di/Jîderet  {Auctarium 
Maglorianum,  g  i). 

1.  Ce  plaid  tenu  à  Rivarennes  est  mentionné  dans  une  charte  de  Saint-Flo- 
rent de  Saumur,  dont  on  ne  possède  plus  que  quelques  extraits  (Bibl.  nat., 
collection  dom  Ilousseau,  t.  I,  n°  184).  —  Dom  Ilousseau  dit  qu'il  a  trouvé 
cette  ciiarte  dans  une  liasse  d'anciens  titres  de  Saint-Florent  de  Saumur. 

2.  La  date  de  la  mort  de  Foulques  le  Bon  résulte  de  ce  fait  que  ce  comte 
était  encore  vivant  vers  le  milieu  de  l'année  9G0,  lors  de  la  prise  de  Nantes 
par  les  Normands  (cf.  Chronique  de  Nantes,  dom  Bouquet,  Vlil,  277),  et  qu'il 
était  mort  vers  le  mois  de  mai  961,  époque  où  son  (ils  Geoffroi  lui  avait  déjà 
succédé  comme  comte  d'Anjou  et  combattait  aux  côtés  de  Thibaut  le  Tricheur 
sur  les  bords  de  la  Dieppe  contre  Richard  de  Normandie  (cf.  Dudon,  édit.  Lair, 
p.  271,  et  Lot,  les  Derniers  Carolingiens,  p.  349).  La  date  du  jour  de  décès  de 
Foulques  le  Bon  est  fournie  par  la  Chronique  de  Tours  (dom  Bouquet,  IX,  53). 

3.  Dudon  de  Saint-Quentin  parle  de  cette  démarche  de  Thibaut  auprès  du  roi 
Lothaire  :  Deccrnens  [Tetboldus]  se  nihil  conira  [Ricardum]  proficere,  pro- 
fectus  est  ad  Gerbergam  reginam  filiumque  cjus,  Francorum  regem,  Lotha- 
rium,  commorantes  Lauduno  monte.  Qui  multis  prosecutionibus  cepit  eos 
urgere  ut  decipiendo  deponerent  [Ricardum]  tanto  honore.  Venenoque  livoris 
infeclus,  dicebat  régi  et  tnatri  ejus  :  a  Mirum  mihi  et  omnibus  cur  tante  arro- 
ganlie  cornes  Ricardus,  Northmannorum  Britonumque  tenens  regnum  quie- 
tus,  super  Francos  presumptuosa  temeritate  elatus,  principatur  contumax 
pre  omnibus  »  (édit.  Lair,  p.  265).  —  Dudon  insinue  ici  que  Richard  était 
alors  en  paisible  possession  de  la  Bretagne,  mais  c'est  à  dessein,  je  crois,  qu'il 
déguise  ainsi  la  vérité. 


DE   SAINT-MAGLOIRE    DE    PARIS.  267 

part  le  roi,  Geoffroi  d'Anjou,  fils  et  successeur  de  Foulques  le  Bon, 
et  Baudouin,  comte  de  Flandre,  implacable  ennemi  des  Nor- 
mands*. La  lutte  entre  Thibaut  et  Richard  entra  dans  une  nou- 
velle phase.  Le  théâtre  n'en  fut  plus  la  Bretagne,  mais  le  bassin 
de  la  Seine.  Peu  de  temps  après  Pâques  (7  avril)  961,  Richard 
essuya  une  défaite  complète,  près  de  la  rivière  de  la  Dieppe.  Les 
coalisés  le  forcèrent  à  fuir  jusqu'à  Rouen 2.  C'est  alors  que  le  duc 
de  Normandie  appela  à  son  secours  des  pays  Scandinaves  des 
bandes  de  pirates  danois.  Ceux-ci  n'arrivèrent  en  France  qu'un 
an  plus  tard;  ils  débarquèrent  à  Jeufosse,  sur  les  bords  de  la 
Seine,  dans  les  derniers  mois  de  l'année  962.  Mais  je  n'insisterai 
pas  davantage  sur  les  diverses  péripéties  de  cette  longue  guerre, 
dont  le  récit  a  été  fait  avec  talent  et  critique  par  M.  Lot  dans  son 
travail  sur  les  Derniers  Carolingiens'^.  J'ajouterai  seulement 
que  les  pirates  débarqués  à  Jeufosse  se  mirent,  dès  le  début  de 
l'année  963,  à  exercer  leurs  brigandages  sur  les  terres  de  Thibaut 
le  Tricheur  et  du  roi  Lothaire.  Ils  pillèrent  et  incendièrent  tous 
les  pays  avoisinant  la  Normandie  et  portèrent  leurs  ravages  jus- 
qu'en Bretagne^  C'est  à  la  nouvelle  de  ces  désastres  que  l'évêque 
Salvator  et  les  religieux  de  Léhon  cherchèrent  un  refuge  dans  les 
murs  de  Paris^.  La  raison  qui  les  détermina  à  choisir  comme  asile 
le  chef-lieu  des  domaines  du  duc  Hugues  Capet  est  que  ce  prince, 
beau-frère  de  Richard  de  Normandie,  observa  une  neutralité 


1.  Rex,  coadunatis  [Ricardi\  inimicis  in  dolo,  Carnotensi  sciiicet  Telboldo, 
Andegavensi  Goizfiido,  atque  Flandrensi  comité,  Balduino  (Dudon,  édit.  Lair, 
p.  271). 

2.  Cf.  Dudon,  édit.  Lair,  p.  267-272;  Flodoard,  Annales  ad  annum  961,  et 
Lot,  les  Derniers  Carolingiens,  p.  349. 

3.  Les  Derniers  Carolingiens,  appendice  VIII,  p.  346-357. 

4.  La  preuve  que  les  Danois  à  cette  époque  portèrent  leurs  ravages  jusqu'en 
Bretagne  est  que  l'évoque  Ilesdren,  qui  était  alors,  je  crois,  à  Saint-Pol-de- 
Léon,  prit  la  fuite  devant  eux  et,  emportant  le  corps  de  saint  Maur,  se  sauva 
à  Saint-Benoît -sur-Loire,  où  il  arriva  au  temps  de  l'abbé  Richard,  qui  succéda 
à  Vulfald  dans  les  derniers  mois  de  l'année  962.  —  Sur  la  fuite  d'Hesdren 
devant  les  Danois,  voir  les  Bollandistes,  Catalogus  hagiographicus  Parisiensis, 
t.  III,  p.  148-149;  Raoul  Tortaire,  dans  la  Floriacensis  vêtus  bibliotheca  de 
Dubois  (Lyon,  1605,  p.  353-354),  et  Hugues  de  Fleury,  dans  Migne,  P.  L., 
t.  163,  col.  889. 

5.  Verum,  diim  per  triennium  hec  acerrima  perduraret  guerra,  a  pagano- 
rum  infestatione  cum  Gallia  diversis  concuteretur  incommodis,...  Satvator 
episcopns,...  paucis  fidelibus  suo  comitatui  jutictis...  Parisius...  adierunt 
{Auctarium  Maglorianum,  §  n). 


268  LES   ORIGr\ES    DD   MONASTERE 

complète  pendant  toute  la  lutte  et  que  ses  Etats  n'eurent  guère  à 
souffrir  des  déprédations  des  Danois*.  C'est  dans  le  même  temps 
que  les  chanoines  de  Saint-Guénaud  s'enfuirent  de  Corbeil  à 
Paris. 

Le  traité  de  paix  entre  le  roi  Lothaire,  Thibaut  le  Tricheur  et 
Richard  de  Normandie  ne  fut  définitivement  conclu  qu'au  mois  de 
juin  966^  Quelques-uns  des  émigrés  bretons  réfugiés  à  Paris 
pensèrent  alors  à  rentrer  en  Bretagne.  Cette  province,  en  effet, 
aux  termes  du  traité,  n'avait  point  été  cédée  au  duc  Richard,  et 
elle  n'avait  plus  à  craindre  les  attaques  des  Normands,  dont  les 
forces  étaient  affaiblies  par  une  guerre  qui  avait  duré  six  ans^. 
Les  chanoines  de  Saint-Guénaud  retournèrent  à  Corbeil;  les 
prêtres,  détenteurs  du  corps  de  saint  Lunaire,  s'en  allèrent  à 
Beaumont-sur-Oise,  et  les  clercs  de  Dol,  prenant  le  chemin  de 
Bretagne,  avec  les  reliques  de  saint  Samson,  s'arrêtèrent  quelque 
temps  à  Orléans^,  où  ils  possédaient  une  église  qui  leur  avait 
autrefois  servi  de  refuge"'. 

De  son  côté,  le  duc  Hugues  Capet,  quand  le  calme  fut  rétabli 
en  Gaule,  songea  à  employer  les  moyens  convenables  pour  rete- 
nir à  Paris  la  plupart  des  prêtres  bretons  et  des  saintes  reliques 
qu'il  avait  recueillies  dans  l'église  de  Saint-Barthélémy.  Il  com- 
mença par  agrandir  et  embellir  cette  basilique.  Puis,  quand  les 
restaurations  furent  achevées,  il  fit  faire  une  nouvelle  dédicace  du 
monument  en  l'honneur  de  saint  Magloire.  Il  institua  alors  un 
monastère  auprès  de  l'église  et  obtint  de  l'autorité  royale  et  reli- 
gieuse que  les  moines  seraient  toujours  gouvernés  par  un  abbé 

1.  Cf.  Lot,  les  Derniers  Carolingiens,  p.  357. 

2.  Ce  traité  fut  conclu  à  Gisors  (Loi,  ibid.,  p.  356). 

3.  Après  la  mort  de  Foulques  le  Bon  et  à  la  faveur  des  troubles  occasionnés 
par  la  guerre  contre  les  Normands,  les  Nantais  secouèrent  le  joug  des  comtes 
d'Anjou  et  prirent  pour  chef  Iloël,  l'un  des  bâtards  dAlain  Barbetorte.  Le 
reste  de  la  Bretagne  continua  à  tHre  administré  par  Conan,  comte  de  Rennes, 
sous  la  suzeraineté  de  Thibaut  le  Tricheur  :  Iloel  omncm  principatum  et 
potestatem  accipiens,...  multa  bella  habuit  cum  Conano,  filio  Judicaelis 
Berengarii,  Redonensi  comité,  qui  tune  temporis  majorcm  partent  Brilannie 
tenebai  de  Theoboldo,  comité  Blesensi,  quam  partem  ipse  cornes  Redonensis 
in  manu  sua  posl  mortem  Alani  tenuerat.  Et  sic  Hoel  requirebat  patris  sui 
jus  et  ut  Conaaus  de  jure  iUo  se  dominum  et  principem  recognosceret  et  non 
dictum  Theobaldum  {Chronique  de  Nantes). 

4.  Auctarium  Maglorianum,  g  iv. 

5.  Il  s'agit  ici  de  l'église  Saint-Symphorien  d'Orléans  (cf.  Gallia  christiana, 
VIII,  instruiMnia,  col.  484). 


DE    SAINT-MAGLOIRE    DE    PARIS.  269 

de  leur  propre  congrégation.  Enfin,  de  concert  avec  sa  femme 
Adélaïde,  il  enrichit  l'église  de  nombreux  présents  et  concéda 
aux  religieux  d'importants  domaines,  dont  il  leur  fit  confirmer  la 
possession  par  un  diplôme  des  rois  Lotliaire  et  Louise 

Il  est  difficile  d'assigner  une  date  précise  à  ces  diverses  trans- 
formations opérées  par  le  duc  Hugues  Capet  dans  l'ancienne  col- 
légiale de  Saint-Barthélémy.  Les  travaux  de  restauration  de  la 
basilique,  entrepris  au  plus  tôt  dans  les  derniers  mois  de  l'année 
966,  nécessitèrent  sans  doute  un  certain  laps  de  temps,  et  la  dédi- 
cace de  l'églispf  ne  dut  avoir  lieu  que  vers  970.  L'achèvement  des 
bâtiments  claustraux  et  l'introduction  des  moines  dans  la  nouvelle 
abbaye  ne  peuvent  être,  je  crois,  antérieurs  à  975.  On  a  vu  en 
effet  que  le  roi  Robert  le  Pieux,  dans  le  diplôme  de  997  cité  plus 
haut,  s'exprime  en  ces  termes  :  Fecimus  prœceptum  firmita- 
iis  de  rébus  quns  pater  noster  beatœ  memoriœ,  Hugo  7^ex, 
nosque  pie  contulimus . . .  sanctissimo  Maglorio ,  in  urbe 
Parisiaca  quiescenti,  ubi  etiam  fundavimus  monasterium 
pretaxato  precipiio  confessori^.  Il  me  semble  qu'on  peut 
induire  de  ces  expressions  que  Robert  le  Pieux  contribua  à  la 
fondation  du  monastère  de  Saint-Magloire  ;  il  souscrivit  sans 
doute  la  charte  de  son  père  Hugues  Capet,  instituant  cette  abbaye. 
Or,  Robert  le  Pieux  ne  vint  au  monde  qu'en  l'année  972.  La  pre- 
mière fois  qu'on  trouve  sa  souscription  au  bas  d'un  acte  de  son 
père,  c'est  en  975 3.  Il  en  résulte,  à  mon  avis,  que  la  charte, 
aujourd'hui  perdue,  par  laquelle  le  duc  Hugues  Capet  fonda  le 
monastère  de  Saint-Magloire  et  régla  entre  autres  choses  la  façon 
dont  les  moines  procéderaient  à  l'élection  de  leur  abbé^  fut 
octroyée  au  plus  tôt  en  l'année  975  et  probablement  vers  980. 
peu  de  temps  avant  le  diplôme  par  lequel  les  rois  Lothaire  et  Louis 
confirmèrent  tous  les  biens  du  couvent^. 

1.  Audarium  Maglorianum,  §  v. 

2.  R.  de  Lasteyrie,  Cartulaire  général  de  Paris,  p.  98. 

3.  Dom  Bouquet,  IX,  733.  —  Cf.  Lot,  les  Derniers  Carolingiens,  p.  74,  n.  4. 

4.  [Hugo]  monachos  ad  divinum  o/Jîcium  peragendum  constituit,  quibus 
semper  abbaiem  ex  propria  congregatione  preesse  tam  regali  quant  sacerdo- 
lali  auctoriiate  slabiiivit  {Auctarium  Maglorianum,  §  v). 

5.  On  sait  que  ce  diplôme  des  rois  Lolhaire  et  Louis,  publié  en  dernier  lieu 
par  M.  de  Lasteyrie  [Cartul.  général  de  Paris,  p.  87),  est  forcément  posté- 
rieur au  8  juin  979,  date  à  laquelle  le  roi  Lothaire  associa  au  trône  son  fils 
Louis.  —  Cf.  Lot,  les  Derniers  Carolingiens,  p.  109. 

^1893  ^8 


270  LES   ORIGINES   DD   MONASTÈRE 

J'ai  déjà  dit  précédemment  que  le  récit  primitif  de  la  Transla- 
tio  sancti  Maglorii  s'arrêtait  à  l'endroit  où  est  mentionné  ce 
diplôme  confirmatif  des  rois  Lothaire  et  Louis.  Mais  j'ai  publié  en 
outre  quelques  additions,  faisant  plus  ou  moins  suite  à  ce  récit  et 
intéressant  l'histoire  de  l'abbaye  dans  les  premiers  temps  de  son 
existence. 

La  première  de  ces  additions  [Auctarium  Maglorianum, 
§  vi)  se  rapporte  à  la  mort  de  l'évêque  d'Aleth,  Salvator,  et  de 
l'abbé  de  Léhon,  Junan.  Ces  deux  personnages  seraient  décédés  à 
Paris  vers  l'an  1000  et  auraient  été  enterrés  dans  l'église  Saint- 
Georges,  que  les  moines  de  Saint-Magloire  possédaient  en  dehors 
des  murs  de  Paris.  L'auteur  de  cette  addition  a  dû  connaître  le 
lieu  de  sépulture  par  la  mention  qu'en  faisaient  les  nécrologes  de 
Saint-Magloire.  Quant  à  la  date  du  décès,  qui  d'ailleurs  n'est 
qu'approximative,  elle  a  pu  être  conservée  par  tradition  dans 
l'abbaye. 

La  seconde  addition  [Auctarium  Maglorianum,  §  vu)  a 
trait  à  un  nouveau  séjour  que  firent  à  Orléans  les  clercs  de  Dol  de 
Bretagne,  sous  le  règne  de  Robert  le  Pieux.  Il  paraît  que  ces  reli- 
gieux avaient  été  encore  une  fois  forcés  de  quitter  la  ville  de  Dol, 
emportant  avec  eux  les  reliques  de  saint  Samson,  parce  que  les 
Normands,  en  guerre  avec  le  comte  de  Chartres  Eudes  II,  venaient 
de  faire  irruption  en  Bretagne.  Le  roi  Robert  reçut  lui-même  à 
Orléans  les  reliques  de  saint  Samson  et  les  déposa  dans  l'église  de 
Saint-Symphorien. 

Enfin  la  troisième  et  la  plus  importante  de  ces  notes  addition- 
nelles [Auctarium  Maglorianum,  §  viii)  n'est  autre  qu'un 
récit  assez  circonstancié,  et  véridique,  à  ce  qu'il  semble,  de  la  res- 
tauration du  monastère  de  Léhon,  où  reposait,  avant  qu'il  eût 
été  transporté  h  Paris,  le  corps  de  saint  Magloire.  Cette  restaura- 
tion fut  accompUo  sous  le  règne  de  Robert  le  Pieux,  par  les  soins 
de  l'abbé  Hardouin  et  avec  l'assentiment  de  Geoffroi  Béranger, 
comte  de  Rennes*.  Le  monastère  de  Léhon,  rétabli  dans  son 

1.  Ce  comte  est  désigné  en  ces  termes  :  quidam  comos  Brilannorum,  Beren- 
garius  nomine.  Depuis  Déranger,  comte  de  Rennes  sous  le  roi  Eudes,  jusqu'à 
Geoffroi  Béranger,  mort  en  1008,  tous  les  comtes  de  Rennes  portèrent  ce  nom 
patronymique  de  Béranger.  Il  s'agit  sans  aucun  doute  ici  de  Geoffroi,  qui  vivait 
sous  Robert  le  Pieux  et  qui  est  appelé  Gaufridus  Berengarii  par  le  chroni- 
queur de  Saint-Brieuc.  —  Cf.  de  la  Borderie,  Miracles  de  saint  Magloire, 
p.  114-115. 


DE   SAIM-MAGLOIRE   DE   PARIS.  27^ 

ancienne  splendeur,  devint  un  prieuré  de  Saint -Magloire  de 
Paris. 

Il  me  reste,  pour  terminer  cette  étude,  à  exposer  les  principales 
conclusions  qui  en  résultent,  relativement  aux  origines  de  l'ab- 
baye de  Saint-Magloire. 

Dans  les  premières  années  du  règne  de  Lothaire,  de  graves 
dissensions  s'élèvent^  au  sujet  du  gouvernement  de  la  Bretagne, 
entre  le  duc  de  Normandie  Richard  P^  d'une  part,  Thibaut  le 
Tricheur,  comte  de  Chartres,  et  Foulques  le  Bon,  comte  d'An- 
gers, d'autre  part.  Le  duc  légitime  des  Bretons  venait  de  mourir 
sans  laisser  d'héritiers.  Richard  de  Normandie,  pour  faire  valoir 
de  prétendus  droits  à  la  suzeraineté  de  la  Bretagne,  envoie  une 
flotte  ravager  les  côtes  de  cette  province.  La  flotte  normande 
parvient  jusqu'à  Nantes,  s'empare  de  la  ville,  à  l'exception  du 
château,  et  emmène  beaucoup  d'habitants  en  captivité.  A  la  nou- 
velle de  ce  désastre,  Salvator,  évêque  d'Aleth,  levant  de  leur 
tombeau  les  reliques  de  saint  Malo,  son  prédécesseur,  les  porte 
non  loin  de  là,  au  monastère  de  Saint-Magloire  de  Léhon,  où. 
l'abbé  Junan  avait  déjà  donné  l'hospitalité  à  un  grand  nombre  de 
prêtres  bretons  qui  avaient  pris  la  fuite  à  l'approche  des  Nor- 
mands. Mais  bientôt  la  guerre  entre  les  Français  et  les  Normands 
s'étend  à  tout  l'ouest  de  la  Gaule  et  devient  plus  acharnée.  Le 
monastère  de  Léhon  ne  parut  plus  offrir  assez  de  sécurité  à  Sal- 
vator et  à  Junan,  qui  se  décident  à  quitter  la  Bretagne  et  à  gagner 
les  pays  où  l'on  n'aurait  pas  à  craindre  la  fureur  des  belligérants. 
Ils  emmènent  avec  eux  tous  les  prêtres  qui  s'étaient  réfugiés  à 
Léhon  et  toutes  les  reliques  qui  avaient  été  déposées  dans  le 
monastère.  A  peine  étaient-ils  sortis  de  Bretagne  qu'ils  ren- 
contrent une  autre  troupe  d'émigrés  qui  se  joignent  à  eux.  C'étaient 
les  clercs  de  Dol  et  de  Bayeux,  qui,  chargés  des  corps  de  saint 
Samson,  de  saint  Senier,  de  saint  Pair  et  saint  Scubilion,  aban- 
donnaient à  la  hâte  le  théâtre  de  la  guerre.  On  ignore  en  quels 
lieux  s'arrêtèrent  ces  fugitifs,  mais  il  est  certain  qu'un  grand 
nombre  se  dispersèrent  en  route.  —  Tous  ces  événements,  l'inva- 
sion des  Normands  en  Bretagne,  la  prise  de  Nantes  et  l'émigra- 
tion du  clergé  breton  datent  de  l'année  960. 

Trois  ans  après,  Salvator  et  Junan,  ainsi  que  quelques  prêtres 
qui  ne  les  avaient  point  abandonnés,  étaient  établis,  semble-t-il, 
sur  les  domaines  du  duc  de  France,  Hugues  Capet.  Vers  le  début 


272  LES   ORIGINES   DD   MONASTERE 

de  l'année  963,  efîrayés  par  les  ravages  qu'exerçaient  dans  le 
bassin  delà  Seine  des  bandes  de  pirates  danois,  appelés  de  Scan- 
dinavie par  le  duc  Richard  de  Normandie  et  récemment  débarqués 
à  Jeufosse,  ils  vinrent  chercher  un  nouvel  abri  dans  les  murs  de 
Paris.  Les  chanoines  de  Saint-Guénaud  de  Corbeil  s'étaient  unis 
à  eux,  et  il  y  avait  aussi  dans  cette  petite  troupe  un  abbé  dont  le 
nom  n'est  point  connu.  Fort  bien  accueillis  par  la  population 
parisienne,  Salvator  et  ses  compagnons,  voyant  que  les  excès  des 
pirates  danois  menaçaient  de  durer  longtemps  encore,  s'enhar- 
dirent jusqu'à  demander  au  duc  Hugues  Capet  de  leur  accorder 
une  église  où  ils  pourraient  honorablement  déposer  les  saintes 
reliques  qu'ils  avaient  apportées  avec  eux.  Ils  allèrent  trouver  le 
duc  en  son  palais  de  Paris  ;  mais  celui-ci  était  occupé  à  des  affaires 
d'État  et  ne  les  put  recevoir  sur-le-champ.  Les  religieux,  intro- 
duits dans  la  salle  où  le  prince  prenait  ses  repas,  déposèrent  sur 
la  table  à  manger  les  châsses  pleines  de  reliques.  Cependant, 
l'heure  du  dîner  étant  arrivée,  l'officier  de  service,  frappant  sur 
les  châsses  avec  la  verge  qu'il  tenait  à  la  main,  ordonna  aux 
moines  de  se  retirer.  Ceux-ci  ne  furent  pas  sans  opposer  quelque 
résistance,  et  l'officier,  entrant  en  fureur,  se  mit  à  les  invectiver 
et  en  frappa  même  quelques-uns.  Un  grand  tumulte  s'ensuivit. 
Le  duc  Hugues  Capet,  entendant  ce  bruit,  demanda  quelle  en  était 
la  cause,  et,  ayant  appris  l'insulte  faite  aux  religieux,  il  vint  aus- 
sitôt à  eux,  et,  se  prosternant  devant  les  précieuses  châsses,  il 
implora  le  pardon  de  Dieu.  Il  ne  crut  en  conséquence  pouvoir  rien 
refuser  aux  prêtres  bretons,  et  il  voulut  transporter  lui-même  les 
corps  saints  dans  l'église  collégiale  de  Saint -Barthélémy,  qui 
était  la  chapelle  du  palais.  C'était  le  10  octobre  963.  —Trois  ans 
plus  tard,  vers  la  fin  de  l'année  966,  après  que  les  pirates  danois 
eurent  quitté  la  Gaule  et  que  la  paix  eut  été  conclue  entre  les 
Français  et  les  Normands,  un  certain  nombre  des  religieux  qui 
avaient  accompagné  jusqu'à  Paris  l'évêque  Salvator  et  labbé 
Junan  s'en  retournèrent  d'où  ils  étaient  venus,  emportant  les 
reliques,  à  la  possession  desquelles  ils  n'avaient  pas  renoncé.  De 
ce  nombre  furent  les  chanoines  de  Saint-Guénaud  de  Corbeil, 
qui  seuls  entre  tous  les  autres  ne  laissèrent  à  l'église  de  Saint- 
Barthélémy  aucune  parcelle  du  corps  de  leur  patron.  Les  clercs 
de  Saint-Lunaire  s'en  allèrent  à  Beaumont-sur-Oise  et  ceux  de 
Dol  à  Orléans.  Hugues  Capet  craignit  sans  doute  la  contagion  de 


DE   SAINT-MAGLOIRE   DE   PARIS.  273 

l'exemple,  et,  comme  il  désirait  garder  dans  sa  capitale  le  trésor 
qui  lui  avait  été  confié,  il  s'efforça  de  retenir  par  ses  largesses  les 
prêtres  bretons  près  de  lui.  Il  commença  par  restaurer  et  agran- 
dir l'église  de  Saint-Bartliélemy,  et,  quelques  années  après,  vers 
970,  il  en  fit  faire  une  nouvelle  dédicace  en  l'honneur  de  saint 
Ma  gloire.  Puis,  pour  mieux  témoigner  de  son  respect  pour  les 
saints  bretons,  il  voulut  que  la  collégiale  où  leurs  corps  reposaient 
fût  transformée  en  monastère  bénédictin.  Cette  transformation 
ne  fut  achevée  que  vers  l'an  980,  et  l'abbaye  de  Saint-Magloire 
de  Paris,  définitivement  instituée,  continua  pendant  longtemps 
encore  à  être  l'objet  de  la  faveur  des  Capétiens,  lorsque  de  ducs 
ceux-ci  furent  devenus  rois  de  France. 

René  Merlet. 


I 


b 


JEAN    MESCHINOT 

SA  VIE  ET  SES  OEUVRES 

SES    SATIRES    CONTRE    LOUIS    XP. 


SECONDE  PARTIE. 

LES    ŒUVRES    DE    MESCHINOT. 


La  poésie  de  Meschinot  est  grave,  sérieuse,  sermonneuse.  Ce 
n'est  ni  un  irrégulier  comme  Villon,  ni  un  sentimental  comme 
Charles  d'Orléans.  Petit  gentilhomme,  tout  confit  dans  les  vieilles 
mœurs,  tout  imbu  du  sentiment  des  devoirs  sociaux,  politiques  et 
religieux,  il  les  prêche  à  tout  le  monde,  y  compris  les  princes,  et 
même,  —  c'est  ce  qui  fait  son  originalité,  —  plus  souvent  aux  princes 
qu'aux  autres.  Quand  il  parle  de  l'amour,  ce  qui  arrive  rarement, 
c'est  sur  un  ton  aussi  didactique.  On  ne  trouve  dans  toute  son 
œuvre  qu'un  petit  rondeau  quelque  peu  sentimental  et  une  petite 
grivoiserie  qui  n'est  peut-être  pas  de  lui,  que  sans  doute  il  n'eût 
pas  publiée,  et  que  ses  éditeurs  ont  imprimée  surtout  pour  les 
beaux  jeux  de  rimes,  de  mots,  d'allitération,  dont  elle  regorge. 

Cette  physionomie  de  poète  moraliste,  sévère,  grondeuse  même, 
fréquemment  agrémentée  de  lieux  communs,  ne  déplaisait  pas,  il 
faut  le  croire,  à  nos  pères,  puisque  en  cinquante  ans  les  œuvres 
de  Meschinot  eurent  une  trentaine  d'éditions.  Les  modernes  les  ont 
rejetées  avec  ennui,  ne  sachant  même  pas  discerner  ce  qui  en  fai- 
sait l'attrait,  le  ragoût  pour  les  contemporains.  Car  une  telle 

1.  Voir  ci-dessus,  p.  99  à  140. 


JEAN  MESCHINOT,    SA  VIE   ET   SES   ŒUVRES.  275 

vogue,  soutenue  pendant  près  d'un  siècle,  ne  peut  guère  avoir  été 
un  simple  caprice. 

A  cette  vogue,  habituellement,  on  donne  pour  toute  cause, 
d'abord  le  titre  singulier  du  livre,  les  Lunettes  des  princes,  puis 
surtout  ces  jeux  de  rime  dont  je  parlais  tout  à  l'heure,  véritables 
tours  de  force  dans  lesquels  Meschinot  est  passé  maître  et  qui 
charmaient,  paraît-il,  le  mauvais  goût  des  Français  du  xve  siècle 
et  même  du  xv!**.  Qu'il  y  ait  eu  là  pour  notre  poète  un  élément  de 
succès,  je  ne  le  nierais  pas  ;  mais  il  y  avait  autre  chose.  Sa  poésie 
morale  n'est  pas  toujours  un  sermon  :  parfois,  c'est  une  élégie 
personnelle  sombre  et  poignante;  plus  souvent,  une  satire  dont  le 
tranchant  mord  constamment  les  grands  et  les  princes,  ou  bien 
même  un  pamphlet  politique  qui  ne  vise  rien  moins  que  le  roi  de 
France. 

Voilà,  je  crois,  ce  que  personne  n'a  signalé  jusqu'ici  en  Meschi- 
not, par  la  raison  qu'il  est  depuis  longtemps  dans  la  classe  des 
auteurs  dédaignés  qu'on  ne  lit  point,  auxquels  on  croit  faire  un 
grand  honneur  quand  on  les  feuillette  du  pouce  en  en  déchiffrant 
d'un  œil  distrait  trois  ou  quatre  lignes  çà  et  là.  Mais  voilà  ce  qu'on 
découvre  sans  peine  quand  on  veut  bien  l'étudier  à  fond,  et  ce  que 
j'espère  mettre  tout  à  l'heure  en  pleine  lumière. 

On  peut  d'abord  établir  dans  les  œuvres  de  Meschinot  une  triple 
division  :  en  premier  lieu,  le  poème  allégorique  intitulé  les 
Lunettes  des  princes,  dont  le  titre  est  à  peu  près  tout  ce  que  le 
public  lettré  connaît  de  notre  poète;  puis,  ses  poésies  pohtiques; 
enfin,  ses  poésies  diverses,  morales,  religieuses,  amoureuses. 

Mais,  quand  on  y  regarde  de  près,  on  s'aperçoit  que  les 
Lunettes  des  princes  ne  sont  point  une  composition  homogène. 
Les  critiques  n'y  ont  vu  autre  chose  qu'une  allégorie  quintessen- 
ciée  sur  les  quatre  vertus  cardinales  :  Prudence  et  Justice,  qui 
sont  les  deux  verres  de  ces  lunettes  ;  Force,  qui  en  forme  la  mon- 
ture, et  Tempérance,  le  clou  d'assemblage  :  merveilleuses  besicles 
que  la  Raison  donne  au  poète,  avec  la  manière  de  s'en  servir. 
Cette  allégorie  occupe  en  effet  la  plus  grande  partie  du  poème,  les 
quatre  cinquièmes  environ.  Mais  le  début  est  tout  autre  chose; 
c'est  un  véritable  fragment  d'autobiographie,  où  éclate  la  note  de 
la  poésie  personnelle,  plaintive,  amère,  désolée,  donnant  au  style 
une  verve,  une  hauteur,  un  caractère  réellement  original,  et  révé- 
lant le  secret  de  la  crise  la  plus  sombre  de  la  vie  du  poète,  qu'elle 
poussa  tout  au  fin  bord  du  suicide,  crise  dont  les  biographes  ne  se 


276  JEAN   MESCHINOT 

sont  pas  doutés.  Entre  la  longue  allégorie  des  Lunettes  et  cette 
poignante  élégie  personnelle,  il  n'y  a  aucun  lien  logique  ;  il  a  plu 
à  l'auteur  de  faire  de  l'élégie  une  sorte  de  préface  à  l'allégorie  ; 
mais  cette  juxtaposition  est  purement  factice  et  tout  arbitraire  ; 
il  y  a  là  en  réalité  deux  œuvres,  deux  compositions  entièrement 
distinctes  et  de  caractère  très  dififérent.  D'après  cela,  les  œuvres  de 
Meschinot  doivent  être  définitivement  réparties  en  quatre  classes  : 

I.  —  Autobiographie  poétique  de  Meschinot,  formant  la  pre- 
mière partie  de  ce  qu'on  appelle  aujourd'hui  les  Limettes  des 
princes  ; 

II.  —  Poésies  politiques  de  Meschinot,  comprenant  :  1°  satires 
contre  Louis  XI  ;  2°  pièces  relatives  à  divers  personnages  et 
à  divers  événements  du  duché  de  Bretagne  ; 

III.  —  Les  Lunettes  des  princes,  c'est-à-dire  le  poème  allé- 
gorique, abstraction  faite  de  la  partie  autobiographique  mention- 
née ci-dessus  ; 

IV.  —  Poésies  diverses. 

De  ces  quatre  classes  des  œuvres  de  Meschinot,  les  deux  pre- 
mières sont  assurément  les  plus  curieuses  ;  toutefois,  dans  les 
deux  dernières,  il  y  a  des  parties  intéressantes  et  toujours  y  coule 
çà  et  là,  plus  ou  moins  abondante,  plus  ou  moins  fréquente,  une 
veine  satirique  originale. 

I. 

Autobiographie  poétique  de  Meschinot. 

Dans  l'état  actuel,  les  Lunettes  despritices  forment  un  poème 
de  plus  de  3,000  vers,  divisé,  au  point  de  vue  métrique,  en  deux 
parties  :  la  première  comprena  nt  86  strophes  composées  chacune 
de  12  vers  de  dix  syllabes,  ensemble  1,032  vers  ;  la  seconde  par- 
tie composée  de  quatre  traités  sur  les  quatre  vertus  de  Prudence, 
Justice,  Force  et  Tempérance,  chaque  traité  ayant  son  mètre  et 
son  rythme  particulier  (le  tout  faisant  2,039  vers). 

Chacun  des  douzains  de  la  première  partie  a  le  même  rythme  : 
il  est  fait  sur  deux  rimes,  l'une  qui  termine  les  vers  1,  2,  4,  5,  9, 
12  du  douzain,  et  l'autre  les  six  autres  vers  3,  6,  7,  8,  10, 11.  Du 
reste,  voici  le  premier  douzain  : 

Après  beau  temps  vient  la  pluie  et  tempeste; 
Plaings,  pleurs,  souspirs  viennent  après  grand  feste, 


SA  VIE  ET    SES   CEUVRES.  277 

Car  départir'  desplaisance  fort  griefve. 
Après  esté  profitable  et  honneste, 
Hiver  hideux  froidure  nous  apreste. 
Si  nous  avons  liesse,  elle  est  bien  briefve! 
Après  temps  coi  le  bien  grand  vent  se  levé, 
Guerres,  debatz  viennent  après  la  trêve, 
Après  santé  vient  mal  en  corps  et  teste. 
Quand  l'un  descend,  tantost  l'autre  s'esleve. 
Pouvres  sommes,  si  Dieu  ne  nous  relevé, 
Car  à  tout  mal  nostre  nature  est  preste. 

Comme  on  le  voit,  le  poète  commence  par  déplorer  les  ennuis, 
les  malheurs,  les  vicissitudes,  en  un  mot  toutes  les  tristesses  et 
toutes  les  misères  de  la  condition  humaine  en  général.  Après  cette 
première  strophe,  il  continue  : 

Boire,  mangier  et  dormir  nous  convient; 
Nos  jours  passent,  jamais  un  n'en  revient, 
Nostre  doux  est  tout  confit  en  amer. 
Contre  un  plaisir  ou  un  seul  bien  qui  vient, 
Le  plus  heureux  cent  fois  triste  devient... 

Du  temps  passé  peu  nous  esjouissons 
Et  du  présent  en  dangier  jouissons. 
Las!  au  futur  avons  petit  esgard... 

0  misérable  et  très  dolente  vie !... 

La  guerre  avons,  mortahté,  famine; 

Le  froid,  le  chaud,  le  jour,  la  nuit  nous  mine; 

Puces,  cirons  et  tant  d'autre  vermine 

Nous  guerroyent.  Bref,  misère  domine 

Noz  meschans  corps,  dont  le  vivre  est  très  court 2... 

L'homme  ajoute  encore  de  gaîté  de  cœur  à  toutes  les  misères 
inévitables  de  sa  condition  ;  il  les  irrite  et  il  en  double  le  poids  en 
entretenant  cette  lutte  acharnée,  implacable,  universelle,  tempête 
furieuse  qui  agite  et  déchire  sans  fin  l'humanité  ;  lutte  énergique- 
ment  peinte  dans  ces  vers  : 

Les  grands  pillent  les  moyens  et,  plus  bas, 

1.  Partir,  quitter  la  fête. 

2.  2%  3%  4%  9'  douzains. 


278  JEAN  MESCHINOT 

Les  moyens  font  aux  moindres  maints  cabas  V 
Et  les  petits  s' entreveulent  destruire. 
Telz,  qui  n'ont  pas  vaillant  deux  meschans  bas, 
Voit-on  souvent  avoir  mille  débats, 
Aucunes  fois  se  navrer  et  occire ^  !... 

Mais,  le  comble  de  la  misère  humaine,  c'est  la  fatalité  de  la 
mort.  Ce  terrible  et  inéluctable  aboutissement  de  tous  les  travaux 
et  de  tous  les  plaisirs,  de  toutes  les  peines  et  de  toutes  les  joies  de 
l'homme  sur  terre,  accable  notre  poète.  Quand  je  vois,  dit-il, 

Que  celle  mort  nous  poursuit  de  si  près, 
(Pensez  le  mal  et  l'ennui  où  je  suis  !) 
Je  vais  pleurant  par  chemins,  bois  et  prés; 
J'ai  beau  plourer,  aullre  chose  n'y  puis  3. 

S'il  pleure,  ce  n'est  pas  seulement  parce  que  la  mort  lui  lance 
déjà  (nous  le  verrons)  de  précoces  menaces;  c'est  aussi,  c'est  sur- 
tout parce  que  ses  coups  répétés  viennent  de  lui  ravir  en  très  peu 
de  temps  ses  meilleurs  amis,  ses  protecteurs  déclarés,  entre 
autres,  les  quatre  ducs  de  Bretagne  qu'il  a  servis,  —  Jean  V, 
François  P^  Pierre  II,  Arthur  III,  —  enlevés  à  l'improviste  en 
quelques  années  (1442-1458).  Tristement  il  égrène  cette  funèbre 
litanie,  traçant  de  ces  princes,  à  main  levée,  de  curieux  portraits 
(que  nous  avons  reproduits  ci-dessus,  p.  108-110)  et  lamentant 
sa  détresse. 

Quel  coup  que  la  mort  du  bon  duc  Jean, 

...  dont  amère  destresse 
A  longuement  esté  nostre  maistresse  : 
L'avoir  perdu  nous  fut  haultain  dommaige  ''  ! 

Et  sur  la  mort  de  son  fils,  le  duc  François  P"",  survenue  huit 
ans  après,  le  poète  s'écrie  : 

A  grant  douleur,  j'ay  perte  nom  pareille 
De  ce  bon  duc,  qui  tant  de  biens  faisoit  '*. 

Enfin,  après  avoir  célébré  la  générosité  et  déploré  le  trépas  des 

1.  Vexations,  ennuis,  tourments. 

2.  11°  douzain. 

3.  12"  douzain. 

4.  14°  douzain. 

5.  23°  douzain. 


SA  VIE   ET   SES   CEUVRES.  279 

deux  autres  (Pierre  II,  Arthur  III),  il  pousse  ce  gémissement 
désespéré  : 

Par  ceste  mort  je  sens  guerre  mortelle... 
Or  m'est-il  donc  très  grandement  mescheu, 
Qui  me  vis  hault  et  me  sens  si  bas  cheu 
Que  je  n'ay  plus  aucun  qui  bien  me  vueille, 
Mes  maistres  morts,  mon  honneur  est  decheu 
Et  tout  malheur  m'est  en  partage  echeu... 
Des  biens  mondains  n'ay  vaillant  une  plaque ^.. 

Notez  que  Meschinot,  quand  il  parle  ici  de  «  ses  maîtres,  »  com- 
prend uniquement  sous  cette  expression  les  quatre  ducs  Jean  V, 
François  P%  Pierre  II,  Arthur  III,  tous  quatre  défunts,  et  nulle- 
ment le  duc  régnant  François  IL  Quand  il  écrivait  ces  vers,  il 
n'était  donc  pas  encore  entré  au  service  de  ce  dernier. 

Notez  aussi  que  le  plus  clair  de  la  fortune  de  Meschinot,  jus- 
qu'à ce  moment,  c'était  le  poste  qu'il  occupait  dans  la  maison 
ducale  et  d'où  il  tirait  du  même  coup  des  gages  (nous  dirions 
aujourd'hui  des  appointements)  fort  honorables  et  de  la  considé- 
ration, c'est-à-dire  tout  à  la  fois  honneur  et  profit.  Donc,  quand 
il  se  plaint  que  la  mort  de  «  ses  maîtres,  »  c'est-à-dire  des  quatre 
ducs  prédécesseurs  de  François  II,  l'a  privé  de  «  son  honneur,  » 
c'est-à-dire  de  la  considération  dont  il  jouissait,  et  l'a  complète- 
ment ruiné,  au  point  de  n'avoir  plus  «  une  plaque,  »  c'est-à-dire 
pas  un  sou  dans  sa  poche  ;  —  ce  dont  il  se  plaint  en  réalité,  c'est 
de  n'avoir  pas  été,  après  la  mort  d'Arthur  III,  conservé  dans  la 
maison  ducale  par  le  duc  François  II. 

Cependant,  les  comptes  des  trésoriers  de  Bretagne  nous  montrent 
notre  poète  dans  la  garde  ducale,  c'est-à-dire  dans  la  maison  mili- 
taire du  duc  François  II  en  1461.  Il  n'a  donc  pu  se  plaindre  d'en 
avoir  été  écarté  que  dans  l'intervalle  compris  entre  cette  dernière 
année  et  la  mort  d'Arthur  III,  c'est-à-dire  en  1459  ou  1460. 

Voilà  donc  la  date  certaine  de  la  composition,  sinon  des 
Lunettes  des  pfnnces  en  leur  entier,  du  moins  de  la  première 
partie,  comprenant,  comme  nous  le  verrons,  les  43  premiers  dou- 
zains.  Car,  dans  mon  opinion,  le  poème  a  dû  être  composé,  non 
d'un  seul  jet,  mais  à  deux  époques  tout  au  moins  et  à  deux 
reprises,  sinon  trois.  On  en  dira  plus  loin  la  raison. 

1.  27%  37%  41»  douzains. 


280  JEAN  MESCHINOT 

Cherchons  d'abord  pourquoi  Meschinot  s'était  vu  momentané- 
ment écarté  de  la  maison  ducale  par  le  duc  François  II. 

La  cause  est  facile  à  découvrir,  Meschinot  l'exprime  clairement 
dans  son  poème.  C'était  un  mal  dont  il  ne  dit  pas  le  nom  (il  ne  le 
savait  peut-être  pas  lui-même)  qui  avait  frappé  son  corps  de  dou- 
leurs aiguës,  violentes,  mêlées  d'hébétude,  et  rempli  son  esprit 
d'une  humeur  noire,  s' exaspérant  sans  cesse,  véritable  hypocon- 
drie qui  finit  par  tourner  au  désespoir.  Voici  quelques-uns  des 
traits  dont  il  peint  cet  état  mental  et  physique,  où  revient  tou- 
jours comme  une  plaie  cuisante  l'obsession  de  la  mort  prochaine  : 

Ha  !  Mort,  par  toy  si  très  grant  douleur  mené 
Que  je  ne  scay  quelle  part  me  doy  rendre... 
Penser  me  tient,  foiblesse  me  pourraene... 

Je  m'esmerveille  comme  sur  pieds  me  porte 
Et  que  la  mort  à  tout  coup  ne  m'emporte, 
Qui,  longtemps  a,  m'a  prins  en  sa  choisie... 
Je  veille  en  pleurs,  je  dors  en  frénésie, 
Il  n'est  chose  qui  ma  douleur  supporte, 
Pire  est  mon  mal  que  n'est  paralysie  ; 
Ma  jeunesse  est  de  tout  bien  dessaisie  !... 

J'eus  beau  regard,  qui  est  devenu  louche-, 
Foible  me  sens,  qui  fus  aultres  foys  ferme, 
Je  fus  joyeux,  or  ai-je  à  l'œil  la  lerme; 
Plus  n'ay  santé,  je  suis  du  tout  inferme, 
Dont  plus  ne  quiers,  sinon  que  mort  me  touche... 
Eslonné  suis  tant  que,  qui  hault  ne  huche, 
Je  n'oy  plus  rien,  mais  sourd  comme  une  bûche 
Suis  devenu... 

Tremblant  je  suc,  et  si  ars  en  froidure, 
En  dueil  passé  ay  mal  qui  sans  fin  dure 
Et  ma  santé  d'infection  tachée; 
J'ay  corps  entier  dont  la  chair  est  hachée 
Et  ma  beauté  toute  paincte  en  laidure  ^ . 

Voilà  pour  le  physique  ;  l'état  morbide,  d'après  ces  indications, 
n'est  pas  douteux.  Le  moral,  c'est  pis  encore  ;  non  seulement  le 

1.  28%  29%  33%  38%  40«  douzains. 


SA  VIE    ET   SES   œUVRES.  28  ^ 

poète  est  secoué,  bouleversé  par  la  souffrance  physique,  il  a  de 
plus  à  soutenir  ce  revers  de  fortune  qui,  en  le  privant  de  son  poste 
dans  la  maison  ducale,  le  réduit  presque  à  l'indigence.  L'àme  de 
Meschinot  se  débat  péniblement  dans  ces  angoisses,  s'enfonce  peu 
à  peu  dans  le  gouffre. 

La  première  douleur  qui  se  fait  sentir,  c'est  le  souvenir  des 
joies,  des  prospérités  d'antan,  tourné  aujourd'hui  en  amertume. 
Là  vient  la  célèbre  strophe  souvent  citée  : 

J'ay  eu  robes  de  martres  et  de  bievre, 
Oiseaulx  et  chiens  à  perdriz  et  à  lièvre; 
Mais  de  mon  cas  c'est  piteuse  besongne. 
S'en  celuy  temps  je  fus  jeune  et  enrievre, 
Servant  dames  à  Tours,  à  Meun  sur  Yevre, 
Tout  ce  qu'en  ai  rapporté,  c'est  vergongne, 
Vieillesse  aussi,  rides,  toux,  boutz'  et  rongne, 
Et  mémoire  qu'il  faut  que  Mort  me  pongne, 
Dont  j'ay  accès  trop  plus  maulvais  que  fièvre, 
Car  je  congnois  que  tout  plaisir  m'eslongne^ 
Et  à  la  fin,  que  vérité  tesmongne, 
Je  me  voy  nud  de  sens  comme  une  chievre^. 

Les  souvenirs  de  Tours  et  de  Meun  sur  lèvre  sont  ceux  de  la 
plus  brillante  époque  de  la  vie  et  de  la  jeunesse  de  Meschinot, 
quand,  avec  les  ducs  Pierre  II  et  Arthur  III,  il  prenait  part,  en 
1452  et  1457,  aux  fêtes  de  la  cour  de  France  à  Tours,  et  encore 
en  1455,  avec  le  premier  de  ces  princes,  à  Bourges  et  à  Meun 
sur  lèvre  ;  car  Meun  (aujourd'hui  Meliun)  sur  lèvre  n'est  point 
là,  comme  on  serait  tenté  de  le  croire,  seulement  pour  la  rime. 
Quand  le  duc  Pierre  II  de  Bretagne  alla ,  de  juillet  à  septembre  1455, 
rendre  visite  au  roi  de  France  à  Bourges,  il  fut  reçu  non  seule- 
ment dans  cette  ville,  mais  aussi  à  Meun  sur  lèvre,  qui  en  est 
très  voisin,  château  de  plaisance  de  Charles  VII  ;  les  comptes  du 
trésorier  de  Bretagne  le  constatent'*.  Les  fêtes  qui  eurent  heu  en 
cette  occasion  à  Meun  et  à  Bourges  furent  très  brillantes  ;  le  duc 
s'était  fait  accompagner  des  plus  grands  seigneurs  de  Bretagne,  le 
comte  de  Laval,  les  sires  de  Gavre,  de  Derval,  de  la  Roche-Ber- 

1.  Bout,  point  de  côté,  pleurésie;  voir  Du  Gange  au  mot  Punctura. 

2.  Que  tout  plaisir  me  fuit. 

3.  36=  douzain. 

4.  D.  Morice,  Preuves  de  l'histoire  de  Bretagne,  II,  1686. 


282  JEAN   MESCeiNOT 

nard,  le  maréchal  de  Malestroit,  l'amiral  de  Bretagne,  une  foule 
d'autres.  Pour  donner  aux  Français  le  spectacle  des  luttes  bre- 
tonnes, il  avait  amené  les  six  meilleurs  lutteurs  du  duché,  tous 
six  gentilshommes,  ayant  à  leur  tête  un  Rostrenen^  De  son  côté, 
Charles  VII  se  piqua  de  magnificence  :  «  Si  fut  le  duc  Pierre  (dit 
un  contemporain)  grandement  et  honorablement  recueilli  du  roi 
son  oncle,  qui  le  chérit  et  entretint  audit  lieu  de  Bourges  en 
grandes  festes  et  esbatemens  tant  qu'il  y  fut,  et  y  eult  pluseurs 
joustes  et  tournois  pendant  celui  temps  ^  » 

Ainsi,  les  vers  de  Meschinot  ne  sont  point  le  produit  de  son 
imagination,  ils  reflètent  les  faits,  les  circonstances,  les  sentiments 
qui  ont  agité  sa  vie.  On  peut  se  demander  toutefois  s'il  n'a  pas  ici 
quelque  peu  forcé  la  note  et  si,  tout  en  prenant  joyeusement  sa 
part  de  ces  belles  fêtes,  il  fut  en  réalité  aussi  fastueux,  aussi  afîolé 
de  plaisir  qu'il  semble  le  dire,  car  enrièvre,  d'après  son  étymo- 
logie  {inrabiatus) ,  signifie  littéralement  enragé.  Son  aisance, 
honorable  mais  modeste,  ne  lui  permettait  pas  de  grands  excès. 
Il  ya  donc  ici  surtout  la  radieuse  vision,  l'amer  regret  de  la  jeu- 
nesse envolée  avec  ses  joies,  ses  audaces  qui  ne  reviendront  plus, 
et  la  crainte  de  la  vieillesse  qui  s'approche  avec  son  triste  cortège. 
Mais  pourquoi,  cependant,  le  poète  dit-il  que  «  tout  plaisir  l'es- 
longne,  »  quand,  pour  l'âge  mûr  dans  lequel  il  entrait  à  peine,  il 
existe  encore  assurément  des  satisfactions  et  des  jouissances? 
C'est  qu'hélas  !  en  raison  des  circonstances  exphquées  ci-dessus, 
le  pauvre  homme  se  sentait  pris  à  la  gorge  par  la  double  griffe  de 
la  maladie  et  de  la  pauvreté  :  «  Les  jeux  passés,  »  dit-il. 

Les  jeux  passez  me  sont  bien  cher  vendus  : 
J'avois  apprins  coucher  en  litz  tendus, 
Jouer  aux  delz,  aux  cartes,  à  la  paume; 
Que  me  vaut  ce,  mes  cas  bien  entendus  ? 
Tous  mes  esbatz  sont  pieça  despendus, 
Et  me  convient  reposer  sur  la  chaulme^. 

Le  cou  pris  dans  les  deux  branches  de  cette  affreuse  tenaille, 

1.  D.  Morice,  Preuves  de  l'hhtoire  de  Bretagne,  II,  1689. 

2.  Le  Band,  Hisl.  de  Bretagne,  p.  530.  —  Ce  voyage  de  Pierre  II  à  Bourges, 
aller,  séjour  et  retour,  dura  environ  deux  mois,  du  17  juillet  au  20  septembre 
1455.  Voir  dora  Lobineau  {flist.  de  Bretagne,  I,  p.  657-658),  qui  donne  à  ce 
sujet  des  détails  intéressants,  que  le  sec  dom  Morice  s'est  empressé  de  supprimer. 

3.  Sur  la  paille.  35'  douzain. 


SA  VIE    ET   SES   (DOVRES.  283 

—  maladie  et  misère,  —  notre  poète,  ce  n'est  point  étonnant,  se 
voit  tenté  de  désespoir  ;  mais  il  résiste  : 

Si  dis  adonc  :  Desespoir,  mauvais  hoste, 
Esloigne-toy  et  aussi  tes  gens  oste, 
Qui  desjà  m'ont  si  grandement  pillé  * . 

Vains  efforts,  l'angoisse  envahit  de  plus  en  plus  le  cœur  du 
poète  ;  il  voudrait  être  «  hermite  en  un  hault  roc,  »  ou  frère 
«  mendiant  de  quelque  ordre  ô  un  froc^,  »  moins  encore, 

Ung  laboureur  qui  a  charrue  et  soc, 

Fourche,  rasteau,  serpe,  faucille  et  broc, 

En  son  œuvre  prend  consolation  ; 

Mais  moy,  tout  plein  de  désolation, 

Rempli  d'orgueil  et  cavillation, 

Suis  mieux  pugni  que  ceulx  qu'on  met  au  croc. 

De  raison  n'ay  pas  tant  comme  une  mouche  ; 
Ma  vertu  est  semblant  la  vieille  souche 
Qui  a  fini  de  son  temps  tout  le  terme., , 

L'arbre  sec  suis  portant  d'ennui  verdure, 
Vivant  en  mort,  trouvant  plaisance  dure, 
Noyant  de  soif  dans  la  mer  asséchée, . . 

Je  suis  garny  de  santé  langoureuse, 
J'ay  liesse  pénible  et  doloreuse 
Et  doux  repos  plein  de  mélancolie  -, 
Je  ne  vis  plus,  fors  en  surté  paoureuse, 
La  clarté  m'est  obscure  et  ténébreuse, 
Mon  sentiment  3  est  devenu  folie  '\ 

Avec  la  folie,  le  désespoir  revient  ;  cette  fois,  il  aura  raison  du 
pauvre  poète.  Il  commence  par  invoquer  la  mort  : 

Est-il  meschief  que  mon  cueur  ne  recueille  ? 
Certes  nenny.  Tremblant  comme  la  fueille 
Serai  tousjours  tant  qut  mort  m'ait  receu. 

1.  32«  douzain. 

2.  34^  douzain. 

3.  Mon  bon  sens,  ma  raison. 

4.  31%  39%  40«  douzains. 


284  JEAN  MESCHINOT 

Si  luy  supply  qu'en  sa  maison  m'accueille, 
Car  vivre  plus  au  monde  ne  m'est  deu  *  ! 

Mais  la  camarde  est  essentiellement  bizarre  et  contrariante. 
Vous  ne  voulez  pas  d'elle?  elle  vient.  Vous  l'appelez?  elle  se 
dérobe.  Meschinot  a  beau  invoquer  son  aide,  elle  le  laisse  crier 
et  se  moque  de  lui.  Cependant,  la  crise  devient  plus  intense,  le 
nœud  coulant  de  la  maladie  et  de  la  misère  se  resserre  au  cou  du 
patient,  l'étrangle  à  lui  faire  tirer  la  langue.  A  peine  peut-il  crier 
douloureusement  : 

De  biens  mondains  n'ay  vaillant  une  plaque. 
Mais  des  douleurs  plus  que  plein  une  caque 
Sens  en  mon  cueur-!... 

C'est  ici  le  dernier  coup  ;  nous  touchons  à  la  catastrophe.  Abîmé 
de  tristesses  amères,  d'angoisse  physique  et  morale,  plongé  dans 
un  irrémédiable  désespoir,  —  et  enfin  n'ayant  plus  le  sou,  —  quel 
refuge  pour  notre  auteur?  La  mort.  Abîme  ou  refuge,  n'est-elle 
pas  l'inévitable?  Quand  tout  vous  manque,  vous  trahit  et  vous 
torture,  autant  y  courir  de  suite  et  en  finir.  C'est  en  efi'et  ce  que 
fit  Meschinot,  ou  du  moins  ce  qu'il  voulut  faire  : 

Je  vais  aux  champs  sur  ma  petite  hacque^  ; 
Là  conviendra  que  ma  dague  je  sacque  '•, 
A  celle  fin  que  ma  vie  je  desroque ^ 
Car  la  cause  qui  à  ce  me  provocque 
Trop  cruelle  est*'!... 

Voilà  donc  le  pauvre  homme  d'armes  accablé  de  l'amertume  de 
sa  destinée,  chevauchant  tristement  son  bidet  à  travers  la  cam- 
pagne, seul  dans  ce  désert,  le  poignard  à  la  main,  prêt  à  se  per- 
cer le  cœur...  Il  hésite,  il  s'arrête.  Ce  n'est  pas  la  crainte,  il  en  a 
bien  vu  d'autres  ;  n'a-t-il  pas 

Son  corps  entier  dont  la  chair  est  hachée? 

Non;  mais  le  suicide  est  tellement  antipathique,  tellement 

1.  37°  douzain. 

2.  41°  douzain. 

3.  Ilaquenée. 

4.  Je  tire,  je  dégaine. 

5.  Desroquer,  desrocher,  détruire. 

6.  41*  douzain. 


SA  VIE    ET   SES   œCVRES.  Z90 

odieux  à  l'esprit  du  christianisme  qu'au  moyen  âge,  sauf  les  fous, 
il  n'y  avait  pas  de  suicides.  C'est  donc  ici  le  sentiment  chrétien 
qui  proteste,  qui  s'insurge,  qui  arrête  la  dague  du  désespéré  et  le 
précipite  du  même  coup  dans  le  repentir  du  crime  qu'il  allait  com- 
mettre. Hélas!  s'écrie-t-il  épouvanté  : 

...  Helas!  je  me  revocque 
D'avoir  ce  dit  !  Par  monseigneur  saint  Jacque, 
Je  m'en  repens!  La  grâce  Dieu  j'invocque 
A  deux  genoulz,  estant  bonnet  et  tocque, 
Luy  suppliant  qu'à  mon  adresse  vacque  ^ . 

Pour  conjurer  le  mauvais  sort,  il  adresse  à  Dieu  cette  oraison 
touchante  : 

Ha  Dieu  !  par  qui  je  vueil  mourir  et  vivre, 
Je  te  supply  me  faire  brief  dehvre. . . 

Tu  es  le  Maistre  et  je  suis  ta  pouvre  œuvre  ; 
Regarde-moy,  tes  yeux  de  pitié  euvre, 
Puisque  faire  me  daignèrent  tes  mains. 
Car,  si  par  toy  santé  je  ne  recueuvre, 
Maudit  me  voy  entre  tous  les  humains, 
Et  va  mon  fait  toujours  de  plus  au  moins 
Se  ta  grâce  prochainement  n'y  œuvre  ^  ! 

Avec  cette  oraison,  la  résignation,  la  paix  rentrent  dans  l'âme 
du  désespéré  ;  avec  la  paix  la  santé  lui  revient,  avec  la  santé  il 
recouvre  bientôt  sa  place  dans  le  monde. 

La  première  partie  du  poème  se  termine  avec  cette  oraison  ou 
plutôt  un  peu  avant,  à  la  fin  du  43"  douzain,  car  le  44°,  qui  donne  la 
fin  de  l'oraison,  semble  une  lourde  surcharge  ajoutée  par  l'auteur 
quand  il  reprit  son  poème  pour  le  continuer,  l'achever,  le  mettre 
dans  la  forme  où  il  est  aujourd'hui.  Cette  seconde  partie,  je  l'ai 
déjà  dit,  est  purement  artificielle  et  allégorique.  La  première,  que 
nous  venons  de  résumer,  est  au  contraire  très  naturelle,  très  réelle 
et  très  vivante  ;  c'est,  sous  forme  poétique,  l'autobiographie  de 
l'auteur  dans  la  crise  la  plus  aiguë  de  son  existence.  Toute  pal- 
pitante des  douleurs,  des  angoisses,  des  révoltes  du  poète  pendant 

1.  Qu'il  vienne  à  mon  secours. 

2.  42",  43»  douzains. 

4895  49 


286  JEAN   MESCHINOT 

cette  période,  elle  dut  être  composée  immédiatement  à  l'issue  de 
la  crise  qu'elle  raconte.  Longtemps,  le  poème  en  resta  là,  se  ter- 
minant toutefois  par  une  strophe  qui  donne,  sous  une  pittoresque 
métaphore,  la  date  de  sa  composition  :  strophe  que  l'auteur 
déplaça  plus  tard  et  mit  (à  tort)  tout  à  la  fin  des  douzains.  En 
voici  le  texte  : 

Cecy  m'advint  entre  esté  et  autonne^ 

Ung  peu  avant  que  les  vins  on  entonne, 

Lorsque  tout  fruict  maturation  prent. 

L'un  jour,  faict  chault-,  l'aulLre,  pleut,  vente  et  tonne; 

L'air  faict  tel  bruyt  que  la  teste  en  estonne. 

A  nous  meurir  celluy  temps  nous  aprent  ; 

Car,  qui  des  biens  lors  n'asserre^,  il  mesprent^, 

Pour  ce  qu'après  l'yver  froit  nous  sourprent  \ 

Qui  n'a  du  vin  ou  du  blé  en  sa  tonne, 

Au  long  aller  son  default  le  reprent-*. 

Entre  esté  et  autonne,  c'est-à-dire  entre  la  jeunesse  et  l'âge 
mûr  :  impossible  de  marquer  avec  plus  de  justesse  et  de  précision 
l'époque  où  Meschinot  avait  pâti  les  tourments  dont  il  a  fait  son 
poème.  C'était,  avons-nous  dit,  entre  la  mort  du  duc  Arthur  III 
(26  décembre  1458)  et  l'année  1461,  c'est-à-dire  en  1459-1460. 
L'auteur,  né  vers  1420,  avait  alors  trente-neuf  ou  quarante  ans, 
ce  qui  est  fort  exactement  l'entrée  de  l'âge  mûr. 

Ce  qui  me  semble  certain,  c'est  que  dans  le  principe,  et  proba- 
blement assez  longtemps,  le  poème  consista  uniquement  dans  la 
longue  élégie  des  infortunes  de  l'auteur,  comme  nous  venons  de 
la  résumer,  comprenant  les  43  ou  44  premiers  douzains  actuels, 
plus  le  85*"  pour  marquer  l'époque  de  ces  angoisses,  sans  que  d'ail- 
leurs il  y  fût  alors  en  aucune  façon  question  de  limettes.  Mais, 
quand  notre  poète  voulut  pubUer  cette  œuvre,  il  se  soucia  peu  de 
répandre  ouvertement  dans  la  foule,  à  titre  de  réalité,  le  récit  de 
ses  malheurs  et  de  sa  tentative  de  suicide  ;  alors,  il  imagina  d'en 

1.  85"  douzain. 
1.  N'amasse. 

3.  Il  a  tort,  il  se  fourvoie. 

4.  Ces  quatre  derniers  vers  signifient  que  celui  qui  ne  fait  pas  à  l'entrée  de 
l'automne  sa  provision  de  vivres  pour  l'hiver  commet  une  grande  imprudence, 
car,  s'il  n'a  ses  tonnes  bien  garnies  de  vin  et  de  blé,  ses  provisions,  à  la  longue 
(au  long  aller),  lui  manqueront  avant  la  fin  du  froid  hiver. 


SA  VIE   ET   SES   OEUVRES.  287 

faire  le  point  de  départ  d'une  longue  allégorie,  dont  l'évidente 
fiction  devait  dissimuler  au  lecteur  la  réalité  intime  et  poignante 
du  récit  primitif.  C'est  à  ce  moment  que  les  lunettes  parurent  ; 
couvrant  tout  le  reste,  elles  devinrent  le  principal  objet  du  poème 
et  lui  imposèrent  son  titre.  Nous  examinerons  plus  loin  cette 
seconde  partie,  tout  à  fait  distincte  de  la  première. 


IL 

Poésies  politiques  de  Meschinot. 
Satires  contre  Louis  XI. 

Dans  toutes  les  éditions  de  Meschinot,  les  Lunettes  des  princes 
sont  suivies  immédiatement  d'un  groupe  de  ballades  ainsi  annoncé  : 

«  S'ensuivent  XXV  balades ,  co^nposées  par  ledit  Jehan 
Meschinot  sur  XXV  princes  de  balades,  à  lui  envoyez  et 
composez  par  messire  Georges  V  Adventurier ,  serviteur  du 
duc  de  Bourgongyie.  » 

Chacune  de  ces  ballades  se  compose  de  trois  strophes  de  douze 
vers  décasyllabes  sur  cinq  rimes,  strophes  qui  sont  de  Meschinot  ; 
plus,  à  la  fin  de  chaque  ballade,  «  l'envoi  »  de  la  ballade,  en  six 
vers,  par  Georges  l'Aventurier.  C'est  cet  envoi  qu'on  appelle  ici 
prince  de  balade,  parce  que  d'habitude  l'envoi  commençait  par 
le  mot  Prince  et  était  adressé  «  au  roy  des  poëtes,  qui  étoit  celuy 
qui  avoit  gagné  le  prix  de  la  ballade  l'année  précédente  ^  »  L'en- 
voi de  chacune  des  vingt-cinq  ballades  commence  bien  aussi  par 
le  mot  Prince,  mais  il  ne  s'agit  nullement  du  roi  des  poètes. 

h' Adventurier  ou  Y Adveniureuœ  était,  on  le  sait,  le  surnom 
poétique  de  Georges  Chastelain^  comme  le  Banni  de  liesse  celui 
de  Meschinot.  Mais  Chastelain  jouait  à  la  cour  de  Bourgogne  un 
rôle  plus  considérable  que  Meschinot  à  celle  de  Bretagne.  Poète 
officiel,  favori  du  duc  Philippe  le  Bon,  conseiller  très  écouté, 
employé  dans  des  négociations  délicates,  c'était  un  homme  poli- 
tique important,  et  il  y  a  lieu  ici  d'en  tenir  compte,  car  l'œuvre 
composée  de  compte  à  demi  par  les  deux  poètes  est  une  œuvre 
politique  au  premier  chef. 

C'est  un  pamphlet  des  plus  violents,  des  plus  implacables,  contre 

1.  Dictionnaire  de  Furetière,  au  mot  Prince. 

2.  Poète  et  chroniqueur,  né  en  1403,  mort  en  1475. 


288  JEAN   MESCeiNOT 

le  roi  Louis  XI,  qui,  sans  être  nommé,  y  est  peint,  flagellé,  dési- 
gné d'une  telle  sorte  qu'impossible  était,  et  surtout  à  ses  contem- 
porains, de  le  méconnaître.  C'est  Chastelain  qui  a  fourni  le  cane- 
vas de  l'ouvrage  et  les  motifs  principaux  dans  ses  vingt- cinq 
princes  de  balade;  Meschinot  lui  a  très  largement  donné  la 
réplique,  développant  le  thème  avec  abondance  et  souvent  avec 
une  virulence  singulière. 

Cette  interprétation  des  vingt-cinq  ballades  de  Chastelain-Mes- 
chinot  n'a,  je  crois,  jamais  encore  été  produite ^  Au  point  de  vue 
historique,  elle  a  son  importance,  puisqu'elle  fait  de  cette  œuvre 
un  épisode  de  la  grande  lutte  féodale  engagée  contre  Louis  XI, 
un  réquisitoire  lancé  sur  les  ailes  de  la  rime  pour  appeler  tous  les 
Français  à  la  rescousse  contre  l'ennemi  commun  et  leur  donner 
rendez-vous  dans  la  ligue  du  Bien  public  (1464-1465).  Tout  le 
monde  ne  pouvant  avoir  sous  les  yeux  le  texte  de  Meschinot,  je 
serai  forcé,  pour  prouver  ma  thèse,  de  multiplier  les  citations, 
j'en  demande  pardon  d'avance  ;  d'ailleurs,  on  le  verra,  elles  sont 
curieuses. 

Voyons  d'abord  les  princes  de  balade  de  Chastelain,  versets 
d'une  longue  et  injurieuse  htanie,  où  les  vices  et  cruautés  de 
Louis  XI  ne  sont  point  épargnés.  Voici  le  premier  de  ces  versets  : 

Prince  flateur,  menteur  en  ses  paroles, 
Qui  blandit  gens  et  endort  en  frivoles, 

1.  On  rae  permettra  ici  une  explication.  J'avais  toujours  regardé  les  relations 
(le  Meschinot  et  de  Chastelain,  notamment  leur  collaboration  à  ces  vingt-cinq 
ballades,  comme  un  effet  assez  naturel  de  l'amitié  établie  entre  les  cours  de 
Bretagne  et  de  Bourgogne,  princiiialement  fondée  sur  leur  haine  commune  contre 
Louis  XI.  Je  m'en  tins  là  pendant  longtemps,  c'est-à-dire  tant  que  je  me  bornai 
à  parcourir  légèrement  les  œuvres  de  Meschinot,  comme  le  font  les  rares  curieux 
qui  se  risquent  à  y  mettre  le  nez.  Mais,  tout  récemment,  m'étant  mis  à  les 
étudier  à  fond,  il  me  fut  impossible  de  ne  pas  reconnaître,  dans  le  dialogue  de 
la  destriiicle  France,  dont  je  parlerai  plus  loin,  une  attaque  des  plus  violentes 
contre  un  roi  qui  ne  pouvait  être  que  Louis  XL  Je  revins  alors  aux  vingt-cinq 
ballades  de  Chastelain  et  de  Meschinot,  et  ce  fut  pour  moi  l'évidence  que  le 
prince  contre  lequel  s'escriment  à  l'envi  les  deux  poètes  est  certainement  le 
même  roi.  —  Un  peu  étonné  de  n'avoir  jamais  vu  indiquée  nulle  part  une  idée 
qui  me  semblait  si  naturelle,  j'hésitais  un  peu,  non  à  y  croire,  mais  à  la  publier. 
A  ce  moment,  l'un  de  mes  amis,  M.  Trévédy,  voulut  bien  rae  communiquer  un 
travail  manuscrit  fort  intéressant  sur  Meschinot.  J'y  trouvai  avec  le  plus  grand 
plaisir  la  même  opinion.  Dès  lors,  j^  n'hésitai  plus.  Mais  il  doit  être  entendu 
que  la  découverte,  si  découverte  il  y  a,  est  autant  de  M.  Trévédy  que  de  moi, 
puisque  nous  l'avons  faite  en  môme  temps,  chacun  de  notre  côté. 


SA  VIE   ET   SES   œUVRES.  289 

Et  rien  qu'en  dol  et  fraude  n'estudie, 

Ses  jours  seront  de  petite  durée, 

Son  règne  obscur,  sa  mort  tost  désirée, 

Et  fera  fin  confuse  et  enlaidie.  (Ballade  i. 

La  prédiction  des  trois  derniers  vers  manqua  ;  mais  le  profi 
donné  dans  les  trois  premiers  ne  peut  convenir  qu'à  Louis  XL  I 
est  complété  d'ailleurs  par  les  traits  qui  suivent,  qui  sont  tous  de 
Chastelain  : 

Prince  inconstant,  souillé  de  divers  vice, 
Mescognoissant  loyal  passé  service, 
Noté  d'oubli,  reprins  d'ingratitude... 

Prince  attaqué  du  couvert  feu  d'envye 
Sur  aultruy  gloire... 

Prince  lettré,  entendant  l'escripture, 
Qui  fait  contraire  à  honneur  et  droicture. 
Dont  il  doibt  estre  exemplaire  et  lumière. . 

Prince  assorti  de  perverse  maignie  \.. 

Prince  aimant  mieux  argent  et  grosses  sommes 

Que  le  franc  cueur  ne  l'amour  de  ses  hommes...  (Bail.  vi. 

Prince  ennuyé  de  paix  et  de  union... 

Prince  adonné  à  songier  en  malice. . . 

Prince  tendant  à  fosse  et  à  couverte, 
Pour  prendre  autruy  et  le  mener  à  perte 
Soubz  faulx  engin,  comme  une  beste  mue.. 

Prince  ennemy  d'aultruy  félicité, 
De  propre  sang,  de  propre  affinité... 

Prince  qui  n'a  amour  envers  nully. 
Et  qui  n'aconte^  à  amitié  d'aultruy... 

Prince  qui  promect  moult... 

Mais  rien  n'en  tient,  tout  n'est  que  vent  et  glace.  (Bail.  xirr. 

1.  La  maignie,  c'est,  à  proprement  parler,  toute  la  maisonnée,  spécialement 
l'ensemble  des  serviteurs. 

2.  Et  qui  ne  peut  compter  sur  l'amitié  de  personne. 


(Bail. 

II. 

(Bail. 

m. 

(Bail. 

IV. 

(Bail 

V. 

(Bail. 

VII. 

Bail.  VIII. 

(Bail. 

IX. 

(Bail 

X. 

(Bail. 

XI. 

290  JEAN  MESCHINOT 

Prince  qui  faict  soy  craindre  de  chascun, 

Force  est  qu'il  craigne  un  chascun  en  commun 

Et  qu'en  nully  n'ayt  foy  où  il  s'asseure. 

Car,  comme  il  fait  le  pourquoy  à  tout  homme, 

Que  chascun  fel  et  félon  le  renomme, 

Chascun  aussi  luy  garde  telle  meure.  (Bail,  xiv.) 

Rien  ne  peint  mieux  la  situation  de  Louis  XI,  surtout  à  la  veille 
de  la  guerre  du  Bien  public,  où  il  avait  trouvé  moyen  d'ameuter 
contre  lui  tous  les  princes  et  tous  les  seigneurs  de  France. 

Prince  qui  hayt  avoir  puissant  voisin 

Et  envis^  voit  que  parent  ou  cousin 

Règne  emprès  lui  en  honneur  et  en  gloire... 

Et  hayt  tous  ceulx  dont  digne  est  la  mémoire.  (Bail,  xix.) 

Prince  qui  porte  et  soustient  les  mauvais 

Contre  les  bons,  l'honneur  de  son  palais...     (Bail,  xxii.) 

Prince  adonné  à  meschances  soutives, 

A  subtiher  subtilitez  chetives...  (Bail,  xxiv.) 

Prince  qui  mal  ne  redoute  ne  poyse, 

Mais  mesme  quiert  sédition  et  noyse, 

Et  en  ce  faire  il  se  baigne  et  delicte, 

Cil  montre  au  doit  que  longue  paix  lui  grève. 

Que  d'aultruy  bien  il  se  tourmente  et  crevé.     (Bail,  xx.) 

Le  portrait  de  Louis  XI  est  complet,  tellement  fidèle  en  ce  qui 
touche  les  défauts,  les  vices,  les  méfaits  du  personnage,  qu'un 
enfant  de  ce  temps  l'aurait  nommé. 

Dans  les  ballades  elles-mêmes,  c'est  bien  pis.  Il  n'y  en  a  pas 
une  où  Meschinot  n'attaque  violemment  un  prince  contre  lequel 
il  s'évertue  —  parfois  avec  éloquence  —  à  exciter  la  colère  et 
l'indignation  des  honnêtes  gens  :  prince  dont  les  traits,  dessinés 
par  ces  virulentes  satires,  sont  exactement  tous  ceux  dont  les 
contemporains  de  Louis  XI  —  et  surtout  ses  ennemis  —  pei- 
gnaient ce  roi. 

La  politique  de  cet  artiste  en  perfidies  y  est  parfaitement 
décrite  :  envieuse,  jusqu'à  la  rage,  du  bien  et  de  la  prospérité  d'au- 

1.  A  contre-cœur,  du  latin  invitns. 


Si  VIE    ET   SES   ŒUVRES.  291 

trui,  surtout  de  ses  voisins  ;  n'aimant  personne,  ni  amis  ni  parents, 
et  voulant  mal  à  tout  le  monde  ;  cherchant  à  exciter  partout, 
entre  tous  les  princes  et  seigneurs  de  France,  des  querelles  et  des 
guerres,  afin  de  pêcher  en  eau  trouble  \ 

Quant  aux  moyens  favoris  de  cette  politique,  c'est  la  fraude,  la 
ruse,  les  paroles  mielleuses,  trompeuses,  les  pièges  couverts,  les 
manœuvres  ténébreuses,  la  trahison ^  Sa  ressource  suprême,  son 
ultima  ratio,  c'est  le  parjure,  la  violation  de  la  foi  et  de  la  parole 
donnée,  le  mensonge  déloyaP. 

Le  résultat  final  d'un  tel  système,  c'est  que  celui  qui  le  pra- 
tique, attaquant  tout  le  monde,  finit  par  être  considéré  comme 
l'ennemi  public,  par  réunir  tout  le  monde  contre  lui  et  rester  seul 
contre  tous^  :  ce  qui  était  justement  la  situation  de  Louis  XI  en 
1464-1465,  situation  d'où  sortit  la  ligue  et  la  guerre  du  Bien 
public. 

Ce  qui  précède  concerne  surtout  les  relations  du  prince  flagellé 
par  notre  poète  avec  le  dehors,  c'est-à-dire  avec  les  grands  vas- 
saux et  les  princes  étrangers.  Quant  à  sa  politique  intérieure, 
Meschinot  et  Ghastelain  la  caractérisent  (comme  l'histoire  elle- 
même)  par  une  avarice  sordide,  se  traduisant  en  rapines  et  extor- 
sions qui  réduisent  ses  malheureux  sujets  à  une  misère  vivement 
peinte  dans  nos  ballades^.  C'est  aussi  ce  que  l'histoire  dit  de 
Louis  XL 

Un  autre  trait  de  caractère,  c'est  l'exclusion  donnée,  dans  les 
faveurs  et  dans  les  conseils  du  roi,  aux  hommes  de  vieille  race  et 
de  vertu  sévère,  remplacés  par  des  gens  de  bas  étage,  valets 
habiles  à  tout  faire,  au  demeurant  vrais  gibiers  de  potence  ^  C'est 
aussi  l'ingratitude  pour  les  services  rendus'',  etc.,  etc. 

Donc,  on  le  voit,  le  prince  décrit  et  honni  dans  nos  ballades, 
c'est  bien  Louis  XI  tout  entier,  pris  par  ses  mauvais  côtés,  par 
ceux  que  ses  ennemis  devaient,  tout  naturellement,  s'efforcer  de 
mettre  en  rehef. 


1.  Voir  ballades  v,  vi,  viii,  xi,  xiii,  et  Princes  de  ballades  m,  vu,  x,  xix,  xx. 

2.  Voir  ballades  i,  ii,  m,  iv,  ix,  x,  xiii,  xxiii;  Princes  de  ballades  i,  viii, 

IX,  XIII,  XXIV. 

3.  Ballades  ii,  m,  x,  xxiii  ;  Prince  iv. 

4.  Ballades  x,  xiv;  Princes  x,  xi,  xiv. 

5.  Ballades  iv,  x,  xv,  xvi,  xviii,  xix,  xx,  xxiv,  xxv  ;  Princes  vi,  xv. 

6.  Ballades  x,  xxii,  xxiv;  Princes  v,  xxii. 

7.  Prince  ii. 


292  JEAN   MESCHINOT 

Voyons  maintenant,  par  quelques  citations,  le  ton  et  le  style 
de  ces  satires  et  d'abord  cette  apostrophe  : 

Penses-tu  Dieu  avoir  doux  ne  propice, 

Homme  sans  foy,  sans  loy  et  sans  police. 

Innocent  feint  tout  fourré  de  malice, 

Farci  d'orgueil,  rempli  de  gloire  vaine?  (Bail,  ii.) 

Innocent  feint  tout  fourré  de  malice,  c'est  Louis  XI  pris 
sur  le  vif.  Voici,  dans  la  ballade  x,  un  portrait  plus  développé  et 
assez  complet  de  ce  prince  : 

On  ne  peut  mieulx  perdre  le  nom  d'honneur 
Que  soy  montrer  desloyal  et  menteur, 
Lasche  en  armes,  cruel  à  ses  amys, 
A  gens  mesclians  estre  large  donneur. 
Sans  congnoistre  ceulx  en  qui  est  valeur, 
Mais  acquérir  en  tout  temps  ennemys, 
Sans  faire  riens  qu'à  Dieu  n'aux  liommes  plaise. 
Tel  homme,  plein  d'opprobre  et  de  diffame, 
C'est  cil  que  tous  les  vertueux  sans  blasme 
Vont  mauldisanl  pour  sa  vie  maulvaise. 

Le  peu  sçavant  abondant  ser meneur, 
Du  nom  de  Dieu  horrible  blasphémeur* 
Sans  riens  tenir  de  ce  qu'il  a  promis, 
Qui  n'escoute  des  pauvres  la  clameur. 
Mais  les  contraint  par  moleste  et  rigueur, 
Combien  qu'il  soit  pour  leur  pasteur  commis, 
Nommé  sera  du  nombre  des  infâmes, 
Le  malheureux,  que  tous  seigneurs  et  dames 
Vont  mauldisant  pour  sa  vie  maulvaise. 

Il  n'affiert  pas  à  un  prince  et  seigneur, 
Qui  de  vertus  doibt  paroi stre  enseigneur, 
Estre  inconstant  ne  aux  vices  submis. .. 
Je  diray  vrai,  ou  il  faut  que  me  taise  : 
Il  n'est  mestier  que  sage  tu  te  clames  ! 
Si,  celuy  es  que  raisonnables  araes 
Vont  mauldisant  pour  sa  vie  maulvaise. 

1.  A  cause  de  ses  parjures. 


SA  VIE   ET   SES   CEDVRES.  293 

Ainsi  Meschinot  interpelle  directement  cet  odieux  prince,  et 
Georges  l'Aventurier  l'achève  avec  ce  sixain  : 

Prince  ennemy  d'aultruy  félicité, 
De  propre  sang,  de  propre  affinité, 
De  propre  paix  qui  le  tient  à  son  aise, 
Qu'est-il,  celuy  fors  haineux  à  soy-mesmes 
Et  que  la  voix  de  tous,  hommes  et  femmes, 
Va  mauldisant  pour  sa  vie  maulvaise? 

La  réponse  à  cette  question  de  Ghastelain  ne  saurait  être  dou- 
teuse. 

La  forme  de  ces  satires,  notamment  les  apostrophes  répétées 
lancées  directement  à  celui  qui  en  est  l'objetS  montrent  claire- 
ment que  ces  attaques,  ces  imprécations  sont  dirigées  contre  un 
personnage  réel,  vivant,  contre  «  un  prince  et  seigneur  »  con- 
temporain, qui,  pour  être  attaqué  de  la  sorte,  d'accord  commun, 
par  Ghastelain  et  Meschinot,  devait  être  nécessairement  l'ennemi 
commun  des  maîtres  servis  par  ces  deux  poètes,  c'est-à-dire  de  la 
Bourgogne  et  de  la  Bretagne  :  ce  qui  ne  peut  s'appliquer  qu'à 
Louis  XL 

Dans  la  ballade  suivante  (ballade  xi),  Meschinot,  continuant 
d'interpeller  ce  prince,  le  poursuit  jusqu'en  enfer  : 

Tu  n'es  tant  bel,  tant  cointe,  tant  joli, 
Ne  de  joyaux  tellement  embelh^, 
Que  dedens  bref  ne  gises  soubz  la  lame  : 
Les  vers  sont  là  pour  ta  pel  entamer  !... 

Tu  descendras  avecques  l'ennemi. 
Prince  maulvais,  sans  chanter  la  ne  mi. 
Ullerie^  sera  ta  haute  game  : 
Celuy  seras  nommé,  en  terre  et  mer, 
Qui  de  nully  n'a  grâce  fors  que  blasme. 

Le  sixain  de  Ghastelain  est  encore  bon  à  citer  ici  pour  complé- 
ter la  signification  de  la  ballade  : 

1.  Comme  tout  à  l'heure  : 

«  Il  n'est  mestier  que  sage  tu  te  clames! 

Si,  celuy  es  que  raisonnables  âmes 

Vont  mauldisant  pour  sa  vie  maulvaise...  » 

2.  On  sait  que  Louis  XI  était  toujours  très  mal  vêtu. 

3.  Hurlerie,  hurlement. 


294  JEAN  MESCHINOT 

Prince  qui  n'a  amour  envers  nuUy, 

Et  qui  n'aconte  à  amitié  d'aultruy, 

Ne  doibt  penser  fors,  comme  rien  il  n'ame, 

Que  nul  aussi  ne  s'avance  à  l'aimer; 

Mais  seul  par  soy,  tout  seul,  se  doibt  nommer, 

Qui  de  nully  n'a  grâce  fors  que  blasme. 

Complètement  isolé  en  face  de  tous  les  princes  et  grands  vas- 
saux de  France,  que  ses  tracasseries  perpétuelles  avaient  réunis 
contre  lui,  seul  pM"  soi,  tout  seul,  telle  était  bien  la  situation  de 
Louis  XI,  en  1464-1465,  en  face  de  la  ligue  du  Bien  public,  qui 
tendait  son  redoutable  et  immense  réseau  devant  lui.  Meschinot 
ne  se  gêne  pas  pour  appeler  tout  haut  la  mort  sur  la  tête  de  l'en- 
nemi commun,  obstiné  perturbateur  de  la  paix  publique  : 

Tous  ceulx  qui  font  les  guerres  et  debatz 
Par  malice,  tromperie  et  cabas, 
Voguent  sur  mer  en  meschantes  nacelles. 
Car  peu  de  vent  mettra  leurs  voiles  bas, 
Et  leur  faudra  de  leurs  vilains  esbatz 
Rendre  compte  par  menues  parcelles... 
Qui  de  traison  use,  Dieu  le  deffasse!... 
Les  rivières  de  Loire,  ne  de  Seine, 
Ne  le  Tybre  de  la  cité  romaine, 
Ne  laveront  une  telle  fallace... 
Réputé  est  en  tous  lieux  importun, 
Et  pour  ce  point  on  désire  qu'il  meure!... 

[(Bail.  XIII  et  XIV.) 

Voici  maintenant,  en  traits  vifs  et  énergiques,  la  peinture  de  la 
détresse  de  la  France  pressurée  par  les  extorsions  de  Louis  XI  : 

0  vous  qui  yeux  avez  sains  et  oreilles, 
Voyez,  oyez,  entendez  les  merveilles  ; 
Considérez  le  temps  qui  présent  court. 
Les  loups  sont  mis  gouverneurs  des  oueilles  ; 
Fut-il  jamais  (nenny!)  choses  pareilles? 
Plus  on  ne  voit  que  Iraisons  à  la  court. 
Je  croy  que  Dieu  paiera  en  bref  ses  dettes, 
Et  que  l'aise  qu'avons  sur  molles  couettes 
Se  tournera  en  pouvretez  contraintes, 
Puisque  le  chef  qui  deust  garder  droicture 


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SA  VIE   ET   SES   (EDVRES.  295 

Fait  aux  pouvres  souffrir  angoisse  dure 
Et  contre  luy  monter  larmes  et  plaintes. 

Les  bestes  sont,  les  corbins  et  corneilles, 
Mortes  de  faim,  dont  peines  non  pareilles 
Ont  pouvres  gens  :  qui  ne  l'entend  est  sourd  ! 
Las  !  ilz  n'ont  plus  ne  pipes  ne  bouteilles, 
Cidre  ne  vin  pour  boire  soubz  leurs  treilles, 
Et,  bref,  je  vois  que  tout  meschief  leur  sourt... 

Seigneur  puissant,  saison  n'est  que  sommeilles, 
Car  tes  subjectz  prient  que  tu  t'esveilles. 
Ou  aultrement  leur  temps  de  vivre  est  court. 
Que  feront-ils  si  tu  ne  les  conseilles? 
Or,  n'ont-ilz  plus  bledz,  avoines  ne  seigles. 
De  toutes  parts  misère  leur  accourt. 

A  grant  peine  demeurent  les  houettes, 

L'habillement  des  charrues  et  brouettes, 

Qu'ilz  ne  perdent  et  aultres  choses  maintes, 

Par  le  pillari  qui  telz  maulx  leur  procure, 

Auquel  il  faut  de  tout  faire  ouverture, 

Et  contre  luy  montent  larmes  et  plaintes.      (Bail,  xviii.) 

Ce  pillard,  «  qui  tels  maux  procure,  »  n'étant  autre  que  «  le 
chef  qui  dût  garder  droiture  »  et  «  qui  fait  aux  pauvres  souffrir 
angoisse  dure,  »  ce  pillard  est  justement  Louis  XI.  Le  poète,  d'ail- 
leurs, ne  le  lâche  pas  et,  dans  la  ballade  suivante,  le  jette  impi- 
toyablement en  enfer,  en  expiation  de  ses  rapines  : 

Pren  qu'ung  seigneur  pire  que  Sarrazin 
Te  grève  fort,  peuple,  soir  et  matin. 
Endure-le,  car  c'est  chose  notoire, 
Que  desraison  le  conduit  et  maistrie 
Par  folles  gens  qu'il  croit  en  sa  folie... 
Dont  il  aura  enfer  pour  son  butin. 
Que  lui  vauldra  enfin  sa  tromperie. 

0  Dieu,  voyez  du  commun  l'indigence. 
Pourvoyez-y  à  toute  diligence  : 
Las  !  par  faim,  froid,  paour  et  misère  tremble. 
S'il  a  péché  ou  commis  négligence 
Encontre  vous,  il  demande  indulgence. 


296  JEAN  MESCHINOT 

N'est-ce  pitié  des  biens  que  l'on  lui  emble? 

Il  n'a  plus  bled  pour  porter  au  molin, 

On  lui  oste  draps  de  laine  et  de  lin, 

L'eaue,  sans  plus,  lui  demeure  pour  boire. 

Qui  telz  maulx  fait  punissez,  je  vous  prie, 

Car  il  n'aime  fors  guerre  et  roberie 

Et  hayt  tous  ceulx  dont  digne  est  la  mémoire.  (Bail,  xix.) 

Meschinot  semble  redoubler  de  verve  et  de  véhémente  éloquence 
pour  peindre  la  détresse  du  pauvre  peuple  ou,  comme  il  dit,  «  l'in- 
digence du  commun  ;  »  et  l'auteur  de  cette  détresse  est  bien  dési- 
gné ici  quand  on  le  montre  conduit  «  par  folles  gens,  »  c'est-à- 
dire  par  tous  ces  conseillers  détestables,  insatiables  rapineurs, 
dont  on  reprochait  à  Louis  XI  de  s'entourer.  Meschinot,  un  peu 
plus  loin,  revient  sur  ce  trait,  de  façon  à  rendre  tout  doute  impos- 
sible : 

L'un  des  grans  cas  qui  l'ire  Dieu  provoque, 
C'est  du  seigneur  qui  des  pouvres  se  moque 
Et  à  nul  bien  ne  s'employe  ne  vaque, 
Mais  sans  cesser  les  biens  du  peuple  croque 
Et  gens  mescbans  en  dignité  colloque 
Qui  fussent  mieulx  en  galléc  ou  carraque, 
Selon  raison.  Et  pour  ce,  tant  que  vives, 
Ne  verras-tu,  en  quelque  lieu  qu'arrives, 
Telz  gens  régner  et  estre  mis  en  feste. 
Que  le  seigneur  ses  hommes  ne  traveille 
Pour  leur  donner  follement  :  c'est  merveille  ! 
Et  dont  lui-mesme  il  maudira  sa  leste. 
Car  il  convient  que  Mort  bref  le  desroque 
Et  de  son  dard  cruellement  Testoque. 

Voilà  encore  Meschinot  qui  appelle  et  prédit  à  bref  délai  la 
mort  du  tyran  ;  mais  cette  fois  il  ne  l'envoie  pas  seul  dans  l'autre 
monde,  il  lui  fait  un  digne  cortège  de  tous  les  bas  et  sales  conseil- 
lers qui  l'ont  poussé,  applaudi  et  servi  dans  sa  tortueuse  et  crimi- 
nelle politique  : 

Las  !  que  pèsent  les  personnes  furtives 
Qui  telz  maulx  font  ?  Je  veux  que  lu  escrives 
Qu'ils  attendent  une  horrible  tempeste, 
Telle  qu'onques  ne  virent  la  pareille... 


SA  VIE   ET   SES   (OUVRES.  297 

Pensez-vous  point  que  Lucifer  évoque 

Par  devant  luy  leur  cause  et  les  convoque 

Pour  leur  donner  souffre  et  feu  pleine  caque, 

Et  qu'en  enfer  enfin  ne  les  abroque 

Sans  leur  laisser  robe,  bonnet  ne  toque?... 

Et  si  fera,  par  monseigneur  saint  Jacque!      (Bail,  xxiv.) 

Voulez-vous  une  autre  marque,  tout  aussi  évidente,  dénonçant 
nettement,  dans  le  prince  poursuivi,  flagellé  par  Meschinot,  le  roi 
Louis  XI?  Lisez  les  vers  suivants,  où  il  célèbre  une  autre,  non 
moins  fameuse,  de  ses  perfections  : 

0  quel  pitié  !  ô  combien  grant  douleur  I 

0  quelle  plainte  et  hautaine  foleur^ 

D'un  grant  seigneur  qui  mensonges  infère  ! 

Trop  mieux  seroit  ouïr  un  basteleur, 

Aucun  bon  fol  ou  joyeux  frivoleur, 

Pource  que  tout  ce  qu'ung  prince  réfère 

Doibt  estre  vrai  sans  feinte  parabole, 

Si  que  bon  bruit  et  renom  partout  vole 

De  sa  valeur.  Et,  s'il  n'a  de  ce  cure, 

C'est  dommage  de  quoy  Dieu  le  fist  naistre. 

Puisqu'on  cognoist  clerement  que  son  estre 

N'est  pas  bien  sain  ne  de  noble  nature.         (Bail,  xxiii.) 

Un  prince  dénoncé  comme  menteur  public,  pire  qu'un  «  baste- 
leur, »  un  «  frivoleur,  »  en  un  mot  comme  le  roi  des  menteurs  ? 
A  qui  cela  eût-il  pu,  à  ce  moment,  s'appliquer,  sinon  à  Louis  XI  ? 
On  n'eût  même  pas  songé  ou  osé  le  dire  d'un  autre. 

Enfin,  dans  la  xxv«  et  dernière  ballade,  Meschinot  désigne  ce 
prince  tout  aussi  clairement  que  s'il  le  nommait  : 

Combien  doibt-on  un  grant  prince  blasmer, 
Quant  il  se  faict  partout  cruel  nommer 
Et  sans  vouloir  à  bonté  revenir  ! 
Qui  possède  de  biens  toute  une  mer, 
Dont  le  peuple  est  souvent  presqu'à  pasmer 
Par  pouvreté,  quant  le  deust  maintenir 
En  seure  paix,  sans  lui  faire  blessure  ! 
C'est  grand  pitié,  par  ma  foy,  je  vous  jure, 

1.  Folie. 


298  JEAN  MESCHINOT 

Qu'ung  tel  seigneur,  soit  cPEscoce  ou  Savoye, 

Ayt  autant  d'or  qu'est  grant  le  Puy  de  Domrae  -, 

Il  ne  vault  pas  qu'on  le  prise  une  pomme, 

Ne  que  le  ciel  lui  preste  umbre  ne  voye.         (Bail,  xxv.) 

«  Un  grant  prince,  qui  possède  de  biens  toute  une  mer,  »  c'est 
un  roi,  apparemment.  Mais  pourquoi  le  mêler  ici  à  «  Escoce  ou 
Savoye?  »  C'est  que  Louis  XI  avait  épousé  successivement  : 
1°  Marguerite  d'Ecosse,  morte  en  1445,  avant  qu'il  fût  roi  ;  2°  en 
1451,  Charlotte  de  Savoie,  mère  de  Charles  VIII,  morte  seule- 
ment le  l'^'"  décembre  1483.  Louis  XI  est  donc  désigné  ici  par  ses 
deux  alliances  tout  aussi  clairement  que  s'il  était  nommé  en  toutes 
lettres. 

Or,  le  prince  mentionné  dans  cette  strophe,  ce  prince  «  qui  se 
fait  partout  cruel  nommer,  »  qui  a  réduit  son  peuple  à  «  pasmer 
par  pouvreté,  »  qui  «  ne  vaut  pas  qu'on  le  prise  une  pomme,  » 
c'est  incontestablement  le  même  prince  contre  lequel  Chastelain 
et  Meschinot,  dans  leurs  vingt-quatre  autres  ballades  et  princes 
de  ballades,  dirigent  le  feu  roulant  de  leurs  critiques,  de  leurs 
griefs,  de  leurs  insultes,  de  leurs  imprécations.  Donc  Louis  XI  est 
l'objectif  des  vingt-cinq  ballades. 

j\Iais,  quand  même  il  ne  serait  pas  aussi  clairement  désigné  dans 
la  xxv%  il  n'y  aurait  encore  pas  lieu  de  douter  que  cette  violente 
artillerie  ne  soit  tout  entière  braquée  contre  lui.  A  coup  sûr,  en 
effet,  ni  Chastelain  ni  Meschinot  n'auraient  osé  lancer  de  telles 
attaques,  aussi  outrageuses,  aussi  sanglantes,  sans  être  sûrs  l'un 
et  l'autre  de  l'approbation  de  leurs  maîtres.  Il  fallait  donc,  je  l'ai 
déjà  dit,  que  le  prince  ainsi  attaqué  fût  à  la  fois,  en  même  temps, 
l'ennemi  commun,  patent,  déclaré  des  deux  princes  que  servaient 
les  deux  poètes,  c'est-à-dire  de  la  Bourgogne  et  de  la  Bretagne. 
Circonstance  qui,  dans  la  seconde  moitié  du  xv"  siècle,  s'applique 
à  Louis  XI  et  ne  s'applique  qu'à  lui. 

Les  vingt-cinq  ballades  et  princes  de  ballades  composés  en 
collaboration  par  Chastelain  et  Meschinot  sont  donc  en  réalité  un 
recueil  de  satires  contre  Louis  XI.  C'est  Chastelain  qui  en  eut 
l'idée,  qui  en  donna  le  plan  et  les  principaux  motifs  dans  ses 
Princes  de  ballades;  là-dessus,  nul  doute.  Car,  dans  une  vingt- 
sixième  ballade  adressée  à  Chastelain  et  servant  de  lettre  d'envoi 
aux  vingt-cinq  autres,  Meschinot  proclame  Georges  «  le  maistre 
des  aultres  en  la  rethorique  science,  »  se  reconnaît  humblement 


SA  VIE   ET   SES   ŒUVRES.  299 

son  disciple,  son  vassal  prêt  à  lui  rendre  «  honneur  et  ligence;  » 
et  bien  que,  dit-il,  «  je  ne  sois  pas  pourvu  de  sapience,  » 

Toutesfois,  j'ay  faict  diligence, 
Et  par  vostre  commandement, 
De  montrer  cy  mon  inscience  -, 
Mais  donnez-y  amendement. 

Meschinot  composa  donc  ces  ballades  satiriques  sur  l'ordre, 
sur  le  plan  arrêté  par  Chastelain,  conseiller  intime  initié  à  toute 
la  politique  des  ducs  de  Bourgogne.  Cela  suppose  entre  la  Bour- 
gogne et  la  Bretagne,  non  seulement  une  pleine  entente,  mais 
une  alliance  intime  en  vue  d'une  entreprise  considérable  contre 
le  roi  de  France.  Nulle  entreprise  ne  peut  mieux  répondre  à  ces 
conditions  que  la  ligue  du  Bien  public,  dont  le  duc  de  Bretagne 
et  le  comte  de  Gharolais,  fils  du  duc  de  Bourgogne  Philippe  le 
Bon,  avec  l'assentiment  tacite  mais  certain  de  son  père,  furent 
les  deux  initiateurs  et  les  deux  principaux  chefs.  —  Cette  ligue 
s'organisa  dans  les  premiers  mois  de  1465,  particulièrement  en 
février.  Car,  dès  le  commencement  de  mars  1465,  le  duc  de  Bre- 
tagne travaillait  à  exécuter  le  plan  combiné  entre  les  alliés,  dont 
le  premier  point  consistait  à  tâcher  de  procurer  à  la  ligue  l'adhé- 
sion et  la  personne  de  Charles,  duc  de  Berri,  frère  du  roi,  héritier 
présomptif  de  la  couronne.  Louis  XI  étant  à  Poitiers  avec  son 
frère,  le  duc  de  Bretagne  lui  envoya  des  ambassadeurs,  qui  s'y 
trouvaient  le  2  mars,  et  dont  là  mission  eut  pour  résultat,  au 
bout  de  quelques  jours,  de  ramener  avec  eux  en  Bretagne  le  duc 
de  Berri,  qui  adhéra  publiquement  à  la  ligue'. 

Cette  ligue  était  donc  dès  lors  nouée,  organisée  au  moins 
entre  les  principaux  personnages  qui  y  entrèrent,  et  par  consé- 
quent le  travail  d'organisation  avait  dû  se  faire  le  mois  précédent. 
Or,  l'une  des  ballades  de  Meschinot  et  Chastelain  (la  xvii'^)  con- 
tient l'annonce  d'une  grande  réunion  où  sont  convoqués  tous  les 
chevaliers  et  seigneurs  de  France  «  vaillants  à  la  guerre  et  dési- 
reux de  faire  chose  louable.  »  Cette  réunion  est  fixée  à  la  Saint- 
Valentin,  14  février,  c'est-à-dire  juste  au  moment  où  le  travail 
d'organisation  de  la  figue  du  Bien  public  devait  être  dans  toute  sa 
ferveur.  Une  convocation  envers  à  un  grand  conciliabule  politique 
est  chose  assez  curieuse  pour  mériter  les  honneurs  d'une  citation  : 

l.  Voir  Dupuy,  Réuaion  de  la  Bretagne  à  la  France,  p.  104. 


300  JEAN   MESCHINOT 

Honneur  a  fait  dresser  sa  belle  table 

Et  veult  donner  un  disner  très  notable  : 

Rendez-vous-y,  chevaliers  sans  reprouche, 

Tous  escuyers  de  lignée  honorable, 

Qui  desirez  faire  chose  louable 

Et  vérité  garder  en  cueur  et  bouche. 

Venez  aussi,  l'heure  je  vous  assigne, 

D'huy  en  huit  jours,  la  feste  Valentine. 

Mais  nul  de  vous,  tant  qu'il  doubte  mesprendre, 

Ne  vienne  là  pour  réfection  querre. 

S'il  n'est  loyal  et  vaillant  à  la  guerre, 

Car  ce  seroit  pire  que  sang  espandre. 

Soit  que  ce  fût  duc,  conte  ou  connestable, 

S'il  est  trouvé  lasche  et  non  véritable. 

Raison  ne  veult  qu'à  ce  convy  approuche  ; 

Et  qui  se  sent  meschant  et  détestable 

Devroit  trop  mieux  choisir  estre  à  l'establc 

Que  soy  trouver  es  lieux  où  honneur  couche. 

En  celuy  cas,  un  souillard  de  cuisine. 

Qui  loyaument  servir  se  détermine, 

Peut  mieux  venir  sa  viatique  prendre 

Au  lieu  d'honneur,  que  le  roi  d'Angleterre, 

S'il,  en  son  cueur,  traison  pense  ou  asserre. 

Car  ce  seroit  pire  que  sang  espandre.  (Bail,  xvrr.) 

Il  s'agit  bien  ici  d'une  conspiration,  puisqu'on  est  prêt  à  y 
admettre  les  plus  humbles  adhérents,  pourvu  qu'ils  soient  dévoués 
corps  et  âme,  mais  c'est  une  conspiration  ou  plutôt  une  confédé- 
ration haute,  vaste  et  puissante,  puisqu'on  compte  voir  arriver 
à  la  réunion  des  ducs,  des  comtes,  le  connétable,  peut-être 
même  le  roi  d'Angleterre  ou  son  envoyé.  Tout  cela,  à  cette  date, 
c'est  manifestement  la  préparation,  l'organisation  de  la  ligue  du 
Bien  public. 

Donc,  si  les  autres  ballades  de  Chastelain  etMeschinot  peuvent 
être  considérées  comme  le  manifeste  des  mécontents,  énumérant, 
retraçant,  proclamant  avec  une  verve  ardente  et  passionnée,  avec 
des  éclats  de  haines,  leurs  griefs  contre  Louis  XI,  leur  xvii'^  bal- 
lade est  la  circulaire  poétique  convoquant  les  fauteurs  de  la  ligue 
à  l'assemblée  où  elle  fut  définitivement  organisée. 

Portées,  poussées,  incrustées  dans  la  mémoire  par  leurs  rimes 


SA  VIE   ET   SES   (EDVRES.  30^ 

ultra-riches  et  leurs  vers  sonores,  ces  ballades  volaient  à  travers 
la  France  comme  une  nuée  de  sageites  barbelées  ou  de  viretons 
d'arbalète  au  fer  empoisonné,  enfonçant  dans  tous  les  cœurs  la 
haine  de  l'ennemi  pubhc.  Avec  leurs  allusions  fréquentes,  leur 
tour  raffiné,  leur  développement  httéraire  considérable,  elles 
s'adressaient  surtout  aux  esprits  cultivés,  nombreux  sans  doute 
dans  la  société  du  xv**  siècle,  mais  alors,  pas  plus  qu'en  aucun 
autre  siècle,  ne  constituant  la  majorité.  Pour  s'adresser  à  tous, 
aller  partout,  être  lu  de  tous,  il  fallait  une  sorte  de  résumé  des  bal- 
lades, plus  vif,  plus  clair,  plus  court. 

Meschinot  s'en  chargea.  C'est  encore  une  ballade,  mais  une 
ballade  en  dialogue.  Dialogue  qui  donne  l'idée  d'un  duel,  où  les 
mots  se  pressent,  se  croisent  comme  des  épées  ;  dialogue  entre  la 
France  et  Louis  XI.  Ici,  plus  le  moindre  doute,  car  chacun  des 
dialogueurs  se  nomme  :  Moi,  dit  l'un,  je  suis  «  la  destruicte 
France,  »  la  France  ruinée;  et  l'autre  répond  :  «  Roy  suis  de 
grant  puissance  ;  »  d'ailleurs,  la  France  l'appelle  «  Sire.  » 

Pour  éviter  toute  confusion,  en  reproduisant  cette  curieuse 
pièce  nous  placerons  une  L  (Louis  XI)  devant  les  mots  qui  sont 
attribués  au  roi  et  une  F  (France)  devant  les  autres. 

Dialogue  de  la  France  et  de  Louis  XL 

F.  Sire...  —  L.  Que  veux<?  — P.  Entendez...  — L.  Quoy?  — F.  Mon  cas. 
L.  Or  dy.  —  F.  Je  suys...  —  L.  Qui?  —  F.  La  destruicte  France^l 
L.  Par  qui?  —  F.  Par  vous.  —  L.  Gomment?  —  F.  En  tous  estats. 
L.  Tu  mens.  —  F,  Non  fais.  —  L.  Qui  le  dit  ?  —  F.  Ma  souffrance. 
L.  Que  souffres-tu?  —  F.  Meschief.  —  L.  Quel?  —  F.  A  oultrance. 
L.  Je  n'en  croy  rien.  —  F.  Bien  y  pert^.  —  L.  N'en  dy  plus! 
F.  Las  !  si  feray.  —  L.  Tu  perds  temps.  —  F.  Quelz  abus  ! 
L.  Qu'ay-je  mal  fait?  —  F.  Contre  paix.  —  L.  Et  comment? 
F.  Guerroyant...  —  L.  Qui?  —  F.  Voz  amys  et  congnus. 
L.  Parle  plus  beau  '.  —  F.  Je  ne  puis,  bonnement. 

L.  Ay-je  ce  bruit^?  —  F.  OuyS.  —  L.  Où?  —  F.  Hault  et  bas. 

L.  De  qui?  —  F.  De  gens...  —  L.  Quelz?  —  F.Degrant  congnoissance^. 

1.  Que  veux-tu? 

2.  La  France  perdue,  ruinée,  et  Louis  XI,  au  vers  suivant,  demande  :  Par  qui? 

3.  Bien  y  paroît. 

4.  Parle  plus  doucement. 

5.  Ai-je  ce  renom?  —  la  réputation  d'un  perturbateur  de  la  paix  publique. 

6.  Ce  mot,  chez  Meschinot,  est  ordinairement  de  deux  syllabes. 

7.  De  grande  expérience,  de  grande  sagesse. 

4895  20 


302  JEAN   MESCHINOT 

L.  Clercs?  —  F.  Voire,  et  lais.  —  L.  Sert-on  de  telz  esbats^  ? 

F.  N'en  doubtez  point.  —  L.  Roy  suis  de  grant  -puissance!... 

F.  Bien.  —  L.  Tu  me  doibs...  —  F.  Que  doy-je?  —  L.  Obéissance. 

F.  Et  vous  à  moy?  —  L.  Rien,  —  F.  Ce  sont  beaux  argus '^l 

L.  N'est-ii  vrai?  —  F.  Non.  —  L.  Quoy  donc?  —  F.  Rois  sont  tenus... 

L.  A  quel  debvoir?  —  F.  Nourrir  paisiblement... 

L.  Qui?  —  F.  Leurs  subgectz.  —  L.  S'ainsi  n'est?...  — F.  Voisent  jus 3] 

L.  Parle  plus  beau.  —  F.  Je  ne  puis,  bonnement. 

L.  Murmures-tu?  —  F.  Malgré  moi.  —  L.  Folle,  qu'as -'•? 

F.  Rober  me  vois.  —  L.  De  quoy?  —  F.  D'aise  et  plaisance. 

L.  Quel  part?  —  F.  Partout.  —  L.  N'as-tu  plus  nulz  soûlas  ? 

F.  Nenny.  —  L.  Pourtant...  —  F.  Las!  je  n'ay  que  meschance. 

L.  Dont  vient?...  —  F.  Quoy?  —  L.  Ce?  —  F.  De  la  vostre  ignorance. 

L.  M'abuse-on^?  dy.  —  F.  Sans  fin.  —  L.  Quelz  gens?  —  F.  Menus. 

L.  Que  feray-je?  —  F.  Querez  paix.  —  L.  Au  surplus... 

F.  Vivez...  —  L.  Combien?  —  F.  Joyeux  et  longuement®... 

Le  cueur  me  fault!...  Vous  en  serez  confus! 

L.  Parle  plus  beau.  —  F.  Je  ne  puis  bonnement'. 

On  ne  trouve  pas  ici  les  flétrissantes  accusations  personnelles 
contre  Louis  XI  dont  regorgent  les  ballades  :  trahison,  parjure, 
mensonge,  avarice,  rapine,  ingratitude,  violation  de  la  foi  jurée, 
etc.  Le  poète  concentre  tout  son  effort  sur  un  seul  grief,  le  plus 
évident,  le  plus  incontestable,  celui  aussi  qui  avait  le  plus  de  prise 
sur  les  masses,  sur  tous  les  Français  grands  et  petits,  parce  que 
tous  en  pâtissaient  durement. 

Je  suis  ruinée,  perdue,  dit  la  France  au  prince;  je  suis  la 
destruicte  France,  et  détruite  par  qui?  Par  vous,  implacable 
perturbateur  de  la  paix  publique,  qui  poursuivez  de  querelles  et 
de  guerres  vos  amis,  vos  voisins,  tous  vos  sujets  ;  par  vous,  qui 
êtes  tenu  comme  roi  de  leur  assurer  la  tranquillité  et  qui,  par  les 
troubles  que  vous  suscitez  sans  cesse,  leur  enlevez  toute  aisance, 

1.  Répand-on  de  pareilles  rumeurs? 

2.  Belle  prétention  !  —  ironiquement.  Argu,  raison,  argument,  mais  aussi 
argutie,  chicane,  sophisme. 

3.  Qu'ils  tombent  par  terre!  Nous  dirions  :  qu'ils  aillent  au  diable! 

4.  Qu'as-tu? 

5.  M'abuse-t-on?  me  Irompe-t-on  ? 

6.  Souhait  hautement  ironique,  comme  le  prouve  le  vers  suivant,  où  la 
France,  écœurée  par  la  mauvaise  foi  de  Louis  XI,  lui  prédit  sa  confusion,  sa 
défaite. 

7.  Édition  de  1522,  fol.  101. 


I 


SA  VIE   ET   SES   ŒUVRES.  303 

toute  joie,  toute  sécurité,  et  les  accablez  de  tous  les  malheurs. 
Chaque  mot  de  ce  dialogue  singulièrement  hardi,  mais  en  har- 
monie avec  l'opinion  de  la  France  de  1464-65,  ne  pouvait  man- 
quer de  porter  coup.  Le  langage  devient  plus  audacieux  encore 
quand,  Louis  XI  ayant  hautainement  signifié  à  la  France  qu'elle 
lui  doit  obéissance,  celle-ci  riposte  : 

—  Et  vous,  est-ce  que  vous  ne  me  devez  rien  ? 

—  Non,  rien  du  tout  ! 

—  Vous  voulez  rire.  Les  rois,  sachez-le  bien,  sont  tenus  de 
nourrir  paisiblement  leurs  sujets,  c'est-à-dire  de  leur  assurer 
les  moyens  de  vivre  en  sécurité. 

—  Et  s'ils  ne  le  font  pas,  dit  le  roi,  qu'en  sera-t-il? 

—  Alors,  répond  la  France,  qu'ils  tombent,  qu'ils  disparaissent 
{Voisent  jusl),  car  ils  ne  sont  bons  à  rien.  —  Et  elle  termine 
en  annonçant  à  Louis  XI  sa  honte  et  sa  confusion  finale. 

Un  tel  langage,  à  une  telle  époque,  est  aussi  curieux  qu'inat- 
tendu. A  la  façon  dont  les  critiques,  les  historiens  littéraires 
parlent  de  Meschinot,  qui  eût  soupçonné  en  lui  de  telles 
audaces  ?  Elles  valaient  bien  pourtant,  ce  semble,  la  peine  d'être 
relevées. 

m. 

Suite  des  poésies  politiques. 
Pièces  concernant  la  Bretagne. 

Dans  notre  première  partie  (  Vie  de  Meschinot,  §  IV  *),  nous 
avons  reproduit  les  portraits  des  ducs  bretons  Jean  V,  Fran- 
çois P%  Pierre  II,  Arthur  III,  esquissés  dans  les  Lunettes  des 
princes,  où  chacun  de  ces  ducs  se  trouve  caractérisé  par  les 
traits  qui  avaient  surtout  frappé  leurs  contemporains  :  Jean  V 
par  sa  prudence,  sa  largesse,  sa  bonté,  sa  fidélité  à  sa  parole  ; 
François  P""  par  son  goût  pour  la  guerre,  ses  victoires  sur  les 
Anglais  ;  Pierre  II  par  son  zèle  à  assurer  les  franchises  et  le  bien- 
être  de  son  peuple,  Richemont  (Arthur  III)  par  sa  vertu  estable 
(inflexible)  et  sa  vaillance  indomptable. 

François II ne  figure  point  dans  cette  galerie;  l'autobiographie 
poétique  de  Meschinot  (ci-dessus,  §  I)  nous  en  a  dit  la  cause. 

1.  Ci-dessus,  p.  108-110. 


304  JEAN   MESCHINOT 

Mais  notre  poète  a  consacré  à  ce  prince  une  autre  pièce,  touchante 
par  son  objet.  En  juin  1461,  ce  duc  épris  de  plaisirs,  à  peine  âgé 
de  vingt-six  ans,  était  allé  à  Cholet,  sous  les  yeux  d'une  belle 
dame  qui  lui  était  trop  chère*,  prendre  part  à  des  joutes.  Revenant 
de  là  le  mois  suivant,  il  tomba  gravement  malade  à  Ancenis; 
pendant  une  quinzaine,  il  fut  livré  à  la  discrétion  de  son  apothi- 
caire, maître  Etienne  Boyau,  qui  le  bourra  de  drogues^  et  le 
balança  entre  la  -vie  et  la  mort;  d'où  un  glas  d'alarme  retentit 
bientôt  dans  tout  le  duché.  Meschinot  venait  d'être  réintégré  dans 
la  garde  ducale^;  il  s'empressa  de  composer  une  prière,  adressée 
à  Dieu  au  nom  de  la  nation  bretonne,  pour  la  guérison  du  prince. 
En  voici  quelques  vers  *  : 

0  Dieu,  qui  créas  nature 

Et  humaine  créature... 

Voy  la  supplication 

De  la  pouvre  nation 

De  Bretaigne,  par  ta  grâce, 

Qui  en  désolation 

Et  grant  lamentation 

A  esté  jà  longue  espace  ! 

Fais-nous  joyeux  et  efface 

L'ennuy  qui  trop  nous  pourchasse  : 

Tous  les  maux  du  bon  duc  chasse  ! 

Ta  sainte  bonté  lui  fasse 

Avoir  consolation  ! 

Il  s'indigne,  avec  tous  les  Bretons,  contre  la  maladie,  qui  ose 
attaquer  ce  prince  brillant  de  «  jeunesse  et  verdure.  »  Frappe 
sur  nous,  lui  dit-il,  tous  les  coups  que  tu  lui  destines,  nous  y  con- 
sentons, mais  délivre-le  de  tes  étreintes,  car 

Son  mal  à  tous  est  commun, 

1.  Antoinette  de  Magnelais,  dame  de  Villequier. 

2.  Compte  du  trésorier  de  Bretagne  du  10  juin  1460  au  1"  janvier  1462 
(v.  st.)  :  «  Juillet  1461.  A  Estienne  Boyau,  apoticaire,  pour  drogues  prinses  de 
lui  pour  le  duc,  et  pour  ses  despens  de  quinze  jours  prez  du  duc  à  Ancenis, 
pour  une  maladie  qu'il  avoit  »  (D.  Morice,  Preuves,  II,  1758;  cf.  D.  Lobineau, 
Hisl.  de  Bretagne,  I,  p.  677). 

3.  Le  compte  d'Olivier  Baud,  trésorier  des  guerres,  commencé  le  1"  juillet 
1461,  prouve  que  Mescliinot  faisait  alors  partie  de  la  garde  du  duc  (D.  Morice, 
Preuves,  II,  p.  1777). 

4.  Édit.  de  1522,  fol.  109  v  à  111  v°. 


SA  VIE   ET   SES   œUVRES.  305 

Aux  nobles,  clercs  et  commun... 
Va-t-en!  trop  fort  nous  estrives\ 
Quand  de  l'approcher  nous  prives 
Gomme  autresfois  nous  soûlions, 
De  le  voir  nous  saoulions  : 
Plus  n'avons  plaisances  vives  I . . . 

On  voit  par  là  combien  le  duc  François  II,  surtout  dans  les 
premières  années  de  son  règne,  était  accessible,  affable  à  tous, 
petits  et  grands,  et  véritablement  populaire.  —  Après  avoir  parlé 
au  nom  de  la  Bretagne,  le  poète  nous  dit  sa  propre  douleur  : 

Et  je,  le  pouvre  escrivain. 
Au  cueur  triste,  faible  et  vain. 
Voyant  de  chascun  le  dueil, 
Soucy  me  tient  en  sa  main  ; 
Toujours  les  larmes  à  l'œil, 
Rien  fors  mourir  je  ne  vueil. 

Et  0  termine  par  cette  invocation  tout  à  fait  opportune  : 
Pour  faire  fin  à  ceste  œuvre, 
Mon  Dieu,  je  te  supply,  euvre 
Tes  yeux  de  miséricorde, 
Affîn  que  santé  recueuvre 
Celui  qui  tous  nos  maux  cueuvre 
Et  nous  nourrit  en  concorde. 

La  mort  de  François  II  eût  été  certainement  très  funeste  pour 
la  Bretagne  ;  heureusement,  la  prière  de  Meschinot  fut  exaucée  ; 
la  jeunesse  et  la  belle  constitution  du  prince  triomphèrent  de  la 
maladie  et  des  drogues  de  maître  Etienne  Boyau  ;  son  règne  se 
prolongea  encore  pendant  vingt-sept  ans. 

Non  sans  troubles,  sans  querelles,  sans  guerres.  Avec  Louis  XI 
pour  voisin,  il  fallait  y  compter.  Mais  les  plus  grosses  difficultés 
vinrent  du  dedans  et  parfois  d'où  on  les  eût  le  moins  attendues, 
des  gens  d'église.  Amauri  d'Acigné,  succédant  en  1462  à  son 
oncle  Guillaume  de  Malestroit  sur  le  siège  épiscopal  de  Nantes, 
s'obstina  à  ne  pas  reconnaître  le  duc  de  Bretagne  pour  suzerain 
de  la  seigneurie  temporelle  qui  formait  la  dotation  de  son  évêché 
et  que  l'on  appelait  le  7-égaire  ;  il  prétendit,  même  au  temporel, 
ne  relever  que  du  pape  et  refusa  obstinément  de  rendre  hommage 

l.  Nous  tourmentes. 


306  JEAN  MESCHINOT 

au  duc.  Prétention  absurde,  condamnée  par  tous  les  précédents, 
qui  constituait  une  rébellion,  une  félonie  véritable,  punie  en  droit 
féodal  par  la  perte  du  fief. 

Le  duc,  appliquant  cette  peine,  saisit  le  régaire  de  Nantes 
(7  septembre  1462)  et  chassa  Amauri  d'Acigné  (9  septembre), 
qui  se  réfugia  à  Angers,  d'où  il  excommunia  le  duc  et  mit  en 
interdit  tous  ses  domaines  situés  dans  le  diocèse  de  Nantes  (22  oc- 
tobre) :  interdit  suspendu  jusqu'à  la  Saint-Martin  (11  novembre), 
puis  levé  partiellement  par  sentence  de  l' officiai  de  Tours,  mais 
non,  ce  semble,  en  ce  qui  touche  la  ville  de  Nantes  ^  L'évêque, 
de  plus  en  plus  traître  à  la  Bretagne,  invoqua  le  secours  du  roi 
de  France;  les  prétentions  de  celui-ci,  perfides  et  extravagantes, 
jetèrent  le  duc  François  II  dans  la  guerre  du  Bien  public,  dont 
l'issue  amena  la  déroute  complète  de  l'évêque  (1465). 

Mais,  six  ans  plus  tard,  en  1471,  cet  odieux  prélat  renouvela 
sa  rébellion  2;  le  duc  dut  le  chasser  de  nouveau  (16  juillet  1471), 
et  de  nouveau  ce  méchant  pasteur  fulmina  contre  son  diocèse  un 
interdit  qui  ne  semble  avoir  été  levé  qu'au  mois  de  juin  suivant 
par  le  pape^. 

Ces  interdits,  qui  privaient  les  vivants  de  messe  et  d'offices  et 
les  morts  de  sépulture  religieuse,  irritaient  vivement  la  popula- 
tion, au  point  que  l'on  vit  à  Nantes  et  à  Guérande,  les  8  et  14  fé- 
vrier 1472,  les  hommes  du  régaire,  les  vassaux  du  fief  épiscopal, 
tenir  des  assemblées  pour  supplier  le  duc  d'obtenir  du  pape  la 
déposition  de  l'évêque  rebelle  Amauri  d'Acigné-*. 

Jean  Meschinot,  plein  des  mêmes  sentiments,  s'en  fît  l'écho 
dans  une  pièce  curieuse  composée  au  nom  de  la  ville  de  Nantes, 
qui  se  plaint  de  l'interdit  dont  elle  est  frappée.  Mais,  comme  on 
vient  de  le  voir,  elle  en  fut  frappée  deux  fois,  en  1462-1463  et 
en  1471-1472.  A  laquelle  de  ces  deux  dates  et  de  ces  deux  inter- 
dits se  rapporte  la  pièce  de  Meschinot?  Travers,  dans  son  His- 
toire de  Nantes,  la  met  en  1470,  c'est-à-dire  1471,  car  en  1470 
il  n'y  eut  rien  de  semblable. 

Mieux  vaut,  selon  nous,  la  rapporter  au  premier  interdit,  car 

1.  Voir  D.  Lobiiieau,  Hist.  de  Bretagne,  I,  p.  683-684.  Malheureusement,  nos 
Bénédictins,  au  lieu  de  publier  dans  leur  texte  les  pièces  de  ce  procès,  se  sont 
bornés  à  les  résumer  et  d'une  façon  qui  n'est  pas  toujours  assez  explicite. 

2.  Voir  D.  Morice,  Preuves  de  l'histoire  de  Bretagne,  III,  col.  225. 

3.  Voir  Lobineau,  Hist.  de  Bretagne,  I,  p.  714. 

4.  D.  Morice,  Preuves,  I,  233-238. 


SA  VIE   ET   SES  ŒUVRES.  307 

la  querelle  fut  à  ce  moment  beaucoup  plus  vive,  plus  longue,  plus 
importante,  et  cet  interdit,  comme  étant  le  premier  subi  par 
cette  génération,  dut  causer  une  émotion  beaucoup  plus  forte 
que  le  second.  La  satire  ou  élégie  de  l'Interdit  de  Nantes 
doit  donc  être,  à  notre  sens,  de  la  fin  de  1462  ou  de  1463.  Elle 
débute  ainsi  *  : 

Je,  Nantes,  cité  plantureuse 

Tant  que  paix  y  a  fait  demeure, 

A  présent  triste  et  langoureuse, 

Veu  Testât  en  quoy  je  demeure, 

Me  plains  quant  faut  que  mon  heur^  meure 

Par  ceulx  que  j'ai  nourris  et  faits. 

Desplaisir  est  ung  pesant  faix. 

En  quelles  mains  suis-je  venue, 

Qui  jadis  fu  tant  renommée  ! 

Or  me  voy  telle  devenue 

Que  d'aulcun  ne  suis  plus  amée. 

On  m'a  interdite  nommée, 

Chascun  me  fuit  et  m'abandonne  : 

L'on  perd  ce  qu'aux  ingrats  on  donne. 

0  vous,  qui  avez  procuré 
Contre  moy  ce  cas  tout  plein  d'ire, 
Tant  qu'il  n'est  prebstre  ne  curé 
Qui  me  vueille  plus  messe  dire. 
J'ai  bien  cause  de  vous  mauldire 
De  m'avoir  liberté  ostée. 
Une  grant  faute  est  bien  notée. 

Au  temps  passé,  las  !  j'allaitoie 

Du  lait  de  consolation 

Mes  enfants  et  m'y  delectoie. 

Or  sont  en  désolation, 

Portant  la  tribulation 

De  la  faulte  qu'avez  commise  : 

En  plait  se  perd  le  temps  et  raise^. 

1.  Édit.  de  1522,  fol.  118  à  121  y». 

2.  Mon  bonheur. 

3.  Mise,  dépense. 


\ 


308  JEAN  MESCHINOT 

Combien  que  je  ne  soye  mie 

De  Iherusalem  la  pareille, 

Je  pleure  avec  Iheremie 

La  grant  douleur  qu'on  mVppareille... 

Pourtant  donc  qu'en  ce  point  me  treuve 

Seule,  qui  fus  de  peuple  pleine, 

Et  suis  faicte  com  dame  veufve 

De  gens  :  las,  c'est  chose  certaine  !... 

Il  y  a  ici  trois  idées,  trois  sentiments  très  vifs  :  la.  plantureuse 
prospérité  de  Nantes,  regorgeant  d'hommes  et  de  biens  avant 
l'interdit;  la  misère,  la  solitude  dont  l'interdit  l'a  frappée  :  parce 
que  l'on  n'y  dit  plus  de  messe  et  que  les  chrétiens  n'y  peuvent 
plus  recevoir  de  sacrements,  la  population  fuit,  s'écoule,  va  cher- 
cher d'autres  terres  où  elle  puisse  satisfaire  aux  nécessités  de  sa 
vie  religieuse;  telle  était  encore,  à  l'entrée  de  l'époqTie  moderne, 
à  la  veille  de  la  Renaissance,  la  puissance  de  l'interdit.  Le  troi- 
sième sentiment,  qui  ne  fera  que  croître  et  s'irriter  jusqu'à  la 
fin  de  la  pièce,  c'est  une  douloureuse  indignation  contre  ceux 
qui  ont  jeté  sur  Nantes  cette  calamité. 

Ceux  que  Nantes,  par  la  bouche  de  Meschinot,  accuse  de  ses 
maux,  ces  ingrats  qu'elle  a  nourris  et  faits  et  qui  se  plaisent 
aujourd'hui  à  la  ruiner,  il  n'y  a  pas  à  en  douter  un  instant,  c'est 
cette  orgueilleuse  dynastie  épiscopale  qui  d'oncle  en  neveu  occupa 
depuis  le  commencement  du  xv''  siècle  le  siège  de  Nantes,  passant 
de  Jean  de  Malestroit  à  Guillaume  de  Malestroit,  de  celui-ci  à 
Amauri  d'Acigné;  prélats  dont  l'évêché  de  Nantes  avait  fait  la 
grandeur  et  la  fortune  et  qui  maintenant  montraient  leur  recon- 
naissance en  causant  le  désastre  de  cette  ville. 

Le  poète  continue  par  une  parabole  qui  lui  est  très  familière, 
savoir  la  comparaison  du  corps  politique  au  corps  humain,  la 
nécessité  de  l'union  et  de  la  soumission  des  membres  au  chef.  Ici, 
il  y  a  un  membre  rebelle,  cause  de  tout  le  mal,  qui  ne  veut  pas 
se  soumettre  au  chef,  c'est-à-dire  au  duc.  Ce  n'est  pas  seulement 
un  rebelle,  c'est  un  loup.  Or,  continue  la  ville  de  Nantes  par  la 
bouche  de  Meschinot, 

Laisser  loups  en  lieu  de  pastours 
Seroit  aux  brebis  grant  excès  ^ , 

t.  Grand  tort. 


SA  VIE   ET   SES   ŒUVRES.  309 

Car  de  bergiers  ne  font  pas  tours  ^ , 
Mais  leur  donnent  mortelz  accès. 
Helas  !  ce  rigoreux  procès 
Endommage  fort  vos  cueilles. 
Tous  asnes  n'ont  pas  grans  oreilles  ! 

Ane,  en  effet,  cet  Amauri  qui  ne  voit  pas  où  il  va;  mais  Nantes 
lui  prédit  son  sort  : 

Recueillez  tout  à  beau  loisir 
Les  fruitz  de  vostre  extrémité  2, 
Lesquelz  auront  nom  desplaisir, 
Mort,  misère  ou  calamité. 
Qui  quiert  trop  grant  sublimité 
Ghiet  bien  souvent  du  haut  en  bas  : 
Dieu  bat  ceux  qui  font  les  débats. 

Prédiction  qui  devait  se  réaliser  à  la  lettre,  car,  après  s'être 
rebellé  contre  son  prince,  après  avoir  trahi  sa  patrie,  Amauri 
d'Acigné  mourut  tristement  en  exil,  sans  grandes  ressources,  en 
1476.  —  Cette  justice  encore  lointaine  ne  pouvait  soulager  les 
pauvres  Nantais  ;  aussi  leurs  plaintes  redoublent-elles,  et  leur  ville 
termine  son  élégie  par  ce  sanglot  : 

Que  peut  mais  le  peuple  commun 
De  ceste  malédiction?... 

Ayt  le  mal  qui  a  fait  Toffense! 
Non  pas  les  pouvres  innocens 
Auxquelz  devez  garde  et  deffense 
Et  les  guider  par  vostre  sens  ! 
Mais  à  présent  je  voy  et  sens 
Que  de  leur  fait  il  ne  vous  chault... 

Plus  ne  sçay  que  je  face  ou  die, 
Car  ceux  en  qui  fut  mon  recours 
Sont  joyeux  de  ma  maladie 
Et  me  laissent  sans  nul  secours!... 

Il  n'y  a  point  à  s'étonner  de  l'indignation  qu'excitèrent  en  Bre- 
tagne la  félonie  et  les  intrigues  de  ce  d'Acigné.  Lui,  Breton  de 

1.  Ne  remplissent  pas  le  rôle  de  bergers. 

2.  De  votre  extravagance. 


\ 


3^0  JEAN   MESCHIXOT 

vieille  race,  pour  satisfaire  une  sotte  vanité,  il  appela  à  son  aide 
l'étranger  et  ouvrit  autant  qu'il  put  la  Bretagne  aux  entreprises 
de  Louis  XL  On  devine  quels  durent  être  les  sentiments  de  Mes- 
chinot,  si  dévoué  à  la  Bretagne,  et  dont  nous  avons  vu  le  patrio- 
tisme breton  s'exprimer  avec  tant  d'éclat  dans  la  gracieuse  bal- 
lade adressée  par  lui  à  Marguerite  de  Foix  quand  elle  vint,  en 
juin  1471,  épouser  le  duc  de  Bretagne  François  IL  Nous  l'avons 
citée  plus  haut,  nous  n'y  reviendrons  pas^ 

C'est  encore  le  sentiment  breton  qui  le  poussa  à  célébrer, 
quoique  étrangère  à  la  Bretagne,  une  autre  princesse,  Isabelle  de 
Portugal,  veuve  du  duc  de  Bourgogne  Pliilippe  le  Bon,  mère  de 
Charles  le  Téméraire,  morte  le  28  décembre  1472.  A  elle,  en 
effet,  est  consacrée  «  une  petite  et  briefve  lamentation  et  com- 
plainte de  la  mort  de  madame  de  Bourgongne,  »  composée  par 
Meschinot  et  «  faicte  (dit-il)  à  la  requeste  de  monseigneur  de 
Crouy,  quand  il  vint  en  Bretagne  devers  le  duc,  lequel  (Crouy) 
piteusement  se  douloit  du  cas  advenu ,  comme  on  pourra  veoir 
cj-après^  » 

C'était  en  1473;  le  sire  de  Croy^,  très  considéré  à  la  cour  de 
Bourgogne,  était  envoyé  vers  le  duc  de  Bretagne  par  Charles  le 
Téméraire  ;  il  s'agissait  de  relier  fortement  les  deux  princes,  les 
deux  pays,  dans  une  résistance  commune  contre  les  attaques  de 
Louis  XL  Pour  gagner  de  plus  en  plus  Croy  à  la  cause  de  la  Bre- 
tagne, il  n'en  coûtait  guère  à  Meschinot  de  célébrer  la  princesse 
tant  pleurée  par  ce  seigneur,  d'autant  qu'elle  le  méritait  par  ses 
vertus.  Mais  notre  poète,  ne  l'ayant  point  connue  personnelle- 
ment, ne  pouvait  guère  lui  consacrer  que  des  lieux  communs. 
Nous  nous  bornerons  à  citer  la  première  strophe  de  cette  pièce  : 

En  contemplant  ce  misérable  monde, 
Rempli  d'ennuis  et  où  tout  mal  abonde, 
N'a  pas  long  temps  fus  de  tristesse  espris, 
Dont  encore  porte  angoisse  profonde, 
Et  la  raison  sur  quoi  ma  douleur  fonde, 

1.  Voir  notre  première  partie,  Vie  de  Meschinot,  g  VIII,  ci-dessus,  p.  118. 

2.  Édit.  de  1522,  fol.  111  v. 

3.  Antoine,  sire  de  Croy  et  de  Renti,  comte  de  Porcian,  de  Guisnes,  etc., 
premier  chambellan  du  duc  de  Bourgogne  Philippe  le  Bon  dont  il  avait  la 
faveur,  chevalier  de  la  Toison  d'Or,  mort  en  1475  (Moréri,  édit.  de  1759,  IV, 
p.  292). 


SA   VIE   ET   SES   ŒUVRES.  341 

C'est  qu'il  n'y  a  fors  dangiers  et  perilz, 
Labeur  de  corps  et  tourments  d'esperitz, 
Et  que  bien  bref  par  mort  serons  péris, 
Dont  en  mon  cueur  grant  desplaisir  redonde. 
Car,  soyons  beaux,  jeunes,  forts,  bien  appris, 
Sages,  courtois,  querans  honneur  et  prix, 
11  faut  que  mort  à  la  fin  nous  confonde  ^ . 

Ce  sont  Ik,  on  le  sait,  des  idées  qui  reviennent  souvent  dans  les 
Lunettes  des  princes  ;  il  y  a  donc  lieu  de  croire  que  l'auteur 
s'était  mis  vers  cette  époque  à  continuer  ce  poème  et  que  peut- 
être  il  en  courait  déjà  quelques  exemplaires;  toutefois,  nous  nous 
expliquerons  plus  amplement  sur  ce  point  quand  nous  parlerons, 
un  peu  plus  loin,  de  ces  fameuses  Lunettes. 


On  trouve  dans  les  œuvres  de  Meschinot  quelques  pièces  qui, 
quoique  conçues  en  termes  généraux,  concernent  évidemment  le 
duc  et  la  cour  de  Bretagne. 

D'abord,  deux  ballades  adressées  l'une  et  l'autre  à  un  prince 
qui  doit  être  le  duc  breton  François  II,  auquel  notre  poète  recom- 
mande de  «  secourir  »  largement  ses  serviteurs  eu  temps  oppor- 
tun, de  ne  pas  prodiguer  ses  faveurs  aux  «  simples,  »  mais  aux 
«  sages,  »  et  il  termine  par  ce  fier  conseil  : 

Prince,  faites  de  maux  destruction. 
De  bon  conseil  croyez  l'instruction, 
Monstrez-vous  fier  aux  fiers  comme  un  liépard. 
Et  au  peuple  soyez,  sans  fiction, 
Bénin  de  cueur,  amiable  en  regard^. 

L'autre  ballade  débute  par  ces  vers  : 

Ung  corps  humain  est  tant  bien  ordonné 
Que  les  membres  font  tous  au  chef  service^. 

Comme  suite  à  ce  début,  le  poète  insiste  sur  la  nécessité  de 
l'union  entre  le  chef  et  les  membres  du  corps  politique,  entre  le 

1.  Édit.  de  152-2,  fol.  111  v. 

2.  Édit.  de  1522,  fol.  90. 

3.  Édit.  de  1522,  fol.  90  v. 


312  JEAN   MESCHINOT 

prince,  les  grands  et  le  peuple  ;  ce  qui  semble  indiquer  quelque 
crainte  de  voir  cette  union  troublée  en  Bretagne.  Après  avoir 
rappelé  le  premier  devoir  du  prince,  qui  est  de  faire  rendre  bonne 
justice  à  ses  sujets,  il  ajoute  : 

Et,  s'en  véoit^  ung  juge  abandonné 
A  soustenir  fallace  d'injustice. 
Point  ne  devroit  lui  estre  pardonné. 
Mais  destruire  lui  et  son  mauvais  vice. 
Gens  loyaux  sont  du  prince  nourriture 
Et  du  pays  défense  et  couverture. 
Conseil  fictif-  met  tous  en  adventure, 
Qu'on  devroit  mieux  nommer  abusion... 

Prince  et  chief,  voyez  cesle  paincture  : 
Aux  faux  meml)res  donnez  griefve  poincture 
Et  ne  faictes  des  bons  dimission. 
Corrigez  tout,  vous  en  avez  la  cure, 
Sans  y  mettre  nulle  division  ^. 

Cette  pièce  a  dû  être  écrite  pendant  la  lutte  si  vive,  si  violente, 
engagée  à  la  cour  de  Bretagne  entre  le  trésorier  Landais  et  le 
chancelier  Chauvin,  et  terminée  par  la  chute,  l'emprisonnement, 
la  mort  de  ce  dernier  (1481-1484).  En  conseillant  au  prince  de 
punir  sévèrement  «  un  juge  »  qui  se  serait  «  abandonné  à  soute- 
nir fallace  d'injustice,  »  et  de  ne  point  «  faire  dimission  (renvoi) 
des  bons,  »  Meschinot  entend  sans  doute  approuver  la  chute  du 
chancelier  et  le  maintien  en  faveur  de  Landais. 

Landais,  on  le  sait,  succomba  à  son  tour  (19  juillet  1485) 
devant  la  ligue  formée  contre  lui  par  les  barons  ;  le  duc  de  Bre- 
tagne François  II  resta  livré  aux  intrigues  de  ceux  qui,  dans  un 
but  d'ambition  purement  égoïste,  venaient  de  renverser  cet  habile 
ministre,  ce  grand  patriote  breton.  Voici  un  rondeau  satirique  de 
Meschinot,  dont  les  critiques  doivent  être  dirigées  contre  l'état 
de  la  cour  de  Bretagne  à  ce  moment  : 

Ceux  qui  dussent  parler  sont  muts  ''  ; 
Les  loyaux  sont  pour  sots  tenus... 

1.  Et  si  l'on  voyait. 

2.  Conseil  trompeur. 

3.  Édit.  de  1522,  fol.  90  v«  et  91. 

4.  Muets. 


SA  VIE   ET   SES   COUVRES.  343 

Vertus  vont  jus  ^  péché  hault  monte, 

Ce  vous  est  honte, 
Seigneurs  grans,  moyens  et  menus  2. 
Flatteurs  sont  grans  gens  devenus 
Et  à  hault  estats  parvenus, 

Entretenus, 
Tant  que  rien  n'est  qui  les  surmonte... 

Tout  se  mécompte, 
Quant  les  bons  ne  sont  soustenus. 
Ceux  qui  dussent  parler  sont  muts  ^. 

Du  reste,  dans  les  troubles  et  les  intrigues  qui  agitèrent  souvent 
la  cour  du  dernier  duc  de  Bretagne,  Meschinot  semble  n'avoir  eu 
d'autre  ligne  de  conduite  que  de  se  tenir  toujours  fidèlement  du 
côté  du  prince  et  de  garder  d'ailleurs  une  grande  prudence.  Il  dit 
quelque  part  : 

La  cour  est  une  mer,  dont  sourt 

Vagues  d'orgueil,  d'envie  orages... 

Ire  esmeut  débats  et  outrages, 

Qui  les  nefs  jettent  souvent  bas; 

Traison  y  fait  son  personnage. 

Nage  aultre  part  pour  tes  ébats*. 

S'eschapper  veux^,  feins  estre  sourd 
Et  n'use  pas  de  grant  langage  -, 
Temporise,  faisant  le  lourd, 
Escoute  et  cèle  ton  courage 
Sans  mouvoir  en  plus  qu'un  ymage, 
Eschive^  noises  et  débats... 

Pour  dire  vray,  au  temps  qui  court, 
Cour  est  bien  périlleux  passage^... 

Si  Meschinot  hésitait  à  prendre  parti  dans  les  querelles  qui 

1.  Jus,  bas.  La  vertu  est  abattue,  le  mal  triomphe. 

2.  Allusion  à  la  ligue  des  seigneurs  contre  Landais. 

3.  Édit.  de  1522,  fol.  128  v  et  129. 

4.  C'est-à-dire  :  Si  tu  veux  nager  pour  ton  plaisir,  tu  feras  bien  d'aller 
ailleurs. 

5.  Si  tu  veux  échapper. 

6.  Évite. 

7.  Édit.  de  1522,  fol.  94. 


\ 


3^4  JEAN   MESCHINOT 

divisaient  les  Bretons,  il  en  était  autrement  de  celles  qui  mena- 
çaient plus  ou  moins  gravement  l'indépendance  et  l'intégrité  de 
la  patrie  bretonne. 

Ainsi,  en  1487,  quand  le  roi  Charles  VIII  attaqua  la  Bretagne 
sous  prétexte  de  l'asile  prêté  par  le  duc  François  II  aux  mécon- 
tents de  France,  entre  autres  au  duc  d'Orléans,  au  comte  de 
Dunois,  etc.,  un  parti  considérable  de  seigneurs  bretons  ayant 
à  leur  tête  le  maréchal  de  Rieux,  irrités  du  grand  crédit  accordé 
par  le  duc  à  ces  Français  réfugiés,  eurent  la  déloyauté  de  s'allier 
ouvertement  avec  le  roi.  Ils  stipulèrent,  il  est  vrai,  certaines 
conditions  qui  devaient,  selon  eux,  garantir  le  maintien  de 
l'indépendance  bretonne,  mais  ces  conditions  ne  furent  point  res- 
pectées, et  la  ruine  de  la  Bretagne  devint  la  suite  naturelle  et 
nécessaire  de  cette  alliance,  dont  le  vrai  nom  est  trahison. 

Au  moment  où  cette  perfidie  se  tramait,  où  beaucoup  d'incer- 
titude régnait  encore  sur  les  véritables  desseins  des  conjurés, 
Meschinot  les  dénonça  bravement  comme  un  complot  criminel 
contre  la  Bretagne,  dans  une  pièce  où  il  laissa  de  parti  pris 
quelques  obscurités  et  dont  nous  allons  citer  les  principaux  pas- 
sages en  les  commentant,  de  façon  à  en  établir  clairement  le  sens. 
Voici  le  début  *  : 

Frère,  qui  parlez  de  L.  et  G., 

Les  aultres  lettres  confondant, 

Dites,  quand  viendroit  à  l'essai, 

Seriez-vous  tant  effondant 

De  ce  sang  humain,  com  fondant 

Vont  voz  molz  de  menaces  pleins  ? 

Après  jeux  viennent  pleurs  et  plalngs. 

Frère  montre  que  l'auteur  s'adresse  à  un  compatriote,  à  un 
Breton.  L.  et  C.  désignent  les  rois  de  France  Louis  et  Charles, 
dont  les  Bretons  francisés  vantaient  la  puissance  et  dont  ils  mena- 
çaient la  Bretagne.  Meschinot  doute  encore  que  ces  méchants 
Bretons,  malgré  leurs  menaces,  voulussent  en  venir  à  répandre 
ou  faire  répandre  le  sang  de  leurs  compatriotes,  mais  dans  le 
vers-proverbe  qui,  selon  l'usage,  termine  la  strophe,  il  les  avertit 
que  ce  sont  là  jeux  dangereux,  sujets  à  tourner  très  mal.  Il  con- 
tinue : 

Je  prise  bien  peu  vos  abays 

1.  Édit.  de  1522,  fol.  117  v»  à  119. 


SA   VIE   ET   SES   OEUVRES.  315 

Tendans  d'injure  à  conséquence, 
Qui  mettez  en  vos  ditz  A.  B. 
Et  avez  si  belle  éloquence. 

A.  B.,  c'est  Anne  de  Beaujeu,  sœur  aînée  de  Charles  VIII, 
laquelle  menait  tout  en  France  et  dont  on  vantait  beaucoup  l'ha- 
bileté. Notre  poète  dénonce  ensuite  avec  énergie  le  grand  danger 
des  criailleries  des  mécontents  bretons  :  ils  vont  créer  en  Bretagne 
une  division  qui  perdra  le  pays,  comme  les  dissensions  de  la 
France  l'avaient  perdue  sous  Charles  VI  et  Charles  VII  : 

Je  dy,  après  avoir  visé 
Au  long  l'effect  de  vos  estrifs^ 
Que  tout  règne  en  soy  divisé 
Rempli  sera  de  pleurs  et  cris  : 
Dieu  nous  a  ces  beaux  molz  escrips 
Qui  portent  de  ce  vérité... 

La  cause  de  la  maladie 
Du  royaume  et  sa  lésion, 
Celui  qui  France  a  maladie^, 
Ce  fut  guerre  et  division. 
N'en  as-tu  pas,  dy,  vision, 
Qui  veux  rechoir  en  ce  dangier  ? 

C'est-à-dire  :  «  Est-ce  que  tu  ne  vois  pas  cela,  toi  qui  veux  atti- 
rer sur  la  Bretagne  le  fléau  sous  lequel  la  France  faillit  naguère 
succomber?  »  —  Quant  aux  stipulations  grâce  auxquelles  les 
barons  de  Bretagne  prétendaient  faire  respecter  par  la  France  les 
droits  de  leur  pays,  Meschinot,  très  avisé,  leur  en  prédit  le  péril 
et  l'inanité  : 

Les  sages  jamais  Dieu  ne  tentent. 
Mais  quierent  le  certain  tousdis^, 
Et  de  leur  propre  se  contentent, 
Sans  donner  crédit  à  tous  ditz^... 
Ung  homme  de  haut  ou  bas  art, 

1.  De  vos  querelles,  de  vos  récriminations. 

2.  Qui  a  rendu  la  France  malade.  Ici,  maladie  est  le  participe  du  verbe 
maladir,  forgé  pour  la  circonstance. 

3.  Toujours. 

4.  A  toute  parole,  toute  promesse. 


3^6  JEAN   MESCHINOT 

Grant  empereur  ou  au  dessoubz, 
Qui  coucheroil  en  un  hasard 
Cent  mille  escuz  contre  cinq  soubz, 
Jà  du  cas  ne  seroit  absous 
Qu'on  ne  dist  qu'il  feroit  folie. 

C'était  là  exactement  le  cas  des  barons  de  Bretagne,  qui 
jouaient  la  liberté,  la  nationalité  de  leur  pays  sans  autre  garantie 
que  la  parole  du  roi,  qui  ne  valait  pas  cinq  sous,  et  dans  une 
entreprise  où,  comme  Bretons,  ils  risquaient  tout  et  lui  rien. 
Quant  à  l'homme  «  de  haut  ou  bas  art,  »  c'est-à-dire  de  grande 
ou  petite  habileté,  qui  était  «  grant  empereur  on  au-dessous,  » 
cela  désigne  bien  le  maréchal  de  Rieux,  qui  se  croyait  grand 
politique  et,  dans  la  circonstance,  tranchait  du  duc  de  Bretagne, 
du  souverain. 

Le  grand  argument  des  Bretons  français  pour  soutenir  que 
l'on  devait  sans  coup  férir  tout  céder  à  la  France,  c'est  que,  selon 
eux,  la  Bretagne  était  trop  faible  pour  résister  à  la  grande  puis- 
sance française.  Notre  poète  répond  vaillamment 

Que  Dieu  seul  donne  la  victoire. 
Et  non  pas  celui  qui  bataille; 
Quelque  part  que  le  débat  aille, 
Toute  puissance  est  en  ses  mains... 

Et,  pour  ce  que  j'ai  l'engin  court, 

Je  veux  dire,  par  conclusion, 

Qu  a  Poitiers,  mesmes  à  (jincourt\ 

Se  trouva  grant  effusion 

De  sang,  à  la  confusion 

Des  Françoys,  par  leur  grant  orgueil. 

Ghascun  ne  fait  pas  à  son  vueil. 

Curieuse  coïncidence  :  le  29  juillet  1488,  quand  le  vainqueur 
de  Saint- Aubin  du  Cormier-  somma  la  ville  de  Rennes  de  se 
rendre,  les  mêmes  idées  et  presque  les  mêmes  paroles  se  retrou- 
vèrent dans  le  refus  énergique  des  Rennais  : 

«  Si  vous  avez  bien  lu  les  histoires  de  la  sainte  Ecriture,  dirent- 

1.  A  Azincourt. 

2.  Louis  de  la  Trémoille,  chef  de  l'armée  envoyée  contre  la  Bretagne  par  le 
roi  Charles  VIII. 


1 


SA    VIE    ET   SES   ŒUVRES.  Si7 

ils  à  La  Trémoille,  vous  y  avez  en  plusieurs  lieux  trouvé  que  le 
plus  grand  nombre  des  combattants  n'ont  pas  toujours  eu  la  vic- 
toire. Vous  savez  comme  il  en  print  au  roi  Philippe  de  Valois  à 
Crecy,  l'an  1346,  quand  luy,  qui  accompaigné  estoit  de  cent 
mille  hommes,  fut  défait  par  dix  mille  Angiois  ;  et  aussi  du  roi 
Jehan  près  Poitiers,  le  19"  jour  de  septembre  1356,  où  les  Fran- 
çois par  leur  fierté  perdirent  leur  roi.  Vous  autres  François 
ferez  assez  d'entreprises  de  guerre  et  de  bataille  tant  qu'il  vous 
plaira  ;  mais  celuy  qui  sans  fin  règne  là  sus  donne  les  victoires  ; 
ne  vous  en  attribuez  pas  la  gloire  ;  c'est  à  lui  qu'elle  appartient  ^  » 
Il  est  difficile  de  ne  voir  dans  cette  rencontre  qu'un  hasard, 
difficile  de  ne  pas  croire  que  les  Rennais  connaissaient  les  vers  de 
Meschinot  et  s'en  étaient  inspirés.  Celui-ci  termine  sa  pièce  par 
cette  strophe  très  significative  : 

Vivons  en  paix^  par  union, 

Faire  ne  pouvons  plus  bel  œuvre, 

Car,  selon  mon  oppinion, 

Qui  la  perd  à  tard  la  recueuvre. 

Quand  soubz  couleur  de  bien  on  cueuvre 

Poisons,  la  mort  en  peut  venir. 

Bon  fait  les  meschiefz  prévenir  ! 

Ces  derniers  vers,  très  énergiques,  sont  très  justes  dans  leur 
énergie  :  cette  honteuse  alliance  avec  la  France,  que  tramait  le 
maréchal  de  Rieux  sous  couleur  de  bien  public,  était  un  vrai  poi- 
son; c'est  de  ce  poison  que  mourut  la  Bretagne.  Notre  poète 
était  donc  singulièrement  clairvoyant  ;  ici  même  il  est  prophète. 

Arthur  de  la  Borderie. 
(A  suivre.) 

1.  Alain  Bouchart,  Chroniques  de  Bretagne,  édit.  de  1532,  fol.  209  v°. 

2.  En  paix  à  l'intérieur,  car,  pour  la  guerre  avec  la  France,  on  vient  de  voir 
qu'elle  n'effrayait  point  le  poète. 


4895  24 


i 


DOCUMENTS 


RELATIFS    A 


JACQUES  DE   BEAUNE-SEMBLANÇAY 


Jacques  de  Beaune,  immortalisé  par  Marot,  a  excité  de  bonne 
heure  la  jalousie  de  ses  contemporains.  Le  premier  des  documents 
qui  suivent  est  un  projet  d'interrogatoire  préparé  en  1505  par 
les  soins  de  l'amiral  Graville  pour  être  fait  au  financier  en  la 
Chambre  des  comptes.  C'est  au  lendemain  de  la  perte  de  Naples 
que  les  comptables  ont  été  poursuivis  et  durement  frappés  (1504). 
Le  maréchal  de  Gyë  est  tombé  en  disgrâce  pour  s'être  prononcé 
contre  l'union  de  la  princesse  Claude  et  de  Charles  de  Luxem- 
bourg, héritier  du  trône  de  Castille  ;  mais  Louis  XII  a  compris 
sa  faute,  au  printemps  de  1505,  et  il  protège  secrètement  le  maré- 
chal. La  reine  Anne  va  cacher  son  dépit  en  Bretagne,  et  l'amiral 
Graville,  revenu  aux  affaires  après  quelques  années  d'effacement, 
met  à  profit  l'absence  de  la  reine  pour  intriguer  en  faveur  de  Gyé. 
Il  travaille  aussi  à  écarter  ceux  qui  gênent  son  ambition  per- 
sonnelle et  surtout  les  quatre  généraux  des  finances,  administra- 
teurs suprêmes  et  sans  appel  du  revenu  public.  Jacques  de  Beaune, 
favori  de  la  reine,  est  particulièrement  désigné  à  ses  coups*. 
Voici  le  résumé  des  articles  :  I.  Depuis  quand  de  Beaune  est-il 
général,  et  quels  dons  a-t-il  reçus  de  Charles  VIII  et  d'Anne, 
outre  ses  gages?  (2  par.)  II.  Acquits  déguisés  (2  par.).  III.  Em- 
prunts de  1495-1496  (5  par.).  IV.  Les  généraux  ont  fait  office 
de  comptables  (3  par.).  V.  Commissions  extraordinaires  données 

1.  R.  de  Maulde,  Procédures  politiques  du  temps  de  Louis  XII  (coll.  des 
documents  inédits);  A.  Sponl,  Semblançay,  la  bourgeoisie  financière  au  début 
du  XVP  siècle,  f.  91,  note  2. 


DOCUMENTS   RELATIFS   A   JACQUES    DE   BEAUNE-SEMBLANÇAT.  3^19 

à  leurs  parents  (4  par.).  VI.  Ils  ont  reçu  de  l'argent  des  villes 
italiennes  en  1494-1495(2  par.).  VII.  Ainsi  que  d'emprunts  con- 
tractés en  France  (1  par.).  VIII.  Ils  se  sont  illégalement  attribué 
des  sommes  inscrites  au  budget  sous  la  rubrique  de  menus  frais. 

Le  second  document  est  le  seul  reste  de  l'enquête  judiciaire  qui 
a  précédé  la  condamnation  à  mort  de  Semblançay*.  Les  articles 
I  à  XII  ont  trait  aux  opérations  de  banque  de  l'accusé,  à  ses  rela- 
tions avec  les  comptables  ou  les  banquiers  italiens  ;  les  articles 
suivants  parlent  des  procès  de  Semblançay,  de  ses  embarras 
financiers,  des  créances  qu'il  a  essayé  de  recouvrer,  des  emprunts 
qu'il  a  du  contracter,  en  1525-1526  ;  il  aurait  menacé  Lambert 
Meigret  de  lui  «  faire  mal  des  besognes  » ,  s'il  ne  se  taisait 
(art.  xv),  et,  d'autre  part,  Jean  Prévost  se  vante  que,  «  si  ledit 
sieur  de  Semblançay  lui  faisoit  eschoffer  la  teste,  il  le  feroit  bien 
marry  »  (art.  xxiii)  ;  les  articles  xxxi  à  xli  parlent  de  l'empri- 
sonnement de  Semblançay  et  de  ses  papiers  recelés. 

Le  troisième  document^  est  la  réponse  de  Semblançay  à  l'acte 
d'accusation  sur  lequel  il  a  été  condamné  à  mort.  Les  articles  i-ii 
remettent  en  question  le  jugement  du  27  janvier  1525^,  qui  a 
terminé  le  procès  en  reddition  de  comptes  intenté  au  financier. 
Les  articles  iii-xiv  et  xvi  parlent  des  rapports  de  Semblançay 
avec  les  banquiers  italiens  et  des  intérêts  qu'il  aurait  illégalement 
touchés.  Ses  complices  seraient  Jean  Prévost,  son  accusateur, 
ancien  trésorier  de  l'extraordinaire  des  guerres,  Bernard  Salviati, 
Léonard  Spina,  Robert  Albisse,  Thomas  Gadagne,  Guillaume 
Nazy.  On  remarquera  l'article  xi,  qui  parle  des  envois  d'argent 
à  Lautrec,  car  on  sait  que  la  bataille  de  la  Bicoque,  suivie  de  la 
perte  du  Milanais,  est  la  prétendue  cause  de  la  disgrâce  de  Sem- 
blançay. Les  articles  xv,xvn-xix,  xxii  relèvent  les  irrégularités 
de  Semblançay  dans  la  gestion  des  finances  particulières  de  Louise 
de  Savoie,  de  1515  à  1523.  Les  articles  xx-xxi,  xxiii-xxv 
parlent  du  roi.  Semblançay  est  accusé  d'avoir  fait  manier  de  l'ar- 
gent du  roi  par  son  maître  clerc  Guillaume  du  Frain  ;  à  cela  il 
répond  qu'il  a  prêté  beaucoup  d'argent  à  la  couronne  et  qu'il 
recevait  en  remboursement  des  décharges  ou  lettres  de  change 
tirées  sur  les  receveurs  particuliers  des  aides  ou  de  la  taille^; 

1.  A.  Spont,  op.  cil.,  p.  238,  244,  251. 

2.  A.  Spont,  op.  cit.,  p.  252-261. 

3.  P.  Clément,  Trois  drames  historiques,  p.  389-393. 

4.  A.  Spont,  op.  cit.,  p.  29. 


320  DOCUMENTS 

Frain  n'a  manié  que  ces  papiers,  qui  appartenaient  bien  à  son 
maître,  pour  en  poursuivre  le  recouvrement.  Semblançay  est 
accusé  d'avoir  fabriqué  des  acquits  (art.  xxi),  falsifié  des  quit- 
tances (xxrii),  touché  des  acomptes  indus  (xxiv-xxv).  Qu'y 
a-t-il  de  vrai  dans  tout  cela  ?  La  disparition  des  pièces  du  procès 
criminel  rend  la  réponse  difficile.  Semblançay  n'a  certainement 
pas  la  conscience  nette,  puisqu'il  fait  appel  à  la  compassion  du 
roi  et  de  la  reine  mère. 

Le  quatrième  et  dernier  document  montre,  à  la  décharge  du 
financier,  le  dévouement  de  son  fils,  Guillaume  de  Beaune,  et  de 
ses  serviteurs,  qui  n'ont  pas  craint  d'encourir  la  colère  du  roi  et 
du  chancelier  Duprat*  en  donnant  une  sépulture  au  malheureux 
Semblançay. 

Alired  Spont. 


L 

Articles  dressés  contre  Jacques  de  Beaune. 

(Août  \oOo.) 

Le  procureur  du  Roy  nostre  sire,  en  sa  chambre  des  comptes  à 
Paris,  requiert  par-devant  vous,  nos  seigneurs  de  la  chambre  du  con- 
seil lez  la  cliambre  desdits  comptes,  que  M«  Jacques  de  Beaune,  con- 
seiller et  général  des  finances  du  Roy  nostre  sire,  soit  par  vous,  nos- 
dits  seigneurs,  interrogué  sur  ce  qui  s'ensuyt  : 

L  Et  premièrement  combien  il  y  a  qu'il  est  général  desdites  finances. 

Item,  quels  biens  il  a  cuz  du  feu  Roy  Charles,  dernier  décédé  (que 
Dieu  absoiile],  et  de  la  Roync,  oultre  ses  gages  ordinaires. 

11.  ftem,  quelle  somme  de  deniers  il  a  eue  à  son  prouffit  par  vertu 
des  acquitz  en  deniers  complans  baillez  au  Roy,  et  qui  luy  a  baillé.  Et 
s'il  dit  qu'il  n'en  a  poinct  eu,  luy  soit  remonstré  que  maistre  Jehan 
Duboys-Fontaines-,  luy  estant  secrétaire  des  finances  dudit  feu  Roy 
Charles,  dépescha  ung  acquit  ou  plusieurs  pour  la  somme  de  huit 
mil  escus  en  deniers  baifiez  comptans  au  Roy,  qu'il  bailla  au  feu 

1.  P.  Clément,  op.  cit.,  p.  207-208;  A.  Spont,  op.  cit.,  p.  248,  264. 

2.  Receveur  général  d'Oulreseine,  beau-frère  de  Thomas  Bohier,  général  de 
Normandie,  et  de  Henri  Bohier,  receveur  général  de  Languedoïl;  Jean  du  Boys 
venait  d  être  privé  de  sa  charge. 


RELATIFS   A  JACQUES   DE   BEAUNE-SEMBLANÇAY.  321 

général  Gaillart%  à  maislre  Thomas  Boyer-  et  à  luy,  lesquels  huit 
mil  escus  luy,  lesdils  Gaillart  et  Boyer  receurent  des  receveurs  géné- 
raux, et  dMceulx  en  ont  pris  chacun  deux  mille  escus  et  appliquez  à 
leur  prouffit. 

Item^  aussi  se  trouve  que  luy  et  les  généraux  Briçonnet^et  Bohier 
ont  eu  par  les  mains  dudit  Duboys  chacun  deux  mil  escus  soleil  en 
vertu  dudit  acquit  en  deniers  baillez  comptans  au  Roy. 

Item^  s'il  a  point  veu  ne  sceu  que  ledit  feu  Roy  Charles  ait  receu 
par  ses  mains  aucune  somme  de  deniers  baillez  comptans  au  Roy,  et 
quelle  somme  il  a  receu  et  de  qui. 

Item^  s'il  a  point  veu  que  ledit  feu  seigneur  ait  distribué  par  ses 
mains  aucune  somme  de  deniers,  quelle  somme  il  a  distribué,  par 
quantes  fois,  à  qui,  en  quel  lieu  et  quant  ce  fut. 

Item^  pourquoy  luy  et  les  autres  généraulx  ont  esté  inventifs  de 
faire  despescher  lesdits  acquicts  en  deniers  baillez  comptans  au  Roy, 
veu  que  ce  sont  acquicts  déguisez,  faiz  contre  les  ordonnances  royaux 
et  tout  ordre  de  finance. 

liem^  s'il  dit  qu'il  n'a  point  été  inventif  desdits  acquictz,  luy  soit 
remonstré  qu'il  se  trouve,  par  la  déposition  dudit  Duboys  et  autres 
secrétaires  desdites  finances,  que  ledit  feu  Roy  Charles  ne  commanda 
jamais  despescher  lesdits  acquicts,  sinon  qu'il  eust  premièrement  esté 
déhbéré  et  advisé  par  les  généraulx  qu'il  se  devoit  ainsi  faire. 

Item^  s'il  scet  point  aucuns  autres  particuUiers  qui  ait  receu  aucune 
somme  de  deniers  soubz  umbre  desdicts  acquicts  en  deniers  baillez 
comptans  au  Roy,  et  qui  ilz  sont,  de  quelle  somme  de  déniez  ledit 
feu  seigneur  a  esté  intéressé  au  moyen  desdicts  acquicts. 

III.  Item^  pour  quelz  afaires  furent  faiz  les  empruncts  dont  se 
trouvent  chargez  les  comptes  des  receveurs  généraulx  et  autres  de 
intérest,  et  en  quel  temps. 

Item^  s'il  dit  que  ce  fut  pour  les  affaires  de  la  guerre,  luy  soit 
remonstré  que  Testât  estoit  jà  fait  où  avoient  esté  couchez  tous  les 
affaires  de  la  guerre,  tant  ordinaire'*  que  extraordinaire-'*,  et  que  luy 
et  les  autres  généraulx  avoient  par  devant  eulx  grant  somme  de 

1.  Michel  Gaillard,  général  d'Oulreseine,  mort  en  1501. 

2.  Général  de  Normandie. 

3.  Pierre  Briçonnet,  général  de  Languedoïl,  frère  de  Guillaume,  le  cardinal 
de  Saint-Malo. 

4.  Paiement  de  la  cavalerie  (gens  d'armes). 

5.  Paiement  de  l'infanterie  (francs-archers,  gens  de  pied,  aventuriers  fran- 
çais, arbalétriers,  Suisses,  lansquenets)  et  des  frais  de  l'armée  (cavalerie  et 
infanterie)  en  campagne. 


322  DOCUMENTS 

deniers  venuz  de  l'argent  que  l'on  mettoit  sus  par  chacun  an  pour  les 
cas  inopinez,  dont  ils  dévoient  fournir  sans  prendre  argent  à  intérest. 

Item,  de  quels  gens  a  esté  prins  à  intérest  ledit  argent  et  s'il  y  en 
a  point  en  ce  royaulme  et  qui  ils  sont. 

Item,  se  luy  mesme  ou  les  autres  généraulx  en  ont  point  baillé  à 
intérest,  ou  leurs  parens,  serviteurs  et  affins,  et  s'il  y  avoit  point  de 
prouffit.  —  S'il  dit  que  non,  luy  soit  demandé  s'il  s'en  veult  rapporter 
à  ceulx  qui  ont  eu  le  maniment  desdits  deniers  prins  à  intérest  et 
autres,  trésoriers  des  guerres,  de  l'extraordinaire  et  autres. 

Item,  se  luy  et  les  autres  généraulx  ont  point  eu  de  prouffît  en 
argent  qui  ayt  esté  baillé  à  Paule  Soli  ' ,  cytoyen  de  Gennes,  et  aultres 
bancquiers,  tant  pour  les  intérests  que  par  forme  de  don,  et,  s'il  dit 
que  non,  luy  soit  demandé  s'il  s'en  veut  rapporter  auxdits  Soli,  banc- 
quiers et  autres  facteurs. 

IV.  Item,  s'il  n'a  pas  levé  et  reccu  par  chacun  an  tous  les  deniers 
de  sa  charge  ou  la  plus  part  et  pourquoy;  s'il  dit  que  non,  luy  soit 
rcmonstré qu'il  se  trouve,  parla  depposition  des  receveurs  généraux, 
particuUicrs  et  autres  gens  de  bien,  qu'il  n'y  a  eu  général  des  finances 
qu'il  n'y  ait  levé  un  cbascun  d'eulx  tous  les  deniers  ou  la  pluspartde 
sa  charge,  et  que  lesdits  receveurs  généraulx  n'ont  esté  receveurs 
que  de  papiers  et  de  bien  peu  d'argent. 

Item,  s'il  scet  pas  bien  que  de  tout  temps  et  d'ancienneté  que,  après 
que  les  eslats  généraulx ^  sont  cloz,  on  a  accoustumé  bailler  les  des- 
charges aux  pancionnaires  de  ce  royaulme,  affin  qu'ils  puissent 
recouvrer  ou  faire  recouvrer  à  leurs  despcns  leurs  pancions  sur  les 
comptables  de  qui  ils  sont  assignez^.  S'il  dit  que  non,  luy  soit 
remonstré  que  cela  est  tout  notoire  et  par  ce  qu'il  n'en  peult  avoir 
cause  d'ignorance. 

Item,  s'il  dit  que  oy,  lui  soit  demandé  pourquoy  luy  et  les  aultres 
généraulx  ont  baillé  ou  fait  bailler  commission  à  icelluy  qui  a  la 
charge  en  Bretaigne  de  recevoir  les  déniez  ordonnez  pour  payer  les- 
dits pancionnaires,  qui  a  deux  mil  frans  de  tauxacion  pour  ce  fère, 
qui  est  une  grant  somme  de  deniers  perdue  pour  le  Roy. 

V.  Item,  pourquoy  lui  et  les  aultres  généraulx  ont  baillé  ou  fait 
bailler  plusieurs  commissions  extraordinaires  à  plusieurs  personnes 
et  à  cbascun  baillé  grosses  tauxacions,  veu  qu'ils  sçavent  bien  qu'il 
est  prohibé  et  deffendu  par  les  ordonnances  royaulx. 

1.  En  1494-1495. 

2.  États  généraux  annuels  des  finances. 

3.  A.  Spont,  op.  cit.,  p.  28. 


RELATIFS   A   JACQUES   DE   BEACNE-SEMBLANÇAY.  323 

Item^  se  luy  et  les  aultres  géiiéraulx  n'ont  pas  mis  sus  lesdites  com- 
missions extraordinaires  pour  pourvoir  leurs  parens,  affins  et  servi- 
teurs. S'il  dit  que  non,  luy  soit  remonstré  qu'il  se  trouve,  par  les 
comptes  renduz  en  la  chambre  des  comptes,  que  tous  les  parens, 
alliez,  affins  ou  serviteurs  de  luy  et  des  aultres  généraulx  ont  eu 
toutes  lesdites  commissions  extraordinaires,  et  par  ce  quMl  ne  se  peult 
excuser  que  luy  et  lesdits  aultres  généraulx  n'ayent  mis  sus  lesdites 
commissions  pour  pourveoir  leurs  parens,  affins  et  serviteurs. 

VI.  Iteni^  qui  a  receu  l'argent  des  composicions  de  Florence^  Pize 
et  autres  villes  d'Ytalie,  et,  s'il  dit  qu'il  ne  scet,  luy  soit  remonstré 
que  luy  et  les  aultres  généraulx  doivent  savoir  que  deuement  toutes 
les  finances  appartiennent  au  Roy,  et  par  ce  qu'il  ne  se  peult  excuser 
qu'il  ne  doyve  respondre  que  sont  devenuz  lesdits  deniers. 

Item^  qui  a  receu  l'argent  des  composicions  du  royaume  de  Napples 
et  qu'ilz  sont  devenuz. 

VII.  Item,  qui  a  receu  les  deniers  provenuz  des  emprunts  faiz  par 
ledit  feu  Roy  Charles,  tant  des  villes  de  ce  royaulme  que  des  parti- 
cuUiers  dudit  royaulme,  tant  officiers  que  autres,  et  que  sont  deve- 
nuz lesdits  deniers.  Et,  s'il  dit  que  maistre  Loys  de  Poncher^  les  a 
receuz,  luy  soit  demandé  se  luy  et  les  autres  généraulx  n'ont  pas  par 
estât  la  recepte  des  deniers  yssuz  desdits  emprunts,  où  est  ledit  estât 
et  qu'ilz  en  facent  apparoir. 

VIII.  Item,  se  luy  et  les  aultres  généraulx  ont  point  couché  ou  fait 
coucher  au  roolle  des  menuz  frais  desdits  receveurs  généraulx  plus 
grant  somme  qu'il  n'en  a  esté  baillé  et  distribué  par  lesdits  receveurs 
généraulx  et  icelle  appliquée  à  leur  prouffit.  S'il  dit  que  non,  luy  soit 
demandé  si  de  ce  s'en  veult  rapporter  auxdits  receveurs  généraulx, 
leurs  clercs  et  commis  et  à  ceulx  nommez  auxdits  rooUes,  à  qui  l'on 
dit  avoir  baillé  lesdits  deniers. 

(Arch.  de  la  Loire-Inférieure,  E  185.) 

II. 

Confession  de  Jean  Guéret. 
(9  mars  ^  527.) 

Du  9e  jour  de  mars  l'an  ^326,  à  Paris,  après  disner,  devant  nous, 
commissaires  dessus  nommés. 

1.  En  1496,  trésorier  de  l'extraordinaire  des  guerres. 


324  DOCUMENTS 

A  esté  faict  venir  de  la  Bastilhe,  par  ordonnance  desdits  commis- 
saires, Jelian  Guéret,  serviteur  et  clerc  de  messire  Jacques  de  Beaune, 
seigneur  de  Samblançay,  aagé  de  trente-quatre  ans  ou  environ,  natif 
de  Chartres  ;  lequel,  après  serment  solennel  par  luy  faict  de  dire 
vérité,  a  dict  se  que  s'ensuyt  : 

I.  Interrogé  combien  il  y  a  qu'il  est  serviteur  dudit  sgr  de  Sam- 
blançay : 

Dit  qu'il  y  a  environ  neuf  ou  dix  ans  que  il  qui  parle  veint  demou- 
rer  serviteur  de  feu  maistre  Michel  Chevalier,  qui  estoit  clerc  domes- 
tique dudit  sieur  de  Samblançay,  et  a  toujours  depuys  demeuré  en  la 
maison  dudit  sieur  de  Samblançay,  soubz  ledit  Chevalier,  qui  estoit 
domestique  dudit  sieur  de  Samblançay,  lequel  Chevalier  est  trespassé 
il  y  a  environ  cinq  ans  ou  six,  et  depuys  sa  mort  ledit  de  Samblan- 
çay a  retenu  il  qui  parle  son  serviteur  et  domestique  chez  luy.  Lequel 
de  Samblançay,  après  la  mort  dudit  Chevalier,  a  faict  faire  sa  des- 
pencc  à  il  qui  parle,  et  dit  que,  vivant  ledit  Chevalier,  ledit  qui  parle 
le  servoit  en  tous  ses  affaires,  car  il  estoit  seul  serviteur. 

II.  Interrogé  combien  de  temps  Chevalier  fust  serviteur  du  sieur  de 
Samblançay  : 

Dit  que  au  bout  de  quatre  ou  cinq  ans  que  il  qui  parle  veint  au  ser- 
vice dudit  Chevalier,  ledit  Glievalier  morul,  estant  au  service  dudit 
sieur  de  Samblançay,  et,  avant  que  il  qui  parle  veint  demourer  au  ser- 
vice dudit  Chevalier,  avoit  icelluy  Chevalier  demouré  six  ou  sept  ans 
serviteur  dudit  sieur  de  Samblançay,  ainsi  que  il  qui  parle  a  ouy  dire, 
et  estoit  ledit  Chevalier  maistre  clerc  dudit  sieur  de  Samblançay.  Et 
estoit  secrétaire  du  Roy  icelluy  Chevalier  alors  de  son  trespas,  et 
l'avoit  esté  environ  trois  ou  quatre  ans  paravant,  comme  luy  semble. 

Dit  que  ledit  Chevaher  mengeoit  et  venoit  en  la  maison  dudit  de 
Samblançay  et  estoit  son  domestique. 

Dit  que  ledit  Chevalier  estoit  marié  à  la  fdle  d'un  nommé  Guil- 
laume Aude  ' ,  de  Tours. 

m.  Interrogé  si  Chevalier  se  mesloit  de  recepvoir  les  deniers  dudit 
Samblançay  : 

Dit  que  non,  et  que  c'estoit  Guillaume  de  Frain-,  comme  l'on  disoit. 
Toutesfoys  en  a  veu  aucunes  foys  recepvoir  audit  Chevalier. 

IV.  Interrogé  si  ledit  Chevalier  passa  aucunes  quittances  des  paye- 
mens  qui  se  faisoyent  par  ordonnance  dudit  sieur  de  Samblançay  : 

1.  Fils  de  Pierre  Aude,  secrétaire  de  Charles  VII  et  de  Louis  XI,  et  neveu 
de  Semblançay. 

2.  Receveur  de  Loudua. 


RELATIFS   A   JACQUES   DE    BEAUNE-SEMBLA.VÇAT.  325 

Dit  qu'il  a  veu  que  ledit  Chevalier  passoit  les  quictances  d'aucuns 
personnaiges  qui  venoyent  devers  luy,  mais  n'a  point  sceu  que  ledit 
Chevalier  passa  les  quictances  par  commandement  dudit  sieur  de  Sam- 
blançay  et  n'en  a  souvenance.  Bien  dit  avoir  escript  plusieurs  quic- 
tances soubz  ledit  Chevalier. 

V.  Interrogé  si  ledit  Chevalier  luy  a  nommé  les  brevetz  pour  faire 
les  quictances  : 

Dit  que  beaucoup  de  foys  ledit  Chevalier  a  nommé  audit  qui  parle 
les  brevetz  des  quictances.  Lesquelz  brevetz  il  qui  parle  escripvoit  en 
papier,  et  dit  que,  lorsque  ledit  Chevalier  luy  nommoit  les  brevetz,  il 
n'y  avoit  personne  présent,  et  que  ledit  Chevalier  n'avoit  aucun  escript 
devant  luy  quant  il  nommoit  lesdits  brevetz  audit  qui  parle.  Et  dit 
que  aucunes  foys  après  il  a  grossoyé  aucunes  quictances  sur  lesdits 
brevetz  et  ledit  Chevalier  prenoit  lesdites  quictances,  les  signoitetles 
gardoit  devers  luy  ;  ne  sçait  il  qui  parle  qu'il  en  faisoit. 

VI.  Interrogé  sMl  a  sceu  que  ledit  Chevalier,  au  nom  dudit  sieur  de 
Samblançay,  meist  lesdites  quictances  grossoyées  es  mains  du  recep- 
veur  général  Sapin'  ou  aultres  comptables,  et  qu'il  en  print  d'eux 
aucun  récépissé  : 

Dit  qu'il  n'a  cognoissance  de  ce,  et  que  ledit  Chevalier  ne  lui  com- 
muniquoit  pas  telz  affaires. 

VII.  Interrogé  s'il  a  veu  aucunes  descharges  entre  les  mains  dudit 
Chevalier,  son  maistre,  des  sommes  contenues  es  quictances  que  il 
qui  parle  avoit  grossoyées  : 

Dit  qu'il  a  veu  plusieurs  descharges  et  assignations  es  mains  dudit 
Chevalier,  son  maistre,  mais  ne  sçauroit  dire  si  c'estoit  des  sommes 
contenues  es  dites  quictances. 

VIII.  Interrogé  si  ledit  Chevalier  avoit  manyment  d'argent  soubz 
ledit  de  Samblançay  en  grosses  sommes  : 

Dit  que  ledit  Chevalier  avoit  aucunes  foys  manyment  de  l'argent 
qui  appartenoit  audit  de  Samblançay  et  faisoit  aucuns  payemens 
pour  luy,  comme  de  -100  ou  200  escuz.  Et  dit  que  ledit  Chevalier 
aucune  foys  faisoit  des  payemens  pour  aucuns  dons  au  nom  du  Roy, 
et  par  commendement  dudit  sieur  de  Samblançay  faisoit  lesdits  paye- 
mens. Desquelz  payemens  ledit  Chevalier  parfoys  passoit  les  quic- 
tances comme  secrétaire  du  Roy,  ainsi  que  il  qui  parle  a  veu  souvent. 

IX.  Interrogé  s'il  a  veu  que  ledit  Chevalier  ait  escript  ou  fait 

1.  Receveur  général  de  Languedoïl. 


326  DOCUMENTS 

escripre  par  il  qui  parle  aucunes  quictances  au  nom  de  Robert 
Albisse  ^ ,  banquier  de  Lyon  : 

Dit  que  ouy  et  que  luy  qui  parle  en  cuyde  avoir  escript,  et  ne  luy 
souvient  de  la  quantité  ne  de  ses  sommes  ne  des  causes.  Dit  aussy 
qu'il  luy  semble  avoir  escript  des  quictances  au  nom  de  Salviati, 
Spine,  Panchati,  Gadaigne.  Et  dit  qu'il  les  a  escriples  à  la  relation  de 
Chevalier,  qui  les  luy  nommoit.  Et  ledit  Samblançay  n'y  estoit  pré- 
sent. Dit  aussi  que  lesdits  banquiers  (assavoir  Albisse,  Salvyati, 
Spine,  Panchati  et  Gadaigne  ^j  n'esloyent  présens  quant  ledit  Che- 
valier nommoit  à  il  qui  parle  les  brevetz  en  première  escripture  des- 
dites quictances. 

[En  marge  :]  sur  la  fauceté  des  quictances. 

X.  Interrogé  si  lesdits  brevetz  et  première  escripture  se  faisoyent 
par  manière  de  cayer  et  livre  ou  bien  par  papiers  séparez  : 

Dit  que  il  faisoit  lesdits  brevetz  par  papiers  séparez  comme  par 
fuelhes  et  demyes  fuelhes  de  papier  et  ledit  Chevalier  ne  faisoit  point 
de  registre. 

XI.  Interrogé  en  quel  temps  il  qui  parle  escripvoit  lesdits  brevetz 
de  quittances  : 

Dit  qu'il  n'est  record  du  temps.  Bien  luy  semble  que  depuis  le 
voyage  que  le  Roy  fist  à  Ardres^  il  a  escript  aucuns  brevetz  desdites 
quictances.  Et  n'est  record  si  lesdites  quittances  estoienl  pour  inlé- 
reslz  ou  pour  sommes  principalles. 

XII.  Interrogé  si  ledit  de  Samblançay  a  fait  aucuns  comptes  avec 
ledit  Chevalier  : 

Dit  que  ouy,  plusieurs  foys,  et  a  ledit  qui  parle  escript  aucuns 
comptes  soubz  ledit  Chevalier  et  ne  sçauroitdire  si  ledit  de  Samblan- 
çay demouroit  débiteur  par  lesdits  comptes  ou  ledit  Chevalier. 

XIII.  Interrogé  s'il  a  sccu  que  ledit  de  Samblançay,  sa  femme  ou 
ses  enfîans,  ait  caché  ou  transporté  aucun  or,  argent  ou  autres 
meubles  : 

Dit  qu'il  n'en  a  rien  sceu,  car  il  a  demouré  ung  an  et  demy  en 
ceste  ville  pour  solliciter  les  procès  dudit  Samblançay.  Et  dit,  au  ser- 
ment qu'il  a  faict,  qu'il  ne  sçait  qu'il  y  ait  aucuns  qui  ayent  biens  en 
garde  dudit  sieur  de  Samblançay  ;  et,  après  que  luy  avons  nommé 
aucuns  des  amys  dudit  sieur  de  Samblançay  pour  sçavoir  s'il  a  entendu 

1.  A.  Spont,  op.  cit.,  p.  142,  note  2,  et  sur  les  banquiers  italiens,  en  général, 
p.  122,  notes  1  et  2,  p.  165. 

2.  Bernard  Salviati,  Léonard  Spina,  Thomas  Gadagne. 

3.  En  1520. 


RELATIFS   A   JACQUES   DE   BEAUNE-SEMBLA^fÇAY.  327 

qu'ilz  eussent  aucuns  biens  en  garde  dudit  sieur  de  Samblançay  :  dit, 
au  serment  qu'il  a  faict,  qu'il  n'en  a  jamais  rien  sceu,  car  il  ne  s'est 
meslé  sy  avant  des  affaires  dudit  sieur  de  Samblançay,  et  dit  qu'il  s'en 
veult  raporter  audit  sieur  de  Samblançay,  à  Guillaume  de  Frain  et  à 
maistre  Mathieu \  disant  que  ceux-là  doyvent  myeulx  sçavoir  s'il  y  a 
biens  cachés  que  il  qui  parle. 

Dit  aussi,  sur  ce  interrogé,  n'avoir  sceu  que  ledit  sieur  de  Sam- 
blançay ait  bruslé  aucuns  papiers  ou  escriptures  puys  quelque  temps 
en  ça. 

XIV.  Interrogé  s'il  a  faict  aucuns  dons  ou  présens,  au  nom  dudit 
sieur  de  Samblançay,  à  aucuns  personnaiges  de  ceste  ville  : 

Dit  qu'il  a  présenté  des  jutes,  des  poyres  de  bon  chrestien  et  des 
pruneaulx  de  Tours  au  nom  dudit  sieur  de  Samblançay.  Mais,  au  ser- 
ment qu'il  a  faict,  jamais  ne  présenta  or,  ne  argent,  vaisselle, 
bagues,  tapisseries,  ne  autre  présent  qui  soit  d'importance. 

XV.  Interrogé  s'il  a  sceu  que  ledit  sieur  de  Samblançay  ait  com- 
muniqué avec  Meigret^,  ne  postillé  ses  acquitz,  pendant  le  temps 
qu'il  estoit  en  procès  par-devant  les  commissaires,  qui  luy  avoit  esté 
baillez  pour  veoir  ses  comptes  : 

Dit  qu'il  ne  sçait  que  c'est  et  n'en  a  point  ouy  parler. 

Ditaussy,  sur  ce  interrogé,  n'avoir  sceu  ne  entendu  que  ledit  Sam- 
blançay ait  menacé  Meigretque,  s'il  ne  se  tairoit,  il  luy  feroit  mal  ses 
besongnes. 

XVI.  Interrogé  si  aucungs  en  particullier  en  ceste  ville  ont  dit  à  il 
qui  parle  aucune  chose  touchant  les  comptes  dudit  sieur  de  Samblan- 
çay et  pour  l'en  advertir  : 

Dit  qu'il  n'en  a  rien  entendu  et  qu'il  estoit  seullement  solliciteur 
pour  ledit  de  Samblançay  pour  ses  affaires  particullières  aux  requestes 
du  palays  et  en  la  court  de  parlement.  Bien  dit  avoir  esté  une  foys  en 
la  chambre  des  comptes  en  la  compagnie  d'ung  nommé  de  Luc,  pro- 
cureur dudit  sieur  de  Samblançay,  mais  n'entra  il  qui  parle  en  la 
chambre  des  comptes,  et  ne  receut  il  qui  parle  aucung  adverlisse- 
raent  d'aucun  des  comptes  ou  autre  pour  ledit  sieur  de  Samblançay, 
lequel  envoya  en  ceste  ville  ung  nommé  maistre  Arnol  Bryant  pour 
solliciter  en  la  chambre  des  comptes  et  aussy  pour  autres  affaires  que 
ledit  de  Samblançay  avoit  au  palays. 

1.  Gujgnet. 

2.  Lambert  Meigret,  trésorier  de  l'extraordinaire  des  guerres  en  1521,  procu- 
reur de  Louise  ^e  Savoie  en  1524. 


328  DOCUMENTS 

XVII.  Interrogé  s'il  a  aucunes  cédulles  ou  obligacions  apparlenans 
audit  sieur  de  Samblançay  : 

Dit  qu'il  n'en  a  aucune  devers  luy.  Vray  est  qu'il  en  a  eu,  lesquelles 
il  a  rendues  à  maistre  Jehan  Ruzé,  advocat  du  Roy^  par  son  récé- 
pissé, peult  avoir  cinq  ou  six  moys,  lequel  récépissé  il  qui  parle  ren- 
dit audit  sieur  de  Samblançay. 

XVIII.  Interrogé  quelles  cédulles  ou  obligacions  c'estoient  : 

Dit  qu'il  y  en  a  une  du  feu  conte  de  Brayne,  signée  Salebruche^,  de 
la  somme  de  600  livres,  et  une  contre-leclre  de  maistre  Thomas  Rap- 
pouel  ^  de  semblable  somme  de  600  livres  faicte  audit  conte  de  Bresne, 
et  estoit  pour  le  quartier  d'octobre  -1 523  de  sa  pension  ;  ung  récépissé 
du  général  Morelet  '  de  la  vaisselle  du  Roy  et  de  Madame;  ung  blanc 
chargé  de  300  escuz  du  feu  sieur  de  Saincte-Mesme,  signé  Cadorat; 
une  cédulle  de  l'osmonier  Hannequin  de  80  escuz  et  plusieurs  aultres, 
jusqu'au  nombre  de  ^  2  ou  -15,  et  n'est  record  des  sommes,  car  il  ne 
les  calculla  jamais.  Et  luy  souvient  qu'il  y  en  avoit  une  de  Marchebone. 

XIX.  Interrogé  s'il  cognoist  ung  nommé  Jehan  Le  Conte,  qu'il  il  est, 
et  s'il  a  receu  argent  par  ses  mains  : 

Dit  qu'il  cognoist  ung  nommé  Jehan  Leconte,  serviteur  du  sieur 
d'Azay^,  président  en  la  chambre  des  comptes,  lequel  Jehan  Le 
Conte  (peult  avoir  six  ou  sept  moys)  baiiha  200  livres  audit  qui 
parle  pour  subvenir  aux  affaires  dudit  sieur  de  Samblançay  et  par 
rescription  dudit  Samblançay. 

XX.  Luy  a  esté  monstre  certain  compte  qui  est  du  i7^  de  sep- 
tembre -1526,  marché  au  dessoubz  B.,  et  par  l'arrest  et  clousture 
duquel  il  confesse  debvoir  audit  de  Samblançay  pour  avoir  plus  receu 
que  mis  la  somme  de  469  1.  8  s.  9  d.  : 

Dit  qu'il  a  escript  et  signé  ledit  compte  et  confessé  encore  debvoir 
audit  de  Samblançay  ladite  somme  de  469  1.  8  s.  9  d.  t. 

Interrogé  s'il  a  escript  et  signé  ung  récépissé  dedans  lequel  il  y  a 
ung  compte  de  Ragueneau",  lequel  récépissé  est  du  samedi  27"  de 
janvier  -1 525  [6].  Et  ledit  compte  dudit  Ragueneau  faict  avec  ledit  sieur 
de  Samblançay  est  du  2''  jour  d'octobre  4  523,  par  lequel  compte  ledit 

1.  P]n  Parlement. 

2.  Aymé  de  Sarrcbruche,  comte  de  Braine,  mort  le  19  novembre  1525. 

3.  Comptable  de  Bordeaux,  procureur  de  Louise  de  Savoie  en  1524. 
A.  Morelet  de  Museau,  général  d'Outreseine. 

5.  Gilles  Berlhelot,  cousin  de  Semblançay. 

6.  Jacques  Ragueneau,  receveur  de  Poitou. 


RELATIFS   A   JACQUES   DE   BEADNE-SEMBLANÇAY.  329 

Ragueneau  reste  débiteur  dudit  Samblançay  de  la  somme  de  3,334  1. 
-H  s.  3  d.  t.  : 

Dit  qu'il  a  escript  et  signé  ledit  récépissé  et  pour  ce  qu'il  a  rendu 
audit  de  Samblançay  ledit  compte  ou  à  maistre  Jehan  Ruzé,  au  nom 
dudit  de  Samblançay;  ledit  récépissé  est  demeuré  cancellé,  comme 
nous  povons  veoir,  et  ne  sçait  ledit  qui  parle  si  ledit  Ragueneau  a 
payé  ledit  Samblançay  de  ladite  somme  ou  s'il  la  doit  encores. 

XXI.  Interrogé  sur  ung  article  couché  au  compte  marché  B. ,  lequel 
article  est  de  la  teneur  qui  s'ensuyt  :  «  A  ung  homme  de  pied  que 
j'envoye  audit  Tours  devers  mondit  sieur  pour  l'advertir  d'aucuns 
aflfaires  et  par  l'advis  de  M.  le  président  d'Azay,  4  livres  »  ;  quant  ce 
fut  et  quel  advertissement  c'estoit  : 

Dit  qu'il  peult  avoir  environ  dix  raoys  que  ledit  président  d'Azay 
bailha  des  lettres  à  il  qui  parle,  adressant  audit  sieur  de  Samblançay 
pour  luy  envoyer.  Ce  quMl  fist,  et  n'a  sceu  il  qui  parle  le  contenu  des- 
dites lettres,  ne  pourquoy  c'estoit,  sinon  que  ledit  d'Azay  dit  audit 
qui  parle  que,  s'il  n'avoit  homme  pour  aller  à  Tours  devers  ledit  Sam- 
blançay, qu'il  estoit  d'advis  qu'il  y  envoyast  homme  exprez,  ce  qu'il 
fit,  et  dit  que  ce  fut  ung  povre  homme  que  on  cognoist  bien  au  logis 
oîi  estoit  logé  ledit  qui  parle. 

[En  marge  :)  le  président  d'Azat. 

XXII.  Interrogé  si  en  ce  temps-là  il  qui  parle  fust  à  Maintenon  ' ,  et 
pour  quel  affaire  : 

Dit  qu'il  fust  audit  Maintenon  et  ne  sçauroit  dire  en  quel  temps  ce 
fust.  Et  pour  ce  que  ledit  sieur  de  Samblançay  luy  avoit  escript  aller 
audit  Maintenon  pour  recouvrer  la  somme  de  i  ,000  livres  que  le  tré- 
sorier Goctereau-  luy  bailleroit;  laquelle  somme  fut  bailhée  par  ledit 
Goctereau  en  escuz  soleil.  Et  il  qui  parle  délivra  ladite  somme  en 
ceste  ville  à  ung  nommé  Estienne  de  Lange,  orfèvre,  auquel  ledit 
Samblançay  devoit  de  l'argent.  Et  ne  sçait  il  qui  parle  à  cause  de 
quoy  c'estoit.  Et  dit  que  ledit  Gottereau  avoit  recouvert  ladite  somme 
de  1,000  franz,  ainsi  qu'il  disoit,  de  quelque  ung  qui  les  devoit 
audit  sieur  de  Samblançay,  sans  luy  nommer  qui  c'estoit. 

XXIII.  Interrogé  s'il  a  esté  autres  foys  depuys  le  temps  susdit 
audit  lieu  de  Maintenon  : 

Dit  que  ouy,  mais  ne  sçait  dire  en  quel  temps  ce  fut,  et  la  cause 

1.  Eure-et-Loir,  chef-lieu  de  canton. 

2.  Jean  Gottereau,  trésorier  de  France  en  Languedoc,  beau-père  de  Guillaume 
de  Beaune,  fils  de  Semblançay. 


[ 


330  DOCUMEXTS 

qui  le  meust  fut  pour  ce  que  (ung)  nommé  Françoys  de  Becdelièvrc  ^ , 
habitant  de  Lodun,  avoit  dit  à  il  qui  parle  que  x\P  Jehan  Prévost- 
s'esloit  vanté  audit  Becdelièvre  que,  si  ledit  sieur  de  Samblançay  luy 
faisoit  eschofTer  la  teste,  il  monstreroit  qu'il  le  feroit  bien  marry,  et 
que  ledit  Samblançay  retenoit  au  roi  ^  00,000  francz  ou  i  00,000  escuz, 
ne  sçait  lequel.  Et  à  ceste  cause  ledit  qui  parle  alla  audit  Maintenon 
pour  advertir  le  général  de  Beaune^,  qui  estoit  audit  lieu,  desdites 
parolles. 

XXIV.  Interrogé  si  ledit  Becdelièvre  luy  déclaira  les  moyens  que 
ledit  Prévost  disoit  par  lesquelz  ledit  Samblançay  retenoit  ladite  somme 
de  ^  00,000  escuz  ou  100,000  francz  : 

Dit  que  non. 

XXV.  Interrogé  s'il  a  envoyé  une  autre  foys  ung  homme  à  pied 
audit  Maintenon  : 

Dit  que  ouy,  et  fust  environ  le  temps  dessusdit  qu'il  renvoya  ung 
homme  à  pied  par  l'advis  du  recepveur  général  Ruzé^  porter  des 
lettres  audit  sieur  de  Maintenon  ou  au  général  de  Beaune. 

[En  marge  :)  recepveur  général  Ruzé. 

XXVI.  Interrogé  s'il  sçait  pourquoy  c'estoit  et  de  quelle  matière 
escripvoyt  ledit  recepveur  général  Ruzé  : 

Dit  que  non,  et  s'en  rapporte  audit  Ruzé. 

XXVII.  Interrogé  si  les  héritiers  du  feu  admirai  de  Bonnyvet^ 
devoyent  aucune  chose  audit  sieur  de  Samblançay  : 

Dit  que  ouy,  et  a  ledit  sieur  de  Samblançay  une  cédulle  dudit  feu 
amiral  de  la  somme  de  ^  7,000  francz.  Laquelle  somme,  par  ordon- 
nance dudit  Samblançay,  ledit  qui  parle  alla  demander  à  la  vefve 
dudit  feu  admirai  à  Grèvecueur".  Et  croit  qu'il  a  veu  ladite  cédulle 
de  la  somme,  et  qu'il  l'apporta  avec  luy  quand  il  alla  parler  à  ladite 
vefve,  à  laquelle  ne  monstra  ladite  cédulle,  mais  seullement  luy 
bailha  une  lettre  missive  dudit  sieur  de  Samblançay  faisant  mencion 
de  ladite  somme.  Et  fîst  response  ladite  vefve  qu'elle  n'estoit  tutrisse 
de  sesdits  enfTans.  Disant,  sur  ce  interrogé,  que  depuys  il  rendit  ladite 
cédulle  audit  de  Samblançay.  Et  fust  en  l'esté  dernier  passé,  et  autre- 
ment ne  s'en  racorde  du  moys  ne  du  jour. 

[En  marge  :)  47,000  1.  t. 

1.  Neveu  de  Seniblancay. 

2.  Trésorier  de  l'extraordinaire  des  guerres  à  la  suite  de  Meigret,  en  1522-1523. 

3.  Guillaume  de  Beaune,  général  de  Languedoïl,  ûls  de  Semblançay. 

4.  Receveur  général  d'Outreseine. 

5.  A.  Spont,  op.  cit.,  p.  196,  233. 

6.  Oise,  chef-lieu  de  canton. 


RELATIFS   A  JACQUES  DE   BEAUNE-SEMBLANÇAY.  33^ 

XXVIII.  Interrogé  s'il  a  entendu  que  à  Neufvys^,  prez  Samblan- 
çay,  y  ait  chambre  à  sel,  et  à  qui  elle  est  : 

Dit  qu'il  a  ouy  dire  qu'il  y  a  chambre  à  sel,  mais  ne  sçauroit  dire 
à  qui  elle  est.  Et  l'a  ouy  dire  à  maistre  Mathieu,  clerc  dudit  sieur  de 
Samblançay,  qui  est  en  ceste  ville  et  qui  est  natif  dudit  lieu  de  Neufviz. 

XXIX.  Luy  a  esté  monstre  ung  article  du  compte  marché  G.,  par 
lequel  il  appert  qu'il  a  bailhé  20  s.  t.  à  ung  clerc  du  greffe  des  géné- 
raulx  pour  le  faire  besongner  à  l'enqueste  de  la  chambre  à  sel  de 
Neufviz  : 

Dit  qu'il  bailha  ladite  somme  par  ordonnance  dudit  sieur  de  Sam- 
blançay, qui  luy  avoit  escript  que,  s'il  falloit  payer  quelque  chose 
pour  ledit  affaire,  qu'il  le  fist.  Et  dit  qu'il  n'a  frayé  autre  chose  pour 
cest  affaire  que  lesdits  20  s.  t. 

XXX.  Interrogé  qui  est  se  qu'il  faisolt  des  mémoyres  et  instruc- 
tions pour  ledit  sieur  de  Samblançay  lorsqu'il  estoit  devant  les  com- 
missaires pour  oyr  ses  comptes  : 

Dit  que  c'estoit  le  sieur  de  Nitray  2,  et  n'a  point  sceu  que  autre  s'en 
soit  meslé  que  ledit  sieur  de  Nitray. 

XXXI.  Interrogé,  depuys  que  ledit  sieur  de  Samblançay  fut  adverty 
que  ledit  Prévost  le  chargeoit  comme  il  y  a  cy-dessus,  s'il  a  sceu  que 
ledit  sieur  de  Samblançay  ait  faict  aucunes  diUigences  en  court  ou 
en  ceste  ville  pour  se  descharger  : 

Dit  qu'il  n'en  a  rien  sceu,  excepté  que  ledit  Samblançay  escripvoit 
souvent  à  Jehan  Lalement,  sieur  de  Marmaigne,  jadis  trésorier  de 
Languedoc^.  Et  ledit  Samblançay  envoyait  Legendre  en  court,  mais 
ne  sçait  si  c'estoit  pour  cest  affaire,  et  n'a  sceu  ne  entendu  que  ledit 
de  Samblançay  ait  prins  d'autres  instructions  pour  cest  affaire. 
{En  marge  :)  Jehan  Lalement. 

XXXII.  Interrogé  s'il  a  sceu  que  ledit  Mathieu  Guignet,  serviteur 
dudit  sieur  de  Samblançay,  partit  les  fériés  de  Noël  dernier  passé  et 
alla  en  poste  à  Tours  : 

Dit  qu'il  a  bien  sceu  que  ledit  Mathieu  partit  de  ceste  ville  environ 
Noël  et  alla  en  Touraine  et  demeura  environ  quinze  jours  ou  troys 
semaines.  Mais  ne  sçait  il  qui  parle  s'il  y  alla  en  poste  ne  pour  quel 
affaire  il  y  alloit. 

XXXIII.  Interrogé  qu'il  en  a  entendu  dire  en  la  maison  dudit  sieur 
de  Samblançay  : 

1.  Indre-et-Loire,  chef-lieu  de  canton.  Cf.  A.  Spont,  op.  cit.,  p.  124. 

2.  Émery  Lopin. 

3.  Receveur  général  de  Languedoc  en  1523. 


l 


332  DOCUMENTS 

Dit  qu'il  avoit  ouy  dire  que  ledit  Mathieu  estoit  allé,  de  par  ledit 
sieur  de  Samblançay,  pour  parler  à  l'archevesque  de  Tours  \  fils 
dudit  sieur  de  Samblançay,  et  ne  sçait  si  ledit  sieur  de  Samblançay 
avoit  esté  adverty  que  on  le  deust  prendre. 

XXXIV.  Interrogé  s'il  a  escript  ou  veu  escripre  aucuns  advertisse- 
mens  pour  ledit  sieur  de  Samblançay  pour  respondre  aux  interroga- 
toyres  que  on  luy  pourroit  faire  sur  les  abbuz,  désordre  des  finances 
faictz  par  luy  ou  de  son  temps  : 

Dit  que  ledit  sieur  de  Samblançay,  ou  moys  de  janvier  dernier 
passé,  bailha  ung  cayer  audit  qui  parle,  escript  de  la  main  dudit 
maistre  Mathieu,  pour  le  coppier  et  mectre  au  nect.  Se  que  fist  il  qui 
parie,  lequel  cayer  faisoit  mencion  des  responses  que  ledit  Samblançay 
devroit  faire  aux  interrogatoyres  que  on  luy  fairoit,  comme  luy  semble. 

XXXV.  Interrogé  de  qui  venoit  l'invencion  desdites  responses  : 
Dit  qu'il  ne  sçait.  Vray  est  que  ledit  maistre  Mathieu  avoit  escript 

ladite  mynute  de  sa  main,  laquelle  mynute,  ensemble  la  grosse,  ledit 
qui  parle  remit  audit  Samblançay. 

XXXVI.  Interrogé  que  luy  dit  ledit  Samblançay  en  luy  rendant 
ladite  mynute  : 

Dit  que  ledit  Samblançay  luy  dit  qu'il  allast  en  une  chambre  haulte 
se  serrer  pour  mectre  au  nect  ladite  mynute,  et  que  personne  ne 
le  veist. 

XXXVII.  Interrogé  qu'il  a  faict  des  lettres  que  ledit  Samblançay 
luy  a  escriptes  : 

Dit  qu'il  en  a  rompu  partie  et  a  gardé  l'autre  partie  qui  est  à  son 
logis,  qui  est  en  ceste  ville,  en  la  rue  Sainct-André-des-Ars,  chez 
ung  cellier  nommé  Jehan  et  Job,  dedans  ung  coffre  de  bahuz  dont  il 
a  perdu  la  clef.  Et  est  content  ((ue  la  serrure  soit  rompue.  Pour  ce 
que  dedans  ledit  coffre  il  n'y  a  point  d'argent,  mais  quelque  d'abille- 
mentz  et  de  papiers. 

XXXVIII.  Interrogé  s'il  y  a  dedans  aucun  inventaire  desdits  papiers  : 
Dit  qu'il  croyt  que  ouy. 

Dit  aussi  qu'il  y  a  ung  autre  coffre  en  la  maison  de  Boncoursi^, 
dedans  laquelle  maison  estoit  logé  ledit  sieur  de  Samblançay.  Dont 
ledit  maistre  Mathieu  a  la  clef,  laquelle  luy  qui  parle,  quinze  jours 
après  qu'il  fut  prins,  luy  envoya. 

XXXIX.  Interrogé  par  qui  il  envoya  ladite  clef  audit  maistre 
Mathieu  : 

1.  Marîin  de  Beaune. 

2.  Julien  Bouacorsi,  trésorier  de  Provence. 


EELATIFS  A  JACQUES   DE   BEADiVE-SEMBLANÇAY.  333 

Dit  que  ce  fut  par  ung  varlet  nommé  La  Mothe,  qui  est  serviteur 
d'ung  archier  nommé  La  Granciie,  qui  est  à  la  Bastille  et  à  la  garde 
dudit  sieur  de  Samblançay. 

XL.  Interrogé  qui  c'est  qu'il  donna  audit  serviteur  pour  porter 
ladite  clef  : 

Dit  qu'il  luy  donna  5  s.  t.  à  deux  foys. 

XLL  Interrogé  si  maistre  Mathieu  luy  a  point  escript  : 

Dit  que  non.  Vray  est  qu'il  avoit  fait  sçavoir  audit  maistre  Mathieu 
que  le  cuisinier  dudit  sieur  de  Samblançay  le  Iraictoit  mal.  Ledit 
maistre  Mathieu  escripvit  des  lettres  audit  cuisinier  pour  le  bien 
traicter.  Lesquelles  lettres  tombèrent  es  mains  du  capitaine  de  la  Bas- 
tille. Et  il  qui  parle  ne  les  veit  jamais.  Et  après  nous  a  dit  qu'il  est 
recordz  que  ledit  garson  à  qui  il  avoit  premièrement  bailhé  5  s.  t. 
reveint  dire  à  il  qui  parle  qu'il  avoit  perdu  Fargent  de  son  maistre 
et  que  sondit  maistre  le  bastroit,  et  à  ceste  cause  il  qui  parle  donna 
encores  audit  garçon  autres  3  s.  t. 

Et  plus  n'en  dit,  et  a  signé  sa  confession. 

(Signé  :)  Gue'ret. 
(Arch.  nat.,  J  958,  n"  2.) 

m. 

Acte  d'accusation  de  Semblançay. 
(Juillet  -1527.) 

Les  charges  imposées  au  seigneur  de  Samblançay  par  son  procès 
et  les  responses  et  justificacions  par  luy  faictes  sur  icelles. 

I.  Sur  le  premier  article,  faisant  mention  qu'il  a  faict  l'office  des 
comptables,  manyé  les  deniers  du  Roy,  ou  faict  manyer  par  ses  gens 
et  clercz,  combien  qu'il  ayt  donné  à  entendre  au  Roy  et  à  Madame, 
ainsi  qu'ils  ont  depposé,  qu'il  ne  manyoit  aucuns  deniers  du  Roy  et 
de  madite  dame,  et  les  comptables  du  Roy,  c'est  assavoir  Sapin  et 
autres,  rendent  compte  sur  les  parties  que  ledit  Samblançay  leur  a 
baillées,  sans  sçavoir  que  c'est  et  si  elles  sont  véritables  : 

Dict  ledit  Samblançay  n'avoir  heu  en  manyement  sinon  les 
300,000  escus  de  Naples  et  aucuns  autres  deniers  de  madite  dame 
qu'il  a  employez  et  mis  pour  les  affaires  du  Roy  en  l'année  \  521 ,  le 
tout  parle  commandement  dudit  seigneur  et  de  madite  dame,  et  non 
seullement  ladite  somme,  mais  plus  grande,  comme  il  a  plus  à  plain 
faict  déduire  par-devant  MM.  Guillart  et  autres  commissaires  commis 
4893  22 


334  DOCDMENTS 

par  le  RoyV  qu'il  n'emploie  cy  pour  cause  de  briefveté.  Bien  a  esté 
faict  audit  de  Beaune  aucuns  remboursemens  par  les  officiers  comp- 
tables de  parties  et  sommes  de  deniers  par  luy  avancées  pour  leurs 
charges  et  offices,  les  uns  en  deniers  comptans,  les  autres  et  la  plus 
part  en  descharges,  contre  lettres  et  quictances,  dont  luy  a  convenu 
faire  faire  le  recouvrement.  Et  ne  se  peult  par  ce  inférer  que  ledit  de 
Beaune  ayt  fait  la  charge  des  comptables,  ne  dire  qu'ilz  n'ayent 
entendu  les  parties  contenir  vérité,  veu  qu'ilz  les  ont  allouées  ez 
comptes  faictz  par  entre  eulx.  Et,  là  où  aucuns  desdits  comptables  luy 
en  voudroient  faire  question  et  maintenir  lesdites  parties  ou  aucunes 
d'icelies  n'estre  véritables,  ledit  de  Beaune  est  prest  de  leur  en 
respondre.  Et,  si  l'on  vouloit  dire  qu'il  y  ayt  aucunes  parties  qui  ne 
fussent  de  nature  d'avance,  desquelles  n'estoit  besoing  audit  de 
Beaune  s'entremectre,  mais  en  debvoit  laisser  faire  les  payemensaux 
comptables,  dict  ledit  de  Beaune  qu'avant  que  aucuns  raarchans  ayent 
voulu  entreprendre  fournir  et  faire  plusieurs  choses  nécessaires  et 
commandées  par  le  Roy  et  madite  dame,  il  a  convenu  audit  de  Beaune, 
suivant  lesdils  mandemens  à  lui  faictz  par  lesdits  seigneur  et  dame, 
en  respondre  en  son  propre  et  privé  nom.  Autrement  et  sans  son  cré- 
dit lesdits  mandemens  fussent  demeurez  inexécutez,  et  mcsmeraent 
à  cause  que  la  plus  part  du  temps  les  assignacions  des  deniers  du  Roy 
ne  venoient  à  propos  pour  satisfaire  ausdites  parties. 

II.  Sur  le  11^  article,  faisant  mention  que,  combien  que  les  quictances 
que  ledit  de  Beaune  a  retirées  de  Sapin,  Meigret  et  autres  employées 
en  l'acquit  qu'il  a  faict  dresser  en  son  nom  du  dernier  jour  de  feb- 
vrier  ^52^  -,  portent  qu'il  avoit  baillé  argent  comptant,  toutesfois  le 
contraire  est  vérité,  ainsy  que  résulte  par  le  procès  : 

Dict  ledit  de  Beaune  que  le  dire  de  ceulx  qui  l'ont  mis  en  avant  est 
impertinent,  parce  qu'il  appert  du  contraire  par  les  quictances  signées 
des  comptables  produictes  en  la  chambre,  en  vertu  desquelles  ilz 
en  doibvent  tenir  compte  au  Roy.  Et  outre  se  trouvera  par  les 
comptes  faictz  avecq  lesdits  comptables  et  aussy  par  ceulx  qui  ont 
compté  et  baillé  l'argent  à  eux  fourny,  que  leur  dire  n'est  véritable  : 
car  en  la  plus  part  des  sommes  sont  deniers  comptans  et  rescripcions 
fournies  auxdits  comptables,  leurs  commis  et  clercz,  et  le  demourant 
sont  parties  contrainctes  que  ledit  de  Beaune  a  este  contrainct  de 
paier  ou  faire  paier  et  avancer  pour  eulx  et  à  cause  de  l'affaire  du  Roy, 


1.  A.  Spont,  op.  cit.,  p.  'i08-228  :  la  reddition  de  comptes. 

2.  Ibid.,  p.  182. 


RELATIFS   A    JACQUES   DE   BEAUNE-SEMBLANÇAÏ.  335 

dont  ledit  de  Beaune  leur  a  fourny  d'acquitz  qui  leur  équipollent  à 
argent.  Et,  s'il  se  trouve  qu'il  ayt  été  faict  et  baillé  par  ledit  de 
Beaune  aucunes  rescriptions  pour  deniers  comptans  à  aucuns  officiers 
comptables,  au  lieu  desquelles  lesditz  comptables  auroient  fourny 
audit  de  Beaune  leurs  quictances  comme  de  deniers  receuz  complans, 
et  néantmoins  n'auroient  lesdits  comptables  receu  lesdits  deniers, 
mais  auroient  telles  sommes  esté  rabatues  sur  le  demandeur  de 
Beaune  par  l'acquit  de  ^, 574, 000  livres.  Dict  ledit  de  Beaune  qu'à 
l'heure  qu'il  a  fait  icelles  rescripcions,  il  tenoit  qu'elles  fussent  seures 
et  que  les  deniers  en  deussent  estre  fournis  comptant,  comme  d'autres 
qu'il  avoit  faict  par  plusieurs  autres  fois,  et  que,  si  lesdites  rescrip- 
cions n'ont  heu  effect  de  recouvrer  argent,  il  n'en  a  esté  adverty  promp- 
tement,  ce  que  debvoient  faire  lesdits  comptables.  Et,  si  tost  que  ledit 
de  Beaune  en  a  eu  cognoissance,  il  a  besoigné  avec  lesdits  comptables 
et  reprins  sesdites  rescripcions  pour  argent  comptant,  dont  il  leur 
avoit  baillé  ses  quictances  de  pareilles  sommes,  sur  et  en  déduction 
et  acquit  de  son  deub,  et  autrement  n'en  eust  sceu  besoigner  avecq 
lesdits  comptables,  parlant  qu'il  en  avoit  jà  produit  les  quictances  en 
la  chambre  des  comptes  à  la  vérifficacion  de  sondit  acquit.  Et,  si  aupa- 
ravant l'expédition  de  sondit  acquit  lesdits  comptables  l'eussent 
adverty,  il  n'eust  pas  mis  ne  employé  lesdites  quictances  en  sondit 
acquict,  car  il  estimoitau  temps  de  l'expédition  d'icelluy  acquit  qu'ilz 
eussent  receu  lesdites  sommes. 

III.  Sur  le  iii^  article,  faisant  mencion  qu'il  a  relTaict  ung  roolle  d'in- 
térestz  quatre  fois,  en  Tung  desquels  il  avoit  couché  une  partie  de 
4 ,000  livres  pour  intérestz  d'achaptz  d'or  pour  luy  et  aussi  une  tauxa- 
tion  de  700  livres  qu'il  avoit  faict  à  messire  Jehan  Prévost  : 

Respond  ledit  de  Beaune  que  ledit  roolle  a  esté  reffaict  pour  l'aug- 
menter à  cause  de  quelques  parties  qui  se  trouvèrent  avoir  esté  paiées 
depuis  la  facture  première  d'icelluy  outre  celles  qui  y  estoient  conte- 
nues. Et  fut  icelle  réfection  et  augmentation  desdites  parties  faictes 
et  couchées  par  messire  Jean  Prévost,  le  tout  montant  45,000  livres, 
et  tant  de  livres,  dont  ledit  de  Beaune,  soubz  la  confidence  dudit  Pré- 
vost, signa  le  rolle.  Mais,  depuis,  adverty  que  ledit  Prévost  l'avoit 
surprins  en  y  employant  une  partie  de  4,000  et  tant  de  livres  pour 
achapt  d'or  qui  n'y  debvoit  pas  estre  emploiée,  et  aussy  qu'il  y  avoit 
aucunes  parties  et  articles  dudit  roole  mal  accordans  aux  quittances, 
pour  les  coucher  en  meilleure  substance  et  refformer  la  partie  de 
4,000  et  tant  de  Uvres,  ordonna  icelluy  debvoir  ledit  roole  estre  ref- 
faict.  Ce  qui  fut  faict  et  monta  ledit  roolle,  ainsi  dernièrement  reffaict, 


336  DOCDMEJJTS 

4^,000et  tant  de  livres,  qui  auparavant  se  montoit 45,000  livres.  En 
quoy  le  Roy  ne  peull  avoir  sinon  avantage.  Et,  au  regard  de  ladite 
partie  d'achapt  d'or,  c'est  une  partie  de  laquelle  ledit  de  Beaune  avoit 
faict  avance  à  cause  de  plusieurs  parties  qu'il  avoit  fait  fournir  en  or 
pour  le  service  dudit  sieur.  Laquelle  depuis,  comme  partie  deue,  luy 
a  esté  remboursée  par  le  receveur  général',  lequel  l'aura  employée 
au  roUe  d'achapt  d'or  pour  le  faict  de  sa  charge.  Et,  au  regard  de  la 
partie  de  700  livres  que  ledit  Prévost  dict  luy  avoir  esté  taxée,  res- 
pond  ledit  de  Beaune  que  le  dire  dudit  Prévost  ne  contient  vérité,  et 
appert  du  contraire  par  le  rolle  et  quictance,  et  que  si  ledit  Prévost 
dict  et  confesse  l'avoir  ainsy  prinse,  c'est  une  chose  supposée,  et 
attendu  sa  confession  il  est  tenu  envers  le  Roy. 

IV.  Sur  le  IV®  article,  qu'il  couche  audit  rolle  deux  parties  non 
véritables,  l'une  soubz  le  nom  de  Bernard  Salviaty  de  3,910  livres  et 
Tautre  soubz  le  nom  de  Bernard  Fortia"'^  pour  pareille  somme;  les- 
quelz  ont  soubztenu  en  sa  présence  lesdites  quictances  estre  faulces 
et  ne  les  avoir  jamais  passées  : 

Respond  ledit  de  Beaune  :  quant  à  la  partie  dudit  Salviaty,  qu'il  se 
trouvera  que  luy  ou  autre  soubz  son  nom  presta  lesdits  15,000  escuz 
et  récent  l'intérest;  et  possible  est  que  ccUuyàqui  appartiennent  les 
deniers  ne  voulut  estre  nommé,  mais  les  voulut  prester  soubz  le  nom 
dudit  Salviaty,  comme  souventes  foys  est  advenu  en  pareil  cas,  mesme 
pour  ledit  Salviaty,  qui  en  a  faict  prester  en  d'autres  endroits  pour 
ledit  seigneur,  dont  il  a  passé  quictance,  pour  les  intérestz,  et  font 
lesdits  bancquiers,  les  ungs  pour  les  autres,  comme  se  pourra 
entendre.  Aussy  ledit  Salviaty  toute  sa  vie  s'est  meslé  d' estre  banquier, 
faisant  proftîter  son  argent  et  celluy  d'autruy,  comme  il  est  tout 
notoire,  car,  s'il  ne  se  fust  pas  ay dé  d'autre  argent  que  du  sien,  il  n'eust 
pas  les  biens  qu'il  a,  et  quand  il  vint  en  France  il  estoit  un  jeune  com- 
paignon  qui  n'avoit  pas  grand  chose.  Et  n'est  recevable  à  impugner 
ladite  quictance,  mais  plus  tost  doit  l'on  avoir  regard  à  ladite  quic- 
tance qu'il  a  passée  qu'à  son  dire,  qui  ne  contient  vérité,  comme  dit 
est.  El,  en  nyant  ladite  partie,  ledit  Salviati  pense  y  avoir  proffict, 
d'autant  que,  s'il  estoit  appoincté  que  ceulx  qui  ont  heu  et  prins  inté- 
restz du  Roy  fussent  tenuz  les  rendre,  il  en  voudroit  demourer 
quitte,  par  telle  négociation.  Et,  qui  pis  est,  prouvera  ledit  de  Beaune, 
si  mestier  est,  luy  estant  en  liberté,  ladite  partie  avoir  estée  paiée 


1.  Jean  Sapin. 

2.  Gendre  de  François  Miron,  médecin  du  roi. 


RELATIFS   A  JACQOES   DE   BEAUNE-SEMBLANÇAY.  337 

audit  Salviaty,  et  ainsi  l'a  confessé  par  plusieurs  fois.  Et.  si  telles 
négociations  de  quictances  passées  pour  parties  paiées  avoient  lieu, 
il  n'y  auroit  personne,  et  mesmes  des  comptables,  en  seureté,  et  a  esté 
observée  ceste  coustume  de  tout  temps.  Et  proteste  que,  luy  estant 
en  sa  liberté  et  avoir  parlé  à  son  conseil,  de  bailler  reproches  val- 
lables  contre  ledit  Salviaty,  par  lesquelles  il  monstrera  que  l'on  ne 
doibt  avoir  regard  à  sa  depposition,  et  qu'il  est  de  la  qualité  que  Ton 
ne  doibt  avoir  regard  à  son  dire.  Et  davantage  ledit  Salviaty  est  allyé 
de  Garapobach  ^ ,  qui  a  esté  adhérant  avecq  maistre  Jehan  Prévost, 
accusateur  dudit  de  Beaune. 

Et  au  regard  de  la  partie  dudit  Fortia,  dict  ledit  de  Beaune  que 
ledit  Fortia  a  confessé  en  la  présence  de  vous,  MM.,  et  dudit  de 
Beaune,  avoir  passé  ladite  quictance  de  3,9 fO  livres,  à  cause  de 
0,000  escuz  soleil  qui  luy  ont  esté  deubz  longuement.  Aussy  à  la 
vérité  il  a  heu  ledit  paiement,  et  outre  a  heu  la  somme  de  i  ,200  escuz 
soleil,  dont  il  a  confessé  avoir  passé  quictance,  qui  vient  à  la  charge 
dudit  de  Beaune.  En  quoy,  MM.,  pouvez  considérer  la  légalité  dudit 
de  Beaune,  et,  s'il  se  trouvoit  qu'il  y  eust  eu  erreur  au  texte  de  la 
quictance,  ce  a  esté  la  faute  que  ledit  Fortia  ne  Fa  bien  exprimée  ou  la 
faute  de  celluy  qui  l'a  dressée,  dont  ledit  de  Beaune  n'en  est  en  cause, 
et  luy  a  esté  baillée  ladite  quictance  comme  bonne.  Et,  pour  les  mesmes 
causes  alléguées  contre  ledit  Salviaty,  et  aussy  que  ledit  Fortia  a 
espouzé  sa  femme,  seur  de  la  femme  dudit  Prévost,  son  accusateur, 
ne  debvez  avoir  regard  à  son  dire. 

V.  Sur  le  v^  article,  qu'il  a  receu  la  somme  de  -13,000  escuz  venans 
du  cardinal  d'Yort^,  laquelle  somme  a  esté  paiée  entièrement;  tou- 
tesfoys  il,  Samblançay,  n'en  avoit  rien  revellé  au  Roy  : 

Dict  ledit  de  Beaune  qu'il  n'a  jamais  receu  ladite  partie  pour  le  Roy 
ne  comme  deue  au  Roy,  mais  l'a  receue  de  Guillaume  Nazy  pour 
prest,  dont  il  luy  a  baillé  sa  cédulle.  De  laquelle  somme  il  a  faict 
demande  audit  de  Beaune  avecq  plusieurs  autres  sommes  qu'il  luy 
doit,  comme  vous,  MM.,  pouvez  estre  informez  par  la  demande  qu'il 
a  faict  sur  le  faict  des  bancques.  Au  moien  de  quoy  ledit  de  Beaune 
n'estoit  tenu  réveller  ladite  partie  audit  sieur.  Et  néantmoins  l'avoit 
prinse  dudit  Nazy  pour  emploier  aux  affaires  dudit  sieur,  et  est  en 
fons  de  la  somme  à  luy  deue  par  ledit  sieur,  dont  mencion  est  faite 

1.  François  de  Campobasso,  sieur  de  la  Pensarde. 

2.  Thomas  Wolsey;  cf.  A.  Spont,  op.  cit.,  p.  172;  cf.  Jacqueton,  la  Politique 
extérieure  de  Louise  de  Savoie,  p.  37,  337,  354,  etc. 


k 


338  DOCUMENTS 

par  l'appoinctement  de  MM,  Guillard  et  autres  commissaires  du  Roy. 

VI.  Sur  le  vi^  article,  qu'il  a  receu  et  s'est  approprié  la  somme  de 
'l  0,000  livres  venans  de  l'office  de  conseiller  de  la  court  du  Parlement 
par  la  promotion  de  maistre  Jehan  Ruzé,  advocat  du  Roy  en  Par- 
lement^ : 

Dict  ledit  de  Beaune  que  feu  M.  le  Grand  Maistre,  dernier 
déceddé,  fit  demande  au  Roy  dudit  office  d'advocat  pour  ledit  Ruzé,  en 
l'année  ^521,  au  voyage  que  ledit  sieur  fist  en  Hénault,  lequel  office 
ledit  sieur  accorda  en  pourvoir  ledit  maistre  Jehan  Ruzé,  à  présent 
possesseur  dudit  office,  en  délaissant  son  office  de  conseiller  à  Paris, 
et  ung  autre  des  Grandz  Jours  de  Bretaigne.  Desquels  offices  ledit 
sieur  accorda  libérallement  et  permistque  ledit  de  Beaune  en  fist  son 
proffict,  moyennant  que  prest  seroit  faicl  audit  sieur  de  la  somme  de 
4  0,000  1.  t.  pour  survenir  au  faictde  ses  guerres,  ainsy  que  ledit  feu 
sieur  grand  maistre  escripvit  et  fist  sçavoir  audit  de  Beaune,  et  que 
ledit  sieur  luy  avoit  faicl  ce  bien  en  faveur  et  pour  aucunement  le 
récompenser  du  labeur  et  sollicitude  qu'il  prenoit  à  ses  urgens  affaires 
durant  ledit  voyage  de  Hénault,  auquel  ledit  sieur  estoit  en  personne 
avecq  grosse  armée.  Outre  laquelle  ledit  sieur  avoit  deux  autres 
grosses  armées,  l'une  en  Guyenne,  où  estoit  feu  M.  l'admirai,  et  l'autre 
en  Italie,  où  estoit  M.  de  Lautrec.  Et  n'est  de  mémoire  que  roy  de 
France  ayt  soubstenu  à  une  fois  trois  si  puissantes  armées,  es  quelles 
y  avoit  90,000  hommes  de  pied  et  plus,  et  montoit  la  despense  de 
l'extraordinaire  d'icelluy  seigneur  par  chacung  moys  de  6  à  700,000 1. 
Plus  ledit  de  Beaune,  suyvant  ce  que  ledit  grand  maistre  luy  avoit 
mandé,  presla  ladite  somme  de  4  0,000  livres.  Par  quoy  dict  que  ce 
qu'il  a  faict  en  cest  afi'aire  a  esté  suivant  le  vouloir  du  Roy,  et 
autrement  ne  l'eust  voulu  faire.  Et  de  ceste  matière  n'a  esté  depuis 
aucunement  parlé  jusques  à  ce  que  de  Beaune  a  esté  constitué 
prisonnier. 

VU.  Sur  le  vu''  article,  que  luy  seul  a  faict  les  pris  des  munitions, 
halcrelz,  picques  et  souffres  pour  Normandie  et  de  certaines  toilles 
d'argent,  avecq  Bernard  Salviati,  duquel  il  avoit  heu  deux  chambres 
de  tapisserie,  deux  hacquenées  et  quinze  aulnes  de  velours  violet  : 

Respond  ledit  de  Beaune  qu'il  a  faict,  par  ordonnance  du  Roy, 
aucuns  marchez  de  munitions  pour  la  force  et  defîence  de  ce 
royaume,  desquelz  il  a  prins  le  meilleur  marché  que  possible  luy  a 
esté  pour  le  proffît  dudit  sieur,  heu  esgard  au  temps,  les  lieux  des- 

1.  A.  Spont,  op.  cit.,  p.  179,  noie  2. 


RELATIFS  A   JACQUES   DE  BEAUNE-SEMB LANÇAT.  339 

quelz  on  tiroit  et  faisoit  venir  lesdites  munitions,  et  aussy  pour 
attendre  les  termes  des  payemens  des  sommes  accordées  pour  lesdites 
munitions,  lesquelles  sommes  n'estoit  possible  payer  comptant  au 
moyen  des  urgens  affaires  dudit  sieur.  En  faisant  et  acordant  lesquels 
pris  n'a  jamais  esté  parlé  ne  promis  faire  don  ne  présent  audit  de 
Beaune,  et  de  faict  ne  luy  en  a  esté  faict  aucungpour  ceste  cause.  Et,  si 
ledit  Salviati  luy  a  présenté  deux  chambres  de  tapisserie,  dont  men- 
tion est  faicle  cy-devant,  ce  n'a  esté  à  cause  des  pris,  mais  le  fist  de 
son  motif,  dont  feu  M.  le  Grand  Maistre  de  Boisy  '  en  eust  l'une  et 
ledit  de  Beaune  l'autre,  et  ne  pouvoit  valloir  chacune  desdites 
chambres  plus  de  120  à  UO  1.  t.  Et,  au  regard  des  quinze  aulnes  de 
velours  violet,  n'en  a  esté  receu  dont  il  ayt  souvenance,  ne  pareille- 
ment des  deux  hacquenées.  Lequel  Salviaty,  pour  les  raisons  déduictes 
en  ung  autre  article  cy-devant,  ne  doit  estre  creu  de  son  dire. 

Et,  au  regard  des  pris  des  toilles  d'argent,  ledit  de  Beaune  dict  n'en 
avoir  fait  luy  seul  les  pris,  car  M.  le  trésorier  Babou  -  y  assista,  et  eulx 
deulx  en  firent  lesditz  pris  par  commission  expresse.  Esquels  prix  le 
proffict  du  Roy  fut  grandement  gardé,  heu  égard  aux  pris  que  les 
vendoient  lors  les  marchans  des  argenteries  et  autres. 

Dict  oultre  ledit  de  Beaune  que,  les  marchez  par  luy  faictz  desdites 
munitions,  n'en  a  jamais  voulu  faire  conclusion  sans  premier  en 
advertir  le  conseil  du  Roy  ou  le  maistre  de  l'artillerie.  Et  néantmoins 
dict  que  par  le  passé,  es  règnes  des  feuz  roys  Loys  XP,  Charles  VHP 
et  Loys  dernier,  telz  marchez  se  sont  faictz  communément  par  les 
généraux  des  finances^  ou  l'un  d'eulx,  au  moien  de  ce  qullz  avoient 
plus  d'expérience  et  certitude  de  lavalleuret  pris  desdites  munitions 
et  des  fraiz  et  voitures  pour  y  garder  le  proffict  desdits  sieurs  et 
autres.  Et  par  ce  dict  ledit  de  Beaune  que  èsditz  marchez  qu'il  a 
faictz  de  l'ordonnance  dudit  sieur,  il  n'a  en  rien  préjudicié  aux  droictz 
du  maistre  de  rartillerie,  et  prouvera,  s'il  est  besoing,  que  lesdits 
marchez  qu'il  a  faictz  ont  été  au  proffict  et  avantage  du  Roy. 

VIIL  Sur  le  yui^  article,  que  aussy  il  a  fait  passer  à  Robert  Albisse 
deux  quictances  de  ^  0,000  tant  de  livres  par  maistre  René  Famé  et 
icelles  faict  antidater  ;  pareillement  il  a  employé  des  quictances  dudit 
Albisse  pour  la  somme  de  17,000  livres  passées  par  Chevalier  qui  ne 
sont  véritables,  ainsy  que  luy  a  maintenu  ledit  Albisse  : 


1.  Artus  GoufBer. 

2.  Philibert  Babou,  sieur  de  la  Bourdaisière. 

3.  A.  Spont,  op.  cit.,  p.  72. 


340  DOCUMENTS 

Dict  ledit  de  Beaune  qu'il  n'a  jamais  faict  antidater  par  maistre 
René  Famé  ne  autre  aucune  quictanee,  et  de  ce  n'en  parla  jamais 
audit  Famé;  et  aussy,  quant  il  y  en  eust  parlé,  croyt  qu'il  n'en  eust 
rien  voulu  faire,  et  qu'à  telz  antidattes  n'eust  peu  avoir  aucung  prof- 
fict  ou  avantaige.  Et,  au  regard  des  quictances  dudit  Albisse  pour  la 
somme  de  ^  7,000  livres  passées  par  Chevalier,  ledit  de  Beaune,  per- 
sistant en  ce  qu'il  a  dict,  respond  qu'il  tient  lesdictes  quictances 
bonnes  et  véritables,  et  des  sommes  contenues  en  icelles  ledit  Albisse 
avoir  esté  paie  et  satisfaict,  et  n'eust  passé  ledit  Chevalier  lesdites 
quittances  sy  elles  n'eussent  esté  véritables,  car  ledit  Chevalier 
estoit  homme  de  bien  et  de  bonne  conscience,  comme  il  sera  vériffié 
si  mestier  est.  Et  ne  doibt  estre  creu  ledit  Albisse  contre  lesdites 
quictances,  parcequ'il  deppose  en  son  faict,  dont  il  peut  rapporter 
proffict  :  car,  si  lesditz  intérestz  se  trouvoient  avoir  esté  mal  prins, 
il  seroit  tenu  de  les  rendre. 

IX.  Sur  le  IX*  article,  qu'il  a  faict  ung  bordereau  d'entre  luy  et 
maistre  Jehan  Prévost,  signé  de  sa  main,  faulx  en  datte  et  en  par- 
ties non  véritables,  et  une  somme  couchée  deux  fois  ^  : 

Dict  ledit  de  Beaune  qu'en  l'année  ^523,  luy  estant  à  Lyon  avecq 
le  roy,  ledit  Prévost  luy  escripvit  que  l'on  vouloit  faire  de  gros 
emprunctz  sur  luy,  et  que,  pour  le  saulver,  il  avoit  déclairé  que 
ledit  de  Beaune  avoit  mis  en  ses  mains  plusieurs  grandes  sommes  de 
deniers,  desquelles  il  avoit  faict  ung  bordereau  qu'il  luy  bailla  après 
pour  le  signer.  Ce  que  fit  ledit  de  Beaune  pour  soy  exempter  desdits 
emprunctz,  considérant  qu'il  n'avoit  aucuns  deniers  pour  faire  les- 
dits  prestz,  et  avoit  employé  tout  son  crédit,  de  sorte  qu'il  estoit 
demouré  en  arrière  de  grosses  sommes  de  deniers,  dont  il  vous 
pourra  apparoir  par  le  procès  et  appoinctement  des  commissaires, 
et  mesmes  des  70,000  livres  de  Fontarabye^  et  des  400,000  escuz  de 
M.  d'Albany  3  et  autres.  Et  dudit  bordereau  ne  s'est  aucunement  aydé, 
et  qu'il  soit  ainsy  (par)  le  compte  précédent  ledit  bordereau,  et  par 
le  subséquent  dudit  Prévost  en  appert  :  car  au  compte  subséquent 
la  partie  du  débet  du  compte  précédent  est  mise  en  recepte  par  ledit 
Prévost,  sans  ce  qu'il  soit  faicte  mention  dudit  bordereau  faict  entre 
les  dattes  desdits  deux  comptes,  qui  est  clère  démonstrance  que  ledit 
bordereau  est  nul  et  à  la  vérité  n'eust  sceu  estre  d'aucune  efficace, 


1.  A.  Spont,  op.  cil.,  p.  201. 

2.  Ibid.,  p.  193. 

3.  Ibid.,  p.  194. 


BELATIFS   A   JACQUES   DE  BEAUNE-SEMBLANÇAT.  34 < 

parquoy,  s'il  y  a  aucune  chose  dedans  qui  ne  soit  véritable,  ne  peut 
estre  préjudiciable  au  roy  ne  à  autre  personne. 

X.  Sur  le  x^  article,  qu'il  a  retiré  de  maistre  Jehan  Prévost,  com- 
mis de  l'extraordinaire,  deux  quictances,  l'une  de  19,300  livres  et 
l'autre  de  -12,000  livres,  à  cause  de  prest  comptant,  combien  qu'elles 
ne  fussent  véritables,  et  ledit  de  Beaune  bailla  dès  lors  cédule  escripte 
et  signée  de  sa  main,  par  laquelle  il  confessoit  debvoir  à  maistre 
Millon^  et  Bernard  Fortia  30,300  livres  : 

Dict  ledit  de  Beaune  qu'à  la  requeste  dudit  Prévost  et  pour  l'ac- 
quitter envers  lesdits  Millon  et  Fortia  auxquelz  il  debvoit»  pareille 
somme  pour  le  service  du  roy,  ainsy  qu'ilz  disoient,  au  heu  d'une 
quiclance  dudit  Prévost  de  -19,300  livres  et  d'une  contre-lettre  de 
l -1,000  livres,  à  cause  de  prest,  leur  fist  sa  cédule  desdites  sommes. 
Lesquelles,  partant  qu'elles  ont  tourné  en  l'acquit  dudit  Prévost,  ont 
sorty  nature  d'argent  comptant,  et  en  ce  ne  peult  avoir  le  roy  aucung 
intérest  ou  dommaige,  veu  et  entendu  que  ledit  Prévost,  en  vertu  de 
ses  quictances,  s'en  doibt  charger  en  recepte  envers  ledit  sieur,  qui 
tient  pareillement  lieu  envers  ledit  sieur  comme  de  deniers  fournis 
comptant.  Et  offre  ledit  de  Beaune  qu'en  le  faisant  tenir  quicte  envers 
la  veufve  et  héritiers  dudit  feu  Miron  et  ledit  Fortia  de  ladite  somme 
et  lui  rendre  sa  cédulle,  et  bailler  quictance  au  roy  de  pareille  somme 
sur  ce  qui  luy  est  deub. 

XI.  Sur  le  xi^  article,  qu'il  debvoit  faire  délivrer  à  Meigret  l'an  -1 52-1  ^ 
420,000  livres  par  Robert  Albisse  et  -100,000  hvres  de  prest  des  Flo- 
rentins pour  deshvrer  à  Milan  et  a  affermé  devant  le  roy  ladite 
somme  y  avoir  esté  envoyée  à  feu  M.  le  maréchal  de  Foix^  contre  la 
vérité,  car  ladite  somme  n'y  avoit  esté  envoyée,  ainsy  qu'il  est  apparu 
par  ung  compte  entre  ledit  Samblançay  et  Meigret,  et  a  fallu  que 
ladite  somme  luy  ait  esté  mise  en  payement  et  solvit  de  son  grand 
acquit  de  -1,574,000  livres  : 

Dict  ledit  de  Beaune  qu'il  a  faict  fournir  en  Itallie  pour  le  service 
dudit  seigneur  et  convertir  aux  affaires  de  ses  guerres  en  Tannée  -1 52-1 
la  somme  de  11  2, 000  livres,  d'une  part,  es  mains  de  Jacques  Thouart, 
clerc  et  commis  général  en  Italie  dudit  Meigret,  par  son  récépissé, 
comme  appert  par  le  compte  faict  avecq  ledit  Meigret  au  mois  de 
décembre  audit  an  :  sur  lequel  compte  a  esté  rendu  audit  Meigret 

1.  François  Miron. 

2.  A.  Spont,  op.  cit.,  p.  177. 

3.  Thomas  de  Foix,  sieur  de  Lescun. 


342  DOCUMENTS 

ledit  récépissé.  Plus,  a  esté  fourny  comme  dessus  pour  pareille  cause 
ez  mains  dudit  Thouart  pour  Mylan,  par  récépissé  du  (  )  de  sep- 
tembre audit  an  ]o2i,  68,000  livres,  d'une  autre  part,  et  par  autre 
récépissé  du  moys  de  juillet  précédent  audit  an  ^52^,  -140,000  livres, 
ainsy  qu'il  appert  par  compte  faict  avecq  Meigret  audit  mois  de 
décembre  'I52^,  sur  lequel  ont  esté  renduz  lesdits  récépissez. 

Lesquelles  trois  parties  montent  ensemble  320,000  livres,  sur 
laquelle  somme  et  pour  son  remboursement  ledit  Meigret  luy  a 
fourny  pour  le  prest  des  Florentins  55,000  livres,  plus  en  unecédulle 
de  Robert  Albisse  50,000  livres  qu'il  avoit  receuz  du  recepveur  géné- 
ral Prunier \  et  en  autres  parties  2,695  livres,  dont  ledit  de  Beaune 
a  fourny  de  quictance  audit  Meigret,  quelque  temps  après,  en  autres 
parties,  et  par  autres  quictances  sur  son  dict  acquit,  93,077  1.  6  d., 
qui  font  ensemble  200,000  livres  ou  environ.  Ainsy  resteroit  encores 
de  fourny  et  advancé  par  ledit  de  Beaune  pour  l'Ytalie,  rabatu  les- 
dites  parties  -120,000  livres  ou  environ,  sans  comprendre  la  partie 
de  -120,000  livres  dont  cy-dcvant  est  faict  mention,  dont  rescription 
avoit  esté  faicte  à  Robert  Albisse,  laquelle  ledit  Meigret  a  receue, 
ainsy  qu'il  appert  par  compte  du  24^  janvier  152-1,  par  lequel  il  en 
faict  recepte  audit  de  Beaune,  et  laquelle  ledit  Albisse  a  paiée  et 
acquittée  audit  Meigret  environ  le  mois  de  décembre  -152^  et  icelle 
baillée  en  compte  audit  de  Beaune,  comme  pourra  apparoir  par  compte 
faict  avec  ledit  Albisse. 

Au  moien  de  quoy,  entendu  ce  que  dict  est,  ce  que  l'on  a  voulu 
dire,  lesdictes  sommes  de  120,000  livres  et  55,000  livres  ont  esté 
déduictes  et  rabatues  sur  sondict  acquit  de  ^, 574, 000  livres,  ne  se 
peult  soustenir.  Et,  si  l'on  vouloit  dire  que  par  le  compte  faict  avecq 
ledit  Meigret  audit  mois  de  janvier  ^521,  auquel  ladite  partie  de 
-120,000  livres  est  employée,  il  estoit  deu  audit  Meigret  68,000  et 
tant  de  livres,  et  que  ce  fust  pour  reste  de  ladite  partie  de  -120,000  li- 
vres, dict  ledit  de  Beaune  que  ce  n'est  à  cause  de  ladite  partie,  mais 
fut  le  parfait  d'une  quittance  de  Jehan  Sapin  contenue  audit  compte, 
montant  200,000  et  tant  de  livres,  et  de  ladite  somme  de  68,000  et 
tant  de  livres  en  a  esté  faict  déduction  sur  une  quictance  que  ledit 
de  Beaune  avoit  dudit  Meigret  de  223,000  et  tant  de  livres  pour 
argent  auparavant  à  luy  fourny  pour  les  aflaires  du  roy  :  laquelle  à 
ces  fins  fut  cancellée  et  refaicte  de  -155,700  et  tant  délivres,  qui  faict 
partie  de  la  somme  de  sondit  acquict. 

1.  Jean  Prunier,  receveur  de  Forez. 


RELATFFS   A   JACQUES   DE   BEAUNE-SEMBLANÇAY.  343 

XIT.  Sur  le  xn^  article.  quMl  a  receu  de  Meigret  ^ -1^000  escuzpour 
intérestz  quMl  disoit  avoir  paiez  à  Gadaigne  et  aultres  bancquiers,  et 
a  baillé  audit  Meigret  certiffication  non  véritable,  car  ladite  somme 
n'a  esté  paiée  en  sa  présence  : 

Dict  ledit  de  Beaune  que  ladite  partie  a  esté  paiée  aux  personnages 
nommés  en  ladite  certiffîcacion,  mais  non  en  sa  présence,  et  que  ce 
mot  «  en  sa  présence  »  a  esté  adjousté  par  celluy  qui  a  faict  ou  iaict 
faire  ladite  certiffication  :  à  quoy  il  n'a  prins  garde.  Mais,  en  tout  évé- 
nement, attendu  la  certaineté  qu'il  a  du  paiement  faict  de  ladite  partie, 
encores  qu'il  eust  aperceu  ladite  erreur,  qu'il  n'a  point  cogneuc,  ce 
n'est  inconvénient  (ne)  chose  qui  puisse  porter  préjudice  au  roy  ne 
autre  personne, 

XIII.  Sur  le  xiii^  article,  qu'il  a  receu  de  Ragueneau  -12,000  escuz 
pour  intérestz  au  nom  d'Albisse  : 

Dict  ledit  de  Beaune  que,  s'il  a  receu  ladite  somme  dudit  Rague- 
neau pour  ledit  Albisse,  il  a  payé  icelluy  Albisse  et  croyt  qu'il  ne  luy 
en  demande  aucune  chose. 

XIV.  Sur  le  xim^  article,  qu'il  a  receu  de  Morelet,  lors  trésorier 
des  guerres^  deux  parties  d'intérètz,  l'une  de  3,400  escuz  soleil  au 
nom  de  Guillaume  Nazy  pour  prest  de  la  somme  de  30,000  escus  soleil, 
combien  que  ladite  somme  de  50,000  escuz  soleil  face  partie  de 
la  somme  de  120,000  escuz  soleil  qui  a  causé  l'intérest  desdits 
-12,000  escuz  baillez  par  Ragueneau;  et  l'autre,  au  nom  de  Gadaigne, 
de  2,200  escuz  soleil  pour  le  prest  de  25,000  escuz,  desquelz  il  en  a 
compté  avec  ledit  Morelet  et  fourny  de  quictances  de  Nazy  passées 
par  Chevalier.  Et  par  lesdites  quictances  est  dit  que  Morelet  a  rem- 
boursé lesditz  prestz  de  73,000  escuz  soleil,  combien  que  jamais  ledit 
Morelet  ne  les  remboursa  et  n'en  a  heu  atlaire  que  avec  ledit  Sam- 
blançay  : 

Dict  ledit  de  Beaune  que  lesdites  sommes  d'intérestz  ont  esté 
payées  par  luy  aux  desnommez  èsdites  quictances,  et  que  la  somme 
de  30,000  escuz  soleil  dont  est  proceddé  la  première  partie  d'inté- 
restz, montant  4,400  escuz  soleil  au  nom  dudit  Nazy  ne  faict  partie 
de  la  somme  de  120,000  escuz  soleil  dont  est  question,  mais  est  une 
autre  partie  particulière,  à  cause  de  75,000  escuz  soleil  fourniz audit 
Morelet,  assavoir  est  par  ledit  Nazy  50,000  escuz  soleil  et  par 
Gadaigne  25,000  escuz,  et  fut  ladite  somme  de  ^ 20,000  escuz  four- 
nye  en  l'année  4318  par  Robert  Albisse,  les  -100,000  escuz  aux  tré- 

1.  A.  Spont,  op.  cil.,  p.  167. 


à 


344  DOCDMENTS 

soriers  des  guerres  par  raoictié  et  les  20,000  escuz  à  raaistre  Lam- 
bert Meigret,  dont  l'intérest  a  esté  paie  par  Ragueneau,  montant 
42,000  escuz  soleil. 

Et,  au  regard  des  73,000  escuz  soleil,  ils  ont  esté  fourniz  environ 
l'année  1320  et  ont  esté  les  articles  du  roolle  des  deux  parties  de 
4,400  escuz  soleil,  d'une  part,  et  de  2,200  escus  soleil,  d'autre, 
déclarez  cy-devant,  mal  causez  et  dressez  par  la  faulte  et  erreur  des 
clercs  et  serviteurs  dudit  Morelet,  et  qu'ainsy  soit  Ton  trouvera  les- 
dits  deux  acquitz  desdites  parties  escriptz  de  la  main  des  clercs  dudit 
Morelet.  Et,  quant  à  ce  que  l'on  dict  que  les  quictances  desdites  deux 
sommes  et  dons  portent  que  Morelet  a  remboursé  ledit  prest  de 
73,000  escuz  soleil,  combien  que  jamais  ledit  Morelet  ne  les  rem- 
boursa et  n'en  a  heu  affaire  qu'avecq  ledit  Samblançay,  dict  ledit  de 
Beaune  quMl  n'a  esté  cause  ne  motif  de  faire  mention  dudit  rembour- 
sement es  dites  quictances,  et  est  langaige  superflu  et  qui  ne  peut 
porter  préjudice  audit  de  Beaune  ne  à  autres,  et  du  surplus  n'en  a 
souvenance. 

XV.  Sur  le  xv^  article,  que  depuis  la  mort  de  René  Clotet  il  a  retiré 
de  sa  veufve  et  héritiers  certain  compte  concernant  l'entremise  de 
l'argent  d'Aunay',  et  combien  que  ledit  Samblançay  eust  receu  autre 
compte  par  les  mains  dudit  Clotet,  toutesfois  l'a  faict  reffaire  et  chan- 
ger et  retirer  certaines  cédulles  d'aucuns  personnaiges,  et  y  meclre 
au  lieu  d'icelles  autres  sommes  semblables  : 

Dict  ledit  de  Beaune  qu'il  a  mémoire  que  ce  qui  en  fut  faict  du 
temps  de  feu  René  Clotet  ne  fut  qu'un  bordereau  :  après  le  décedz 
duquel  Clotet  il  fut  advisé  le  dresser  en  forme  de  compte  et  aussi 
pour  aucunes  parties  qui  debvoient  estre  couchées  sous  le  nom  de 
Guillaume  de  Beaune,  comme  ayant  commission  expresse  de  Madame 
pour  cest  aftaire,  pour  d'icelles  parties  en  faire  recepte  et  despence 
selon  le  contenu  de  sadite  commission.  Et  d'autres  choses  touchant 
cest  affaire  n'en  a  souvenance,  sinon  que  les  sommes  dudit  borde- 
reau et  compte  se  trouvèrent  semblables  et  en  doibvent  tenir  compte 
à  Madame  les  comptables. 

XVI.  Sur  le  xvi°  article,  que  combien  que  le  marché  des  munitions 
de  Tournay-  par  luy  faict  avecq  Bonnacoursi  eust  esté  arresté  à 
32,080  Uvres,  toutesfoys  il  a  faict  depuys  signer  et  expédier  pour  la 
somme  de  46,000  et  tant  de  livres,  et  ce  pour  faire  tomber  es  mains 


1.  Ibid.,  p.  98,  125,  note  1. 

2.  Ibid.,  p.  161. 


RELATIFS  A  JACQUES    DE   BEAUNE-SEMBLANÇAT.  345 

de  Robert  Albisse  ^^,500  livres  et  audit  Bonacoursi  •! 5,065  livres  : 
Dict  ledit  de  Beaune  que  desdites  munitions  pour  Tournay  fut  faict 
par  M.  le  maistre  de  l'artillerie  et  luy  avec  ledit  Bonnacoursi  pris 
et  marché  particulier  de  chacune  chose  nécessaire  pour  lesdites 
munitions,  sçavoir  pour  halcret  certain  pris,  pour  picque  ung  autre 
et  conséquemment  des  autres,  ainsi  que  plus  à  plain  se  pourra  veoir 
par  ledit  marché.  Et  se  fit  icelluy  marché  avecq  condition  que  ledit 
Bonnacoursi  fournyroit  et  mectroit  dedans  la  ville  de  Tournay  lesdites 
munitions  à  ses  périlz  et  fortunes,  sans  ce  que  (si)  pour  la  fortune  de 
guerre  luy  advenoit  aucune  perte  par  les  chemins  et  passages,  le  roy 
n'en  porteroit  aucune  chose  sur  luy.  Suivant  lequel  marché  ledit 
Bonnacoursi  auroit  fourny  et  mis  dedans  ledit  Tournay  le  nombre  des 
munitions  par  luy  promises ,  et  de  la  deslivrance  d'icelles  auroit 
apporté  certiflcacion  du  cappitaine,  lequel  nombre  de  munitions  par 
luy  desUvrées  revenoit,  selon  ledit  pris  à  luy  faict,  à  la  somme  de 
46,000  tant  de  livres,  et,  pour  ce  que  ladite  somme  sembla  grosse 
audit  de  Beaune,  trouva  moien  de  sçavoir  dudit  Bonacoursi  ce  que 
luy  avoient  cousté  lesdites  munitions,  et,  voyant  qu'il  en  avoit  heu 
plus  grand  marché  qu'il  n'estimoit,  au  moien  de  quoy  le  profflct  qu'il 
et  ses  compaignons  avoient  à  cause  dudit  marché  seroit  gros,  ledit 
de  Beaune  pria  très  instamment  ledit  Bonacoursi  que  sur  ledit  prouf- 
fict  il  voulust  saulver  pour  le  roy  une  partie  de  '('J,300  livres  dont 
Robert  Albisse  et  Galteroty  faisoient  querelle  et  demande  audit  sieur 
pour  dons  et  intérestz  d'aucunes  sommes  de  deniers  qu'ilz  avoient 
emprunctées  et  faict  tenir  prestes  durant  quelques  temps  pour  four- 
nir si  le  roy  fust  parvenu  à  l'empire  *  ;  ce  que  ledit  Bonacoursi,  à  la 
grand  prière  dudit  de  Beaune,  qui  luy  remonstra  que  ne  luy  touchoit 
pas  grandement  pour  sa  part,  et  pour  luy  complaire,  accorda  faire, 
à  la  charge  que  ledit  de  Beaune  luy  bailleroit  lettres  addressantes  audit 
Galteroty  contenans  que  le  marché  ne  montoit  que  32,080  livres, 
affln  qu'il  ne  fust  chargé  envers  ses  compaignons  de  leur  tenir 
compte  de  la  somme  totalle  :  ce  qu'il  n'eust  sceu  faire  en  payant  les 
■1-1,500  livres  audit  Albisse.  Et,  pour  ce  que  lesdites  parties  de 
32,080  livres  et  -11,500  livres  ne  font  que  43,580  livres,  le  surplus 
estoit  pour  les  mises  et  voyages  faictz  par  ledit  Bonacoursi  pour  aller 
et  envoyer  en  Flandres,  Anvers  et  ailleurs  pour  faire  lesdites  provi- 
sions. Et  en  ce  vous,  Messieurs,  pourrez  cognoistre  la  légalité  dudit 
de  Beaune  par  l'advantage  qu'il  a  procuré  estre  faict  audit  sieur  en 

l.  En  1519. 


I 


346  DOCDMENTS 

cest  affaire  en  Tacquitant  desdites  ^^,500  livres  que  l'on  eust  été 
contrainct  de  paier  d'ailleurs. 

XVII.  Sur  le  xvip  article,  faisant  mention  qu'il  a  prins  et  retiré 
de  Sapin  ^2,54i  1.  H  s.  6  d.  comme  pour  vaisselle  faicte  depuis  le 
retour  d'Ardres  et  livrée  à  Madame,  combien  que  ladite  vaisselle  ne 
fut  oncques  faicte  ne  deslivrée  à  madite  dame,  et  la  quiclance  est 
faulce  : 

Respond  ledit  de  Beaune  qu'il  a  tousjours  pensé  et  estimé  que 
ladite  vaisselle  ayt  esté  faicte  et  a  mémoire  qu'il  fit  fondz  de  ceste 
partie  à  maistre  Jehan  Prévost,  à  cause  de  quoy  icelluy  Prévost, 
ayant  ledit  fondz  par  devers  luy,  fist  passer  la  quictance  d'icelle  vais- 
selle à  Robin  Rousseau.  Laquelle  quictance  icelluy  Prévost,  avecq  sa 
promesse  de  fournir  certifîcacion  de  la  deslivrance  d'icelle  vaisselle, 
il  bailla  audit  de  Beaune,  pour  en  estre  remboursé  par  le  recepveur 
général,  et  depuys  a  ledit  de  Beaune  mis  en  compte  audit  recepveur 
général  ladite  partie,  et  luy  a  seuUement  fourny  ladite  quictance. 
Mais  sur  l'article  dudit  compte  ledit  de  Beaune  s'est  chargé  de  four- 
ny r  de  certifficacion  de  ladite  vaisselle;  et,  combien  que  ledit  de 
Beaune  ayt  baillé  en  compte  ladite  quictance  audit  recepveur  général 
Sapin,  comme  dit  est,  partant  qu'il  convient  audit  recepveur  général 
faire  aparoir  à  la  fin  de  ses  comptes  de  certifficacion  de  la  délivrance 
de  ladite  vaisselle,  soit  de  Madame  ou  autre  ayant  pouvoir  d'elle, 
autrement  ne  luy  seroit  ladite  partie  allouée  en  sesdits  comptes,  mais 
rayée  sans  avoir  esgard  à  ladite  quictance,  ni  au  roolle  sur  ce  despé- 
ché par  ledit  de  Beaune  :  dict  ledit  de  Beaune  que  le  roy  n'y  peult 
avoir  intérest,  et  sans  cause  luy  en  a  esté  faict  question.  Gar,  si  ledit 
Sapin  ne  rapporte  ladite  certifficacion  sur  ses  comptes  pour  faire 
allouer  ladite  partie,  elle  luy  sera  rayée  purement  et  simplement. 
Lequel  Sapin,  de  ladite  partie  ainsy  rayée  aura  son  recours  à  ren- 
contre dudit  de  Beaune,  à  faute  de  luy  avoir  fourny  ladite  certiffica- 
tion,  et  ledit  de  Beaune  à  rencontre  dudit  Prévost  pareillement.  Et 
quant  à  la  quictance  en  soy,  s'il  y  a  aucune  faulte,  elle  procedde 
dudit  Prévost  et  non  d'autre,  et  de  faict  l'a  faict  passer,  escripre  et 
dresser,  ainsy  qu'il  a  voulu.  Et  au  regard  dudit  roolle  auquel  ladite 
partie  est  emploiée,  ledit  de  Beaune  ne  l'eust  voulu  despécher  s'il 
n'eust  estimé  les  parties  qui  y  sont  contenues  estre  véritables  et 
mesmement  celle  dont  de  présent  est  question,  attendu  le  fondz  faict 
audit  Prévost  et  la  promesse  par  luy  faicte  de  luy  fournir  de  la  cer- 
tifficacion de  ladite  deslivrance,  comme  dict  est. 

XVIII.  Sur  le  xviii*  article,  contenant  qu'il  a  faict  faire  audit  Robin 


RELATIFS   A   JACQUES   DE   BEAU.VE-SEMBLAIVÇAY.  347 

Rousseau  les  sceaulx  de  Madame  et  pourchassé  que  ledit  Rousseau 
fit  registre  desdils  sceaulx  et  du  temps  : 

Respond  ledit  de  Beaune,  suivant  ce  qu'il  a  depposé  cy-devant,  que 
à  la  poiirsuyte  du  feu  raaistre  d'hostel  Balansac  et  pour  quelques 
affaires  dont  il  feit  remonstrance  à  ladite  dame,  ladite  dame  ordonna 
à  feaz  MM.  le  grand  maistre  dernier  déceddé'  et  évesque  de  Senlis^ 
faire  faire  lesdits  sceaulx.  Lesquelz  l'ordonnèrent  à  ung  orfèvre  de 
Tours,  nommé  Robin  Rousseau,  lequel,  après  les  avoir  faictz,  les 
apporta  et  meist  ez  mains  desdits  sieurs,  et  les  a  gardé  ledit  feu 
évesque  de  Senlis  jusques  à  son  trespas,  qu'iiz  furent  renduz  et  par 
ledit  Rousseau  fonduz,  ainsy  qu'il  lui  fut  ordonné, 

XIX.  Sur  le  xix^  article,  qu^'il  a  distribué  entre  feu  M.  le  grand 
maistre,  Bastard  de  Savoye,  26,769  livres  d'une  part,  37,000  livres 
d'autre  part,  et  (0,000  escuz  d'autre,  combien  que  Madame  dict 
jamais  n'avoir  donné  lesdites  sommes  : 

Dict  ledit  de  Beaune  qu'il  a  par  cy-devant  depposé  des  deux  pre- 
mières parties  de  26,769  livres  et  de  37,000  livres,  et,  quant  à  la 
tierce  partie  de  i  0,000  escuz  soleil,  semble  qu'elle  est  de  25,000  livres. 
Sur  lesquelles  parties  madite  dame  a  donné  à  feu  M.  le  grand  maistre 
62,000  1.,  ainsy  qu'il  pourra  apparoir  par  les  comptes  faictz  avec 
luy  en  ce  que  doibt  ledit  de  Beaune  à  M""^  la  grand  maîtresse  :  c'est  à 
cause  desdits  dons  faicts  à  feu  M.  le  grand  maître  par  Madame.  Et 
le  surplus  desdites  sommes  a  esté  receu  par  ledit  de  Beaune  sur  la 
somme  de  30,000  livres  à  luy  donnée  par  madite  dame. 

XX.  Sur  le  xx*  article,  faisant  mention  que  par  les  comptes  et  regis- 
tres de  Guillaume  de  Frain,  son  serviteur,  qui  n'estoit  aucunement 
comptable  au  roy,  il  a  fait  manyer  environ  de  4,000,000  de  francs; 
et  tellement  qu'en  l'année  ^519  ledit  de  Frain  estoit  débiteur  envers 
luy  de  432,000  livres,  et  après  receut  an  descharges  80,000  Hvres,  qui 
font  en  tout  environ  500,000  livres  que  ledit  de  Frain  lui  debvoit. 
Et,  par  le  compte  de  Tannée  i  521 ,  ledit  de  Frain  lui  debvoit  600,000  li- 
vres et  ce  neantmoins  faisoit  empruncter  l'argent  au  roy  à  gros 
intérestz,  et  faisoit  manyer  l'argent  au  roy  par  homme  non  comp- 
table audit  sieur  : 

Dict  ledit  de  Beaune  que,  combien  que  ledit  de  Frain  par  aucuns 
de  ses  comptes  soit  demeuré  redevable  envers  luy  de  grosses  sommes 
de  deniers,  ce  neantmoins  ne  se  trouvera  que  ce  fust  argent  comp- 

1.  René,  bâtard  de  Savoie. 

2.  Jean  Caluau,  mort  en  juin  1522. 


348  DOCUMENTS 

tant  sinon  en  petites  sommes,  se  consistoient  sesdits  restes  en  quic- 
tances,  descharges,  cédulles  et  contre -lettres  dont  les  paiemens 
n'estoient  promis,  mais  se  debvoient  recepvoir  à  longs  et  divers 
termes.  Et,  à  mesure  que  les  deniers  estoient  receuz  par  ledit  de 
Frain,  les  unes  fois  estoient  envoyez  audit  de  Beaune  pour  les  four- 
nir pour  les  urgens  affaires  du  roy,  les  autres  ledit  de  Beaune  raan- 
doit  audit  de  Frain  les  envoyer  en  plusieurs  lieux  selon  que  les 
affaires  survenoient.  Et  les  autres  fois  survenoit  que,  pour  l'urgente 
nécessité  des  affaires  dudit  sieur,  sans  pouvoir  attendre  le  recouvre- 
ment d'iceulx  deniers,  en  tout  ou  partie,  ledit  de  Beaune  estoit  con- 
trainct  empruncter  d'ailleurs  pour  fournir  pour  lesditz  affaires  : 
aultrement  il  en  fust  advenu  inconvénient.  Pourquoy  lesdits  deniers 
que  faisoit  recouvrer  ledit  de  Frain  servoient  à  rembourser  ce  qui 
avoit  esté  emprunclé,  comme  dict  est,  et  ne  peult  l'on  par  ce  infé- 
rer que  ledit  de  Beaune  fust  cause  de  faire  prendre  argent  à  intérestz, 
mais  en  estoient  cause  les  grandz  et  urgens  affaires  du  roy,  aux- 
quels ledit  de  Beaune  ne  pouvoit  satisfaire  tant  de  ses  deniers  que 
de  ceulx  de  ses  amys,  mais  estoit  nécessité  d'en  prendre  à  perte  et 
intérestz. 

Et,  pour  ce  que  Ton  veult  dire  que  ledit  de  Beaune  a  fait  manyer 
l'argent  du  roy  par  ung  homme  non  comptable  audit  seigneur,  res- 
pond  ledit  de  Beaune  qu'il  n'a  faict  manyer  à  icelluy  de  Frain  aucuns 
deniers  appartenans  au  roy,  mais  estoient  audit  de  Beaune,  car  les 
descharges  et  contre-lettres  que  ledit  de  Frain  a  manyées  soubz  ledit 
de  Beaune  et  dont  ledit  de  Frain  a  fait  faire  les  recouvremens  appar- 
tiennent audit  de  Beaune,  et  luy  avoient  esté  baillées  par  les  comp- 
tables pour  son  remboursement  des  sommes  de  deniers  mises  ez 
mains  desdits  comptables  pour  le  faict  de  leurs  charges  ou  pour 
remboursement  des  sommes  par  luy  payées  pour  et  en  leur  acquit. 
Et  autrement  n'a  heu  descharges  ne  contre-lettres  que  préallablement 
il  n'eust  fourny  autant  ou  plus  que  ne  montoient  les  sommes  con- 
tenues es  dites  décharges  et  contre-lettres.  Lesquelles,  attendu  que 
par  les  moiens  dessusdils  estoient  tumbez  ez  mains  dudit  de  Beaune, 
estoient  à  luy  et  non  à  autres,  et  ne  peult  et  doit  on  plus  appeler 
deniers  royaulx  ceulx  qui  par  vertu  d'icelles  estoient  recouvers,  car 
c'estoient  deniers  appartenans  audit  de  Beaune  et  à  ceulx  desquelz  il 
avoit  empruncté.  Lesquelz  deniers  il  luy  estoit  partant  loisible  de 
faire  manyer  par  tel  personnage  que  bon  luy  sembloit,  duquel,  si 
faulte  fust  proceddée  et  qu'il  eust  faict  reste  audit  de  Beaune,  icel- 
luy de  Beaune  l'eust  portée,  et  non  le  roy  :  car  les  comptables,  avant 


RELATIFS   A   JACQUES   DE    BEAUNE-SEMBLANÇAY.  349 

que  bailler  les  descharges  et  contre-lettres,  avoient  receu  les  sommes 
contenues  en  icelles. 

XXI.  Sur  le  xxi«  article,  faisant  mention  comme  il  avoit  fait  signer 
au  roy  plusieurs  acquietz  pour  deniers  mis  en  ses  coffres  pour  grosses 
et  excessives  sommes,  combien  que  les  deniers  n'y  ayent  esté  mis, 
ainsi  que  luy  a  soubstenu  le  prévost  de  Paris  : 

Dict  ledit  de  Beaune  en  persistant  en  ce  qu'il  a  depposé  cy-devant  : 
En  tant  que  touche  les  acquietz  despéchez  pour  l'ordinaire  desdits 
plaisirs,  ne  s'en  est  entremis,  et  est  aux  comptables  et  autres  qui  ont 
heu  entremise  desdits  deniers  d'en  respondre.  Quant  à  l'extraordi- 
naire desdits  plaisirs,  icelluy  de  Beaune  en  a  faict  dépescher  aucuns 
acquietz,  comme  il  a  depposé,  dont  il  a  faict  fournir  les  deniers  où 
il  a  pieu  au  roy  et  à  madite  dame  luy  ordonner,  ainsy  qu'il  fera 
apparoir  deuement,  estant  en  liberté  de  sa  personne  et  luy  représen- 
tant les  papiers  du  reste  d'un  de  10,000  escuz  soleil  dont  ledit  sieur 
lui  a  faict  don,  ainsy  qu'il  a  déclaré  et  dont  il  fera  apparoir  en  temps 
et  lieu. 

XXII.  Sur  le  xxii^  article,  faisan!  mention  qu'il  a  applicqué  à 
Anthoine  Lorgery,  son  serviteur,  pour  des  gaiges  au  recepveur  des 
traictes  et  impositions  foraines  d'Angers  : 

Respond  ledit  de  Beaune  que,  s'il  a  esté  donné  aucung  proffict 
audit  Lorgery,  ce  a  esté  sans  son  ordonnance.  Et  qu'il  soit  ainsy,  si 
tost  quMl  vint  à  sa  cognoissance,  déclaira  au  feu  controlleur  Régnard 
qu'il  n'entendoit  point  que  cela  eust  lieu. 

XXIII.  Sur  le  xxiii''  article,  faisant  mention  que  aussy  a  faict  faire 
plusieurs  quictances  ez  noms  de  personnaiges  qui  n'avoient  preste 
et  fourny  marchandises,  et  d'icelles  quictances  s'est  aydé  : 

Respond  ledit  de  Beaune  que  par  ordonnance  du  roy  et  de  Madame 
a  esté  mandé  a  Millau,  Gennes  et  autres  lieux  loingtains  faire  venir 
plusieurs  marchandises,  lesquelles  pour  le  proffict  du  roy  ont  esté 
acheptées  et  payées  et  par  après  apportées  par  deçà,  furent  finalle- 
ment  fournies  et  deslivrées,  ainsi  que  par  lesdits  sieur  et  dame  a  esté 
ordonné  :  ou  leur  proffict  a  été  grandement  gardé,  heu  esgard  au 
pris  que  l'on  vendoit  icelle  marchandise  par  deçà.  Et  pour  ce  que 
lesdites  marchandises  se  prenoient  de  plusieurs  personnes  desquelles 
l'on  n'eust  sceu  prendre  quictance  vallable,  attendu  que  leurs  seings 
sont  incongneuz,  et  les  signatures  des  notaires  des  lieux  où  se  pre- 
noient lesdites  marchandises  n'eussent  faict  aucune  foy  en  la  chambre 
des  comptes  pour  l'acquit  du  comptable,  au  moien  de  quoy,,  et  qu'il 
estoit  besoing  fournir  au  comptable  ez  rooUes  duquel  icelle  marchan- 
1895  23 


350  DOCDMENTS 

dise  a  esté  employée  quictance  de  ladite  marchandise  pour  la  reddi- 
tion de  ses  comptes,  pour  avoir  par  ledit  comptable  remboursement 
du  payement  et  advance  faicte  pour  luy  d'icelle  marchandise  :  croyt 
ledit  de  Beaune  qu'il  a  esté  passé  aucune  quictance  par  autre  que 
par  ceulx  qui  ont  livré  lesdites  marchandises,  en  leur  faisant  appa- 
roir des  mesmes  nombres,  pris  et  somme  que  avoient  cousté  lesdites 
marchandises  sur  les  lieux  et  les  comptables  qui  debvoient  tenir 
compte  d'icelles  marchandises.  En  quoy  le  roy  n'a  aucun  intérest,  ni 
ledit  de  Beaune  proffict  ou  advantage.  Et  ne  doibt  l'on  présumer 
aucun  mal  sur  ledit  de  Beaune  s'il  s'est  aydé  desdites  quictances 
ainsy  passées,  car,  sans  avoir  fourny  icelles  quictances  auxdits  comp- 
tables, il  n'eust  sceu  avoir  remboursement  de  telles  sommes  :  par 
quoy  la  marchandise  ainsy  réellement  baillée  fust  venue  au  proffict 
du  roy  sans  en  paier  aucune  chose,  qui  eust  été  autant  de  perte 
audit  de  Beaune.  Et  a  pour  certain  ledit  de  Beaune  que  iceulx  sieur 
et  dame  ne  voudroient  avoir  aucune  marchandise  sans  la  faire  paier 
ou  rembourser  à  celluy  qui  Tauroit  paiée.  Et  sur  ce  n'a  intérest  ledit 
sieur,  attendu  que  les  parties  ont  esté  paiées  et  en  est  quicte,  et  par- 
tant ne  luy  peuvent  estre  demandées  à  l'advenir.  Et  des  choses  des- 
susdites en  fera  apparoir,  si  besoin  est,  par  certiffication  des  mar- 
chans. 

XXIV.  Sur  le  xxiiii*  article,  faisant  mention  comme  il  avoit  celé 
le  fondz  qui  estoit  ez  mains  de  Prunyer',  commis  de  Brachet,  recep- 
veur  général  de  Languedoil,  du  temps  qu'il  estoit  général  de  ladite 
charge,  et  a  esté  remboursé  du  prest  qu'il  avoit  faict  au  roy  et  à 
Madame  avant  l'advènement  du  roy  à  la  couronne  sur  ledit  fondz, 
comme  il  appert  par  les  comptes  renduz  par  Brachet,  et  néantmoins 
a  recouvert  par  manière  de  don  du  roy  et  de  maditc  dame  pour  ser- 
vices faitz  à  cause  desdits  prestz  la  somme  de  30,000  livres  du  roy 
et  30,000  livres  de  Madame  : 

Uict  ledit  de  Beaune  qu'il  n'a  heu  cognoissance  qu'il  y  ayt  heu 
fondz  en  somme  notable  ez  mains  de  Brachet,  lorsqu'il  a  esté  recep- 
veur  général  de  Languedoil.  Et,  s'il  s'est  trouvé  débiteur  envers  le 
roy  par  la  fin  d'aucuns  de  ses  comptes,  n'a  esté  pour  deniers  qu'il 
eust  heu  comptans  par  devers  luy,  sinon  en  petites  sommes,  mais 
a  esté  à  cause  de  plusieurs  mauvais  deniers  deubz  par  les  officiers  de 
sa  charge  de  longues  et  diverses  années,  montans  de  ^00  à  ^  20,000  li- 
vres ou  environ,  baillez  par  ledit  Brachet  à  feu  Prunyer,  quant  il 

1.  Jean  Prunier  succède  à  Jean  Brachet  en  1516. 


RELATIFS    A   JACQUES    DE   BEAUNE-SEMBLAXÇAT.  35-1 

vint  à  l'office  de  receveur  général,  pour  les  recouvrer.  Desquelz 
deniers  les  aucuns  sont  proceddez  des  receveurs  généraulx  prédéces- 
seurs dudit  Brachet,  mesmement  Bohier^  De  laquelle  somme,  après 
toutes  les  diligences  faites  par  ledit  Prunyer,  se  trouva  à  son  décedz 
qu'il  en  debvoit  encores  de  30  à  40,000  livres,  dont  les  contre-lettres 
furent  mises,  de  Tordonnance  du  roy,  ez  mains  de  maistre  Jehan 
Sapin  par  les  veufve  et  héritiers  dudit  feu  Prunyer. 

Et  davantage,  se  trouvera  avoir  esté  levé  plusieurs  descharges  par 
anticipation  sur  les  années  ensuivans,  et  mesmement  en  l'année  -i  5i  4, 
durant  laquelle  année  en  fut  levé  pour  grosses  sommes  de  deniers  sur 
l'année  ensuivant  finissant  -1515,  lesquelles  choses  ont  engendré 
le  débet  du  compte  dudit  Brachet  de  l'année  -J5I4. 

Au  moyen  de  quoy  ne  luy  peult  préjudicier  ce  qui  a  esté  dict  que 
ledit  de  Beaune  ayt  esté  remboursé  du  prest  qu'il  avoit  faict  au  roy 
et  à  Madame  avant  l'advènement  du  roy  à  la  couronne,  sur  le  fondz 
dudit  Brachet.  Car  ledit  fondz  n'estoit  deniers  comptans,  comme  dict 
est.  Et,  quant  bien  les  deniers  en  eussent  esté  comptans  (qui  se  trou- 
vera autrement) ,  sy  appert-il  du  temps  auquel  ledit  de  Beaune  a  esté 
paie  et  remboursé  de  ladite  partie  par  la  quictance  qu'il  en  a  passée 
pour  son  remboursement  servant  à  l'acquit  desdits  sieur  et  dame. 

Dict  outre  ledit  de  Beaune  que  ledit  prest  par  luy  faict  ausditz  sieur 
et  dame  a  esté  de  ses  deniers,  des  deniers  de  ses  parens  et  amys.  Les 
aucuns  desquelz  il  a  pris  à  intérestz  et  rente  courant  sur  luy,  ainsy 
qu'il  fera  apparoir,  et  pour  ce  faire  ne  s'est  point  aydé  des  deniers 
des  finances  du  feu  roy.  Et  qu'ainsy  soit,  il  n'eust  esté  en  la  puis- 
sance dudit  de  Beaune  de  pouvoir  toucher  ausditz  deniers  sans  le 
moien  du  recepveur  général  ou  des  recepveurs  particulliers  de  ladite 
charge,  qui  est  à  eulx  et  non  à  autre  de  recepvoir  et  tenir  le  compte 
des  deniers  du  roy. 

Desquels  officiers  par  ce  moien  auroit  convenu  empruncter  telles 
sommes  par  ses  cédulles  et  obligations.  Laquelle  chose  ne  se  trou- 
vera point,  ne  que  lesdits  recepveurs,  général  ou  particuliers, 
luy  ayent  preste  ladite  somme.  Et,  si  aucuns  d'iceulx  recepveurs 
particuliers  à  quelques  fois  ont  paie  aucuns  deniers  à  la  requeste  dudit 
de  Beaune,  il  les  auroit  tantost  après  faict  rembourser  en  deniers 
comptans  ou  en  descharges  levées  sur  leurs  receptes  à  luy  baillées 
par  le  recepveur  général  pour  son  remboursement  et  paiement  des 
deniers  advancez  par  luy  à  cause  des  affaires  du  roy  et  de  son  office. 

Et,  au  regard  du  don  faict  par  le  roy  et  Madame  audit  de  Beaune 

1.  Henri  Bohier,  prédécesseur  de  Brachet,  1504-1510. 


352  DOCDMEJNTS 

pour  services  faictz  à  cause  desdits  prestz  de  la  somme  de  30,000  li- 
vres par  le  roy  et  de  30,000  livres  par  Madame  :  dict  ledit  de 
Reaune  que  ledit  sieur,  de  sa  libérailité,  luy  donna  la  somme  de 
30,000  livres  après  son  advènement  à  la  couronne,  et  d'icelle  en  a 
esté  despéché  lettres  de  don  par  icelluy  sieur  en  forme  dcue  qui  se 
pourront  veoir  à  ceste  fin.  Et  quant  à  Madame,  elle  a,  de  son  motif, 
après  le  retour  du  roy  de  son  voyage  d'Itallie,  luy  donna  pareille 
somme  de  30,000  livres,  de  laquelle  somme  ledit  de  Beaune  a  seule- 
ment heu  26_,700  et  tant  de  livres. 

XXV.  Sur  le  xxv^  et  dernier  article,  faisant  mention  qu'il  a  pris 
payement  sur  les  parties  couchées  en  Testât  du  roy  contre  la  forme 
de^son  acquit  de  ^, 574, 000  et  tant  de  livres  : 

Respond  ledit  de  Beaune  qu'il  n'a  prins  aucun  deniers  ez  estats  du 
roy  pour  son  remboursement  sur  son  acquit  de  1,574,000  et  tant  de 
livres,  sinon  une  partie  de  300,000  livres  que  ledit  sieur  fit  eraploier 
en  son  estât  de  l'année  1 522,  sous  le  nom  dudit  de  Beaune,  sur  et  en 
déduction  de  sondit  acquit.  Laquelle  somme  il  a  receue  en  vertu  de 
sondit  estât  et  d'icelle  baillé  ses  quictances  aux  recepveurs  généraux 
dont  il  tient  compte,  ainsi  qu'il  se  trouvera  par  le  procès  de  Tappoinc- 
tement  donné  par  M.  le  président  Guillart  et  autres  commissaires 
autresfois  depputez  par  ledit  sieur  à  veoir  les  sommes  de  deniers 
fournies  par  ledit  de  Beaune. 

Ilem^  oultre  et  par-dessus  lesdits  articles,  continuant  en  ce  qu'il 
a  autrefois  deppozé  sur  la  lettre  de  pouvoir  du  roy',  dict  ledit  de 
Beaune  que  ladite  lettre  lui  fut  baillée  par  madame  pour  garder  son 
crédit  envers  plusieurs  personnes,  tant  à  Paris  que  ailleurs,  aus- 
quels,  ainsy  que  les  affaires  du  roy  survenoient,  ledit  de  Beaune 
avoit  accordé  et  promis  faire  donner  par  le  roy  certaines  sommes 
de  deniers  pour  leur  intérest  et  récompense  des  sommes  qu'ilz  pro- 
mettoient  prester  pour  le  service  dudit  sieur.  Et  lesquelles  sommes 
de  faict  ilz  avoient  prestées  et  fournyes  pour  convertir,  comme  dict 
est,  et  mesmement  pour  subvenir  à  la  despence  de  la  guerre  de  Hay- 
naut,  lesquels  personnages  ne  vouloient  aucunement  estre  nommez, 
ne  pareillement  passer  quictance  des  sommes  à  culx  ainsy  promises 
en  don.  Au  moien  de  quoy  estoit  besoing  audit  de  Beaune  avoir  sur 
ce  lettres  de  pouvoir  et  ordonnance  dudit  sieur,  et  à  ces  fins  luy  fut 
baillée  ladite  lettre. 

Et,  au  regard  des  deux  estatz  généraulx  du  Roy,  l'un  au  nect  et 

l.  A.  Spont,  op.  cit.,  p.  187;  A.  de  Boislisle,  Annuaire- Bulletin  de  la  Société 
de  l'histoire  de  France,  XVIII,  p.  228  et  suiv. 


REIATIFS   A   JACQUES  DE   BEAUNE-SEMBLANÇAT.  353 

l'autre  pour  double,  et  pareillement  d'un  article  faisant  mention  d'in- 
térestz  inséré  en  l'un  desdits  estatz  : 

Dict  ledit  de  Beaune  que  lesdits  estatz  avoient  esté  par  luy  laissez, 
ne  sçait  bonnement  en  quel  lieu,  pour  ce  qu'ilz  ne  servoient  de  rien. 
Et  de  faict  telz  estatz  généraulx  ne  peuvent  servir  depuis  l'expédition 
des  estatz  particuliers,  fors  de  donner  addresse  aux  offlciers  comp- 
tables, pensionnaires  et  aultres  parties  couchées  èsditz  estatz,  et  les 
advertir  devers  lesquelz  des  trésoriers  ou  généraulx  de  France  ilz  se 
doibvent  retirer  pour  avoir  leurs  assignations  des  sommes  à  eulx 
ordonnées  par  le  Roy  en  sesditz  estatz  généraulx,  selon  et  ensuyvant 
les  départemens  d'icelles  sommes  faictz  par  entre  lesditz  généraulx 
et  trésoriers.  Lesquelz  départemens  ont  volontiers  accoustumé  d'estre 
déclarez  par  le  menu  en  teste  de  chacune  partie  desditz  estatz 
généraulx. 

Et,  au  regard  de  l'article  faisant  mention  d'intérestz,  déclare  ledit 
de  Beaune  qu'il  fust  entendu  et  ordonné  au  conseil  dudit  sieur,  auquel 
estoit  présent  feu  M.  le  Grand  Maistre  de  Boisy,  et  autrement  n'eust 
voulu  ledit  de  Beaune  permectre  qu'il  y  eust  esté  employé.  Et  n'en  peult 
venir  à  cause  d'icelleaucung  intérest  sur  ledit  sieur,  car  en  vertu  de 
telz  estatz  généraulx  n'ont  accoustumé  d'estre  faictz  aucuns  payementz 
par  les  recepveurs  généraulx,  changeur  du  Trésor,  trésoriers  et  recep- 
veurs  particulliers  ;  ains  se  font  iceulx  payemens  par  lesdits  officiers 
chacung  en  sa  charge  distinctement,  par  vertu  des  estatz  particulliers 
faictz  par  le  Roy  en  chacune  trésorerie  et  généralité  de  France,  et 
des  roolles  qui  en  sont  expédiez  ausdits  offlciers  par  le  moien  desditz 
estatz,  qui  sont  les  acquictz  et  ordonnances  qu'ilz  mectent  et  produisent 
en  la  chambre  des  comptes  pour  avoir  allocation  des  sommes  de 
deniers  par  eux  fournies  deppendantes  desditz  estatz  généraulx  du 
Roy.  Parquoy  sans  cause  a  esté  faict  question  audit  de  Beaune  de 
ladite  partie  d'intérestz. 

Remonstre  à  vous,  MM.,  ledit  de  Beaune  qu'il  vous  plaise  veoir  et 
entendre  par  les  comptes  que  les  principaulx  officiers  comptables  luy 
ont  rendu,  c'est  assavoir  Sapin,  Meigret  et  Prévost,  les  grosses 
sommes  de  deniers  qu'il  a  fournyes  et  délivrées  à  plusieurs  et  diverses 
fois  pendant  huict  années,  à  commancer  peu  après  l'advènement  du 
Roy  à  la  couronne,  aux  dessusditz  ou  par  eulx  à  cause  de  leurs  offices 
et  pour  le  service  dudit  sieur,  affin  que,  par  l'inspection  d'icelles 
sommes,  il  vous  plaise  considérer  que  non  sans  gros  intérestz,  fraiz 
et  mises,  il  a  pu  subvenir  à  fournir  telles  sommes  par  prestz  et  avances. 
Et  aussy  se  trouvera  que,  outre  ce  que  le  Roy  en  a  paie  pour  dons. 


354  DOCUMENTS 

ledit  de  Beaune  en  a  porté  et  porte  intérestz  sur  luy  pour  grosses 
sommes,  dont  il  fit  requeste  à  M.  le  Président  et  autres  commissaires 
y  avoir  esgard. 

Supplie  très  humblement  ledit  de  Beaune  le  Roy,  Madame  et  vous, 
MM.,  que  pour  la  vériffication  et  preuve  de  aucunes  responces  qu'il 
a  faictes  cy-devant  au  présent  cahier,  quMl  vous  plaize  de  voz  bénignes 
grâces  veoir  et  entendre  toutes  les  pièces  du  procès  et  appoinctement 
donnez  par  M.  le  président  Guillart  et  autres  commissaires. 

Aussi  que  si,  par  les  deppositions  par  luy  faictes,  tant  verballes  que 
par  escript,  il  s'y  trouvoit  aucune  variation,  il  vous  plaise  Pexcuser, 
ayans  esgard  à  son  ancien  aage,  duquel  vous  avez  esté  deuement 
informez  par  le  temps  et  datte  de  sa  tonsure,  dont  il  vous  a  parlé, 
pareillement  à  la  privation  de  ses  papiers,  captivité  et  détencion  de 
sa  personne  en  ce  lieu  par  l'espace  de  six  mois  ou  environ,  durant 
lequel  temps  il  a  esté  privé  de  tout  conseil  et  luy  a  esté  desnié  tout 
conseil  verbal  et  par  escript. 

Et  au  surplus,  si  en  sondit  affaire  se  trouvoit  aucune  erreur  ou 
obmission,  qu'il  n'est  proceddé  du  dol  ne  malice  dudit  de  Beaune, 
mais  par  inadvertance  ou  surprise,  il  vous  plaise  pareillement  ne  vou- 
loir prendre  en  rigueur,  mais  avoir  considération  du  temps  que  ledit 
de  Beaune  a  servy  ledit  sieur  et  son  royaume,  où  il  a  exposé  son  temps,- 
son  bien  et  celluy  de  ses  parens  et  amys. 

Et  pour  ce  qu'ez  articles  cy-dessus  escriptz  est  faicte  mention  de 
plusieurs  parties  de  deniers  levez  ez  finances  du  Roy  par  les  acquitz 
dudit  sieur,  tant  pour  ses  plaisirs,  deniers  mis  en  ses  coffres  que  par 
les  quictances  de  Madame,  qui  sont  venuz  ez  mains  de  plusieurs  per- 
sonnes, ainsy  qu'il  a  déclaré,  il  vous  plaise  ordonner  et  luy  bailler 
commissaire  pour  faire  appeler  lesdiles  personnes  pour  confesser  et 
soubstenir  lesdites  parties,  affin  qu'il  en  soit  deschargé,  et,  où  ilz  les 
voudront  nyer,  les  prouver  et  deuement  vériffier  par  ledit  de  Beaune, 
estant  en  liberté,  parce  que  desdites  parties  n'en  est  aucune  chose 
tourné  ne  vient  à  son  advantage  et  proffict. 

(Arsenal,  nis.  2589.) 

IV. 

Les  serviteurs  de  Semhlançay . 

Françoys,  etc.. .,  savoir  faisons,  etc.. . ,  nous  avoir  reccu  l'umble  sup- 
plication de  Françoys  Gharuau  et  Jehan  Le  Gendre,  serviteurs  de  feu 


RELATIFS   A  JACQUES   DE   BEAUNE-SEMBLANÇAT.  355 

Jacques  de  Beaune,  en  son  vivant  sieur  de  Sainct-Blançay,  contenant 
que,  au  moys  de  may  derrenier  passé,  nous  octroyasmes  noz  lettres 
de  rémission  tant  ausdits  supplians  que  autres  serviteurs  dudit  sieur 
de  Semblançay  et  de  Guillaume  de  Beaune,  son  filz,  naguères  général 
de  noz  finances,  dont  la  teneur  s'ensuyt  : 

Françoys,  etc.,  savoir  faisons,  etc.,  nous  avoir  receu  l'umble 
supplicacion  de  Jehan  Gourraye,  Jehan  Guyot,  Jacques  Riallière, 
M^Mathurin  Guinel,  Jehan  Legendre,  Françoys  Gharuau,  Jehan  Blandin 
et  Loys  Potier,  contenant  qu'ilz  estoient  au  service  de  feu  Jacques  de 
Beaune,  lors  sieur  de  Samblançay,  bailly  et  gouverneur  de  Touraine, 
et  de  Guillaume  de  Beaune,  son  fils,  auparavant  l'emprisonnement  de 
la  personne  dudit  de  Samblançay  en  la  Bastille  de  la  ville  de  Paris. 

Duquel  emprisonnement  ilz  eurent  de  grans  ennuys  et  se  employèrent 
pour  luy  faire  service  par  tous  les  moyens  que  possible  leur  fust,  de  faict 
portèrent  plusieurs  lettres  audit  sieur  de  Samblançay  à  luy  rescriptes 
par  ledit  Guillaume  de  Beaune,  son  filz,  et  audit  Guillaume  de  Beaune 
autres  lettres  à  luy  rescriptes  par  sondit  père,  blanctz  signez,  lettres, 
escriptures,  de  la  teneur  desquelles  ilz  ne  sont  bonnement  recordz  ne 
mémoratifz.  Toutesfoiz  est  bien  mémoratif  ledit  Jehan  Guyot  qu'il 
porta  lettre  dudit  deffunct  sieur  de  Samblançay  à  Tours  à  la  vefve  de 
■feu  M*  Nycolle  Ghartier,  qui  lui  bailla  ung  inventaire  avec  plusieurs 
céduUes  et  obligacions,  lesquelles  il  bailla  et  mist  es  mains  dudit  Guil- 
laume de  Beaune.  Aussy  les  aucuns  d'iceulx  assayèrent  par  pratiques, 
promesses,  parolles,  subornacions  et  autrement  indeuement  à  faire 
évader  desdites  prisons  ledit  de  Samblançay. 

Et,  après  l'exécution  de  sa  personne,  lesdits  supplians  se  sont  éva- 
dez, c'est  assavoir  ledit  Jehan  Gourraye  et  Loys  Potier,  avecques 
ledit  Guillaume  de  Beaune,  es  pays  de  Flandres  et  d'Alemaigne,  où 
ilz  sont  encores  de  présent.  Et  les  autres  supplians  en  divers  lieux 
où  ilz  se  sont  retirez  et  latitez,  doubtans  rigueur  de  justice.  Nous 
humblement  requérant  que,  actendu  les  faultes,  coulpes,  crymes  et 
délitz  en  quoy  ilz  sont  encheuz,  ce  a  esté  pour  cuyder  faire  service  audit 
sieur  de  Samblançay  et  Guillaume  de  Beaune,  son  filz,  leur  maistre, 
que  en  tous  autres  cas  ilz  sont  bien  famez  et  renommez,  etc.,  il 
nous  plaise,  etc.  Pourquoy,  etc.,  ausdits  supplians  et  à  chacun 
d'euix  avons  remys,  quicté  et  pardonné,  et  par  la  teneur  de  ces  pré- 
sentes, de  nostre  grâce  espécial,  plaine  puissance  et  auctorité  royal, 
quictons,  remectons  et  pardonnons  les  cas  dessusdits  et  tous  autres 
telz  ou  moyndres  en  quoy  ils  pourroient  estre  ensuyviz  pour  le  faict 
dudit  de  Samblançay  et  de  sondit  filz,  et  tout  ainsi  que  s'ilz  estoient 


356  DOCUMENTS 

cy  spéciffiez  et  déclairez  avec  toute  peine,  oflfence  et  admende  corpo- 
relle, criminelle  et  civile,  en  quoy,  pour  occasion  d'iceulx,  ilz  pour- 
roient  estre  ensuyviz  envers  nous  et  justice,  satisfaction  faicte  à 
partie  civilement  tant  seuUement,  etc.. 

Donné  à  la  Bourdaizière,  ou  moys  de  may  l'an  de  grâce  ^  529,  et  de 
nostre  règne  le  i  5^ 

[Signé  :]  Par  le  Roy,  Robebtet. 

Visa,  contentor  :  Dcvernay. 

Et,  pour  ce  que  lesdits  supplians  n'estoient  présens  lorsque  lesdites 
lettres  furent  obtenues,  fut  obmis  dire  et  déclairer  les  choses  qui  s'en- 
suyvent,  c'est  assavoir  qu'ilz  avoient  escript  soubz  ledit  Guillaume 
de  Beaune  plusieurs  lettres,  mémoires  et  autres  choses  qui  auroient 
esté  portées  audit  feu  sieur  de  Samblançay  au  dedans  de  la  Bastille, 
et  aucunes  d'icelles  auroient  esté  baillées  et  portées  par  lesdits  sup- 
plians à  Estienne  Besnieretà  Gigon,  son  serviteur,  qui  avoient  intel- 
ligence à  ladite  Bastille;  pareillement  àung  homme  d'Église  qui  ordi- 
nairement chantoit  messe  en  ladite  Bastille  et  à  ungarchier  qui  estoit 
commis  à  la  garde  dudit  Samblançay.  Des  noms  desquelz  prcbstreet 
archier,  ensemble  de  ce  que  contenoient  lesdites  lettres  et  mémoires 
et  autres  choses,  lesdits  supplians  ne  sont  recordz,  raémoralifz  et  ne 
sauroient  autrement  déclairer.  Aussy,  par  le  moyen  de  quelzques  flas- 
cons  d'estaing  à  fons  double  furent  portées  en  ladite  Bastille,  au 
commancement  de  l'emprisonnement  dudit  Samblançay,  par  aucune 
petite  espace  de  temps,  aucunes  lettres  et  mémoires  dedans  ladite 
Bastille,  et  rapporté  responceau  moyen  dMceulx  flascons,  mais  quelles, 
ne  savent  lesdits  supplians. 

Pareillement  auroil  icelluy  Legendre  obmis  à  articuller  que  peu  de 
temps  après  le  trespas  dudit  Samblançay,  luy  estant  à  Paris,  entendit 
par  aucuns  messiers  que  le  corps  d'icelluy  Samblançay  auroyt  été 
trayné  dedans  les  vignes,  dessiré  et  desmembré  par  les  bestcs  auprès 
d'un  village  nommé  Panlbiu.  Lequel  Legendre,  meu  de  pitié  et  com- 
passion, seroit  allé  audit  lieu  de  Panthin,  accompaigné  d'un  nommé 
Guillaume  Malartin,  où  ilz  trouvèrent  aucuns  membres  et  ossemens 
dudit  corps,  quMlz  assemblèrent  et  misrent  dedans  ung  sac  de  toille, 
qu'ilz  feirenl  apporter  à  Paris  au  logis  dudit  Guillaume  Malartin.  Les- 
quelz  membres  et  ossemens  ledit  Legendre,  suppliant,  mist  en  une 
quesse  de  boys  qui  fust  mysen  régliseSainle-Catherine-du-Val-dcs- 
EscoUiers,  par  le  moyen,  adresse  el  reijuesle  que  feist  maistre  Gail- 
lard Burdelot,  sieur  de  Montfermet,  envers  aucuns  religieux  de  ladite 


RELATIFS   A   JACQUES   DE    BEAUNE-SEMBLANÇAY.  357 

église.  Laquelle  quesse  de  boys  fust  depuys  ostée  et  ou  lieu  d'icelle 
fut  mise  une  quesse  de  plomb,  et  icelle  mise  soubz  un  autel  de  ladite 
église. 

Et  oultre  auroit  icelluy  Legendre  obmis  à  déclairer  que,  ou  moys 
de  juillet  -1 528,  adverty  que  l'on  cherehoit  aucuns  de  ses  compaignons 
pour  les  faire  prisonniers,  par  les  accusacions  dudit  Besnier,  craignant 
estre  resserré  en  prison  fermée,  il  seroit  party  de  nostre  ville  de  Paris 
et  retiré  hors  nostre  royaume,  où  il  est  encores  de  présent,  sans  la 
permission,  congé  et  licence  de  nos  amez  et  féaulx  conseillers  les 
juges  par  nous  ordonnez  sur  le  faict  de  nos  finances,  par  lesquelz 
luy  auroit  esté  donné  arrest  en  ladite  ville  de  Paris,  environ  le  mois 
de  mars  précédent,  l'an  ^  527. 

Lesquelz  cas  iceulx  supplians  auroient  commis  pour  l'amour  quMlz 
portoient  audit  feu  sieur  de  Samblançay,  leur  malstre,  désirans  le 
secourir  à  sa  nécessité  sans  panser  de  mal  faire.  Pour  lesquelles 
obmissions  lesdits  supplians  n'ont  osé  comparoir  ne  présenter  nos- 
dites  lettres  de  rémission;  nous  humblement  requérans  que,  actendu 
que  ce  qu'ilz  ont  faict  c'a  esté  pour  l'amour  quMlz  portoient  audit  sieur 
de  Samblançay,  leur  raaistre,  et  à  sondit  filz,  et  que,  en  tous  autres 
cas,  ilz  sont  bien  famez  et  renommez,  il  nous  plaise  leur  continuer  et 
impartir  derechef  noz  grâce  et  miséricorde,  etc.. 

Donnéà  Ostun,  ou  moys  de  février  l'an  de  grâce  ^529,  et  de  nostre 
règne  le  \  6^ 

[Ainsi  signé  :)  Par  le  Roy,  Baïard. 

Visa,  contentor  :  Duvernay. 
(Arch.  nat.,  JJ  245a,  fol.  33.) 


BIBLIOGRAPHIE. 


Origines  françaises  de  F  architecture  gothique  en  Italie,  par  M.  C. 
ExLART,  archiviste  paléographe,  ancien  membre  de  l'École  française 
de  Rome.  Paris,  Thorin,  ^1894.  In-S",  xii-335  p.,  34  pi.  el  131  fig. 
20  fr. 

L'étude  de  l'art  gothique,  quel  qu'en  soit  l'intérêt,  le  cède  cependant 
à  l'étude  des  causes  d'où  est  sorti  ce  style  et  des  effets  qu'il  a  engen- 
drés, de  son  origine  et  de  son  influence.  C'est  à  l'histoire  de  cette 
induence  hors  de  notre  pays  que  M.  C.  Enlart  consacre  principalement, 
depuis  quelques  années,  des  recherches  étendues  et  consciencieuses,  exa- 
minant ce  que  le  gothique  a  produit  en  Suède,  en  Italie,  en  Espagne,  etc. 
Notre  confrère  vient  de  publier,  dans  la  Bibliothèque  des  Écoles  fran- 
çaises de  Rome  et  d'Athènes,  un  volumineux  travail  sur  les  débuts  de 
l'architecture  gothique  en  Italie. 

Après  un  avant-propos  et  de  brèves  considérations  générales,  M.  En- 
lart résume  les  données  historiques  qu'il  a  recueillies  sur  son  sujet; 
puis  il  passe  à  la  description  minutieuse  des  édifices,  qu'il  a  groupés  en 
trois  grandes  familles  :  monastères  cisterciens  et  monuments  inspirés 
des  monastères  cisterciens;  monastères  des  chanoines  réguliers  et  des 
Franciscains;  églises  élevées  sous  les  princes  français  à  Naples.  Un  cha- 
pitre vient  ensuite,  où  sont  exposées  les  modifications  subies  par  l'art 
gothique  dans  son  importation  en  Italie,  modifications  dues  au  génie 
des  Italiens,  aux  types  d'architecture  cistercienne,  à  l'architecture  de  la 
Bourgogne.  Le  chapitre  suivant  est  une  «  Analyse  comparative  des  élé- 
ments de  l'architecture  gothique  en  Bourgogne  et  en  Italie  :  »  plan  des 
églises,  chœurs  et  chapelles,  appareil,  conduite  et  écoulement  des  eaux, 
voûtes,  etc.  Enfin,  M.  E.  s'enquiert  de  l'influence  exercée  directement 
sur  l'Italie  par  le  nord  et  le  midi  de  la  France  ;.il  fournit  quelques  indi- 
cations sur  les  accessoires  de  l'architecture  et  sur  les  objets  mobiliers, 
et  il  conclut. 

Les  principaux  parmi  les  édifices  que  M.  E.  considère  comme  les 
premières  manifestations  de  l'art  gothique  en  Italie  sont  les  suivants  : 

Églises  cisterciennes  :  Fossanova,  sur  la  voie  Appienne,  entre  Pipcruo 
et  Sonnino  (H87-1208);  Gasamari,  dans  la  vallée  du  Liri,  non  loin  de 
Subiaco,  consacrée  en  1217;  Sainte-Marie  d'Arbona  et  San-Galgano, 
filles  de  Gasamari,  la  première  dans  les  Abruzzes,  commencée  en  1208, 


BIBLIOGRAPHIE.  339 

la  seconde  dans  la  maremme  toscane,  commencée  en  1218;  Ghiaravalle 
près  Milan,  consacrée  en  1221  ;  Ghiaravalle,  près  Plaisance;  Ghiaravalle, 
di  Gastagnola,  entre  Ancone  et  lesi,  —  ces  trois  abbayes  fondées  par 
des  moines  de  Glairvaux;  —  Saint-Martin,  près  Viterbe,  bâtie  par  des 
moines  de  Pontigny. 

Églises  des  chanoines  réguliers  :  Barletta,  en  Pouille,  fin  du  xn^  siècle; 
Saint-André  de  Verceil,  consacrée  en  1224. 

Églises  des  Franciscains  :  Saint-François  d'Assise,  Saint-François  de 
Bologne. 

Églises  élevées  par  les  princes  français  de  Naples  :  Saint-Éloi  de  Naples, 
fondée  en  1270;  cathédrale  de  Saint-Janvier,  en  1292;  église  des  Domi- 
nicains, en  1283. 

L'action  de  ces  derniers  édifices  a  été  surtout  sensible  dans  le  midi 
de  la  péninsule.  M.  E.  admet  d'ailleurs  que  l'Italie  a  continué  ses 
emprunts  au  gothique  français  et  qu'elle  lui  a  pris,  jusqu'au  xiv»  siècle 
au  moins,  des  procédés  d'une  technique  plus  avancée.  Ges  emprunts  ne 
paraissent  pas  avoir  eu  d'importance,  et  l'intérêt  se  concentre  sur  les 
essais  primitifs,  sur  l'introduction  même  des  formules  constitutives  du 
gothique. 

«  Il  ne  serait  pas  impossible,  écrit  M.  E.,  que  les  chanoines  du  Saint- 
Sépulcre  aient  été  les  premiers  importateurs  du  style  gothique  en  Ita- 
lie'.  »  Gette  remarque  judicieuse  prend  toute  sa  portée  quand  on  rap- 
proche les  plus  anciens  édifices  qu'ont  élevés  les  chanoines,  d'une  part, 
les  Gisterciens,  de  l'autre  :  Barletta  et  Fossanova. 

Le  style  gothique  ne  consiste  pas,  semble-t-il,  dans  la  sûreté  avec 
laquelle  les  maîtres  d'œuvre  appliquèrent  les  formules  romanes,  ni  dans 
l'ampleur  des  édifices  auxquels  ils  les  adaptèrent,  mais  bien  dans  l'em- 
ploi systématique  de  formules  nouvelles,  qui  n'avaient  jusqu'alors  été 
connues  que  comme  expédients,  surtout  de  la  croisée  d'ogives.  Or,  à 
Fossanova,  les  voûtes  sont,  à  l'exception  du  seul  carré  du  transept,  des 
voûtes  d'arêtes  dont  la  poussée  est  contenue  par  de  simples  contreforts; 
à  Barletta,  au  contraire,  si  l'ornementation  est  tout  aussi  romane,  si 
l'arc-boutant  ne  paraît  pas,  du  moins  des  croisées  d'ogives  recouvrent 
toutes  les  travées  de  la  nef  centrale.  Barletta  est  gothique;  l'abbatiale 
de  Fossanova  est,  à  mon  sens,  une  belle  église  romane,  mais  ce  n'est 
qu'une  église  romane,  comme  d'ailleurs  Valvisciolo  et  son  cloître, 
Saint-Nicolas  de  Girgenti,  Amaseno,  Saint-Laurent  de  Piperno,  Saint- 
Laurent  de  Sezze,  Saint- Antoine,  près  Ferentino,  etc.,  tous  monuments 
édifiés  par  les  Gisterciens  ou  imités  des  constructions  cisterciennes.  Ge 
fait  s'explique  aisément  :  les  types  d'architecture  adoptés  par  l'ordre  de 
Giteaux  s'étaient  formés  en  Bourgogne  avant  que  le  gothique  eût  péné- 
tré dans  cette  province;  et,  suivant  la  remarque  de  M.  A.  de  Dion,  la 

1.  P.  176. 


360  BIBLIOGRAPHIE. 

discipline  étroite  de  l'ordre  ne  laissait  guère  d'initiative  aux  frères 
maîtres  d'œuvre  ni  de  place  pour  les  innovations. 

En  outre,  le  gothique  eut  à  lutter,  en  Italie  comme  dans  tout  le  Midi, 
contre  des  traditions  fortement  établies,  contre  des  conditions  défavo- 
rables de  climat  et  peut-être  de  race.  De  là,  des  caractères  particuliers 
aux  écoles  méridionales  :  le  modèle  d'église  gothique  du  Languedoc, 
comprenant  une  nef  bordée  de  chapelles,  qui  aurait  été  trop  sombre 
dans  le  Nord,  était  suffisamment  clair  dans  le  bassin  de  la  Garonne  et 
dans  la  basse  vallée  du  Rhône;  il  correspondait,  de  plus,  dans  une  assez 
large  mesure,  aux  données  générales  des  constructeurs  romains,  les- 
quels épaulaient  leurs  voûtes  à  l'aide  de  culées  intérieures  servant  à 
l'aménagement  de  l'édifice.  L'équilibre  des  arcs-boutants,  l'adjonction 
d'un  triforium  et  d'un  déambulatoire  auraient  entraîné  des  comphca- 
tions  savantes  auxquelles  répugnaient  les  traditions  romaines,  car  ces 
traditions  cherchaient  la  solidité  dans  la  résistance  passive  des  maçon- 
neries. L'absence  de  charpente  et  peut-être  l'emploi  de  contreforts  en 
demi-pignons  tenant  toute  la  largeur  du  bas-côté  paraissent  être  égale- 
ment des  legs  des  ingénieurs  romains.  Or,  M.  E.  a  signalé  dans  les 
églises  italiennes  ces  divers  caractères  :  on  connaît  seulement  quatre 
d'entre  elles  munies  d'un  déambulatoire ^,  et  il  n'y  en  a  peut-être  pas 
sept  qui  soient  pourvues  d'arcs-boutants^.  La  construction  en  plein 
xiv<=  siècle  de  véritables  basilicjues  latines,  comme  à  Toscanella^  et  à 
Saint- Jean  de  Latran  '',  la  fréquence  des  églises  non  voûtées  •'5,  la  persis- 
tance des  types  anciens  dans  la  Ville  Éternelle  permettent  de  saisir 
cette  antinomie  entre  les  traditions  locales  et  les  perfectionnements 
apportés  de  l'Ile-de-France^. 

D'autres  causes  ont  atténué  le  rayonnement  de  l'art  gothique  en  Ita- 
lie et  en  ont  comprimé  le  développement  :  il  a  eu  à  lutter  dans  la  pénin- 
sule contre  des  influences  venues  de  divers  pays.  Les  nombreuses  nefs 
armées  dans  les  ports  d'Italie  pour  les  Échelles  du  Levant,  le  Maghreb 
et  l'Espagne  mauresque  ne  rapportaient  pas  seulement  des  ballots  de 
marchandises,  mais  aussi  des  idées  et  des  pratiques  d'art,  ou  plutôt  des 
procédés  se  retrouvaient  sur  divers  points  du  littoral  méditerranéen  sans 
qu'il  soit  possible  de  préciser  leur  origine  :  par  exemple,  l'usage  des 

1.  P.  228  et  p.  300. 

2.  P.  5. 

3.  P.  216. 

4.  Félix  de  Verneilh,  Annales  archéologiques,  t.  XXI,  p.  179. 

5.  C.  Enlarl,  op.  cit.,  p.  9. 

6.  Une  forme  Italienne  particulièrement  vivace  est  cette  décoration  composée 
de  pilastres  plats  et  d'arcs  d'un  relief  bas,  que  l'on  désigne  sous  le  nom  d'arcu- 
ture  lombarde.  Cette  forme,  qui  gagna  la  Provence,  le  Roussillon,  la  Bourgogne, 
les  pays  rhénans,  etc.,  parait  être  sortie  de  combinaisons  constructives  dont 
les  premiers  spécimens  sont,  je  crois,  à  Ravenne. 


BIBLIOGRAPHIE.  364 

tirants  en  fer  ou  en  bois  placés  à  la  naissance  des  arcs  pour  arrêter 
l'écartement  des  supports  est  commun  dans  les  édifices  byzantins'  et 
dans  les  édifices  arabes  non  moins  que  dans  l'architecture  italienne;  on 
en  peut  dire  autant  de  l'appareil  formé  d'assises  alternativement  blanches 
et  rouges,  et  peut-être  des  chaînages  en  bois. 

Quelles  que  soient  les  raisons  de  ce  fait,  les  Italiens  ne  s'assimilèrent 
point  le  gothique;  ils  ne  le  comprirent  pas  et  ils  en  donnèrent  une  inter- 
prétation tardive,  incomplète  et  inexacte.  Suivant  la  remarque  du  baron 
de  Guilhermy,  «  il  y  a  plus  de  distance  encore  entre  ce  qu'ils  ont  cons- 
truit alors  et  ce  qui  se  faisait  chez  nous  qu'entre  nos  plates  imitations 
de  l'art  grec  et  les  monuments  originaux 2.  » 

M.  E.  cite  à  ce  sujet  un  fait  topique,  c'est  que  les. arcs  brisés  sont  par- 
fois appareillés  par  les  traceurs  italiens  comme  des  arcs  en  plein  cintre  : 
l'intrados  et  l'extrados  sont  seuls  modifiés,  et  les  joints  convergent  vers 
un  centre  unique.  De  même  pour  l'ogive  :  dans  nombre  d'églises,  les 
Italiens  ne  l'ont  établie  que  sur  le  carré  du  transept,  ou  bien,  quand  il 
s'agit  d'églises  sans  transept,  dans  la  travée  qui  précède  le  chœur  et  qui 
n'a  pas  besoin  d'une  solidité  particulière.  C'est  que  la  raison  d'être  de 
l'ogive,  son  utilité  pratique  leur  échappait;  ils  n'y  voyaient  guère  qu'un 
ornement  à  la  mode,  un  surcroit  de  décoration. 

Voilà  une  longue  digression  :  la  responsabilité  doit  en  être  partagée 
par  M.  E.,  dont  le  livre  évoque  tant  d'idées,  suggère  tant  de  réflexions. 
Dans  la  lecture  de  ses  descriptions,  dans  l'examen  de  ses  documents  gra- 
phiques, on  est  arrêté  souvent  par  des  rapprochements,  par  des  souve- 
nirs et,  —  pourquoi  ne  pas  le  dire?  —  par  des  divergences  de  vues.  C'est 
ainsi  que  les  comparaisons  auxquelles  M.  E.  s'est  livré,  dans  son  étude 
analytique  des  éléments  de  l'architecture  en  Bourgogne  et  en  Italie, 
manquent  peut-être  par  instants  de  solidité.  L'accumulation  même  de 
ces  comparaisons  constitue,  il  est  vrai,  à  l'appui  de  la  thèse  que  soutient 
notre  confrère,  une  preuve  morale;  mais  ne  serait-il  pas  préférable  de 
ne  retenir  que  les  exemples  où  l'imitation  est  incontestable?  C'est  l'un 
des  grands  dangers  de  l'archéologie  que  ces  raisonnements  par  induc- 
tion, qui  concluent  d'une  ressemblance  de  forme  à  un  rapport  de  filia- 
tion. La  similitude  peut  être  fortuite,  ou  provenir  d'une  origine  com- 
mune, ou  bien  encore  avoir  été  imposée  ou  inspirée  par  les  mêmes 
nécessités  constructives  :  elle  ne  prouve  pas  toujours  que  les  deux 
termes  du  rapprochement  procèdent  l'un  de  l'autre.  M.  E.  constate 
qu'en  Bourgogne  comme  en  Italie,  les  maçonneries  sont  de  moellons, 
les  angles,  les  piliers,  les  cadres  des  ouvertures,  etc.,  étant  seuls  en 
pierre  de  taille^;  ce  n'est  pas  une  particularité  propre  à  ces  deux  écoles,  et 

1.  Choisy,  l'Art  de  bâtir  chez  les  Byzantins,  p.  115. 

2.  Notes  d'un  voyage  en  Italie,  dans  les  Annales  archéologiques,  t.  V,  p.  100. 

3.  P.  245. 


362  BIBLIOGRAPHIE. 

la  même  pensée  d'économie  a  fait  prévaloir  cette  disposition  dans  tous  les 
pays.  Les  voûtes  sexpartites  bâties  à  une  époque  avancée',  les  corbeaux 
dont  la  partie  inférieure  porte  une  arête  au  milieu  de  la  tranche  2  se 
retrouvent  notamment  en  Bordelais  ^.  L'usage  des  croix  au  sommet  des 
pignons^  est  général,  de  même  que  celui  des  lions  de  pierre.  L'importance 
médiocre  des  arcs-boutants»  est,  pour  ainsi  dire,  de  règle  dans  toutes 
les  provinces  méridionales.  Les  chapiteaux  imités  du  chapiteau  cubique^ 
sont  très  fréquents  dans  des  pays  qui  paraissent  n'avoir  subi  aucune 
influence  germanique,  comme  la  Guienne.  Il  n'est  pas  jusqu'à  cette 
bizarre  combinaison  de  voûtes  en  berceaux  renforcés  d'ogives"  dont  on 
ne  puisse  citer  des  exemples  dans  des  provinces  qui  n'ont  eu  aucune 
relation  avec  la  Bourgogne  et  la  Champagne  :  à  Saint-Pierre  de  Prades, 
si  je  ne  me  trompe,  dans  des  chapelles  du  xvni^  siècle;  à  Saint-Sauveur 
et  à  Saint-Malo  de  Dinan,  dans  des  chapelles  du  xv®. 

Pour  dire  toute  ma  pensée,  je  ne  sais  si  M.  E.  n'a  pas  exagéré  quelque 
peu  le  rôle  du  style  bourguignon  dans  la  formation  de  l'art  gothique  en 
général^  et  du  gothique  italien  en  particulier,  —  s'il  ne  considère  pas 
comme  productions  de  l'art  gothique  certaines  églises  qui  sont  seule- 
ment des  constructions  romanes  soignées,  —  s'il  ne  restreint  pas  enfin 
la  part  qui  revient  légitimement  aux  autres  influences,  locales  ou  étran- 
gères, dans  la  création  du  gothique  italien. 

L'école  bourguignonne  a  montré  une  habileté,  un  soin  particuliers 
dans  la  construction  d'églises  claires,  hautes,  telles  que  les  fit  plus  tard 
le  gothique  français.  Mais  ici  se  pose  la  même  question  que  tout  à 
l'heure  :  est-ce  bien  en  cela  que  consiste  l'essence  du  gothique?  est-ce 
même  un  acheminement  vers  le  gothique?  Il  ne  parait  pas  qu'un  style 
roman  perfectionné  soit  nécessairement  une  transition  entre  un  style 

1.  P.  251.  —  M.  E.  désigne  ces  voûtes  à  l'aide  d'une  périphrase  :  «  croisées 
d'ogives  sur  plan  carré,  traversées  d'un  doubleau  central.  »  La  nervure  trans- 
versale qui  passe  par  la  clef  de  la  voûte  sexparlite  me  semble  être,  par  son 
profil  aussi  bien  que  par  sa  fonction,  une  ogive  plutôt  qu'un  doubleau. 

2.  P.  273. 

3.  Il  existe  dans  la  Gironde  des  églises,  comme  Magrigne,  qui  n'ont  pas 
d'autres  corbeaux  que  ceux-là. 

4.  P.  276. 

5.  P.  265. 

6.  P.  218. 

7.  P.  248. 

8.  P.  2.  —  M.  E.  compte  «  trois  solutions  originales  trouvées  dans  l'Ile-de- 
France,  la  Bourgogne  et  le  Périgord  »  pour  résoudre  le  problème  du  voùtement 
des  églises  :  la  croisée  d'ogives,  l'arc  brisé  «  usité  en  Bourgogne  dès  la  tin  du 
xr  siècle  »  et  la  coupole.  Il  ne  paraît  pas  que  les  berceaux  brisés  aient  été  jetés 
sur  les  nefs  en  Bourgogne  plus  tôt  qu'en  Provence,  en  Auvergne  ou  en  Aqui- 
taine. De  plus,  l'emploi  de  la  voûte  d'arêtes  sur  de  larges  vaisseaux  n'est-il 
pas  un  fait  plus  important  et  plus  fécond? 


BIBLIOGRAPHIE.  363 

roman  plus  rudimentaire  et  le  style  gothique,  ni  que  l'évolution  de  toutes 
les  écoles  romanes  aboutisse  forcément  au  gothique.  Chacune  d'elles 
s'est  plutôt  trouvée,  à  un  point  de  cette  évolution,  en  présence  de  deux 
voies  :  une  route  menant  au  gothique;  un  cul-de-sac  n'ayant  pas  d'is- 
sue hors  du  roman.  L'art  bourguignon  avait  pris  cette  seconde  direc- 
tion; et,  dans  une  certaine  mesure,  on  peut  dire  que  chaque  pas  en 
avant  l'éloignait  du  gothique.  C'est  précisément  parce  que  ses  maîtres 
d'œuvre  élevaient  de  belles  églises  romanes  qu'ils  n'éprouvaient  pas  le 
besoin  de  changer  leurs  formules  :  la  Bourgogne,  qui  jetait  sur  de 
larges  nefs  de  solides  voûtes  en  berceau  ou  d'arêtes,  fut  longtemps 
rèfractaire  aux  innovations  gothiques,  tandis  que  celles-ci  virent  le  jour 
et  furent  adoptées  avec  empressement  dans  des  provinces  oià  les  prin- 
cipes de  la  construction  romane  n'avaient  donné  lieu  qu'à  des  combi- 
naisons insuffisantes. 

M.  E.  a  démontré  péremptoirement  l'importation  par  les  Cisterciens 
du  roman  bourguignon  en  Italie,  plutôt  que  l'influence  de  cette  impor- 
tation sur  les  origines  de  l'architecture  gothique  dans  la  péninsule.  Il 
restait  à  prouver,  si  possible,  comment  de  ce  type  bourguignon  est  sorti, 
par  exemple,  Saint-Ambroise  de  Milan,  qui  n'a  ni  le  même  parti  archi- 
tectural ni  le  même  mode  de  voùteraent  et  dont  la  structure  anatomique 
et  la  physionomie  sont  toutes  différentes. 

Ces  questions  multiples,  je  me  borne  à  les  poser,  sans  prétendre  les 
résoudre  dans  un  sens  formellement  contraire  aux  conclusions  de  M.  E. 
L'archéologie  n'est  pas  une  science  exacte;  elle  est  faite,  pour  une  part, 
d'impressions  personnelles,  et  elle  laisse  à  qui  s'en  occupe  une  certaine 
liberté  d'appréciation.  Je  n'oublie  pas  d'ailleurs  qu'en  ce  qui  concerne 
notamment  l'action  du  roman  bourguignon  sur  l'évolution  de  l'art  de 
bâtir,  on  pourrait  m'opposer  d'illustres  autorités. 

Aussi  bien,  cette  dissidence  sur  l'une  des  théories  de  mon  confrère 
ne  m'empêche  aucunement  d'apprécier  comme  il  convient  l'ensemble 
de  son  savant  livre. 

Les  dessins,  reproduits  par  le  gillotage,  sont  nombreux  et  soignés; 
certains,  comme  les  coupes  de  Fossanova  et  de  Gasamari,  témoignent 
d'une  habileté  rare  chez  un  érudit;  on  voit  qu'ils  sont  dus  à  un  artiste 
archéologue,  qui  comprend  le  moyen  âge  et  qui  le  dessine  comme  il  le 
comprend.  Les  phototypies  sont  bonnes;  quelques-unes  sont  excellentes. 
Les  descriptions,  très  consciencieuses,  se  distinguent  par  le  choix  et  la 
propriété  des  expressions.  Les  rapprochements  nombreux  témoignent 
de  vastes  lectures  et  d'une  enquête  étendue.  J'ajoute  enfin  qu'une  table 
des  matières  rend  les  recherches  faciles  dans  ce  volumineux  in-octavo. 
L'ouvrage  représente  une  somme  de  travail  considérable;  il  a  nécessité 
des  voyages  pénibles,  de  longues  stations  dans  des  localités  parfois 
insalubres,  souvent  dépourvues  de  tout  confort.  Ces  fatigues,  du  moins, 
ne  sont  pas  perdues,  et  M.  E.  a  dû  les  oublier  en  rédigeant  ses  conclu- 


364  BIBLIOGRAPHFE. 

sions,  si  flatteuses  pour  notre  art  national.  Romane  ou  gothique,  il 
n'importe  :  c'est  bien  une  architecture  française  que  les  moines  de 
Gîteaux  ont  portée  en  Italie.  L'étude  de  M.  E.  est  une  contribution  à 
l'histoire  des  influences  artistiques  de  notre  pays;  c'est  une  page,  l'une 
des  plus  remarquables  qui  aient  paru,  de  cette  glorieuse  histoire. 

J.-A.  Brutails. 


Grégoire  de  Tocrs,  Histoire  des  Francs,  livres  VII-X.  Texte  du  manus- 
crit de  Bruxelles...  publié  par  M.  Gaston  Gollon.  Paris,  Picard,  ^893. 
In-8°,  v^r-24^  pages.  [Collection  de  textes  ^our  servir  à  V étude  et 
à  l'enseignement  de  l'histoire^  n°  4  6.)  5  fr.  50;  pour  les  souscrip- 
teurs à  la  Collection,  4  fr. 

M.  G.  GoUon  a  publié  en  1893,  dans  la  Collection  de  textes,  les 
quatre  derniers  livres  de  l'Histoire  des  Francs,  dont,  en  1886,  M.  H. 
Omont  avait  édité  les  six  premiers.  Le  manuscrit  de  Gorbie,  dont 
M.  Omont  s'était  uniquement  servi,  s'arrêtant  à  la  fin  du  Vl"  livre,  les 
quatre  derniers  ont  été  donnés  par  M.  G.  d'après  un  des  meilleurs  et 
des  plus  anciens  manuscrits,  le  9403  de  la  Bibliothèque  royale  de 
Bruxelles. 

On  sait  que  cette  édition,  bien  que  destinée  au  grand  public,  n'est 
pas  une  édition  critique,  mais  une  édition  diplomatique  qui  reproduit 
scrupuleusement  le  texte  que  nous  ont  transmis  les  scribes  du  vni«  ou 
du  commencement  du  ix«  siècle.  A  notre  avis,  c'est  là  un  défaut  grave 
pour  une  édition  in  usum  scholarum,  destinée  à  des  travailleurs  plutôt 
qu'à  des  érudits.  En  revanche,  les  philologues  auront  ainsi  à  leur  dis- 
position un  précieux  instrument  de  travail;  le  fait  que,  pour  cette 
seconde  partie  spécialement,  la  copie  du  scribe  a  été  corrigée  par  un 
de  ses  contemporains  un  peu  plus  instruit  que  lui  pourra  leur  fournir 
matière  à  des  comparaisons  fort  intéressantes  et  à  des  déductions  fruc- 
tueuses pour  l'étude  des  règles  assez  flottantes  de  l'orthographe  et  de  la 
syntaxe  de  cette  époque.  Ges  corrections,  fort  nombreuses,  ont  été  rele- 
vées par  M.  G.  avec  un  soin  un  peu  minutieux  peut-être,  mais  dont 
on  ne  saurait  que  le  féliciter.  Ajoutons  que  M.  G.  a  joint  à  son  travail 
une  table  générale  des  noms  propres  qui  s'applique  aux  deux  parties  de 
l'Histoire  des  Francs, 

R.   ViLLEPELET. 

Histoire  du  moyen  âge  (395-i270^  pour  la  classe  de  troisième),  par 
A.  Gre'goire...  et  H.  Gaillard.  Paris,  Delagrave,  4895.  In-8o, 
iv-628  pages. 

Voilà,  depuis  quatre  ans,  —  sans  parler  des  Lectures  historiques  pour 
la  classe  de  troisième  de  M.  Gh.-V.  Langlois  (Paris,  Hachette,  1890),  — 


BIBLIOGRAPHIE.  365 

le  second  manuel  classique  pour  l'histoire  du  moyen  âge  auquel  aient 
collaboré  nos  confrères.  Pourtant,  après  V Histoire  de  VEurope  et  en  par- 
ticulier  de  la  France,  de  395  à  1270,  rédigée  par  G.  Bémont  et  G.  Monod 
(Paris,  Alcan,  1891),  et  qui  s'adressait  surtout  aux  étudiants,  le  livre 
de  MM.  Grégoire  et  Gaillard  ne  fait  pas  double  emploi  :  il  s'adresse 
surtout  aux  écoliers.  Il  ne  prétend  pas  à  l'érudition;  il  est  simple,  clair, 
intéressant,  assez  bref,  malgré  ses  628  pages,  car  les  caractères  typogra- 
phiques ne  sont  pas  trop  serrés  et  ne  fatiguent  pas  les  yeux.  Il  est 
généralement  bien  au  courant  des  derniers  travaux  :  par  exemple,  il  se 
garde  de  dire  (p.  56)  que  la  bataille  des  Champs  Catalauniques  se  livra 
près  de  Ghàlons-sur-Marne,  ou  bien  (p.  95)  que  le  traité  d'Andelot  fut 
une  victoire  des  grands  sur  la  royauté;  il  signale  ce  qu'il  y  a  de  légen- 
daire dans  le  rôle  souvent  prêté  à  Pierre  l'Ermite  (p.  382),  et  de  con- 
ventionnel dans  le  chiffre  des  croisades  (p.  394),  etc.  —  Malgré  tout, 
M.  Grégoire,  qui  a  rédigé  les  dix-sept  premiers  chapitres,  écrit  encore 
(p.  94),  sur  la  foi  des  Gesta  (ch.  35),  que  Frédégonde  et  Landéric  auraient 
laissé  surprendre  «  le  secret  de  leurs  intrigues  coupables,  »  le  matin 
même  du  jour  où  Ghilpéric  fut  assassiné  :  ce  récit  est  depuis  longtemps 
relégué  au  nombre  des  fables  (cf.  Richter,  A7inalen  des  frankischen 
Reichs  im  Zeitalter  der  Merovinger.  Halle,  1873).  Il  croit  aussi  (p.  215- 
216)  que  la  bataille  de  Poitiers  fut  décisive,  bien  que  M.  Mercier,  au 
tome  VII  de  la  Revue  historique,  ait  fait  justice  de  cette  erreur  et  mon- 
tré la  véritable  cause  de  la  retraite  des  Arabes.  Enfin,  dans  le  chapitre 
qu'il  consacre  aux  Communes  (p.  480-502),  peut-être  M.  Gaillard  ne 
tient-il  pas  assez  de  compte  des  travaux  de  M.  Luchaire  et  ne  montre- 
t-il  pas  suffisamment  comment  la  Commune,  pour  se  défendre  contre 
la  Féodalité,  se  constitua  personne  féodale  elle-même. 

Mais  ce  sont  là  des  imperfections  qu'il  serait  aisé,  ainsi  que  quelques 
autres  ^,  de  faire  disparaître  dans  une  seconde  édition  :  nous  la  souhai- 
tons prochaine  aux  auteurs. 

G.  D.  F. 

Geschichte  der  Paepste  seit  dem  Ausgang  des  Mittelalters...^  von 
D""  Ludwig  Pastor,  ordentl.  Professer  der  Geschichte  an  der  Uni- 
versitaet  zu  Innsbrûck.  —  Zweiter  Band  :  Geschichte  der  Paepste 
im  Zeitalter  der  Renaissance  von  der  Thronbesteigung  Pius  II  bis 
zum  Tode  Sixtus  IV;  zweite  Auflage.  Freiburg-im-Breisgau, 
Herder,  ^894.  In-8°,  liii-795  pages. 

M.  Pastor  a  fait  paraître,  il  y  a  quelques  mois,  une  seconde  édition 
du  tome  II  de  son  Histoire  des  Papes.  Il  serait  superflu  de  répéter  les 
appréciations  que  nous  avons  données  ici  même  de  l'œuvre  de  M.  P. 2. 

1.  Notamment  dans  le  §  12,  p.  61-62  :  Gouvernement  de  Théodoric. 

2.  Cf.  Bibl.  de  VÉcole  des  chartes,  1893,  p.  349-351. 

^895  24 


366  BIBLIOGRAPHIE, 

Recherches  minutieuses,  bibliographie  des  plus  complètes,  sûreté  d'éru- 
dition remarquable,  rigoureuse  méthode  scientifique,  voilà  les  qualités 
du  premier  volume.  Le  second  a  droit  aux  mêmes  éloges;  et  le  succès 
de  l'ouvrage,  sa  traduction  en  français,  en  anglais,  en  espagnol,  en 
italien  et  en  langue  tchèque,  prouvent  assez  la  notoriété  méritée  qu'a 
obtenue  V Histoire  des  Papes. 

La  seconde  édition  du  tume  I  marquait  sur  la  première  un  réel  pro- 
grès. Nous  en  dirons  autant  de  la  deuxième  édition  du  tome  second. 
Les  ouvrages  historiques  récents  et  aussi  un  certain  nombre  d'  «  œuvres 
anciennes  et  rares,  »  qui  n'avaient  pas  servi  à  l'auteur  lors  de  son  pre- 
mier travail,  ont  été  utilisés  et  viennent  encore  enrichir  sa  bibliogra- 
phie. 11  est  bon  de  remarquer  en  outre  que  le  supplément  s'est 
augmenté  de  quelques  documents  de  la  plus  haute  importance.  De 
nombreuses  notes  enfin,  tirées  des  archives  d'Allemagne,  d'Angleterre, 
de  France  et  principalement  d'Italie,  sont  venues  apporter  au  texte  un 
complément  de  preuves  nouvelles.  En  un  mot,  tout  en  tenant  compte 
de  la  critique  sérieuse,  M.  P.,  sans  souci  de  la  critique  ennemie  de  la 
vérité,  a  continué  dans  ce  volume,  suivant  sa  belle  expression,  «  der 
geschichtlichen  AVahrheit  dienen.  »  Ce  simple  mot  vaut  tous  les  éloges. 

Sans  insister  davantage  sur  les  améliorations  introduites  par  l'auteur 
et  sans  relever  les  rares  erreurs  qu'il  a  l'ait  disparaître,  il  vaut  mieux 
nous  borner  à  indiquer  ici  les  divisions  du  volume. 

Le  tome  II  de  V Histoire  des  Papes  comprend  trois  livres  correspondant 
respectivement  aux  trois  pontificats  de  Pie  II  (1458-1464),  Paul  II  (1464- 
1471)  et  Sixte  IV  (1471-1484).  A  côté  du  rôle  de  politique  intérieure  et 
religieuse  de  ces  papes,  qu'il  indique  mieux  qu'aucun  de  ses  prédéces- 
seurs, à  côté  de  leurs  rapports  avec  les  princes  chrétiens,  qu'il  résume 
avec  une  netteté  et  une  précision  remarquables,  M.  P.  se  plait  à  tracer 
les  progrès  de  la  Renaissance  et  à  montrer  les  efforts  du  Saint-Siège 
continuellement  dirigés  au  xv<=  siècle  contre  les  Turcs.  Ici,  comme  dans 
son  premier  volume,  M.  P.  distingue  la  vraie  et  la  fausse  Renaissance, 
la  Renaissance  païenne  et  la  Renaissance  chrétienne.  On  a  pu  dire  que 
c'est  là  une  distinction  un  peu  factice,  mais  il  faut  reconnaître  avec 
M.  P.  qu'elle  répond  à  une  réalité  historique.  Le  savant  professeur  en 
a  su  tirer  le  meilleur  parti  ;  c'est  grâce  à  elle  qu'il  renouvelle  cette 
question,  si  souvent  étudiée  déjà,  de  la  Renaissance. 

Mais  c'est  surtout  lorsqu'il  nous  parle  de  la  «  question  d'Orient  b  au 
XV"  siècle  que  M.  P.  est  nouveau  et  original.  Jusqu'ici,  il  faut  bien  le 
reconnaître,  on  avait  bon  nombre  d'idées  fausses  sur  le  rôle  des  Papes 
en  cette  question.  L'enthousiasme,  on  le  sait,  n'avait  jamais  été  très 
grand  à  cette  époque  chez  les  peuples  chrétiens  en  faveur  d'une  croi- 
sade. Le  Saint-Siège  était  parvenu  cependant  à  former  un  «  trésor  de 
guerre.  »  Quel  emploi  les  Papes  tirent-ils  de  cet  argent?  Ce  point  était 
encore  très  discuté;  d'après  bien  des  auteurs,  les  souverains  pontifes 


BIBLIOGRAPHIE.  367 

n'auraient  point  consacré  toutes  ces  ressources  à  la  seule  défense  de  la 
foi.  Les  archives  explorées  par  M.  P,  font  justice  de  cette  accusation, 
et,  puisque  cette  partie  est  peut-être  la  plus  neuve  de  l'ouvrage,  nous 
allons  y  insister. 

Trois  d'entre  les  huit  chapitres  que  M.  P,  a  écrits  sur  Pie  II  sont 
consacrés  à  la  croisade  (ch.  n,  vn,  viii).  Après  avoir  nettement  posé 
l'élat  de  la  question  d'Orient  à  cette  époque,  l'auteur  nous  montre  les 
efforts  du  souverain  pontife  en  face  de  l'indifférence  générale;  le  congrès 
de  Mantoue  (1459-1460)  échoue  complètement;  tous  les  princes  chrétiens 
reculent  l'exécution  de  promesses  arrachées  à  grand'peine,  et  enfin  la 
défection  du  duc  de  Bourgogne  décide  le  Pape  à  se  mettre  lui-même  à 
la  tête  des  troupes;  mais  il  meurt;  et,  la  véritable  cause  de  cet  insuccès, 
c'est  Venise,  qui,  dans  l'intérêt  personnel  de  ses  relations  commerciales, 
a  agi  sur  toutes  les  puissances,  déjà  si  peu  disposées  à  écouter  l'appel 
de  Pie  IL 

Paul  II  (livre  II,  ch.  ni  et  vn)  continua  la  politique  de  son  prédéces- 
seur; mais,  tandis  que  celui-ci  avait  trop  négligé  la  question  des 
finances,  le  nouveau  Pape  en  comprit  toute  l'importance  et  y  donna 
tous  ses  soins.  Ce  n'était  pas  tout  de  lancer  des  armées,  il  fallait  pouvoir 
les  entretenir,  et  Paul  II  commença  d'amasser  le  «  trésor  de  la  guerre.  » 
On  sait  que  les  princes  chrétiens  furent  encore  sourds  aux  exhortations 
pontificales.  Mais  le  Pape  employa  les  sommes  qu'il  avait  recueillies  à 
soutenir  Scanderbeg  et  aussi  le  roi  de  Bohême,  Mathias  Gorvin,  dans 
leur  lutte  contre  l'ennemi  commun. 

M.  P.  nous  apprend  quelle  fut  l'importance  de  ces  secours,  et  il 
justifie  ainsi  de  l'emploi  du  produit  des  dîmes.  —  Ces  dîmes,  le 
Saint-Siège  avait  eu  d'ailleurs  bien  de  la  peine  à  les  recueillir;  l'au- 
teur nous  dit  que  chacun  des  petits  États  italiens  se  trouvait  trop 
imposé;  partout  des  résistances  obstinées,  des  demandes  de  diminution. 
Le  fait  est  intéressant,  mais,  puisque  M.  P.  y  insiste  et  avec  raison, 
puisqu'il  nous  donne  des  chiffres  d'imposition,  pourquoi  n'a-t-il  pas 
parlé  de  la  dîme  levée  en  France  entre  1467  et  1469?  Là  aussi  les  col- 
lecteurs, Stefano  Nardino,  archevêque  de  Milan,  et  Jean  Balue,  cardi- 
nal d'Angers,  éprouvèrent  mille  difficultés  ;  les  «  levées  »  se  firent  très 
lentement,  et  cependant  on  recueillit  environ  108,000  livres  tournois. 
Empressons-nous  d'ajouter  que  de  telles  lacunes,  —  d'assez  minime 
importance  d'ailleurs,  —  sont  des  plus  rares. 

Sixte  IV  (livre  III,  ch,  n),  à  son  tour,  fit  les  mêmes  efforts  et 
adressa  vainement  les  mêmes  prières  à  la  chrétienté,  M.  P,  montre  les 
grandes  dépenses  que  le  Pape  fit  dans  ce  but  et  l'argent  qu'il  consacra 
à  se  créer  des  alliances  en  Orient  avec  les  nations  orientales  ennemies 
des  Turcs. 

Le  tome  II  de  l'Histoire  des  Papes  présente  donc  en  résumé  les  mêmes 


368  BIBLIOGRAPHIE. 

qualités  que  le  tome  I;  il  est  conçu  dans  le  même  esprit  et  justifie  le 
mot  de  Pertz  :  «  Die  beste  Vertheidigung  der  Paepste  ist  die  Enthuel- 
lung  ihres  Seins.  »  Terminons  en  exprimant  l'espoir,  —  et  ce  sera  le 
meilleur  éloge,  —  de  voir  au  plus  tôt  paraître  le  troisième  volume,  qui 
doit  comprendre  les  quatre  pontificats  d'Innocent  VIII,  d'Alexandre  V^I, 
de  Jules  U  et  de  Léon  X,  et  qui  sans  nul  doute  sera  en  tous  points 
digne  des  deux  premiers. 

Henri  Forgeot. 


La  Vie  privée  d'autrefois.  Arts  et  métiers,  modes,  mœurs,  usages  des 
Parisiens  du  XI I^  au  XVIlb  siècle.,  d'après  des  documents  origi- 
naux ou  inédits.^  par  Alfred  Fraxkli.n.  Les  Chirurgiens.  Le  Café, 
le  thé  et  le  chocolat.  Paris,  Pion,  1893.  2  vol.  in- 12,  xii-303  pages 
et  xi-32i  pages.  3  fr.  50  le  vol. 

Nous  aurions  dû  signaler  depuis  longtemps  la  publication  de  ces  deux 
petits  volumes.  M.  Alfred  Franklin  leur  a  donné  déjà  plus  d'un  succes- 
seur. Mais  l'activité  de  cet  auteur  est  telle  et  sa  fécondité  à  produire  si 
remarquable  qu'il  est  sans  doute  habitué  à  voir  la  critique  se  trouver 
toujours  en  retard. 

I.  Les  Chirurgiens.  —  M.  Franklin  raconte  dans  ce  volume  les  débuts 
des  chirurgiens,  débuts  très  modestes  puisqu'ils  ne  sont  d'abord  que  de 
simples  artisans,  et  leurs  luttes  contre  les  barbiers,  luttes  séculaires 
qui  remplirent  les  xm^,  xiv^  et  xv«  siècles,  luttes  fratricides  aussi, 
puisque  barbiers  et  chirurgiens  furent  longtemps  confondus  en  un  seul 
métier.  Avec  le  xvi^  siècle  commence  la  grande  rivalité  des  chirurgiens 
et  des  médecins,  que  l'auteur  nous  résume  d'une  façon  fort  intéressante. 
Longtemps  les  médecins  l'emportèrent.  Mais  l'heureuse  issue  de  la 
fameuse  opération  faite  à  Louis  XIV  en  1686,  et  qui  fit  nommer  cette 
année  Vannée  de  la  fistule,  décida  finalement  le  succès  des  chirurgiens. 
Ils  obtinrent  en  septembre  1699  des  statuts  les  organisant  à  nouveau. 
Ils  restaient  cependant  rattachés  par  certains  côtés  à  la  classe  ouvrière. 
Ce  n'est  que  le  23  avril  1743  qu'une  déclaration  royale  vint  définitive- 
ment les  émanciper,  les  séparant  des  barbiers  et  les  reconnaissant 
comme  corps  savant  et  libre  d'enseigner  à  sa  guise.  On  vit  alors  cesser 
le  spectacle,  légèrement  ridicule,  que  la  Faculté  de  médecine  donnait 
depuis  le  xvii«  siècle  à  ses  élèves  :  un  médecin  professeur  parlant  sans 
jamais  toucher  au  cadavre;  un  chirurgien  juré,  placé  auprès  de  la 
chaire,  faisant  sans  parler  les  opérations  anatomiques. 

Des  illustrations  intéressantes,  des  pièces  justificatives  bien  choisies 
complètent  à  merveille  ce  curieux  petit  volume. 

II.  Le  Café,  le  thé  et  le  chocolat.  —  On  a  écrit  de  nombreuses  brochures 


BIBLIOGRiPHIE.  369 

en  prose  et  en  vers  sur  le  café,  le  thé  et  le  chocolat.  Il  restait  à  résumer 
en  un  volume  d'une  lecture  agréable  cet  amas  indigeste.  Il  fallait  y 
joindre  des  recherches  personnelles  et  neuves.  M.  Franklin  a  fort  bien 
réussi  à  s'acquitter  de  cette  double  tâche. 

Nous  ne  pouvons  rendre  un  compte  exact  d'un  pareil  livre,  qui 
échappe  par  sa  nature  même  à  l'analyse.  Résumons  seulement  quelques- 
uns  des  principaux  faits  qu'il  révèle. 

Un  trait  commun  unit  ces  nouveaux  produits  :  ils  eurent  tous  les 
trois,  au  moins  au  début,  la  réputation  de  guérir  nombre  de  maladies. 
Le  thé,  d'origine  divine,  il  est  vrai,  s'il  faut  en  croire  les  Japonais, 
passait  pour  guérir  à  peu  près  tous  les  maux  :  la  léthargie,  la  fièvre 
chaude,  la  gale,  les  inflammations  de  la  poitrine,  la  gravelle,  l'asthme, 
les  maux  d'intestins,  etc.,  etc.  Ceux  qui  en  usent,  dit  nettement  au 
xvne  siècle  le  médecin  hollandais  Nicolas  Dirx,  «  sont,  par  cela  seul, 
exempts  de  toutes  les  maladies  et  parviennent  à  une  extrême  vieil- 
lesse. » 

Le  café,  après  des  débuts  fort  difficiles,  avait  conquis  à  Paris  de  zélés 
partisans,  qui  lui  prêtaient,  à  lui  aussi,  mille  qualités  médicinales  ou 
autres.  L'une  des  plus  bizarres  était  de  préserver  de  l'incontinence. 
«  Aussi,  »  écrit  la  princesse  palatine  (29  février  1706),  «  le  café  n'est 
pas  aussi  nécessaire  aux  ministres  protestants  qu'aux  prêtres  catholiques , 
qui  ne  peuvent  se  marier,  car  il  rend  chaste.  » 

Malheureusement,  un  peu  plus  loin,  M.  Franklin  apprend  au  lecteur, 
désormais  indécis,  que  Louis  XV  était  grand  amateur  de  café  et  qu'il 
en  usa  toute  sa  vie,  allant,  dans  son  enthousiasme  pour  le  nouveau 
produit,  jusqu'à  le  préparer  lui-même  de  ses  royales  mains. 

Le  chocolat  vit,  dès  1661,  la  Faculté  de  médecine  autoriser  son  emploi. 
Il  eut,  lui  aussi,  au  début,  la  réputation  de  guérir  bien  des  maux  :  les 
rhumes,  les  insomnies,  les  fluxions  de  poitrine,  le  choléra-morbus,  etc., 
etc.  On  avait  bien  vite  reconnu  qu'il  offrait  un  aliment  très  nourrissant. 
Mais  était-ce  une  boisson?  était-ce  un  mets  rompant  le  jeûne?  Grave 
question  de  conscience  qui  occupa  au  xvii^  siècle  canonistes  et  méde- 
cins. Contrairement  à  l'opinion  de  ces  derniers,  l'avis  des  canonistes 
l'emporta  ;  et  le  chocolat,  assimilé  à  une  boisson,  regardé  comme  ne 
rompant  point  le  jeûne,  devint  une  précieuse  ressource  durant  les 
pénibles  jours  de  carême.  Le  meilleur  chocolat  passa  d'abord  pour 
venir  d'Espagne,  d'Italie  ou  de  Portugal.  Mais,  dès  le  xvii«  siècle,  dit 
M.  Franklin,  celui  de  Paris  était  préféré  à  tous  autres.  Il  nous  semble 
en  être  encore  de  même  aujourd'hui. 

Notre  auteur  termine  son  travail  par  une  intéressante  étude  sur  les 
limonadiers  et  cafetiers  de  Paris  de  1720  à  1789  et  par  une  liste  fort 
curieuse  des  principaux  cafés  ayant  existé  à  Paris  depuis  le  xvri^  siècle. 


370  BIBLIOGRAPHIE. 

Quelques  illustrations,  quelques  pièces  justificatives  choisies  avec  goût 
complètent  cet  attrayant  petit  volume'. 

P.  BONNASSIEUX. 


La  Faculté  de  théologie  de  Paris  et  ses  docteurs  les  plus  célèbres, 
par  l'abbé  P.  Feret...  Moijen  âge.  T.  II.  Paris,  Alphonse  Picard 
et  fils,  4893.  In-80,  iii-6^3  pages. 

Il  y  a  quelques  mois  à  peine,  nous  annoncions  la  première  partie  de 
cet  ouvrage,  qui  s'arrêtait  au  milieu  du  xiii*  siècle  ;  voici  maintenant 
la  seconde  partie.  Le  but  que  s'est  proposé  M.  l'abbé  Feret  n'était  pas 
sans  présenter  de  sérieuses  difficultés,  et  nous  reconnaissons  volontiers 
qu'une  bonne  histoire  de  la  Faculté  de  théologie  de  Paris  n'est  pas 
chose  aisée  à  faire.  Nous  avons  dit  déjà  que  le  premier  volume  ne  nous 
satisfaisait  pas  entièrement  ;  nous  ne  voulons  pas  nous  répéter  pour  le 
second,  tout  en  tenant  compte  à  l'auteur  de  son  patient  et  long  travail. 

Il  n'est  pas  un  écrivain  religieux  de  cette  époque  du  moyen  âge  qui, 
dans  ce  livre,  n'ait  sa  biographie  ou  longue  ou  courte,  et  ceux  que 
pourrait  intéresser  la  vie  de  l'un  de  ces  docteurs  d'une  époque  déjà 
lointaine  consulteront  certainement  avec  fruit,  au  point  de  vue  biblio- 
graphique, l'ouvrage  de  patience  de  M.  l'abbé  Feret.  Si  parfois  le  style 
même  de  l'ouvrage  est  quelque  peu  suranné,  les  renseignements  très 
utiles  qu'on  y  pourra  glaner  compenseront  amplement  ces  petites  imper- 
fections. 

Nous  nous  bornerons  à  indiquer  le  plan  de  ce  second  volume,  et 
d'abord  la  fondation  des  collèges  séculiers  et  réguliers. 

Le  plus  célèbre  des  collèges  séculiers  est  le  collège  de  Sorbonne,  dont 
l'illustration  ne  doit  pas  faire  oublier  les  collèges  du  Trésorier,  d'Har- 
court  et  des  Cholets  ;  les  collèges  réguliers  sont  ceux  des  Prémontrés, 
des  Augustins,  des  Carmes,  de  Cluny  et  de  Saint-Denis. 

A  peine  sont-ils  fondés  que  déjà  la  rivalité  s'empare  des  esprits  et 
se  glisse  dans  les  rangs  des  clercs  écoliers  et  des  religieux  mendiants  ; 

1.  Nous  n'aurions  garde  de  reprocher  à  M.  Franklin  d'avoir  omis  tel  ou  tel 
passage,  tel  ou  tel  document  imprimé  ou  non  se  rapportant  au  café,  au  thé  ou 
au  chocolat.  On  ne  saurait  viser  à  tVre.  complet  en  telle  matière.  Nous  nous 
permettrons  seulement  de  lui  rappeler  les  intéressants  détails  que  renferment 
les  lettres  de  Laurette  de  Malboissière  (1762-1766;  publiées  par  la  marquise  de 
la  Grange.  Paris,  Didier,  1866,  in-12)  sur  l'usage  du  chocolat,  usage  encore 
rare  et  coûteux  au  milieu  du  xvni'  siècle.  Elle  écrit  à  son  amie  M"»  Méliand  et 
lui  dit  à  tout  instant  :  u  Viens  me  voir  demain  malin,  je  le  donnerai  de  bon 
chocolat  »  (10  nov.  1763);  «  du  chocolat  excellent  à  10  francs  la  livre  »  (2  mars 
1764),  etc.,  etc.  «  Viens  demain;  vois-tu  comme  je  suis  bonne;  si  tu  le  veux,  Je 
le  donnerai  du  chocolat  »  (17  mars  1764),  etc.,  etc. 


BIBLIOGRAPHIE.  37j 

après  avoir  décrit  cette  lutte,  M.  l'abbé  Feret  passe  aux  questions  doc- 
trinales et  aborde  la  question  des  erreurs  philosophico-religieuses  dans 
leurs  sources,  passe  d'Aristote  à  ses  commentateurs  arabes,  et  aux  phi- 
losophes juifs  dans  le  monde  musulman. 

Toute  cette  partie  ne  renferme  guère  comme  grands  noms  que  ceux 
de  Raymond  Lulle  et  de  Thomas  d'Aquin  ;  mais,  dans  la  revue  litté- 
raire qui  suit,  qu'il  s'agisse  d'ubiquistes,  de  sorbonnistes,  de  francis- 
cains, de  dominicains  ou  d'autres  encore,  on  trouvera  des  noms  tels 
que  ceux  de  Michel  Scot,  Renoul  d'Humblières,  Simon  de  Beaulieu, 
Robert  de  Sorbon,  Guillaume  de  Saint-Amour,  saint  Bonaventure, 
Roger  Bacon,  Vincent  de  Beauvais,  Albert  le  Grand,  saint  Thomas 
d'Aquin,  etc. 

Nous  ne  pousserons  pas  l'indulgence  jusqu'à  dire  que  toutes  ces  bio- 
graphies sont  écrites  de  la  façon  la  plus  attrayante  et  la  mieux  appro- 
priée; mais,  après  avoir  reconnu  les  réelles  difficultés  de  l'œuvre,  nous 
ne  pouvons  que  constater  que  l'auteur  n'a  rien  négligé  pour  tenir  le 
lecteur  au  courant  des  principales  études  qui  ont  pu  être  consacrées 
avant  lui  à  tel  ou  tel  de  ces  personnages. 

A.  T.  O. 

De  Judoci  Clichtovei  Neoportuensis^  docioris  theologi  Parisiensis  et 
Carnotensis  canonici,  vita  et  operihus  (1472-'!  543).  Thesim  propo- 
nebat  facultati  litterarum  Parisiensi  3 .-Al.  Glerval.  Parisiis,  apud 
Alph.  Picard,  -1894.  In-8o,  xxxii-^52  pages. 

Josse  Glichtoue  méritait  bien  d'être  l'objet  des  recherches  que  M.  l'abbé 
Clerval  lui  a  consacrées  et  qui  complètent  la  vaste  et  excellente  biblio- 
graphie dont  il  a  été  l'objet  dans  la  Bibliotheca  belgica  de  M.  Vander 
Haeghen.  Grâce  à  M.  l'abbé  Clerval,  nous  connaissons  jusque  dans  les 
moindres  détails  la  carrière  d'un  théologien  qui  a  tenu  une  place  con- 
sidérable dans  la  société  ecclésiastique  et  littéraire  au  commencement 
du  xvi^  siècle. 

Le  tableau  de  la  vie  de  Josse  Glichtoue,  tel  qu'il  vient  d'être  tracé, 
est  fort  instructif;  il  se  rattache  intimement  à  l'histoire  de  l'humanisme 
et  nous  apporte  des  renseignements  aussi  précis  que  nouveaux  sur  l'état 
de  l'Église  et  des  écoles  au  commencement  du  règne  de  François  I«f. 
Tous  ces  renseignements,  puisés  aux  sources  originales,  sont  disposés 
dans  le  meilleur  ordre. 

Parmi  les  pièces  justificatives,  on  remarque  le  testament  de  Josse 
Glichtoue,  en  date  du  17  septembre  1543,  qui  renferme  des  clauses  inté- 
ressantes sur  des  legs  de  livres  faits  au  chapitre  de  Ghartres  et  au  col- 
lège de  Navarre  à  Paris.  Les  volumes  de  grand  format,  destinés  au 
chapitre  de  Ghartres,  devaient  être  enchaînés  dans  la  bibliothèque  capi- 
tulaire  : 


372  BIBLIOGRAPHIE. 

«  ...  Insuper  in  eadem  bibliotheca  reponendos  ordino  libros  istos 
meos  sequentes,  etiam  impressos,  sed  in  majori  -volumine  quam  sunt 
libri  précédentes  et  supra  nominati  : 

«  Opéra  beati  Dyonisii  Areopagite,  commentario  declarata  ; 

«  Libros  Johannis  Damasceni  de  fide  orthodoxa,  cum  commentario; 

«  Libros  Gyrilli,  patriarche  Alexandrini,  in  evangelium  Johannis; 

«  Anti-Lutherum,  très  libros  complectentem  ; 

a  Propugnaculum  Ecclesie,  in  très  libros  distinctum  ; 

«  Elucidatorium  ecclesiasticum,  in  quatuor  libros  divisum. 

«  Et  hi  omnes  libri,  ex  consensu  ipsius  capituli  Garnotensis,  affigan- 
tur  cathenis  in  predicta  bibliotheca,  que  meis  impensis  et  pecuniis 
comparentur.  » 

Ces  détails  n'échapperont  pas  à  l'attention  du  savant  historien  des 
bibliothèques  à  livres  enchaînés,  M.  J.  W.  Clark,  auquel  nous  devons 
déjà  trois  curieux  mémoires  sur  cette  question  ^. 

L.  D. 

La  Diplojnaiie  au  temps  de  Machiavel^  par  M.  nE  Maulde-la-Glavière. 
Tomes  II  et  III.  Paris,  E.  Leroux,  1892-1893.  In-8°,  471  et  478  p. 
8  fr.  le  volume. 

Je  suis  bien  en  retard  pour  parler  des  deux  derniers  volumes  qui 
complètent  l'ouvrage  de  M.  de  Maulde  sur  la  diplomatie  au  xvi«  siècle; 
mes  remords  sont  diminués  par  les  circonstances  atténuantes  que  je 
puis  invoquer.  Des  incidents  imprévus  m'ont  condamné  quelque  temps 
à  un  certain  isolement,  et  pendant  cette  période  une  véritable  alluvion 
de  livres  s'est  formée  devant  moi  ;  il  m'a  fallu  un  moment  pour  m'y 
reconnaître  et  pour  les  lire.  D'ailleurs,  le  mal  est-il  si  grand  ?  Quand  il 
s'agit  d'un  ouvrage  estimable,  n'cst-il  pas  toujours  temps  d'en  parler, 
même  quelques  mois  après  son  apparition?  Sur  un  livre  qui  mérite 
d'être  lu  et  relu,  —  ici  c'est  le  cas,  —  il  n'est  pas  inutile  de  rappeler 
l'attention.  A  notre  époque,  le  public  est  distrait,  entraîné,  se  laissant 
fixer,  chaque  jour,  quelques  instants,  par  un  bruit  nouveau.  Trois 
in-octavo  font  tout  d'abord  froncer  le  sourcil. 

Je  faisais  remarquer  que,  dans  le  premier  volume,  M.  de  Maulde 
mettait  ses  lecteurs  au  courant  des  généralités  de  la  diplomatie  au  point 
de  vue  international  ;  les  trois  premiers  chapitres  du  deuxième  volume 
terminent  ce  premier  livre;  le  reste  du  second  volume  et  une  partie  du 
troisième  sont  consacrés  au  deuxième  livre.  Dans  celui-ci,  l'auteur 

1.  On  llbrarics  at  Cesena,  Wells,  Guildford  and  Clare  Collège  Cambridge. 
Cambridge,  1891,  iii-8°.  —  Libraries  in  the  médiéval  and  renaissance  periods. 
Cambridge,  1894,  in-8°.  —  On  libraries  at  Christ-Churcft,  Canterbury,  Cîleaux, 
Clairvanx,  Zidphen,  Enkhuizen.  Cambridge,  1894,  in-8'. 


BIBLIOGRAPHIE.  373 

aborde  tous  les  détails  de  l'institution.  Les  traitements  rarement  rému- 
nératoires,  à  en  croire  les  intéressés,  mais  très  satisfaisants  en  général; 
il  est  vrai  qu'il  y  avait  une  certaine  obligation  de  confier  les  missions 
à  des  personnages  patients  et  bien  rentes  :  le  paiement  se  faisait  sou- 
vent attendre,  le  diplomate  devait  faire  des  avances,  mais  l'heure  du 
remboursement  finissait  toujours  par  sonner.  —  Les  immunités  consis- 
tant surtout  dans  le  droit  de  voyager  librement,  la  vie  protégée  pour 
l'ambassadeur  et  sa  suite,  à  la  condition  de  ne  pas  se  mêler  d'affaires 
dans  son  trajet  ni  de  pratique  secrète  où  l'appelait  sa  mission.  Il  y  avait 
de  singuliers  cas  de  force  majeure,  par  exemple  ces  diplomates  victimes 
d'un  naufrage  et  rançonnés  comme  de  simples  sinistrés.  M.  de  Maulde 
fait  connaître  les  règles  des  passeports  et  des  sauf-conduits.  La  langue, 
qui  fut  d'abord  le  latin,  remplacé  au  .xv^  siècle  par  le  français  en  Occi- 
dent. Les  pouvoirs  et  créances,  c'est-à-dire  les  actes  spécifiant  les 
limites  de  la  mission  ou  simplement  accréditant  l'ambassadeur  auprès 
de  la  partie  avec  laquelle  il  doit  traiter.  Tout  le  cérémonial  du  voyage, 
qu'il  soit  précipité  ou  solennel,  des  audiences  de  créance,  cérémonies 
alourdies  de  longs  discours  et,  surtout  en  Orient,  accompagnées  de 
riches  présents.  La  manière  d'être  et  de  se  conduire  suivant  les  pays; 
en  passant,  on  peut  noter  quelque  différence  entre  le  xv^  et  le  xix^  siècle  ; 
jadis,  on  disait  que  le  diplomate  français  était  trop  militaire  et  dédai- 
gnait les  moyens  politiques,  tandis  que  les  Anglais  étaient  «  trop  gros, 
trop  gras,  aimant  à  boire,  colères,  naïfs  et  francs.  »  Remarquons  une 
fois  pour  toutes  que  M.  de  Maulde  sait  jeter  dans  le  sujet  qu'il  traite 
une  foule  d'anecdotes  piquantes  qui  offrent  un  grand  charme  à  son  lec- 
teur. —  Ensuite  viennent  les  moyens  d'action  diplomatiques  :  les  amis 
à  se  créer  par  des  procédés  de  courtoisie,  les  distinctions  honorifiques, 
l'argent,  l'intervention  des  femmes.  Par  contre,  il  ne  faut  pas  omettre 
les  menées  ayant  pour  but  de  débaucher  les  ambassadeurs  en  leur  fai- 
sant oublier  leur  mission  et  le  dévouement  à  leurs  souverains. 

Le  troisième  livre  traite  de  la  conclusion  des  ambassades,  de  tous  les 
actes  qui  précèdent  la  rédaction  définitive  des  traités,  des  formes  et 
modalités  de  ceux-ci,  de  ce  qui  suit  la  fin  d'une  mission,  soit  par  la 
mort  de  l'ambassadeur,  soit  par  son  rappel  ou  l'achèvement  normal  de 
son  mandat;  enfin  des  mémoires  à  fournir  au  souverain,  le  sort  des 
archives,  les  protocoles.  —  M.  de  Maulde  termine  son  ouvrage  par  la 
publication  de  règlements  de  la  diplomatie  florentine  de  1441  à  1493 
et  la  correspondance  d'Albert  Pio,  ambassadeur  de  France  à  Rome 
en  1510. 

Gomme  je  le  prévoyais  il  y  a  deux  ans,  M.  de  Maulde  a  su  mener  à 
bonne  fia  un  travail  neuf  qui  fait  honneur  à  notre  École  des  chartes  et 
qui  mérite  d'être  lu  attentivement  par  nos  diplomates  contemporains. 

A.  DE  Barthélémy. 


374  BIBLIOGRAPHIE. 

Un  Ligueur  :  le  comte  de  la  Fère,  par  Ed.  Colas  de  la  Noue,  ancien 
magistrat.  Ouvrage  orné  de  plusieurs  héliogravures.  Paris,  E.  Le- 
chevalier,  -1892.  In-S»,  242  pages. 

Le  personnage  auquel  ce  volume  est  consacré  n'est  autre  que  Jacques 
Colas,  connu  dans  l'histoire  des  guerres  civiles  du  xvi^  siècle  sous  le 
nom  de  sénéchal  de  Montélimar  et  qui  fut  fait  comte  de  la  Fère  par  le 
roi  d'P]spagne  cinq  ou  six  ans  seulement  avant  sa  mort.  Il  naquit  vers 
1547  à  Montélimar,  où  son  père  était  avocat  à  la  sénéchaussée,  mais  il 
se  rattachait  à  une  ancienne  famille  noble  de  l'Orléanais  dont  une 
branche  s'était  établie  dans  le  Valentinois,  en  1468,  à  la  suite  de  revers 
de  fortune.  Après  avoir  étudié  le  droit  à  Valence,  oii  il  fut  l'élève  de 
Gujas,  il  revint  dans  sa  ville  natale  et  s'adonna  avec  succès  à  la  plai- 
doirie. Il  n'était  pas  destiné  à  rester  toute  sa  vie  un  homme  de  robe. 
Son  caractère  énergique  et  la  fermeté  de  ses  convictions  religieuses, 
qui  à  l'Université  l'avaient  déjà  fait  considérer  comme  le  chef  des 
catholiques,  le  préparaient  et  l'appelèrent  bientôt  à  jouer  un  rôle  moins 
effacé. 

En  1573,  Jacques  Colas  accompagne  en  qualité  de  secrétaire  l'évêque 
de  Valence  Jean  de  Montluc,  envoyé  comme  ambassadeur  en  Pologne 
pour  préparer  l'élection  au  trône  du  duc  d'Anjou,  le  futur  Henri  III. 
Trois  ans  après,  il  est  l'un  des  dix  députés  par  lesquels  le  tiers-état  de 
Dauphiné  se  fait  représenter  aux  États  généraux  de  Blois.  Il  venait 
d'être  nommé  vi-sénéchal  de  Montélimar,  et  ce  titre  l'avait  vraisembla- 
blement désigné  au  choix  des  électeurs.  Toutefois,  comme  il  n'avait 
pas  encore  l'âge  requis  pour  exercer  la  charge  dont  il  était  investi,  ce 
n'est  qu'à  son  retour  de  Blois  qu'il  put  entrer  en  fonctions. 

Sa  vie  fut  dès  lors  celle  d'un  homme  d'épée.  Il  prit  une  part  active  à 
la  guerre  des  paysans  (1578-1579);  l'un  des  premiers  il  donna  son  adhé- 
sion à  la  Ligue,  qui  n'eut  pas  de  partisan  plus  convaincu.  Lesdiguières 
s'étant  emparé  de  Montélimar  en  1585,  le  sénéchal  fut  contraint  de 
s'expatrier.  Il  se  rendit  auprès  du  duc  de  Mayenne,  qui  lui  conha 
d'abord  le  commandement  d'une  compagnie  de  cent  hommes  d'armes 
et  le  chargea  dans  la  suite  d'aller  négocier  avec  le  duc  de  Parme  l'envoi 
de  troupes  espagnoles  destinées  à  faire  lever  le  siège  de  Paris.  Grand- 
prévôt  de  l'hôtel  en  1590,  il  fut  enfin  nommé  gouverneur  de  la  Fère,  à 
la  place  du  marquis  de  Maignelay,  qui  trahissait  la  Ligue  et  était  sur 
le  point  d'ouvrir  les  portes  de  la  ville  à  Henri  IV.  Ce  changement  ne 
se  fit  pas  sans  effusion  de  sang  ;  Maignelay  y  perdit  la  vie  ;  mais  rien 
n'établit  qu'il  ait  été  assassiné  par  l'ordre  de  Jacques  Colas.  L'abjuration 
et  la  victoire  définitive  de  Henri  IV  ne  purent  avoir  raison  de  l'obstina- 
tion de  l'ancien  sénéchal.  Au  lieu  de  vendre  chèrement  sa  soumission, 
à  l'exemple  des  principaux  chefs  de  la  Ligue,  il  rejeta  les  offres  avan- 


BIBLIOGRAPHIE.  375 

tageuses  qui  lui  furent  faites  et  resta,  par  point  d'honneur,  au  service 
de  l'Espagne.  Gréé  comte  de  la  Fère  par  Philippe  II  (12  janvier  1595), 
il  soutint  contre  l'armée  française  un  long  siège,  à  la  suite  duquel  il 
obtint  une  capitulation  des  plus  honorables.  Il  se  retira  alors  auprès  de 
l'archiduc  Albert,  son  protecteur,  et  c'est  à  ses  côtés  qu'il  fut  blessé 
mortellement  à  la  bataille  de  Nieuport,  qui  précéda  l'investissement 
d'Ostende  (2  juillet  1600). 

Le  livre  de  M.  Colas  de  la  Noue,  que  complètent  de  nombreux  docu- 
ments inédits  tirés  des  archives  de  la  Drôme  et  de  divers  dépôts  étran- 
gers, est  un  chapitre  curieux  de  l'histoire  militaire  et  religieuse  du 
xvi»  siècle.  Je  ne  sais  s'il  ne  tourne  pas  un  peu  trop  à  l'apologie.  La 
raison  en  est  sans  doute  qu'il  était  nécessaire  de  venger  Jacques  Colas 
des  allégations  malveillantes  de  l'historien  deThou,  qui,  s'étant  trouvé 
en  compétition  avec  lui  à  l'Université  de  Valence,  lui  gardait  rancune. 
Il  a  été  plus  d'une  fois  injuste  pour  un  homme  qui  eut  au  moins  le 
mérite  de  rester  obstinément  fidèle  à  une  cause  perdue  et  dont  la  con- 
duite ne  manqua  ni  de  courage,  ni,  semble-t-il,  de  désintéressement. 

R.  Delachenal. 

L'Ambassade  de  France  en  Angleterre  sous  Henri  IV.  Missioii  de 
Christophe  de  Harlatj,  comte  de  Beaumont  (1602- 1605 J,  par 
P.  Laffleïïr  de  Kermaingant.  Paris,  Didot,  ^895.  2  vol.  in- 8°, 
LXxvi-334  et  350  pages. 

M.  de  Kermaingant  continue  ses  belles  études  sur  la  diplomatie  de 
Henri  IV  en  Angleterre,  qu'il  avait  commencées  par  la  mission  de  Jean 
de  Thumery^.  Il  nous  offre  aujourd'hui  la  relation  très  détaillée  de  celle 
de  son  successeur,  Christophe  de  Harlay,  comte  de  Beaumont.  Ce  nou- 
vel ouvrage  débute  par  un  chapitre  sur  la  famille  de  Harlay,  dont 
M.  de  Kermaingant  refait  et  redresse  l'histoire  généalogique,  grâce  aux 
documents  que  lui  ont  fournis  les  archives  de  M.  le  comte  A.  d'Hunol- 
stein.  Puis  l'auteur  pénètre  dans  le  détail  des  négociations  entre  l'Angle- 
terre et  la  France  pendant  la  période  de  1602  à  1605,  qu'il  expose  avec 
infiniment  d'intelligence  et  une  connaissance  de  l'Europe  occidentale 
au  commencement  du  xvii^  siècle  aussi  solide  qu'étendue;  il  est  notam- 
ment fort  bien  renseigné  sur  la  politique  espagnole,  si  mêlée  à  la  nôtre 
et  à  celle  de  l'Angleterre  à  cette  époque.  En  fait  de  sources  d'informa- 
tion, M.  de  Kermaingant  a  surtout  eu  recours  aux  documents  conser- 
vés au  Record  Office  et  aux  correspondances  recueillies  dans  les  volumes 
du  fonds  français  de  notre  Bibliothèque  nationale;  mais  il  n'a  pas  négligé 
la  littérature  historique  déjà  imprimée,  qui  est,  comme  on  le  sait,  con- 
sidérable. 

1.  Paris,  1886,  2  vol.  ia-8°. 


376  BIBLIOGRAPHIE. 

Le  second  volume  de  l'ouvrage  de  M.  de  Kermaingant  est  tout  entier 
rempli  de  lettres  de  Henri  IV  qui  ont  été  omises  dans  le  Recueil  de 
Berger  de  Xivrey.  On  peut  juger  par  là,  une  fois  de  plus,  avec  quelle 
négligence  ce  recueil  a  été  conçu  et  mis  à  exécution. 

Nous  croyons  inutile  de  louer  la  méthode  de  publication  de  M.  de 
Kermaingant.  Ceux  qui  ont  suivi  ses  travaux  savent  avec  quelle  scru- 
puleuse exactitude  il  édite  les  textes  et  les  commente.  Mais  nous  devons 
accorder  une  mention  spéciale  aux  tables  alphabétiques  de  ces  deux 
volumes,  absolument  complètes  et  établies  avec  une  entente  parfaite  de 
ces  utiles  instruments  de  recherches, 

Alfred  Morel-Fatio. 

Les  Bénédictins  de  Saint-Germairi'des-Prés  et  les  savants  lyonnais^ 
d'après  leur  correspondance  inédite,  par  M.  l'abbé  J,-B.  Va\el, 
vicaire  de  Saint-Germain-des-Prés.  Paris,  Picard,  et  Lyon,  Ville, 
-1894.  In-8",  x-379  pages.  ^0  fr. 

On  sait  quel  centre  important  d'érudition  et  de  mouvement  scienti- 
fique était  devenue,  surtout  après  l'introduction  de  la  réforme  de  Saint- 
Mauren  1030,  l'abbaye  de  Saint-Germain-des-Prés.  Les  savants  moines 
qui  ont  immortalisé  le  nom  de  Bénédictins  comptaient  presque  autant 
de  collaborateurs  que  notre  pays  posséda,  aux  xvn^  et  xvm^  siècles, 
d'hommes  instruits  et  d'hommes  de  goût. 

M.  l'abbé  Vanel,  que  le  cours  de  sa  vie  sacerdotale  a  d'abord  attaché 
au  diocèse  de  Lyon  et  à  la  paroisse  de  Sainte-Blandine,  sise  au  confluent 
du  Rhône  et  de  la  Saône,  puis  au  diocèse  de  Paris  et  à  l'antique  église 
de  Saint-Germain-des-Prés  <,  s'est  demandé  s'il  n'avait  pas  existé  des 
rapports  littéraires  entre  les  moines  de  Saint-Germain-des-Prés  et  Lyon 
et  quelles  avaient  bien  pu  être  les  relations  de  ces  doctes  religieux  avec 
les  savants  de  la  vieille  métropole  des  Gaules.  Il  a  minutieusement 
dépouillé  dans  ce  but  l'abondante  collection  de  lettres  écrites  par  les 
Bénédictins  de  Saint-Germain  ou  reçues  par  eux  que  possède  la  Biblio- 
thèque nationale.  La  mine  à  exploiter  était  riche.  Le  grand  établisse- 
ment de  la  rue  de  Richelieu  ne  possède  pas  moins,  dans  le  département 
des  manuscrits  (fonds  latin  et  fonds  français),  de  soixante-dix  volumes 
uniquement  remplis  de  cette  intéressante  correspondance.  Mabillon, 
Montfaucon,  de  Vie,  Luc  d'Achéry,  entre  autres  Bénédictins  de  marque, 
y  sont  représentés  par  une  ample  moisson  de  lettres. 

M.  l'abbé  Vanel  a  publié  intégralement  les  lettres  se  rapportant  à  son 
sujet  qui  se  trouvaient  disséminées  dans  tous  ces  volumes.  Mais  là  ne 
s'est  pas  bornée  sa  tâche.  Il  a  maintes  fois  éclairé  cette  correspondance, 

1.  Les  vicissitudes  de  la  carrière  ont  récemment  ramené  M.  l'abbé  Vanel  dans 
le  diocèse  de  Lyon. 


BIBLIOGRAPHIE.  377 

qui  n'était  pas  toujours  facile  à  bien  comprendre,  par  de  véritables  dis- 
sertations pleines  de  savoir  et  de  goût  et  qui  forment,  sans  viser  cepen- 
dant à  l'érudition,  une  sérieuse  contribution  à  l'histoire  de  Lyon  et  des 
ordres  monastiques  aux  xvii"  et  xvni"  siècles. 

Le  seul  intitulé  des  chapitres  donnera  au  lecteur  une  idée  suffisante 
du  livre  et  de  la  façon  libre  et  facile  dont  il  a  été  ordonné  :  ch.  i,  une 
lettre  inédite  de  Mabillon;  ch.  n.  Jésuite  et  Chartreux;  ch.  m,  un  col- 
laborateur de  bonne  volonté;  ch.  iv,  Variae;  ch.  v,  une  maison  de 
librairie  lyonnaise  et  la  Bibliothèque  du  roi;  ch.  vi,  le  sous -prieur 
d'Ambronay  ;  ch.  vn,  constitutionnaires  et  appelants  ;  ch.  viii  (et  der- 
nier), l'éditeur  de  saint  Irénée. 

Nous  ne  pouvons  songer  à  analyser  en  détail  l'ouvrage.  Signalons 
toutefois  en  passant  les  pages  consacrées  par  l'auteur  aux  deux  arche- 
vêques de  Lyon,  Mgr  de  Saint-Georges  et  le  cardinal  de  Tencin,  et 
celles,  non  moins  dignes  d'attention,  qui  concernent  la  célèbre  maison 
de  librairie  des  Anisson.  Notons  aussi  l'essai  de  reconstitution  de  la 
carrière  oratoire  du  Père  Ménestrier.  Ce  prédicateur  avait  été  tout  à  fait 
effacé  jusqu'ici  par  le  numismatiste  et  l'historiographe.  M.  l'abbé  Vanel 
était  mieux  que  tout  autre  qualifié  pour  rendre  bonne  justice  à  l'orateur 
et  pour  le  venger  de  l'oubli  de  la  postérité.  Nous  savons  désormais, 
grâce  à  lui,  que  le  savant  Jésuite  ne  prêcha  pas  moins  de  seize  avents 
et  de  vingt  carêmes  avec  un  véritable  et  constant  succès. 

Parmi  les  personnages  que  notre  auteur  remet  ainsi  en  lumière,  nous 
citerons  encore  deux  moines  plus  célèbres  jusqu'ici  que  connus,  nous 
dit  M.  Vanel  :  dom  Claude  Estiennot,  le  plus  infatigable  peut-être  des 
Bénédictins  et  dont  les  vastes  recueils,  estimés  à  leur  prix  par  les  éru- 
dits  d'aujourd'hui,  ont  été  mis  autrefois  à  contribution  par  tous  les  col- 
laborateurs du  Gallia  chrisliana;  dom  René  Massuet,  professeur  éminent 
de  théologie,  érudit  de  bonne  marque,  dont  l'édition  des  œuvres  de 
saint  Irénée,  second  évêque  de  Lyon,  fut  universellement  appréciée. 

Joignons  à  ces  deux  noms  celui  de  dom  Vincent  Thuillier.  M.  l'abbé 
Vanel  nous  dit  les  disputes  théologiques  auxquelles  se  trouva  mêlé  le 
savant  religieux  et  nous  renseigne  sur  cette  histoire  du  jansénisme  que 
Thuillier  reçut  mission  d'écrire  du  triumvirat  formé  par  les  cardinaux 
de  Fleury,  de  Rohan  et  de  Bissy,  et  qu'il  composa  en  quelque  sorte 
sous  leur  surveillance  et  sous  leur  direction. 

M.  l'abbé  Vanel  indique  au  lecteur,  à  la  fin  de  la  préface,  dans  quelles 
dispositions  d'esprit  il  a  voulu  écrire  ce  livre.  Sans  négliger  sciemment 
aucun  document  utile,  sans  rien  sacrifier  des  éléments  nécessaires  d'in- 
vestigation, il  s'est,  dit-il,  appliqué  à  ne  pas  dépouiller  son  travail  de 
tout  appareil  littéraire.  Il  s'est,  en  un  mot,  constamment  préoccupé  de 
ne  pas  rebuter  le  lecteur  et  a  même  cherché  à  lui  plaire  en  l'instruisant. 
C'est  un  devoir  pour  nous  de  constater  qu'il  a  pleinement  réussi  dans 
ce  double  dessein. 


378  BIBLIOGRAPHIE. 

Les  documents  eux-mêmes,  qui  abondent  dans  l'ouvrage,  sont  d'une 
lecture  presque  toujours  facile  et  parfois  agréable.  Nous  n'en  citerons 
comme  preuve  que  l'anecdote  contée  dans  une  lettre  (voy.  p.  50)  de 
Pierre  Louvet  à  Luc  d'Achéry  (Lyon,  5  septembre  1672).  Il  n'y  avait 
plus  de  religieux  au  prieuré  de  Regny  et  un  procès  s'était  élevé  entre 
le  diocèse  de  Mâcon  et  le  prieur  de  Regny  au  sujet  des  décimes.  Le 
prieur  disait  avoir  beaucoup  de  religieux  à  nourrir.  Invité  par  arrêt  à 
faire  sur  place  une  enquête,  le  grand  prieur  de  Gluny,  duquel  dépendait 
Regny,  «  y  députa  un  vieux  sacristain  sourd  et  qui  n'y  voyait  goutte.  » 
Le  prieur  de  Regny  avait  fait  confectionner  dix-huit  habits  pour  ses 
«  grangers  et  leurs  valets,  qu'il  fit  revêtir  et  leur  apprit  à  faire  des  révé- 
rences quand  ce  commissaire  viendrait;  lequel  en  compta  dix-huit  à 
table  qui  avaient  tous  bon  appétit.  0  Le  prieur  eut  ainsi  gain  de  cause. 

P.  BûNNASSIEUX. 

Journal  d'Adrien  Duquesnoy^  député  du  Tiers  état  de  Bar-le^Duc, 
sur  l'Assemblée  constituante  (3  mai  ^  789-3  avril  1790),  publié  par 
Robert  de  Geèvecœdr.  Paris,  Alph.  Picard,  -1894,  2  vol.  in-S",  xl- 
504  et  545  p.  -10  fr.  le  vol. 

Il  y  a  quinze  ans,  lorsque  je  lus  les  souvenirs  de  Fr.-Yves  Besnard, 
publiés  par  mon  ami  et  confrère  G.  Port,  je  constatais  avec  un  certain 
étonnement  le  fossé  profond  qui  séparait  le  xvme  siècle  du  xix»  en  ce 
qui  touchait  aux  habitudes,  aux  usages,  à  tous  les  détails  sociaux.  Il 
semblait  qu'en  1810  on  avait  oublié  tout  ce  qui  datait  de  1790.  En  feuil- 
letant le  journal  d'Adrien  Duquesnoy,  je  suis  amené  à  reconnaître  que  les 
caractères,  les  états  d'âmes  d'hommes  assemblés  et  discutant  n'ont  guère 
varié  depuis  un  siècle.  La  Société  d'histoire  contemporaine  a  rendu 
un  vrai  service  en  publiant  les  notes  prises  du  3  mai  1789  au  3  avril 
1790,  jour  par  jour,  par  un  député  du  Tiers  état.  A  défaut  de  journaux 
et  de  publications  ofQcielles,  ces  notes  permettent  de  saisir  sur  le  vif 
les  fluctuations,  les  impressions  plus  ou  moins  passionnées  qui  se 
manifestaient  dans  les  débuts  en  France  delà  vie  parlementaire,  et  que 
nous  voyons  se  continuer  depuis  cent  ans. 

Adrien  Duquesnoy  appartenait  à  une  famille  bourgeoise;  il  vivait 
très  indépendant,  s'occupant  de  lettres  et  d'agriculture,  n'étant  avocat 
que  de  nom,  professant  même  un  certain  dédain  pour  ses  confrères. 
Il  représente  parfaitement  le  bourgeois  intelligent  et  modéré,  souhai- 
tant l'établissement  de  réformes,  sans  violence,  espérant  sans  cesse,  au 
milieu  des  crises  les  plus  ardentes,  voir  la  paix  s'établir,  professant  un 
respect  sympathique  envers  le  roi,  n'incriminant  pas  la  reine,  mais  ne 
ménageant  pas  son  antipathie  à  l'égard  des  personnages  qui  entouraient 
l'un  et  l'autre,  et  aussi  à  l'égard  de  l'abbé  Maury  et  de  Mirabeau. 

Il  est  curieux  de  voir  cet  homme  modéré  blâmant  sévèrement  les 
mesures  énergiques  tentées  par  le  gouvernement  pour  maintenir  l'ordre, 


BIBLIOGRAPHIE.  379 

mais  trouvant  très  légitime  l'opposition  persistante  de  l'Assemblée 
constituante  à  tout  ce  qu'essayait  le  pouvoir  auquel  il  reprochait  sa  fai- 
blesse (t.  I,  p.  205);  se  figurant  que  l'anarchie  n'était  jamais  assez  com- 
plète parce  qu'il  fallait  une  secousse  très  violente  pour  opérer  le  bien 
(t.  I,  p.  233);  bien  plus,  admettant  que  l'insurrection  est  de  droit  natu- 
rel et  rigoureux,  à  condition  cependant  qu'elle  n'aille  pas  jusqu'à  l'in- 
cendie et  la  violence  (t.  11,  p.  366);  versant  un  pleur  sur  l'exécution 
de  Favras,  tout  en  ajoutant  que,  s'il  eût  été  au  nombre  des  juges,  il 
l'aurait  fait  pendre.  Le  raisonnement  de  Duquesnoy  est  ici  assez  inco- 
hérent, et  on  ne  voit  pas  clairement  comment  cette  exécution  justifie 
l'impartialité  du  Chàtelet  parce  qu'auparavant  il  avait  acquitté  Besen- 
val,  contre  lequel  il  n'avait  trouvé  rien  de  sérieux. 

Le  bon  sens  de  Duquesnoy  se  manifesta  dans  ses  appréciations  de 
plusieurs  de  ses  collègues.  Il  prévoyait  ce  que  fut  Robespierre  ;  il  est 
sévère  mais  juste  pour  l'abbé  Maury  et  Mirabeau  ;  après  avoir  eu  des 
illusions  sur  Necker,  il  finit  par  le  connaître;  à  certain  moment,  il 
montre  le  Tiers  plus  flatté  d'avoir  pour  président  un  cordon  bleu  que 
l'un  des  siens  (t.  I,  p.  375)  ;  l'égoïsme  hypocrite  de  ceux  qui  se  procla- 
maient dévoués  aux  intérêts  du  peuple,  mais  ne  songeaient  qu'à  briguer 
des  places  et  de  l'argent  pour  eux  et  leurs  amis  (t.  I,  p.  451)  ;  la  manie 
des  longs  discours,  et  ici  il  avance  très  justement  qu'il  y  a  «  très  peu 
de  discours  qui,  réduits  à  leur  moindre  terme,  ne  pussent  être  présentés 
dans  un  aperçu  de  dix  à  douze  minutes,  si  on  les  dégageait  des  phrases, 
de  l'éloquence,  des  exordes,  péroraisons,  etc.  »  (t.  Il,  p.  374).  Les 
impressions  de  Duquesnoy  sont  assez  étranges  en  ce  qui  touche  la  prise 
de  la  Bastille,  dont  le  peuple,  poussé  par  l'extrême  désir  de  la  liberté, 
s'empara  «  avec  tant  d'ordre,  de  sagesse  qu'on  ne  peut  trop  s'en  éton- 
ner après  l'extrême  fureur  où  il  devait  être.  » 

Le  journal  de  Duquesnoy  est  connu  par  deux  exemplaires,  l'un 
quelque  peu  plus  complet  que  l'autre.  M.  de  Grèvecœur  s'est  servi  des 
deux  en  ayant  soin  d'indiquer  les  variantes.  Il  semble  que  l'exemplaire 
le  plus  long  ait  été  celui  de  l'auteur,  tandis  que  le  plus  court  était  des- 
tiné au  prince  Emmanuel  de  Salm-Salm,  qui  entretenait  avec  Duques- 
noy des  relations  assez  intimes.  C'était  un  personnage  assez  curieux  à 
étudier  que  le  prince  de  Salm.  Né  en  1742,  fils  du  feld-maréchal  Nico- 
las-Léopold,  dont  il  fut  le  seizième  enfant,  le  prince  Emmanuel  fut  au 
service  de  l'Empire  et  de  l'Espagne,  puis  il  entra  dans  l'armée  fran- 
çaise; maréchal  de  camp  en  1781,  il  devint  en  1783  colonel-propriétaire 
du  63«  régiment  d'infanterie,  qui  porta  successivement  les  noms  de 
Furstenberg,  de  Bentheim,  d'Anhalt  et  enfin  de  Salm-Salm  avant  de 
devenir  le  62<^  de  hgne.  Le  prince  Emmanuel  appartint  à  ce  groupe  de 
gentilshommes  qui,  à  l'exemple  des  Lameth,  des  Mirabeau,  etc.,  pro- 
fessaient des  opinions  libérales  et  humanitaires;  passant  alors  pour 


380  BIBLIOGRAPHIE. 

très  avancés,  un  siècle  plus  tard,  ils  n'auraient  été  que  modérés.  Il 
rêva,  lui  aussi,  de  faire  une  Constitution,  de  prendre  part  aux  luttes 
politiques,  d'être  député  à  l'Assemblée  constituante  pour  la  noblesse, 
au  pis  aller  pour  le  Tiers;  il  n'arriva  qu'à  être  électeur  d'abord,  puis 
député  suppléant;  à  cette  occasion,  un  de  ses  amis  de  Nancy,  M.  de 
Metz,  et  l'avocat  Régnier,  qui  fut  plus  tard  duc  de  Massa,  lui  écrivirent 
des  lettres  de  condoléances.  Le  prince  Emmanuel  se  retira  dans  le 
Rheingau,  où  il  mourut.  Il  est  à  regretter  que  M.  de  Grèvecœur  n'ait 
pas  été  à  même  de  retrouver  chez  les  descendants  de  Duquesnoy  la 
correspondance  du  prince  Emmanuel,  elle  aurait  fourni  des  indications 
curieuses  sur  l'impression  que  lui  donnaient  les  notes  de  son  corres- 
pondant et  sur  les  motifs  de  l'intimité  de  ces  deux  personnages. 

Après  l'Assemblée  constituante,  Duquesnoy,  retiré  à  Nancy,  accepta 
des  fonctions  administratives;  emprisonné  deux  fois  comme  modéré  et 
comme  fédéraliste,  il  échappa  à  la  guillotine;  puis  maire  à  Paris,  fila- 
teur  à  Rouen,  il  désespéra  un  jour  de  ses  affaires  commerciales  et  se 
noyait  en  1808. 

Le  journal  d'Adrien  Duquesnoy  est  un  des  documents  les  plus  pré- 
cieux à  consulter  pour  toute  personne  qui  veut  se  faire  une  idée  nette 
des  commencements  de  la  Révolution.  C'est  un  tableau  fidèle  et  aussi 
impartial  que  possible  des  événements,  ainsi  que  des  passions  qui  agi- 
taient les  esprits. 

A.  DE  Barthélémy. 

P.  L.-Jos. -Marie  Gros,  S.  J.  Saint  Jean-François  Régis,  de  la  Com- 
pagnie  de  Jésus,  son  pays,  sa  famille,  sa  vie.  Documents  nouveaux. 
Toulouse,  libr.  A.  Loubens,  ^894.  In-8%  xii-369  p.  —  3  fr.  50. 

Le  présent  ouvrage  a  bien  pour  objet  de  présenter  au  public  les 
documents  nouveaux  que  le  P.  Cros  a  rencontrés  dans  les  archives  nota- 
riales sur  la  famille  de  Jean-François  Régis,  ce  qui  lui  permet  déplacer 
en  meilleure  lumière  les  premières  années  et  les  premières  relations  de 
l'apôtre  du  Languedoc.  Le  reste  de  la  vie  est  tiré  en  grande  partie  des 
récits  du  plus  ancien  biographe  du  bienheureux,  et  le  P.  Cros  ne  s'en 
cache  pas,  bien  au  contraire;  il  s'est  proposé,  dit-il  modestement, 
«  d'enchâsser  dans  les  documents  nouveaux,  fruit  de  ses  recherches,  les 
perles  du  P.  Labroue,  le  Ribadeneyra  de  saint  Jean-François  Régis.  » 
Le  nouvel  auteur  rapporte  encore  de  très  nombreux  témoignages  authen- 
tiques et  inédits  de  miracles  opérés  par  l'intercession  du  saint. 

Écrit  avec  méthode  et  intelligence,  ce  livre  parvient  à  satisfaire  en 
même  temps  ceux  qui  cherchent  leur  édification  personnelle  et  ceux 
qui  sont  plus  spécialement  attirés  par  les  questions  d'érudition. 

L.-H.  L. 


BIBLIOGRAPHIE.  38^ 

Maistre  Jehan  Garant,  prototypographe  de  la  ville  de  Périgueux, 
par  A.  Dujarric-Descombes.  Paris,  impr.  Fommarty,  -1893.  In-8"', 
^6  pages. 

A  l'époque  où  M.  Deschamps  publiait  son  Dictionnaire  de  géographie 
ancienne  à  l'usage  du  libraire  et  de  V amateur  de  livres  (Paris,  1870,  in-S"), 
on  ne  connaissait  qu'un  ouvrage  imprimé  au  xyi^  siècle  à  Périgueux 
les  Statuts  synodaux  du  diocèse  de  Gahors,  de  1503,  cités  dans  la  Biblio- 
thèque historique  du  P.  Lelong. 

Grâce  à  divers  érudits  et  à  M.  D.,  nous  savons  aujourd'hui  que  Jean 
Garant  ou  Garent,  établi  à  Périgueux,  de  1498  à  1504,  —  dates  que 
d'autres  découvertes  modifieront  peut-être  plus  tard,  —  a  imprimé  : 

1 .  Resolutorium  dubiorum  circa  celebrationem  missarum  occurrentium, 
par  Jean  de  La  Pierre.  In-B»,  goth.  M.  D.  indique  la  date  de  1498. 

2.  Expositio  decretalis,  par  Jean  Menauld.  Petit  in-4°,  goth.,  15  mai 
1502. 

3.  De  penitentiis  et  remissionibus  egregium  opusculum,  du  même.  Petit 
in-4'',  goth.,  1502. 

4.  Constitutiones  sijnodales  Caturcenses  editx  et  renovatae  per  Antoniuni 
de  Lusetgio,  episcopum  Caturcensem,  anno  1502.  In-fol.,  goth.,  1503. 

M.  D.  croit  que  le  Rituel  de  Périgueux,  de  1509,  est  sorti  des  presses 
de  Jean  Teyssier,  qui  aurait  succédé  à  Jean  Garant.  François  Teyssier 
donnait  plus  tard  une  seconde  édition  de  ce  traité  sous  le  titre  de  : 
Manuale  seu  instructorium  curatorum,  1536;  puis  :  Succintissima  gram- 
matiez  methodus,  par  M.  L.  Itier,  1536;  et  Missale  Petragoricense,  1541. 

De  quel  pays  était  venu  le  prototypographe  J.  Garant?  M.  D,  estime 
que  c'est  d'Allemagne  et  que  le  prieur  de  Sorbonne  Jean  de  La  Pierre 
ne  dut  pas  être  étranger  à  cette  expatriation.  M.  D.  appuie  son  hypo- 
thèse sur  les  considérations  suivantes  :  le  nom  de  Garant  ou  Garent  n'est 
qu'une  modification  du  nom  allemand  Grantz;  le  premier  livre  imprimé 
par  Garant  étant  un  ouvrage  de  Jean  de  La  Pierre,  on  peut  voir  là  un 
hommage  rendu  à  un  protecteur  ou  maître.  Ges  raisons  paraîtront  peut- 
être  un  peu  faibles,  car  notre  imprimeur  signe  toujours  d'un  nom  fran- 
çais qui,  dans  les  actes  notariés  où  il  figure,  n'est  jamais  accompagné 
d'un  qualificatif  de  nature  à  faire  supposer  une  origine  étrangère. 
D'autre  part,  le  traité  de  J.  de  La  Pierre,  dont  il  s'agit,  a  été  reproduit 
dans  de  nombreux  ateliers  pour  cette  unique  raison  que  sa  vogue  en 
assurait  un  prompt  et  fructueux  débit. 

On  peut  regretter  que  les  notices  de  iVI.  D.  ne  soient  pas  plus  détail- 
lées et  techniques,  mais  il  se  recommande  par  l'apport  nouveau  qu'il 
verse  à  la  masse  des  connaissances  bibliographiques.  On  saura  gré  à 
l'auteur  de  n'avoir  pas  hésité  devant  le  dépouillement  de  registres  nota- 
riaux dont  la  lecture  n'est  pas  toujours  aisée  et  d'avoir  reproduit  dans 
4895  25 


382  BIBLIOGRAPHIE. 

un  Appendice,  outre  plusieurs  extraits  d'actes  de  cette  provenance,  une 
curieuse  procuration  donnée  par  Jean  Garant  à  un  prêtre  à  l'effet  de 
former  une  société  pour  l'impression  d'un  missel  de  Gahors  (7  novembre 
1502),  entreprise  dont  on  ignore  d'ailleurs  le  sort. 

Ch.  PORTAL. 


Mémorandum  des  consuls  de  la  ville  de  Martel  (Lot)  ^  par  H.  Teulié. 
Paris,  librairie  Emile  Bouillon,  ^895.  In-8°,  47  pages.  (Extrait  de 
la  Revue  de  philologie  française.] 

Le  nom  du  recueil,  dans  lequel  ont  paru  pour  la  première  fois  les 
textes  publiés  par  M.  Teulié,  indique  assez  à  quel  point  de  vue  ils 
doivent  être  surtout  considérés.  Ils  n'ont  qu'un  intérêt  historique  très 
restreint,  l'éditeur  le  reconnaît  lui-même  :  ce  Mémorandum,  de  la 
seconde  moitié  du  xui^  siècle,  était  en  eflfet  un  simple  registre  sur 
lequel  les  consuls  ou  leurs  secrétaires  prenaient  note  des  menues  affaires 
et  de  leurs  dépenses  en  diverses  circonstances,  enquêtes,  procès,  envois 
de  messagers  dans  les  villes  et  châteaux  d'alentour,  paiements  de  dettes, 
transports  et  rachats  de  gages,  change  des  monnaies,  réparations  à 
ceux  qui  avaient  éprouvé  quelque  dommage  de  la  part  de  la  commu- 
nauté, présents,  acquisitions  de  parchemin  (nous  dirions  aujourd'hui 
frais  de  bureau),  etc. 

Ces  documents  sont  publiés  avec  soin  ;  ils  sont  suivis  de  remarques 
comparatives  de  la  langue  parlée  au  xni«  siècle  à  Martel  avec  les  formes 
actuelles,  puis  d'un  glossaire  des  principaux  termes  employés. 

L.-H.  L. 

Comptes  des  consuls  de  Montréal-du-Gers  (^411,  ^4I2,  14(3,  ^4^4), 
par  M.  l'abbé  A.  Bredils.  Première  partie.  Bordeaux,  impr.  G.  Gou- 
nouilhou,  1895.  In-4°,  79  pages.  (Extrait  des  Archives  historiques 
du  département  de  la  Gironde,  t.  XXIX.) 

La  ville  de  Montréal-du-Gers  avait  été  fondée  en  1255  par  un  des 
sénéchaux  d'Alphonse  de  Poitiers,  à  l'extrémité  méridionale  de  l'Age- 
nais  et  sur  la  frontière  même  de  l'Armagnac;  on  lui  avait  annexé 
comme  dépendances  plusieurs  paroisses  des  environs,  dont  quelques- 
unes  faisaient  partie  du  diocèse  d'Auch,  de  l'Armagnac  et  du  ressort 
du  parlement  de  Toulouse.  Elle  avait  six  consuls  annuels,  qui  offraient 
cette  particularité  d'être  divisés  en  trois  groupes;  ils  étaient  chargés 
deux  par  deux  de  l'administration  du  quartier  de  la  ville  correspondant 
à  l'une  des  trois  rues  principales  et  de  toutes  les  paroisses  rurales  sises 
dans  la  direction  de  cette  rue.  A  la  fin  de  l'exercice,  chacun  d'eux  pré- 
sentait le  compte  de  ses  dépenses  :  les  plus  anciens  de  ces  documents, 
aujourd'hui  conservés  aux  archives    municipales   de  Montréal,  sont 


BIBLIOGRAPHIE.  383 

de  1411,  1412  et  1413.  Ce  sont  ceux-là  que  publie  M.  l'abbé  Breuils 
dans  cette  première  partie,  avec,  en  tête,  des  sommaires  détaillés  et  à  la 
fin  des  notes,  dont  quelques-unes,  trop  rares,  sont  tirées  d'un  Liber  ter- 
rîtorius  feudorum  de  1403  à  1489. 

Le  principal  intérêt  de  ces  anciens  comptes  consiste  surtout  en  ce 
qu'ils  donnent  d'abondantes  informations  sur  l'histoire  des  guerres 
anglaises  dans  le  sud-ouest  de  la  France  et  de  précieux  renseignements 
pour  l'étude  des  mœurs  au  commencement  du  xv«  siècle.  Ils  offrent 
également  aux  philologues  des  textes  importants,  dont  ils  peuvent  tirer 
grand  parti  pour  la  connaissance  du  dialecte  de  cette  région.  Une  petite 
remarque  vient  à  l'idée  du  lecteur  des  sommaires,  très  bien  faits  d'ail- 
leurs :  pourquoi  l'éditeur,  à  propos  des  nombreuses  courses  de  tau- 
reaux données  par  les  consuls,  inscrit-il  constamment  dans  ces  som- 
maires français  la  forme  espagnole  toros  ? 

L.-H.  L. 

Histoire  de  Maguelone ,  par  Frédéric  Fabrège.  T.  I  :  /a  Cité,  les 
évêques,  les  comtes.  Paris,  A.  Picard  et  fils 5  Montpellier,  F.  Seguin, 
^894.  In-4%  civ-5<l  pages.  30  fr. 

Cette  volumineuse  Histoire,  dont  M.  F.  Fabrège  vient  de  donner  le 
premier  tome,  représente  une  somme  considérable  de  travail  et  un  effort 
prodigieux  :  c'est  là  une  de  ses  principales  qualités,  mais  c'est  par  là 
aussi  qu'elle  pèche,  car  l'auteur  n'a  pas  su  se  renfermer  dans  son  sujet 
et  a  saisi  toutes  les  occasions  possibles  de  se  perdre  en  longues  disser- 
tations. De  même,  ayant  la  louable  habitude  de  tout  vérifier  et  d'indi- 
quer ses  sources  et  ses  preuves,  il  a  accumulé  d'une  façon  excessive 
des  notes  parfois  interminables  et  d'un  intérêt  plus  que  restreint;  à 
quoi  bon  en  effet  transcrire,  comme  il  l'a  fait  souvent,  des  pages  entières 
d'autres  auteurs?  Pourquoi  citer  aussi  avec  profusion  des  ouvrages  de 
seconde,  troisième  ou  quatrième  main?  Un  autre  reproche  que  l'oa 
peut  adresser  à  M.  Fabrège,  c'est  de  n'être  pas  au  courant  de  la  science 
pour  l'histoire  générale.  Ces  critiques  une  fois  faites,  je  suis  heureux 
de  reconnaître  en  lui  un  historien  consciencieux,  qui  écrit  d'une  façon 
très  claire,  qui  connaît  à  fond  son  sujet  et  qui  le  présente  d'une  façon 
agréable. 

Pour  se  rendre  mieux  compte  de  l'économie  de  son  livre,  il  est  utile 
de  l'analyser  chapitre  par  chapitre.  Après  une  courte  préface  où  le  plan 
est  exposé,  est  une  longue,  très  longue  introduction  parfaitement  inu- 
tile, divisée  en  quatre  chapitres.  Le  premier,  l'Horizon  de  la  terre,  énu- 
mère,  avec  les  principaux  souvenirs  historiques  qui  s'y  rattachent,  les 
villages,  châteaux,  villes,  vallées,  montagnes  qu'il  est  possible  d'aper- 
cevoir de  l'île  de  Maguelone;  le  second,  l'Horizon  de  la  mer,  n'est  qu'un 
chant  dithyrambique  en  l'honneur  de  la  Méditerranée,  du  soleil,  de  la 


384  BIBLIOGRAPHIE. 

lune,  de  la  nuit,  où  l'auteur  cite  les  félibres,  Virgile,  Dante,  Lamar- 
tine, Montalembert  et,  qui  le  croirait?  M^^^  Graven  et  Bismarck!  Le 
troisième,  sous  le  titre  de  la  Belle  Maguelone,  est  consacré  au  roman 
de  Pierre  de  Provence;  M.  Fabrège  ne  veut  rien  perdre  des  traditions 
qui  se  rattachent  à  cette  gracieuse  légende,  et  l'opinion  de  M.  Gaston 
Paris  ne  peut  lui  faire  abandonner  l'attribution  à  Bernard  de  Tréviers; 
il  ne  consent  pas  davantage  à  refuser  à  Pétrarque  une  révision  et  des 
corrections.  Ne  contestons  pas  le  charme  et  le  mérite  de  ce  roman, 
mais  avouons  cependant  que  c'est  lui  rendre  un  mauvais  service  que 
de  bannir  toute  critique  à  son  égard.  Le  quatrième  chapitre,  enfin,  traite 
de  la  cathédrale,  mais  seulement  au  point  de  vue  poétique  et  religieux, 
l'auteur  réservant  pour  le  second  volume  les  questions  d'archéologie. 
Ainsi  donc,  tout  ce  qui  a  été  dit  jusqu'ici  pouvait  être  supprimé  sans 
inconvénient  pour  l'intérêt  de  l'ouvrage, 

"Voici  maintenant  la  partie  véritablement  historique,  avec  l'étude 
de  la  cité  romaine  comme  chapitre  i.  Là  encore  des  considérations 
interminables  sur  la  fortune  des  ports  de  mer,  avant  d'arriver  à  écrire 
que  l'ile  dut  recevoir  à  l'origine  un  établissement  phénicien.  Passons 
sur  l'étymologie  qui  a  fait  déraisonner  plusieurs  générations  de  savants, 
et  louons  M.  Fabrège  de  nous  donner  enfin  quelque  chose  de  neuf  et 
d'inédit  sur  l'époque  romaine,  en  décrivant  les  objets  antiques  et  les  ins- 
criptions trouvés  à  Maguelone.  Le  deuxième  chapitre,  l'Invasion  sarra- 
sine;  destruction  de  la  cité,  est  bon,  toujours  malgré  quelques  longueurs 
et  malgré  la  confusion  établie  entre  la  civitas  des  Romains  et  des  Méro- 
vingiens et  ce  que  nous  entendons  aujourd'hui  par  cité.  Les  chansons 
de  geste  ont  été  utilisées  avec  modération;  c'est  une  qualité  qu'il  faut 
reconnaître'.  Le  chapitre  ni,  intitulé  :  les  Premiers  évêques,  défend  la 
thèse  aujourd'hui  abandonnée  de  l'apostolicité  des  églises  de  la  Gaule 
et  en  particulier  la  légende  des  saints  de  Provence;  n'ai-je  pas  déjà  dit 
que  cette  Histoire  est  arriérée  sur  les  questions  d'intérêt  général?  Point 
n'est  besoin  d'insister  sur  ce  sujet  d'évangélisation  de  la  Gaule  et  en 
particulier  des  provinces  méridionales  (voir  les  excellentes  dissertations 
de  M.  l'abbé  Duchesne),  d'autant  plus  que  M.  Fabrège  lui-même  ne 
peut  prouver  qu'il  y  ait  eu  des  évêques  à  Maguelone  avant  le  vi«  siècle, 
quoiqu'il  prétende  faire  remonter  au  ni«  ou  au  n«  siècle  une  inscription 
gravée  sur  marbre  antique-.  On  doit  aussi  remarquer  à  ce  propos, 
comme  on  l'a  déjà  fait  observer  ailleurs 3,  que  Maguelone  n'avait  pas 


1.  Notons  dans  ce  second  chapitre,  à  la  page  57,  note  1,  cette  indication  fau- 
tive :  0  British  Muséum  addilional,  manuscrit  21,  218.  » 

2.  Autres  petites  remarques  sur  ce  chapitre  :  P.  84.  A  quelle  époque  y  eut-il 
des  archevêques  à  Marseille?  —  P.  90.  A  quoi  boa  prendre  des  renseignements 
dans  un  document  apocryphe  cité  comme  tel? 

3.  Revue  historique,  t.  LVIII,  p.  121. 


BIBLIOGRAPHIE.  385 

aux  premiers  siècles  le  titre  de  civitas.  Le  chapitre  iv,  qui  traite  de  la 
restauration  de  la  cathédrale  au  xi^  siècle  et  de  l'organisation  du  cha- 
pitre, est  un  des  mieux  rédigés  et  des  plus  intéressants;  les  règlements 
donnés  par  les  évéques  à  leurs  chanoines  sont  des  documents  précieux 
pour  l'histoire  des  institutions,  et  l'auteur  les  a  présentés  le  mieux  pos- 
sible. Pourtant  je  soulèverai  encore  deux  petites  chicanes,  l'une  à  pro- 
pos de  la  règle  de  saint  Augustin,  qui,  selon  M.  Fabrège  (p.  115),  ser- 
vit de  base  à  toutes  les  constitutions  monastiques,  et  au  sujet  du  nom 
d'ogive  donné  à  l'arc  brisé  (p.  H9);  même  M.  Fabrège  fait  de  cet  arc 
brisé  une  caractéristique  du  style  d'architecture  qui  suivit  le  roman 
(n.  1  de  lap.  119),  comme  si  beaucoup  de  monuments  des  xie-xii»^  siècles, 
même  dans  la  Provence  et  le  Languedoc,  n'en  présentaient  pas.  C'est 
là  une  grossière  erreur  qu'il  devra  se  garder  de  répéter  dans  le  tome  IL 
Le  chapitre  v  est  relatif  à  l'origine  et  à  l'histoire  des  comtes  de  Mague- 
lone  et  de  Melgueil  et  à  leur  inféodation  au  saint-siège  consentie  par 
Pierre  et  sa  femme,  Almodis  de  Toulouse,  le  27  avril  1085;  malheu- 
reusement tout  cela  est  noyé  dans  un  flot  de  détails  sur  le  comte  Aigulf, 
saint  Benoît  d'Aniane,  saint  Guillaume,  etc.  Les  chapitres  vi  et  vu,  qui 
ont  pour  titre  les  Papes  à  Maguelone,  et  dans  lesquels  l'auteur  raconte  à 
la  suite  de  quelles  circonstances  Urbain  II,  Gélase  II,  Galixte  II,  Inno- 
cent II  et  Alexandre  III  ont  abordé  dans  cette  île,  sont  à  récrire  en 
partie.  Il  est  vrai  que  l'on  peut  dire,  à  la  décharge  de  M.  Fabrège,  qu'il 
a  composé  son  livre  et  qu'il  en  a  commencé  l'impression  voilà  bien  des 
années  '  ;  mais  cependant  on  ne  s'explique  pas  les  raisons  pour  lesquelles 
il  s'est  attaché  à  analyser  le  tome  VII  des  Moines  d'Occident  de  Monta- 
lembert  et  à  tracer  d'après  lui  l'itinéraire  des  papes,  alors  que  depuis 
1851  est  parue  la  première  édition  des  Regesta  de  Jaffé,  qui  présentent 
des  documents  beaucoup  plus  nombreux  et  plus  certains  2.  La  seconde 
édition  de  ce  même  ouvrage,  depuis  dix  ans  dans  le  commerce,  lui 
aurait  permis  encore  de  ne  plus  citer  VÉtude  de  notre  confrère  M.  Ul. 
Robert  sur  les  actes  du  pape  Galixte  11  (Paris,  1874);  j'admets,  bien 
entendu,  que  cette  partie  de  l'Histoire  de  Maguelone  a  été  achevée  d'im- 
primer avant  1891,  date  de  la  publication  du  bullaire  complet  du  même 
pape.  On  peut  juger  maintenant  si  ces  deux  chapitres  doivent  être  complets 
malgré  leur  étendue.  Le  même  reproche  peut  être  fait  aux  chapitres  vm 
et  IX,  où  il  est  question,  encore  très  longuement,  de  la  guerre  des  Albi- 

1.  Est-ce  pour  cela  qu'il  a  laissé  subsister  quelquefois  les  expressions  de 
Bibliothèque  impériale  et  à.'' Archives  de  VEmpire  (p.  189,  387  note  1)?  Une 
remarque  à  ce  propos  :  les  renvois  aux  manuscrits  de  la  Bibliothèque  natio- 
nale ont  toujours  été  faits  d'une  façon  incomplète,  sans  indication  de  fonds 
français  ou  de  fonds  latin. 

2.  Les  Regesta  de  Potthast,  parus  en  1874,  sont  cités;  de  même  la  nouvelle 
édition  de  l'Histoire  du  Languedoc,  qui  a  été  mise  la  même  année  en  sous- 
cription. 


386  BIBLIOGRAPHIE. 

geois;  je  ne  m'y  arrêterai  pas,  je  me  bornerai  à  constater  que  l'auteur 
se  préoccupe  de  plus  en  plus  de  Montpellier  et  de  ses  comtes  et  de 
moins  en  moins  de  Maguelone.  Enfin  le  dernier  chapitre  démontre  que, 
dans  tous  les  documents  du  moyen  âge  intéressant  les  différents  liefs 
et  les  diverses  églises  de  l'évêché  en  question,  excepté  dans  l'acte  de 
fondation  du  monastère  de  Sauret  en  1138,  il  n'est  pas  fait  mention  de 
serfs.  M.  Léopold  Delisle,  dans  son  Étude  sur  la  condition  de  la  classe 
agricole  en  Normandie,  avait  constaté  le  même  fait  pour  cette  province. 
Mais,  si  les  propriétaires  fonciers  des  xi«  et  xii<'  siècles  n'eurent  pas  de 
serfs,  les  bourgeois  du  xiv^  et  des  époques  suivantes,  jusqu'à  la  veille 
de  la  Révolution,  eurent  des  esclaves  provenant  de  l'Afrique  et  plus  tard 
de  l'Amérique.  La  chose  était  absolument  courante  dans  toutes  les  pro- 
vinces voisines  de  la  Méditerranée,  Roussillon,  Languedoc  et  Provence, 
et  rien  n'était  plus  fréquent  que  les  ventes  ou  échanges  de  bétail 
humain. 

En  résumé,  le  livre  de  M.  Fabrège  témoigne  d'un  travail  très  cons- 
ciencieux, mais  il  est  trop  abondant  en  détails  hors  du  sujet  et  aurait 
dû  être  publié  il  y  a  une  trentaine  d'années,  où  il  aurait  paru  au  cou- 
rant de  l'érudition. 

L.-H.   L.\BANDE. 

Vicomte  de  Gai x  de  Saint- Atmodr.  Notes  et  documents  pour  servir  à 
l'histoire  d'une  famille  picarde  au  moyen  âge  XI^-XVP  siècles). 
La  Maison  de  Caix^  rameaumâle  des  Boves-Coucy.  Paris,  H.  Cham- 
pion, ^89:^.  In-S",  viir-253-vi-ccxxxviii-8D  pages. 

Le  titre  de  l'ouvrage  indique  suffisamment  la  matière  qui  est  traitée 
dans  ce  livre  familial.  Ce  n'est  o  ni  une  histoire,  dit  M.  de  Caix  de 
Saint-Aymour,  ni  une  généalogie.  La  première  prétention,  continue- 
t-il,  ne  serait  pas  justifiée  par  la  modestie  de  la  maison  dont  il  contient 
les  annales,  et  qui,  bien  qu'issue  de  grands  barons  féodaux,  a  vécu 
sans  illustration  dans  une  obscurité  provinciale.  La  seconde  épithète 
lui  serait  aussi  mal  appliquée,  car,  pour  la  lui  mériter,  il  eût  fallu  à 
son  auteur  la  complaisance,  qui  a  toujours  été  la  qualité  maîtresse  des 
faiseurs  de  généalogie.  » 

Les  érudits  seront  bien  plus  satisfaits  d'y  trouver  un  recueil  précieux 
de  documents  importants  pour  l'histoire  de  la  Picardie,  et,  à  ce  point 
de  vue,  ils  regretteront  de  ne  pas  le  voir  dans  le  commerce.  La  seconde 
partie  de  ce  volume  est  formée  en  effet  par  la  transcription  de  154  pièces 
justificatives,  dont  les  dates  sont  comprises  entre  les  années  1095 
et  1639.  Elles  sont  extraites  des  cartulaires  du  chapitre  d'Amiens,  de 
Saint-Corneille  de  Compiègne,  de  l'abbaye  de  Corbie,  de  Saint-Martin 
de  Laon,  du  prieuré  de  Lihons-en-Sanlerrc,  de  l'abbaye  du  Paraclet; 
des  collections  Grenier,  Moreau,  Clairambault  et  du  Cabinet  des  titres 


BIBLIOGRAPHIE.  387 

de  la  Bibliothèque  nationale;  des  archives  particulières  de  la  maison 
de  Caix,  des  Archives  nationales,  des  archives  départementales  de  la 
Somme,  du  Pas-de-Calais  et  de  l'Aisne,  etc.  De  plus,  l'ouvrage  est  ter- 
miné par  deux  tables  très  complètes  des  noms  de  personnes  et  des  noms 
de  lieux  qui  sont  cités.  Je  me  permettrai  cependant  deux  très  légères 
observations,  la  première  au  sujet  de  la  pagination  :  le  volume  en  a 
cinq  différentes,  ce  qui  peut  facilement  occasionner  des  erreurs.  En 
second  lieu,  il  aurait  été  avantageux  de  donner,  après  la  table  des  cha- 
pitres, la  liste  des  pièces  justificatives. 

L.-H.  L. 

Causeries  du  Besacier.  Mélanges  pour  servir  à  P  histoire  des  pays  gui 
forment  aujourd'hui  le  département  de  l'Oise,  par  le  vicomte 
DE  Gaix  de  Saint-Aymour,  Deuxième  série.  Paris,  A.  Claudin  et 
H.  Champion,  ^893.  In-8°,  333  pages.  5  fr. 

M.  le  vicomte  de  Gaix  de  Saint-Aymour  a  continué  cette  année  la 
publication  d'une  série  d'études  sur  les  pays  qui  ont  formé  le  départe- 
ment de  l'Oise  ;  le  premier  volume  avait  paru  en  1892  et  il  en  avait  été 
rendu  compte  ici  même  (t.  LIV,  1893,  p.  379). 

Parmi  ces  Causeries,  présentées  toutes  d'une  façon  intéressante  et 
spirituelle,  il  en  est  qu'il  est  utile  de  mentionner  d'une  manière  plus 
spéciale  :  en  premier  lieu,  celle  qui  donne  la  biographie  aussi  complète 
que  possible  d'Anne  de  Russie,  reine  de  France,  puis  comtesse  de 
Valois  et  fondatrice  de  l'abbaye  de  Saint- Vincent  de  Senlis;  ensuite 
les  légendes  relatives  à  saint  Rieul,  les  détails  sur  la  famille  des  Billy, 
seigneurs  d'Ivors,  Antilly  et  Guvergnon  (1301-1789),  et  enfin  les  notes 
sur  quelques  communes  rurales  du  canton  de  Pont-Sainte-Maxence, 
rédigées  à  propos  de  la  Notice  historique  et  descriptive  de  ce  canton, 
écrite  récemment  par  M.  T.  Petit.  Ces  derniers  chapitres  sont  presque 
des  monographies,  et  il  y  aurait  peu  de  chose  à  y  ajouter  pour  qu'ils 
soient  une  histoire  définitive  des  localités  intéressées.  Peut-être  faut-il 
reprocher  à  l'auteur  une  trop  grande  modestie  sous  ce  rapport;  il  dit 
lui-même  quelque  part  qu'il  n'a  pas  eu  d'autre  prétention  que  de  four- 
nir des  documents  précis  à  la  recherche  de  la  vérité  :  il  a  donné  plus 
que  cela  et  souvent  il  a  fait  œuvre  de  véritable  historien. 

L.-H.  L. 

Strasbourg  et  Bologne.  Recherches  biographiques  et  littéraires  sur 
les  étudiants  alsaciens  immatriculés  à  V  Université  de  Bologne  de 
1289  à  1562,  par  P.  Ristelhuber.  Paris,  E.  Leroux,  -189^.  In-8°, 
153  pages.  3  fr.  50. 

M.  Paul  Ristelhuber  a  relevé  dans  les  documents  relatifs  à  l'ancienne 
Université  de  Bologne,  retrouvés  par  le  comte  Nerio  Malvezzi  de'  Medici 


388  BIBLIOGRAPHIE. 

dans  ses  archives  familiales  et  publiés  par  Friedlânder  et  Malagola', 
une  série  de  noms  d'étudiants  alsaciens.  Il  en  a  trouvé  jusqu'à  193,  qu'il 
a  classés  par  ordre  chronologique  en  faisant  suivre  chaque  nom  d'une 
notice  plus  ou  moins  étendue,  suivant  l'intérêt  du  personnage.  Le  plus 
ancien  remonte  à  1289  et  celui  qui  clôture  la  liste  est  Eusèbe  Hedion,  le  fils 
du  réformateur  strasbourgeois,  en  1556.  Le  nom  mis  par  M.  R.  en  tête 
est  maître  Hildebrandus  de  Molhusen,  mais  rien  ne  prouve  qu'il  s'agisse 
ici  de  Mulhouse  en  Alsace.  On  ne  trouve  aucune  trace  du  personnage 
dansjios  chroniques  alsaciennes  ni  dans  l'excellent  cartulaire  de  Mul- 
house de  feu  M.  Mossmann.  M.  R.  a  attribué  à  tort  d'autres  noms 
encore  à  l'Alsace,  tels  que  Gérard  de  Reinach  (1295),  Jacques  de  Rei- 
nach  (1304),  Werner  de  Reinach  (1344).  La  famille  de  Reinach,  origi- 
naire de  l'Argovie,  ne  s'établit  en  Alsace  que  dans  le  courant  du 
xiv^  siècle,  oii  nous  trouvons  en  1352  Jacques  de  Reinach,  commandeur 
de  l'ordre  Teutonique  à  Mulhouse.  Il  faudra  rejeter  également  les  noms 
de  Johannes  de  Gengenbach  (1314)  et  Thomas  de  Gengenbach,  qui  sont 
des  Badois.  Petrus  de  Argentina  n'est  autre  que  Pierre  Schott,  le  célèbre 
humaniste  strasbourgeois,  le  contemporain  de  Wimphelinget  de  Sébas- 
tien Brant. 

Malgré  ces  quelques  réserves,  l'étude  de  M.  R.  ne  manque  pas  d'in- 
térêt; elle  apporte  des  détails  nouveaux  sur  bien  des  personnages  connus 
dont  on  avait  ignoré  jusqu'à  ce  jour  le  passage  à  l'Université  italienne. 
Elle  ne  mérite  pas  les  critiques  acerbes  de  certains  érudits  allemands 
immigrés  qui  traitent  l'histoire  d'Alsace  comme  leurs  armées  ont  traité 
le  pays.  En  publiant  ces  notices,  M.  R.  a  donné  un  complément  utile 
à  l'histoire  de  plusieurs  grandes  familles  alsaciennes  aujourd'hui  presque 
toutes  éteintes. 

Charles  Nerlinqer. 

Geschichfe  der  Herz'ôge  von  Zàhringen.  Herausgegeben  von  der 
badischen  historischen  Commission.  Bearbeitet  von  Dr  Eduard 
Heyck.  Freiburg-i.-B.,  P.  Siebeck,  -189^.  In-8°,  607  pages,  avec 
un  tableau  généalogique.  Prix  :  ^6  m. 

On  aurait  mauvaise  grâce  à  faire  des  reproches  trop  sévères  à  l'au- 
teur sur  les  lacunes  de  son  livre,  alors  que  lui-même  les  énumère  lon- 
guement dans  sa  préface.  Il  pousse  le  scrupule  jusqu'à  s'excuser  des 
erreurs  typographiques  qui  ont  pu  se  produire  dans  la  transcription 
des  u  et  o.  Il  n'affirme  pas  non  plus  que  son  livre  soit  une  œuvre 
définitive,  ne  laissant  plus  rien  à  glaner  après  lui.  Il  invoque  comme 

1.  «  Acla  nalionis  Germanicse  universitatis  Bononiensis  ex  archetypis  tabularii 
Malvezziaiii.  Jussu  instituti  Gerinanici  edidcruat  Ernestus  Friedlajnder  et  Caro- 
lus  Malagola...  »  Berlin,  1887. 


BIBLIOGRAPHIE.  389 

excuse  pour  les  imperfections  que  l'on  pourra  rencontrer  dans  son  tra- 
vail le  manque  de  temps.  Il  dut  l'écrire  dans  le  court  espace  de  quatre 
ans,  et  cela  lui  a  suffi  pour  dépouiller  un  nombre  presque  prodigieux 
de  sources  diverses.  La  somme  de  travail  fournie  est  considérable,  mais 
il  faut  bien  reconnaître  que  la  composition  est  singulièrement  lâche  et 
incohérente.  Ce  livre  a  les  défauts  de  la  très  grande  majorité  des  livres 
d'érudition  allemands  :  il  est  touffu,  plein  d'une  foule  de  menus  détails 
qui,  à  chaque  instant,  font  perdre  de  vue  le  sujet  principal  et  dans  les- 
quels il  est  fort  difficile  de  se  retrouver.  Ni  sommaire  en  tête  de§  cha- 
pitres ni  manchettes,  un  maigre  titre  courant  au  haut  des  pages  est  le 
seul  fil  conducteur  qui  vous  guide  un  peu  à  travers  ces  broussailles.  La 
langue  est  peu  claire,  entortillée.  L'index  est  peu  sûr  et  fourmille  de 
lacunes.  Enfin  l'auteur  ignore  certainement  le  français.  Néanmoins, 
malgré  la  difficulté  de  la  lecture,  ce  livre  est  le  meilleur  qui  ait  paru 
sur  l'histoire  des  ducs  de  Zaehringen. 

Par  bien  des  points,  cette  histoire  touche  à  l'histoire  générale  de 
l'Europe  et  en  particulier  à  celle  de  l'Allemagne  et  de  la  France.  Elle 
ne  comprend  que  la  période  des  ducs  et  s'étend  de  1061  à  1218.  Les 
Zaehringen,  ancêtres  de  la  maison  de  Bade  actuellement  régnante, 
remontent  peut-être  au  x«  siècle  déjà,  d'après  l'auteur.  La  grandeur  de 
la  maison  était  basée  sur  de  grandes  possessions  territoriales  s'étendant 
depuis  le  nord  du  grand-duché  actuel  et  la  Rauhe-Alb  jusqu'au  canton 
suisse  de  Fribourg.  De  plus,  elle  possédait  le  rectorat  de  Bourgogne. 
Les  Zaehringen  n'étaient  primitivement  que  comtes;  ils  devinrent 
ducs  d'une  manière  assez  curieuse.  L'impératrice  Agnès  de  Poitiers, 
veuve  de  Henri  III,  pour  dédommager  Berthold  l*""  de  Zaehringen, 
évincé  par  Otton  de  Schweinfurth,  nommé  duc  de  Souabe,  lui  confia 
en  1061  l'étendard  des  ducs  de  Carinthie.  Berthold  I^f  ne  put  se  faire 
reconnaître  dans  ce  duché  fallacieux,  mais  il  en  garda  le  titre,  de  même 
que  les  successeurs  de  son  fils  Hermann  s'appelèrent  plus  tard  mar- 
graves de  Bade,  parce  que  leur  aïeul  avait  été  investi  un  jour  du  mar- 
graviat de  Vérone. 

Berthold  le^,  qui  fonda  la  grandeur  de  sa  maison,  fut  mêlé  à  toutes 
les  grandes  affaires  de  son  époque  et  prit  une  part  active  dans  la  que- 
relle des  investitures  qui  commençait.  Après  lui,  celui  qui  mérite  de 
fixer  l'attention  est  le  remuant  Berthold  IV,  qui  eut  des  relations  assez 
étroites  avec  le  roi  de  France  Louis  VIL  Berthold  V,  plus  calme  et 
beaucoup  plus  prudent  que  son  père,  obtint  plus  de  succès  et  assura  la 
prospérité  de  sa  maison.  L'étude  faite  par  M.  Heyck  de  ce  dernier  duc 
le  fait  voir  sous  un  jour  tout  à  fait  nouveau. 

La  seconde  partie  du  volume  contient  d'intéressantes  et  substantielles 
notices  sur  les  possessions  et  les  droits  de  la  maison  de  Zaehringen 
(fiefs  impériaux,  fiefs  ecclésiastiques,  ministériaux,  etc.),  sur  la  fonda- 
tion de  Fribourg-en-Brisgau,  les  sceaux  des  Zaehringen,  enfin  une 


390  BIBLIOGRAPHIE. 

bonne  étude  critique  généalogique.  Un  tableau  généalogique  termine 
ce  volume,  qui,  malgré  ses  défauts,  contient  une  foule  de  renseigne- 
ments précieux  et  sera  très  utile  à  tous  les  historiens  qui  s'occupent  de 
l'histoire  de  l'Allemagne,  de  la  France  et  de  l'Italie  au  xi«  et  au 

xii'=  siècle. 

Charles  Nerlinger. 

Cours  de  littératnre  celtique,  par  M.  d'Arbois  de  Jdbaiivville, 
membre  de  l'Institut.  T.  VII  :  Études  sur  le  droit  celtique,  t.  I. 
Paris,  Thorin,  ^894.  In-S",  xx-388  pages. 

Le  vieux  droit  irlandais  n'a  pas  aujourd'hui  d'interprète  plus  sagace 
et  plus  autorisé  que  notre  confrère  M.  d'Arbois  de  Jubainville.  Deux 
volumes  de  son  Cours  de  littérature  celtique  seront  consacrés  au  droit 
irlandais.  Le  premier  de  ces  deux  volumes  (t.  \JÎ  du  Cours  de  littéra- 
ture celtique)  est  sous  nos  yeux;  l'auteur  y  traite  du  serment,  de 
l'épreuve  par  l'eau,  du  duel,  de  la  composition,  de  la  saisie  et,  à  cette 
occasion,  du  jugement  et  de  l'assemblée  publique.  Le  droit  romain,  le 
droit  grec,  le  droit  germanique,  parfois  le  droit  slave,  viennent,  sous 
la  plume  de  l'auteur,  éclairer  le  droit  irlandais,  en  sorte  que  cet  ouvrage 
est,  en  bonne  partie,  une  solide  étude  de  droit  comparé.  Une  des  expli- 
cations proposées  par  M.  d'Arbois  de  Jubainville  me  laisse  quelques 
doutes;  l'auteur  rapproche  le  délai  irlandais  de  trente  nuits  du  délai 
franc  de  trente  nuits  (expulsion  de  Vhomo  migrans  dans  la  Loi  salique, 
tit.  XLv).  La  domination  longtemps  exercée  par  les  Celtes  sur  les  Ger- 
mains explique,  suivant  lui,  cette  concordance.  Mais  ne  pourrait-on 
pas,  comme  M.  d'Arbois  de  Jubainville  l'a  fait  pour  d'autres  particu- 
larités juridiques,  songer  à  d'anciens  usages  communs  à  divers  peuples 
de  la  race  indo-germanique?  Je  retrouve,  en  effet,  un  délai  de  trente 
jours,  pour  d'autres  hypothèses,  il  est  vrai,  non  seulement  dans  la  Loi 
salique,  mais  aussi  dans  la  Loi  des  douze  tables  (III,  1  ;  cf.  III,  5). 

Je  ne  saurais  accepter  sans  réserve,  quant  aux  bienfaits  de  la  conquête 
romaine,  les  idées  de  l'auteur,  lesquelles  sont  d'ailleurs  les  idées  com- 
munes, exposées  avec  une  singulière  vigueur  et  puissance.  Mais  j'ai 
déjà  eu  l'occasion  de  m'expliquer  ailleurs  à  ce  sujet;  je  ne  fatiguerai 
donc  pas  le  lecteur  par  des  redites  ou  d'inutiles  discussions. 

Qu'il  me  suffise  d'avoir  signalé  une  œuvre  nouvelle  de  notre 
infatigable  confrère,  œuvre  aussi  profonde  et  aussi  originale  que  ses 
devancières. 

Paul    ViOLLET. 

Paul  PouRXiER.  Le  premier  manuel  canonique  de  la  réforme  du 
XP  siècle.  (Extrait  des  Mélanges  d'archéologie  et  d'histoire, 
t.  XIV.)  Rome,  4  894,  in-S".  —  La  Collezione  canonica  del  regesto 
di  Farfa.  (Estratto  dalP  Archivio  délia  R.  Società  Romana  di 


BIBLIOGRAPHIE.  Bd\ 

storia  patria,  t.  XVII.)  Roma,  -1894,  in-S".  —  Le  Liber  Tarraco- 
nensis^  étude  sur  une  collection  canonique  du  XP  siècle.  (Mélanges 
Julien  Havet.)  Paris,  -1895,  in-S",  24  p.  —  Une  collection  cano- 
nique italienne  du  commencement  du  XII^  siècle.  (Extrait  des 
Annales  de  renseignement  supérieur  de  Grenoble,  t.  VI.)  Grenoble, 
impr.  Allier  père  et  fils,  ^894.  In-8°,  98  pages. 

Tous  ceux  qui  s'intéressent  à  Tétude  du  droit  canon  déploraient  que 
l'admirable  histoire  des  sources  du  droit  canon  d'après  les  manuscrits, 
qu'a  commencée  M.  Maassen,  restât  inachevée.  Elle  ne  dépasse  guère, 
comme  on  sait,  la  fin  du  ix*  siècle.  Notre  confrère  M.  Paul  Fournier 
terminera  l'œuvre.  Nous  pourrions  dire  qu'il  l'a  déjà  terminée,  car  il  ne 
lui  reste,  semble-t-il,  qu'à  faire  imprimer  son  travail.  Il  vient  d'en 
communiquer  au  public  quelques  fragments  qui  nous  font  vivement 
désirer  une  publication  d'ensemble  et  qui  nous  donnent  la  plus  haute 
idée  de  cette  grande  enquête  scientifique.  Les  quatre  études  publiées 
par  M.  Fournier  sont  consacrées  à  cinq  collections  différentes  : 

1.  —  Le  premier  manuel  canonique  de  la  réforme  canonique  du  J/«  siècle 
ou  Collection  en  74  titres.  —  Cette  collection  avait  été  déjà  étudiée  par 
M.  Thaner,  M.  P.  Fournier  rectifie  ou  complète  (toujours  très  solide- 
ment et  très  sûrement)  les  conclusions  de  son  devancier.  La  Collection 
en  74  titres  a  été  rédigée  vers  le  milieu  du  xi^  siècle,  probablement  dans 
l'entourage  du  pape  Léon  IX.  L'auteur  a  voulu  mettre  en  lumière  l'au- 
torité et  l'action  réformatrice  de  l'Église  romaine.  Il  s'est  servi  des 
écrits  de  saint  Grégoire,  des  décrétâtes  isidoriennes  et  de  quelques  docu- 
ments attribués  à  divers  pontifes  romains.  L'influence  de  ce  recueil  a 
été  considérable  au  temps  de  Grégoire  VII  :  il  a  été  utilisé  par  Anselme 
de  Lucques  et  Bernard  de  Constance,  par  l'auteur  du  Liber  Tarraco- 
nensis,  etc. 

2.  —  La  Collection  canonique  du  regeste  de  Farfa.  —  Cette  collection 
est  due  à  Gregorio  di  Cattino,  moine  de  Farfa.  Elle  date  de  la  fin  du 
xi^  siècle  ou  du  commencement  du  xn<=.  L'auteur  a  utilisé  les  Fausses 
décrétâtes,  Burchard  de  Worms,  la  Collection  en  74  titres  et  très  pro- 
bablement la  Collection  italienne  en  cinq  livres,  collection  qui  appar- 
tient à  un  groupe  italien,  où  l'influence  de  la  Collection  irlandaise  se  fait 
remarquablement  sentir.  Dans  les  grandes  querelles  entre  l'empereur  et 
l'Eglise,  l'abbaye  de  Farfa  tenait  pour  l'empereur  :  cette  circonstance 
explique  certaines  particularités  qui  distinguent  la  collection  de  Farfa. 

3.  —  Liber  Tarraconensis ,  collection  ainsi  dénommée  par  l'illustre 
Antoine- Augustin,  et  qu'aucun  érudit  ou  canoniste  ne  parait  avoir 
directement  connue  depuis  le  xvi^  siècle.  M.  Fournier  a  retrouvé  dans 
trois  manuscrits  cette  collection  quasi  perdue,  qui  n'avait  d'ailleurs 
jamais  été  décrite  ni  datée.  M.  Fournier  établit  qu'elle  ne  saurait  être 
de  beaucoup  postérieure  à  la  mort  de  Grégoire  VII,  et  qu'elle  a  été  pro- 


392  BIBLIOGRiPeiE. 

bablement  composée  dans  le  sud-ouest  de  la  France.  Il  en  énumère  les 
sources  très  diverses.  M.  Fournier  a  ici  l'occasion  de  signaler  la  pré- 
sence dans  cette  collection  d'une  encyclique  de  Grégoire  VII,  adressée 
à  tous  les  fidèles  pour  leur  communiquer  les  décisions  d'un  concile 
romain.  Cette  encyclique,  qui  ne  se  trouve  pas  dans  le  registre  de  Gré- 
goire YII,  a  déjà  été  publiée  par  Giesebrecht,  puis,  comme  le  fait 
remarquer  M,  P.  F.,  par  M.  de  Pflugk-Harltung,  qui  ne  paraît  pas 
avoir  connu  la  publication  de  Giesebrecht.  M.  P.  Fournier  établit,  par 
une  série  d'observations  critiques  qui  me  paraissent  décisives,  que  ce 
document  n'émane  pas  de  Grégoire  VII  et  a  été  fabriqué  dans  le  centre 
ou  le  sud-ouest  de  la  France. 

4.  —  Collection  canonique  en  trois  livres,  rédigée  dans  l'Italie  cen- 
trale vers  H15  ou  1120.  —  Cette  collection  est  assez  étroitement  appa- 
rentée avec  le  Polycarpus ;  l'auteur  a  aussi  consulté  la  Collection  en 
74  titres,  Anselme  de  Lucques,  le  Liber  de  honore  ecclesix  de  Placide  de 
Nonantula,  etc.  Il  a  connu  les  recueils  de  Justinien  (les  Novelles  sous 
la  forme  de  VEpitoineA.Q  Julien)  et  divers  autres  textes  de  droit  romain, 
le  décret  attribué  à  Ives  de  Chartres.  Cette  collection  parait  avoir  fourni 
à  Gratien  un  certain  nombre  de  matériaux. 

5.  —  Collection  en  neuf  livres,  composée  probablement  dans  l'Italie 
centrale.  —  L'auteur  de  ce  recueil  fort  mal  connu  jusqu'ici  a  utilisé  la 
collection  d'Anselme  de  Lucques,  la  Collection  en  trois  livres,  quelques 
lettres  de  Pascal  II.  Il  a  cité  un  canon  du  concile  de  Latran  de  1123. 
Son  œuvre  ne  saurait  donc  être  antérieure  à  l'année  1123.  Nous  ne 
connaissons  jusqu'à  présent  cette  collection  que  par  une  analyse  erro- 
née et  incomplète  de  Tbaner. 

Les  études  que  je  viens  de  résumer  sont  en  tous  points  dignes  du 
savant  qui  les  a  signées.  C'est  en  dire  toute  la  valeur. 

Paul    ViOLLET. 

Hundschriftenschatze  Spaniens.  Bericht  iiber  eine  im  Auftraye  der 
kaiserlichen  Akademie  der  W issenschafien  in  den  Jahren  1886- 
1888  durchgefUhrte  Forschungsreise,  von  D''  Rudolf  Béer,  ama- 
nuensis  der  k.  k.  HofbiblioLhek.  Wien,  ^894.  In  Commission  bei 
F.  Tempsky.  In-8%  755  pages. 

Ce  rapport  d'une  mission  littéraire  en  Espagne,  confiée  à  M.  R.  Béer 
par  la  commission  des  «  Pères  »  de  l'Académie  de  Vienne  et  par  le 
grand  chambellan  de  la  cour  impériale,  nous  livre  une  série  de  notices 
sur  les  bibliothèques  publiques  et  privées,  anciennes  et  modernes  de 
l'Espagne,  que  l'auteur  a  rangées  dans  l'ordre  alphabétique  des  noms 
de  lieu  (les  bibliothèques  privées  sont  placées  sous  la  rubrique  de  la 
ville  où  elles  ont  existé  ou  existent).  Quoiqu'il  se  soit  surtout  attaché 
à  recueillir  ce  qui  répondait  aux  deux  objets  de  sa  mission  (compléter 


BIBLIOGRAPHIE.  393 

les  recherches  de  feu  le  D""  G.  Loewe  sur  les  manuscrits  espagnols  des 
Pères  latins  et  réunir  des  documents  pour  l'Annuaire  des  collections 
d'objets  d'art  de  la  maison  impériale),  M.  Béer  n'a  pas  omis  de  recen- 
ser aussi  beaucoup  d'ouvrages  historiques  et  littéraires  d'intérêt  général 
ou  plus  particulièrement  espagnol.  Son  rapport  forme  donc  un  supplé- 
ment aux  nombreux  travaux  bibliographiques  des  érudits  indigènes  ou 
des  missionnaires  étrangers  depuis  le  xvi«  siècle;  à  certains  égards 
même,  il  les  remplace  en  reproduisant  d'après  eux,  mais  après  vérifi- 
cation de  l'état  actuel,  les  renseignements  qu'ils  avaient  réunis.  On  ne 
pourra  pas  toujours  se  dispenser  d'avoir  recours  aux  recherches  des 
collaborateurs  du  Serapeum  ou  de  ÏAi'chiv  de  Pertz,  au  rapport  de 
Valentinelli  ou  aux  dissertations  du  P.  Tailhan,  etc.,  que  M.  Béer  ne 
fait  que  résumer  ou  cite,  mais  il  sera  bon  de  toujours  commencer  par 
consulter  son  rapport  très  riche  en  références  bibUographiques  et  dont 
l'arrangement  est  très  clair  et  très  pratique. 

Un  ouvrage  de  cette  nature  ne  se  prête  qu'à  des  observations  de 
détail.  Je  vais  en  présenter  quelques-unes  : 

P.  52.  Sous  la  rubrique  Alcalâ  de  Henares,  M.  B.  fait  figurer  un 
exemplaire  des  œuvres  de  saint  Thomas  de  Villanuva  provenant  de  la 
«  Casa  de  Alcalâ.  »  Il  s'agit  ici  d'un  Alcalâ  d'Andalousie  (Alcalâ  de 
los  Gazules,  prov.  de  Cadix),  fief  des  Enriquez  de  Ribera,  marquis  de 
Tarifa.  Le  renseignement  devait  donc  être  donné  sous  la  rubrique 
Séville  (où  les  ducs  d' Alcalâ  avaient  leur  résidence)  et  ajouté  à  l'art.  442. 
—  P.  93.  Martin  !'='■  (et  non  II)  d'Aragon.  L'inventaire  de  sa  belle 
bibliothèque,  assez  incorrectement  imprimé  par  Milâ  y  Fontanals  dans 
ses  Trovadores  en  Espana  et  reproduit  par  M.  Béer  d'après  cet  ouvrage, 
a  été,  mais  seulement  en  partie,  republié  dans  une  revue  barcelonaise, 
VAvens,  du  30  septembre  1890,  et  l'éditeur  faisait  espérer  qu'il  livrerait 
la  fin  de  ce  précieux  document.  Malheureusement,  VAvens  a  cessé  de 
paraître  et  l'on  ne  voit  rien  venir.  —  P.  165.  Parmi  les  documents 
(actes  et  lettres)  concernant  la  formation  de  la  bibliothèque  de  l'Escu- 
rial,  M.  B.  ne  cite  pas  les  nombreuses  pièces  qui  se  trouvent  au  Musée 
britannique.  Il  aurait  fallu  dépouiller  le  catalogue  de  M.  de  Gayangos, 
lequel  n'a  pas  de  table.  —  P.  341.  A  propos  de  la  vente  Mirô  (Paris, 
1878),  M.  B.  aurait  pu  signaler  un  autre  catalogue  de  manuscrits, 
pièces  historiques  et  autographes,  publié  par  cet  amateur-marchand  : 
Catàlogo  de  manuscritos  espanoles,  por  don  José  Ignacio  Mirô,  série  pri- 
mera (Anvers,  1886,  vn  et  88  pages  in-4»),  mais  en  avertissant  le  lec- 
teur de  se  méfier  des  indications  qu'il  contient.  C'est  ainsi  qu'on  y  voit 
attribuée  au  poète  Pedro  Calderon  de  la  Barca,  né  en  1600,  une  lettre 
datée  de  Madrid,  le  24  avril  1573,  et  signée  «  Calderon.  »  —  Même 
page.  Bibliothèque  du  marquis  de  Montealegre,  comte  de  Villaum- 
brosa.  Les  renseignements  donnés  ici  sur  cette  collection  de  premier 
ordre  sont  très  insuffisants.  M.  B.  n'a  pas  pu  consulter  le  catalogue 


394  BIBLIOGRAPHIE, 

imprimé  en  1677,  dont  un  exemplaire  se  trouve  à  la  Bibliothèque 
nationale  (Inv.  Q  407).  —  P.  342.  Bibliothèque  du  comte-duc  d'Oli- 
vares,  dont  les  débris  ont  passé  à  la  maison  d'Albe.  Il  fallait  renvoyer 
à  VEnsayo  de  Gallardo,  t.  IV,  col.  1479  et  suiv.,  oiî  se  trouvent  beau- 
coup d'extraits  du  catalogue  aujourd'hui  conservé  au  Palais  de  Madrid. 
En  général,  M.  B.  n'a  pas  assez  étudié  ceiEnsayo,  qui  lui  aurait  fourni 
bon  nombre  de  matériaux.  —  P.  344.  Bibliothèque  du  marquis  de 
Pidal.  Puisqu'il  cite  les  fac-similés  des  manuscrits  qu'il  recense,  M.  B. 
pouvait  indiquer,  à  côté  du  petit  fragment  du  Poème  du  Gid  reproduit 
par  Amador  de  los  Rios,  le  fascicule  III  des  Facsimilide  M.  E.  Monaci 
(Rome,  1887),  oii  figurent  plusieurs  feuillets  du  célèbre  manuscrit.  — 
P.  346.  A  propos  de  la  bibliothèque  de  D.  Juan  de  Trô  y  Ortolano, 
M.  B.  eût  bien  fait  de  citer  la  Notice  des  documents  appartenant  à  la 
collection  paléographique  de  M.  Jean  de  Tro  y  Ortolano.  Paris,  1867.  — 
P.  347.  Il  n'est  plus  permis  d'invoquer  à  l'appui  de  quoi  que  ce  soit  le 
Centon  epistolario  de  Gomez  de  Giudadreal,  qui  est  une  falsification  du 
xvii«  siècle.  —  P.  426.  Manuscrits  du  grand  collège  de  Saint-Bartolomé 
de  Salamanque.  La  Bibliothèque  nationale  a  acquis  le  n"  6672  de  la 
bibliothèque  Heredia-Salvâ,  qui  renferme  plusieurs  inventaires  et  réco- 
lements  faits  au  xv«  siècle  de  ce  célèbre  établissement.  Ce  collège, 
comme  on  peut  s'y  attendre,  possédait  surtout  des  ouvrages  de  droit  et 
de  théologie;  les  ouvrages  historiques  et  littéraires  y  sont  rares  et  peu 
intéressants.  —  P.  457.  Manuscrits  de  l'abbaye  de  Silos.  Sur  les 
volumes  de  cette  bibliothèque  qui  sont  entrés  à  la  Bibliothèque  natio- 
nale, voir  Bibl.  de  l'École  des  chartes,  XLIII,  238.  —  P.  493.  Tolosa. 
Bibliothèque  de  Francisco  Filhol.  Cet  article  n'avait  pas  à  figurer  dans 
le  rapport  de  M.  B.  Tolosa  doit  s'entendre  de  Toulouse  de  France,  et 
le  Filhol  en  question  dont  le  cabinet  d'antiquités  et  de  livres  a  été  décrit 
par  Juan-Francisco-AndrésdeUztarroz  est  François  Filhol,  hebdoma- 
dier  de  l'église  métropolitaine  de  Saint-Étienne  de  Toulouse.  Une  des- 
cription de  son  cabinet,  un  peu  différente  de  celle  qu'Andrés  publia  à 
Huesca  en  1644,  a  été  imprimée,  d'après  le  manuscrit  de  la  Bibliothèque 
nationale,  fr.  390,  dans  les  Mémoires  de  la  Société  archéologique  du  midi 
de  la  France,  t.  II,  p.  373-385. 

Le  rapport  de  M.  Béer,  qui  sera  sans  doute  un  jour  complété,  grâce 
à  de  nouvelles  explorations,  est  dès  maintenant  le  bienvenu,  et  il  faut 
féliciter  l'Académie  des  sciences  de  Vienne,  qui  l'avait  publié  dans  ses 
Sitzungsberichte,  d'en  avoir  fait  faire  un  tirage  à  part. 

Alfred  Morel-Fatio. 


BIBLIOGRAPHIE.  395 


LIVRES    NOUVEAUX. 


SOMMAIRE  DES  MATIERES. 

Sciences  auxiliaires.  —  Manuscrits,  371,  380.  —  Imprimerie,  415. 
Sources,  413.  —  Chroniques,  366.  —  Légendes,  291,  379.  — Journal, 
335.  —  Correspondances,  396,  420.  —  Gartulaires,  etc.,  323,  334,  434, 

435,  459  ;  chartes,  lois,  etc.,  295,  297,  303,  374,  378,  466;  regestes,  431, 

436.  —  Comptes,  360. 

Biographie,  généalogie,  294,  402.  —  Adam  de  Brème,  316;  Ahtal, 
381;  Anselme  de  Laon,  390;  saint  Antoine  de  Padoue,  293;  le  roi 
Arthur,  329;  saint  Augustin  de  Cantorbéry,  330;  Balue,  351;  Bosquil- 
lon  d'Aubercourt,  327;  Bureau  de  la  Rivière,  388;  Caix,  321;  Cassio- 
dore,  410;  Caunègre,  347;  Chalcondylas,  396;  Gharlemagne,  303,  378; 
sainte  Clotilde,  318;  Christophe  Colomb,  343;  Dante,  313;  Denha,  375; 
saint  Dié,  447;  Donatello,  348;  FaUero,  464;  saint  François  d'Assise, 
304;  Frédéric,  archevêque  de  Mayence,  411;  Giannino  Baglioni,  430; 
Guillaume  de  Laval,  324  ;  Henri  II  d'Angleterre,  360  ;  Henri  VII  de 
Luxembourg,  421;  Henri  le  Navigateur,  305;  Hugues  de  Saint- Victor, 
409  ;  Ingeburge,  466;  le  prêtre  Jean,  404;  Jeanne  d'Arc,  331,  369,  386, 
414,  427,  429,  460  ;  Jeanne  de  Valois,  341;  saint  Louis,  452  ;  Louis  XII, 
299;  saint  Martin  de  Tours,  387;  la  comtesse  Mathilde,  419;  saint 
Meinwerk,  450;  Memlinc,  438;  Monteleone,  335;  Otto  le  Grand,  411; 
Ousama  Ibn  Mounkidh,  418;  saint  Pierre-Thomas,  423;  Semblançay, 
455;  Tardieu,  461  ;  saint  Vital,  446. 

Géographie,  329,  397. 

Institutions,  297,  306,  312,  333,  336,  344,  355,  356,  372,  373,  441,  463, 
465,  467. 

Droit,  322,  352,  401,  449,  456. 

Histoire  économique,  mœurs,  300,  309,  398,  425. 

Knseignement,  sciences,  325,  382,  443. 

Religions.  —  Catholicisme  :  papes,  315  ;  lipsanographie,  302  ;  évê- 
chés,  290,  436;  ordres,  confréries,  354,  363,  366,  395.  —  Judaïsme,  301. 

Archéologie,  311,  337,  338,  353,  432.  —  Architecture,  368,  383,451. 
—  Sculpture,  348,  349,  445.  —  Peinture,  434.  —  Orfèvrerie,  362.  — 
Vitraux,  407.  —  Musique,  346.  —  Costume,  440.  —  Numismatique, 
320,  342,  406,  424.  —  Sigillographie,  324.  —  Héraldique,  398. 

Langues  et  littératures,  422.  —  Langues  romanes  :  français,  291, 


396  BIBLIOGMPHIE. 

332,  339,  358,  361,  405,  442;  italien,  395,  408,  428;  réto-roman,  357. 
Langues  germaniques  :  allemand,  359,  459;  anglais,  328,  364,  439. 


SOMMAIRE  GÉOGRAPHIQUE. 

Allemagne,  297,  436.  —  Alsace-Lorraine,  320. 

Autriche-Hongrie,  317,  329,  338,  413,  417,  431. 

France.  —  Ouest,  291  ;  Sud-Ouest,  310.  —  Artois,  361  ;  Auvergne, 
312;  Beaujolais,  457;  Berry,  463;  Bretagne,  391;  Dauphiné,  441 
Bombes,  457;  Forez,  457;  Limousin,  293,294;  Lyonnais,  457;  Poitou 
342;  Provence,  290;  Savoie,  402.  —  Calvados,  354;  Charente-Inférieure 
295;  Cher,  400;  Deux-Sèvres,  323,  395;  Eure,  412;  Eure-et-Loir,  325 
Haute-Garonne,  292;  Gironde,  377;  Ille-et-Vilaine,  451;  Loire,  462 
Haute-Loire,  424  ;  Loire-Inférieure,  363  ;  Manche,  446  ;  Meurthe,  389 
Morbihan,  384,  392;  Nord,  345,  374;  Rhône,  457;  Saône-et-Loire,  459 
Scine-et-Oise,  453;  Somme,  366;  Tarn-et-Garonne,  350  ;  Haute- Vienne, 
385  ;  Vosges,  303. 

Grande-Bretagne,  296,  314,  326,  344,  365,  437,  444. 

Italie,  289,  307-309,  319,  376,  402-403,  416,  425,  448. 

Pays-Bas,  433,  468.  —  Pays  Scandinaves,  334,  370,  393,  458. 

Pologne,  454.  —  Roumanie,  435.  —  Russie,  397. 

Suisse,  367.  —  Orient,  336,  435.  —  Afrique,  340. 

289.  Aqnelli  (Giovanni).  Memorie  storiche  sul  comune  e  sulla  chiesa 
abbaziale  di  Villanuova  Sillaro.  Lodi,  Quirico  et  Gamagni,  1895.  In-8°, 
75  p. 

290.  Albanès  (chanoine  J.-H.).  Gallia  christiana  novissima.  Histoire 
des  archevêchés,  évêchés  et  abbayes  de  France,  accompagnée  des  docu- 
ments authentiques  recueillis  dans  les  registres  du  Vatican  et  les 
archives  locales.  Tome  I,  l"  partie.  Province  d'Aix  :  archevêché  d'Aix, 
évêchés  d'Apt  et  de  Fréjus.  Montbéliard,  Hoffmann,  1895.  In-4o,  240  p. 

291.  Altfranzôsische  Prosalegenden  ans  derHs.  der  Pariser  National- 
bibliothek  F»  818.  Herausgegeben  von  Adolf  Mussafia  und  Theodor 
Gartner.  Mit  Unterstùtzung  der  kais.  Akademie  der  Wissenschaften  in 
Wien.  ler  Theil.  Wien  und  Leipzig,  Wilh.  Braumiiller,  1895.  In-8°, 
IV-232-XXVI  p. 

292.  Aragon  (abbé).  La  Seigneurie  de  Saint-Léon  et  Gaussidières 
(1030-1793).  Toulouse,  Privât,  1895.  In-8°,  vii-116  p. 

293.  Arbellot  (abbé).  Notice  sur  saint  Antoine  de  Padoue  en  Limou- 
sin. 2e  édition.  Limoges,  Ducourtieux;  Paris,  Haton,  1895.  In-8'>,  72  p. 


BIBLIOGRAPHIE,  397 

294.  Arbellot  (abbé).  Nouveau  recueil  de  biographies  limousines. 
Limoges,  Ducourtieux;  Paris,  Haton,  1894.  In-8°,  44  p. 

295.  Atgier.  Notice  sur  les  chartes  seigneuriales  de  l'île  de  Ré.  Paris, 
Impr.  nat.,  1895.  In-8o,  12  p.  (Extrait  du  Bulletin  historique  et  philolo- 
gique, 1894.) 

296.  AuBREY  (W.  H.  S.).  The  Rise  and  Growth  of  the  English  nation  : 
with  spécial  référence  to  epochs  and  crises.  A  History  of  and  for  the 
people.  Vol.  I  :  to  a.  D.  1399.  London,  Elliot  Stock,  1895.  In-8°,  xxiv- 
448  p. 

297.  Ausgewiihlte  Urkunden  zur  Erlàuterung  der  Verfassungsge- 
schichte  Deutschlands  im  Mittelalter.  Zum  Handgebrauch  fur  Juristen 
und  Historiker  herausgegeben  von  Wilh.  AJtmann  und  Ernst  Bern- 
heim.  2.  Auflage.  BerUn,  R.  Gaertner,  1895.  In-8»,  x-405  p.  6  m.;  relié, 
6  m.  60. 

298.  AussY  (Denys  d').  Campagnes  des  Anglais  dans  les  provinces  de 
l'Ouest  (1345-1355).  Vannes,  veuve  Lafolye  et  fils,  1895.  In-8»,  24  p. 
(Extrait  de  la  Revue  historique  de  l'Ouest.) 

299.  Adton  (Jean  d').  Chroniques  de  Louis  XIL  Édition  publiée  par 
la  Société  de  l'histoire  de  France,  par  R.  de  Maulde-la-Glavière.  T.  IV 
et  dernier.  Paris,  Laurens,  1895.  In-8°,  557  p.  9  fr. 

300.  AvENEL  (vicomte  G.  d').  La  Fortune  privée  à  travers  sept  siècles. 
Paris,  Colin,  1895.  In-18,  xiv-415  p.  4  fr. 

301.  Baeck  (S.).  Die  jiidischen  Prediger,  Sittenlehrer  und  Apologeten 
indemZeitraum  vom  13.  bis  Endedes  18.  Jahrhunderts.  Trier,  S.  Mayer, 
1895.  In-8°,  184  p.  (Extrait  de  Die  jûdische  Litteratur,  par  Winter  et 
Wunsche.)  3  m.  25. 

302.  Barbier  de  Montadlt  (Mgr  X.).  Justification  archéologique  des 
reliques  de  sainte  Cécile,  conservées  autrefois  et  maintenant  à  la  métro- 
pole d'Albi.  Lille  et  Bruges,  Société  de  Saint-Augustin,  1894.  In-4°, 
95  p.  (Extrait  de  la  Revue  de  l'art  chrétien.) 

303.  Bardy  (Henri).  Donation  par  Gharlemagne  du  monastère  de 
Saint-Dié-en- Vosges  à  l'abbaye  de  Saint-Denis  (13  janvier  769).  Saint- 
Dié,  impr.  Humbert,  1895.  In-S",  10  p.  (Extrait  du  Bulletin  de  la  Société 
philomathique  vosgienne.) 

304.  Beaudoin  (Edouard).  Saint  François  d'Assise.  Grenoble,  impr. 
Allier  père  et  fils,  1894.  In-8o,  29  p.  (Extrait  des  Annales  de  l'enseigne- 
ment supérieur  de  Grenoble.,  t.  V,  n°  3.) 

305.  Beazley  (C.  R.).  Prince  Henry  the  Navigator,  the  hero  of  Por- 
tugal and  of  modem  discovery,  1394-1460  a.  D.  With  an  account  of 

1895  26 


398  BIBLIOGBAPHIE. 

geographical  progress  throughout  the  middle  âges  as  the  préparation 
for  his  work.  New- York,  Putnam,  1895.  In-S",  338  p.  (Heroes  of  the 
nations.)  5  sh, 

306.  Bellanger  (F.).  Les  Gardes  du  corps  sous  les  anciennes  monar- 
chies (1191-1791).  Limoges  et  Paris,  Charles  Lavauzelle,  1895.  Ia-16, 
76  p.  1  fr.  50. 

307.  BiANCHiNi  (Gius.).  La  Ghiesa  di  s.  Maria  Zobenigo  :  notizie  et 
appunti,  con  un  ms.  inedito  di  E.  Cicogna.  Venezia,  tip.  dell'  Orfano- 
trofio  maschile,  1895.  In-S",  47  p. 

308.  BiANcoRoso  (Giuseppe).  Monografia  su  Cammarata  e  s.  Giovanni 
Gemini.  Fasc.  L  Girgenti,  tip.  Salvatore  Montes,  1894.  Li-S»,  64  p. 
1  1.  50. 

309.  BiLLiANi  (Luigi).  Dei  toscani  ed  ebrei  prestatori  di  denari  in 
Gemona  :  note  e  documenli.  Udine,  tip.  di  Domenico  del  Bianco,  1895. 
In-8°,  27  p. 

310.  Bladé  (Jean-François).  Le  Sud-Ouest  de  la  Gaule  franque  depuis 
la  création  du  royaume  d'Aquitaine  jusqu'à  la  mort  de  Charlemagne. 
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1895.  In-8°,  126  p.  2  sh.  6  d. 

459.  Stouff  (L.).  Le  Gartulaire  du  prieuré  de  Saint-Marcel-lès-Cha- 
lon.  Notes  sur  quelques  institutions  juridiques  en  Bourgogne  au 
xie  siècle.  Paris,  Larose,  1895.  In-8°,  15  p.  (Extrait  de  la  Revue  bour- 
guignonne de  V enseignement  supérieur,  année  1895.) 

400.  Strada  (J.).  L'Épopée  humaine.  Troisième  cycle  des  civilisa- 


BIBLIOGRAPHIE.  4  H 

lions;  second  drame  de  la  tétralogie  de  la  seconde  renaissance.  Jeanne 
d'Arc;  la  France,  mère  des  libertés  de  l'esprit  de  l'Europe  par  la  des- 
truction de  l'empire  universel  anglais.  Paris,  OUendorff,  1895.  In-16, 
Yiii-36i  p.  3  fr.  50. 

461.  Tardieu  (Ambroise).  Les  Tardieu  de  Maleyssye  (1090-1895) 
(2e  édition,  revue  et  augmentée).  Glermont-Ferrand,  1895.  Gr.  in-4°, 
48  p.,  grav. 

462.  Testenoire-Lafayette  (G. -P.).  Ghâteau  du  Fay;  château  de 
Ravoire;  Saint-Jean-Bonnefonts  ;  contestations  entre  l'archevêque  de 
Lyon  et  le  comte  de  Forez  au  sujet  de  la  transaction  de  1173;  armoriai 
de  Guillaume  Revel.  Montbrison,  impr.  Brassart,  1895.  In-B»,  21  p., 
1  fig. 

463.  Tranchant  (Charles).  Les  Assemblées  d'habitants  dans  l'ancienne 
province  du  Berry.  Paris,  Impr.  nat.,  1895.  In-S»,  11  p.  (Extrait  du 
Bulletin  des  sciences  économiques  et  sociales  du  Comité  des  travaux  histo- 
riques et  scientifiques,  année  1894.) 

464.  VEGcmATO  (Ed.).  SuUe  cause  che  determinarono  il  doge  Marin 
Faliero  a  cospirare  contre  le  patrie  istituzioni.  Padova,  tip.  Prosperini 
1895.  In-4o,  5  p. 

465.  Vecchj  (Augusto-Vittorio)  (Jack  La  Bolina).  Storia  générale 
délia  marina  militare.  2^  ediz.,  riveduta,  corretta  ed  accresciuta.  Livor- 
no,  tip.  di  Raffaello  Giusti,  1895.  In-8»,  vm-408,  vin-400,  vm-460p.  25  1. 

466.  ViGNAT.  Gharte  originale  et  inédite  d'Isemburge  (Ingeburge), 
reine  de  France,  femme  de  Philippe-Auguste,  en  date  du  mois  de  février 
1229-1230.  Paris,  Impr.  nat.,  1895.  In-S»,  4  p.,  planche.  (Extrait  du 
Bulletin  historique  et  philologique.) 

467.  Wieselgren  (S.).  Sveriges  fàngelser  och  fangvard  fran  aldre  tider 
till  vara  dagar.  Stockholm,  P. -A.  Norstedt  och  sôner,  1895.  In-B», 
xi-481  p.,  5  pi.  5  kr. 

468.  WiNS  (Alphonse).  Les  Métiers  de  Mons.  Mons,  Dequesne-Mas- 
quelier,  1895.  In-S»,  148  p.  5  fr. 

469.  Witte  (Hans).  Das  deutsche  Sprachgebiet  Lothringens  und 
seine  Wandelungen  von  der  Feststellung  der  Sprachgrenze  bis  zum 
Ausgang  des  16.  Jahrhunderts.  Stuttgart,  J.  Engelhorn,  1894.  In-B", 
p.  407-535,  carte.  (Forschungen  zur  deutschen  Landes-  und  Volkskunde, 
Vin,  6.)  6  m.  50. 


-o— ôe>-o- 


CHRONIQUE  ET  MÉLANGES. 


Les  examens  de  fin  d'année  de  l'École  des  chartes  ont  eu  lieu  du 
l*""  au  6  juillet.  Ils  01/  porté  sur  les  textes  et  les  questions  qui  suivent  : 

Première  année. 

Épreuve  orale. 

1°  Paléographie  latine  :  Lecture  de  quelques  lignes  du  manuscrit  de 
la  Bibliothèque  nationale,  latin  6787. 

2o  Question  d'histoire  et  de  chronologie. 

3°  Traduction  latine  :  Statuta  villae  Riomi,  d'après  les  Layettes  du 
Trésor  des  cliartes,  III,  63. 

4°  Paléographie  française  :  Document  du  xv  siècle  du  registre 
LL  1315  des  Archives  nationales. 

5°  Philologie  romane  :  Commentaire  linguistique  de  la  strophe  cxxx 
du  Miserere  de  Rendus  de  Moihens. 

Épreuve  écrite. 

l"  Texte  latin  à  transcrire  d'après  le  fac-similé  n»  363  du  fonds  de 
l'École. 

2»  Texte  provençal  à  transcrire  d'après  le  fac-similé  n"  196  du  fonds 
de  l'École. 

3"  Traduction  latine  :  Transaction  entre  Philippe  le  Bel  et  l'évêque 
de  Mende  à  propos  des  Juifs  du  diocèse  de  Mende,  avril  1310  (G.  Saige, 
les  Juifs  du  Languedoc,  pièce  LUI). 

40  Traduction  provençale  :  Passage  du  poème  sur  les  Quatre  vertus 
cardinales  de  Daude  de  Pradas. 

5»  Exposer  succinctement  l'histoire  des  ouvrages  publiés  sous  le  titre 
de  Gallia  chrisliana.  Plan  des  deux  dernières  éditions  de  cet  ouvrage. 

Deuxième  année. 

Épreuve  orale. 

1°  Paléographie  :  Lecture  de  quelques  lignes  du  manuscrit  de  la 
Bibliothèque  nationale,  latin  6787. 

2°  Diplomatique  :  Quelle  a  été  la  forme  de  souscription  de  chancel- 
lerie dans  les  actes  des  souverains  de  la  France  depuis  l'époque  méro- 
vingienne? 


CHRONIQUE    ET    MELANGES.  4i3 

3»  Histoire  des  institutions  : 

Quels  sont  les  grands  corps  qui  ont  été  détachés  de  la  cour  du  roi 
■vers  le  milieu  du  xin®  siècle?  Quels  noms  a  portés  le  conseil  politique 
du  roi  aux  xiye  et  xv^  siècles?  Quelle  était  l'organisation  de  ce  conseil 
sous  Louis  XIV? 

4»  Sources  de  l'histoire  de  France  : 

Énumérerles  chroniques  composées  à  Sens  aux  xi«,  xn^et  xm^  siècles. 
Donner  quelques  détails  sur  la  rédaction  de  ces  chroniques. 

5°  Classement  d'archives  : 

Quelle  est  l'œuvre  de  la  Révolution  en  matière  d'archives?  Gom- 
ment s'est  faite  la  constitution  des  Archives  nationales  et  des  archives 
départementales? 

Épreuve  écrite. 

1°  Texte  à  transcrire  d'après  le  fac-similé  n»  287  du  fonds  de  l'École. 

2°  Traduction  latine  :  Bref  du  pape  Grégoire  XIV,  de  l'année  1591 
(Arch.  mun.  de  Lyon,  A  A.  68). 

3°  Analyse  :  Lettre  patente  en  forme  de  charte  de  Jean  le  Bon,  de 
l'année  1351  {Arch.  nat.,  JJ.  81,  fol.  38,  n»  74). 

4°  Diplomatique  : 

I.  Indiquer  la  nature  du  document  donné  comme  texte  à  traduire, 
en  préciser  la  date,  expliquer  s'il  est  conforme  au  formulaire  habituel 
et  exposer  quels  devaient  être  les  caractères  extérieurs  de  l'expédition 
originale. 

II.  Indiquer  de  même  la  nature  du  document  donné  comme  texte  à 
analyser,  expUquer  la  signiûcation  de  la  mention  finale  :  Per  regem, 
Blanchet,  décrire  les  caractères  extérieurs  que  devait  présenter  l'expé- 
dition originale. 

5°  Histoire  des  institutions  : 

Indiquer  les  origines  de  l'institution  des  intendants,  leurs  attribu- 
tions, et  faire  connaître  les  pouvoirs  administratifs  qui,  sous  le  régime 
de  la  Gonstitution  de  1791,  les  ont  remplacés. 

Troisième  année. 
Épreuve  orale. 
1°  Paléographie  :  Lecture  de  quelques  lignes  du  manuscrit  de  la 
Bibliothèque  nationale,  latin  6787. 
2°  Histoire  du  droit  : 

I.  Connaissez-vous  un  ouvrage  de  droit  rédigé  à  Orléans  au  xiii«  siècle, 
un  peu  avant  les  Établissements  de  saint  Louis?  Que  savez-vous  de  ce 
traité? 
IL  Quelle  est  la  valeur  étymologique  du  mot  colliherl  ? 
3°  Archéologie  :  Décrire  les  caractères  de  l'école  romane  de  la  Pro- 
vence, dire  les  rapports  et  les  dissemblances  qu'ils  présentent  avec 
ceux  de  l'école  romane  de  la  Bourgogne. 

4893  27 


444  CHRONIQUE   ET   ME'lANGES. 

Épreuve  écrite. 

i°  Texte  à  transcrire  d'après  le  fac-similé  n»  258  du  fonds  de  l'École. 

2°  Histoire  du  droit  : 

Retracer  l'origine  et  l'histoire  des  «  actes  de  l'état  civil.  » 

3°  Archéologie  : 

Décrire  les  monuments  consacrés  à  l'administration  du  baptême 
depuis  Constantin  jusqu'au  xiii'^  siècle  inclus. 

4o  Sources  de  l'histoire  de  France  : 

Froissart;  biographie  sommaire;  sources  écrites  et  orales;  rédac- 
tions et  éditions  de  sa  chronique. 

A  la  suite  des  examens  et  par  arrêté  ministériel  du  16  juillet  1895, 
ont  été  admis  à  passer  en  deuxième  année  (ordre  de  mérite)  : 
MM.  1.  Pérou  SE. 

2.  Thibault. 

3.  Lasalle-Sebbat. 

4.  Deslandres. 

5.  ViDIER. 

6.  Mercier  de  Lacombe. 

7.  Gazier. 

8.  Deprez. 

9.  Privât. 

10.  AUBRY. 

11.  Machet  de  la  Martinière. 

12.  Faulquier. 

13.  GiLLOT. 

14.  Denis. 

Ont  été  admis  à  passer  en  troisième  année  (ordre  de  mérite)  : 
MM.  1.  Morel. 

2.  Petit. 

3.  PORÉE. 

4.  Lauer. 

5.  Chasseriaud. 

6.  Levillain. 

7.  Delatour. 

8.  Palustre. 

9.  Pagel. 

10.  Duval. 

11.  Sr.HMIDT. 

12.  Lachenaud. 

13.  Martin. 

14.  Dumoulin. 

15.  Gardère. 


CHRONIQUE    ET    MELAXGES.  4'lo 

Ont  été  admis  à  subir  l'épreuve  de  la  thèse  (ordre  alphabétique)  : 

MM.  1.  Bonnet. 

2.  Etchegoyen  (d'). 

3.  Maruéjouls. 

4.  PiNET  DE  MaNTEYER. 

5.  poute  de  poybaddet. 

6.  Thiollier. 

7.  Trouillard. 

8.  SCHIFF. 

PIERRE  BONNASSIEUX. 

Notre  confrère  Louis-Jean-Pierre-Marie  Bonnassieux  est  décédé  à 
Paris  le  3  mai  dernier,  à  l'âge  de  quarante-cinq  ans.  Ses  obsèques  ont 
été  célébrées  le  6  mai  en  l'église  de  Saint-Germain-des-Prés.  Sur  la 
tombe,  au  cimetière  Montparnasse,  M.  Servois,  garde  général  des 
Archives  nationales,  M.  Giry,  président  de  la  Société  de  l'École  des 
chartes,  et  M.  Ghatel,  président  de  la  Société  de  secours  des  anciens 
élèves  de  l'École  des  chartes,  ont  adressé  un  dernier  adieu  à  l'archi- 
viste, à  l'érudit,  au  confrère,  et  exprimé  les  sentiments  de  profond 
regret  qu'une  mort  aussi  prématurée  inspire  à  tous  ceux  qui  ont  connu 
Pierre  Bonnassieux. 

A  la  suite  de  ces  discours,  nous  insérons  la  notice  que  notre  confrère 
avait  rédigée  en  1892,  d'après  le  plan  adopté  par  la  Société,  pour  entrer 
dans  la  «  Bibliographie  des  travaux  publiés  par  les  anciens  élèves  de 
l'École  des  chartes.  » 

discours  de  m.  servois,  garde  général  des  archives  nationales. 

«  Messieurs, 
«  Notre  regretté  confrère  Pierre  Bonnassieux,  dont  la  santé,  grave- 
ment menacée  il  y  a  deux  ans,  nous  avait  inspiré  par  la  suite  une 
confiance  si  soudainement  et  si  cruellement  démentie,  était  un  collabo- 
rateur que  nous  aimions  autant  que  nous  l'estimions,  et  la  nouvelle 
de  sa  mort  afflige  également  parmi  nous  ses  plus  anciens  amis  et  ceux 
qui  le  connaissaient  depuis  peu  d'années.  Il  gagnait  dès  le  premier 
abord  les  sympathies  de  tous  par  l'aménité  de  son  caractère,  par 
l'agrément  et4a  bienveillance  de  son  esprit,  par  l'ingénieuse  obligeance 
avec  laquelle  il  facilitait  les  recherches  des  savants  qui  mettaient  à 
contribution  son  zèle  et  son  érudition,  par  son  empressement  à  secon- 
der les  travaux  de  ses  collègues.  Une  autorité  particulière  s'attachait 
à  ses  avis,  toujours  judicieux  et  réfléchis,  et  chacun  de  nous  se  plaisait 
à  le  consulter  en  toutes  circonstances  sur  les  questions,  très  nombreuses 
et  très  variées,  qui  lui  étaient  familières.  Depuis  deux  ans  seulement, 


4-16  CHRONIQDE  ET   MELANGES. 

il  était  le  doyen  de  nos  archivistes  :  mais  depuis  longtemps  déjà  il  était 
au  premier  rang  de  ceux  que  l'on  savait  absolument  dignes  d'être 
associés  ofïïciellement  à  la  direction  d'une  section,  et,  s'il  n'avait  pas 
encore  été  promu  à  un  grade  supérieur,  c'est  que  les  limites  de  nos 
cadres  ne  l'avaient  pas  permis. 

«  Pierre  Bonnassieux,  qui,  né  le  2  mai  1850,  devait  atteindre  sa 
quarante-cinquième  année  la  veille  même  de  sa  mort,  s'était  engagé 
dans  un  bataillon  de  chasseurs  au  début  de  la  guerre  de  1870.  Ayant 
repris  en  1871  ses  études,  tant  à  l'École  des  chartes  qu'à  l'École  de 
droit,  il  était  sorti  de  la  première  École,  le  23  janvier  1873,  avec  le 
diplôme  d'archiviste  paléographe,  et  de  la  seconde,  vers  la  même 
époque,  avec  celui  de  licencié.  Il  acceptait,  quelques  mois  plus  tard, 
la  direction  du  cabinet  d'un  préfet,  qu'il  accompagna  dans  l'Ariège  et 
dans  la  Nièvre.  Lorsqu'il  entra  aux  Archives  nationales,  il  n'eut  pas 
à  regretter  de  s'être  détourné,  pendant  près  de  deux  années,  de  la  car- 
rière que  lui  ouvrait  l'École  des  chartes.  Son  active  participation  aux 
travaux  d'une  préfecture  l'avait  très  heureusement  préparé  à  ceux  qui 
devaient  lui  incomber  aux  Archives,  où  il  avait  été  nommé  auxiliaire 
surnuméraire  en  novembre  1874  et  prenait  place,  en  juin  1876,  parmi 
les  archivistes  titulaires  de  la  section  administrative.  Attaché  à  la  plus 
considérable  de  nos  séries,  celle  qui,  renfermant  les  fonds  de  l'admi- 
nistration générale  de  la  France,  s'accroit  chaque  jour  des  apports  des 
ministères,  il  savait  distinguer  rapidement  les  uns  des  autres  les  docu- 
ments disparates  que  trop  souvent  l'on  assemble  dans  les  versements, 
et  sans  peine  il  introduisait  l'ordre  parmi  les  dossiers  comme  dans  les 
répertoires. 

«  Combien  nous  était  précieuse  la  parfaite  connaissance  que  Bon- 
nassieux avait  acquise  de  l'ensemble  et  des  détails  de  la  complexe  et 
vaste  série  F!  Il  y  a  peu  d'instants,  après  avoir  lu  ses  premiers  rap- 
ports, qui  témoignent  de  l'ardeur  et  de  l'intelligence  avec  lesquelles 
il  s'employait  dès  1875  au  classement  de  cette  série,  je  cherchais,  sans 
y  réussir,  des  éclaircissements  que  peut-être  il  eût  pu  seul  fournir  sur 
l'état  ancien  de  quelques  subdivisions  et  sur  les  modihcations  qu'elles 
ont  subies;  déjà,  au  lendemain  de  sa  mort,  je  regrettais  de  ne  pouvoir 
plus  faire  appel  à  son  expérience  et  à  ses  souvenirs.  Ce  sont  nos  entre- 
tiens, plutôt  que  ses  très  sommaires  rapports  d'autrefois,  qui  nous  ins- 
truisaient de  ses  premiers  travaux  et  qui  nous  apprenaient,  par  exemple, 
comment,  plus  curieux  que  ses  prédécesseurs  d'étudier  tous  les  docu- 
ments dont  pouvait  s'éclairer  l'histoire  de  l'un  des  fonds  du  com- 
mencement de  ce  siècle,  il  avait  su  retrouver  l'interprétation  et  l'usage 
d'anciens  catalogues  venus  d'un  ministère,  qui  tout  d'abord  avaient 
semblé  trop  énigmaliques  pour  qu'on  en  tirât  profit  ;  mieux  compris, 
ces  inventaires  ont  rendu  immédiatement  accessible  aux  historiens  des 
temps  modernes  une  source  abondante  de  renseignements. 


CHRONIQUE   ET   MÉLANGES.  4^17 

ft  II  n'est  pas  l'heure  d'exposer  complètement  les  labeurs  adminis- 
tratifs de  Bonnassieux.  Je  n'en  aurai  cité  qu'une  partie  lorsque  j'aurai 
rappelé  qu'en  dehors  de  ses  occupations  quotidiennes  il  prépara  le 
concours  que  les  Archives  ont  prêté  en  1875  à  l'exposition  du  Congrès 
international  de  géographie,  collahora,  en  1877,  à  la  formation  d'une 
portion  de  notre  musée  et,  en  1887,  à  la  rédaction  de  l'Etat  sommaire 
de  nos  collections,  et,  de  plus,  s'acquitta  fréquemment  de  la  mission 
de  guider  l'apprentissage  de  nouveaux  archivistes  en  les  initiant  à  la 
connaissance  et  au  maniement  des  séries  de  la  section.  Une  mention 
spéciale  est  due  à  la  plus  importante  de  ses  œuvres,  qui  est  malheu- 
reusement inachevée,  bien  qu'elle  ait  été  commencée  en  1878  et  pour- 
suivie avec  la  plus  régulière  persévérance.  Chargé  de  publier  l'inven- 
taire des  procès -verbaux  du  Conseil  de  commerce,  Bonnassieux 
terminait  en  1891  l'impression  de  ses  analyses,  établies  avec  la  préci- 
sion et  la  sûreté  que  l'on  pouvait  attendre  de  lui.  La  table,  qui  sera 
considérable,  n'en  est  qu'en  partie  préparée,  et  l'introduction,  malheu- 
reusement, n'en  est  pas  encore  rédigée.  Si  le  plan  primitif  eût  pu  être 
maintenu,  l'introduction  des  procès-verbaux  du  Conseil  de  commerce 
aurait  contenu  l'histoire  de  la  législation  industrielle  de  la  France  au 
xvni«  siècle,  ainsi  que  celle  de  l'administration  du  commerce  et  de  son 
personnel  ;  mais  il  avait  fallu,  pour  des  considérations  diverses,  réduire 
le  cadre  de  cette  préface  à  de  moindres  proportions,  et,  d'après  l'accord 
intervenu ,  la  partie  économique  et  historique  du  mémoire  projeté 
devait  faire  l'objet  d'une  pubhcation  personnelle  de  l'auteur,  distincte 
de  la  collection  de  nos  inventaires.  Il  n'en  avait  encore  paru  que  de 
brefs  et  instructifs  fragments.  Bonnassieux  en  avait-il  écrit  d'autres 
chapitres?  Nul  de  nous  ne  le  sait  encore. 

«  Ni  le  hasard  ni  sa  fantaisie  n'ont  jamais  fourni  à  Bonnassieux  le 
sujet  de  ses  publications,  dont  le  président  de  la  Société  de  l'Ecole  des 
chartes  rappellera  tout  à  l'heure  les  titres  et  les  mérites.  Qu'il  écrivît 
des  articles  de  revue  ou  qu'il  composât  l'ouvrage  sur  les  grandes  Com- 
pagnies de  commerce,  qui  lui  a  valu  un  prix  à  l'Institut,  il  puisait  dans 
les  papiers  confiés  à  sa  garde  les  principaux  éléments  de  ses  travaux 
et  s'attachait  presque  exclusivement  aux  documents  qui  se  réfèrent  à 
l'histoire  administrative  ou  économique.  S'il  s'écarta  quelque  temps  de 
ses  études  accoutumées,  ce  fut  au  profit  de  l'histoire  de  Versailles, 
heureux  qu'il  était  de  l'enrichir  d'une  intéressante  contribution,  en 
souvenir  des  séjours  qu'il  y  faisait  chaque  année,  sur  l'emplacement 
du  parc  de  Glagny.  D'une  famille  originaire  de  la  région  lyonnaise, 
qui  s'honore  d'avoir  donné  naissance  à  son  père,  le  sculpteur  Jean 
Bonnassieux,  Pierre  Bonnassieux  avait  obéi  à  des  sentiments  du  même 
ordre  le  jour  où  il  choisit  le  sujet  de  la  thèse  qu'il  devait  soutenir  à 
l'École  des  chartes. 

«  Nous  ressentons  tous,  devant  la  tombe  de  Pierre  Bonnassieux,  une 


4<8  CHRO?(IQUE   ET   MÉLANGES. 

émotion  profonde  qu'accroîtrait  encore,  s'il  était  possible,  le  souvenir 
toujours  présent  de  pertes  récentes  ;  mais  que  dire  du  deuil  qui  s'est 
abattu  sur  ce  foyer,  si  heureux  naguère  et  maintenant  désolé  !  Je 
m'incline  avec  la  plus  respectueuse  sympathie  devant  la  douleur  de  la 
famille  de  notre  cher  et  regretté  collègue.  Gomme  elle,  nous  garderons 
pieusement  sa  mémoire.  Tandis  que  sa  digne  et  courageuse  compagne 
retracera  devant  son  fils  les  enseignements  que  lègue  une  vie  remplie 
tout  entière  par  le  travail,  les  pures  joies  familiales  et  le  scrupuleux 
accomplissement  de  tous  les  devoirs,  nous,  messieurs,  de  notre  côté, 
nous  recommanderons  aux  continuateurs  des  tâches  administratives 
de  Bonnassieux  le  louable  exemple  de  vertus  professionnelles  qu'il  a 
donné  pendant  le  cours  de  vingt  années  laborieusement  et  utilement 
consacrées  au  service  des  Archives  et  des  érudits.  » 

DISCOURS    DE    M.    GIRY, 
PRÉSIDENT   DE   LA    SOCIÉTÉ   DE   l'ÉCOLE    DES   CHARTES. 

«  Messieurs, 

«  La  Société  de  l'École  des  chartes,  si  souvent  et  si  cruellement 
éprouvée  déjà,  doit  un  témoignage  de  reconnaissance  à  son  ancien 
secrétaire,  un  suprême  adieu  à  l'excellent  confrère,  un  dernier  hom- 
mage à  l'érudit  consciencieux  et  sur  que  fut  Pierre  Bonnassieux. 

«  Je  n'ai  pas  à  revenir  sur  sa  carrière,  qu'une  voix  autorisée  entre 
toutes  vient  de  retracer  ici;  mais  je  voudrais  montrer  le  vide  que  cette 
tombe,  si  prématurément  ouverte,  a  creusé  parmi  nous;  je  voudrais 
dire  quelle  estime,  quel  souvenir  ému  garderont  de  notre  confrère  tous 
ceux  qui  ont  pu  l'apprécier. 

«  Je  l'ai  connu  il  y  a  vingt-sopt  ans  sur  les  bancs  de  notre  École, 
où  je  le  précédais  de  deux  années  ;  je  l'ai  retrouvé  plus  tard  aux 
Archives  nationales,  où  nous  fûmes  quelque  temps  collègues  ;  ici  et 
là,  je  lui  dois  ce  témoignage  qu'il  s'était  acquis  les  sympathies  de  tous. 

«  Le  camarade  doux  et  modeste,  l'élève  laborieux,  réfléchi,  discipliné, 
d'esprit  un  peu  timide  mais  indépendant,  dont  les  opinions  se  formaient 
peu  à  peu  par  l'étude  patiente  et  attentive  des  faits,  devint  tout  natu- 
rellement le  fonctionnaire  scrupuleux,  l'archiviste  modèle  dont  on  vient 
de  faire  l'éloge. 

«  Gomme  beaucoup  d'entre  nous,  il  prit  pour  sujet  de  son  premier 
travail,  de  sa  thèse  de  sortie,  un  épisode  de  l'histoire  de  sa  province, 
faisant  ainsi  à  la  petite  patrie  l'hommage  de  la  première  application 
des  méthodes  enseignées  à  l'École.  Originaire  de  la  région  lyonnaise, 
(juoique  né  à  Paris,  il  entreprit  de  raconter  comment  l'ancienne  métro- 
pole des  Gaules  était  rentrée  définitivement  au  xiv^  siècle  dans  le  giron 
de  la  patrie  française.  Gette  étude  sur  la  Réunion  de  Lyon  à  la  France, 
publiée  en  1876,  lui  valut  une  première  fois  les  sulTrages  de  l'Académie 


CHRONIQUE   ET   MELANGES.  4-19 

des  inscriptions  au  concours  des  Antiquités  nationales.  Puisée  directe- 
ment aux  sources  originales,  elle  rectifiait  des  erreurs  accréditées, 
exposait  avec  clarté  la  politique  des  rois  de  France  à  l'égard  des  arche- 
vêques et  de  leurs  bourgeois  et  établissait  définitivement  la  date  du 
traité  qui  livra  au  roi  Philippe  le  Bel  la  souveraineté  de  la  grande  cité 
lyonnaise. 

a  Plus  tard,  une  autre  excursion  dans  un  domaine  plus  restreint  de 
l'histoire  locale  fut  due  à  un  sentiment  de  même  nature.  Rattaché  à 
Versailles  par  son  mariage,  Bonnassieux  s'enquit  de  l'histoire  du  quar- 
tier qu'il  y  habitait  ;  il  en  rechercha  curieusement  les  sources  dans 
les  archives  publiques  et  privées,  et  en  un  élégant  volume,  plein  de 
faits  nouveaux,  le  Château  de  Glagny  et  M^^  de  Montespan,  il  raconta 
l'histoire  de  la  somptueuse  demeure  élevée  par  Louis  XIV  pour  sa 
favorite,  sur  les  plans  de  Mansart,  et  démolie  sous  Louis  XV. 

«  Mais  ce  fut  aux  Archives  nationales,  où  il  avait  été  appelé  en  1874, 
que  se  forma  sa  vocation  définitive  d'historien.  Au  milieu  des  docu- 
ments innombrables  de  la  section  administrative,  il  fut  attiré  de  pré- 
férence par  ceux  qui  pouvaient  éclairer  l'histoire  économique,  commer- 
ciale et  industrielle  de  la  France  aux  derniers  siècles  de  la  monarchie. 
Bien  préparé  par  ses  études  juridiques  et  par  les  postes  administratifs 
où  il  avait  commencé  sa  carrière,  il  eut  le  grand  mérite  de  comprendre 
qu'il  était  temps  d'appliquer  à  l'histoire  des  institutions  modernes  les 
procédés  d'investigation,  les  méthodes  rigoureuses  et  la  critique  dont 
les  maîtres  de  l'École  des  chartes  lui  avaient  montré  l'application  à 
l'étude  du  moyen  âge.  Un  sujet  mis  au  concours  par  l'Académie  des 
sciences  morales  le  détermina  à  étudier  les  anciennes  compagnies  de 
commerce.  Son  travail  fut  couronné  dès  1884  ;  mais,  patiemment  remis 
sur  le  métier,  corrigé  et  complété  avec  le  soin  minutieux  qu'il  mettait 
à  toutes  ses  œuvres,  il  devint  en  1892  seulement  le  beau  livre  sur  les 
Grandes  Compagnies  de  commerce,  qui  restera  son  meilleur  titre  à  la 
reconnaissance  des  historiens.  C'est,  en  effet,  fondée  sur  des  sources 
authentiques  l'histoire  du  commerce  intérieur  depuis  le  moyen  âge 
jusqu'aux  temps  modernes. 

«  Entre  temps,  il  avait  entrepris  cet  Inventaire  analytique  des  procès- 
verbaux  du  Conseil  de  commerce,  dont  M.  le  garde  général  des  archives 
a  parlé  avec  tant  d'estime,  et,  tout  en  s'acquittant  de  cette  tâche,  il 
élaborait  le  plan  d'un  vaste  ouvrage  sur  l'histoire  de  l'industrie  et  du 
commerce  de  la  France  au  xvin«  siècle,  dont  les  documents  qu'il  ana- 
lysait lui  fournissaient  les  principaux  éléments.  Mais,  hélas!  ce  travail 
de  prédilection,  ce  livre  où  il  devait  donner  toute  sa  mesure  ne  paraî- 
tra jamais.  Quelques  chapitres  qu'il  en  avait  distraits  ont  seuls  été 
rédigés  et  publiés  ;  ce  sont  :  une  brochure  sur  la  Question  des  grèves 
sous  l'ancien  régime,  une  autre  sur  les  Assemblées  représentatives  du  corn- 
merce,  un  Examen  des  cahiers  de  1189  au  point  de  vue  commercial  et 


420  CHROyiQnE  et  me'langes. 

industriel,  un  mémoire  sur  la  Question  des  foires  au  XVIII"  siècle,  autant 
de  fragments  qui  établissent  solidement  et  définitivement  quelques 
points  d'histoire,  qui  témoignent  de  la  sûreté  de  sa  méthode,  de  la 
conscience  et  de  la  persévérance  de  ses  recherches,  mais  qui  désormais 
feront  surtout  regretter  que  l'ouvrier  ait  sitôt  manqué  à  l'œuvre. 

«  Je  m'arrête,  et  cependant,  pour  montrer  toute  l'activité  de  Pierre 
Bonnassieux,  il  faudrait  parler  encore  de  sa  collaboration  à  notre 
Bibliothèque,  à  la  Société  de  l'Histoire  de  Paris  et  au  Comité  des  tra- 
vaux historiques,  où  il  remplit  plusieurs  fois  les  fonctions  de  secrétaire 
de  la  section  des  sciences  économiques  et  sociales  dans  les  congrès 
des  Sociétés  savantes  ;  il  faudrait  surtout  invoquer  le  témoignage  de 
tous  les  historiens,  de  tous  les  érudits  qui  l'ont  connu  pour  dire  com- 
ment il  a  servi  et  souvent  prévenu  leurs  recherches  par  son  infatigable 
obligeance.  Nul  n'a  mieux  compris,  en  effet,  que  l'œuvre  historique  de 
notre  temps  doit  être  une  œuvre  de  collaboration  commune  de  tous 
les  travailleurs,  nul  n'a  pratiqué  mieux,  avec  plus  de  modestie  et  de 
désintéressement,  la  confraternité  scientifique.  » 

DISCOURS    DE   M.    GHATEL, 

PRÉSIDENT   DE   LA    SOCIÉTÉ   DE   SECOURS    DES    ANCIENS   ÉLÈVES   DE   l'ÉCOLE 

DES    CHARTES. 

«  Messieurs, 

«  Il  semblerait  qu'il  n'y  eût  rien  à  ajouter  aux  éloges  mérités  et  aux 
hommages  si  dignement  et  si  cordialement  rendus  à  notre  sympathique 
confrère,  si  justement  apprécié  comme  archiviste  modèle  par  son  chef, 
M.  le  garde  général  des  archives,  et  comme  laborieux  érudit  par  le 
président  de  l'Association  des  anciens  élèves  de  notre  chère  École  des 
chartes.  L'un  et  l'autre  ont  rappelé  les  solides  publications  du  studieux 
membre  du  Comité  des  travaux  historiques  ;  mais  le  président  actuel 
de  notre  Société  de  secours  a  le  devoir  et  le  douloureux  honneur  d'ex- 
primer les  vifs  et  profonds  regrets  de  la  perte  de  l'homme  de  bien  que 
nous  venions  d'élire  vice-{)résident,  reconnaissant,  par  ce  témoignage 
d'estime,  les  inappréciables  services  qu'il  n'a  cessé  de  rendre  depuis 
vingt  ans  à  notre  œuvre  de  secours. 

«  Notre  dévoué  confrère  Pierre  Bonnassieux  était  foncièrement  bon 
et  bienveillant.  Sa  bienveillance  était  active,  généreuse  et  intelligente. 
Il  faisait  le  bien  par  besoin  de  sa  nature,  et  sa  charité  se  manifestait 
sous  toutes  les  formes;  il  ne  donnait  pas  seulement  de  sa  bourse,  mais 
encore  de  son  cœur,  de  son  esprit  et  de  son  savoir.  Il  mettait  tout  son 
plaisir  à  faire  plaisir  à  ses  confrères  :  trouvait-il  dans  une  revue  ou 
dans  un  journal  l'éloge  d'un  camarade,  il  s'empressait  de  le  signaler  à 
celui  qui  en  était  l'objet,  y  ajoutant  ses  cordiales  félicitations;  comment 
n'eùt-il  pas  été  aimé  de  nous  tous?  Avec  son  doux  et  fin  sourire,  il 


CHRONIQUE   ET   MÉLAIVGES.  42^ 

accueillait  quiconque  lui  offrait  l'occasion  d'être  utile  aux  autres,  se 
croyant  réellement  l'obligé  de  ceux  qu'il  obligeait. 

«  Sa  charité  privée  l'inclinait  et  le  poussait  à  tout  ce  qui  pouvait  en 
élargir  le  cercle.  Aussi  fut-il  l'un  des  premiers  et  des  plus  fervents 
fondateurs  de  notre  œuvre  de  secours,  datant  du  19  janvier  1875. 

«  Son  zèle  expansif  le  fit  choisir  comme  secrétaire  le  6  juin  1878. 
Il  s'est  dévoué,  avec  sa  passion  du  bien  à  faire  et  avec  sa  patience 
prudente,  à  l'organisation  définitive  de  notre  Société  de  secours,  con- 
tribuant pour  sa  large  part,  avec  M.  Rocquain,  à  la  rédaction  des  sta- 
tuts, ainsi  qu'à  l'obtention  de  la  reconnaissance  légale  de  notre  Société, 
déclarée  enfin,  après  trois  années  de  négociations  difficiles,  d'utilité 
publique  par  décret  du  13  juin  1892. 

«  Aussi,  quand,  après  treize  années  et  demie  de  secrétariat,  Pierre 
Bonnassieux,  dont  le  temps  manquait  à  ses  travaux  historiques,  dut  à 
regret  résigner  ses  délicates  fonctions  de  secrétaire,  M.  le  président 
d'alors  lui  témoigna-t-il  sa  gratitude  particulière  pour  l'utile  et  intelli- 
gent concours  qu'il  lui  avait  prêté  avec  un  zèle  si  éclairé. 

«  Ferme  chrétien,  homme  de  devoir  avant  tout  et  en  tout,  avant, 
pendant  et  après  son  secrétariat,  notre  cher  dévoué  confrère  n'a 
jamais  manqué  une  seule  de  nos  séances,  comprenant  la  nécessité  de 
la  présence  de  tous  les  membres  du  Comité  pour  que  le  bien  à  faire  se 
fasse  bien. 

«  Le  25  avril  dernier,  il  eut  la  joie  intime  de  s'entendre  acclamer 
vice-président  à  l'unanimité,  et  le  3  mai  il  n'était  plus  !  Il  était  entré 
la  veille,  le  2  mai,  dans  sa  quarante-sixième  année,  le  jour  même  où 
j'entrais  dans  ma  soixante-seizième  année. 

«  La  mort  s'était  encore  trompée,  épargnant  le  vieux  président  et 
enlevant  prématurément  à  la  tendresse  de  sa  digne  compagne,  à  l'af- 
fection de  ses  jeunes  enfants  et  de  ses  amis,  dans  toute  la  maturité  de 
son  talent  et  la  plénitude  de  ses  bonnes  œuvres,  cet  homme  de  bien, 
à  la  veille  même  de  recueillir  le  fruit  de  son  labeur.  Car  la  mort  l'a 
surpris  au  miheu  de  son  travail,  mais  «  l'utilité  de  vivre  n'est  pas  en 
l'espace,  elle  est  en  l'usage.  »  S'il  a  vécu  peu  de  temps,  il  a  beaucoup 
vécu,  puisqu'il  a  fait  bon  usage  de  sa  vie.  Elle  a  été  celle  d'un  modeste, 
d'un  laborieux  et  d'un  chrétien  qui  a  su  se  résigner  et  mourir  plein  de 
foi  et  d'espérance. 

«  Il  laisse  à  ses  jeunes  enfants  l'héritage  de  ses  exemples  et  de  l'af- 
fection assurée  de  tous  ses  confrères,  qui,  en  amis  dévoués,  n'oublie- 
ront pas  le  jeune  fils  de  leur  excellent  camarade  Pierre  Bonnassieux. 
Adieu,  cher,  bon  et  regretté  confrère.  Au  revoir.  » 


422  CHRONIQUE   ET   Me'lANGES. 

BIBLIOGRAPHIE  DES  TRAVAUX  DE  PIERRE  BONNASSIEUX. 

BONNASSIEUX  (Louis- Jean-Pterre-Marie),  né  à  Paris  le  2  mai 
1850.  Promotion  du  27  janvier  1873.  Archiviste  aux  Archives  natio- 
nales, membre  du  Comité  des  travaux  historiques  et  scientifiques  (sec- 
tion des  sciences  économiques  et  sociales),  vice-président  de  la  Société 
de  secours  des  anciens  élèves  de  l'École  des  chartes,  ancien  secrétaire 
de  la  Société  de  l'École  des  chartes,  officier  de  l'Instruction  publique. 


1.  Faculté  de  droit  de  Paris.  Thèse  pour  la  licence.  Paris,  Goupy, 
1872.  In-So,  92  p. 

2.  Le  château  de  Glagny  et  M™*  de  Montespan,  d'après  les  documents 
originaux.  Histoire  d'un  quartier  de  Versailles.  Paris,  A.  Picard,  1881. 
Petit  in-8°,  195  p.,  i  planches. 

Mention  honorable  à  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres,  concours  de 
la  Fons-Mélicoq,  1884. 

3.  Ministère  de  l'Instruction  publique  et  des  Beaux-Arts.  Archives 
nationales.  Conseil  du  commerce,  1700-1791.  Inventaire  analytique  des 
procès-verbaux.  Paris,  Imprimerie  nationale,  1889.  In-4",  486  p. 

Manquent  l'introduction  et  la  table. 

4.  Les  grandes  compagnies  de  commerce.  Étude  pour  servir  à  l'his- 
toire de  la  colonisation.  Ouvrage  récompensé  par  l'Académie  des 
sciences  morales  et  politiques.  Paris,  E.  Pion,  Nourrit  et  C'«,  1892.  In-8'', 
562  p.  

5.  Étude  sur  la  réunion  de  Lyon  à  la  couronne. 

Pages  7-9  de  :  École  nationale  des  chartes.  Positions  des  thèses  soutenues 
par  les  élèves  de  la  promotion  \S7l-\8~3  pour  obtenir  le  diplôme  d' archi- 
viste-paléographe. Paris,  inipr.  Cusset,  1873.  In-8°,  61  p.  (Cf.  le  n°  24.) 

6.  BibUographie  [des  travaux  d'Edgar  Boutaric]. 

Pages  21-28  de  :  Edgar  Boutaric.  Discours  prononcés  sur  sa  tombe  et  biblio- 
graphie de  ses  travaux.  S.  1.  n.  d.  [Paris,  Pion,  1878].  In-8%  28  p.  — 
Cetlc  bibliographie  est  signée  A.  Bfruel]  et  P.  B[onna9sieux]. 


7.  Projet  d'applications  industrielles  du  papier  au  xvni=  siècle. 
Archives  historiques,  artistiques  et  littéraires.  In-8*,  1890,  p.  310-311. 


8.  Observations  sur  cette  question  :  le  Lyonnais  faisait-il  partie  de  la 
France  en  1259? 

Bibliothèque  de  l'École  des  chartes.  In-8',  XXXV  (1874),  p.  57-65;  et  à  part, 
Paris,  1874,  in-8'',  9  p. 


CHRONIQUE   ET   Me'lANGES.  423 

9.  Des  souffrances  féodales  au  moyen  âge. 

Ibid.,  XXXVII  (1876),  p.  51-61  ;  et  à  part,  Paris,  1876,  in-8»,  13  p. 

10.  André  Laudy.  [Note  nécrologique.] 

Ibid.,  XLIX  (1888),  p.  538-539;  note  anonyme;  et  à  part,  sous  ce  litre  :  André 
Laudy,  1848-1888,  Paris,  1888,  in-8%  4  p.  (Pages  1-2  signées  P.  B.) 


11.  Autobiographie  du  citoyen  Cardinaux,  directeur  du  théâtre  de 
l'Estrapade  en  l'an  VI. 

Bulletin  de  la  Société  de  l'histoire  de  Paris  et  de  l'Ile-de-France.  In-8°,  II 
(1875),  p.  91-94.  (Cf.  n°  13.) 

12.  Note  sur  trois  hôtels  de  Paris  appartenant  à  Charles  de  Valois, 
frère  de  Philippe  le  Bel. 

Ibid.,  VII  (1880),  p.  48-53;  et  à  part,  Paris,  in-8°,  6  p, 

13.  Rapport  présenté  au  ministre  de  l'Intérieur  au  sujet  d'une  péti- 
tion du  citoyen  Cardinaux,  directeur  du  théâtre  de  l'Estrapade  (fructi- 
dor an  VI). 

Ibid.,  XIII  (1886),  p.  187-189.  (Cf.  n»  11.) 

14.  Un  trousseau  sous  le  Directoire.  [Trousseau  préparé  par  les  soins 
du  Directoire  pour  Marie-Thérèse-Charlotte,  fille  de  Louis  XVI,  lors 
de  sa  sortie  de  France.] 

Ibid.,  XIV  (1887),  p.  58-64;  et  à  part,  Paris,  1887,  in-8%  7  p. 

15.  L'église  Saint-Germain-des-Prés  en  l'an  X. 
Ibid.,  XV  (1888),  p.  54-61;  et  à  part,  Paris,  1888,  in-8°,  8  p. 

16.  Une  dénonciation  sous  le  Directoire  au  sujet  de  la  bibliothèque 
du  collège  des  Cholets. 

Ibid.,  XVII  (1890),  p.  29-30. 

17.  Note  sur  l'ancienne  police  de  Paris. 

Ibid.,  XXI  (1894),  p.  187-192;  et  à  part,  Paris,  1894,  in-8°,  6  p. 


18.  Une  souscription  au  xYin^  siècle.  [Souscriptions  recueillies  par 
Grimm  pour  la  femme  et  les  enfants  de  Calas.] 

Cabinet  historique  (Le).  In-8°,  XXIII  (1877),  p.  54-57;  et  à  part,  Paris,  1877, 
in-S",  4  p. 

19.  Quelques  mots  sur  les  dames  damées. 

Ibid.,  XXIII  (1877),  p.  241-256;  et  à  part,  Paris,  1877,  in-8%  16  p. 

20.  Un  baptême  royal  au  moyen  âge.  [Baptême  de  Charles  le  Bel, 
fils  de  Philippe  le  Bel.] 

Ibid.,  XXVII  (1881),  p.  183-190;  et  à  part,  Paris,  1881,  in-8%  8  p. 


424  CHRONIQUE   ET   MÉLANGES. 

21.  La  grève  de  Lyon,  en  1744. 

Ltjon  scientifique  et  industriel.  In-S",  IV  (1883),  p.  381-385. —  Réimpression 
du  n°  25. 

22.  Documents  sur  Lyon.  [Extraits  des  registres  des  procès-verbaux 
du  Bureau  du  commerce.] 

I.  Demande  des  frères  Mouchot,  maîtres  fabricants  en  étoffes  de  soie  à  Lyon, 
à  l'effet  d'être  autorisés  à  fabriquer  une  sorte  d'étoffe  de  soie  imitant  les 
pelleteries  :  IbicL,  VII  (1886),  p.  267-270.  —  II.  Demande  des  fermiers  géné- 
raux tendant  à  ce  que  certaines  marchandises  soient  assujetties  au  droit  d.; 
!a  douane  de  Lyon  ou  à  celui  du  tarif  de  1664,  lorsque  des  Cinq  grosses 
fermes  elles  passent  à  Lyon  ou  que  de  Lyon  elles  entrent  dans  les  Cinq 
grosses  fermes  :  Ibid.,  VII  (1886),  p.  309-316.  —  III.  Affaire  de  l'ouvrier  en 
soie  Louis  Faure.  Mesures  à  prendre  pour  éviter  le  passage  à  l'étranger  des 
ouvriers  lyonnais  (1748)  :  Ilnd.,  VIII  (1887),  p.  298-301. 


23.  La  question  des  foires  au  xviii"  siècle. 

Mémoires  de  la  Société  des  sciences  morales,  des  lettres  et  des  arts  de  Seine- 
et-Oise,  in-8'',  XVII  (1893),  p.  11-27;  et  à  part,  sous  le  titre  :  Études  sur 
l'histoire  industrielle  et  commerciale  de  la  France;  IV  :  la  Question  des 
foires  au  XVIIl'  siècle,  veuve  E.  Aubert,  1891,  in-8%  19  p.  (Cf.  nos  25-27.) 


24.  De  la  réunion  de  Lyon  à  la  France. 

Revue  du  Lyonnais,  gr.  in-8°,  3»  série,  t.  XVII  (1874),  p.  164-179,  248-265, 
364-375,  410-433;  t.  XVIII  (1874),  p.  61-72,  85-108,  199-221,  277-303,  480-496; 
t.  XIX  (1875),  p.  34-43,  391-406,  48.3-500;  et  à  part,  sous  le  titre  :  De  la 
réunion  de  Lyon  à  la  France,  étude  historique  d'après  les  documents 
originaux,  Lyon,  Vingtrinier,  1874,  in-8°,  239  p.  —  Mention  honorable  à 
l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres,  concours  des  antiquités  natio- 
nales, 1875. 

25.  La  question  des  grèves  sous  l'ancien  régime.  La  grève  de  Lyon 
en  1744.  Épisode  de  l'histoire  commerciale  et  industrielle  de  la  France. 

Revue  générale  d'administration,  in-8°,  1883,  II,  p.  134-144,  272-293,389-406; 
et  à  part,  Paris,  Bergcr-Levrault,  1882,  in-8°,  55  p.  —  Réimprimé  dans  Lyon 
scientifique  et  industriel.  (Cf.  n"  21.) 

26.  Les  assemblées  représentatives  du  commerce  sous  l'ancien  régime. 
Ibid.,  1883,  II,  p.  26-37;  et  à  part,  Paris,  Berger-Levrault,  1883,  in-8",  23  p. 

27.  Examen  des  cahiers  de  1789  au  point  de  vue  commercial  et 
industriel. 

Ibid.,  1884,  II,  p.  257-272,  384-405;  et  à  part,  Paris,  Berger-Levrault,  1884, 
in-8%41  p. 

28.  L'administration  d'un  département  sous  le  Directoire.  Lettre  de 
François  de  Neufchàteau,  ministre  de  l'Intérieur,  aux  administrateurs 
du  département  du  Léman,  publiée  et  annotée. 


CHRONIQUE   ET   MÉLANGES.  425 

Ibid.,  1886, 1,  p.  125-146;  et  à  part,  sous  le  titre  :  Études  sur  l'histoire  admi- 
nistrative de  la  France;  1  :  V Administration  d'un  département  sous  le 
Directoire,  etc.,  Paris,  Berger-Levrault,  1886,  in-8"',  27  p. 


29.  Claude  Bourgelat,  documents  inédits. 
Revue  lyonnaise.  la-S",  1881,  II,  p.  423-434. 


30.  Quelques   mots   sur   l'industrie   de   la  toile  à   Panissières  au 
xviii^  siècle. 
Roannais  illustré  {Le).  Gr.  in-8%  7"  série  (1895),  p.  11-14,  avec  pi.  et  grav. 


31.  Collaboration  (articles  de  variété  et  de  critique)  à  diverses  publi- 
cations périodiques,  notamment  à  la  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes, 
au  Bulletin  critique,  à  la  Revue  critique  et  à  la  Revue  du  Lyonnais. 


—  Le  1"  juillet  1895  est  mort  à  Toulouse,  dans  sa  39=  année,  notre 
confrère  M.Léon  Flourac,  ancien  archiviste  du  département  des  Basses- 
Pyrénées. 

M.  Flourac  s'était  fait  connaitre  par  la  thèse  qu'il  soutint  avec  succès 
à  l'École  des  chartes  en  1879  et  qui,  publiée  sous  le  titre  de  Jean  /", 
comte  de  Foix,  vicomte  souverain  de  Béarn,  lieutenant  du  roi  en  Langue- 
doc (Paris,  1884,  in-S^),  obtint  en  1884  la  troisième  mention  honorable 
au  Concours  des  antiquités  nationales. 

—  Par  arrêté  en  date  du  5  juin,  notre  confrère  M.  Enlart  a  été 
chargé  de  faire  le  cours  d'archéologie  à  l'École  des  chartes  pendant  les 
mois  de  juin  et  juillet  1895. 

—  Par  décret  en  date  du  22  mai  1895,  notre  confrère  M.  Gaston 
Paris  a  été  nommé  administrateur  du  Collège  de  France  pour  une 
période  de  trois  ans. 

—  Par  arrêté  en  date  du  12  juin,  notre  confrère  M.  Gaston  Paris  a 
été  nommé  président  honoraire  de  la  section  des  sciences  historiques 
et  philologiques  à  l'École  pratique  des  hautes  études. 

—  Par  arrêté  en  date  du  23  juillet,  nos  confrères  MM.  Anchier  et 
Le  Brethon  ont  été  nommés  stagiaires  au  Département  des  imprimés 
de  la  Bibliothèque  nationale. 

—  Par  arrêté  en  date  du  1"  juin  1895,  notre  confrère  M.  Prinet  a 
été  nommé  archiviste  aux  Archives  nationales. 

—  Le  nouvel  archiviste  du  département  de  la  Lozère,  dont  la  nomi- 


426  CHRONIQUE  ET  MÉLANGES. 

nation  a  été  annoncée  dans  notre  dernière  livraison,  p.  219,  est  notre 
confrère  M.  Maisonobe. 

—  Notre  confrère  M.  Auguste  Petit  a  été  nommé  conservateur  adjoint 
de  la  bibliothèque  de  Besançon. 

—  Notre  confrère  M.  le  vicomte  de  Manneville,  3°  secrétaire  à  l'am- 
bassade de  France  à  Berlin,  vient  d'être  nommé  au  même  titre  à 
l'ambassade  de  Londres. 

—  Le  5  juin  1895,  notre  confrère  M.  Alfred  Spont  a  soutenu  devant 
la  Faculté  des  lettres  de  Paris  ses  thèses  pour  le  doctorat  sur  les  sujets 
suivants  : 

De  cancellaris  regum  Francix  officiariis  et  emolumento  (liikO-1523). 
Semblançay  (?-1527),  la  Bourgeoisie  financière  au  début  du  XVI^  siècle. 
M.  Alfred  Spont  a  été  déclaré  digne  d'obtenir  le  grade  de  docteur 
avec  mention  honorable. 

—  L'Académie  française  a  décerné  le  prix  Gobert  à  notre  confrère 
M.  Fagniez  pour  son  Histoire  du  Père  Joseph. 

—  L'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres  a  décerné  le  prix 
Gobert  à  notre  confrère  M.  EUe  Berger  pour  son  Histoire  de  Blanche  de 
Castille,  reiiie  de  France. 

—  Au  Concours  des  antiquités  nationales,  la  première  médaille  a 
été  obtenue  par  notre  confrère  M.  François  Delaborde,  auteur  du  volume 
intitulé  Jean  de  Joinville  et  les  seigneurs  de  Joinville.  —  Le  travail  de 
notre  confrère  M.  Jules  Finot  sur  le  Péage  de  Bapawnes  a  été  récom- 
pensé de  la  troisième  mention  honorable  au  même  concours. 

—  L'Académie  des  inscriptions  a  décerné  le  prix  ordinaire  à  notre 
confrère  M.  Gh.-V.  Langlois  pour  un  mémoire  manuscrit  sur  la  chan- 
cellerie royale  depuis  l'avènement  de  saint  Louis  jusqu'à  celui  de  Phi- 
lippe de  Valois. 

—  Par  décret  en  date  du  4  juillet  1895,  notre  confrère  M.  Ant.  Héron 
de  Villefosse  a  été  nommé  officier  de  la  Légion  d'honneur. 

—  Notre  confrère  M.  Dareste  de  la  Ghavanne  a  été  nommé  officier 
de  la  Légion  d'honneur. 

—  Notre  confrère  M.  Barbier  de  La  Serre  a  été  nommé  chevalier  de 
la  Légion  d'honneur. 

—  Par  décret  en  date  du  22  décembre  1894,  S.  M.  le  roi  de  Portugal 
a  conféré  à  notre  confrère  M.  R.  Richebé  la  croix  de  commandeur  de 
l'Ordre  du  Christ;  par  décret  en  date  du  27  juin  dernier,  le  gouverne- 
ment français  l'a  autorisé  à  accepter  cette  décoration. 


CHRONIQUE   ET   MÉLANGES.  427 


DOCUMENTS  RELATIFS  A  L'HISTOIRE  DE  LA  LIGUE 

CONSERVÉS  AUX  ARCHIVES  DE  LOT-ET-GARONNE 
ET  PROVISOIREMENT  DÉPOSÉS  AUX  ARCHIVES  NATIONALES. 

Les  Archives  nationales  ont  en  ce  moment  en  dépôt  deux  liasses  de 
documents  sur  lesquels  il  paraît  à  propos  d'appeler  l'attention  des  lec- 
teurs de  la  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes.  Ces  documents,  au 
nombre  de  174,  appartiennent  aux  archives  du  département  de  Lot- 
et-Garonne  et  ont  été  récemment  communiqués  au  Comité  des  travaux 
historiques  par  M.  Tholin,  archiviste  de  Lot-et-Garonne.  Trouvés  en  1862 
dans  la  caserne  d'Agen,  ils  furent  à  cette  époque  donnés  aux  archives 
par  M.  Paillard,  alors  préfet  du  département.  Ils  proviennent  évidem- 
ment de  quelque  dépôt  d'archives  publiques  ou  particulières  des  Pays- 
Bas,  et  il  est  impossible  de  savoir  par  suite  de  quelles  péripéties  ils  se 
sont  trouvés  transportés  sur  les  bords  de  la  Garonne. 

Quoi  qu'il  en  soit,  ces  documents,  —  originaux  et  copies,  écrits  en 
français  ou  en  espagnol,  —  offrent  un  réel  intérêt  pour  notre  histoire 
générale  :  ils  peuvent  servir  à  compléter  les  pièces,  si  nombreuses, 
relatives  à  la  Ligue,  que  conserve  la  série  K  des  Archives  nationales. 
Presque  tous  en  effet  datent  de  la  seconde  moitié  du  xvi«  siècle  et 
intéressent  les  relations  de  la  France  et  de  l'Espagne  à  l'époque  de 
Philippe  II.  Quelques-uns  présentent  une  réelle  importance  pour  l'his- 
toire du  siège  de  Paris  par  Henri  IV  et  les  négociations  des  Ligueurs 
avec  les  généraux  espagnols.  Signalons,  parmi  les  plus  curieux,  une 
lettre  originale  du  prévôt  des  marchands  et  des  échevins  de  la  ville  de 
Paris  au  duc  de  Parme  pour  le  prier  de  pourvoir  à  l'approvisionne- 
ment de  la  capitale  (2  novembre  1590);  une  requête  adressée  par 
Mayenne  au  même  duc  de  Parme  pour  le  presser  de  secourir  Paris 
pendant  que  le  roi  de  Navarre  en  est  éloigné  (premiers  jours  d'avril 
1591);  une  lettre  du  comte  de  Belin,  gouverneur  de  Paris,  rendant 
compte  d'une  escarmouche  près  de  Saint-Denis  (2  octobre  1591);  des 
mesures  proposées  par  le  maréchal  de  Rosne  pour  mettre  Paris  en 
état  de  repousser  victorieusement  le  roi  de  Navarre  (février  1594)  ;  un 
rapport  sur  l'entrée  de  Henri  IV  à  Paris  (avril  1594),  etc. 

On  trouvera  également  dans  ces  deux  liasses  de  nombreuses  instruc- 
tions données  aux  principaux  agents  de  Mayenne  et  des  autres  chefs 
ligueurs;  les  réponses  faites  par  les  chefs  espagnols;  des  autographes 
de  Catherine  de  Médicis  ;  une  intéressante  correspondance  de  Jean  de 
Monluc,  seigneur  de  Balagny,  gouverneur  de  Cambrai;  une  correspon- 
dance, plus  intéressante  encore,  du  franc-comtois  Richardot,  négocia- 
teur de  la  paix  de  Vervins,  qui  permet  d'étudier  dans  le  détail  la  figure, 
jusqu'ici  peu  connue,  de  ce  diplomate  habile;  des  documents  sur  l'ad- 


428  CHRONIQUE   ET   MELANGES. 

ministration  des  Pays-Bas  pendant  le  gouvernement  des  archiducs 
Albert  et  Isabelle... 

Mais  il  serait  trop  long  de  tout  citer  :  il  a  été  dressé  un  inventaire 
analytique  de  ces  174  pièces  qui  sera  mis,  en  même  temps  que  les 
documents  eux-mêmes,  à  la  disposition  des  demandeurs  curieux  de 
les  consulter,  dans  la  salle  de  travail  des  Archives  nationales.  En  ter- 
minant, un  renseignement  qui  a  son  importance  :  le  dépôt  des  deux 
liasses  n'est  que  temporaire  et  ne  pourra  dépasser  un  an. 

H.  COURTEAULT. 


NÉGOCIATIONS  DU  DUC  DE  BEDFORD 

EN  1429  POUR  LE  BARROIS. 

Nous  devons  signaler  deux  pièces  de  l'année  1429,  qui  ont  figuré, 
sous  les  no5  77  et  20,  dans  une  vente  faite  à  Londres,  le  30  mai  der- 
nier, par  les  soins  de  MM.  Sotheby,  Wilkinson  et  Hodge.  En  voici 
l'indication  d'après  le  catalogue  imprimé  pour  la  vente  : 

N°  77.  Henri  VI,  roi  d'Angleterre.  Document  sur  papier  du  5  mai  1429. 
Vidimus  de  l'année  1433. 

Traité  d'alliance  conclu  entre  le  roi  d'Angleterre  et  le  cardinal  de  Bar 
par  l'entremise  du  duc  de  Bedford.  Les  gens  du  Barrois  doivent  aban- 
donner les  «  consentans  et  coupables  de  la  mort  de  feu  nostre  cousin  le 
duc  de  Bourgoigne.  »  Des  instructions  ont  été  données  aux  baillis  de 
Sens,  Vermandois,  Troyes,  Amiens,  etc. 

N°  20.  Jean,  duc  de  Bedford.  Lettre  datée  de  Paris  le  21  juin  [1429], 
adressée  à  Eustache  de  Warnancourt.  Original  scellé.  —Touchant  les 
négociations  du  duc  avec  la  province  de  Bar.  Eustache  de  Warnan- 
court est  invité  à  donner  une  réponse  définitive  à  Geoffroi  d'Ambon- 
ville,  ambassadeur  du  duc. 

EXEMPLAIRE  ORIGINAL  DU  PROCÈS  DE  RÉHABILITATION 
DE  JEANNE  D'ARC. 

L'administration  du  Musée  britannique  vient  de  publier  un  gros 
volume  in-octavo  de  ix  et  824  pages  intitulé  :  Catalogue  of  the  Stoive 
manuscripts  in  Ihe  Dritish  Muséum.  Ce  catalogue,  qui  fait  grand  honneur 
au  personnel  du  département  des  manuscrits,  contient  la  description 
détaillée  de  1,085  manuscrits  et  de  646  chartes,  que  le  gouvernement 
anglais  a  attribués  au  Musée  en  1883,  lors  de  l'acquisition  en  bloc  du 
fonds  Stowe,  conservé  depuis  1849  dans  la  bibliothèque  d'Ashburnham 
Place.  Nous  allons  en  traduire  un  article,  qui  est  de  nature  à  intéresser 
nos  lecteurs  et  qui  montrera  avec  quel  soin  le  catalogue  a  été  rédigé. 


CHRONIQUE  ET  MÉLANGES.  429 

«  84.  Processus  justificationis  Johanns  d'Arc.  Copie  officielle  des  actes 
de  l'enquête  poursuivie  en  1455-1456,  par  ordre  du  pape  Galixte  III, 
par-devant  l'archevêque  de  Reims,  l'évêque  de  Paris,  l'évêque  de  Gou- 
tanccs  et  Jean  Bréhal,  l'un  des  inquisiteurs  du  royaume  de  France,  à 
l'effet  de  réhabiliter  Jeanne  d'Arc  et  d'annuler  la  sentence  de  condam- 
nation prononcée  en  1431.  —  En  latin. 

«  Trois  exemplaires  officiels  des  procédures  furent  exécutés,  comme 
l'annoncent  dans  la  préface  les  deux  clercs  chargés  du  travail,  «  Diony- 
sius  Gomitis  [Denys  le  Gomte]  et  Franciscus  Ferrebouc.  »  Deux  de  ces 
exemplaires  sont  aujourd'hui  à  la  Bibliothèque  nationale  à  Paris,  l'un 
sous  le  n°  5970  du  fonds  latin,  l'autre  sous  le  n"  17013  du  même  fonds, 
ce  dernier  ayant  jadis  fait  partie  de  la  bibliothèque  de  Noire-Dame  et 
ayant  porté  le  n°  138  du  fonds  de  Notre-Dame. 

«  Notre  manuscrit  est  le  troisième  des  exemplaires  officiels  ;  il  se  place 
à  côté  du  ms.  5970  de  Paris,  le  manuscrit  de  Notre-Dame  ne  renfer- 
mant pas  plusieurs  traités  dont  il  avait  été  fait  usage  dans  les  procé- 
dures, comme  l'écrivain  même  en  a  fait  la  remarque  dans  les  termes 
suivants  :  «  Tractatus  de  quibus  in  hoc  octavo  articulo  fit  mentio  solum 
sunt  inscripti  in  duobus  magnis  processibus,  propter  eorum  prolixita- 
tem  ;  »  et,  en  effet,  l'étendue  de  ces  traités  est  considérable,  puisqu'ils 
forment  environ  le  tiers  du  recueil  complet.  Le  volume  du  fonds  Stowe 
est  donc  un  des  «  duo  magni  processus.  »  Pour  quelques  détails  du 
texte  et  de  la  disposition,  il  diffère  du  ms.  5970  de  Paris  et  se  trouve 
conforme  à  celui  de  Notre-Dame;  comme  on  a  commencé  par  la  trans- 
cription des  exemplaires  complets,  il  en  résulte  que  ceux  qui  ont  dirigé 
le  travail  ont  donné  le  ms.  Stowe,  et  non  pas  le  ms.  5970,  pour  modèle 
au  scribe  chargé  de  copier  le  ms.  de  Notre-Dame  (voy.  Quicherat,  Pro- 
cès de  condamnation  et  de  rchabilitation  de  Jeanne  d'Arc).  Ghaque  page 
est  authentiquée  par  une  signature,  comme  dans  les  autres  exemplaires 
originaux,  Denys  le  Gomte  signant  au  verso  et  François  Ferrebouc  au 
recto.  Sur  la  dernière  page  est  l'attestation  finale  des  deux  clercs,  avec 
leurs  signatures  et  leurs  marques;  ils  y  indiquent  le  nombre  des  feuil- 
lets du  volume,  qu'ils  fixent  inexactement  à  163. 

«  Le  poème  latin  qui  termine  le  ms.  5970  de  Paris  ne  se  trouve  pas 
ici;  ce  n'est  point,  par  conséquent,  un  morceau  du  document  officiel. 

«  Volume  en  parchemin,  de  182  feuillets,  mesurant  20  pouces  et  demi 
sur  12  et  demi,  ce  qui  est  exactement  la  mesure  du  ms.  5970  de  Paris. 
—  Reliure  moderne  en  maroquin  pourpre.  —  Grand  in-folio.  » 

FONDATION  DU  MUSÉE  DOBRÉE  A  NANTES. 

La  Revue  des  provinces  de  l'ouest  a  publié  quelques  détails  sur  une 
donation  princière  qui  vient  d'être  faite  au  département  de  la  Loire- 
1895  28 


430  CHRONIQUE   ET  MELANGES. 

Inférieure  par  un  riche  amateur,  dont  la  libéralité  sera  célébrée  à 
l'égal  du  goût  et  de  l'ardeur  à  former  une  merveilleuse  collection  de 
manuscrits,  de  livres  et  d'objets  d'art  de  toute  espèce. 

Les  détails  dans  lesquels  est  entré  un  ami  du  vénérable  M.  Dobrée 
laissent  entrevoir  l'importance  de  la  donation  faite  au  département  de 
la  Loire-Inférieure.  Nous  croyons  intéresser  nos  lecteurs  en  reprodui- 
sant ce  que  le  correspondant  de  la  Revue  des  provinces  de  l'ouest  a  dit 
des  séries  de  manuscrits  et  de  livres  imprimés.  Les  exemples  qu'il  a 
choisis,  sans  avoir  la  prétention  de  les  indiquer  avec  la  précision  exi- 
gée d'un  bibliographe  de  profession,  suffiront  pour  montrer  que  les  col- 
lections de  M.  Dobrée  peuvent  rivaliser  avec  les  cabinets  des  plus 
fameux  bibliophiles  de  la  France  et  de  l'Angleterre. 

Laissons  la  parole  à  l'ami  de  M.  Dobrée. 

«  La  Revue  des  provinces  de  Vouest,  toujours  prête  à  applaudir  aux 
nobles  initiatives,  ne  peut  garder  plus  longtemps  le  silence  sur  le  legs 
royal  que  M.  Thomas  Dobrée  vient  do  faire  au  département  de  la 
Loire-Inférieure.  Ce  legs  consiste  en  deux  monuments  remarquables  : 
un  palais  de  construction  récente,  dans  le  style  du  moyen  âge,  et  le 
vieux  manoir  de  la  Touche,  restauré,  dans  lequel  mourut  Jean  V,  duc 
de  Bretagne. 

«  Après  la  mort  de  M.  Dobrée,  qui  est  né  à  Nantes  le  31  août  1810, 
toutes  ses  riches  collections  de  manuscrits,  de  livres  rares,  d'auto- 
graphes, de  tableaux  et  d'objets  d'art  seront  la  propriété  définitive  du 
département,  qui  a  tout  accepté,  en  remerciant  publiquement  le  géné- 
reux donateur,  dans  la  session  d'août  1894  du  Conseil  général. 

«  En  attendant,  on  se  demande  avec  une  impatiente  curiosité  quelles 
sont  les  richesses  que  renfermera  un  jour  le  musée  Dobrée,  car  peu  de 
personnes  les  connaissent. 

«  Cependant,  un  ami  de  la  maison  se  fait  un  véritable  plaisir  de 
révéler  au  rédacteur  de  cette  Revue,  avec  la  permission  de  M.  Dobrée, 
quelques-uns  des  trésors  du  futur  musée.  De  la  sorte,  le  public  pourra 
juger,  en  connaissance  de  cause,  l'importance  du  legs  fait  au  départe- 
ment de  la  Loire-Inférieure. 

[Manuscrils.] 

«  Les  sermons  de  saint  Bernard  et  d'Abélard,  en  langue  romane,  ms. 
du  xne  siècle,  superbement  relié,  doré  et  couvert  de  pierres  fines.  Ayant 
appartenu  à  Roquefort. 

«  Deux  splendides  manuscrits  de  la  Bible,  don  du  roi  de  France 
Charles  VI  à  son  confesseur,  maître  Renaud  des  Fontaines,  et  avec  sa 
signature. 

«  Sermons  d'Alcuin  et  Vie  des  saints,  ms.  du  xiie  siècle,  de  3,000  pages 
à  deux  colonnes. 

«  Manuscrit  compacte  sur  la  médecine.  xiv«  siècle. 


CHRONIQUE   ET   MELANGES.  434 

«  Magnifique  missel  d'Angers  (1476)  plus  volumineux  que  les  missels 
ordinaires. 

«  Le  cartulaire  de  Saint-Serge  d'Angers. 

«  Un  pontifical  du  xiv«  siècle,  ms.  plus  volumineux  qu'un  missel 
ordinaire. 

«  Histoire  de  Philippe  de  Commines,  très  riche  manuscrit  original, 
avec  portrait  de  l'auteur  en  miniature. 

«  Le  livre  de  chasse  du  roi  Modus,  avec  vignettes.  Ms.  français  du 
xv«  siècle. 

«  Les  femmes  célèbres.  Royal  manuscrit,  avec  miniatures  et  por- 
traits, fait  par  un  religieux  dominicain  et  donné  à  Anne  de  Bretagne. 

«  Copie  des  Ménestrels  de  Souabe  [le  fameux  recueil  de  Manesse, 
aujourd'hui  à  la  bibliothèque  de  Heidelberg],  faite  par  l'artiste  Mathieu, 
vers  1860,  pour  l'impératrice  de  Russie,  avec  ses  armoiries  de  vieil 
argent. 

[hnprimés.] 

a  La  Bible  latine  aux  42  lignes,  imprimée  en  Allemagne  vers  1450. 

«  La  Bible  incunable  de  ReutUngen,  de  1459  (?). 

«  La  Bible  protestante,  première  édition  de  Genève. 

«  Les  Institutes  de  Justinien,  première  édition  de  Mayence,  magni- 
fique in-foho  à  plusieurs  colonnes. 

«  Les  actes  de  Maximilien  (Tewrdannck)  (1550),  splendide  volume  alle- 
mand, sur  vélin. 

«  Recueil  de  chansons  espagnoles  (1525). 

«  L'histoire  de  Gérard  de  Nevers  (1520),  en  vieux  français. 

«  Mélusine  ou  histoire  de  la  fée  de  Poitiers,  en  vieux  français. 

«  Chronique  de  Saint-Denis,  en  vieux  français. 

«  Droit  coutumier  en  Normandie,  en  vieux  français. 

«  Lancelot  du  Lac,  1553.  » 

Au  mérite  d'avoir  formé  de  telles  collections,  M.  Dobrée  a  voulu 
joindre  celui  d'en  assurer  la  conservation  et  d'en  donner  la  pleine  jouis- 
sance à  ses  compatriotes.  Il  s'est  ainsi  acquis  des  titres  impérissables 
à  la  reconnaissance  pubhque,  et  son  nom  sera  béni  des  générations  de 
savants,  d'artistes  et  de  curieux  qui  ne  se  lasseront  pas  d'admirer  et  de 
mettre  à  profit,  pour  la  gloire  du  pays  et  pour  le  progrès  des  lettres  et 
des  arts,  les  incomparables  trésors  du  nouveau  musée  fondé  dans  la 
ville  de  Nantes  par  un  des  plus  généreux  enfants  de  la  Bretagne. 

MINUTES  DES  NOTAIRES  DU  MANS. 

Au  moment  où  l'attention  des  historiens  et  des  archivistes  se  porte 
si  généralement  sur  les  anciennes  minutes  des  notaires,  nous  devons 
signaler  une  souscription  ouverte  pour  la  publication  d'un  Inventaire 


432  CHRONIQUE    ET    ME'lANGES. 

des  minutes  anciennes  des  notaires  du  Mans,  XVI I"  et  XVII I^  siècles,  qui 
remplira  quatre  volumes  in-8°  de  320  pages  chacun.  Cet  inventaire, 
rédigé  par  feu  M.  l'abbé  Esnault,  va  être  mis  au  jour  par  les  soins  de 
M.  l'abbé  Em. -Louis  Ghamhois,  membre  de  la  Société  historique  et 
archéologique  du  Maine,  à  Gourcebœufs,  par  Ballon  (Sarthe). 

JEAN  DU  BREUIL,  COPISTE  DU  XV"  SIÈCLE. 

Un  assez  joli  livre  d'heures  de  la  seconde  moitié  du  xv«  siècle,  parais- 
sant d'origine  dijonnaise,  était  récemment  en  vente  chez  M.  Lortic, 
libraire  à  Paris,  rue  RicheUeu.  Il  renferme  une  image  de  la  Madeleine, 
dans  le  fond  de  laquelle  on  a  cru  reconnaître  une  vue  de  la  ville  de 
Dijon.  Le  copiste  a  mis  sa  signature  au-dessous  des  réclames  sur  la 
dernière  page  de  presque  tous  les  cahiers.  Il  s'appelait  Johannes  de 
Brvolio. 


EPISODES  DE  L'INVASION  ANGLAISE. 


LA  GUERRE  DE  PARTISANS 


OINS 

LA  HAUTE  NORMANDIE 

(1424-1429.) 

{Suite  1.) 


La  prise  d'armes  de  1424. 

Ce  lien  secret,  cette  pénétration  occulte  et  persistante  qui  affi- 
lie les  groupes  d'insurgés  en  armes  aux  débris  survivants  des 
forces  régulières,  trouve  pour  s'affirmer  un  milieu  propice  et  sin- 
gulier, une  remarquable  et  exceptionnelle  condition  d'expérience, 
dans  l'immense  effort  que  le  parti  national  se  décide  à  risquer  pour 
l'ouverture  de  la  grande  campagne  de  1424,  autour  de  laquelle 
viennent  graviter  tant  d'impatiences  de  lutte,  tant  d'anxiétés, 
tant  d'espérances  fiévreuses". 

Le  plan  méthodique,  la  conception  d'attaque  qui  s'organise  et 
prend  forme,  en  ce  printemps  de  1424,  derrière  le  fossé  de  la 
Loire,  dans  la  France  française  encore,  prolonge  de  lointaines  et 
profondes  répercussions  jusque  dans  les  contrées  sur  qui  pèse  le 
plus  lourdement  l'oppression  étrangère. 

Le  mouvement  offensif,  la  poussée  d'énergie  qui  se  dessine 

1.  Voir  le  tome  précédent,  p.  259,  et  le  tome  LIV  (1893),  p.  475. 

2.  La  plupart  des  documents  inédits  cités  au  cours  de  cette  étude,  comme 
des  deux  précédentes,  font  partie  des  pièces  justificatives  de  l'ouvrage  destiné  à 
être  ultérieurement  publié. 

^893  29 


434  LA   GOERRE    DE   PARTISANS 

alors  fortement  du  côté  français  a  pour  soutien  moral  le  succès 
inespéré  de  la  journée  de  la  GraveUe,  remporté  le  26  septembre 
1423  sur  l'armée  anglaise  du  Maine*,  et  pour  point  d'appui 
matériel  l'occupation  de  la  forteresse  d'IvryS  enlevée  peu  avant, 
dans  le  cours  d'août,  par  le  Gascon^  Géraud  de  la  Pallière,  intré- 
pide preneur  de  places,  pour  qui  !'«  eschiellage  »  n'a  pas  de  secrets^. 

Vers  le  même  temps,  dans  la  nuit  du  14  au  15  août,  la  ville 
de  Chartres  a  failli  se  laisser  reprendre^.  Entre  minuit  et  une 
heure,  au  moment  de  trouble  que  marque  l'échange  des  senti- 
nelles, un  coin  du  rempart,  pour  quelques  instants,  s'est  trouvé 
aux  mains  d'une  bande  française.  Les  hardis  assaillants  ont  esca- 
ladé la  muraille,  tenu  bon  quelques  minutes  sur  le  chemin  de 
ronde.  Mais,  trahis  par  la  fortune,  l'alerte  donnée  à  temps, 
entourés  d'ennemis  surgis  de  toutes  parts,  ils  ont  dû  disparaître, 
sauter  à  bas  des  crêtes,  laissant  prisonniers  vingt  des  leurs, 
vingt  victimes  de  choix,  dont  les  têtes,  en  effet,  sont  tombées  le 
lendemain. 

Cette  surprise  de  Chartres,  cette  audacieuse  et  superbe  attaque, 


1.  La  bataille  dite  de  la  Gravelle  ou  de  la  Brossinière,  gagnée  le  dimanche 
26  septembre  1423  |)ar  Jean  VIII  d'Ilarcourt,  comte  dAumale,  sur  larniée 
anglaise,  venant  de  lever  le  siège  de  Segré  en  Anjou  et  battant  en  retraite  de 
la  basse  Mayenne  sur  les  marches  de  Normandie,  par  la  route  dont  l'usage  et 
l'importance  ont  été  signalés  (ci-dessus,  ^es  Partisans  et  les  lignes  françaises). 
L'action  fui  en  réalité  livrée  sur  les  landes  de  la  Bressinière  (Léon  Maître,  Dic- 
tionnaire topographique  du  département  de  la  Mayenne)  ou  la  Brécinière, 
lieu  situé  (Mayenne,  hameau  de  la  commune  de  Bourgon,  canton  de  Loiron),  à 
deux  lieues  environ  dans  le  nord  de  la  place  de  la  Gravelle  (Mayenne,  cant.  de 
Loiron),  à  la  lisière  même  du  Maine  et  de  Bretagne,  sur  les  chemins  menant  de 
la  Gravelle  vers  Montaudin,  Mausson  et  les  places  de  basse  Normandie.  Voir 
le  récit  de  Cousinot  de  Montreuil  {Chron.  de  la  Pucelle,  ch.  v,  éd.  V.  de  Vifi- 
ville,  p.  214-219),  suivi  par  J.  Le  Fizelier,  dans  son  excellente  étude  sur  la 
journée  de  la  Gravelle.  [La  Bataille  de  la  Brossinière,  dans  Rev.  hist.  et  arch. 
du  Maine,  t.  I,  1876,  p.  28-42.) 

2.  Eure,  cant.  de  Saint- André.  (Voir  ci-après,  p.  441,  n.  2.) 

3.  Chron.  de  la  Pucelle,  éd.  V.  de  Viriville,  p.  222. 

4.  Sur  les  circonstances  de  la  surprise  d'Ivry,  ultérieurement.  Annexe. 

5.  Chartres,  conquis  au  parti  bourguignon  dans  l'autonmc  de  1417,  au  moment 
de  la  grande  démonstration  de  Jean  Sans-Peur  vers  la  région  de  Paris,  avait 
passé  sans  secousse  à  la  domination  anglaise  par  le  traité  de  Troyes  en  1420.  Dans 
l'été  de  1421,  la  ville  avait  été  fortement  assiégée  et  serrée  de  près  par  l'armée 
du  daujthiu  Charles,  qui  avait  dû  se  retirer  à  l'approche  de  Henry  V,  lequel,  la 
ville  déblo([uée,  alla  prendre  Dreux.  (II.  de  l'Épinois,  Histoire  de  Chartres, 
t.  11,  ch.  XVI,  p.  69-75.) 


DANS    LA   HAUTE   NORMANDIE.  435 

non  plus  d'un  simple  château  fort,  mais  d'une  grande  ville  fermée, 
paraît  n'avoir  jamais  connu  de  récit.  En  l'année  où  elle  a  lieu, 
critique  entre  toutes,  elle  doit  se  replacer  au  rang  qui  lui  revient. 
Elle  a  droit  d'inscription  parmi  les  épisodes  de  ce  temps  les  plus 
dignes  de  mémoire  ^ 

D'autres  approches  de  Paris,  vers  cette  époque  encore,  ont  été 
quelque  temps  menacées  par  l'occupation  de  Beaumont-sur-Oise. 

Dès  le  mois  de  septembre  au  moins,  Beaumont^  le  point  de 
passage  précieux  de  l'Oise,  le  seul  entre  l'Isle-Adam^  et  Creil^, 
avec  son  fort  château,  son  curieux  pont-forteresse  disposé  pour 
recevoir  les  habitants  en  refuge^,  a  été  enlevé  par  un  parti  fran- 
çais^. Coup  réussi  sans  doute  par  quelque  troupe  sortie  des  coins 
de  la  Champagne  où  se  maintient  encore  la  défense,  du  comté  de 


1.  La  seule  chronique  qui  mentionne  le  fait  est  la  chronique  picarde  ano- 
nyme, œuvre  inédite  en  grande  partie,  connue  sous  le  nom  de  Chronique  des 
Cordeliers.  (Bibl.  nat.,  ms.  fr.  23018,  fol.  445.)  Le  passage,  qui  fait  tableau,  est 
à  citer  textuellement  : 

«  En  cel  an  (1423),  le  jour  de  la  my-aoust,  sur  point  de  heure  de  mienuit 
allant  sur  le  jour,  arrivèrent  les  Armignas  à  Chartres,  et  entre  deux  ghés  com- 
menchèrent  à  monter  sur  les  murs  pour  prendre  la  ville,  mais  ils  furent  reca- 
chiés  teleraent  qu'il  ne  y  meffeirent  riens.  Et  y  en  eubt  xx  prins,  qui  furent 
decolez  et  escartelez  parce  qu'il  confessèrent  (juil  avoient  tous  conclud  de 
mettre  à  l'espée  hommes  et  femmes  et  enffans  sans  nulluy  déporter.  » 

La  mention  des  Armagnacs  fait  voir  qu'il  s'agit  de  réguliers  et  non  de  par- 
tisans. L'expression  d'écartelés  doit  s'entendre  d'un  dépeçage  après  décapitation 
et  de  l'exhibition  de  ces  sinistres  débris  en  lieu  public,  mesure  qui  accompa- 
gnait si  souvent  alors  les  exécutions  pour  imputation  de  trahison. 

2.  Beaumont-sur-Oise,  sur  la  rive  gauche  de  l'Oise  (Seine-et-Oise,  cant.  de 
risle-Adam). 

3.  Le  château  de  l'Isle-Adam,  dans  une  des  îles  de  l'Oise,  avec  ses  ponts 
(Seine-et-Oise,  ch.-l.  de  cant.,  arr.  de  Pontoise). 

4.  Creil,  dans  une  île  et  sur  la  rive  gauche  de  l'Oise  (Oise,  ch.-l.  de  cant., 
arr.  de  Senlis). 

5.  Ce  détail  intéressant  est  donné  par  un  document  contemporain,  en  date 
de  1427,  qui  décrit  ainsi  les  défenses  de  Beaumont  :  «  Et  y  avoit  ung  chastel 
qui  estoit  fait  pour  la  garde  du  pont  principalement  et  le  passage  qu'il  fait 
garder,  et  y  a  pont  grant  et  spacieux  pour  recevoir  les  habitans  en  refuge.  » 
(Arch.  nat.,  X1a4794,  fol.  244.) 

6.  Pris  par  les  Bourguignons  dans  les  premiers  jours  de  septembre  1417, 
repris  peu  après,  le  30,  par  les  Armagnacs  {Religieux  de  Saint-Denis,  éd.  Bel- 
laguet,  t.  VI,  p.  112-114  et  136),  redevenu  Bourguignon  à  ce  qu'il  semble,  à  la 
suite  de  la  surprise  de  Paris  en  mai  1418  {Journal  d'un  Bourgeois  de  Paris, 
éd.  Tuetey,  p.  167,  la  place  franco-bourguignonne  en  mars  1420),  le  château  de 
Beaumont  avait  passé  aux  .\nglais  par  l'effet  du  traité  de  Troyes,  en  1420. 


436  LA   GDERRE   DE    PARTISANS 

Guise^  OU  de  l'enceinte  naturelle  du  Tardenois%  comme,  quelques 
mois  plus  tard,  s'exécuteront  les  surprises  de  Ham^  et  de  Com- 
piègne'*.  Les  nouveaux  occupants  de  Beaumont,  en  rayonnant  de 
la  tête  de  pont  qu'ils  possèdent,  peuvent  se  répandre  dans  le  Beau- 
vaisis,  dans  le  Yexin  et,  devant  eux,  vers  Paris  même,  distant 
de  dix  lieues  à  peine.  Mais,  en  novembre,  ils  ont  déjà  perdu  la 
place,  et  le  château,  démoli  par  ordre  exprès  du  duc  de  Bedford, 
ne  présente  plus  que  des  ruines  sans  abri^ 

Mieux  servis  par  la  fortune,  leur  adresse  ou  la  connivence 
intérieure,  les  «  eschieUeurs  »  d'Ivry  ont  gardé  leur  conquête, 
ont  pu  s'y  fortifier  en  maîtres,  et,  de  ce  réduit  convoité,  solide  et 
bien  pourvu,  se  jettent  sur  toutes  les  routes,  entre  le  pays  nor- 
mand, les  plaines  chartraines  et  la  direction  de  Paris. 

Ivry  est  à  Arthur  de  Bretagne*^,  comte  de  Richmond',  qui 
figure  encore,  à  cette  heure,  dans  les  rangs  anglais*,  mais  dont 

1.  Sur  la  guerre  dans  le  comte  de  Guise,  voir  ci-après. 

2.  En  Tardenois,  entre  Marne  et  Aisne,  des  garnisons  françaises  occupent 
encore,  en  1423,  la  Fcrté-Milon,  Nesle-en-Tardenois,  Fère-en-Tardenois  (Aisne, 
arr.  de  Château-Thierry).  La  Ferté-Milon  est  repris  en  janvier  1423;  Nesle  et 
Père  tiennent  jusqu'au  30  août  1424.  [Chronique  dite  des  Cordeiiers,  ms. 
fr.  23018,  fol.  432,  449.) 

3.  13-15  octobre  ou  13-15  décembre  1423.  (Voir  ci-après,  les  Xobles  normands 
et  picards.) 

4.  2  janvier  1424.  (Voir  ci-dessus,  les  Partisans  et  les  lignes  françaises.) 

5.  La  Chronique  dite  des  Cordeiiers,  sous  la  rubrique  de  septembre  1423, 
porte  cette  mention  :  «  En  ce  temps  fu  le  chastel  de  Beaumont-sur-Oise  en  partie 
abbatu  et  mis  jus  par  acord  du  régent  et  du  conseil  de  France.  »  (Ms.  fr.  23018, 
fol.  442  v°.)  Monstrelet  mentionne  le  fait,  vers  la  même  époque  à  peu  près, 
mais  sans  rien  préciser.  (Éd.  Douët  d'Arcq,  t.  IV,  p.  173.)  Le  Bourgeois  de 
Paris  signale  la  démolition  en  novembre,  mais  eu  1422.  (Éd.  Tuetey,  p.  181.) 

C'est  tout  à  fait  par  erreur  que  les  auteurs  de  l'Histoire  de  Bourgogne  placent 
la  prise  et  la  rei)rise  de  Beaumont  en  février  1424,  immédiatement  après  le 
départ  de  Philippe  le  Bon  de  Paris  pour  les  conférences  d'Amiens,  alïirmalion 
reproduite  souvent  depuis  par  plusieurs  historiens.  {Hist.  de  Bourgogne,  t.  IV, 
p.  87-88;  cf.  p.  86  et  89.)  Les  faits  des  années  1423  et  1424  sont  du  reste  l'ob- 
jet de  constantes  interversions  dans  ce  volume,  qui  est,  on  le  sait,  l'œuvre  des 
continuateurs  de  D.  Plancher. 

6.  Second  fils  de  Jean  IV,  duc  de  Bretagne,  frère  du  duc  régnant  Jean  V,  né 
en  1393,  connétable  de  France  en  1425,  duc  de  Bretagne,  sous  le  nom  d'Ar- 
thur III,  en  1456,  mort  en  1458. 

7.  C'est  de  Richmond  en  Angleterre,  dans  le  comté  d'York,  tenure  féodale 
depuis  longtemps  eu  possession  des  ducs  de  Bretagne,  que  vient  le  titre  défi- 
guré sous  lequel  le  connétable  de  Richement  est  plus  généralement  connu. 
(Achille  Le  Vavasseur,  notes  de  Guillaume  Gruel,  p.  1,  n.  1.) 

8.  Arthur  de  Bretagne,  fait  prisonnier  à  Azincourt  eu  1415,  est  libéré  par  un 


DANS   LA   HAUTE   IVORMANDIE.  437 

le  détachement  prochain  se  laisse  déjà  pressentira  La  comté 
d'Ivry  a  été  créée  pour  lui  par  Henry  V,  à  son  retour  de  la  cap- 
tivité qu'il  subit  depuis  la  journée  d'Azincourt,  et,  depuis  l'an  1421 , 
il  tient  en  fief,  du  roi  étranger,  cet  apanage  démembré  de  la  terre 
de  France^ 


traité  particulier  du  22  juillet  1420,  en  vertu  duqiiel  il  devient  l'allié  et  le  vas- 
sal de  Henry  V.  (Achille  Le  Vavasseur,  notes  de  Gruel,  p.  22,  n.  3.)  Depuis,  il 
sert  dans  l'armée  anglaise,  aux  sièges  de  Melun,  de  Meaux,  de  juillet  1420  à 
juin  1422.  {Ibid.,  p.  25,  n.  1,  2,  p.  27,  n.  1.)  En  juillet  1422,  il  passe  en  Bretagne, 
où  il  réside  au  moment  de  la  mort  de  Henry  V  à  Vincennes,  le  31  août.  {Ibid., 
p.  27,  n.  1,  p.  28,  n.  1.) 

1.  Après  la  mort  de  Henry  V,  rpii  le  délie  de  son  serment  personnel,  Arthur 
de  Bretagne  ne  participe  plus  à  aucune  opération  de  guerre  anglaise.  Sorti  de  Bre- 
tagne pour  figurer,  avec  son  frère  le  duc  Jean  VI,  aux  négociations  de  la  triple 
alliance  d'Amiens,  en  avril  1423,  —  marié,  en  octobre  suivant,  à  Marguerite  de 
Bourgogne,  l'aînée  des  sept  sœurs  de  Philippe  le  Bon,  veuve  du  dauphin  Louis, 
duc  de  Guyenne,  frère  aîné  de  Charles  VII,  mort  en  1415,  —  il  prend  encore 
part,  en  mars  1424,  à  Amiens,  au  conseil  tenu  par  les  ducs  de  Bedford  et  de 
Bourgogne.  [Gruel,  éd.  Achille  Le  Vavasseur,  p.  28-31.)  C'est  son  dernier  acte 
d'adhésion  officielle  au  système  anglais. 

En  février  1424,  se  rendant  de  Bourgogne  à  Amiens,  il  séjourna  quelque 
temps  à  Paris  avec  son  beau-frère  Philippe  le  Bon.  (Achille  Le  Vavasseur, 
notes  de  Gniel,  p.  32,  n.  1.)  Est-ce  à  ce  moment  qu'il  faudrait  placer,  d'après 
l'allusion  assez  vague  de  dom  Plancher  {Hist.  de  Bourgogne,  t.  IV,  p.  87; 
cf.  Monstrelet,  éd.  Douët  d'Arcq,  t.  IV,  p.  475,  répété  par  Fenin,  éd.  de 
M"°  Dupont,  p.  204),  son  premier  dessein  d'abandonner  la  vassalité  de  l'Angle- 
terre? Toujours  est-il  que,  d'Amiens,  après  les  conférences  de  mars  1424,  il 
rentre  par  mer  en  Bretagne,  abri  sur  qu'il  se  décide  seulement  à  cpiitter  pour 
venir  trouver  Charles  VII  à  Angers,  le  20  octobre  1424  :  l'épée  de  connétable 
lui  est  définitivement  remise  à  Chinon,  le  7  mars  1425.  {Gruel,  éd.  Achille  Le 
Vavasseur,  p.  32-36,  32,  n.  1,  34,  n.  1.) 

2.  La  Chronique  de  Normandie  place  expressément  l'hommage  de  la  comté 
d'Ivry,  rendu  par  .\rthur  de  Bretagne  à  Henry  V,  dans  la  salle  du  château  de 
Rouen,  pendant  le  cours  ou  à  la  fin  de  la  session  des  États  de  Normandie  tenue  en 
janvier  1421.  (Éd.  Hellot,  p.  64,  notes,  p.  184;  cf.  Ch.  de  Beaurepaire,  des  États  de 
Normandie  sous  la  domination  anglaise,  p.  15.)  La  seigneurie  d'Ivry,  dont  les 
possesseurs  portaient  le  titre  de  barons  depuis  le  milieu  du  xiv  siècle,  était 
érigée  à  cet  effet  en  comté  par  le  roi  anglais  (Longnon,  les  Limites  de  la  France, 
p.  62)  :  elle  appartenait  à  l'ancienne  famille  d'Ivry  (La  Roque,  Hist.  de  la  mai- 
son d'Harcourt,  t.  II,  p.  1838-1843),  sur  les  représentants  de  laquelle  elle  était 
ainsi  confisquée.  Un  acte  du  17  janvier  1421,  relatif  à  l'élargissement  de  Riche- 
mont,  ne  le  qualifie  pas  encore  de  comte  d'Ivry.  (Rymer,  Fœdera,  t.  Il,  part,  m, 
p.  199.)  Le  premier  document  qu'on  possède  lui  donnant  ce  titre  paraît  être 
un  acte  du  29  novembre  suivant.  {Ibid.,  part,  iv,  p.  43.)  La  liste  des  places 
conquises  par  Henry  V  porte  à  Ivry,  comme  capitaine,  d'abord  Humphrey,  duc 
de  Glocester,  frère  du  souverain,  puis,  «  Arthur  de  Bretagne,  comte  par  don  du 


438  LA   GUERRE    DE   PARTISANS 

L'écuyer  breton  Pierre  Glé,  capitaine  du  château  au  moment 
de  la  surprise  S  n'a  pu  être  appelé  à  ce  poste  de  confiance  qu'avec 
son  assentiment,  sinon  sur  sa  présentation  même^.  Cette  obser- 
vation, qu'autorise  pleinement,  à  ce  qu'il  semble,  la  nationalité 
de  ce  commandant  de  place,  peu  remarquée  jusqu'ici^  offre  une 
importance  dont  les  oscillations  du  prince  breton,  son  humeur 
ondoyante  et  les  desseins  ambigus  qu'il  commence  peut-être  à 
méditer  aident  à  saisir  le  sens  et  la  valeur. 

Pierre  Glé,  dès  cette  époque,  est  marié  à  Adine  de  So}écourt, 
fille  de  Charles  de  Soyécourt,  de  la  maison  picarde  de  ce  nom, 
seigneur  de  Mouy  en  BeauvaisisS  mort  à  Azincourt  en  1415^ 
Ce  mariage  le  faisait  beau-frère*^  d'un  Bourguignon  de  marque, 
Philibert  de  Vaudrey'',  qui  avait  épousé  Catherine  de  Soyécourt, 


roy.  »  {Mies  norm.  et  franc.,  n°  1359.)  Un  ado  de  Henry  VI,  en  date  de  Paris, 
le  12  juillet  1427,  dépouilla  délinitivement  le  connétable  de  la  «  comté,  terre, 
seigneurie  et  baronnie  divry,  »  et  les  donna  à  John  Holland.  comte  de  Hun- 
tingdon.  (Arch.  nat.,  JJ  173,  n"  752,  cité  par  Longnon,  les  Limites  de  la  France, 
p.  67.) 

1.  Fait  résultant  de  la  lettre  de  rémission  citée  ci-après,  (.\rcli.  nat.,  JJ  172, 
n'  442.) 

2.  La  Geste  des  nobles  dit  textuellement,  en  parlant  de  la  prise  d'Ivry  (que 
cette  chronique  relate  à  l'occasion  du  siège  et  de  la  journée  de  1424)  :  «  Gérault 
de  la  Pailliére  celiui  an  conquist  Yvry  par  aguet,  que  tenait  le  conte  de  Riche- 
mont.  »  (Éd.  V.  de  Viriviile,  p.  196.)  On  vient  de  voir  également  que  la  liste 
des  places  anglaises  mentionne  expressément  Arthur  de  Bretagne  (;omme  cajii- 
taine  en  titre  du  lieu.  {Rôles  norm.  et  franc.,  n°  1359.) 

3.  Il  paraît  difficile  que  Pierre  Glé,  Breton  et  non  .\nglais,  comme  le  porte 
cependant  la  savante  édition  du  Journal  d'un  Bourgeois  de  Paris  (p.  191,  n.  2), 
n'appartienne  pas  à  la  famille  bretonne  des  Glé,  dont  on  rencontre  des  repré- 
sentants dès  le  début  du  siècle  précédent  et  qui  a  possédé,  vers  le  xv  siècle, 
la  seigneurie  de  la  Besnerais  (Ille-et-Vilaine,  cant.  de  Montfort,  comm.  de 
Pleumeleuc).  On  trouve,  à  cette  époque,  Perrot  Glé,  sire  de  la  Besnerais,  occu- 
pant la  charge  de  commis  aux  réformations,  de  1423  à  1441.  (Pol  Potier  de 
Courcy,  Nobiliaire  et  armoriai  de  Bretagne,  2°  éd.;  Nantes,  1862,  3  vol.  in-4", 
au  mol  Glé;  Dom  Morice,  Hist.  de  Bretagne,  t.  II,  col.  1197;  Bibl.  nat.,  Cab. 
des  Titres,  Dossiers  bleus,  Glé.) 

4.  Sur  la  branche  des  sires  de  Mouy,  de  la  maison  de  Soyécourt,  P.  Anselme, 
Hist.  généal.,  t.  VIII,  p.  526-527.  —  Soyécourt,  en  Santerre  (Somme,  cant. 
de  Chaulnes).  —  Mouy,  en  Beauvaisis,  sur  le  Thérain,  entre  Beauvais  et  Creil 
(Oise,  ch.-l.  de  cant.,  arr.  de  Clerraont). 

5.  Sur  Charles  de  Soyécourt,  P.  Anselme,  loc.  cit.,  p.  526. 

6.  Ibirl..  id. 

7.  Sur  Philibert  de  Vaudrey,  mort  en  1452,  voir  Bibl.  nat.,  Cab.  des  Titres, 
Dossiers  bleus.   Vaudrey;  P.  or..   Vaudrey.  n°  2.  C'est  à  son  fils,  Artus  de 


DANS  LA  HAUTE  NORMANDIE.  439 

sœur  d'Adine,  nées  toutes  deux  du  premier  mariage  de  leur  père 
avec  Isabelle  de  Châtillon*.  Or,  Philibert  de  Vaudrey  figure  lui 
aussi,  à  ce  moment  même  et  depuis,  dans  la  plus  confiante  inti- 
mité d'Arthur  de  Bretagne  ^  Adine  et  Catherine  ont  pour 
frère  Jacques  de  Soyécourt,  seigneur  de  Mouy^,  sur  qui  plane 
aussi,  à  son  heure,  un  soupçon  de  défection  dont  on  verra 
l'efifet^  Tous  ces  alliés  se  rattachent,  en  Picardie,  en  Vexin,  en 


Vaudrey,  que  revint  la  seigneurie  de  Mouy  en  Beauvaisis,  qui  se  continua  dans 
sa  descendance. 

1.  P.  Anselme,  Hist.  généal.,  t.  VI,  p.  114,  et  du  Chesne,  Histoire  de  la 
maison  de  ChasUllon- sur -Marne,  p.  576,  576-578,  578-579. 

2.  On  voit  en  effet  Philibert  de  Vaudrey,  venu  de  Bourgogne,  passé  en  Bre- 
tagne avec  Richement,  à  la  suite  des  entrevues  d'Amiens,  après  le  mois  de 
mars  1424,  envoyé  de  là  en  ambassade  auprès  de  Philippe  le  Bon,  en  octobre 
suivant,  à  ce  qu'il  paraîtrait,  pour  solliciter  le  consentement  du  duc  de  Bour- 
gogne à  l'acceptation  du  titre  de  connétable,  dignité  que  Charles  Vil  venait  de  lui 
offrir  à  Angers.  [Griiel,  éd.  Achille  Le  Vavasseur,  p.  33;  cf.  p.  67,  n.  3.)  Plus 
tard,  en  1426,  Philibert  de  Vaudrey  est  encore  chargé  de  missions  secrètes  et 
délicates  entre  la  cour  de  Bourgogne  et  Richemont.  (De  Beaucourt,  Hist.  de 
Charles  VIT,  t.  II,  p.  375,  n.  4,  375-377;  A.  Desplan([ue,  Projet  d'assassinat 
de  Philippe  le  Bon  par  les  Anglais,  P.  just.,  n°  6,  p.  69.) 

Sa  femme,  Catherine  de  Soyécourt-Mouy,  était  attachée  à  la  personne  de  la 
comtesse  de  Richemont.  (A.  Desplanque,  loc.  cit.)  Lui-même  était  (Arch.  de  la 
Côte-d'Or,  Joseph  Garnier,  Inventaire,  B  11829)  capitaine  de  Montbard  (Côte- 
d'Or,  ch.-l.  de  cant.,  arr.  de  Semur),  château  donné,  comme  on  sait,  par  Phi- 
lippe le  Bon  à  sa  sœur.  (Arch.  de  la  Côte-d'Or,  B  48,  49,  61  ;  cf.  Achille  Le 
Vavasseur,  notes  de  Gruel,  p.  30,  n.  3,  p.  31,  n.  1.) 

Philibert  de  Vaudrey,  impliqué  dans  l'accusation  portée  contre  son  beau- 
frère  Pierre  Glé,  vit  lui-même  ses  biens  confisqués  en  1425.  (Lettres  de  don 
citées  ci-après,  Arch.  nat.,  JJ  174,  n°  226.)  On  verra  plus  loin  ses  relations 
suivies  et  étroites  avec  la  réformatrice  franciscaine,  Colette  de  Corbie,  au  sujet 
du  rôle  de  laquelle  on  discutera  un  témoignage  caractéristique  encore  non 
commenté. 

On  le  retrouve  plus  tard  dans  les  rangs  bourguignons,  —  notamment  en  1431 
(Arch.  de  la  Côte-d'Or,  Joseph  Garnier,  Inventaire,  B  11803;  cf.  11740,  11804- 
11805,  11807),  avec  le  sire  d'Aumont  [Ibid.,  id.),  dont  une  interprétation  de 
chronique  pourrait  aussi,  vers  la  même  époque,  faire  suspecter  la  fidélité 
(ci-dessous,  p.  480-482),  —  en  1432,  avec  le  sire  d'Aumont  encore,  en  Picardie, 
ensuite  au  combat  de  Lagny  {Monstrelet,  éd.  Douët  d'Arcq,  t.  V,  p.  30-39), 
puis  à  Eu  (Bibl.  nat.,  coll.  Clairambault,  t.  138,  p.  2485,  n"42).  Il  devait  donc, 
à  cette  époque,  être  pleinement  rentré  en  grâce. 

3.  P.  .\nselme,  Hist.  généal.,  t.  VIII,  p.  527;  du  Chesne,  Hist.  de  la  maison 
de  Chastillon,  p.  578-579. 

4.  Sur  le  rôle  de  Jacques  de  Soyécourt,  seigneur  de  Mouy,  au  moment  de 
la  bataille  de  Verneuil,  en  1424,  et  sur  celui  de  Louis  de  Soyécourt,  seigneur 


440  LA    GUERRE   DE    PARTISANS 

Bourgogne  même,  à  des  parentés  plus  suspectes  encore'.  Quoi 
qu'il  en  soit,  Pierre  Glé,  qui  laisse  enlever  Ivry,  vers  août  1423, 
par  négligence  et  faute  de  guet,  par  trahison,  —  le  fait  est 
reconnu,  —  machinée  à  l'intérieur  de  la  place,  soi-disant  à  son 
insu 2,  ne  paraît  pas  s'être  senti  la  conscience  bien  pure  ni  tous 
scrupules  bien  nets.  Après  avoir  commencé  par  fuir  en  lieu  sûr, 
dans  la  crainte  de  passer  en  jugement,  il  parvient  à  regagner 
sa  grâce  quelques  mois  plus  tard,  en  mars  1424,  par  la  protec- 
tion de  ses  parents  et  alliés,  en  ce  moment  encore  fidèles  de  nom  au 
système  anglaise  Feinte  rentrée  qui  ne  l'empêche  pas,  semble- 
t-il,  de  repasser  bientôt  au  parti  français,  dans  les  rangs  duquel 
on  constate  sa  présence  dès  l'an  suivant  ^  en  1425,  à  peu  près  en 
même  temps,  par  conséquent,  qu'Arthur  de  Bretagne  lui-même, 
dont  le  ralliement  à  Charles  VII  est  alors  définitifs.  Coïncidences 
dont  il  serait  certes  excessif  de  vouloir  tirer  des  conclusions  trop 
précises,  mais  curieuses  en  tout  cas  à  constater  et  méritant  au 
moins  un  regard,  si  l'on  songe  à  la  défection  que  le  futur  conné- 
table devait  rendre  publique,  dès  l'automne  de  1424,  et  dont 
peut-être,  dès  l'an  qui  précède,  il  préparait  déjà  les  voies,  dans 

de  Mouy,  son  frôre  cadet,  au  moment  de  la  campagne  de  Paris,  en  1429,  voir 
ci-dessous,  le  Choc  de  Verneuil  et  la  Jacquerie  normande. 

1.  Sur  ces  alliances  des  Soyécourt-Mouy  avec  les  L'Isle-Adam,  les  d'Aumont, 
les  de  Chàteauvillain,  les  de  Bar,  voir  ci-dessous. 

2.  «  ...  Lui  étant  en  icelui,  aucuns  nos  adversaires,  d'aguet  et  par  traison 
machinée  à  insu  dudit  Glé,  y  entrèrent.  »  Lettre  de  rémission  citée  immédiate- 
ment ci-après. 

3.  Lettre  de  rémission  délivrée  à  Pierre  Glé,  écuyer,  commis  capitaine  et 
garde  du  château  d'Ivry-la-Chaussée,  et  à  Adine  de  Soyécourt-Mouy  sa  femme, 
les  restituant,  à  la  requête  de  leurs  parents  et  amis,  en  possession  de  leurs 
biens  saisis  i)ar  suite  de  défection  et  d'absence.  Doc.  en  date  de  Creil,  le  20  mars 
1424.  (Arch.  nat.,  JJ  172,  n°  442.) 

4.  Lettres  de  don,  au  nom  de  Henry  VI,  à  Amélie  de  Nostemberg,  seconde 
femme  et  veuve  de  Charles  de  Soyécourt,  seigneur  de  Mouy,  et  à  son  fils 
mineur  Louis  de  Soyécourt,  à  présent  seigneur  de  Mouy,  leur  transportant 
toute  la  part  des  biens  appartenant,  en  tant  qu'héritières  de  leur  père,  à  Cathe- 
rine et  Adine  de  Soyécourt,  filles  du  premier  mariage  de  Charles  de  Soyécourt 
avec  Isabelle  de  Chdtillon,  et  mariées,  lune  à  Philibert  de  Vaudrey,  l'autre  à 
Pierre  Glé,  en  raison  de  ce  que  lesdits  de  Vaudrey  et  Glé  et  leurs  femmes,  «  de 
présent...  se  sont  rendus  rebelles  et  désobéissants  et  joints  à  nos  ennemis  et 
adversaires.  »  Doc.  en  date  de  Paris,  le  21  octobre  1425.  (Arch.  nat.,  JJ  174, 
n»  226.) 

5.  Arthur  de  Bretagne,  comme  on  l'a  vu,  reçoit  l'épée  de  connétable  le 
7  mars  1425. 


DANS   LA   HADTE   NORMANDIE.  ^IH 

les  détours  compliqués  et  tortueux  de  son  caractère  et  de  sa  poli- 
tique 1 . 

Géraud  de  la  Pallière  est  donc  installé  dans  Ivry-,  au  passage 
de  l'Eure,  entre  Dreux  et  Pacy,  à  l'extrême  limite  de  la  Norman- 
die, menaçant  Evreux,  coupant  Dreux  de  Mantes  et  pouvant  se 
lancer  vers  la  région  parisienne^  La  ligne  de  l'Eure,  entre  Dreux 
et  Gliartres,  par  Nogent-le-Roi  ^  est  toute  aux  mains  de  l'inva- 
sion étrangère.  Celle  de  l'Avre,  de  Dreux  à  Verneuil^  par  Til- 
lières-sur-Avre^  lui  appartient  aussi,  renforcée  de  Châteauneuf- 
en-Thimerais'',  des  lieux  forts  de  Grécy-Couvé^  de  Courville^  et 
de  Maillebois-''.  Mais  un  coin  français  du  côté  du  Perche  s'enfonce 
vers  Ivry  avec  Senonches",  Beaumont-les-Autels^^  et  Nogent-le- 
Rotrou,  tête  de  l'arc  de  cercle  qui,  parBonnevaD^et  Châteaudun'^ 

1.  Arthur  de  Bretagne,  comme  ou  l'a  vu,  cesse  tout  rapport  avec  le  gouver- 
nement anglais  en  mars  1424  et  va  trouver  Charles  VII  à  Angers  en  octobre. 
Pendant  l'été  de  1423,  il  réside  en  Bourgogne,  occupé  des  préparatifs  de  son 
mariage  avec  Marguerite  de  Bourgogne,  conclu  en  octobre. 

2.  Ivry,  sur  la  rive  gauche  de  l'Eure  et  de  ses  îles,  presque  en  face  le  débou- 
ché de  la  Vesgre  (Eure,  cant.  de  Saint- André),  portait  autrefois  le  nom  d'Ivry- 
la-Chaussée.  La  ville  a  reçu  depuis  la  désignation  d'Ivry-la-Bataille,  en  souve- 
nir de  la  victoire  de  Henri  IV  en  1590.  Le  nom  de  La  Chaussée-d'Ivry,  qui 
pourrait  prêter  à  quekjue  confusion,  est  actuellement  porté  par  un  village 
(Eure-et-Loir,  cant.  d'Anet)  situé  sur  la  rive  opposée  de  l'Eure,  au  débouché 
de  la  Vesgre,  le  long  de  la  route  qui  prolonge  les  ponts  d'Ivry. 

3.  Sur  l'eiret  produit  dans  Paris  par  la  prise  d'Ivry,  voir  Journal  d'un  Bour- 
geois de  Paris,  éd.  Tuetey,  p.  191. 

4.  Sur  Nogent-le-Roi  et  les  petites  places  nommées  ci-après,  voir,  sauf  excep- 
tion, ultérieurement.  Annexe  5. 

5.  Verneuil-en-Perche,  aujourd'hui  Verneuil-sur-Avre  (Eure,  ch.-l.  de  cant., 
arr.  d'Évreux). 

6.  Tillières-sur-Avre,  à  deux  lieues  environ  au-dessous  de  Verneuil  (Eure, 
cant.  de  Verneuil). 

7.  Châteauneuf-en-Thimerais,  entre  Avre  et  Eure  (Eure-et-Loir,  ch.-l.  de 
cant.,  arr.  de  Dreux). 

8.  Crécy-Couvé,  entre  Avre  et  Eure  (Eure-et-Loir,  arr.  de  Dreux). 

9.  Courville,  à  la  lisière  du  Petit-Perche,  dans  la  haute  vallée  de  l'Eure 
(Eure-et-Loir,  ch.-l.  de  cant.,  arr.  de  Chartres). 

10.  Maillebois,  entre  Eure  et  Avre  (Eure-et-Loir,  cant.  de  Châteauneuf-en- 
Thimerais). 

11.  Senonches,  à  la  lisière  du  Haut-Perche  (Eure-et-Loir,  ch.-l.  de  cant.,  arr. 
de  Dreux),  alors  en  cet  endroit  la  plus  avancée  des  places  françaises. 

12.  Beaumont-les-Autels,  sur  la  route  de  Nogent-le-Rotrou  à  Bonneval  (Eure- 
et-Loir,  cant.  d'Authon,  arr.  de  Nogent-le-Rotrou). 

13.  Bonneval,  sur  le  Loir,  à  quatre  lieues  environ  au-dessus  de  Châleaudun 
(Eure-et-Loir,  ch.-l.  de  cant.,  arr.  de  Châteaudun) ,  alors  en  cet  endroit  la 
plus  avancée  des  places  françaises. 

14.  Sur  Châteaudun,  voir  ci-dessus,  les  Partisans  et  les  lignes  françaises. 


442  LA   GUERRE    DE    PARTISANS 

va  rejoindre  les  places  de  Beau  ce,  forts  détachés  qui  couvrent 
Orléans.  Une  autre  chaîne  de  châteaux  et  d'enceintes,  du  côté  de 
Paris,  Étampes,  BrétencourtS  Rochefort-en-Yveline^  et  Ram- 
bouillet, s'allonge  aussi  vers  la  nouvelle  conquête.  Montlhérj, 
Marcoussis,  Orsay ^  ont  beau  être  réduits  depuis  l'été  précédent, 
ces  forteresses  jalonnent  encore  la  route  de  Paris.  Ivrj  sert  de 
pont  qui  les  relie  aux  résistances  du  Perche  et  du  Maine,  encore 
organisées  et  vivaces. 

Géraud  de  la  Pallière  s'est  jeté  dans  le  château  avec  une  gar- 
nison de  choix,  un  gros  de  400  hommes  d'armes,  à  cheval  pour 
la  plupart,  compagnie  de  gens  d'élite  «  tout  de  renom ^  ».  Une 
armée  bourguignonne,  menée  par  le  sire  de  TIsle-Adam,  expé- 
dié par  Phihppe  le  Bon  à  la  requête  des  Parisiens  inquiets, 
en  août  1423,  s'est  en  vain  présentée  devant  la  place,  premier 
assaut  demeuré  jusqu'ici  ignoré,  et  qui  atteste  l'émoi  jeté  dans 
Paris  même  par  la  surprise  de  cette  position  menaçante.  Le  suc- 
cès de  la  journée  de  la  Gravelle  paraît  avoir  balayé  ce  corps 
de  siège  insuffisant^.  Libre  d'entraves,  la  garnison  d'Ivry,  de 
l'automne  de  1423  au  printemps  de  1424,  reprend  et  continue 
ses  courses  jusqu'à  la  forêt  de  Breteuil*',  menaçant  Damville^  où 
se  tient  un  poste  anglais^,  entrant  à  Condé-sur-Iton,  inquiétant 

1.  Brétencourt,  à  la  naissance  du  plateau  de  Boauce,  aux  sources  de  l'Orge 
(Seine-ef-Oisc,  cant.  de  Dourdan,  cornm.  de  Saint-Martin  de  Brétencourt). 

2.  Rochefort-en-Yveline,  sur  l'un  des  aflluenls  de  l'Orge,  dans  la  région  de  la 
forêt  de  Uaiabouillet  (Soine-et-Oise,  cant.  de  Dourdan). 

.3.  Sur  ces  trois  |)laces,  voir  ci-dessus,  le  Pays  d'Auge. 

4.  Journal  d'un  Bourgeois  de  Paris,  éd.  Tuetev,  j).  19'4. 

5.  Sur  les  circonstances  du  premier  siège  d'Ivry,  voir  ci-dessous,  Annexe  4. 

6.  Pour  ces  faits,  rémission  i)our  Robin  Dcsloges,  journalier,  de  Goderville, 
dans  le  pays  de  Caux,  fixé  à  Damville,  fait  prisonnier  et  enrôlé  i)ar  les  Fran- 
çais d'Ivry,  lequel  «  fut  avecques  aucuns  desdis  adversaires  en  la  ville  de 
Condé  ».  Doc.  en  date  d'août  1425  :  faits  remontant  à  «  deux  ans  ou  environ  ». 
Arch.  nat.,  JJ  173,  n»  218. 

7.  Damville,  sur  l'iton  (Eure,  ch.-l.  de  cant.,  arr.  d'Évreux). 

8.  Le  poste  de  Damville  est  alors  commandé  par  un  personnage  dénommé 
«  James  Acroq  »  (Arch.  nat.,  JJ  173,  n"  218),  sur  lequel  on  ne  voit  pas  d'autre 
renseignement.  Dans  les  dernières  années  de  roccu|)ation,  en  1447,  on  trouve 
John  Acrost,  écuyer,  pourvu  d'un  commandement  de  colonne  volante.  (Bibl. 
nat.,  Cab.  des  Titres,  P.  or.,  Acrost,  n"  2-3.)  Un  personnage  du  nom  de  Pierre 
Crost,  Croft,  de  Crost,  of  Croft,  avait  reçu  la  seigneurie  de  Dainville.  conlis- 
quée  sur  Jean  II  de  Montmorency,  par  lettres  de  Henry  V,  en  date  de  Rouen, 
le  19  avril  1419.  {Rôles  norm.  et  franc.,  n'  423;  cf.  Partie  des  dons  faits  par 
Henry  V,  p.  5,  dans  Mém.  de  la  Soc.  des  antiqxiaires  de  Normandie,  3°  série, 


DANS  LA  HAUTE  NORMANDIE.  443 

la  place  même  d'EvreuxS  au  delà  de  laquelle  ses  cavaliers  se 
montrent  à  plusieurs  reprises,  dans  le  village  de  Cierrey^,  dans 
le  village  de  Dardez  3,  sur  la  route  de  Louviers-*.  Les  Français 
d'Ivry  sont  en  relations  avec  les  compagnies  de  partisans, 
jusque  dans  un  rayon  d'une  incroyable  étendue.  Ils  recrutent  des 
déserteurs  anglais  du  voisinage.  Français  égarés  dans  les  rangs 
ennemis^  :  des  gens  du  pays  vont  et  viennent  entre  Ivry  et 
Evreux*'  :  dans  les  hameaux  d'alentour,  ils  trouvent  des  guides, 
des  pourvoyeurs  de  vivres'.  De  l'autre  extrémité  de  la  Norman- 
die, comme  on  l'a  vu,  les  insurgés  du  pays  de  Bray  leur  expédient 
les  prisonniers  qu'ils  font  sur  l'ennemi,  les  captifs  de  marque, 
trésors  vivants  qu'il  s'agit  de  conserver  en  lieu  sûr^.  Cette  année 
même,  en  avril,  la  surprise  de  Gaillon  par  la  compagnie  fran- 
çaise qui  vient  d'évacuer  Compiègne  leur  a  tendu  un  précieux 
jalon  et  planté  une  menace  de  plus  en  pays  ennemi^.  D'Ivry  à 


t.  III,  année  1858.)  Il  était  mort  à  la  date  du  5  décembre  suivant.  {Rôles, 
n°  698.)  —  Voir  Ange  Petit,  Notes  historiques  sur  Damville,  dans  Recueil 
des  travaux  de  la  Société  de  l'Eure,  3°  série,  t.  V,  années  1857-1858,  p.  221- 
349.  —  Dans  la  liste  des  places  conquises  par  Henry  V,  Damville  figure  ayant 
comme  capitaine  Christopher  Corven.  {Rôles,  n"  1359.)  —  Voir  ci-dessous, 
p.  471.  n.  6. 

1.  Pour  ces  faits  :  rémission  pour  Massot  Dubusc,  pelletier,  d'Ivry,  fixé  tour 
à  tour  à  Ivry,  Évreux  et  Ivry,  soupçonné  d'avoir  participé  «  à  certaine  courerie 
que  l'en  avoit  faicte  vers  la  ville  d'Évreux  et  es  faubourcs  d'icelle  ».  Doc.  en 
date  de  mars  1425  :  faits  remontant  à  l'époque  de  «  la  prise  ou  ravissement  » 
d'I\Ty.  Arch.  nat.,  JJ  173,  n"  87. 

2.  Cierrey,  sur  le  plateau  entre  Eure  et  Iton,  à  deux  lieues  environ  et  à 
mi-dis(ance  de  Pacy-sur-Eure  à  Évreux  (Eure,  cant.  de  Pacy). 

3.  Dardez,  sur  le  plateau  entre  Eure  et  Iton,  à  deux  lieues  environ  au  nord 
d'Évreux,  à  une  faible  distance  à  l'est  de  la  route  d'Évreux  à  Louviers  (Eure, 
cant.  de  Pacy). 

4.  Rémission  pour  Durand  Morel,  cultivateur,  de  Cierrey  prés  Évreux,  ayant 
servi  de  guide  à  un  détachement  français,  «  par  lequel  lieu  de  Cierrey  noz 
ennemis  et  adversaires,  à  certaine  journée  passée,  ainsi  qu'ils  alèrent  faire  une 
course  en  la  ville  de  Dardes  près  nostredicte  ville  d'Évreux,  passèrent,  »  puis 
étant  allé  rejoindre  les  Français  d'Ivry.  Doc.  en  date  de  juin  1425  :  faits  remon- 
tant à  «  deux  ans  ou  environ  ».  Arch.  nat.,  JJ  173,  n°  166. 

5.  Piémission  pour  Robin  Desloges,  fixé  à  Damville,  citée.  Arch.  nat.,  JJ173, 
n»  218. 

6.  Rémission  pour  Massot  Dubusc,  d'Ivry,  citée.  Arch.  nat.,  JJ  173,  n"  87. 

7.  Rémission  pour  Durand  Morel,  de  Cierrey,  citée.  Arch.  nat.,  JJ  173,  n"  166. 

8.  Ci-dessus,  les  Partisans  et  les  lignes  françaises. 

9.  On  a  vu  la  prise  de  Compiègne  par  une  bande  française,  le  2  janvier  1424, 


444  LA   GUERRE  DE   PARTISANS 

Gaillon,  par  la  vallée  de  l'Eure,  que  dans  cette  courte  section  ne 
maîtrise  aucune  place,  dix  lieues  seulement  se  déroulent  :  la  dis- 
tance est  aisée,  le  cheminement  facile  entre  les  deux  puissantes 
forteresses  où  flottent  à  présent  les  bannières  de  France.  Depuis 
la  seconde  semaine  de  mai,  Gaillon,  il  est  vrai,  se  trouve  investi 
et  destiné  à  une  chute  prochaine*.  Mais  Ivry,  avec  son  comman- 
dant alerte,  sa  cavalerie  bien  montée,  toujours  en  route  et  par  les 
chemins,  partout  à  la  fois,  en  course  ou  en  coup  de  main,  qui 
menace  et  affame  la  Normandie^  reste  et  demeure  le  pivot  prin- 
cipal de  la  grande  opération  tactique  qui  se  prépare,  et  que  tous 
les  symptômes  destinent  à  devenir  l'occasion  de  quelque  furieux 
corps  à  corps. 

C'est  aux  états  généraux  de  Selles  en  Berry,  ouverts  le  12  mars 
1424 ^  que  Charles  VII,  sortant  de  son  inaction  systématique, 
esquisse  les  premières  lignes  de  ce  grand  mouvement  offensif  sur 
lequel  se  fondent  tant  d'espoirs.  Le  rendez-vous  de  l'armée,  avec 
ban  et  arrière-ban,  est  fixé  à  la  mi-mai,  sur  la  ligne  de  la  Loiret 

la  reddition  de  la  place  vers  le  4  avril  et  la  surprise  de  Gaillon,  le  16  avril. 
{Les  Partisans  et  les  lignes  françaises.) 

C'est  à  ce  début  de  l'an  1424,  immédiatement  à  la  suite  du  séjour  de  Phi- 
lippe le  Bon  à  Paris,  en  février  1424,  que  les  auteurs  de  l'Histoire  de  Bour- 
gogne ont  placé  à  tort  l'occupation  de  Beaumont-sur-Oise  par  les  Français, 
opération  qui,  dans  cette  hypothèse,  se  relierait  à  ces  faits  de  guerre.  On  a  vu 
que  cet  événement  doit  se  trouver  reporté,  en  réalité,  entre  septembre  et 
novembre  précédent. 

1.  Ci-dessus,  les  Partisans  et  les  lignes  françaises. 

2.  Un  document  contemporain  présente  un  tableau  intéressant  des  entreprises 
de  la  garnison  française  d'Ivry  :  «  Deux  ans  a  ou  environ,  alors  que  noz  enne- 
mis et  adversaires  tenoient  et  occuppoient  noz  ville  et  chastel  et  forteresse 
d'Ivry,  iceulx  nos  ennemis  à  puissance  de  gens  d'armes  et  de  trait  faisoient  de 
jour  en  jour  continuelment  plusieurs  et  diverses  courses  en  nostre  pa'is  et 
duchié  de  Normandie  et  ailleurs,  tant  devant  noz  villes  et  chasteaulx  et  forte- 
resses comme  au  plat  pays,  et  fouloyent  et  grevoyent  nos  hommes  et  subgez 
en  mainte  manière  tant  de  racnçons  comme  autrement,  en  telle  manière  qu'il 
a  convenu  nostre  ])ovre  peuple  estant  et  demourant  au  plat  pays  soy  estre 
appatissié  à  grant  somme  de  deniers  pour  ce  et  à  tin  qu'il  peust  vivre  et  labou- 
rer et  aussi  pour  obvier  à  greigneur  inconvéniens...  »  Rémission  pour  Durand 
Morel,  de  Cierrey,  citée.  Arch.  nat.,  JJ  173,  n"  166. 

3.  Sur  tous  ces  faits,  de  Beaucourt,  Hist.  de  Charles  Vil,  t.  II,  p.  15, 
63-64,  70. 

4.  Ibid.,  p.  64,  70.  Cf.  la  déposition  du  religieux  franciscain  frère  Etienne 
Chariot,  dont  il  sera  question  en  son  lieu,  jiortant  mention  de  l'ouverture  de  la 
campagne  au  10  mai. 


é 


DANS  LA  HAUTE  NORMANDIE.  445 

L'Auvergne^  et  le  Limousin  ^  le  Languedoc  ^  et  le  Dauphiné^ 
ont  levé  toute  leur  noblesse.  Des  contingents  bretons  y  figurent 
aussi=,  bandes  fraîchement  recrutées,  ou  vieux  soldats  du  parti 
d'Armagnac,  embauchés  naguère  à  la  suite  de  Tanneguy  du  Chas- 
tel  et  de  ses  compagnons  de  lutte.  Cinq  cents  lances  italiennes^, 
peut-être  autant  d'Espagnols ^  faisant  partie  des  forces  levées 
avec  l'appui  du  duc  de  Milan^  et  l'assentiment  du  roi  de  Castille^, 
cinq  mille  Ecossais^",  triés  dans  le  nouveau  corps  débarqué 
récemment  sur  la  côte  de  Bretagne",  et  parmi  eux,  de  vaillance 

1.  Raoulet,  éd.  V.  de  Viriville,  p.  184;  de  Beaucourt,  Hist.  de  Charles  VII, 
p.  70,  p.  19,  n.  3. 

2.  Ibid.,  id. 

3.  De  Beaucourt,  Hist.  de  Charles  VII,  t.  II,  p.  70,  p.  19,  n.  3. 

4.  Raoulet,  éd.  V.  de  Viriville,  p.  184;  Berry,  éd.  Godefroy,  p.  372;  Mons- 
trelet,  éd.  Douët  d'Arcq,  t.  IV,  p.  195;  V.  de  Viriville,  Hist.  de  Charles  VII 
et  de  son  époque,  t.  I,  p.  407;  Delachenal,  les  Gentilshommes  dauphinois  à  la 
bataille  de  Verneuil.  {Bulletin  de  l'Académie  delphinale,  3"  série,  t.  XX, 
année  1885,  p.  347-358.) 

5.  Berry,  éd.  Godefroy,  p.  372. 

6.  «  ...  Les  Lombars  sur  l'une  des  aisles  (l'aile  droite),  qu'on  estimoit  à 
environ  cinq  cents  hommes,  lances  au  poing...  »  {Chron.  de  la  Pucelle,  éd. 
V.  de  Viriville,  p.  224.)  —  Cette  appréciation  de  la  quantité  du  contingent  ita- 
lien, émanant  d'un  chroniqueur  du  camp  français,  doit  être  préférée,  à  ce  (ju'il 
semble,  à  l'évaluation  du  Journal  d'un  Bourgeois  de  Paris,  porté  à  exagérer  la 
force  de  l'armée  française  et  qui  élève  leur  nombre  à  3,000.  (Éd.  Tuetey, 
p.  197.)  Berry  les  estime  à  un  millier  environ.  (Éd.  Godefroy,  p.  371.) 

7.  «...  Le  visconte  de  Narbonne  et  sa  bataiUe,  en  laquelle  estoient  tous  les 
Espaignolz...  »  {Raoulet,  éd.  V.  de  Viriville,  p.  186.) 

8.  De  Beaucourt,  Hist.  de  Charles  VII,  t.  II,  p.  15,  64-65,  342.  —  Des  com- 
pagnies milanaises  servaient  dans  l'armée  française  depuis  le  commencement 
de  1422.  {Ibid.,  t.  I,  p.  342-343.)  Un  récent  renfort  de  six  cents  lances  et  mille 
hommes  de  pied  venait  de  passer  en  France  en  1423.  {Berry,  éd.  Godefroy, 
p.  370;  cf.  Raoulet,  éd.  V.  de  Viriville,  p.  183-184.) 

9.  De  Beaucourt,  Hist.  de  Charles  VII,  p.  64-65,  309-313.  —  Quoique  aucun 
traité  en  forme  ne  semble  avoir  été  passé  avec  la  Castille  depuis  la  révolution 
de  1418  {Ibid.,  t.  I,  p.  319-320),  des  bandes  espagnoles  servaient  dans  les  rangs 
français,  au  moins  dès  la  bataille  de  Gravant,  livrée  le  31  juillet  1423.  {Berry, 
éd.  Godefroy,  p.  370.)  Les  Espagnols  figurant  dans  la  «  bataille  »  du  vicomte 
de  Narbonne  représentaient  les  corps  échappés  au  licenciement  si  strictement 
prescrit  par  l'ordonnance  récente  de  Charles  VII  en  date  de  Selles,  le  30  jan- 
vier 1424,  qui  ne  conservait  que  les  Écossais  et  les  Lombards,  avec  quatre  cents 
lances.  (Quicherat,  Rodrigue  de  Villandrando,  P.  just.,  n°  2,  p.  211-212;  de 
Beaucourt,  Hist.  de  Charles  VU,  t.  III,  P.  just.,  n"  7,  p.  495-496.) 

10.  «  ...  La  bataille  des  Escoçois,  où  estoient  environ  mille  hommes  nobles  et 
trois  ou  quatre  mille  combatans...  »  {Raoulet,  éd.  V.  de  Viriville,  p.  187.) 

11.  De  Beaucourt,  Hist.  de  Charles  VII,  t.  II,  p.  337,  339,  63-64,  15.  —  Ce 


446  LA   GUEERE   DE   PARTISANS 

hors  de  pair,  deux  mille  highlanders  aux  couleurs  de  leurs 
clans*,  composent  l'eSectif  des  contingents  étrangers.  Et,  cadre 
plus  solide,  masse  plus  ferme  encore,  toutes  les  compagnies  fran- 
çaises, entraînées  et  aguerries,  qui  se  tiennent  aux  frontières, 
toujours  à  cheval  et  au  danger,  celles  du  Maiue,  du  Perche,  de 
la  Beauce,  les  débris  de  la  campagne  de  Picardie  ^  toutes  ces 
troupes  d'élite,  qui  n'ont  pas  combattu  en  ligne  depuis  si  long- 
temps, sont  présentes  et  prêtes,  impatientes  de  choc  et  de  bataille. 
Le  roi  français  parle  enfin  d'action  personnelle,  de  commande- 
ment directement  exercé.  Le  but  et  le  dessein  de  la  campagne 
transparaît  nettement.  C'est  une  armée  d'invasion  qui  va  s'enga- 
ger sur  le  terrain  conquis,  à  contre-flot  de  l'expansion  continue 
de  l'ennemi,  pour  chercher  le  contact,  pour  enfin  tenir  une  jour- 
née, imprudence  suprême  ou  divination  bien  fondée,  dont  va 
décider  le  hasard. 

En  même  temps,  les  négociations  avec  la  cour  de  Bourgogne 
se  précisent  et  prennent  forme.  Le  traité  inespéré  d'Abbiate- 
Grasso,  passé  le  17  février  1424  avec  Philippe-Marie  Visconti, 
duc  de  Milan,  et  qui  liait  en  faisceau,  autour  de  Charles  VII, 
avec  le  puissant  prince  italien ,  le  royaume  de  Castille  et  la 

corps  se  composait  de  dix  mille  hommes,  d'après  la  lettre  citée  ci-après.  Ou 
bien  faut-il  les  réduire  à  six  mille  cinq  cents,  d'après  un  article  de  compte? 
{Ibid.,  p.  15,  n.  6.)  La  Chronique  de  la  Pucelle  (éd.  V.  de  Viriville,  p.  221- 
222),  suivie  par  Chartier  (éd.  V.  de  Viriville,  p.  40),  dit  que  le  débarquement 
s'eftectua  à  la  Rochelle  et  que  le  corps  auxiliaire  se  composait  de  quatre  à  six 
mille  combattants. 

1.  Il  semble  difficile  d'interpréter  autrement  ce  passage  d'une  lettre  de 
Charles  VII  aux  habitants  de  Tournai,  en  date  de  Tours,  le  25  févTier  1424, 
dans  lequel  le  roi  parle  des  dix  mille  soldats  écossais  qu'il  attend,  dont  «  deux 
mille  Escos  sauvages  à  haches  ».  (De  Beaucourt,  Hist.  de  Charles  VU,  t.  II, 
p.  63.) 

2.  Les  Français  de  race,  si  dédaignés  par  l'entourage  qui  conduit  alors 
Charles  VII,  composèrent  à  Verncuil  les  «  batailles  »  à  pied  de  Jean  d'IIar- 
court,  comte  d'Aumale,  et  du  duc  d'Alençon  {Raoulet,  éd.  V.  de  Viriville, 
p.  187),  ainsi  que  l'aile  gauche  de  cavalerie,  sous  Saintrailles,  La  Hire,  Jean  de 
la  Haye,  baron  de  Coulonces,  le  sire  d'Estissac  et  le  vaillant  officier  que,  faute 
de  documents,  on  est  encore  obligé  d'appeler  Le  Roussin  {Raoulet,  p.  186  ; 
Moiisfrelel,  éd.  Douët  d'Arcq,  t.  IV,  p.  193;  Wavrhi,  éd.  William  Hardy, 
t.  1422-1431,  p.  111)  :  cette  aile  ne  comprenait  eu  tout  que  deux  cents  lances 
selon  Chartier  (éd.  V.  de  Viriville,  t.  I,  p.  43),  trois  cents  selon  la  Chronique  de 
la  Pucelle  (éd.  V.  de  Viriville,  p.  225),  ou  quatre  cents  selon  Raoulet  (p.  186) 
et  la  Chronique  de  Normandie  (éd.  Hellot,  p.  73)  ;  Beiry  l'évalue  à  un  millier 
environ  (éd.  Godefroy,  p.  371). 


DANS  LA  HAUTE  NORMANDIE.  447 

régence  d'Ecosse  ^  venait  d'affermir  singulièrement  au  dehors  la 
politique  nationale  française  et  de  lui  assurer  un  crédit  imposant 
qu'elle  était  à  peine  en  mesure  d'ambitionner.  Un  essai  de  récon- 
ciliation avec  Pliilippe  le  Bon,  appuyé  parle  rapprochement  déjà 
opéré  avec  le  duc  de  Bretagne  Jean  V^,  devenait  dès  lors  pos- 
sible et  sortait  des  régions  de  la  chimère.  Or,  dans  ce  printemps 
de  1424,  la  convention  préparatoire  adoptée  à  Nantes,  le  18  mai, 
sous  les  auspices  du  duc  Jean  V,  en  a  esquissé  les  premiers 
traits  ^  L'intervention  réitérée  du  duc  de  Savoie  Amédée  VIII, 
le  grand  apôtre  de  la  paix*,  les  accentue  bientôt  et  renouvelle  les 
négociations  engagées  naguères,  à  la  fin  de  1422,  à  la  mort  de 
Henry  V  et  de  Charles  VI  et  restées  interrompues  depuis  l'acte 
sans  portée  passé  à  Bourg-en-Bresse,  le  20  janvier  1423=. 

En  conséquence  de  la  convention  de  Nantes,  des  courriers  et 
des  missions  s'échangent  donc,  entre  la  Flandre  et  la  Bretagne, 
de  mars  à  juin,  pendant  le  séjour  de  Philippe  le  Bon  dans  ses 
Etats  du  Nord,  puis,  après  le  retour  du  duc  à  Dijon,  pendant  tout 
le  mois  de  juillet,  entre  la  Bourgogne  et  la  Savoie,  centre  de  con- 
ciliation d'où  rayonnent  des  espérances  de  paix^. 

De  ce  rapprochement  vont  seulement  sortir,  à  la  fin  d'août, 

1.  Sur  le  traité  d'Abbiate-Grasso,  de  Beaucourt,  Hist.  de  Charles  VII,  t.  II, 
p.  341. 

2.  Sur  ce  rapprochement  avec  le  duc  de  Bretagne,  Ibid.,  t.  II,  p.  64,  71-73, 
352-353. 

3.  Convention  inconnue  jusque-là,  découverte  recemraentseulementparM.de 
Beaucourt  aux  Archives  de  Turin.  {Ibid.,  t.  II,  p.  353-356.) 

4.  Le  duc  régnant  de  Savoie,  Amédée  VIII,  a  pour  mère  Bonne  de  Berry, 
fille  de  Jean,  duc  de  Berry,  frère  de  Charles  V,  et  sœur  de  la  duchesse  Marie 
de  Bourbon  :  Bonne  de  Berry,  veuve  d' Amédée  VII,  avait  épousé,  depuis,  Ber- 
nard VII,  comte  d'Armagnac,  le  célèbre  connétable,  chef  du  parti  baptisé  de 
son  nom.  Rattaché  ainsi  au  parti  français,  Amédée  VIII  avait  épousé  Marie  de 
Bourgogne,  fille  de  Philippe  le  Hardi,  duc  de  Bourgogne,  frère  de  Charles  V, 
et  se  trouvait  ainsi  l'oncle  par  alliance  de  Philippe  le  Bon. 

5.  Sur  les  négociations  de  Bourg-en-Bresse,  de  Beaucourt,  Eist.  de  Char- 
les VII,  t.  II,  p.  318-319,  351-352. 

6.  Sur  ces  missions  successives,  Ibid.,  t.  II,  p.  356-357,  356,  n.  2,  357,  n.  1. 
Philippe  le  Bon,  ([ui  se  trouve  en  mars  à  Amiens,  venant  de  Paris,  passe  le 

printemps  de  1424  en  Flandre  :  il  est  de  passage  à  Paris  du  3  juin  au  5  juil- 
let, séjourne  tout  l'été  en  Bourgogne,  repasse  à  Paris  du  20  octobre  à  la  fin  de 
novembre  et  retourne  l'hiver  en  Bourgogne.  (D.  Plancher,  Hist.  de  Bourgogne, 
t.  IV,  p.  89,  90,  95.) 

Du  27  juillet  au  8  août,  les  ambassadeurs  bourguignons  sont  en  Savoie  :  ils 
repartent  de  Dijon  le  26  août.  (De  Beaucourt,  Hist.  de  Charles  VII,  t.  II, 
p.  357,  n.  3.) 


448  LA   GCERBE   DE   PARTISANS 

les  conférences  de  Chambéry,  négociation  dilatoire  qui  stipulera 
pour  sept  mois,  par  le  traité  du  28  septembre  i,  la  première  de 
ces  trêves  locales,  renouvelables  d'échéance  en  échéance-,  qui 
illusionneront  si  longtemps  les  cauteleux  politiques  de  la  cour 
française.  Mais,  des  bruits  que  font  naître  ces  allées  et  venues  de 
négociateurs  mystérieux,  de  ces  échos  de  pacification  générale, 
de  ces  intentions  de  désarmement  prêtées  au  puissant  duc  de 
Bourgogne  S  jaillit  cependant  et  se  dégage,  vers  l'été  de  1424, 
une  obscure  sensation,  un  frémissement  contagieux  qui  parcourt 
toute  la  France,  qui  la  jette  dans  l'attente  de  quelque  virement 
de  fortune  dont  l'approche  fascine  et  surexcite  les  esprits. 

Les  nobles  normands  et  picards. 

Cette  sourde  fermentation  dont  on  relève  les  traces,  la  secousse 
qui  se  transmet  de  proche  en  proche,  le  sentiment,  à  la  fois  vague 
et  puissant,  qu'un  effort  décisif  est  en  germe,  se  traduisent,  vers 
les  premiers  mois  de  1424,  par  divers  groupes  de  faits  de  portée 
singulière. 

Il  est  un  point  du  territoire,  champ  de  carnage  et  de  guerre 
civile,  puis  de  défense  obstinée,  où  la  lutte  pour  le  sol  vient  de 
cesser  à  peine,  ossuaire  trempé  de  sang  depuis  tant  d'années, 
à  la  surface  duquel,  en  ce  moment,  des  symptômes  intéressants 
se  révèlent.  Les  districts  de  Picardie  voisins  de  la  lisière  nor- 
mande, Ponthieu,  Amiénois,  et,  plus  avant,  le  pays  de  Santerre, 
deviennent  alors  un  terrain  d'observation  précieux  où  s'accu- 
mulent les  indices. 

1.  Traité  de  Chambéry,  du  28  septembre  1424.  {Ibid.,  t.  II,  p.  357-358.) 

2.  La  trêve  courait  du  5  octobre  1424  au  1"  mai  1425. 

3.  Philippe  le  Bon  quitte  Paris  le  5  juillet,  se  rendant  à  Auxerre,  s'y  arrête 
quelques  jours,  demeure  entre  le  16  et  le  18  à  Montbard,  arrive  le  18  à  Dijon, 
où  il  séjourne  jus(|uau  27  août,  pour  préparer  une  série  d'opérations  sur  les 
frontières  du  Maçonnais.  (D.  Plancher,  Hist.  de  Bourgogne,  t.  IV,  p.  90-93.) 

A  Dijon,  dans  cet  intervalle,  il  reçoit  les  nouvelles  de  la  bataille  de  Verneuil, 
livrée  le  17  août.  Il  s'est  contenté  jusque-là  de  dégager  la  petite  place  de  Cham- 
pron,  dans  le  Beaujolais  (Saône-et-Loire,  comra.  et  cant.  de  Chauffailles),  menacée 
par  un  corps  français.  C'est  seulement  alors,  à  la  tin  d'août,  le  résultat  de  la 
campagne  une  fois  connu,  qu'il  entreprend  à  fond  le  siège  des  places  du  Maçon- 
nais encore  occupées,  à  cette  époque,  par  des  forces  françaises,  Tournus,  Bus- 
sière  et  Solutré  (Saône-et-Loire,  arr.  et  cant.  de  Mâcon).  Cette  suite  d'opéra- 
tions, commencée  le  27  août,  était  entièrement  terminée  le  6  octobre,  au  jour 
même  du  début  des  trêves.  {Ibid.,  t.  IV,  p.  91-93.) 


DANS  LA  HAUTE  NORMANDIE,  449 

Cette  région  picarde  est  cependant  une  Bourgogne  du  Nord,  où 
s'est  développé  et  concrète  l'état  d'opinion  qui  a  porté  à  la  fortune 
Jean  Sans-Peur  et  sa  dynastie,  d'où  sont  nées  et  sorties  toutes 
les  manifestations  du  parti,  où  l'étendard  des  ducs  n'est  plus  suivi 
par  esprit  national,  mais  par  passion  politique.  Les  ducs  bour- 
guignons y  sont  même,  depuis  peu,  souverains  féodaux,  au  cœur 
du  pays,  par  la  possession  convoitée  des  trois  chàtellenies  de 
Péronne,  Roye  et  Montdidier,  tombées  en  leurs  mains  dès  la  révo- 
lution de  1418  et  cédées  sans  retour,  il  y  a  quelques  mois  à  peine, 
par  le  gouvernement  anglais  à  ces  inquiétants  alliés  i. 

Des  ferments  de  dissolution,  néanmoins,  commencent  à  s'y 
dégager  et  à  devenir  perceptibles.  Le  mouvement  de  retour  à  la 
cause  nationale  est  puissamment  conduit  et  ouvertement  avoué. 
A  la  tête  de  la  coalition  est  une  des  maisons  seigneuriales  les  plus 
compromises  jusque-là  dans  le  parti  bourguignon,  qui  se  ressai- 
sit alors  et  groupe  autour  d'elle  toutes  les  indignations  qui 
s'ignorent,  toutes  les  répulsions  qui  débordent. 

Sous  l'impulsion  de  Charles  de  Longueval,  chef  de  la  maison 
de  Longueval,  et  de  Renaud  de  Longueval  son  frère,  tout  un 
groupe  de  capitaines  de  Picardie,  fidèles  de  vieille  date,  cepen- 
dant, à  la  cause  bourguignonne,  tous  recrues  de  la  première 
heure,  anciens  combattants  de  la  campagne  du  Ponthieu,  de  la 
conquête  du  comté  de  Guise,  tous  insurgés,  à  l'heure  qu'il  est, 
contre  le  gouvernement  étranger,  se  confédèrent  et  s'enchaînent 
par  un  audacieux  serment^. 

1.  Les  trois  chàtellenies  de  Péronne,  Montdidier,  Roye,  entre  la  Somme  et 
l'Oise,  dont  la  réunion  comprend  presque  tout  le  pays  de  Santerre,  avaient 
été  cédées  temporairement  à  Philippe  le  Bon,  alors  comte  de  Charolais,  dès  le 
8  août  1418,  immédiatement  après  la  rentrée  du  parti  bourguignon  au  pouvoir, 
en  garantie  du  paiement  de  la  dot  de  sa  femme  Michelle  de  France,  tille  de 
Charles  VI,  qu'il  avait  épousée  en  1409.  Michelle  de  France  étant  morte  sans 
enfants,  le  8  juillet  I4'2-2,  Philippe  le  Bon  paraît  s'être  fait  continuer  par  le 
gouvernement  anglais  l'envoi  en  possession  de  cette  importante  accpaisition  ter- 
ritoriale, qui  lui  fut  définitivement  confirmée  par  acte  au  nom  de  Henry  VI,  eu 
date  du  8  septembre  1423.  (D.  Plancher,  Hist.  de  Bourgogne,  t.  IV,  p.  79,  et 
Preuves,  n"  25,  p.  xxviii-xxx.)  —  Philippe  le  Bon,  remarié,  comme  on  sait,  à 
Bonne  d'Artois,  veuve  du  comte  de  Nevers,  le  30  novembre  1424,  conserva  les 
trois  chàtellenies  et  se  les  fit  adjuger  plus  tard,  en  1435,  dans  une  clause  du 
traité  d'Arras  (texte  dans  Monstrelet,  1.  II,  ch.  187),  par  le  gouvernement  fran- 
çais (art.  xx),  avec  les  villes  de  la  Somme,  le  Ponthieu  et  Mortagne  (art.  xxiv). 

2.  Sur  les  faits  qui  suivent,  voir  Monstrelet,  1.  II,  ch.  18  et  20,  éd.  Douët 
d'Arcq,  t.  IV,  p.  187,  188  et  197-198;  et  Fenin,  ad  ann.  1424,  éd.  de  M"°  Du- 

-1895  30 


450  LA    GUERRE    DE   PARTISANS 

Fils  de  Jean  de  LonguevaU,  sire  de  LonguevaP  et  de  The- 
nelles^,  mort  à  Azincourt,  et  de  Marie  de  Hardenthun^  dame  de 
Maison-en-Ponthieu^  Charles,  sire  de  LonguevaP,  lui-même 
ancien  blessé  d'Azincourt,  figure,  depuis  la  grande  levée  de  1417, 
dans  les  rangs  des  plus  ardents  Bourguignons.  Encadré  dès  lors 
dans  l'armée  de  Jean  Sans-Peur,  il  a  pris  part  à  la  marche  sur 
Paris,  en  septembre  1417,  puis  à  la  levée  du  siège  de  Senlis,  en 
mars  1418'.  Accouru  à  la  rescousse  de  Paris,  au  lendemain  de  la 
surprise  exécutée  par  le  sire  de  l'Isle-Adam^,  chargé  d'assurer, 
sitôt  Paris  préservé,  la  réduction  de  Soissons  à  la  cause  bourgui- 
gnonne, capitaine  de  la  place  une  ibis  conquise®,  c'est  lui  qui, 
l'an  suivant,  défend  contre  l'invasion  étrangère,  dans  un  îlot  de 
la  Seine  entre  Vernon  et  Château-Gaillard,  la  forteresse  du  Petit- 
Goulet^",  qu'il  est  contraint  de  rendre  au  duc  de  Clarence,  en 
février  1419^',  un  mois  après  la  capitulation  de  Rouen  *^  Quelques 
mois  plus  tard,  en  décembre,  après  le  drame  de  Montereau,  il 
s'est  trouvé,  à  l'occasion  du  siège  de  Roye,  un  des  premiers 
Français  appelés  à  combattre  cote  à  côte  avec  une  troupe 
anglaise'-^.  Depuis,  il  a  suivi  constamment  la  grande  armée  bour- 

pont,  p.  21G-219.  Il  est  à  noter  que  ces  deux  chroniqueurs  sont  les  seuls  à  rela- 
ter ces  événements  d'ordre  cependant  cajiital.  Le  silence  absolu  de  la  Chronique 
anonyme  connue  sous  le  nom  de  Chronique  des  Cordeliers  (Bibl.  nat.,  ms. 
fr.  23018),  si  bien  renseignée  cependant  sur  toutes  les  choses  de  Picardie  à 
cette  époque,  est  des  plus  singuliers. 

1.  Sur  la  maison  de  Longueval,  La  Morlière,  Recueil  de  plusieurs  nobles  et 
illustres  maisons  du  diocèse  d'Amiens,  à  la  suite  des  Antiquités  d'Amiens, 
p.  85-93;  Bibl.  nat.,  Cab.  des  Titres,  Dossiers  bleus,  Longueval. 

2.  Longueval,  entre  la  Somme  et  TAncre  (Somme,  cant.  de  Combles). 

3.  Thenelles,  dans  la  vallée  de  la  haute  Oise  (Aisne,  cant.  de  llibemont). 

4.  Hardcnthun,  en  Boulonnais  (Pas-de-Calais,  comm.  et  cant.  de  Marquise). 

5.  Maison-en-Ponthieu,  sur  la  lisière  de  l'Artois  (Somme,  cant.  de  Crécy-en- 
Ponthieu). 

6.  Sur  Charles  de  Longueval,  La  Morlière,  loc.  cit.,  et  Cab.  des  Titres,  Dos- 
siers bleus,  Longueval,  cité  à  la  fois  par  Monstrelet  et  Fenin. 

7.  Chron.  dite  des  Cordeliers,  dans  Monstrelet,  t.  VI,  p.  236;  Livre  des 
Trahisons  de  France,  éd.  K.  de  Lettenhove,  ]).  132. 

8.  Monstrelet,  t.  IJI,  p.  252. 

9.  Ckroa.  dite  des  Cordeliers,  dans  Monstrelet,  t.  VI,  p.  257. 

10.  Sur  le  Pelit-Goulel,  voir  ci-dessus.  Sur  la  Seine. 

11.  Capitulation  de  la  place,  en  même  temps  que  celle  du  Grand-Goulet,  le 
26  février  1419.  (Rymer,  Fœdera,  t.  IV,  part,  m,  ]).  95-96.) 

12.  Chron.  dite  des  Cordeliers,  dans  Monstrelet,  t.  VI,  p.  257,  261-262; 
Monstrelet,  t.  III,  p.  292. 

13.  Monstrelet,  t.  III,  p.  365-371;  Fenin,  p.  119;  Chastellain,  éd.  K.  de  Let- 
tenhove, t.  I,  p.  93-102. 


DANS  LA  HAUTE  NORMANDIE.  451 

guignonne,  de  Picardie  jusqu'à  la  triste  jonction  de  Troyes', 
où  il  assistait  au  mariage  de  la  fille  de  Gliarles  VI  avec  Henry  V-'. 
Toujours  aux  côtés  de  Philippe  le  Bon,  il  faisait  partie  de  son 
escorte,  en  juillet  1421,  à  l'aller  et  au  retour,  dans  la  pointe 
rapide  poussée  par  le  duc  de  Bourgogne  d'Amiens  jusqu'à 
Mantes,  pour  tenir  conseil  avec  le  roi  d'Angleterre 3,  et,  quelques 
jours  plus  tard,  il  combattait  avec  son  souverain  à  la  sanglante 
rencontre  de  Mons-en-Vinieu'*,  qui  assure  au  parti  bourguignon 
la  possession  de  la  basse  Picardie ^  Il  y  a  deux  ans  à  peine,  au 
début  de  1422,  Charles  de  Longueval  servait  encore,  sous  Jean 
de  Luxembourg,  dans  la  campagne  de  siège  entreprise  contre 
les  dernières  places  françaises  du  Ponthieu^.  Il  a  épousé  Margue- 
rite de  Divion,  héritière  de  la  seigneurie  de  Divion",  dont  la 
mère  est  issue  de  la  maison  de  Mailly*.  Une  parenté  l'unit  aux 
de  ViUiers,  sires  de  l'Isle-Adam,  qui  écartèlent  de  ses  armes^.  Il 
tient  haut  et  ferme  état  dans  la  région,  et,  par  lui  et  par  son  frère, 
exerce  une  influence  marquée  sur  ses  compagnons  d'armes. 

Renaud  de  Longueval*",  son  frère  cadet,  sire  deThenelles  et  de 
Maison-en-Ponthieu,  est  aussi,  depuis  1417,  de  toutes  les  entre- 
prises bourguignonnes.  Capitaine  de  Pont-Sainte-Maxence,  à  la 

1.  Monstrelet,  t.  III,  p.  375-386;  Livre  des  Trahisons,  p.  148,  155;  Chastel- 
lain,  t.  I,  p.  126,  129,  n,  1. 

2.  Monstrelet,  t.  III,  p.  389;  Chastellain,  t.  I,  p.  135. 

3.  Chron.  dite  des  Cordeliers,  dans  Monstrelet,  t.  VI,  p.  296. 

4.  Mons-en-Vimeu,  aujourd'liui  dénommé  Mons-Boubers,  à  peu  de  distance 
de  la  baie  de  la  Somme  (Somme,  cant.  de  Saint- Valery-sur-Somme). 

5.  Monstrelet,  t.  IV,  p.  62-66;  Chron.  dite  des  Cordeliers,  dans  Monstrelet, 
t.  VI,  p.  301;  Chastellain,  t.  I,  p.  256,  265,  274,  n.  1. 

6.  Monstrelet,  l.  IV,  p.  84. 

7.  Divion,  en  Artois,  entre  Saint-Pol  et  Béthune  (Pas-de-Calais,  cant.  de 
Houdain).  Sur  la  défiguration  possible  du  nom  de  cette  seigneurie,  de  Divion 
en  d'Aumont,  voir  ci-après. 

8.  La  Morlière,  Recueil  des  nobles  maisons,  dans  Antiq.  d'Amiens,  p.  88. 
En  outre,  Marguerite  de  Longueval,  sœur  de  Jean  de  Longueval,  père  de 
Charles  et  de  Renaud,  avait  épousé,  en  troisièmes  noces,  Gilles  de  Mailly,  de 
la  branche  des  seigneurs  d'Authuile  (Somme,  cant.  d'Albert).  Françoise  de 
Mailly,  tille  du  premier  mariage  de  Gilles,  s'était  alliée  à  Gérard  de  Récourt, 
de  la  maison  de  Récourt  dont  on  va  constater  le  rôle.  (P.  Anselme,  Hist. 
généah,  t.  VIII,  p.  657-658,  et  t.  VII,  p.  827.) 

9.  Bibl.  nat.,  ms.  néerlandais  73,  fol.  34  v°  (anc.  fol.  40). 

10.  Sur  Renaud  de  Longueval,  La  Morlière,  loc.  cit.;  Bibl.  nat.,  Cab.  des 
Titres,  Dossiers  bleus,  Longueval;  P.  Anselme,  Hist.  généal.,  t.  III,  p.  622. 
Cité  à  la  fois  par  Monstrelet  et  Fenin. 


452  LA   GOERRE    DE    PARTISANS 

suite  de  la  descente  de  Jean  Sans-Peur  sur  l'Oise  et  sur  Paris, 
combattant  de  la  journée  de  Mons-en-Vimeu,  il  était  encore,  pen- 
dant l'hiver  de  1424,  un  des  chefs  de  corps  occupés  sous  les 
ordres  du  sire  de  l'Isle-Adam,  au  siège  de  Compiègne,  à  la  suite 
de  la  passagère  rentrée  des  routiers  français  dans  la  place*.  Plus 
tard,  en  1438,  on  verra  Renaud  de  Longueval  épouser  Jeanne 
de  Montmorency  2,  fille  de  Pierre,  cadet  de  la  branche  des  sires 
de  Beaussault^  et  de  Breteuil^  toujours  obstinément  demeurée 
fidèle  au  parti  nationaP. 

Le  seigneur  de  Saint-Simon^,  Gaucher  de  Rouvroy,  est  l'ar- 
rière-petit-fils  de  Mathieu  de  Rouvroy',  devenu  sire  de  Saint- 
Simon^,  vers  le  milieu  du  siècle  précédent,  par  son  mariage  avec 
Marguerite  de  Vermandois,  héritière  des  anciens  comtes  de  Ver- 
mandois  issus  de  la  race  carolingienne.  Attaché^  dès  sa  jeunesse 
au  parti  bourguignon,  chambellan  de  Jean  Sans-Peur  dès  1416, 
capitaine  du  château  de  Ribemont  en  1418*",  c'est  encore  un  des 
combattants  fidèles  de  la  journée  de  Mons-en-Viraeu.  Son  frère  **, 
Gilles  de  Rouvroy- Saint -Simon,  seigneur  de  Rasse'^,  n'a  pas 

1.  Livre  des  Trahisons,  p.  135;  Monstrelet,  t.  IV,  p.  67;  Chastellain,  t.  I, 
1).  257;  Livre  des  Trahisons,  p.  176. 

2.  P.  Anselme,  Ilist.  généal.,  t.  III,  p.  622. 

3.  BeaussauU,  Seine-Inférieure,  cant.  de  Forges. 

4.  Breleuil-sur-llon,  Eure,  ch.-l.  de  cant.,  arr.  d'Évreux. 

5.  Séparée  de  la  branche  aînée  depuis  la  mort  de  Matliicu  III,  en  1270,  et 
déjà  alliée  aux  Longueval  par  un  mariage  antérieur.  Les  trois  neveux  de  Pierre 
de  Montmorency  figuraient  alors  dans  les  rangs  français.  Jean  III,  l'aîné,  chef 
de  sa  branche,  a  ses  biens  conlisqués  par  acte  du  18  décembre  1423  et  meurt 
en  1426.  Antoine  et  Hugues,  présents  tous  deux  au  dégagement  de  Saint-Martin- 
le-Gaillard,  en  avril  1419,  sont  tués  à  Verneuil.  Parmi  leurs  sœurs,  l'une  s'al- 
lie aux  d'Harcourt,  l'autre  aux  de  Raineval,  l'aînée  aux  de  Roye,  maisons  dont  il 
va  être  parlé.  (P.  Anselme,  Hist.  généal.,  t.  III,  p.  620-623,  et  du  Chesne,  His- 
toire de  la  maison  de  Montmorency,  p.  171  et  522-547.) 

6.  Sur  la  maison  de  Ilouvroy-Saint-Simon,  P.  Anselme,  Hist.  généal.,  t.  IV, 
p.  395-413,  t.  I,  p.  52-53,  48-51,  21-29. 

7.  Rouvroy  en  Vermandois,  dans  le  voisinage  de  Saint-Quentin  (Aisne,  cant. 
de  Saint-Quentin). 

8.  Saint-Simon,  en  Vermandois,  au  coude  de  la  Somme  (Aisne,  ch.-l.  de 
cant.,  arr.  de  Saint-Quentin). 

9.  Sur  Gaucher  de  Rouvroy,  sire  de  Saint-Simon,  P.  Anselme,  Uist.  généal., 
t.  IV,  p.  397-398.  Cité  i)ar  Monstrelet  seulement. 

10.  P.  Anselme,  Hist.  généal.,  t.  IV,  p.  397. 

11.  Monstrelet,  t.  IV,  p.  67;  Chastellain,  t.  I,  p.  257,  p.  274,  n.  1. 

12.  Sur  Gilles  de  Rouvroy-Saint-Simon,  seigneur  de  Rasse,  P.  Anselme,  Hist. 
généal.,  t.  IV,  p.  406-407.  M.  le  vicomte  Amédée  de  Caix  de  Saint-Aymour  a 


DAXS   LA    HAUTE    ?fORMA\DIE.  453 

quitté  le  parti  du  dauphin,  devenu  maintenant  cause  nationale. 
Il  figure  comme  tel  à  la  rescousse  de  Saint-Martin-le-Gaillard, 
en  août  1419^  à  la  journée  de  Baugé,  en  1421^;  on  le  trouve 
ensuite,  de  bonne  heure,  attaché  à  la  personne  d'Arthur  de  Bre- 
tagne'^, puis  allié  aux  familles  les  plus  françaises  de  Normandie 
par  son  mariage  avec  Jeanne  de  Flocques,  la  fille  de  l'intrépide 
Robert  de  Flocques  et  de  Jacqueline  Crespin^.  Le  sire  de  Saint- 
Simon,  quant  à  lui,  est,  par  divers  aboutissements,  en  divers 
lieux  de  Picardie,  seigneur  de  Flavy-le-Martel%  d'Estouilly^, 
de  Coudun',  de  Pontavesne*,  sur  les  limites  du  Vexin^.  Il  a 
épousé  en  secondes  noces,  deux  ans  auparavant,  le  8  juin  1422, 
Marie  de  Saarbrûck,  nièce*"  de  Guillaume,  sire  de  Châteauvillain, 
et  de  Yolande  de  Châteauvillain,  veuve  de  Jean  lY,  sire  d'Au- 
mont,  remariée  au  beau  Guy  de  Bar",  ces  grands  opposants  de 
Bourgogne  dont  on  reconnaîtra  l'hostilité  persistante  au  système 
de  l'alliance  étrangère*^. 

Jean  de  Mailly'^,  désigné  comme  un  actif  adhérent  du  complot, 
est-il  Jean,  sire  de  Mailly*^  troisième  du  nom,  en  ce  temps  chef 
de  sa  maison!^?  Tout  porte  à  le  croire.  Le  sire  de  Mailly,  en  effet, 

consacré  une  intéressante  notice  à  son  séjour  à  Senlis,  en  qualité  de  bailli, 
après  les  événements  de  1429.  {Causeries  du  Besacier.  Paris,  1892-1895,  2  vol. 
in-16,  t.  I,  p.  128-150.) 

1.  Monstrelet,  t.  III,  p.  336. 

2.  P.  Anselme,  Hist.  généal.,  t.  IV,  p.  406-407. 

3.  Gruel,  éd.  Achille  Le  Vavasseur,  p.  75,  85,  214. 

4.  P.  Anselme,  Hist.  généal.,  t.  IV,  p.  407. 

5.  Aisne,  cant.  de  Saint-Simon. 

6.  Somme,  cant.  de  Ham. 

7.  Oise,  cant.  de  Ressons-sur-Matz. 

8>  Pontavesne,  sur  la  lisière  mal  définie  de  la  région  de  la  Thelle  et  du  Vexin 
(Oise,  cant.  de  Méru,  comm.  de  Montherlant). 

9.  Par  Marie  de  Châteauvillain,  sœur  de  Guillaume  et  de  Yolande,  mariée  à 
Amé  de  Saarbriick,  damoiseau  de  Commercy,  union  dont  était  issue  Marie  de 
Saarbriick,  femme  du  sire  de  Saint-Simon.  (P.  Anselme,  Hist.  généal.,  t.  IV, 
p.  398;  t.  VIII,  p.  534,  427.) 

10.  Ibid.,  t.  VIII,  p.  427. 

11.  Ibid.,  t.  VIII,  p.  427,  et  t.  IV,  p.  873;  Ernest  Petit,  Notice  sur  Guy  de 
Bar,  dans  Avallon  et  V Avallonnais.  Auxerre,  1890,  in-4%  468  p.,  p.  73-83. 

12.  Les  faits  concernant  ces  dispositions  de  plusieurs  maisons  bourguignonnes 
seront  exposés  dans  un  chapitre  ultérieur. 

13.  Sur  la  maison  de  Mailly,  P.  Anselme,  Hist.  généal.,  t.  VIII,  p.  624-663. 

14.  Mailly,  en  Amiénois,  entre  Ancre  et  Authie  (Somme,  cant.  d'Acheux). 

15.  Sur  Jean  III,  sire  de  Mailly,  P.  Anselme,  Hist.  généal.,  t.  VIII,  p.  633. 
Cité  par  Monstrelet  seulement. 


454  LA    GUERRE    DE    PARTISANS 

ne  représente  sa  race  que  depuis  moins  de  trois  ans,  depuis  la 
mort  de  son  frère  aîné,  Jean  II,  tué  sur  le  champ  de  bataille 
de  Mons-en-VimeuS  et  l'habitude  acquise  de  le  mentionner  sous 
son  nom  patronymique,  au  lieu  du  titre  féodal,  expliquerait  aisé- 
ment l'insuffisance  de  ce  signalement  historique.  Jean  III  de 
Mailly  a  épousé  Jeanne  de  Mametz;  il  est  seigneur,  en  Picardie, 
de  Mametz 2,  de  Beaufort-en-Santerre^,  de  Cayeux-en-San- 
terre^;  en  Artois,  de  Bours^;  en  Flandre,  du  Plouich^  et  de 
Ravensberghe".  S'il  ne  faut  nullement  le  confondre,  comme  l'ont 
fait  la  plupart  des  généalogistes,  avec  son  quasi-homonyme  le 
personnage  de  la  famille  de  Milly  connu  sous  le  glorieux  surnom 
de  «  l'Estendard  de  INIilly  »,  lequel  tenait  d'ailleurs  pour  le  côté 
français^  ;  s'il  n'a  guère  marqué  lui  même  dans  l'entourage  bour- 
guignon, ses  trois  cousins,  Ferry,  Nicolas  et  Jean  de  Mailly,  le 
futur  évêque  de  Noyon,  de  la  branche  des  sires  de  Talmas^  sont 
engagés  à  fond  dans  le  parti,  tous  trois  frères  de  Robert,  dit 
Robinet  de  Mailly,  grand  panetier  de  France  après  la  révolution 
de  1418,  arrêté  par  une  mort  accidentelle  dans  sa  haute  et  fruc- 
tueuse carrière'".  Allié  par  le  mariage  d'une  de  ses  sœurs  à  la 
puissante  famille  de  P^rimeux,  qui  vient  de  fournir  le  dernier  bailli 
d'Amiens,  destitué  par  le  roi  anglais,  à  laquelle  appartient  un 
gouverneur  d'Artois",  il  dispose  d'utiles  et  précieuses  influences 

1.  Cf.  Monstrelet,  t.  IV,  p.  63;  Chastellain,  t.  I,  p.  271. 

2.  Somme,  cant.  d'Albert. 

3.  Somme,  cant.  de  Rosières. 

4.  Somme,  cant.  de  Moreuil. 

5.  Pas-de-Calais,  cant.  d'Heuchin. 

6.  Le  Plouich,  château  situé  sur  le  territoire  de  la  commune  de  Phalempin 
(Nord,  cant.  de  Pont-à-Marcq). 

7.  Ravensberghe,  lieu  situé  sur  le  territoire  de  la  commune  de  Merkeghem 
(Nord,  cant.  de  Wormhoudl). 

8.  Sur  ce  personnage,  vraisemblablement  de  la  maison  de  Milly  en  Beauvai- 
sis  (Oise,  cant.  de  Marseille-le-Petit),  voir  ci-dessus,  à  l'occasion  de  la  surprise 
de  l'abbaye  du  Bec  :  le  Lienvin. 

9.  Somme,  cant.  de  Domart-en-Ponthieu. 

10.  Sur  ces  ([uatre  personnages,  P.  Anselme,  Hist.  généal.,  t.  VIII,  p.  653-654, 
624;  Monstrelet,  t.  III,  p.  378,  t.  IV,  p.  73;  Chastellain,  t.  I,  p.  113  et  n.  4, 
où  les  trois  frères  de  Mailly  sont  transformés  par  erreur  en  trois  fils  de  leur 
frère  Robert. 

11.  Marie  ou  Marguerite  de  Mailly,  sœur  de  Jean  III,  épouse  (P.  Anselme, 
Hist.  généal.,  t.  VIII,  p.  632,  et  Bibl.  nat.,  Cab.  des  Titres,  Dossiers  bleus, 
Brimeu),  à  une  date  indéterminée,  Jean  de  Brimeux,  seigneur  de  Humbercourt 
(Somme,  cant.  de  DouUens)  :  la  .seigneurie  de  Brimeux  (Pas-de-Calais,  cant.  de 


DANS   LA   HAUTE   NORMANDIE.  455 

qui  font  de  lui  une  recrue  de  marque  pour  la  conjuration  qui  se 
dessine. 

Du  seigneur*  de  Maucourt^,  dont  il  est  difficile  de  reconnaître 
exactement  la  personnalité,  on  connaît  seulement,  au  cours  de 
sa  carrière  antérieure,  un  de  ces  traits  de  folle  audace  qui  assurent 
une  vie  tout  entière  contre  tout  risque  de  péril,  contre  toute 
variété  d'émotion.  Dans  l'hiver  de  1418-1419 '^  il  était,  avec 
quelques  autres,  dont  Lionnel  de  Bournonville,  le  futur  beau-frère 
de  risle-Adam,  prisonnier  de  La  Hire  dans  la  formidable  forte- 
resse de  Coucy.  Secondés  par  quelques  complices  intérieurs,  sans 
appui  du  dehors,  à  eux  seuls,  ils  ont  égorgé  à  point  des  senti- 
nelles, tué  le  capitaine,  Pierre  de  Saintrailles,  enfermé  le  poste, 
saisi  l'imprenable  donjon,  où  La  Hire,  stupéfait  et  furieux,  à  son 
retour  d'une  course  dans  le  voisinage,  ne  put  même  essayer  de  ren- 
trer. Le  sire  de  Maucourt,  depuis  ce  coup,  s'est  placé  haut  dans 
l'estime  des  routiers,  écheleurs  et  preneurs  de  ville.  Sa  partici- 
pation au  grand  complot  picard,  à  cinq  ans  de  distance,  le  remet 
seule  en  vue.  Mais  d'un  tel  auxiliaire  on  peut  tout  attendre. 

Pierre  de  Recourt^  appartient  à  la  race  des  sires  de  Récourt 
en  Artois^  châtelains  de  Lens,  depuis  plus  d'un  siècle,  alliée  à  une 


Campagne-lez-Hesdin)  était  à  cette  époque  dans  la  maison  Tyrel  de  Poix. 
(P.  Anselme,  Bist.  généal.,  t.  VII,  p.  821-822.)  —  Ce  Jean  de  Brimeux  semble 
fils  de  Denis  de  Brimeux,  seigneur  d'Hurabercourt,  bailli  d'Amiens  jusqu'en 
1421,  mort  vers  1423  ou  1424,  et  neveu  de  David  de  Brimeux,  gouverneur  d'Artois 
(v.p.  457,  n.  5),  qui  porte  quelque  temps  le  titre  de  seigneur  d'Hurabercourt,  puis 
paraît  sous  celui  de  seigneur  de  Ligny  (plusieurs  localités  de  ce  nom  en  Artois  dans 
une  région  commune),  neveu  également  de  Florimond  et  de  Jacques  de  Brimeux, 
tous  trois  chevaliers  de  la  Toison  d'or  à  la  création  de  l'ordre  en  1430.  (Bibl. 
nat.,  Cab.  des  Titres,  Dossiers  bleus,  Brimeu,  et  P.  or.,  Brimeu,  n^Ml,  20,  21  ; 
4,  5,  7;  19.)  —  Denis  de  Brimeux,  père  de  Jean,  bailli  d'Amiens,  sans  doute 
suspect  de  sentiment  national,  comme  les  habitants  d'Abbeville  qui  refusaient 
le  passage  à  l'armée  anglaise,  est  destitué  au  commencement  de  1421  par 
Henry  V,  qui  installe  à  sa  place  l'avocat  Robert  Le  Jeune,  suppôt  du  gouverne- 
ment anglais,  et  bientôt  objet  de  haine  furieuse  pour  toute  la  Picardie.  {Fenin, 
p.  150,  190;  Chastellain,  t.  I,  p.  238.) 

1.  Sur  «  le  seigneur  de  Maucourt  »,  M"°  Dupont,  notes  de  Fenin,  p.  127, 
n.  2.  Cité  à  la  fois  par  Monstrelet  et  Fenin. 

2.  Maucourt,  en  Santerre  (Somme,  cant.  de  Rosières). 

3.  Sur  ce  fait,  Fenin,  p.  127-129;  Monstrelet,  t.  III,  p.  312. 

4.  Sur  la  maison  de  Récourt,  P.  Anselme,  Bist.  généal.,  t.  VII,  p.  826-834. 

5.  Récourt,  près  de  la  Sensée,  entre  Cambrai  et  Douai  (Pas-de-Calais,  cant. 
de  Vitry-en- Artois). 


456  LA    GUERRE   DE   PARTISANS 

branche  de  la  maison  de  Mailly  ^ .  Il  compte  -  parmi  ses  parents 
Charles  de  Récourt,  plus  connu  sous  le  nom  de  Charles  de  Lens, 
installé  dans  la  charge  d'amiral  de  France  après  la  révolution 
de  1418  et  l'un  des  fidèles  de  Montereau^.  Pierre  de  Récourt, 
sujet  direct  des  ducs,  comtes  d'Artois,  paraît  servir  depuis  quelque 
temps,  depuis  1411  au  moins,  dans  les  rangs  bourguignons'^. 
Dans  l'été  de  1421,  pendant  les  opérations  qui  précèdent  la 
journée  de  Mons-en-Vimeu,  il  figure^  sous  les  murs  de  Saint- 
Riquier,  à  côté  de  Lionnel  de  Bournonville  encore,  dans  le  tour- 
noi fameux  de  six  Bourguignons  contre  six  Français,  où  il  a  son 
cheval  tué  sous  lui.  C'est,  comme  on  le  voit,  un  Bourguignon  de 
vieille  date,  non  seulement  d'opinion,  mais  de  service  féodal,  rele- 
vant de  l'Artois  et  non  de  l'ancienne  Picardie  royale,  un  sûr  et 
solide  soldat  du  parti. 

Plus  singulière,  plus  accidentée,  plus  diverse  est  la  physiono- 
mie de- Jean  Blondel^  sire  de  Douriez^  Chef  de  sa  maison,  dont 
les  intérêts  sont  mi  de  Picardie,  mi  d'Artois,  il  est^  maître  du  fort 
château  de  Douriez  en  Artois,  dans  la  basse  vallée  d'Authie, 
seigneur  de  Longvillers  en  Ponthieu^,  de  Toutencourt  en  Amié- 

1.  Mariage  de  Gérard  de  Ri-courl  avec  Françoise  de  Mailh',  fille  du  second 
mariage  de  Gilles  de  Mailly,  de  la  branche  des  seigneurs  d'Aut huile  (Somme, 
cant.  d'Albert),  dans  la  seconde  moitié  du  xiv=  siècle.  (P.  Anselme,  Hist.  généal., 
t.  VII,  p.  827,  et  t.  VIII,  p.  657-658.)  —  Ce  Gilles  de  Mailly,  en  troisièmes 
noces,  épouse  Marguerite  de  Longueval,  tante  de  Charles  et  de  Renaud  de  Lon- 
gue val.  {Ibid.,  id.) 

2.  Sur  Pierre  de  Récourt,  M"°  Dupont,  notes  de  Fenin,  p.  160,  n.  3.  Cité  à 
la  fois  par  Monstrelet  et  Fenin. 

3.  Sur  Charles  de  Lens,  P.  Anselme,  Hist.  généaL,  t.  VII,  p.  826-827,834-835. 

4.  Sur  ce  fait,  M"°  Dupont,  notes  de  Fenin,  p.  160,  n.  3. 

5.  Sur  ce  fait,  Fenin,  ]>.  159-161;  ChasteUain,  t.  I,  p.  245-247. 

6.  Sur  la  maison  Blondel,  Bibl.  nal.,  Cab.  des  Titres,  P.  or.,  Blondel  de  Joi- 
gny,  mémoire  contenu  aux  fol.  90-107.  —  Est-il  besoin  d'ajouter  que  la  généalo- 
gie produite  au  xvr  siècle  [Ibid.,  fol.  108-109),  et  qui  relie  le  rameau  alors  exis- 
tant de  cette  mai.son,  les  Blondel  de  Joigny,  barons  de  Bellebrune,  aux  anciens 
comtes  de  Joigny.  ce  qui  par  là  rattacherait  les  Blondel  de  1424  à  Guy  de  la 
Trémoille,  seigneur  de  Bourbon-Lancy,  comte  de  Joigny  par  alliance,  dont  le 
rôle  aura  lieu  d'être  examiné  plus  tard,  paraît  d'ordre  purement  fantastique? 

7.  «  Deurier,  Dourrier,  Dourier.  »  dans  Fenin,  dans  Monstrelet,  «  Douriets,  en 
Artois,  »  dans  Expilly,  Dictionnaire  géographique  des  Gaules,  art.  Dourietz. 
C'est  Douriez,  sur  la  rive  droite,  la  rive  d' Artois,  de  la  basse  Authic,  à  cinq 
lieues  environ  de  la  côte  (Pas-de-Calais,  cant.  de  Cam|)agne-lez-IIesdin). 

8.  Sur  Jean  Blondel,  P.  or.,  Blondel  de  Joigny,  mémoire  cité,  fol.  95-96. 
Cité  à  la  fois  par  Monstrelet  et  Fenin. 

9.  Somme,  cant.  de  Crécy-en-Ponthieu. 


DANS   LA   HAUTE   NORMANDIE.  437 

nois  ',  de  Tourcoing ^  et  de  Templeuve^  entre  Lille  et  Tournai,  de 
Pamel^  en  Flandre,  Une  de  ses  sœurs  est  entrée  par  mariage  dans 
la  maison  de  Brimeux^  Un  des  siens,  son  père  peut-être,  pourvu  de 
charge  à  la  cour  de  Charles  VI,  passé  dans  les  familiers  de  la  cour 
de  Bourgogne,  premier  écuyer  tranchant  de  Philippe  le  Hardi,  a 
longtemps  couru  l'Italie,  représentant  attitré  de  son  souverain 
dans  les  négociations  compliquées  engagées  par  le  duc  d'Orléans*'. 
Lui-même  a  peut-être,  au  delà  des  monts,  exercé  les  fonctions 
de  capitaine  de  Milan'  et  y  a  pris  pour  femme  une  fille  de  la 
maison  de  San-Severino^.  Fait  prisonnier  sur  le  champ  de 
bataille  d'Azincourt,  où  son  père  et  son  frère  aîné  sont  restés 
parmi  les  morts,  il  a  dû  sa  liberté  à  l'intervention  de  la  comtesse 
de  Hainaut,  la  célèbre  Jacqueline  de  Bavière,  qui  vient  de  fuir 
son  mari  le  duc  Antoine  de  Brabant  et  de  se  réfugier  en  Angle- 
terre, où  se  prépare  son  mariage  avec  le  duc  de  Glocester,  frère 
de  Henry  V^.  Sa  rançon  lui  a  néanmoins  coûté  sa  seigneurie  de 

1.  Somme,  cant.  d'Acheux. 

2.  Nord,  ch.-l.  de  cant.,  arr.  de  Lille. 

3.  Tcmpleuve,  Belgique,  prov.  de  Hainaut,  ch.-l.  de  cant.,  arr.  de  Tournai; 
—  ou  Templeuve,  Nord,  cant.  de  Cysoing. 

4.  Pamel,  Belgique,  prov.  de  Brabant,  arr.  de  Bruxelles,  cant.  de  Lennick- 
Saint-Quentin. 

5.  Mariage  d'Antoinette  Blondel  avec  David  de  Brimeux,  dont  les  parentés  (p.  454, 
n.  11)  ont  été  établies  ci-dessus.  (P.  or.,  Blondel  de  Joigny,  mémoire  cité,  fol.  95  v.) 
Cette  alliance  n'a  rien  que  de  très  vraisemblable.  Mais,  ce  qui  le  paraîtrait 
moins,  serait  le  mariage  que  les  généalogistes  (P.  or.,  Blondel  de  Joigny, 
mémoire  cité,  fol.  95  v°)  font  contracter  à  une  autre  sœur  de  Jean  Blondel, 
Jeanne  Blondel,  avec  un  personnage  de  la  famille  d'Estouteville,  du  nom  de 
Louis  d'Estouteville,  lequel,  devenu  veuf  et  sans  enfants,  se  serait  fait  religieux 
à  l'abbaye  de  Berthaucourt,  près  d'Amiens.  Outre  que  les  généalogies  de  la 
maison  d'Estouteville  qui  font  foi  (P.  Anselme,  Hist.  ge'néal.,  t.  VIII,  p.  87  et 
suiv.;  de  la  Roque,  Hist.  de  la  maison  d'Harcourt,  t.  I,  p.  537  et  suiv.)  ne 
contiennent  nulle  mention  d'un  mariage  de  cette  sorte,  l'abbaye  de  Berteau- 
court  (Berteaucourt-les-Dames,  Somme,  cant.  de  Domart-en-Ponthieu)  était 
une  abbaye  de  femmes.  {Gall.  christ.,  t.  X,  col.  1322-4.)—  Sur  le  rôle  de  Guil- 
laume d'Estouteville,  voir  ci-dessous. 

6.  Bibl.  nat.,  Cab.  des  Titres,  P.  or.,  Blondel  (dossiers  divers),  n"  2  et  3. 
E.  Jarry,  la  Vie  politique  de  Louis  de  France,  duc  d' Orléans,  p.  84,  87,  113,  117. 

7.  Bibl.  nat.,  Cab.  des  Titres,  P.  or.,  Blondel  de  Joigny,  mémoire  cité, 
fol.  95-9G. 

8.  Ibid.,  id.  Elle  est  désignée  sous  le  nom  de  «  Catherine  de  Saint-Severin  », 
défiguration  sous  larpielle  il  est  difficile  de  ne  pas  reconnaître  la  famille  ita- 
lienne de  San-Severino. 

9.  La  mise  en  liberté  de  Jean  Blondel,  à  la  requête  de  la  duchesse  Jacfpieline, 


458  LA    GUERRE   DE   PARTISANS 

Pamel,  vendue  par  lui  200  couronnes  d'or  à  son  frère  Oudart 
BlondeP.  Quand  il  a  touché  la  terre  de  France,  après  six  ans  de 
captivité,  dans  l'été  de  1421,  il  n'a  pu  rentrer  dans  son  lieu  fort 
de  Douriez,  qui  vient  d'être  enlevé  par  les  bandes  françaises  de 
Picardie  et  qu'occupe  alors  le  redouté  Saintrailles  en  personnel 
Après  la  journée  de  Mons-en-Vimeu,  Saintrailles  prisonnier 
à  son  tour,  Jean  Blondel,  ne  comptant  que  sur  lui-même,  a  mené 
au  siège  de  sa  forteresse 3,  —  fait  rare  et  singulier,  —  tous 
les  paysans  armés  du  plat  pays,  commandés  par  les  grands 
abbés  de  Valloires^  et  de  Dommartin=,  appuyés  par  un  corps 
de  gentilshommes  du  pays,  sous  la  conduite  du  vieil  Olivier 
de  Brimeux^  Un  traité  adroit  a  vidé  le  château  de  ses  occu- 
pants, et  Jean  Blondel  y  est  rentré  sans  brèche  ni  combat. 
Douze  jours  plus  tard,  retour  imprévu  de  fortune,  il  était  repris 
de  nouveau,  dans  une  course  imprudente,  par  une  troupe  fran- 
çaise qui  court  encore  le  pays'.  En  novembre  seulement,  il  peut 

est  datôp  du  10  juin  1421.  (Rymor,  Fœdera,  t.  IV,  part,  iv,  p.  32,  dans  K.  de 
Lcttenhove.  notes  de  Chastellain,  t.  I,  p.  217,  n.  2.)  C'est  le  jour  in.Hne  du 
départ  de  Henry  V  pour  la  France,  doù  il  ne  devait  pas  revenir.  {Chastellain, 
t.  I,  p.  236.)  La  duchesse  Jacqueline  était  passée  en  Angleterre,  après  sa  fuite 
romanesque  et  bien  connue  en  compagnie  de  Louis  de  Robersart,  vers  la  tin  de 
l'hiver  de  1420-1421.  (Rymer,  Fœdera,  t.  IV,  part,  iv,  p.  8,  dans  K.  de  Letten- 
hove,  notes  de  Chastellain,  1. 1,  p.  214,  n.  1,  et  Chron.  dite  des  Cordeliers,  dans 
Monstrelet,  t.  VI,  p.  291.) 

1.  Bibl.  nat.,  Cab.  des  Titres,  P.  or.,  Blondel  de  Joigny,  mémoire  cité,  id. 

2.  M"'  Dupont,  Pièces  just.  de  Fenin,  n°  20,  p.  296-299;  cf.  Fenin,  p.  162; 
Monstrelet,  t.  IV,  p.  49,  68;  Chastellain,  t.  I,  p.  242.  Le  château  était  com- 
mandé par  Pierre  Blondel  et  paraît  avoir  été  pris  en  juillet.  (P.  just.  de  Fenin, 
toc.  cit.) 

3.  Sur  ce  fait.  Chron.  dite  des  Cordeliers,  dans  Monstrelet,  t.  VI,  p.  304-305. 
Cf.  Fenin,  p.  171;  Monstrelet,  t.  IV,  p.  168. 

4.  Valloires,  abbaye  de  l'ordre  de  Cîteaux,  située  sur  la  rive  gauche,  la  rive 
picarde,  de  la  basse  Authie,  un  peu  en  aval  de  Douriez  (Somme,  cant.  de  Rue, 
comm.  d'Argoules).  On  voit,  cités  vers  cette  époque,  les  abbés  Senaud,  men- 
tionnés en  1398,  et  Jean  IV,  en  1466.  {Gall.  christ.,  t.  X,  col.  1335.) 

5.  Dommartin,  abbaye  de  l'ordre  de  Prémontré,  située  sur  la  rive  droite,  la 
rive  d'Artois,  de  l'Authie,  en  amont  de  Douriez  (Pas-de-Calais,  cant.  de  Iles- 
din,  comm.  de  Tortefontaine).  L'abbé  est  alors  Jean  VII  Le  Seneschal,  de  1418 
à  1438.  {Gall.  christ.,  t.  X,  col.  1351.) 

6.  «  ...  Aucuns  gentilzhommes  du  pays,  entre  lescjuclz  cstoit  messire  Olivier 
de  Brimeu,  moult  ancien  chevalier.  »  {Monstrelet,  t.  IV,  p.  68.)  On  ne  distingue 
pas  le  rattachement  de  ce  personnage  aux  autres  membres  de  la  maison  de 
Brimeux  déjà  cités. 

7.  Chron.  dite  des  Cordeliers,  dans  Monstrelet,  t.  VI,  p.  304-305. 


DANS  LA  HAUTE  NORMANDIE,  459 

se  faire  échanger,  avec  tout  un  lot  de  Bourguignons  contre  un 
groupe  de  prisonniers  français  parmi  lesquels  figure  encore  Sain- 
trailles^  Commandant  de  Saint-Valery-sur-Somme  après  la  prise 
delaplace  sur  Jacques  d'Harcourt  en  septembre  1422^  peut-être 
alors  pourvu  des  charges  de  capitaine  d'Abbeville  et  de  maré- 
chal de  Ponthieu,  qu'il  paraît  avoir  occupées  =^,  il  est  le  plus  haut 
placé,  le  plus  résolu,  le  plus  dangereux  adversaire  que  le  système 
anglo-bourguignon  puisse  rencontrer  dans  la  région. 

Tous  ces  léodaux,  seigneurs  terriens  ou  du  métier  des  armes, 
ont  une  même  aversion  qui  les  rapproche,  une  même  rancune  à 
satisfaire.  Tous  sont  à  bout  de  patience,  outrés  et  hors  d'eux- 
mêmes,  sous  les  vexations  et  les  outrages  que  leur  réserve  Jean 
de  Luxembourg,  lieutenant  général  du  gouvernement  anglo- 
bourguignon  en  ces  parages,  et  dont  la  hauteur,  les  convoitises, 
le  sans-gène  offensant  les  acculent  invinciblement,  sans  tenir 
compte  d'aucun  risque,  à  une  rupture  ouverte  et  à  un  soulève- 
ment d'ensemble. 

Jean  de  Luxembourg,  de  la  branche  des  seigneurs,  depuis 
comtes  de  Ligny,  issus  de  la  maison  de  LuxembourgS  qui^  sert 
dans  les  rangs  bourguignons  depuis  1411  ^  est,  depuis  la  grande 
levée  de  1417',  investi  des  commandements  supérieurs  pour  les- 
quels sa  naissance,  son  goût  de  la  guerre,  son  furieux  esprit  de 
parti  le  marquent  tout  naturellement.  Sire  de  Beaurevoir  en 
Vermandois,  dont  il  porte  le  titre ^,  pourvu  dans  le  voisinage  du 
beau  comté  de  Guise,  confisqué  en  sa  faveur,  en  1422,  sur  les 
princes  de  la  maison  d'Anjou  ^  il  est  dans  la  contrée  le  lieutenant 

1.  Ibid.,  p.  306;  Monstrelet,  t.  IV,  p.  73. 

2.  Chron.  dite  des  Cordeliers,  dans  Monstrelet,  t.  VI,  p.  323;  iMd.,  t.  IV, 
p.  130-131. 

3.  Bibl.  nat.,  Cab.  des  Titres,  P.  or.,  Blondel  de  Joigny ,  mémoire  cité, 
fol.  95-96. 

4.  Sur  la  maison  de  Luxembourg,  Nicolas  Vignier  et  du  Cliesne,  Histoire  de 
la  maison  de  Luxembourg,  et,  pour  la  branche  des  seigneurs,  puis  comtes  de 
Ligny  (Ligny-en-Barrois,  Meuse,  ch.-l.  de  cant.,  arr.  de  Bar-le-Duc),  P.  An- 
selme, Hist.  généal.,  t.  III,  p.  721-738. 

5.  Sur  Jean  de  Luxembourg,  Ibid.,  t.  III,  p.  725. 

6.  Monstrelet,  t.  II,  p.  166. 

7.  Nommé  en  tête  de  tous  les  seigneurs  de  Picardie,  par  la  Chronique  dite 
des  Cordeliers,  dans  Monstrelet,  t.  VI,  p.  236,  et  par  Monstrelet,  t.  III,  p.  214. 

8.  Beaurevoir,  aux  sources  de  l'Escaut,  à  l'extrémité  du  Vermandois,  vers 
le  Cambrésis  et  la  Thiérache  (Aisne,  cant.  du  Catelet). 

9.  Acte  de  Charles  VI,  en  date  du  siège  de  Meaux,  en  février  1422,  faisant 


460  LA   GUERRE   DE   PARTISANS 

accrédité  des  ducs  de  Bourgogne*,  et,  d'une  campagne  à  l'autre, 
il  ne  descend  guère  de  cheval,  infatigable,  adroit,  intrépide  et 
portant  presque  toujours  la  réussite  avec  lui.  Mais  son  caractère, 
sa  passion  d'amasser,  la  brutalité  méprisante  avec  laquelle  il 
traite  ses  compagnons  d'armes,  livrant  à  ses  soldats  leurs  terres 
et  leurs  villes,  comme  pays  conquis  et  biens  à  prendre,  ont  levé 
contre  lui  d'implacables  fureurs^. 

Le  sire  de  Maucourt  et  lui  sont  en  état  d'âpre  rancune  depuis 
cinq  ans,  depuis  la  scène  qui  a  suivi  le  coup  de  main  de  Concy^,  où 
Maucourt  a  joué  le  rôle  que  l'on  sait,  le  couteau  à  la  main,  à  la 
tête  de  la  poignée  d'hommes  qui  a  surpris  la  magnifique  forte- 
resse. Mandé  en  toute  hâte,  pour  venir  mettre  Coucy  en  état  de 
défense  contre  un  retour  de  l'ennemi,  Jean  de  Luxembourg,  une 
fois  introduit  dans  le  château,  a  arraché  d'autorité  aux  premiers 
occupants  tout  le  riche,  le  splendide  butin  si  hardiment  conquis 
par  eux,  et  dont,  selon  la  loi  du  temps,  ils  se  croyaient  les  for- 
tunés possesseurs.  Non  content  de  ce  rapt,  qui  violait  tous  les 
usages  de  la  guerre,  il  a  voulu,  à  la  suite  d'une  discussion  vio- 
lente, faire  décapiter  Maucourt  sur  la  place,  et  l'absence  d'un 
bourreau,  ce  jour-là,  a  seule  sauvé  la  vie  à  son  audacieux  adver- 
saire^  qui  se  souvient,  qui  patiente  et  attend  l'heure^. 

Avec  Charles  de  Longueval,  l'offense  est  plus  profonde  encore, 
car,  cette  fois,  Jean  de  Luxembourg  a  dû  plier.  Dans  les  pre- 
mières semaines  de  1420,  après  la  reprise  de  Roye,  première 
opération  commune  du  parti  bourguignon  et  des  forces  anglaises, 

(Ion  à  Jean  de  Luxembourg,  sire  de  Beaurevoir,  de  la  «  comté,  terre  et  sei- 
gneurie de  Guise,  en  Thiérache,  »  échue  au  roi  par  la  forfaiture  des  enfants  de 
feu  Louis  II,  duc  d'Anjou,  mort  en  1417.  (Arch.  nat.,  JJ  172,  n'  241,  cité  par 
Longnon,  les  Limites  de  la  France,  p.  63.) 

1.  Dès  la  fin  de  1417,  après  le  licenciement  de  la  grande  armée  bourgui- 
gnonne descendue  de  Picardie  sur  Paris,  Jean  de  Luxembourg  est  inslitué 
commandant  du  pays  de  Santerre,  à  Montdidier,  Roye  et  Péronne.  (Monstrelet, 
t.  III.  p.  239,  315,  t.  IV,  p.  10.)  Il  paraît,  depuis  le  commencement  de  1422,  à 
l'époque  du  don  de  la  comté  de  Guise,  avoir  exercé  les  fonctions,  plus  hautes, 
de  capitaine  général  de  Picardie.  (De  Beaucourt,  Hist.  de  Charles  VII,  t.  I, 
p.  51-52.) 

2.  Voir  Monstrelet.  t.  IV,  p.  187  et  188. 

3.  Sur  ce  fait,  Monstrelet,  t.  III,  p.  310-313;  Fenin,  p.  127-128. 

4.  «  Auquel,  s'il  eût  eu  bourrel  ou  autre  homme  qui  l'eust  voulu  exécuter, 
il  lui  eust  lors  fait  copper  la  teste  sans  nul  remède.  »  {Monstrelet,  t.  III, 
p.  312.) 

5.  «  ...  Par  le  grant  couroux  fju'il  avoit  à  luy.  »  {Fenin,  p.  128.) 


é 


DANS   LA   HAUTE   NORMANDIE.  464 

un  gros  de  Français,  sorti  de  la  place  avec  sauf-conduit,  a  été 
attaqué  en  retraite,  déloyalement,  par  un  corps  anglais  et  par 
quelques  écuyers  picards  affolés  de  pillage*.  Parmi  eux  était  le 
bâtard  de  Divion,  frère  de  la  femme  de  Charles  de  Longueval. 
Réclamé  par  Jean  de  Luxembourg,  qui,  avec  raison,  veut  le  faire 
juger  pour  l'exemple,  le  bâtard  de  Divion  est  obstinément  refusé 
par  son  beau-frère  de  Longueval,  qui  finalement  le  garde  à  l'abri 
et  conserve  le  dessus.  Le  sire  de  Beaurevoir  est  allé  pourtant  jus- 
qu'aux menaces,  mais  a  dû  reculer,  hésitant  devant  l'emploi  de 
la  force,  le  risque  d'un  combat  en  règle  ou  d'un  siégea  Charles 
de  Longueval  et  lui  ne  se  sont  jamais  pardonné  l'injure^. 

Vers  quelle  époque  exacte  ces  mécontentements  prennent-ils 
corps,  ces  sourdes  répulsions  s'affirment -elles  assez  haut  pour 
entraîner  l'entente  et  le  concert,  l'idée  d'une  action  commune  et 
d'un  appel  aux  armes?  Il  serait  difficile  de  le  préciser.  Des  brèves 
mentions  fournies  par  les  deux  seuls  textes  qui  ont  gardé  mémoire 
de  cet  héroïque  épisode,  il  ressort  seulement,  d'une  façon  absolue, 
que  le  fait  de  la  conjuration  coïncide  avec  l'époque  où  se  prépa- 
rait, entre  Loire  et  Seine,  le  grand  choc  dont  l'attente  enfiévrait 
la  France  entière^. 

1.  Sur  ce  fait,  Monstrelet,  t.  III,  p.  368-371  ;  Fenin,  p.  122-124;  Chastellain, 
t.  I,  p.  93-102. 

2.  «  Et  pour  ce  lui  fut  dit  que,  s'il  ne  le  bailloit,  ledit  de  Luxembourg  l'yroit 
querre  de  force  en  son  logis.  Et  lors  ledit  seigneur  de  Longueval  dist  que,  se  il 
y  aloit  et  il  n'estoit  le  plus  fort,  il  ne  le  emmenroit  pas.  et  que  ançois  conseil- 
leroit  qu'on  le  tuast.  »  (Monstrelet,  t.  III,  p.  370.) 

3.  Le  récit  de  Monstrelet  (t.  IV,  p.  187-188),  auteur  dont  les  indications 
chronologiffues,  comme  on  sait,  sont  si  rares,  place  l'exposé  des  faits  relatifs  à 
la  ligue  picarde  entre  la  reddition  à  terme  d'Ivry  aux  Anglais  (p.  186),  qui  a 
lieu  le  5  juillet,  et  les  préparatifs  de  \^  journée  convenue  pour  le  15  août,  les- 
quels se  font  dans  les  premiers  jours  de  ce  même  mois  (p.  188).  La  répression 
du  soulèvement,  dans  Monstrelet,  est  relatée  immédiatement  après  le  récit  de  la 
bataille  de  Verneuil,  du  17  août  (p.  197-198).  Pierre  de  Fenin,  qui  raconte  tous 
ces  faits  d'un  seul  trait,  place  la  ligue  de  Roye  et  ses  conséquences  avant  et 
après  la  rencontre  de  Verneuil  (p.  217-219).  Après  avoir  décrit  la  formation  de 
la  conjuration  et  annoncé  qu'elle  ne  put  donner  le  résultat  espéré,  il  ajoute  : 
«  Et  aussi  le  roy  Charles  perdy  en  ce  temps  moût  de  ses  gens  à  la  bataille  de 
Verneul  ou  Perche,  comme  en  autre  lieu  sera  desclarié,  dont  les  seigneurs  des- 
susdis  furent  fort  rompus  de  leurs  propos  »  (p.  217-218). 

4.  Cette  époque  des  approches  immédiates  de  la  bataille  de  Verneuil  est  celle 
qu'assigne  à  la  conjuration  de  Roye  Vallet  de  Viriville  {Hist.  de  Charles  VII 
et  de  son  époque,  t.  I,  p.  425-426),  et  que  confirme  M.  de  Beaucourt  {Hist.  de 
Charles  Vil,  t.  II,  p.  16). 


462  LA   GOERRE   DE   PARTISANS 

C'est  à  Roye,  la  petite  place  picarde  du  Santerre,  entre  Noyon 
et  Amiens  S  vers  le  printemps  de  1424,  que  se  groupent  et  se 
réunissent  les  audacieux  conjurés.  Les  excès,  les  violences  de 
Jean  de  Luxembourg  et  de  ses  troupes,  depuis  la  reprise  de  leurs 
cantonnements  d'hiver,  à  la  fin  de  la  campagne  de  1423  dirigée 
contre  la  comté  de  Guise-,  ont  mis  le  comble  à  leur  irritation,  à 
leur  entrain  de  représailles.  Ils  prennent  pour  lieu  d'assemblée, 
pour  centre  de  conciliabules  et  de  conseils,  la  ville  fermée  autour 
de  laquelle  ils  se  sentent  en  nombre,  dans  leurs  terres  et  leurs 
châteaux.  Prise  et  reprise  au  cours  de  la  guerre  civile^,  la  place 
fait  partie,  depuis  quelques  années,  du  domaine  propre  des 
ducs^  La  seigneurie  du  lieu  est  dans  la  maison  de  Roye^,  alors 
représentée  par  Mathieu  III,  un  prisonnier  d'Azincourt,  engagé 
dans  le  parti  bourguignon'^,  mais  qu'on  trouve  aussi  allié  par  son 
second  mariage  à  la  branche  demeurée  constamment  française 
des  Montmorency,  seigneurs  de  Beaussaultet  deBreteuil.  Mathieu 
de  Roye  est  ainsi  cousin  germain  de  Jeanne  de  Montmorency, 
unie  plus  tard  à  Renaud  de  LonguevaP.  Roye  est  à  portée  des 
conjurés,  lieu  commode  de  ralliement,  de  concentration  possible 
pour  tous  les  affiliés,  tous  «  de  cette  forte  race  du  Santerre, 

1.  Roye,  sur  l'Avre  (Somme,  ch.-l.  de  cant.,  arr.  de  Monldidier). 

2.  «  ...  Après  qu'ils  estoient  retournez  des  courses,  sièges  et  assemblées  que 
par  avant  avoit  faictes  messire  Jehan  de  Luxembourg  pour  la  conqueste  de  la 
conté  de  Guise.  »  [Monstrelet,  t.  IV,  p.  187.) 

Cette  campagne  avait  commencé  en  septembre  1423  [Livre  des  Trahisons, 
]).  172,  et  Chron.  dile  des  Cordeliers,  ms.  fr.  23018,  fol.  442  v°)  :  elle  avait  été 
marquée  {Livre  des  Trahisons,  p.  172)  par  le  siège  de  Wiège  (Aisne,  cant.  de 
Sains-Richaumont,  arr.  de  Vcrvins),  et,  le  16  octobre  (Chron.  dite  des  Cordeliers, 
ms.  fr.  23018,  fol.  543  v),  par  la  prise  de  Nouvion-eu-Thiérache  (Aisne,  cb.-l. 
de  cant.,  arr.  de  Vervins).  La  retraite  avait  été  commandée  à  la  suite  de  pluies 
diluviennes,  «  sy  grand  Élus  deaues  que  le  charroy  cliargiés  de  bombardes  ne 
povoit  hors  des  fanges,  i)ar  quoi  il  donna  congiet  à  ses  gens  jusques  au  prin- 
temps. »  [Livre  des  Trahisons,  p.  172.) 

3.  Surprise  en  1411,  et,  comme  on  l'a  vu,  en  1419,  par  les  Armagnacs  et  les 
partisans  du  dauphin  Charles. 

4.  Aux  mains  des  princes  de  Bourgogne  depuis  1418,  et  délinitivement  depuis 
le  8  septembre  1423,  comme  on  vient  de  le  voir. 

5.  Sur  la  maison  de  Roye,  P.  Anselme,  Hist.  géne'al.,  t.  VIII,  p.  G-15. 

6.  Sur  Mathieu  III  de  Roye,  Ibid.,  p.  12-13. 

7.  Mariage  avec  Catherine  de  Montmorency,  fille  d'Hugues  de  Montmorency, 
seigneur  de  Beaussault  et  de  Breteuil,  frère  lui-même  de  Pierre,  beau-père  de 
Renaud  de  Longueval.  [Ibid.,  p.  622.)  Sur  les  trois  frères  de  Catherine  et  leur 
rôle  dans  le  parti  français,  voir  ci-dessus. 


DANS   LA   HAUTK    NORMANDIE.  463 

qui  passait  au  moyen  âge  pour  la  plus  énergique  de  tout  le 
royaume*.  » 

Depuis  le  4  mars  précédent,  Le  GrotoyS  le  dernier  réduit  de 
Jacques  d'Harcourt  dans  la  Picardie  maritime,  est  irrévocable- 
ment Anglais^.  Mais,  de  l'autre  côté  de  l'Oise,  dans  la  comté  de 
Guise,  le  parti  français  tient  encore.  La  guerre  s'y  poursuit  depuis 
la  fin  de  1422%  avec  des  retours  de  chance  et  de  revers.  Depuis 
la  fin  de  l'hiver^,  Jean  de  Luxembourg  est  dans  le  pays^,  où  il 
vient  d'enlever  Oisy  et  Wiège'.  Ses  forces  sont  rassemblées, 
depuis  le  29  juin,  devant  la  ville  même  de  Guise,  qui  se  défend 
durement^.  Le  moment  est  donc  bien  choisi  pour  une  prise 
d'armes  générale.  L'exemple  de  Saintrailles,  qui,  cet  hiver,  sorti 
brusquement  de  la  comté  de  Guise,  a  enlevé  la  forteresse  de  Ham, 
est  fait  pour  séduire  toutes  les  imaginations.  Jean  de  Luxembourg 
ne  sera  pas  là,  comme  alors,  pour  faire  déloger  les  hardis  com- 
pagnons qui,  sur  une  place  ou  l'autre,  pourront  renouveler  cet 
exploit^.  L'heure  est  bonne,  la  chance  complice  et  l'occasion  mûre. 


1.  Siméon  Luce,  la  Mort  de  Charles  V,  dans  la  France  pendant  la  guerre  de 
Cent  am,  2"  série,  p.  76. 

2.  Le  Crotoy,  assiégé  le  24  juin  1423,  capitule  le  5  octobre,  pour  le  terme  du 
3  mars  1424.  (V.  de  Viriville,  Hist.  de  Charles  VII  et  de  son  époque,  t.  I, 
p.  396.) 

3.  Don  du  comté  de  Guise  à  Jean  de  Luxembourg,  en  février  1420.  (Longnon, 
les  Limites  de  la  France,  p.  63.) 

4.  On  vient  de  voir  l'interruption  de  la  campagne  à  l'automne  de  1423.  Pen- 
dant l'hiver,  une  course  devant  Hirson,  le  30  novembre  1423,  et  la  prise  de 
Mondrepuis  (Aisne,  cant.  d'Hirson,  arr.  de  Vervins)  paraissent  seules  à  signa- 
ler. {Livre  des  Trahisons,  p.  173.) 

5.  «  Ou  mois  d'avril  ensuivant,  messire  Jehan  de  Luxembourg  assarabla  ses 
gens  d'armes.  »  {Monstrelet,  t.  IV,  p.  179.) 

6.  Oisy,  sur  la  haute  Sambre  (Aisne,  cant.  de  Wassigny,  arr.  de  Vervins). 
Siège  en  février  1424,  capitulation  le  23  avril  pour  le  terme  du  5  mai.  [Chron. 
dite  des  Cordeliers,  ms.  fr.  23018,  fol.  447.) 

7.  Wiège,  près  de  la  haute  Oise  (Aisne,  cant.  de  Sains-Richaumont,  arr.  de 
Vervins).  Siège  le  30  avril,  capitulation  le  25  mai.  (Ibid.,  fol.  447  v°.) 

8.  Guise,  sur  la  haute  Oise  (Aisne,  ch.-l.  de  cant.,  arr.  de  Vervins).  Siège  le 
29  juin  {Ibid.,  fol.  448),  capitulation  le  18  septembre,  pour  le  terme  du  1"  mars 
1425.  (V.  de  Viriville,  Hist.  de  Charles  VII  et  de  son  époque,  t.  II,  p.  8.) 

9.  Ham,  sur  la  Somme  (Somme,  ch.-l.  de  cant.,  arr.  de  Péronne).  Sur  le  fait 
de  l'occupation  passagère  de  Ham,  voir  Monstrelet,  t.  IV,  p.  172-173,  qui  place 
l'événement  au  13  octobre  1424;  la  Chronique  dite  des  Cordeliers,  ms.  fr.  23018, 
fol.  445,  qui  le  met  au  13  décembre;  le  Livre  des  Trahisons,  p.  173-175,  dont 
le  récit  offre  quekjue  dissemblance  quant  à  la  durée  de  l'occupation. 


464  LA   GDERRE   DE   PARTISANS 

De  premiers  pourparlers  ont  lieu,  qui  semblent  avoir  réuni  de 
nombreux  adhérents,  à  Roye  même,  pour  discuter  un  plan  com- 
mun d'action  ^  Deux  partis  paraissent  s'y  être  manifestés,  l'un 
d'attente,  consistant  à  sommer  Jean  de  Luxembourg  d'avoir  à 
cesser  ses  actions  et  violences,  l'autre,  plus  brusque,  et  qui  semble 
avoir  prévalu,  d'une  prise  d'armes  générale  dont  le  jour  serait  à 
fixer.  Triés  forcément  par  cette  décision  redoutable,  ceux  qui 
persistent  dans  leur  volonté  d'insurrection  continuent  leurs  assem- 
blées secrètes.  Réduits  encore,  au  moment  des  résolutions  der- 
nières, par  l'abandon  d'un  groupe  d'hésitants,  il  en  subsiste 
encore  assez  d'intrépides  pour  se  prêter  mutuellement  serment ^ 
pour  dresser  un  plan  grandiose,  auquel  un  hasard  peut  donner 
fortune.  Au  jour  dit,  dans  toutes  les  places  aux  mains  des  affiliés, 
dont  les  conjurés  se  trouvent  seigneurs  suzerains  ou  commandants 
de  par  le  duc  de  Bourgogne,  le  complot  doit  éclater  à  la  fois,  le 
nom  du  roi  Charles  se  crier  ensemble  et  partout^;  il  se  peut  qu'en 
une  nuit,  qu'en  un  jour,  sur  une  nouvelle  venue  d'entre  Vendôme 
et  Évreux,  la  Picardie  tout  entière,  d'un  effort  spontané,  d'un 
irrésistible  élan,  se  retrouve  jalonnée  de  forteresses  françaises. 

Gomment,  dans  de  pareilles  conditions,  peut-il  se  faire  qu'on 
retrouve  Charles  de  Longueval  dans  les  rangs  de  la  grande  armée 
anglo- bourguignonne,  en  Normandie,  aux  alentours  d'Ivry, 
dans  les  premiers  jours  d'août  ?  Comment  le  voit-on  réalisant  sur 
les  bords  de  l'Eure,  la  veille  de  la  mortelle  bataille,  la  défection 
qui  devait  s'effectuer  dans  un  des  châteaux  de  Santerre?  C'est 
cependant  là,  de  nuit,  au  long  de  quelque  bois  en  plaine,  entre 
Évreux  et  Verneuil,  qu'il  va  quitter  au  galop  de  son  cheval  le 
dernier  campement  de  l'armée  anglaise'*.  Le  secret  des  conjurés 

1.  Sur  ces  faits,  Monstrelet,  t.  IV,  p.  187-188;  Fenin,  p.  216-219. 

2.  Il  paraît  bien  y  avoir  eu  trois  gradations  dans  la  ligue  picarde  :  une  pre- 
mière série  d'assemblées,  d'où  se  retirent  avant  discussion  tous  ceux  ([ui  pré- 
fèrent parlementer  avec  Jean  de  Luxembourg;  une  seconde,  d'où  s'écartent 
encore  ceux  qui  n'osent  pas  hasarder  un  soulèvement  immédiat  à  main  armée;  ne 
demeurent  dans  la  ligue  active  que  ceux  décidés  à  s'exposer  à  tous  les  risques. 

3.  «  ...  Et  se  conclurent  ensemble  de  eulx  tourner  du  tout  du  parti  du  roy 
Charles,  et  mirent  dedcns  plusieurs  villes  et  forteresses,  dont  les  ungs  estoient 
seigneurs  et  les  aultres  capitaines,  gens  de  par  eulx  les  plus  fors.  »  (Monstrelet, 
t.  IV,  p.  188.) 

4.  Sur  les  circonstances  de  son  passage  dans  le  camp  français,  voir  ci-après, 
p.  475-480. 


I 


DANS   LA    HAUTE   NORMANDIE.  465 

picards  était  donc  singulièrement  bien  gardé,  le  lien  qui  les  sou- 
dait entre  eux  aussi  étroit  que  redoutable. 

Telle  est,  à  la  veille  du  choc  imminent  qui  se  prépare,  l'œuvre 
secrète  accomplie  par  les  Longueval,  les  Jean  Blondel  et  leurs 
alliés.  Communes  du  plat  pays,  leurs  abbés  à  leur  tête,  comme 
naguère  au  siège  de  Douriez,  petits  gentilshommes  ruraux,  féo- 
daux du  métier  des  armes,  ne  seraient  pas  longs  à  retrouver  leurs 
chefs  naturels,  et,  en  dépit  de  toute  passion  politique,  leur  sens 
de  Français,  si  le  mouvement  partait  de  haut,  si  l'exemple  venait 
des  plus  forts  et  des  mieux  armés.  Diversion  opportune  et  formi- 
dable, occultement  en  puissance  et  en  germe,  qui  apparaît  brus- 
quement comme  une  menaçante  et  profonde  fissure  dans  l'édifice 
disparate  de  l'alliance  anglo-bourguignonne. 

Si  maintenant,  de  la  lisière  des  régions  picardes,  le  regard  se 
pose  ailleurs,  si,  quittant  les  frontières  du  Ponthieu  et  du  pays 
de  Caux,  l'attention  se  reporte  vers  l'organe  vital,  vers  l'instru- 
ment même  de  la  conquête,  les  indices  constatés  seront  au  moins 
aussi  caractéristiques  et  aussi  lourds  de  menaces.  Dans  l'armée 
anglaise,  recrutée  de  Normands,  de  Picards,  de  Français  de  race 
fondus  dans  la  masse  étrangère,  les  prévisions  se  traduisent  en 
faits  palpables,  les  symptômes  se  transfigurent  en  actes  certains 
et  précis.  Pour  observer  rigoureusement  le  phénomène,  pour  en 
guetter  les  phases  diverses  et  fugitives,  il  convient  de  se  trans- 
porter, aux  écoutes  et  les  yeux  rivés  sur  les  moindres  circons- 
tances, entre  Evreux,  Ivry  et  Yerneuil,  vers  les  instants  qui  pré- 
cèdent le  grand  choc  désormais  imminent,  quelques  jours  ou 
quelques  heures  avant  le  heurt  des  deux  formidables  armées  qui 
cherchent  leur  approche  et  leur  mortel  contact. 

Vers  la  mi-juin  1424,  le  gouvernement  anglais,  qui  tient  déjà 
Gaillon  bloqué  depuis  le  8  mai,  se  décide  à  faire  investir  la  for- 
teresse d'Ivry,  dont  la  position  avancée,  la  menace  toujours  pré- 
sente devient  une  obsession  sans  trêve.  Le  12  juin,  le  comte  de 
Sufiblk  est  devant  la  placée  Le  5  juillet,  avant  l'apparition  du 
corps  de  secours  français  qui  paraît  s'être  organisé  pour  la  levée 
du  siège 2,  Giraud  de  la  Pallière  a  capitulé,  pour  le  terme  pro- 

1.  Date  des  premières  montres  d'armes  du  comte  de  Suffolk  devant  Ivry. 
(Ch.  de  Beaurepaire,  de  l'Adm.  anglaise  en  Normandie,  p.  47.) 

2.  On  a  trace  d'une  concentration  de  forces  anglaises,  en  date  du  24  juin, 
prescrite  pour  le  3  juillet  à  Vernon.  Ces  troupes  devaient  marcher  sur  Ivry  pour 
repousser  les  Français,  qui,  disait-on,  se  proposaient  de  venir  combattre  le  corps 

^893  3^ 


^66  LA   GUERRE    DE   PARTISANS 

chain  du  15  août'.  Si  le  15  août,  à  l'issue  de  «  la  nuit  de  l'As- 
somption Notre-Dame  »,  entre  le  lever  du  jour  et  trois  heures  de 
l'après-midi  2,  une  armée  française  ne  se  présente  pas  pour  «  tenir 
la  journée  »,  la  forteresse  et  sa  garnison,  les  vies  sauves,  devront 
irrévocablement  se  rendre  à  l'assiégeant  vainqueur^.  Dans  les 
deux  camps,  chacun  sent  qu'autour  de  ce  défi,  par  une  de  ces 
circonstances  médiocres  qui  mettent  en  jeu  des  forces  fatales  et 
supérieures,  chacun  sent  et  devine  que  va  se  jouer  une  partie 

d'armée  assiégeant.  (Siméon  Luce,  Chron.  du  Mont-Saint-Michel,  Pièces  just., 
t.  I,  n"  26.) 

1.  Cil.  de  Beaurepaire,  loc.  cit. 

2.  Monstrelet  (t.  IV,  p.  186),  répété  pour  ce  chapitre  par  (voir  la  note  qui  suit) 
le  chroniqueur  Jean  de  Wavrin  (t.  1422-1431,  p.  98-99),  dit  textuellement  :  «  Pro- 
mettant à  livrer  ladicte  forteresse  la  nuit  de  lAssumption  Nostre-Danie.  »  Wavrin, 
au  récit  de  la  journée  du  15  août  (t.  1422-1413,  p.  100),  chai)itre  où  sa  narration 
prend  une  remar([uable  valeur  originale,  dit  expressément  ([u'à  deux  heures  de 
l'après-midi  Bedford  se  mit  en  balaille  devant  le  château,  en  attendant  l'heure 
exacte  de  la  reddition,  et  que,  peu  après,  «  droit  à  l'heure  qui  estoit  prinse  de 
la  place  rendue  »,  Géraud  de  la  Pallière  vint  en  remettre  les  clefs  au  régent,  ce 
([ui  ne  permet  guère  d'assigner  à  l'échéance  de  la  capitulation  un  autre  terme 
([ue  celui  de  trois  heures. 

Le  texte  de  la  capitulation  à  terme  d'Ivry  n'a  malheureusement  pas  été  con- 
servé. Mais,  pour  cette  même  année  1424,  on  possède  ceux  de  la  reddition  du 
Crotoy  (5  octobre  1423-3  mars  1424),  de  Guise  (18  septembre  1424-1"  mars 
1425),  insérés  dans  le  récit  de  Monstrelet  (t.  IV,  p.  166-169,  p.  199-205),  et  celui 
de  la  reddition  de  Vitry-en-Perthois  et  places  voisines  (4  octobre  1424-9  avril 
1425),  publié  par  M.  Siméon  Luce  dans  les  Preuves  de  Jeanne  d'Arc  à  Dom- 
rémy  {n°  78,  p.  119-127).  La  capitulation  du  Crotoy  porte  que  là  journée  se 
tiendra  depuis  l'heure  de  prime  (six  heures  du  matin)  jusqu'à  trois  heures  après 
midi;  celle  de  Guise,  depuis  l'heure  de  prime  jusqu'au  soleil  couchant  (en  cette 
saison,  cinq  heures  et  demie  après  midi  environ);  celle  de  Vitry,  depuis  huit 
heures  du  matin  jusqu'à  deux  heures  ajirès  midi. 

3.  11  est,  pour  tous  les  faits  ([ui  suivent,  un  guide  de  fond  dont  le  témoi- 
gnage doit  être  préféré  à  tous  autres,  c'est  la  chroni({ue  de  Jean  de  Wavrin, 
sire  de  Forestel,  soldat-écrivain  dont  l'œuvre,  —  simple  compilation  la  plupart 
du  temps,  —  présente  i)our  les  événements  de  maniue  aux([uels  il  assiste  un 
ton  de  récit  personnel  qui  lui  assigne  une  place  à  part.  [Recueil  des  croniques 
et  anchiennes  islories  de  la  Granl-Bretaigne  à  présent  nommée  Englelerre, 
dans  les  publications  de  «  The  Chronicles  and  memorials  of  Greal-Britain  and 
Iroland  during  Ihe  middle  âges,  published  under  the  direction  of  the  Masler 
of  the  Rolls,  »  1864-1891,  vol.  V,  liv.  III,  ch.  xxviii  et  xxix,  tome  comprenant 
les  événements  de  1422  à  1431,  p.  99-122;  Anchiennes  cronicques  d' Englelerre  ; 
Choix  de  chapitres  inédits,  dans  les  publications  de  la  Socic(é  de  l'histoire  de 
France,  1858,  éd.  de  M""  Dupont,  part,  v,  liv.  III,  ch.  xxviii  et  xxix,  t.  I, 
p.  253-273.) 


DANS  LA  HAUTE  XORMA\DIE.  467 

suprême,  bien  au-dessus  de  son  apparent  objet,  et  dont  l'enjeu 
réel  ne  se  dissimule  même  plus  '. 

Quand  s'ouvre  la  première  semaine  d'août^,  le  rassemblement 
des  forces  vives  des  deux  partis  s'active  et  se  précipite.  La  ligne 
de  la  Loire,  vers  Tours  et  Amboise,  est  le  rendez-vous  français 3; 
Rouen,  le  lieu  de  ralliement  anglais^.  Les  deux  nations  jettent 
au  jeu  leurs  dernières  réserves  et  se  préparent  à  un  corps  à  corps 
sans  merci. 

Le  rassem-blement  des  forces  françaises,  le  dénombrement  des 
auxiliaires  étrangers  qui  en  forment  le  fonds  viennent  d'être  exposés 
en  leur  lieu^.  Le  gouvernement  anglais,  de  son  côté,  dès  la  journée 
d'Ivry  décidée,  lève  tout  ce  qui  peut  tenir  une  arme.  Les  contin- 
gents féodaux  sont  sur  pied  depuis  la  première  semaine  de  juillet''. 
Tous  les  nobles  tenus  au  service  sont  présents'.  En  outre,  Bed- 

1 .  Jean  de  Wavrin  servait  alors  à  son  rang  dans  l'armée  anglaise.  Les  expres- 
sions répétées  :  «  Moy,  acteur  de  ceste  euvre  »  (étape  d'Évreux  à  Ivry,  dans  la 
journée  du  14  août,  matin  de  la  bataille  de  Verneuil,  le  17,  éd.  Hardy,  p.  101, 
109;  éd.  Dupont,  p.  255-262);  «  je,  acteur  »  ^récit  de  la  bataille  de  Verneuil, 
éd.  Hardy,  p.  113;  éd.  Dupont,  p.  266),  ne  laissent  aucun  doute  sur  la  question. 
H  servait  alors  sous  le  comte  de  Salisbury  :  «  Moy  qui  lors  estoit  audict  voyage 
en  la  compaignie  du  comte  de  Salisbury  »  (éd.  Hardy,  p.  101  ;  éd.  Dupont, 
p.  255),  et  eut  fort  à  faire  pour  défendre  sa  vie  à  l'heure  de  la  rencontre  : 
«  Comme  pour  moy-mesme  défendre  je  feusse  assez  empescié.  »  (Éd.  Hardy, 
p.  114;  éd.  Dupont,  p.  267.) 

2.  «•  Environ  huit  jours  en  aoust  de  cest  an,  le  duc  de  Bethfort  assambla 
plusieurs  hommes  d'armes  et  archers  et  ses  capitaines  anglois.  »  [Monstrelet, 
t.  IV;  p.  189.) 

3.  «  Lesquels  s'assemblèrent  sur  la  rivière  de  Loire;  ...  qui  partirent  de  sur 
la  rivière  de  Loire  de  pluseurs  places...  »  {Raoulet,  éd.  V.  de  Viriville,  p.  184.) 
«  Lesquelz  à  bien  grant  ost  se  partirent  de  la  ville  de  Tours.  »  {Charlier,  éd. 
V.  de  Viriville,  t.  I,  p.  41.)  Les  auxiliaires  italiens  et  espagnols  (sur  eux,  voir 
ci-dessus,  p.  445)  arrivaient  d'une  courte  campagne  sur  la  lisière  du  Nivernais. 
(Quicherat,  Rodrigue  de  VUlandrando,  p.  23-24;  V.  de  Viriville,  Hist.  de 
Charles  Vil  et  de  son  époque,  t.  I,  p.  409.)  —  Charles  VH,  pendant  cette 
période,  séjourne  à  Amboise.  [Ibid.,  p.  422.) 

4.  «  ...  Le  duc  de  Bethfort  manda  tous  ses  cappitaines  en  la  bonne  ville  de 
Rouen,  ouquel  lieu  il  estoit  pour  lors...  »  [Wavrin,  éd.  William  Hardy,  t.  1422- 
1431,  p.  100.) 

5.  Ci-dessus,  p.  444-446. 

6.  Mandement  au  nom  de  Henry  VI,  cité,  en  date  du  24  juin  1424.  (Siméon 
Luce,  Chron.  du  Mont-Saint-Michel,  P.  just.,  t.  I,  n°  26.) 

7.  «  Adscitis  etiam  nobilibus  Normanniœ.  »  (Thomas  Basin,  éd.  Quicherat, 
t.  I,  p.  48.)  —  Les  documents  utilisés  ci-après  signalent  des  contingents  venus 
du  pays  de  Caux,  et,  semble-t-il,  du  Colentin  (Arch.  nat.,  JJ  172,  n°  600; 


468  LA  GUERRE    DE    PARTISANS 

ford  s'est  fait  expédier  *  des  bandes  d'archers  des  communes  de 
Rouen,  Chartres,  Paris ^  et  Senlis.  Selon  l'habituel  expédient, 
les  garnisons  de  Normandie  ont  prélevé  leurs  minces  pelotons  3; 
les  chefs  de  détachement  sont  convoqués  pour  la  journée  qui  doit 
amener  l'armée  le  14,  prête  à  tout  événement,  devant  Ivry*.  Leur 
assemblage  disparate,  malgré  l'inconvénient  du  système,  renforce 
néanmoins  les  effectifs  anglais^.  Des  deux  côtés,  l'effort  est  égal, 
la  tension  de  forces  identique  et  pareillement  épuisante. 

Le  samedi  12  août,  le  duc  de  Bedford,  venant  de  Rouen,  appa- 
raît installé  à  Evreux^,  où  l'ont  rejoint  quelques  compagnies 
bourguignonnes  accourues  des  frontières  de  Champagne,  où 
s'acharne  encore  la  résistance  de  quelques  derniers  châteaux'. 

JJ  173,  11°  25),  ainsi  que  de  plusieurs  places  fortes  ou  postes  (ci-dessous,  n.  4, 
5,  p.  476,  499-500). 

1.  Cousinot  Le  Chancelier,  Geste  des  Nobles,  éd.  V.  de  Viriville,  p.  197-198. 

2.  Cette  mention  darchers  de  Paris  explique  bien  naturellement  le  récit  ori- 
ginal de  la  surprise  de  Vcrneuil,  par  le  Journal  d'un  Bourgeois  de  Paris,  dont 
on  va  voir  l'importance;  il  pouvait  parfaitement  l'avoir  recueilli  de  quelque  Pari- 
sien auxiliaire,  présent  à  l'armée  anglaise. 

3.  Sur  cette  méthode  anglaise  des  «  Petits  Paquets  »,  voir  notre  compte- 
rendu  de  l'Armée  anglaise  vaincue  par  Jectnne  d'Arc  au  siège  d'Orléans,  de 
MM.  Boucher  de  Molandon  et  A.  de  Beaucorps,  dans  Bibl.  de  l'Éc.  des  chartes, 
t.  LV,  janvier-avril  1894,  p.  160-170  et  notamment  p.  164-165. 

4.  Quittance  de  John  Montgomery,  capitaine  de  Domfront,  pour  les  gages, 
durant  un  mois,  de  quinze  hommes  d'armes  à  cheval  et  soixante  archers,  qu'il 
doit  mener  ou  envoyer  au  régent  «  à  la  journée  enconveime  estre  devant  Yvry 
au  xiiii"  jour  de  ce  i)résont  mois  »,  en  vertu  d'un  ordre  du  28  juillet.  Doc.  en 
date  du  2  août  1424.  Bibl.  nat.,  ms.  fr.  26285  (anc.  coll.  de  dom  Villevieille, 
titres  originaux,  vol.  23),  n°  454. 

5.  On  voit  qu'un  détachement  venu  de  la  place  de  Domfront  figurait  à  l'ar- 
mée d'Ivry  (ras.  fr.  26285,  n°  454).  Les  documents  utilisés  ci-après  en  signalent 
un  autre  venu  de  Vire  (Arch.  nat.,  JJ  172,  n°  633),  un  autre  de  Bernay  (Arch. 
nat.,  JJ  172,  n"  604,  627),  un  autre  de  Pont-Audemer  (Arch.  nat.,  JJ172, 
n-  586;  JJ173,  n"  110). 

6.  Wavrin,  éd.  William  Hardy,  t.  1422-1431,  p.  100-101.  —  C'est  évidem- 
ment un  lapsus  négligeable  qui  fait  dire  à  "Wavrin  (dont  le  témoignage,  à  par- 
tir de  ce  jour  même,  devient  si  précieux),  ou  bien  à  ses  copistes,  que  le  duc  de 
Bedford,  arrivé  la  veille  à  ce  qu'il  semble  de  la  direction  de  Rouen,  aurait 
séjourné  à  Évreux  «  tout  le  jour  Noslre-Dame  »,  c'est-à-dire  le  15  août  {loc.  cit.). 
La  suite  du  récit,  tellement  exact  et  précis,  ])laçant  la  reddition  d'Ivry  à  Bed- 
ford, Bedford  présent  et  commandant,  ce  môme  15  août,  et  mettant  la  rencontre 
de  Verneuil  au  17,  ne  permet  pas  d'en  douter.  Comme  le  13  août,  moment  do 
la  pause  de  Bedford  à  Évreux,  tombait  un  dimanche,  le  chroniqueur  a  pu  tout 
naturellement  confondre  les  deux  jours  de  fête  jtresque  successifs. 

7.  Sur  ce  point,  ci-dessus,  p.  436,  et  ci-après,  p.  483. 


DilVS  LA   HABTE   NORMAîVDIE.  469 

Le  dimanche  13,  il  s'organise  à  Evreux  et  prend  ses  dispositions 
de  combat*.  L'armée  française,  formée  de  corps  arrivés,  qui  de 
Touraine  ou  de  Berrj,  qui  de  la  bordure  du  Nivernais,  puis  con- 
centrée tout  entière  sur  la  ligne  du  Loir,  entre  Châteaudun  et 
BonnevaP,  atteint  eUe-même  les  approches  d'ivry,  en  touchant 
la  vallée  de  l'Avre^.  Prenant  nettement  sa  route  au  nord,  par 
les  plaines  de  Beauce  au  delà  de  Bonneval,  elle  a  tourné  Chartres^, 
traversé  l'Eure^,  tourné  Dreux "5.  Ce  même  jour,  dimanche  13, 
ou  le  lendemain  tout  au  plus^  l'Avre  passée,  elle  campe  à  Nonan- 
court^  ainsi  postée  à  mi-distance  d'ivry  à  Verneuil^.  Les  uns  et 
les  autres,  Anglais  et  Français,  les  Français  un  peu  plus  rappro- 
chés cependant,  ne  sont  plus  dès  lors  qu'à  six  ou  sept  lieues  du 
sanglant  contact  dont  l'approche  convenue  les  attire  et  les  fas- 
cine *°. 

Dans  l'après-midi  du  lendemain,  lundi  14,  veille  de  la  Notre- 
Dame  d'août",  l'armée  anglaise  tout  entière,  partie  le  matin 

1.  Ci-dessus,  p.  468,  n.  6. 

2.  «  ...  S'assemblèrent  tous  à  Chasteaudun  et  à  Bonneval.  »  (Raoulet,  p.  184.) 
Bonneval,  comme  il  a  déjà  été  dit,  marque  alors  le  point  le  plus  avancé  des 
positions  fixes  encore  aux  mains  du  parti  français.  —  Sur  Bonneval  et  les 
petites  places  nommées  ci-après,  voir,  sauf  exception,  ci-dessous,  Annexe  5. 

3.  Ci-après,  n.  6. 

4.  «  Si  vinrent  loger  emprès  Chartres.  »  [Chron.  de  la  Pucelle,  éd.  V.  de 
Viriville,  p.  223;  cf.  Chartier,  t.  I,  p.  41.) 

5.  Entre  Chartres  et  Courville,  sans  doute,  en  ligne  droite  de  Bonneval  à 
Nonancourt. 

6.  «  ...  Et  de  là  (d'entre  Châteaudun  et  Bonneval)  tirèrent  par  au-dessus  de 
Dreux...  »  {Raoulet,  éd.  V.  de  Viriville,  p.  184.) 

7.  Ce  dernier  passage  de  Raoulet  doit-il  s'entendre  d'une  nouvelle  étape  entre 
le  campement  près  Chartres,  nettement  signalé  par  la  Chronique  de  la  Pucelle 
et  Chartier  (n.  4),  et  le  campement  de  Nonancourt,  qu'on  va  voir  indiqué  par 
les  mêmes  et  par  d'autres  (n.  9)? 

8.  Nonancourt,  sur  la  rive  nord  de  l'Avre  (Eure-et-Loir,  ch.-l.  decant.,  arr.  de 
Dreux). 

9.  «  ...  Et  se  logèrent  sur  la  rivière  d'Eure  (d'Avre)  à  Nonancourt.  »  {Raoulet, 
p.  184.)  Le  campement  de  Nonancourt  est  également  cité  par  la  Chronique  de 
la  Pucelle  (p.  223),  Chartier  (t.  I,  p.  41),  la  Chronique  de  Normandie  (éd. 
Hellot,  p.  72). 

10.  On  ne  voit  pas  dans  cette  marche  que  l'armée  française  se  soit  préoccupée 
de  Chàteauneuf-en-Thimerais,  place  de  force  à  laisser  couler  devant  ses  murs 
les  troupes  en  marche,  non  plus  que  de  Courville  ou  de  Crécy-Couvé. 

11.  On  a  vu  les  ordres  donnés  et  les  marches  prévues  de  façon  à  ce  que  l'ar- 
mée fût  à  Ivry  dès  la  fin  de  la  journée  du  14.  Quittance  du  capitaine  de  Dom- 
front,  citée  ci-dessus,  p.  468,  n.  4,  ms.  fr.  26285,  n"  454. 


-iYO  LA    GUERRE   DE   PARTISANS 

même  d'Evreux,  occupe  déjà  fortement,  la  première,  la  position 
maîtresse  qui  commande  l'approche  d'Ivry  contre  tout  secours 
offensif  survenu  de  l'extérieure  C'est  là  qu'elle  passe  la  nuit, 
«  en  une  belle  plaine  au-dessus  des  vignes^  »,  attendant  telle- 
ment le  choc  pour  les  premières  heures  du  matin  qui  va  suivre, 
que  Bedford  fait  dresser  une  croix  et  bénir  solennellement  la 
place,  afin  que  les  morts  du  lendemain  soient  certains  de  reposer 
en  terre  sainte^.  La  nuit  du  14  au  15,  et  la  matinée  du  lende- 
main, l'armée  anglaise  la  passe  ainsi  devant  Ivry,  sous  les 
armes  ^. 

Telle  est  la  position  où  la  trouve,  vers  trois  heures  de  l'après- 
midi,  Ivry  se  rendant,  une  reconnaissance  de  cavalerie  jetée  en 
avant  par  les  commandants  de  l'armée  française  en  marche^. 
Assiégeants  formés  en  bataille,  assiégés  sur  le  point  d'.évacuer  la 

1.  «  ...  Et  l'endcmain,  aprez  qu'il  eust  beu  ung  cop,  se  departy  (le  duc  de 
Bedford)  de  la  ville  d'Évrcux,  et  tant  s'esploita  de  chevauchier  qu'il  eut  passé 
les  bois  qui  sont  auprez  d'Yvry...  »  {Wavrin^  t.  1422-1431,  p.  101.) 

On  vient  de  voir  (ci-dessus,  p.  468,  n.  6)  que  ce  lendemain  correspond  au 
lundi  14  août. 

2.  Wavrin,  t.  1422-1431,  p.  101.  —  «  ...  et  aussi  les  adversaires  cstoient  sur 
une  niontaigne...  »  {Raoulet,  p.  185.) 

3.  «  Dont  prindrent  i>lacc  et  attendant  illec  bataille  doublableinent  fisrent  la 
place  beneistre  et  ou  milieu  drecier  une  croix.  »  {Geste  des  nobles,  p.  197.) 
Comparer  avec  le  tableau  donn('  i)ar  Wavrin  des  disiiositions  habituelles  des 
Anglais  avant  le  combat.  {Wavrin,  t.  1422-1431,  p.  109.) 

4.  «  Alnsy  doncques,  le  duc  de  Betlifort.  en  ceste  nuit,  se  loga  devant  Yvry... 
et  l'cndemain  vint...;  |)uis,  environ  deux  heures  après  midy,  le  duc  de  ReUiforl 
marcha,  en  bataille  bien  ordonnée,  jusques  devant  ledit  chastel...  »  {Wavrin, 
t.  1422-1431,  p.  101.) 

5.  Wavrin,  témoin  oculaire  et  narrateur,  place  le  fait  «  droit  à  ceste  heure  » 
où  les  pourparlers  de  la  capitulation  se  trouvaient  déjà  accomplis,  les  otages 
rendus  et  les  commissaires  anglais  en  possession  du  château,  la  garnison  fran- 
çaise ne  l'ayant  pas  encore  matériellement  évacué  cependant,  c'est-à-dire, 
comme  il  a  été  établi,  un  peu  après  trois  heures.  {Wavrin,  t.  1422-1431,  p.  103.) 
Cette  reconnaissance  se  composait  d'une  quarantaine  de  cavaliers  bien  montés. 
{Ibid.)  Monstrelet,  dans  son  récit  plus  que  sommaire,  est  d'accord  avec  Wavrin 
sur  le  détail  de  ces  divers  points  (t.  IV,  p.  189-190). 

La  version  du  Journal  d'un  bourgeois  de  Paris,  qui  jdace  le  fait  le  lundi  14 
et  qui  porte  la  reconnaissance  au  chillre  de  500  hommes,  ne  paraît  pas  admis- 
sible. (Éd.  Tueley,  p.  195.)  Uaoulet  fait  également  la  même  erreur  sur  cette 
date  (p.  185).  Tout  l'ensemble  de  ces  faits  :  marche  de  l'armée  française, 
reconnaissance,  volte-face,  jirise  de  Verncuil,  dont  on  va  voir  les  circonstances, 
étant  indissolublement  lié,  doit  se  reporter  au  15  août,  jour  incontesté  de  la 
reddition  d'Ivry. 


DANS   LA    HAUTE   NORMANDIE.  474 

place,  déjà  en  voie  de  livrer  les  portes,  prennent  cette  troupe  au 
galop  pour  l'avant- garde  de  l'armée  dont  ils  attendent  l'ap- 
proche ^  Erreur  de  courte  durée.  Toutes  les  forces  françaises, 
qui  sont  encore  à  deux  lieues  et  demie  environ-,  au  retour 
des  éclaireurs,  au  su  des  nouvelles  de  la  situation  désespérée 
d'Ivrj,  prononcent  une  brusque  volte-face.  A  l'heure  qu'il 
est,  remontant  la  vallée  de  l'Avre  vers  l'ouest  3,  au  lieu  de  mar- 
cher au  nord  par  les  plateaux  en  plaine,  toute  l'armée,  au  lieu 
de  courir  sur  Ivry,  s'est  déjà  lancée  dans  la  direction  de  Ver- 
neuil^.  Alors  Bedford,  Ivry  décidément  évacué  par  Géraud  de 
la  Pallière,  s'en  retourne  ce  soir  même,  avec  le  gros  de  ses 
forces,  à  Evreux,  son  prudent  point  d'appui  s.  Il  expédie  seule- 
ment Suffolken  reconnaissance  aux  approches  de  Verneuil,  vers 
Daraville,  Piseux  et  Breteuil  ^,  et  avec  lui  Sahsbury,  avec  mis- 

1.  Sur  l'erreur  de  l'armée  anglaise  et  sa  formation  immédiate  en  bataille, 
Wavrin,  t.  1422-1431,  p.  103.  Sur  l'erreur  des  assiégés,  Jowrna^  d'un  bourgeois 
de  Paris,  p.  195  :  «...  Et  ceulx  cpii  estoient  dedans  le  chastel  eulx  orguillirent 
et  commencèrent  à  crier  et  braire...  » 

2.  Chron.  dite  des  Cordeliers,  ms.  fr.  23018,  fol.  449  v°. 

3.  On  ne  voit  pas  non  plus  rpie,  dans  cette  marche  par  la  rive  nord  de  l'Avre, 
l'armée  française  se  soit  préoccupée  de  la  petite  place  de  Tillières-sur-Avre, 
située  juste  sur  sa  route,  sur  la  même  rive  c[ue  Nonancourt  et  Verneuil. 

4.  Sur  le  fait  même  de  la  volte-face  sur  Verneuil,  unanimité  des  témoignages  : 
Wavrin,  Monstrelet,  Fenin,  le  Bourgeois  de  Paris,  Le  Fèvre  de  Saint-Remy, 
la  Chronique  dite  des  Cordeliers,  du  côté  anglo-bourguignon  ;  Raoulet,  la 
Chronique  de  la  Pucelle,  Berry,  Chartier,  du  côté  français.  La  méprise  de  date 
déjà  signalée  commise  par  le  Bourgeois  de  Paris  et  Raoulet  est  seule  à  relever. 

5.  «  Puis,  aprez  ces  choses  passées,  il  fut  conclu  que  ledit  régent  se  deslo- 
geroit  et  yroit  au  giste  à  Évreux.  »  {Wavrin,  t.  1422-1431,  p.  106.) 

6.  Le  texte  de  "Wavrin  porte,  parlant  des  ordres  donnés  spécialement  au 
comte  de  Sufiblk  :  «  S'en  alla  à  Damville  et  à  Baiseux,  à  Bretueil  et  ou  Perche, 
ainsi  comme  à  deux  lieues  de  Verneul.  »  {Wavriri,  éd.  "William  Hardy,  t.  1422- 
1431,  p.  106;  éd.  de  M"»  Dupont,  t.  I,  p.  260.)  Monstrelet  dit:  «  Ala  à  Damp- 
ville  et  à  Vasseux,  et  delà  à  Bretueil  ou  Perche,  à  deux  lieues  près  de  Ver- 
nuel.  »  {Monstrelet,  éd.  Douët  d'Arcq,  t.  IV,  p.  191.)  —  Damville  et  Breteuil, 
dans  ou  près  le  val  d'Iton,  ont  déjà  été  mentionnés  souvent.  Damville,  comme- 
on  l'a  vu,  était  aux  mains  d'un  poste  anglais.  (Voir  ci-dessus,  p.  442,  n.  8;  cf.  ci- 
après,  p.  478,  n.  3.)  Quant  au  lieu  de  «  Baiseux  »,  de  "Wavrin,  «  Vasseux  »,  de 
Monstrelet,  M""  Dupont,  dans  son  édition  de  Wavrin  (t.  I,  p.  260,  n.  1),  pro- 
pose dy  reconnaître  Piseux,  tout  à  fait  dans  la  région,  à  une  lieue  et  demie 
environ  seulement  de  Verneuil,  sur  la  route  de  Damville.  (Piseux,  Eure,  cant. 
de  Verneuil.)  On  ne  voit  aucune  raison  de  ne  pas  adopter  cette  identification. 
M.  William  Hardy  (t.  1422-1431,  p.  106,  n.  6)  dit  :  «  Piseux  near  Bellesme.  » 


472  LA   GDEERE   DE   PARTISANS 

sion  de  ne  pas  perdre  le  contacta  Lui-même  compte  les  rejoindre 
le  lendemain,  pour  chercher  à  tout  prix  le  vrai  combat. 

Or,  ce  mardi  15  août,  un  des  plus  grands  féodaux  de  Norman- 
die-,  le  chef  de  la  branche  de  Torcy  de  la  maison  d'Estouteville^, 
attardé  jusque-là  dans  les  rangs  de  l'étranger,  se  dérobe  résolu- 
ment et  passe  dans  le  camp  français. 

Guillaume  d'Estouteville^  quatrième  sire  de  Torcj%  seigneur 
de  Charlemesnil,  en  Caux^,  de  Bajnes,  en  Basse-Normandie", 
seigneur  de  Blainville,  près  Rouen  ^,  par  sa  mère,  fille  du  maré- 
chal de  Blainville,  le  héros  de  Roosebeke,  a  été  fait  prisonnier 
dans  Harfleur,  en  1415,  dans  le  premier  désastre  des  armes 
françaises^.  Il  est  rentré  en  France,  dès  1419,  après  l'affermis- 
sement de  la  conquête,  et  a  recouvré  ses  biens*^  sans  peut-être 

Il  faut  sans  tloiilo  lire  :  «  Piseux  ncar  Bretouil  »,  Bcllême  étant  en  réalité  à 
quinzo  lieues  au  delà  de  Verneuil,  entre  Nogent-lc-Rotrou  et  Alençon. 

1.  Wavrin,  t.  1422-1431,  p.  106. 

2.  Sur  la  maison  d'Eslouteville  et  sa  branche  dos  sires  de  Torcy,  séparée 
depuis  la  lin  du  xiii"  siècle,  P.  Anselme,  Hist.  généal.,  t.  VIII,  p.  87-103;  de 
la  Roque,  Ilisfoire  de  la  maison  d'Harcourt,  t.  I,  p.  537-593. 

3.  Eslouleville,  entre  Rouen  et  Ncufchâtel-cn-Bray  (Seine-Inférieure,  cant. 
de  Buchy). 

4.  Guillaume  d'Eslouteville,  né  en  1379,  mort  en  1449,  (ils  de  Nicolas,  dit 
Colart  d'Estouteville,  sire  de  Torcy,  et  de  Jeanne  de  Blainville.  Sur  lui, 
P.  Anselme,  Hist.  généal.,  t.  VIII,  p.  98;  de  la  Roiiue,  Ilisl.  de  la  maison 
d'Harcourt,  t.  I,  p.  571-572.  Sur  l'hypothèse  d  une  alliance  entre  la  maison 
d'Estouteville  et  la  maison  Blondel,  voir  ci-dessus. 

5.  Torcy,  dans  une  île  de  la  rivière  d'Arqués,  à  deux  lieues  environ  d'Arqués 
(Torcy-le-Grand,  Seine-Inférieure,  cant.  de  Lonsueville). 

6.  Cliarlemesnil,  dans  la  vallée  de  la  Scie  (Seine-Inférieure,  cant.  de  Lon- 
gueville,  comm.  d'Anneville-sur-Scie). 

7.  Baynes,  sur  la  bordure  du  Bessin  et  du  Bocage,  en  pays  de  partisans 
(Calvados,  cant.  de  Balleroy). 

8.  Blainville-Crevon,  sur  le  Crevon,  un  affluent  de  l'Andelle,  à  cinq  lieues 
de  Rouen  (Seine-Inférieure,  cant.  de  Buchy). 

9.  Râles  norm.  et  franc.,  n»  843. 

10.  Lettres  patentes  de  Henry  V,  en  date  d'Évreux,  le  9  avril  1419,  au  nom 
de  Guillaume  d'Estouteville,  seigneur  de  Torcy  et  de  Blainville.  {Râles  norm. 
et  franc.,  n°  334.)  —  Mandement  de  Henry  V  au  bailli  de  Rouen,  en  date  de 
Corbeil,  le  12  juillet  1420,  portant  autorisation  d'un  emprunt  sur  les  revenus 
du  fief  de  Blainville,  au  nom  du  même.  {Ihid-,  n"  843.) 

On  ne  voit  pas  ce  que  ce  pourrait  être  une  conliscation  des  biens  de  Guil- 
laume d'Estouteville  au  profit  de  Walter  Ilungerford,  grand  sénéchal  anglais  de 
Normandie,  en  date  du  11  mars  1421  ou  1422.  (De  la  Roque,  Hist.  de  la  mai- 


I 

À 


DANS  LA  HAUTE  NORMANDIE.  473 

rentrer  dans  son  château  de  Torcj,  rendu  à  l'étranger,  pendant 
la  captivité  1,  par  le  sire  de  Saane^  et  devenu  depuis  place  de 
guerre  entretenue  par  le  domaine ^  En  1424,  il  a  quarante-cinq 
ans  environ,  et,  quoique  la  branche  aînée  de  sa  famille,  dont  fait 
partie  Louis  d'Estouteville,  l'héroïque  défenseur  du  Mont-Saint- 
Michel^  tienne  ouvertement  pour  le  parti  national,  il  compte 
pour  un  des  hauts  personnages  de  Normandie  qui  ont  accepté 
jusqu'ici  sans  réserve  le  régime  étranger^. 

son  d'Harcourt,  t.  I,  p.  572.)  Les  registres  du  Trésor  des  chartes  et  les  Rôles 
normands  ne  semblent  rien  contenir  de  tel. 

1.  Le  château  de  Torcy  a  capitulé  le  27  janvier  1419.  {Rôles  norm.  et  franc., 
n"  327.)  Il  reste  Anglais  jusqu'au  26  octobre  1430.  {Pierre  Cochon,  éd.  Ch.  de 
Beaurepaire,  p.  307.)  Depuis,  il  est  violemment  disputé. 

Le  château  de  Charlemesnil  a  dû  capituler  dans  l'hiver  de  1419,  après  Rouen, 
en  même  temps  que  toutes  les  places  du  pays  de  Caux.  Allusion  à  sa  reddition 
dans  un  acte  du  2  janvier  1420.  {Rôles  norm.  et  franc.,  n"  727.)  Il  fut  enlevé 
par  les  insurgés  cauchois  en  1435.  {Monsirelet,  t.  V,  p.  202.)  Disputé  depuis. 

Le  château  de  Blainville  ne  paraît  donner  lieu  à  une  action  militaire  que 
lors  de  l'insurrection  cauchoise  de  1435,  lors  de  laquelle  il  est  enlevé  et  repris. 
{Monstrelet,  t.  IV,  p.  202,  272.) 

2.  Jean  I",  sire  de  Saane,  dans  la  vallée  de  ce  nom  (Seine-Inférieure,  cant. 
de  Bacqueville),  l'un  des  partisans  les  plus  dévoués  de  la  domination  anglaise 
en  Normandie.  Sur  lui,  voir  Hellot,  notes  des  Chroniques  de  Normandie,  n.  209. 
C'est  lui  qui  décida  peut-être  de  l'issue  de  la  journée  de  Verneuil.  (Voir 
ci-dessous,  le  Choc  de  Verneuil  et  la  Jacquerie  normande.) 

3.  La  place  de  Torcy  figure  constamment  sur  les  comptes  de  Normandie,  de 
la  fin  de  1423  à  1429.  (Ch.  de  Beaurepaire,  de  VAdm.  anglaise  en  Normandie.) 

4.  Sur  Louis  d'Estouteville,  P.  Anselme,  Hist.  généal.,  t.  VIII,  p.  91;  Siméon 
Luce,  Chron.  du  Mont-Saint-Michel,  i^assim;  Hellot,  notes  des  Chron.  de  Nor- 
mandie, n.  158. 

5.  C'est  évidemment  de  Guillaume  d'Estouteville  qu'il  s'agit  ici,  et  non  de 
son  fils  Jean  d'Estouteville,  né  en  1410  (et  non  en  1405),  mort  en  1494,  qui 
fut  grand  maître  des  arbalétriers  de  France.  (Sur  lui,  P.  Anselme,  Hist. 
généal.,  t.  VIII,  p.  87-88  et  98.)  L'édition  française  de  Wavrin  (éd.  de  M"°  Du- 
pont, t.  I,  p.  271,  n.  1;  cf.  p.  259,  n.  1),  .suivie  par  le  commentaire  du  Bour- 
geois de  Paris  (éd.  Tuetey,  p.  196,  n.  1),  .semble  faire  confusion  sur  ce  point. 
Par  contre,  M.  Hellot,  sans  discuter  la  question,  reconnaît  la  véritable  identité 
de  Guillaume  d'Estouteville  dans  ses  notes  des  Chroniques  de  Normandie 
(n.  206,  a). 

En  effet,  le  document  tiré  de  Rymer  {Fœdera,  t.  IV,  part,  iv,  p.  127),  sur 
lequel  on  s'appuie  pour  prouver  que  Guillaume  d'Estouteville  était  encore  à 
cette  époque,  depuis  1415,  prisonnier  en  Angleterre,  que  par  conséquent  c'était 
seulement  son  fils  Jean  qui  pouvait  figurer  dans  les  rangs  anglais,  ne  s'applique 
pas  à  lui.  Ce  document,  en  date  de  Westminster,  le  29  mai  1427,  concerne  son 
parent  très  lointain,  le  chef  de  la  branche  aînée  de  sa  maison,  Jean  II  d'Es- 


474  LA   GUERRE   DE   PARTISANS 

Mais  le  sire  de  Torcy  est  en  relations  évidentes  avec  les  capi- 
taines bourguignons  de  Picardie,  parmi  lesquels  son  mariage 
lui  assure  de  puissants  alliés.  Sa  femme  ^  est  Jeanne  de  Dou- 
deauville-,  fille  et  héritière  de  Jean,  seigneur  de  Doudeau- 
ville,  en  Boulonnais  3,  et  de  Jeanne  de  Créquy^.  Jeanne  de 
Doudeauville,  en  premières  noces,  était  mariée  à  Raoul  de  Rai- 
neval,  de  la  grande  maison  des  Raineval  d'Artois^,  aux  mains 
desquels  était  récemment  passé  le  comté  de  Faiiquembergue*^.  De 
par  elle,  le  sire  de  Torcy  est,  en  outre '^j  possesseur  de  nom- 
breuses seigneuries  en  Ponthieu,  plus  voisines  de  la  lisière  Nor- 
mande, de  Ponches,  dans  le  val  d'Authie^,  de  Caumartin,  près  du 

toutfiville,  sire  d'Estouteville  ef  de  Valmont,  grand  bouteiller  de  France,  fait 
prisonnier  également  en  1415,  il  est  vrai,  mais  à  Azincourt,  et  non  pas  comme 
Guillaume  à  Harfleur,  et  p^re  de  Louis  d'Estouteville,  le  commandant  du 
Mont-Saint-Michel.  L'expression  «  domini  d'Estoutevyle  »,  employée  dans  l'acte 
du  29  mai  1427,  démontre  suffisamment  qu'il  s'agit  du  sire  d'Estouteville  et 
non  du  sire  de  Torcy,  désignation  sous  laquelle  Guillaume  d'Estouteville  et 
tous  ceux  de  sa  branche  sont  toujours  signalés. 

D'ailleurs,  Jean  d'Estouteville,  son  fils,  n'avait  que  quatorze  ans  à  cette 
époque,  et  non  dix-neuf,  comme  le  lui  prêtent  la  plupart  des  généalogistes, 
trompés  par  quelque  erreur  d'impression  du  P.  Anselme.  Ce  dernier  (t.  VIII, 
p.  87)  dit  en  effet  que  Jean  d'Estouteville  comptait  dix-sept  ans  en  juillet  1422, 
ce  qui  le  ferait  naître  en  1405.  Or,  c'est  1427  qu'il  faut  lire  au  lieu  de  1422 
(cf.  de  la  Roque.  Hist.  de  la  maison  d'Harcourt,  t.  I,  p-  572);  ce  qui  fait  naître 
Jean  d'Estouteville  en  1410.  On  en  trouve  la  preuve  manifeste  dans  les  lettres 
de  restitution  d'une  partie  de  leur  héritage  aux  enfants  de  Guillaume  d'Estou- 
teville, délivrées  en  date  de  juillet  1427.  Jean  d'Estouteville,  écuyer,  y  est  men- 
tionné comme  âgé  de  dix-sept  ans.  (Arch.  nat.,  JJ  173,  n"  747.) 

1.  P.  Anselme,  Hist.  geneaL,  t.  VIII,  p.  98.  et  Bibl.  nat.,  Cab.  des  Titres, 
Dossiers  bleus,  Doudeauville. 

2.  Dont  le  nom  est  généralement  défiguré  (Hist.  généai.,  t.  VIII,  p.  98;  notes 
des  Chron.  de  Normandie,  n.  206,  a),  sous  la  transposition  de  Jeanne  d'On- 
deauville.  (Cf.  de  la  Roque,  loc.  cit.) 

3.  Bibl.  nat..  Cab.  des  Titres,  Dossiers  bleus,  Doudeauville. 

4.  On  ne  voit  pas  bien  clairement  son  ascendance.  De  la  Roque  [Hist.  de  la 
maison  d'Harcourt,  t.  L,  p.  571-572)  la  fait  fille  d'un  Jean  de  Créquy  et  dune 
Jossine  de  Soissons,  ce  qui  paraît  difficile  à  admettre,  ce  Jean  de  Créquy, 
époux  de  Jossine  de  Soissons,  semblant  avoir  été  Jean  VII  (1497-1543);  voir 
P.  Anselme,  Hist.  généai.,  t.  VII,  p.  784. 

5.  Sur  la  maison  de  Raineval,  P.  Anselme,  Hist.  généai.,  t.  VIII,  p.  613-617. 

6.  Ibid.,  t.  III,  p.  723;  t.  VI,  p.  107;  t.  VIII,  p.  616.  Abbé  Robert,  Notice 
historique  sur  l'ancienne  ville  et  comté  de  Fauqnembergue  (Saint- Orner, 
1844,  in-8°,  164  p.),  p.  34-46. 

7.  Doudeauville,  au  .sud-est  de  Boulogne  (Pas-de-Calais,  cant.  de  Samer). 

8.  Ponches,  Somme,  cant.  de  Crécy-en-Ponthieu. 


DANS   LA   HAUTE    NORMANDIE.  475 

champ  de  carnage  de  CrécjS  de  Ligescourt-,  entre  Ponches  et 
Caumartin^,  de  Nouvion-eii-Ponthieu,  proche  de  la  baie  de 
Somme ^.  La  ligue  secrète  ourdie  par  les  Longueval  a  sans  doute 
essayé  de  le  gagner  à  la  même  cause,  lui  et  les  petits  seigneurs 
terriens  du  pays  de  Caux^  voisins  des  frontières  de  Picardie,  où 
se  décide  en  ce  moment  la  grande  insurrection  nationale''. 

Charles  de  Longueval  figure  à  ses  côtés,  pendant  cette  courte 
campagne  d'Ivry,  dans  les  rangs  de  la  troupe  anglaise.  Il  porte 
avec  lui  le  secret  redoutable  des  conjurés  de  Roye,  qui,  en  ce 
moment,  vers  les  bords  de  la  Somme,  attendent  un  signal  pour 
agir.  Quelques  heures  après  Guillaume  d'Estouteville,  il  va  réa- 
liser la  retentissante  et  périlleuse  défection  qu'il  médite.  Com- 
ment admettre,  comment  supposer  qu'il  n'ait  pas  servi  de  lien, 
pas  tenu  le  rôle  d'émissaire  entre  les  conjurés  picards,  dont  il  est 
l'âme ,  et  les  Français  de  Normandie  encadrés  dans  l'armée 
anglaise,  qui  vont  faire  aussi  leurs  preuves^  ? 

Toujours  est-il  que,  le  premier,  Guillaume  d'Estouteville  donne 
l'exemple  de  la  défection,  et,  risquant  tout,  dans  un  coup  d'invin- 
cible entraînement,  ses  bons  châteaux,  ses  belles  terres  et  sa  tête, 
quitte  brusquement,  dans  la  journée  même  du  15,  les  lignes  an- 
glaises, où  nul  raisonnement  ne  peut  plus  le  retenir^  Peut-être 


1.  Caumartin,  Somme,  cant.  et  comm.  de  Crécy-en-Ponthieu. 

2.  De  la  Roque,  Hist.  de  la  maison  d'Harcourt,  t.  I,  p.  571-572. 

3.  Somme,  cant.  de  Crécy-en-Ponthieu. 

4.  Nouvion-eu-Ponthieu,  Somme,  ch.-l.  de  cant.,  arr.  d'Abbeville. 

5.  Outre  les  gens  du  pays  de  Caux  passés  aux  Français  avec  Guillaume 
d'Estouteville  (Arch.  nat.,  JJ  172,  n°  600),  on  va  voir  le  rôle  important  de  la 
défection  de  plusieurs  combattants  nobles  de  cette  région,  en  pleine  bataille. 
(Arch.  nat.,  JJ  173,  n°  25.) 

6.  Sur  la  ligue  picarde,  voir  ci-dessus,  p.  449  et  ss. 

7.  Sur  le  rôle  de  Charles  de  Longueval  dans  la  conjuration  de  Roye,  ci-des- 
sus, p.  449-450.  Sur  son  ralliement  au  parti  français,  immédiatement  ci-après. 

8.  Le  passage  du  sire  de  Torcy  dans  les  rangs  français  est  relaté  i)ar  plu- 
sieurs chroniques.  Bourgeois  de  Paris  (p.  196),  Wavrin  (t.  1422-1431,  p.  121), 
Monstrelet  (t.  IV,  p.  197),  Fenin  (p.  122),  Chronique  dite  des  Cordeliers  (ms. 
fr.  23018,  fol.  449  v).  Mais  ces  témoignages,  en  défigurant  plus  ou  moins  son 
nom,  ce  qui  a  peu  d'importance,  varient  assez  sur  le  moment  exact  où  il  aban- 
donne l'armée  anglaise.  Les  uns  fixent  cet  incident  au  même  jour  que  la  prise 
de  Verneuil,  elle-même  placée  par  méprise  au  lundi  14  (Bourgeois  de  Paris)  ; 
d'autres  le  placent  dans  la  nuit  du  15  au  16  (Chron.  dite  des  Cordeliers),  ou 
bien  à  la  nuit  du  16  au  17  (Wavrin),  au  jour  même  de  la  bataille  (Monstrelet 
et  Fenin).  Le  récit  du  Bourgeois  de  Paris  (p.  196)  mettant  hors  de  doute  la 


476  LA   GOERRE   DE   PARTISAIVS 

est-il  accompagné,  déjà,  de  deux  grands  barons  normands  dont 
les  chroniques  n'ont  pas  conservé  mémoire  ^ .  En  tout  cas,  il  n'est 
pas  seul,  et  de  petits  gentilshommes  de  Gaux  l'accompagnent; 
parmi  eux,  l'écujer  Thomas  Le  Senne,  son  servant  Robin 
Fumière,  obscurs  combattants  dont  un  hasard  permet  de  conser- 
ver les  noms  et  de  les  unir  au  sien  -. 

Ce  ralliement  improvisé,  dont  les  circonstances  exactes  restent 
malheureusement  dans  l'ombre -^  trouve  aussitôt  son  emploi  dans 
l'exécution  d'une  ruse  classique,  vieille  comme  la  guerre  même, 
mais  de  succès  toujours  sûr^.  L'armée  que  Guillaume  d'Estoute- 

parlicipalion  de  Guillaume  d'Estouteville  à  la  surprise  de  Verneuil,  qui  va  être 
fixée  sans  conlrovcrse  possible  au  15  août,  il  s'ensuit  qu'on  ne  peut  reculer 
au  delà  de  cette  heure  le  moment  de  son  ralliement. 

1.  La  Chronique  anonyme  dite  des  Cordeliers,  qui  fixe  la  défection  du  sire 
de  Torcy  à  la  nuit  du  15  au  16,  lui  donne  à  ce  moment,  comme  compagnons 
de  résolution,  deux  autres  nobles  normands  qu'elle  ne  désigne  pas  autrement. 
«  Et  la  nuit  ensuivant  (du  15  au  16),  par  le  moien  du  sire  de  Trosy  {sic)  et  de  deux 
autres  chevalliers  de  Normendie,  qui,  celle  dicle  nuit,  s'estoient  partis  et  emblez 
de  la  conipaignie  dudit  régent  et  allez  en  la  comi)aignie  de  ses  anemis,  lesdis 
aneniis  se  partirent  et  tournèrent  vers  Verneuil,  et  là...  »  (Ms.  fr.  23018, 
fol.  449  v°.)  Ce  récit  placerait  au  16  la  volte-face  de  l'armée  française  et  la  |)rise 
de  Verneuil,  événements  qui  incontestablement  ont  lieu  le  15;  mais,  de  la 
narration  de  la  chronique,  il  ne  subsiste  pas  moins  que  le  sire  de  Torcy  fut 
accompagné  de  deux  grands  seigneurs  dans  sa  fuite. 

Faut-il  comprendre  parmi  ces  compagnons,  dès  cette  heure,  Charles  de  Lon- 
gueval  et,  s'il  y  avait  lieu,  l'énigmalique  «  seigneur  d'Augmont  »,  dont  le  fait 
même  de  la  défection  est  si  nettement  alTiriné  par  Wavrin  (t.  1422-1431,  p.  121) 
et  par  Monstrelet  (t.  IV,  p.  197),  sans  en  préciser  l'instant,  et  sans  que,  comme 
pour  le  sire  de  Torcy,  on  possède  un  élément  critique  aussi  certain  ])our  l'ap- 
précier? On  verra  les  raisons  qui  font  préférer  pour  ce  fait  la  nuit  du  16  au  17, 
veille  de  la  rencontre. 

2.  Rémission  pour  Robin  Fumière,  valet  servant,  natif  du  pays  de  Caux, 
ayant  suivi  son  maître  Thomas  Le  Senne,  écuyer,  alors  que  celui-ci  accompa- 
gna dans  sa  défection  Guillaume  d'Estouteville,  seigneur  de  Torcy,  ayant  com- 
battu avec  eux  dans  les  rangs  de  l'armée  française  à  la  bataille  de  Verneuil, 
])uis  fait  prisonnier,  dans  la  déroute,  par  la  garnison  anglo-bourguignonne  de 
Chartres.  Doc.  en  date  de  novembre  1424.  Arch.  nat.,  JJ  172,  n"  600. 

3.  Guillaume  d'Estouteville  et  ses  compagnons,  non  seulement  abandonnent 
les  lignes  anglaises,  mais  prennent  part  à  la  bataille  même  de  Verneuil,  le 
17  août,  dans  les  rangs  français.  C'est  ce  (lue  démontre  absolument  la  lettre  de 
rémission  qui  vient  d'être  citée,  laquelle  fait  mention  d'un  de  ses  écuyers  et  de 
son  .servant  comme  faits  prisonniers  dans  la  déroule  des  débris  de  l'armée 
nationale,  où  ils  devaient  par  conséquent  avoir  nécessairement  figuré. 

4.  La  mention  de  la  prise  de  Verneuil  par  l'armée  française  se  trouve  dans 
toutes  les  chronitiues  contenant  le  récit  de  ces  événements  (ci-dessus,  p.  475, 


DANS   LA    HAUTE   NORMANDIE.  477 

ville  a  rejointe  est  en  marche  sur  Verneuil,  où  l'acte  du  sire  de 
Torcy  est  encore  inconnu,  insoupçonnable  surtout.  Il  se  prête 
volontiers  à  une  feinte  facile,  paraissant  sous  les  murs  de  la  place, 
à  la  vue  de  tous  les  habitants,  captif  simulé  des  Français,  se  lamen- 
tant sur  la  défaite  supposée  que  Bedford  vient  soi-disant  d'essuyer 
devant  Ivry.  La  vue  du  sire  de  Torcy,  connu  pour  l'un  des  fidèles 
tenants  du  parti  anglais,  en  si  piteuse  attitude,  en  si  pénible  déses- 
poir, persuade  aux  soldats  ennemis  que  l'armée  du  régent  vient 
d'éprouver  un  complet  désastre,  au  fond  redouté,  presqu'attendu 
peut-être.  Des  Ecossais  des  Basses-Terres,  faux  prisonniers  traî- 
nés à  la  queue  des  chevaux,  qui  interpellent  dans  leur  langue  natale 
les  Anglais  de  la  garnison  accourus  sur  le  rempart,  achèvent  d'en- 
cadrer la  scène  et  de  mettre  le  stratagème  au  point  ' .  Verneuil 
ouvre  ses  portes  au  duc  d'Alençon'^,  seigneur  naturel  de  la  ville, 
et  donne  un  précieux  point  de  ravitaillement  et  d'appui  à  l'armée 
française  en  campagne,  qui  va  s'y  adosser  pour  le  grand  combat 
dont  l'heure  inévitable  approche  à  grands  pas 3. 

n.  8).  Mais  les  dates  exactes  diffèrent.  Ainsi  le  Bourgeois  de  Paris  (p.  195), 
qui,  dans  le  récit  de  cet  événement,  donne  des  détails  si  originaux,  puis  Raoulet 
(p.  185),  si  bien  informé  sur  toute  cette  semaine,  donnent  tous  deux,  avec  une 
précision  qui  pourrait  abuser,  la  date  de  la  vigile  de  la  Notre-Dame  d'août, 
c'est-à-dire  du  lundi  14,  rei)ortant  du  reste  à  ce  jour  presque  tous  les  faits 
connus  incontestablement  pour  s'être  passés  le  15.  —  Du  récit  de  Wavrin,  qui 
suivait  l'armée  anglaise,  il  faut  déjà  forcément  déduire  que  l'événement  eut 
lieu  le  15.  Mais,  en  outre  et  délinitivement,  un  document  inattaquable  fixe  au 
15  août  le  moment  de  la  surprise  de  Verneuil.  Ce  sont  les  lettres  de  rémission 
accordées  par  le  duc  de  Bedford  aux  habitants  de  Verneuil,  après  la  réoccupa- 
tion de  la  ville  par  les  Anglais  victorieux,  le  lendemain  de  la  bataille  ;  ces  lettres 
sont  datées  de  «  l'ost  devant  Verneuil,  le  xviii"  jour  d'aoust  »  1424,  et  men- 
tionnent expressément  la  surprise  française  comme  ayant  eu  lieu  le  15  août 
même.  (Arch.  nat.,  JJ  172,  n°  585.) 

1.  Pour  tous  ces  détails,  voir  Journal  d'un  bourgeois  de  Paris,  p.  195-196, 
seule  chronique  qui  s'étende  ainsi  sur  les  circonstances  de  la  surprise  de  Ver- 
neuil et  (pii  mentionne  le  rôle  joué  à  cette  occasion  par  le  sire  de  Torcy. 

2.  Jean  V  (Jean  II  comme  duc),  duc  d'Alençon,  sur  l'âge  duquel,  à  cette 
époque,  il  a  été  souvent  discuté.  Un  singulier  document  semble  placer  sa  nais- 
sance au  14  juin  1406.  (Bibl.  nat.,  ms.  lat.  7443,  fol.  61.)  Il  était  donc  alors 
tout  juste  dans  sa  dix-neuvième  année.  Fait  prisonnier  le  surlendemain,  au 
fort  de  la  bataille  de  Verneuil,  enfermé  au  Crotoy,  —  où  Jeanne  d'Arc  fut  aussi 
tenue  captive,  —  ayant  refusé  de  prêter  aucun  serment  à  l'Angleterre,  il  ne 
devait  recouvrer  sa  liberté  qu'à  la  fin  de  1427. 

3.  Sur  la  reddition  de  Verneuil  au  duc  d'Alençon,  Chron.  de  Normandie, 
p.  72  et  notes,  n.  206;  Chron.  de  la  Pucelle,  p.  223. 


478  LA   GUERRE   DE    PARTISANS 

Cette  défection  n'est  cependant  que  la  première,  et,  dans  les 
cadres  anglais,  d'autres,  depuis  longtemps  en  germe,  épient  déjà 
l'heure  ' . 

Le  mercredi  16,  au  matin,  Bedford,  qui  vient  de  passer  la  nuit 
à  Evreux  avec  le  gros  de  ses  forces,  a  reçu  la  nouvelle  de  la 
perte  de  Verneuil.  En  route  aussitôt,  il  a  rejoint,  le  soir  même, 
ses  lieutenants  Suffolk  et  Salisbury.  Son  armée,  après  une  jour- 
née de  marclie,  passe  la  nuit  du  16  au  17  massée  entre  Evreux 
et  Verneuil^  à  trois  ou  quatre  lieues  environ  des  positions  fran- 
çaises^, fondue  en  un  seul  bloc,  arrêtée  et  reposée  de  bonne  heure 
et  se  préparant  au  heurt  du  lendemain^.  Cette  anxieuse  veillée 

t.  Ici,  dans  la  nuit  du  15  au  16,  c'est-à-dirc  pendant  la  nuit  passée  à  Evreux, 
se  placerait,  s'il  fallait  suivre  la  Chronique  anonyme  dite  des  Cordeliers,  l'ins- 
tant de  la  défection  du  sire  de  Torcy,  avec  celle  de  ses  deux  énigmatiques 
compagnons.  (Texte  ci-dessus,  p.  476,  n.  1.)  Compagnons  dont  l'un  pourrait  avoir 
été  Charles  de  Longueval  et  l'autre  le  bizarre  «  seigneur  d'Augmont  ».  Mais 
cette  hypothèse  ne  se  soutient  pas,  les  notations  sommaires  du  rédacteur  de 
cette  chronique  ne  pouvant  être  comparées,  sur  ce  point,  au  récit  circonstancié 
du  Bourgeois  de  Paris,  d'après  lequel  il  faut  fixer  le  départ  du  sire  de  Torcy  avant 
la  prise  de  Verneuil,  laquelle  a  lieu  le  15  comme  on  l'a  vu,  ni  au  témoignage  de 
Wavrin,  qui  va  placer  labandon  des  autres  nobles  normands  dans  la  nuit  du 
16  au  17. 

2.  Le  duc  de  Bedford,  apprenant,  le  16  au  matin,  à  la  première  heure,  la 
nouvelle  de  la  i)rise  de  Verneuil,  elTectuée  la  veille,  se  met  immédiatement  en 
marche.  «  Et  lors,  après  sa  messe  oye  et  (juil  eut  beu  ung  cop,  list  sonner  la 
trompette  du  deslogemeut.  Si  se  party  de  ceste  ville  d'Évreux  et  se  mist  aux 
champs  en  prenant  le  droit  chemin  vers  Verneul,  par  ung  merquedy,  seiziesme 
jour  d'aoust...  »  {Wavrin,  éd.  William  Hardy,  t.  1422-1431,  p.  108;  le  ms.  porte  : 
«  xxvr  »;  l'éditeur  fait  naturellement  observer,  p.  108,  n.  7,  que  ce  ne  peut 
être  qu'une  erreur  matérielle  de  copie  et  qu'il  convient  de  lire  :  «  xvi°  ».  Pour 
les  dates  semblables,  matériellement  erronées,  voir  ci-dessous,  p.  490,  n.  2.) 

3.  «  ...  logez  à  troys  ou  quatre  lieues  dudit  Verneuil...  »  {Chron.  de  la 
Pucelle,  p.  224.)  —  «  ...  logier  à  trois  lieues  ou  environ  prez  dudit  Vernueil...  » 
[Chron.  de  Normandie,  p.  72.)  —  Monstrelet  (t.  IV,  p.  192),  très  confus,  très 
contradictoire  avec  lui-même  dans  le  récit  de  ces  faits,  plaçant  la  bataille  au 
jeudi  16,  se  servant  toujours  de  la  même  bizarre  expression  i)our  désigner  Dam- 
ville,  dit  que  Bedford  se  logea  cette  nuit  à  «  Damville-en-Vasseulx  »  (voir 
ci-dessus,  p.  471,  n.  6),  qui  est  en  effet  à  cinq  faibles  lieues  seulement  de 
Verneuil. 

4.  «  Si  se  logèrent  ce  jour,  de  bonne  heure,  adfin  de  mieulz  avoir  espace  de 
leurs  besongnes  aprester  pour  atendre  l'adventure  de  la  battaille  désirée...,  car 
de  leur  propre  nature  ilz  sont  très  dévots,  devant  boire  espécialement.  » 
{Wavrin,  t.  1422-1431,  p.  109.)  Se  rappeler  le  fait  de  la  bénédiction  du  lieu  de 
combat  d'ivry,  rapporté  par  la  Geste  des  nobles  (p.  197). 


DANS  LA    HAUTE   NORMANDIE.  479 

est  le  moment  que  guettent  d'autres  hésitants  de  la  dernière 
heure.  Cette  nuit-là,  une  troupe  de  gentilshommes  du  pays  de 
Gaux  et  du  Ponthieu,  suivis  de  leurs  gens,  abandonne  le  camp 
anglais  quelques  heures  avant  le  contact.  Ils  vont  retrouver  les 
partisans  normands  venus  des  bords  de  la  Touques,  comme  Guil- 
laume de  Brévedent,  comme  Robert  de  Carrouges,  qui  ont  che- 
miné de  bois  en  bois,  par  les  frontières  du  Maine,  pour  s'aligner 
à  leur  rang  dans  l'armée  du  roi  Charles  i.  Eux  aussi,  d'une 
impulsion  violente,  sautent  à  cheval  pour  aller  chercher,  à  quelques 
lieues  de  galop,  les  étendards  de  France,  sous  lesquels  ils  vont 
combattre  le  lendemain  à  leur  place  contre  l'ennemi  national". 

C'est  à  cet  instant,  selon  le  plus  de  vraisemblance  ^  que  peut 
se  classer  le  ralliement  de  Charles  de  Longueval,  le  haut  baron 
de  Picardie  qu'on  vient  de  voir  mêlé  de  si  près  à  la  fédération  de 

1.  Ci-dessus,  le  Pays  d'Auge  et  les  Partisans  et  les  lignes  françaises. 

2.  Il  semble  impossible  qu'il  n'y  ait  pas  eu,  cette  nuit  même,  une  nouvelle 
et  importante  défection  de  nobles  normands  dans  l'armée  anglaise.  Le  récit  de 
Wavrin,  présent  au  camp  cette  nuit  même  (t.  1422-1431,  p.  108-109),  est  trop 
explicite  pour  permettre  d'en  douter  :  «  Mais...  vous  raconteray  comment,  la 
propre  nuit  devant  la  mortele  battaille  dessus  dite,  se  partirent  de  la  routte 
des  Anglois  et  de  leur  compaignie  aucun  lasces  chevalliers  et  escuyers  de  North- 
raandie,  avec  certain  nombre  de  gens  qu  ils  séduirent  et  emmenèrent,  lesquels 
chevalliers  et  escuyers  esloient  des  marches  conquises  du  pays  de  Chaulz  et 
là  environ...  »  {Wavrin,  t.  1422-1431,  p.  120.) 

Monstrelet  (t.  IV,  p.  197),  Fenin  (p.  222),  la  Chronique  anonyme  dite  des 
Cordeliers  (fol.  449  v°)  mentionnent  également,  quelques  heures  avant  la  ren- 
contre (ce  dernier  texte  en  reportant  par  erreur  évidente  le  fait  à  la  nuit  du 
15  au  16),  le  départ  d'un  grand  nombre  de  chevaliers  et  d'écuyers  normands. 
De  ce  que  ces  trois  chroniques,  et  même  Wavrin,  mentionnent  dans  cette 
«  fournée  »  le  sire  de  Torcy,  dont  le  ralliement  a  été  établi  le  15,  comme  on 
l'a  vu,  il  ne  faut  pas  conclure  pour  cela  que  cette  défection  en  masse  et  la 
sienne  ne  fassent  qu'un,  et  qu'il  faille  avancer  la  désertion  finale  au  15,  ou 
retarder  celle  du  sire  de  Torcy  jusqu'à  la  nuit  du  16  au  17.  L'expression  si 
caractéristique  de  Wavrin  :  «  la  propre  nuit  devant  la  mortele  battaille,  » 
combinée  avec  les  détails  si  précis  du  Bourgeois  de  Paris,  (jni  établissent  le 
départ  de  Guillaume  d'Estouteville  le  15,  ne  peut  laisser  aucun  doute  sur  ce 
point.  L  allusion  de  Wavrin  aux  gentilshommes  «  du  pays  de  Chaulz  et  là 
environ  »  est  d'ailleurs  singulièrement  mise  en  valeur  par  un  document  qui  va 
être  cité.  (Arch.  nat.,  JJ  173,  n»  25.) 

3.  On  a  vu  comment  la  version  qui  placerait  sa  défection  en  même  temps 
que  celle  du  sire  de  Torcy,  c'est-à-dire  le  15,  paraît  moins  vraisemblable.  Quant 
au  dire  de  la  Chronique  anonyme,  dite  des  Cordeliers,  qui  fixe  à  la  nuit  du  15 
au  16  le  départ  des  gentilshommes  normands,  départ  dans  lequel  on  pourrait 
le  compter,  elle  n'est  pas  admissible. 


480  LA   GDERRE    DE   PARTISANS 

Roye.  Sa  présence  constatée  dans  les  cadres  anglais,  en  ce 
moment  et  à  cette  heure,  montre  que  la  ligue  dont  il  était  l'âme 
ne  devait  guère  être  encore  soupçonnée,  et  que  les  conjurés  du 
Nord  attendaient  pour  jeter  leur  défi  quelque  mot  d'ordre  étroite- 
ment lié  à  l'issue  de  la  grande  rencontre  espérée.  On  ne  s'explique 
pas  autrement,  en  effet,  que  le  sire  de  Longueval  servît  encore 
dans  l'armée  anglaise,  sous  des  chefs  en  lesquels  il  n'aurait 
trouvé  que  des  juges,  si  l'éclat  d'une  rupture  entre  les  affiliés 
de  Roye  et  le  régime  anglo- bourguignon  eût  déjà  lancé  son 
retentissant  écho'.  Quoi  qu'il  en  soit,  le  passage  du  seigneur  de 
Longueval  dans  les  lignes  françaises,  au  moment  où  les  deux 
armées  vont  s'aborder  de  plein  front,  est  un  fait  accompli  ;  le 
parti  national  compte  une  recrue  déplus,  qui  ne  connaîtra  désor- 
mais que  les  emblèmes  de  France  et  ne  quittera  plus  la  croix 
droite-. 

Faudrait-il,  en  interprétant  une  mention  quelque  peu  obscure 
du  texte  qui  relate  le  fait,  lui  adjoindre  un  autre  compagnon,  et 
non  des  moindres  personnages  du  parti  de  Bourgogne?  Si,  en 
effet,  au  lieu  de  :  «  Messire  Charles  de  Longueval,  seigneur  d'Au- 
mont  »,  titre  que  ne  porta  jamais  nul  des  Longueval  et  qu'il  est 
impossible  de  leur  prêter  à  un  degré  quelconque,  on  devait  lire 
le  passage  du  chroniqueur  Jean  deWavrin  de  la  façon  suivante  : 
«  Messire  Charles  de  Longueval  et  le  seigneur  d'Aumont  »,  il  en 
résulterait  que  le  sire  d'Aumont  en  personne  aurait  aussi,  ce 
jour-là,  rallié  le  camp  français^.  Le  fait  serait  précieux  à  décou- 

1.  Sur  Charles  de  Longueval  et  son  rôle  à  Roye,  ci-dessus,  p.  449-450. 

1.  La  croix  droite  blanche  représentait,  comme  on  sait,  l'insigne  de  France, 
la  croix  de  Saint-André  blanche  celui  de  Bourgogne,  la  croix  droite  rouge  celui 
d'Angleterre.  L'insigne  spécial  du  parti  d'Armagnac  avait  été  la  bande  blanche. 
Depuis  la  révolution  de  mai  1418,  la  mort  du  connétable  et  l'existence  du  double 
gouvernement  de  Paris  et  de  Bourges,  les  caj)itaines  du  dauphin  Charles,  devenu 
chef  du  parti  national,  ne  i)ortent  plus  que  la  croix  droite  blanche  :  du  moins 
le  constate-t-on  en  août  1419.  {Livre  des  trahisons,  p.  143.)  A  plus  forte  raison 
la  croix  droite  blanche  reste-t-elle  l'emblème  des  parti-sans  de  Charles  VII, 
depuis  son  avènement  comme  roi  en  1422. 

3.  Texte  exact  de  Wavrin,  relatant  le  départ  des  gentilshommes  du  pajs  de 
Caux,  la  nuit  du  16  au  17  :  «  ...  entre  lesquelz  messire  Charles  de  Longueval, 
seigneur  d'Augmont.  »  (Éd.  William  Hardy,  t.  1422-1431,  p.  120-121;  aucune 
variante  signalée.)  Monstrelet,  dont  le  récit  succinct  est  sur  ces  faits,  sauf  les 
confusions  d'itinéraire,  très  voisin  dans  le  fonds  de  celui  de  'Wavrin,  mentionne 
simplement  :  «  ...  entre  eulx  messire  Charles  de  Longueval  »,  sans  autre  qua- 
lification. (Éd.  Douët  d'Arcq,  t.  IV,  p.  197.) 


DANS   LA    HAUTE   NORMANDIE.  48^ 

vrir,  mais  extraordinaire  à  vérifier.  Le  chef  •  de  cette  puissante 
maison  française-,  qui  tient  une  bonne  partie  du  Vexin,  sur  la 
lisière  de  la  falaise  du  Bray,  où  l'abbaye  de  Ressons  ^  lui  sert  de 
Saint-Denis,  est  alors  en  effet  Jacques,  sire  d'Aumont,  fils  de 
Jean  IV,  tué  à  Azincourt,  et  de  Yolande  de  Cliàteauvillain^.  Il 
est  bien  le  neveu  de  Guillaume  de  Châteauvillain'',  le  grand  féo- 
dal de  Bourgogne,  qui  en  ce  moment  refuse  obstinément  le  ser- 
ment au  roi  d'Angleterre*',  le  neveu  encore  de  Catherine  d'Au- 
mont, mariée  à  Jacques  de  Sojécourt,  seigneur  de  Mouy', 
lui-même  apparenté  de  façon  si  suspecte^,  et  qu'on  va  voir  si  sin- 
gulièrement écarté^  a  la  dernière  heure,  des  rangs  de  l'armée 
anglaise^,  II  est  bien  le  beau-fils  de  Guy  de  Bar,  le  second  mari 
de  sa  mère*°,  le  capitaine  bourguignon  suspect  de  répugnances 
anglaises.  D'autres  parentés  le  rapprochent  de  tout  un  groupe  de 
maisons  bourguignonnes  ouvertement  hostiles  au  système  étran- 
ger ^i.  En  Picardie,  il  se  trouve  allié  de  près  au  sire  de  Saint- 
Simon,  l'un  des  plus  ardents  ligueurs  de  Roye  ^-.  Il  correspondrait 

1.  Sur  la  maison  d'Aumont,  P.  Anselme,  Hist.  généal.,  t.  IV,  p.  870-880. 

2.  Aumont,  sur  les  limites  de  l'Amiénois,  vers  les  approches  du  Bray  (Somme, 
cant.  d'Horuoy). 

3.  Ressons-en-Vexin,  abbaye  de  l'ordre  de  Prémontré,  entre  Méru  et  Beau- 
vais,  lieu  de  sépulture  célèbre  de  la  maison  d'Aumont  (Oise,  cant.  de  Noailles). 

4.  Sur  Jacques  d'Aumont,  seigneur  d'Aumont,  de  Méru,  de  Chars,  région  où 
l'on  a  vu  les  partisans  du  Vexin  si  fortement  installés,  de  Chappes  en  Cham- 
pagne, P.  Anselme,  Hist.  généal.,  t.  IV,  p.  873-874. 

5.  Ibid.,  t.  VIII,  p.  427. 

6.  Ce  fait  et  ceux  auxquels  il  est  fait  allusion  plus  bas,  concernant  les  dis- 
positions de  plusieurs  maisons  bourguignonnes,  seront  exposés  dans  un  cha- 
pitre ultérieur. 

7.  P.  Anselme,  Hist.  généal.,  t.  IV,  p.  873,  et  t.  VIII,  p.  527. 

8.  Ci-dessus,  la  Prise  d'armes  de  1424. 

9.  Voir  ci-après,  p.  487-488. 

10.  P.  Anselme,  Hist.  généal.,  t.  VIII,  p.  427.  Ernest  Petit,  notice  sur  Guy 
de  Bar,  dans  Avallon  et  l'Avallonnais,  p.  73-83. 

11.  Par  la  maison  de  Mello,  dont  était  issue  Jeanne  de  Mello,  mère  de  son 
père  Jean  IV,  le  sire  d'Aumont  se  trouvait  allié  aux  sires  de  Couches,  aux  ducs 
capétiens  de  Bourgogne,  à  la  maison  de  la  Trémoille,  aux  Aycelin  de  Montai- 
gut,  seigneurs  de  Listenois,  dont  on  reconnaîtra  ailleurs  le  rôle.  (P.  Anselme, 
Hist.  généal.,  t.  IV,  p.  872-873;  t.  VI,  p.  65;  t.  VI,  p.  65-66;  t.  I,  p.  562; 
t.  VI,  p.  65;  t.  IV,  p.  179-180;  t.  VI,  p.  67,  p.  304.) 

12.  Gaucher  de  Rouvroy,  sire  de  Saint-Simon,  dont  il  a  été  parlé,  avait  épousé 
Marie  de  Saarbriick,  fille  d'Ame  de  Saarbriick,  damoiseau  de  Commercy,  et  de 

^895  32 


482  LA   GUERRE    DE    PARTISANS 

bien  à  ce  second  personnage  de  marque  désigné  par  une  chro- 
nique comme  ayant  imité  le  sire  de  Torcy,  et  dont  Charles  de 
Longueval  pourrait  représenter  l'autre*.  Mais  nul  trait  de  sa  vie 
ne  se  rapporterait  à  pareil  acte^,  dont  toutes  ses  dispositions  et  sa 
carrière  ne  permettent  guère  de  lui  décerner  l'initiative 2.  Il  est 
donc  préiérable  de  conclure  à  quelque  erreur  matérielle  en  cause, 
défigurant,  de  façon  qu'on  croit  deviner,  le  nom  d'une  des  sei- 
gneuries possédées  par  le  sire  de  Longueval  lui-même  ^  auquel  il 
est  en  résumé  plus  sûr  de  ne  pas  adjoindre  Jacques  d'Aumont 
comme  associé  de  fortune.  Charles  de  Longueval  n'en  demeure 
pas  moins,  pour  l'observateur  du  drame  en  cours,  l'inspirateur  de 
cette  résolution  périlleuse,  de  ce  sacrifice  sans  regrets  qui  va  le 
désigner,  ses  compagnons  et  lui,  à  toutes  les  spoliations  et  à  toutes 
les  représailles. 

La  trahison  rôde  de  toutes  parts  autour  des  auxiliaires  de 


Marie  de  Châteauvillain,  sœur  de  Guillaume  et  de  Yolande.  {Ibid.,  t.  IV,  p.  398; 
t.  VIII,  p.  427,  534.) 

1.  Chron.  dite  des  Cordeliers,  ms.  fr.  23018,  fol.  449  v°.  Voir  ci-dessus,  p.  476, 
n.  1;  p.  478,  n.  1  ;  p.  479,  n.  4;  p.  480,  n.  3. 

2.  Sans  conclure  sur  la  question,  M"°  Dupont,  dans  les  notes  de  son  édition 
de  Wavrin,  a  très  visiblement  appelé  l'attention  sur  cette  double  et  invraisem- 
blable incarnation.  {Wavrin,  éd.  de  M"°  Dupont,  t.  I,  p.  271,  n.  2,  et  p.  272,  n.  1.) 

3.  A  l'automne  de  1430,  on  voit  le  sire  d'Aumont  tenant  sa  forteresse  de 
Chappes  en  Champagne  (Aube,  cant.  de  Bar-sur-Seine),  à  lui  appartenant  par 
Jeanne  de  Mcllo,  sa  f^raudmère  {ITist.  généal.,  t.  VI,  p.  65;  t.  IV,  p.  872-873), 
et  la  défendant  contre  Barbazan.  (Berry,  p.  3S2-383;  Monstrelet,  t.  IV,  p.  386.) 
En  1431  et  1432,  on  le  suit  dans  l'armée  bourguignonne,  ne  quittant  pas  Phili- 
bert de  Vaudrey.  (Voir  ci-dessus,  p.  439,  n.  2.)  Dans  le  courant  de  1431,  on  les 
trouve  ensemble  sous  les  armes.  (Arch.  de  la  Côte-d'Or.  Joseph  Garnier,  Inven- 
taire, B  11803,  cf.  11807.)  En  1432,  ils  se  rendent  de  Bourgogne  en  Picardie; 
de  là  au  combat  de  Lagn3'-sur-Marne,  en  août.  (Monstrelet,  t.  V,  p.  30-39; 
M""  Dupont,  notes  de  Wavrin,  t.  I,  p.  272,  n.  1.)  En  septembre  1432,  ils  com- 
mandent ensemble  la  place  d'Eu.  (Bibl.  nat.,  coll.  Clairambault,  vol.  138, 
p.  2485,  n»  42.) 

4.  Charles  de  Longueval  avait  épousé,  comme  on  l'a  vu,  Marguerite  de  Divion 
(Divion,  Pas-de-Calais,  cant.  de  Iloudain).  Ce  nom,  à  l'occasion  d'une  mention 
concernant  le  bâtard  de  Divion,  frère  de  Marguerite,  est  défiguré  par  le  texte 
de  quelques  chroni([ues  sous  la  forme  «  de  Dunon  »  {Fenin,  p.  124),  forme  qui, 
une  fois  constatée,  peut  supposer,  sans  exagération  aucune,  les  transcriptions 
fautives  telles  que  :  «  d'Unon,  d'Unnon,  d'Aunoii,  d'Aumon.  »  Ne  serait-on  ])as 
dès  lors  en  droit  d'admettre  que  Wavrin  ait  voulu  tout  simplement  qualilier 
Charles  de  Longueval  de  «  seigneur  de  Divion  »,  et  que  ce  soit  ainsi  qu'il  faille 
rétablir  le  texte 'i"  On  peut  au  moins  donner  cette  hypothèse  comme  jiiausible. 


DAIVS    LA    HAUTE    NORMANDIE.  483 

l'Angleterre.  Le  duc  de  Bedford  le  sait  et  le  sent,  et  ses  rensei- 
gnements, le  matin  même  du  16  août,  lui  ont  fait  prendre  une 
disposition  qui  permet  de  mesurer  son  inquiétude.  Le  16  au  matin, 
à  Evreux,  avant  de  se  mettre  en  marche  vers  le  champ  de  bataille, 
il  se  détermine  à  éconduire  discrètement,  mais  avec  une  résolu- 
tion sans  réplique,  trois  commandants  bourguignons  de  marque^ 
dont  il  craint  sans  doute,  au  dernier  moment,  quelque  brusque  et 
irrésistible  variation  d'humeur-. 

Pourtant  Jean  de  Villiers,  sire  de  l'Isle-Adam^,  Jean  de  Neu- 
châtel,  sire  de  Montaigu'*,  Jacques  de  Mouy,  de  la  maison  de 
Soyécourt^,  viennent,  pour  le  rejoindre,  de  traverser  toute  une 
moitié  de  la  France,  arrivant  au  trot  de  leurs  chevaux  du  siège 
de  Nesles-en-Tardenois^,  qu'ils  conduisent  au  nom  du  duc  de 
Bourgogne  sur  les  frontières  de  Champagne '',  où  s'acharne  encore 
la  défensive  française  ^  Tous  trois  cependant  sont  bien  connus 
pour  Bourguignons  d'élite,  engagés  dans  le  parti  par  serment 
féodal  ou  par  opinion  fanatique. 

Issu  de  la  grande  maison  de  NeuchâteP,  le  sire  de  Montaigu*'' 


1.  On  a  vu  leur  arrivée  à  Évreux,  probablement  le  samedi  12. 

2.  Wavrin  est  le  seul  chroniqueur  qui  relate  leur  arrivée  avant  la  marche 
sur  Ivry  et  qui  note  leur  départ  ce  matin  du  16,  sitôt  le  retour  des  éclaireurs 
de  Suffolk,  avant  l'heure  de  la  messe  de  Bedford  (t.  1422-1431,  p.  100,^07-108). 
Le  Fèvre  de  Saint-Remy  les  cite  présents  à  la  journée  d'Ivry,  sans  indiquer 
comment.  {Saint-Remy,  éd.  François  Morand,  t.  II,  p.  84.) 

3.  Cité  par  Wavrin  et  Saint-Remy. 

4.  Cité  par  Wavrin  seulement. 

5.  Cité  par  Saint-Remy  seulement. 

6.  Nesles-en-Tardenois ,  l'imposajite  forteresse  qui  subsiste  encore  presque 
intacte,  près  de  Fère-en-Tardenois  (Aisne,  cant.  de  Fère-en-Tardenois,  comm, 
de  Seringes). 

7.  Dans  cette  région,  la  Ferté-Milon  venait  d'être  perdu,  en  janvier  1423  : 
Nesles  et  Fère  tiennent  encore  jusqu'à  la  fin  d'août.  {Chron.  dite  des  Corde- 
liers,  ms.  fr.  23018,  fol.  432,  449.) 

8.  Le  siège  de  Nesles  paraît  avoir  été  mis  vers  le  printemps  de  1424,  par 
L'Isle-Adam,  «  commissaire  en  cette  partie  ».  (Arch.  nat.,  JJ  173,  n"'  124,  56.) 
Monstrelet  (t.  IV,  p.  186)  et  Wavrin  (t.  1422-1431,  p.  100),  à  l'occasion  de 
l'arrivée  des  Bourguignons  à  Évreux,  mentionnent  cette  opération,  sans  lui 
spécifier  de  date.  Nesles  se  rendit  le  30  août  suivant.  {Chron.  dite  des  Corde- 
liers,  ms.  fr.  23018,  fol.  449.) 

9.  Sur  la  maison  de  Neuchàtel,  P.  Anselme,  Hist.  généal.,  t.  VIII,  p.  347-355. 

10.  Neuchâtel-Urtière,  Doubs,  cant.  de  Pont-de-Roide. 


484  LA   GUERRE    DE    PARTISANS 

est  un  Bourguignon  de  Bourgogne,  qui  ne  sert  et  ne  connaît  que 
ses  princes  nationaux,  dont  sa  mère,  Marguerite  de  Bourgogne, 
issue  des  anciens  ducs  capétiens,  le  fait  parent  par  le  sang*.  Il 
était  du  drame  de  Montereau,  où  seul  il  a  pu  s'évader  du  piège, 
sautant  tout  armé  lices  et  barrières  pour  donner  l'alarme  au 
dehors  2.  L'Isle-Adam  et  Jacques  de  Mouy  sont  au  moins  aussi 
dévoués  au  fils  de  Jean  Sans-Peur,  plus  précieux  encore  à  con- 
server dans  l'armée. 

Sans  rappel  en  règle  de  sa  carrière  antérieure,  L'Isle-Adam  ^ 
est  celui  qui  a  mené,  l'année  précédente,  le  premier  siège  d'Ivry. 
De  tous  les  capitaines  présents  sous  les  étendards  d'Angleterre, 
c'est  le  seul  qui  ait  déjà  battu  les  alentours,  qui  connaisse  le  ter- 
rain sur  lequel  va  se  dérouler  l' action  ^  Jacques  de  Soyécourt, 


1.  Jean  de  Neuchâtel,  sire  de  Montaigu,  second  tils  de  Thibaud  VI,  sire  de 
Neuchâtel,  et  de  Marguerite  de  Bourgogne,  dame  de  Montaigu,  d'une  branche 
des  anciens  ducs  alliée  aux  comtes  de  Bourgogne.  11  fut  grand  bouleiller  de 
France  après  la  révolution  de  1418,  chevalier  de  la  Toison  d'or  à  la  fondation 
de  l'ordre  en  1430,  et  mourut  en  1433.  Il  avait  épouse  Jeanne  de  Ghistelles, 
fille  de  Jean  de  Ghistelles  et  de  Jeanne  de  Chàlillon.  (P.  Anselme,  Bisl.  gènéal., 
t.  VIII,  |).  57G,  354;  t.  VI,  p.  125-126,  et  du  Chesne,  Hist.  de  la  maison  de 
Chaslillon,  p.  600-610.)  Il  était  oncle  de  Thibaud  VIII,  sire  de  Neuchâtel,  qui 
fut  grand  maître  de  France  à  la  suite  des  événements  de  1418,  chevalier  de  la 
Toison  d'or  en  1433,  mort  en  1458,  et  dont  la  femme,  Agnès  de  Montbéliard, 
avait  pour  mère  Marie  de  Châlillon,  soeur  de  Jeanne,  ce  «[ui  rendait  l'oncle  et 
le  neveu  cousins  germains  par  alliance.  {Hist.  généal.,  t.  VIII,  p.  347,  350; 
t.  VI,  p.  125-126,  et  Hist.  de  Chastillon,  p.  600-610.) 

Le  lieu  de  Montaigu,  dont  il  tenait  la  seigneurie  de  sa  mère,  n'est  pas  Mon- 
taigu, sur  les  lisières  du  Gharolais  (Saône-et-Loire,  cant.  et  comm.  de  Chauf- 
failles),  comme  on  pourrait  le  croire.  (Siméon  Luce,  Jeanne  d'Arc  à  Domretny, 
Preuves,  p.  134,  n.  2.)  C'est  Montaigu,  dans  le  massif  du  Jura,  près  de  Lons- 
le-Saulnier  (Jura,  cant.  de  Conliège). 

2.  Monstrelet,  t.  IV,  p.  342,  344,  345-350,  354-355. 

3.  Jean  de  Villiers,  seigneur  châtelain  de  l'Isle-Adam,  le  château  planté  dans 
une  île  de  l'Oise,  entre  Beaumont  et  Pontoise,  mouvant  directement  du  roi  à 
cause  du  château  royal  de  Pontoise.  Il  était  tils  de  Pierre  II  de  Villiers,  second 
sire  de  l'Isle-Adam  de  la  seconde  maison  de  ce  nom,  sortie  des  seigneurs  de 
Villiers-le-Bel,  dans  la  plaine  de  France,  et  de  Jeanne  de  Chàtillon,  sœur 
d'Isabelle,  mère  de  Jacques  de  Soyécourt-Mouy  et  de  ses  sœurs,  cousin  des 
deux  sœurs  Jeanne  et  Marie  de  Chàtillon,  mères  des  femmes  de  Jean  et  de 
Thibaud  VIII  de  Neuchâtel.  Né  entre  1384  et  1392,  passé  au  parti  bourguignon 
en  septembre  1417,  maréchal  de  France  en  1418,  destitué  en  1422,  rétabli  en 
1432,  rentré  dans  le  parti  français  après  le  traité  d'Arras  en  1435,  mort  en  1437. 

4.  Sur  le  premier  siège  d'Ivry,  voir  ci-dessous,  Annexe  4. 


DAJÎS   LA   HAUTE   XORMAXDIE.  485 

seigneur  de  MoujS  est  un  Bourguignon  de  la  première  heure  : 
il  appartient  à  l'une  de  ces  familles  du  Reauvaisis^,  directement 
sujettes  du  roi,  qui  ont  suivi  passionnément,  dès  le  début,  la 
chance  de  Jean  Sans-Peur,  tous  ses  hasards  et  tous  ses  risques. 
Cousin  germain  du  sire  de  l'Isle-Adam^,  c'est  très  probablement 
lui  qui,  conseillé,  autorisé  et  écouté,  a  décidé  Jean  de  Villiers 
lui-même  à  se  jeter  dans  le  parti  et  à  livrer,  il  y  a  sept  ans,  les 
ponts  de  son  château  à  l'armée  bourguignonne,  arrêtée  devant 
l'infranchissable  fossé  de  l'Oise  ^  en  rouvrant  ainsi  à  Jean  Sans- 


1.  «  Et  si  estait  (à  la  reddition  d'Ivry),  du  party  de  Bourgoingne,  le  seigneur 
de  Lille-Adam  et  le  seigneur  de  Moy...  »  {Saint-Remy ,  t.  II,  p.  84.) 

Les  chroniques  contemporaines  et  leurs  diverses  éditions  accumulent  les 
confusions  possibles  entre  les  représentants,  alors  existants,  des  deux  maisons 
de  Moy  (Aisne,  ch.-l.  de  cant.,  arr.  de  Saint-Quentin)  et  de  Mouy  (Oise,  ch.-l. 
de  cant.,  arr.  de  Clermont).  A  cette  époque,  la  maison  de  Moy  tenant  pour  le 
parti  français,  il  ne  pouvait  exister  qu'un  seigneur  de  Moy  ou  Mouy  tenant 
pour  le  parti  de  Bourgogne  :  Jacques  de  Soyécourt,  second  fils  de  Charles  de 
Soyécourt,  seigneur  de  Mouy,  tué  à  Azincourt  en  1415,  avec  son  fils  aîné  qo\ 
portait  le  même  prénom  que  lui.  (P.  Anselme,  Hist.  généal.,  t.  VIII,  p.  526-527.) 

2.  Sur  la  branche  des  sires  de  Mouy,  de  la  maison  de  Soyécourt,  Ibid.,  id.  — 
Soyécourt,  en  Santerre  (Somme,  cant.  de  Chaulnes);  Mouy,  en  Beauvaisis, 
sur  le  Thérain,  entre  Beauvais  et  Creil  (Oise,  ch.-l.  de  cant.,  arr.  de  Clermont). 

3.  Jacques  de  Soyécourt,  né  du  premier  mariage  de  Charles  de  Soyécourt, 
seigneur  de  Mouy,  avec  Isabelle  de  Châtillon,  morte  en  1403,  sœur  de  Jeanne 
de  Châtillon,  mère  de  L'Isle-Adam.  (P.  Anselme,  Hist.  généal.,  t.  VIII,  p.  526- 
527;  t.  VI,  p.  113,  et  du  Chesne,  Hist.  de  la  maison  de  Chastillon,  p.  573-579.) 
Il  avait  épousé,  en  1405,  Catherine  d'Auraont,  fille  de  Pierre  II,  dit  Hutin 
d'Aumont.  {Hist.  généal.,  t.  VIII,  p.  526-527;  t.  IV,  p.  873.)  Il  était  mort  au 
23  mars  1428  [Hist.  généal.,  t.  IV,  p.  873);  mais  il  est  à  remarquer  qu'il  n'est 
pas  mentionné  dans  un  acte  du  21  octobre  1425,  où  figurent  ses  sœurs,  acte 
déjà  cité  {la  Prise  d'armes  de  1424),  et  sur  lequel  on  va  devoir  revenir.  (Arch. 
nat.,  JJ  174,  n»  226.) 

Son  père  et  son  frère  aîné  tués  à  Azincourt,  il  n'avait  plus  alors  qu'un  frère  cadet, 
Louis  de  Soyécourt-Mouy,  né  du  second  mariage  de  son  père  avec  l'Allemande 
Amélie  de  Nostemberg,  dame  d'honneur  d'Isabeau  de  Bavière.  {Hist.  généal., 
t.  VIII,  p.  527;  Arch.  nat.,  JJ  169,  n°  474;  JJ  171,  n»  381.)  Louis  de  Soyécourt 
était  encore  mineur  à  la  date  du  21  octobre  1425  (Arch.  nat.,  JJ  174,  n"  226), 
en  1427  {Hist.  généal.,  t.  VIII,  p.  527),  et  n'apparaît  majeur  cfu'à  la  date  du 
23  mars  1428.  {Ibid.) 

4.  Sur  ce  fait,  Monstrelet,  t.  III,  p.  210,  répété  par  Fenin,  p.  76,  par  Saint- 
Remy,  t.  I,  p.  310.  «  Et  lors,  par  le  moien  et  pourchas  d'un  gentilhomme 
nommé  Charles  de  Moy,  »  dit  Monstrelet.  Il  faut  (pi'il  y  ait  erreur  ou  du  chro- 
niqueur sur  le  prénom,  ou  du  généalogiste  sur  la  date  de  la  mort  des  deux 
Charles  de  Soyécourt-Mouy,  le  père  et  le  fils,  qu'on  vient  de  voir  (pus  deux 
signalés  comme  tués  à  Azincourt. 


486  LA   GUERRE   DE   PARTISANS 

Peur  le  chemin  de  Paris  et  la  voie  de  sa  fortune.  Tous  deux, 
L'Isle-Adam  etdeMouy,  la  veille  encore,  au  défilé  delà  garnison 
française  qui  a  capitulé  dans  Ivry,  se  relayaient,  entourés  d'une 
garde  d'honneur,  pour  porter  la  bannière  de  France*,  à  côté  de 
l'étendard  monstrueusement  écartelé  de  lis  et  de  léopards  que 
Bedford,  pour  la  première  fois,  faisait  déployer  comme  un  défi 2. 

Mais,  le  matin  du  16  août,  au  lever  du  jour,  les  coureurs  de 
Suffolk,  de  Daraville,  où  ils  battent  l'estrade,  ont  apporté  à 
Evreux  la  nouvelle  de  la  prise  de  Verneuil  et  du  ralliement 
imprévu  du  sire  de  Torcy^.  A  ce  symptôme  qui  se  trahit,  à  ce 
menaçant  indice,  le  duc  de  Bedford  s'est  ému. 

L'Isle-Adam  *  est  un  des  chefs  bourguignons  qui  ont  le  plus 
ouvertement  découvert  leur  aversion  pour  l'alliance  étrangère. 
Il  a  été  du  petit  lot  de  capitaines  du  parti  qui  ont  eu  à  mener  la 
guerre  contre  l'invasion.  Il  a  tenu  frontière  contre  les  Anglais  à 
Pontoise^,  en  Normandie^,  à  Gisors.  La  veille  encore  de  l'assas- 
sinat de  Jean  Sans-Peur,  commandant  de  Beauvais,  il  se  jetait 
dans  le  pays  de  Caux,  où  toute  sa  compagnie,  mêlée  aux  parti- 
sans du  dauphin  Charles',  reprenait  ostensiblement  la  croix  droite 

1.  «  ...  le  seigneur  de  Lille-Adam  et  le  seigneur  de  Moy,  ausquels  le  régent 
bailla,  pour  le  jour,  à  porter  la  banière  de  France,  et  leur  bailla  cent  cheva- 
liers et  escuiers  pour  les  acompaignier.  »  {Saint-Remy,  t.  II,  p.  84.)  —  «  ...  la 
banière  de  France,  laquele  il  fist  i)our  ce  jour  baillier  <\  porter  au  seigneur  de 
Lilladam.  »  {Wavrin,  t.  14'22-1431,  p.  103.) 

2.  «  Puis  fist  desploier  la  banière  esquartelée  de  France  et  d'Engleterre,  en 
signiliance  des  deux  royaulmes  conjoincts.  »  {Ibid.,  id.) 

3.  Wavrin,  t.  1422-1431,  p.  106-107. 

4.  L'I.sle-.\dani,  commandant  de  Pontoise,  depuis  son  passage  au  parti  bour- 
guignon et  l'occupation  de  la  place  jiar  Jean  Sans-Peur  jusqu'à  la  prise  de  la 
ville  par  les  Anglais  (sci)tembre  1417-juillet  1419).  {Religieux  de  Saint-Denis, 
éd.  Bellaguct,  t.  VI,  p.  115;  Monsirelet,  t.  III,  p.  214-239;  Fenin,  p.  77;  Sainl- 
Remy,  t.  I,  p.  311.)  On  sait  qu'il  laissa  surprendre  la  place  par  un  audacieux 
«  eschiellage  »  anglais,  exécuté  à  la  pointe  du  jour,  quelques  heures  à  peine 
après  la  stricte  expiration  de  la  Iréve  de  Pouilly,  le  30  juillet  1419. 

5.  L'Isle-Adam,  chargé  (juin-août  1418)  d'un  commandement  en  Normandie. 
(.\rch.  nat.,  JJ  171,  n°  295.) 

6.  L'Isle-Adam,  commandant  de  Gisors  (1419);  le  massacre  de  Sérifontaine 
(avril  1419).  (Arch.  nat.,  JJ  171,  n"  481;  Livre  des  trahisons,  p.  141  ;  Monsire- 
let, t.  III,  p.  315;  Fenin,  p.  106-107.) 

7.  L'Isle-Adam,  commandant  de  Beauvais  (aoûl-oclobre  1419);  allié  des  Dau- 
phinois pour  la  levée  du  siège  de  Saint-Martin-le-Gaillard  (15  août  1419).  [Livre 
des  trahisons,  p.  143;  Chron.  de  Normandie,  éd.  Hellot,  p.  51  et  notes,  n.  147; 
Monstrelet,  t.  III,  p.  334-337;  Fetiin,  |).  110-111.) 


DANS  LA  HAUTE  NORMANDIE.  487 

de  France  • .  Bien  des  chefs  anglais  savent,  à  n'en  pas  douter, 
que,  depuis  son  altercation  mémorable  avec  Henry  V^,  son  empri- 
sonnement à  la  Bastille  ^  et  la  destitution  de  son  grade  de  maré- 
chal ^  il  garde  au  régime  étranger  une  tenace  et  haineuse  rancune. 
Il  est  cousin  germain  de  ce  Pierre  Glé,  le  commandant  dont  la 
négligence  a  laissé  surprendre  Ivry,  et  de  ce  Philibert  de  Vau- 
drej,  négociateur  de  la  défection  d'Arthur  de  Bretagne  ^  qui  vont 
eux-mêmes,  sous  peu,  si  le  fait  n'est  déjà  accompli,  passer  égale- 
ment dans  les  rangs  français*^. 

Jacques  de  Mouy,  parent  de  L'Isle-Adam  au  même  degré,  a  ces 
deux  suspects  personnages  pour  beaux-frères  ^  Il  est  marié  lui- 
même  à  Catherine  d'Aumont^  et  se  trouve  ainsi  l'oncle  du  sire 
d'Aumont^,  dont  le  rôle  vient  d'être  scruté  de  près*°,  associé  ainsi 


1.  «  Monsigneur  de  Lille- Adam  prist  la  croix  droitte,  la  porta  et  la  fist  por- 
ter à  touttes  ses  gens.  »  {Livre  des  trahisons,  p.  143.) 

2.  Octobre  1420.  (Chastellain,  t.  I,  p.  178-180;  Monstrelet,  t.  IV,  p.  9-10, 
répété  par  Fenin,  p.  147.) 

3.  8  juin  1421-2  septembre  1422.  {Chastellain,  t.  I,  p.  219-220;  Chronique 
dite  des  Cordeliers,  à  la  suite  de  Monstrelet,  t.  VI,  p.  296;  Monstrelet,  t.  IV, 
p.  36;  Fenin,  p.  156;  Saint-Remy,  t.  II,  p.  33-34;  Arch.  nat.,  XIa  1480,  fol.  234  V; 
X2a  16,  fol.  424;  —  Chron.  dite  des  Cordeliers,  ms.  fr.  23018,  fol.  427  v°;  Mons- 
trelet, t.  IV,  p.  130;  Arch.  nat.,  X2a  16,  fol.  466.) 

4.  22  janvier  1422 (?).  (Documents  cités  dans  P.  Anselme,  Bist.  généal., 
t.  VII,  p.  10.) 

5.  On  rappelle  ici  quAdine  et  Catherine  de  Soyécourt-Mouy,  mariées  à  Pierre 
Glé  et  à  Philibert  de  Vaudrey,  sont  filles  d'Isabelle  de  Châtillon,  sœur  de 
Jeanne  de  Châtillon,  mère  de  L'Isle-Adam.  {Ibid.,  t.  VIII,  p.  527;  t.  VI,  p.  114; 
du  Chesne,  Bist.  de  la  maison  de  Chastillon,  p.  573-579.)  Sur  ces  deux  per- 
sonnages, ci-dessus,  la  Prise  d'armes  de  1424. 

6.  Faits  établis  par  les  lettres  de  confiscation  déjà  citées,  en  date  du  21  oc- 
tobre 1425.  (Arch.  nat.,  JJ  174,  n°  226.) 

7.  Adine  et  Catherine  de  Soyécourt-Mouy  sont  sœurs  de  Jacques  de  Soyécourt, 
seigneur  de  Mouy,  tous  trois  enfants  d'Isabelle  de  Châtillon.  (P.  Anselme, 
Bist.  généal.,  t.  VIII,  p.  527;  du  Chesne,  Bist.  de  la  maison  de  Chastillon, 
p.  573-579.)  —  Il  est  à  remarquer  c[ue  leur  jeune  frère,  Louis  de  Soyécourt, 
fils  de  leur  père  Charles  de  Soyécourt  et  de  sa  seconde  femme  Amélie  de  Nos- 
temberg,  majeur  au  23  mars  1428  {Ibid.,  t.  VIII,  p.  527),  passa  ostensiblement 
dans  le  camp  français  en  septembre  1429,  lors  de  l'apparition  de  l'armée  royale 
sous  les  murs  de  Paris,  en  compagnie  de  Jean  II,  sire  de  Montmorency.  {Mons- 
trelet, t.  IV,  p.  354.)  Il  épousa  plus  lard  Marie  de  Villiers,  petite-fille  du  maré- 
chal de  l'Isle-Adam.  {Bist.  généal.,  t.  VIII,  p.  527;  t.  VII,  p.  12-13.) 

8.  P.  Anselme,  Bist.  généal.,  t.  VIII,  p.  527;  t.  IV,  p.  872-873. 

9.  Ibid.,  t.  IV,  p.  873. 

10.  Ci-dessus,  p.  480-482. 


488  LA   GUERRE    DE    PARTISANS 

à  toutes  les  inquiétantes  parentés  que  les  d'Aumont  comptent  en 
Bourgogne ' . 

Pour  tous  deux,  le  sire  de  Montaigu  est  un  allié  commun,  leurs 
mères  sortant,  comme  celle  de  sa  femme,  de  la  grande  race  de 
Châtillon^. 

Aussi  la  décision  de  Bedford  est  immédiate  et  sans  appel. 
L'Isle-Adam,  le  sire  de  Mouj,  le  sire  de  Montaigu  repartiront 
sur  l'heure,  expédiés  de  nouveau  vers  leur  siège  de  Nesles,  avec 
tous  leurs  cavaliers  ^  :  seul,  pour  représenter  la  chevalerie  de 
Bourgogne,  restera  le  bâtard  de  Montaigu  ^  fils  de  Jean  de  Neu- 
châtel^  Bedford,  qui,  quatre  jours  plus  tôt,  a  laissé  voir  tant  de 
satisfaction  de  leur  venue,  tant  de  joie  du  renfort  brillant  et  pré- 
cieux qu'ils  ont  si  vite  amené  de  si  loin*^,  n'hésite  plus  à  les  remer- 
cier à  présent,  la  veille  du  choc  suprême.  Il  n'a  cependant  pas 
trop  de  toutes  ses  forces.  L'armée  française  compte  au  moins  qua- 
torze mille  combattants'^;  les  Anglais  ne  peuvent  en  aligner  que 

1.  Ci-dessus,  p.  481. 

2.  On  rappelle  ici  que  Jeanne  de  Ghistelles,  femme  de  Jean  de  Neuchâtel, 
sire  de  Montaifju,  a  pour  mère  Jeanne  de  Châlillon,  cousine  des  deux  sœurs  de 
Châtillon,  Isabelle  et  Jeanne,  mères  du  sire  de  Mouy  et  du  sire  de  llsie-Adam. 
(P.  Anselme,  Hisl.  gétiéal.,  t.  VIII,  p.  354;  t.  VI,  p.  1-25-126,  114;  du  Chesne, 
Hist.  de  la  maison  de  Chastillon,  p.  600-610,  573-579;  Hist.  généal.,  t.  VIII, 
p.  527,  t.  VII,  p.  12.) 

3.  Sur  leur  départ  d'Évreux  et  leur  retour  devant  Nesles,  Wavrin,  t.  1422- 
1431,  p.  107-108.  Berry  (p.  371)  commet  une  grosse  erreur  en  parlant  de  leur 
envoi  à  Paris. 

4.  Wavrin.  t.  1422-1431,  p.  107. 

5.  Thibaud,  bâtard  de  Montaigu,  fils  naturel  de  Jean  de  Neuchàtel,  seigneur 
de  Nanteuil-la-Fosse.  légitimé,  ainsi  «jue  son  frère  Antoine,  en  novembre  1424. 
(P.  Anselme,  Hist.  généal.,  t.  VIII,  p.  354-355,  et  Siméon  Luce,  Jeanne  d'Arc 
à  Domremy,  Preuves,  p.  135,  n.  1.) 

6.  «  ...  de  laquele  venue  fut  le  duc  de  Hethforl  moult  joyeux,  et  ce  fui  rai- 
son, car  tous  estoient  chevaliers  de  grant  recommandation.  »  {Wavrin,  t.  1422- 
1431,  p.  100.) 

7.  On  porte  généralement  la  force  de  l'armée  française  à  20.000  hommes. 
(Vallet  de  Viriville,  t.  II,  p.  412-413;  de  Beaucourt,  t.  II,  p.  15-16.)  Sur  ce 
dernier  chiflre,  Monstrelet,  t.  IV,  p.  189;  liaoulet,  t.  III,  p.  184;  lettres  de 
rémission  pour  les  habitants  de  Verneuil,  citées,  en  date  du  18  août;  Arch. 
nat.,  JJ  172,  n°  585.  Wavrin  parle  «  de  xviii  à  xx"  hommes  de  bonne  eslofl'e  » 
(l.  1422-1431,  ]>.  101);  le  Journal  d'un  bourgeois  de  Paris,  de  15  à  18,000  com- 
ballanls  (p.  197). 

En  réalité,  l'armée  française  ne  semble  pas  avoir  compris  ])lus  de  14,000  com- 
battants. C'est,  en  tout  cas,  le  chiffre  donné  dans  un  document  authentique, 
une  lettre  du  duc  de  Bedford,  en  date  du  19  août,  (-ontenu  dans  la  Chronique 


DANS  LA  HAUTE   NORMANDIE.  489 

dix  mille  h  peine' .  Mais,  en  dépit  de  la  disproportion  qui  l'inquiète, 
de  cette  inégalité  de  sinistre  augure  S  tout  lui  semble  préférable 
à  la  menace  qu'il  sent  flotter  autour  de  lui,  à  l'effrayante  vision 
de  quelque  charge  suspecte,  de  quelque  trouble  manœuvre  qui 
jetterait  les  Bourguignons  ses  alliés,  dans  un  soudain  et  furieux 
emportement,  vers  les  emblèmes  de  France  qu'ils  ont  autrefois 
portés. 

Le  choc  de  Verneuil  et  la  Jacquerie  normande. 

Cependant,  dans  les  campagnes  de  Normandie,  un  courant 
passait,  une  sensation  commune  se  fixait,  obscure  et  inconsciente 
volonté,  encore  en  germe  dans  la  masse  paysanne,  qui  n'attendait 
cependant,  pour  se  traduire  en  actes,  qu'une  occasion,  qu'une 
impulsion  perceptible  :  la  première  nouvelle  venue  de  ces  larges 
plaines  entre  Evreux,  Ivry  et  Verneuil,  où  va  se  jouer  la  suprême 
et  terrible  partie. 

Cette  Jacquerie  normande  est  demeurée  jusqu'ici  ignorée  de 
l'histoire.  L'érudition  moderne  en  a  signalé  quelques  indices^, 


anonyme  dite  des  Cordeliers  (ms.  fr.  23018,  fol.  451).  Saint-Remy,  qui  cite  le 
très  exact  dénombrement  de  l'armée  anglaise  homme  à  homme,  cite  pour  les 
Français  ce  même  chitfre  de  14,000  (t.  II,  p.  84). 

1.  Exactement,  l'armée  anglaise  paraît  avoir  compté  9,800  combattants.  C'est 
le  chiffre  donné  par  Saint-Remy,  citant  un  dénombrement  opéré  par  les  hérauts 
d'armes,  avant  le  combat  (t.  II,  p.  84).  Wavrin,  avec  Monstrelet,  disent  qu'on 
comptait  8,000  archers  et  1,800  hommes  d'armes  (t.  1422-1431,  p.  100,  et  t.  IV, 
p.  189).  Le  Bourgeois  de  Paris,  qui  sait  le  dénombrement  des  hérauts,  dit  que 
les  Anglais  n'étaient  pas  10,000  (p.  197).  Raoulet  exagère  quelque  peu  en  leur 
prêtant  13  à  14,000  combattants  (p.  186). 

2.  «  ...  les  François  qui  estoient  la  moitié  plus  de  gens  que  les  Anglois..., 
ensamble  sur  le  point  de  xviii  à  xx"  hommes  de  bonne  estoffe...,  qui  ne  con- 
tendoient  que  à  vaincre...,  jamais  plus  belle  compaignie...  monstrant  greigneur 
samblant  ou  voulenté  de  soy  combattre...,  oncques  en  toute  ceste  guerre  ne 
se  combattirent  plus  vaillanment.  »  {Wavrin,  t.  1422-1431,  p.  114,  101,  114, 
109,  114.) 

3.  Dans  son  étude  sur  les  Limites  de  la  France  à  l'époque  de  la  mission  de 
Jeanne  d'Arc,  publiée  en  1875,  M.  Longnon  signale,  le  premier,  le  fait  en  ces 
termes,  en  citant  plusieurs  pièces  qui  se  rapportent  à  cet  événement  :  «  Il  ne 
sera  pas  sans  intérêt  de  signaler  à  ce  propos  un  fait  qui  ne  semble  pas  connu 
des  historiens  :  il  y  eut  soulèvement  d'hommes  du  peuple  dans  plusieurs  lieux 
de  l'Evrecin  et  des  pays  voisins,  à  la  nouvelle  répandue  par  quelques  fuyards 
de  l'armée  anglaise  d'une  j>rétendue  victoire  des  Français  à  Verneuil.  Chacun 


490  LA   GUERRE   DE    PARTISANS 

que  nul  essai  d'analyse  ne  semble  encore  avoir  tenté  de  pénétrer. 
C'est  seulement,  en  effet,  dans  son  avortement  qu'on  la  devine, 
et  les  trop  rares  documents  qui  permettent  d'en  saisir  à  la  déro- 
bée quelques  traits*  ne  font  qu'irriter  plus  violemment  la  curio- 
sité sans  la  satisfaire.  Telle  qu'elle  se  laisse  entrevoir  cependant, 
dans  ses  lignes  confuses,  mais  partout  identiques,  dans  ses  mani- 
festations éparses,  mais  disséminées  sur  un  surprenant  rayon, 
cette  ébauche  d'insurrection  spontanée  apparaît  comme  quelque 
chose  de  formidable  et  d'inachevé,  comme  quelque  force  effrayante 
et  incomplète,  arrêtée  dans  le  plein  de  sa  volée  et  n'ayant  pas 
exprimé  sa  ft)rmule.  Au  seul  domaine  de  l'imagination  appartien- 
drait d'en  déduire  l'effet  concevable,  d'en  restituer  le  résultat 
possible.  Dans  ce  vaste  champ  sans  barrières,  si  les  affirmations 
s'interdisent,  si  les  inductions,  en  dehors  des  événements  stricte- 
ment vérifiés,  doivent  se  défendre  tout  soupçon  d'écart,  les  con- 
jectures et  les  suppositions  auraient  droit  de  se  donner  libre  cours. 
Elles  ne  risqueraient  peut-être  qu'un  reproche,  celui  de  demeu- 
rer au-dessous  des  apparences  sensibles  et  en  deçà  de  l'exacte 
réalité  des  faits. 

Le  jeudi  17  août^,  par  un  temps  sec  qui  fait  rouler  la  pous- 

des  insurgés  rentra  chez  lui  lorsque  la  triste  vérité  fut  connue.  »  [Les  Limites 
de  la  France,  p.  27  et  n.  5.) 

Dans  les  Pièces  justificatives  de  la  Chronique  du  Mont-Saint-Michel, 
M.  Siméon  Luce  a  publié  in  extenso  l'un  de  ces  documents  (Arch.  nat.,  JJ  172, 
n°  629),  en  citant  également  quelques  autres  témoignages  du  même  ordre  :  «  Ici 
plusieurs  documents  relatifs  à  une  affaire  dont  l'heureuse  issue  aurait  soulevé 
la  Normandie  tout  entière  contre  les  envahisseurs.  »  {Chronique  du  Mont- 
Saint-Michel,  Pièces  just.,  n»  31,  t.  I,  p.  142-144,  p.  142,  n.  2,  p.  143,  n.  2.) 

1.  On  en  trouvera  la  liste  complète  et  exacte  par  l'indication  successive  des 
pièces  citées  au  cours  de  cette  i)résente  étude,  et  qui  font  toutes  partie  des 
Pièces  justificatives  de  l'ouvrage  destiné  à  être  ultérieurement  publié. 

2.  La  date  du  jeudi  17  août,  assignée  comme  date  à  la  rencontre  de  Verneuil, 
est  hors  de  cause.  Le  jeudi  après  l'Assomption,  fêle  qui  tombait  le  mardi  15,  est 
unanimement  indiqué  par  tous  les  chroniqueurs,  même  par  ceux  qui  se  trompent 
sur  les  contremarches  compliquées  de  l'armée  anglaise  entre  le  14  et  le  17, 
{Wavrin,  t.  1422-1431,  p.  108-109:  Monstrelet,  1.  IV,  p.  191;  Hainl-Remy ,  t.  I, 
p.  85;  Bourgeois  de  Paris,  p.  196;  Chron.  dite  des  Cordeliers,  ms.  fr.  23018, 
fol.  451  ;  lettre  de  rémission  citée  ci-après  (.\rch.  nat.,  JJ  172,  n»  629).  publiée  dans 
la  Chron.  du  Mont-Sainl-MicheL  t.  I,  p.  142-144,  du  côté  anglo-bourguignon; 
Raoulet,  p.  185;  Chron.  de  la  Pucelle,  y.  224;  Geste  des  nobles,  p.  198;  Par- 
ceval  de  Cagny,  ms.  Duchesne  48,  fol.  86,  du  coté  français.)  —  Il  serait  puéril 
de  s'attarder  à  discuter  les  erreurs  de  transcription,  d'édition  ou  de  typogra- 
phie,   absolument    négligeables,    qui   placent   l'événement    au  jeudi    18  août 


DANS   LA   HAUTE   NORMANDIE.  49^ 

sière  sur  les  plaines*,  le  grand  choc  s'est  engagé^  entre  la  rivière 
d'Avre  et  les  approches  de  forêt  voisines,  à  la  vue  des  murailles 
de  Verneuil^.  L'armée  française  tourne  le  dos  aux  remparts  ;  l'ar- 
mée anglaise,  qui  a  campé  cette  nuit  en  route  et  qui  marche  posé- 
ment depuis  le  matin,  s'épaule  à  la  direction  d'Evreux^. 

Elle  fait  bloc^  ses  dix  mille  combattants^  d'une  seule  masse 
d'hommes  à  pied,  archers,  lances  non  montées,  cavaliers  mis  à 
terre.  Sous  peine  de  mort,  Bedford  a  fait  crier  de  quitter  les  che- 
vaux, lui-même  donnant  le  premier  l'exemple,  vidant  ses  étriers, 
prenant  son  rang  de  fantassin,  la  hache  d'armes  à  la  main.  Toutes 
les  bêtes,  alignées  sur  quatre  files  d'épaisseur,  solidement  saisies 
par  la  tête  et  par  la  queue,  des  piquets  et  des  longes  partout, 
sont  rangées  à  l'opposé,  les  pages  et  servants  auprès  d'elles, 
rempart  vivant,  remuant  et  frémissant,  qui  protège  par  derrière 
les  lignes  de  combat  engagées  sur  le  front.  Deux  mille  archers 

{Wavrin,  p.  112,  qui  vient  de  fixer  la  veille  de  la  bataille  au  mercredi  16, 
p.  108-109);  au  jeudi  6  août  (Monstrelet,  p.  194,  qui,  cependant,  en  racontant 
les  préliminaires  de  la  rencontre,  détermine  exactement  l'instant  du  jeudi 
17  août,  p.  191);  au  jeudi  15,  au  jeudi  25  août  {Saint-Remy ,  p.  85,  encore  le 
texte  des  mss.  porte-t-il  avril  au  lieu  d'août);  «  environ  (1"  octobre)  la  Saint- 
Remy.  »  {Fenin,  p.  223.) 

Cette  date  du  17  août  est  naturellement  celle  adoptée  par  Vallet  de  Viriville 
(Hisi.  de  Charles  VU  et  de  son  époque,  t.  I,  p.  412)  et  par  M.  de  Beaucourt 
[Hisi.  de  Charles  F//,  t.  II,  p.  15). 

1.  «  Les  François  advertis  que  les  Anglois  les  aprochoient,  lesquelz  de  loing, 
pour  la  pouldrière  des  gens  et  chevaulz,  ils  apercheurent...  »  {Wavrin,  t.  1422- 
1431,  p.  111.) 

2.  Un  récit  détaillé  de  la  rencontre  de  Verneuil  a  été  donné  par  Vallet  de 
Viriville.  [Hist.  de  Charles  VU  et  de  son  époque,  t.  I,  p.  412-419.) 

3.  «  Et  s'ordonnèrent  en  bataille  auprès  de  ladite  ville  de  Verneuil.  » 
{Chron.  de  la  Pucelle,  p.  224.)  «  Le  duc  de  Bethfort...,  quant  il  se  trouva  en 
plaine,  il  choisy  la  ville  et  toute  la  puissance  des  François  rengiés  et  mis  en 
ordonnance  de  bataille.  {Wavrin,  p.  100,  t.  1422-1431,  p.  109;  cf.  Berry,  p.  371; 
Chron.  de  Normandie,  p.  72.)  Verneuil  est  tout  entier  sur  la  rive  gauche  de 
l'Avre,  et  l'aile  gauche  française  (Raoulet,  p.  186)  s'étendait  «  devers  la  forest  », 
prolongation  des  grands  bois  de  Couches  et  de  Breteuil. 

4.  Cette  disposition  ressort  d'elle-même.  L'armée  anglaise  s'avançait  «  en 
moult  belle  ordonnance  ».  (Wavrin,  t.  1422-1431,  p.  109.)  Au  moment  même 
du  choc,  «  les  Anglois  marchoient  pesamment  et  sagement,  sans  eulx  guères 
eschauffer.  »  [Chron.  de  la  Pucelle,  p.  225.) 

5.  Pour  les  dispositions  de  l'armée  anglaise,  Wavrin,  t.  1422-1431,  p.  110; 
Monstrelet,  t.  IV,  p.  192-194;  Boxirgeois  de  Paris,  p.  196-199;  Chron.  de  la 
Pucelle,  p.  224-225,  suivie  par  Chartier,  t.  I,  p.  42-43. 

6.  Sur  le  dénombrement  anglais,  ci-dessus,  p.  489,  n.  1. 


492  LA   GUERRE   DE   PiRTISANS 

d'Angleterre,  deux  cents  lances  restées  montées',  sont  désignés 
pour  leur  garde.  Le  peu  de  chariots  qu'il  y  a,  le  matériel  d'artil- 
lerie, sans  emploi  ce  jour-là,  les  retient  sur  les  côtés.  Les  six 
mille  archers  restants,  tireurs  de  choix,  sont  aux  ailes,  les  com- 
battants du  corps  à  corps  au  centre,  en  deux  corps  principaux, 
sous  Bedford  et  Sahsbury,  pour  pousser  de  la  lance,  frapper  de 
la  hache  et  tailler  de  l'épée. 

Dans  les  rangs  français  ^  la  grande  masse^  est  également  à 
pied.  Les  arcs  sont  aux  mains  des  Ecossais,  tireurs  qui  valent, 
pour  la  première  fois,  l'adversaire  qui  leur  fait  face.  Ils  sont  de 
quatre  à  cinq  mille  ^  formant  à  eux  seuls  la  plus  grosse  des 
«  batailles  »,  marchant  à  part  sous  leurs  chefs  nationaux,  Archi- 
bald  Douglas,  duc  de  Touraine,  James  Stuart,  comte  de  Buchan. 
Trois  autres  «  batailles  »  de  combattants  à  pied,  neuf  mille  hommes 
au  total  peut-être,  sont  menées  par  Guillaume  de  Lara,  vicomte 
de  Narbonne,  qui  commande  tous  les  Espagnols,  par  Jean,  duc 
d'Alençon,  Jean  d'Harcourt,  comte  d'Aumale,  qui  se  partagent 
les  Français,  Gascons  et  Bretons.  Mais,  différence  avec  l'ordre 
de  combat  de  l'ennemi,  il  est  resté  de  la  cavalerie  montée  sur  les 
ailes.  Quatre  à  cinq  cents  cavahers  italiens^  se  sont  rangés  à 
droite,  du  côté  de  la  Beauce,  sous  les  chefs  de  leur  pays,  le  borgne 
Caccaranno,  Teodoro  de  Valperga,  Lucchino  Rusca  :  avec  eux 
figurent  quelques  pelotons  de  Dauphinois.  A  peu  près  autant  de 
Français  de  France^  sont  alignés  à  gauche',  du  côté  des  bois  du 

1.  Ces  deux  mille  archers  sont  mentionnés  par  Wavrin,  Monstrclet,  la  Chro- 
ni(|ue  de  la  Pucelle.  Les  deux  cents  lances  montées  ne  sont  signalées  que  par 
ce  dernier  texte,  plagié  comme  d'habitude  par  Chartier. 

2.  Pour  les  dispositions  de  l'armée  française,  mêmes  sources,  et  Raoulet, 
p.  186-187;  Bernj,  p.  371-372;  Chron.  de  Normandie,  p.  72-73, 

3.  Sur  le  dénombrement  français,  ci-dessus,  p.  488,  n.  7. 

4.  Ci-dessus,  p.  445,  n.  10. 

5.  «  ...  quatre  à  cinq  cens  lances  de  Lombars...  »  {Chartier,  t.  I,  p.  43.) 
«  ...  les  Lombards  qu'on  estimoit  à  environ  cinq  cents  hommes,  lances  au 
poing...  »  (Chron.  de  la  Pucelle,  p.  73.)  Cf.  ci-dessus,  p.  445,  n.  6. 

6.  «  ...  atout  environ  quatre  cents  lances...  »  (Raoulet,  p.  18G.)  «  ...  François 
ordonnèrent  quatre  cents  lances...  »  (Chron.  de  Normandie,  p.  73.)  Cf.  ci-des- 
sus, p.  446,  n.  2. 

7.  On  adopte  ici  la  disposition  indiquée  avec  beaucoup  de  précision  par 
Raoulet  (p.  186),  qui  mentionne  le  côté  de  la  forêt  et  le  coté  où  se  dressait  la 
justice  de  Verneuil.  Herry  (p.  371-372)  intervertit  cet  ordre  des  ailes,  plaçant 
les  Italiens  à  gauche,  les  Français  à  droite.  11  porte  leur  nombre  total  à  deux 
mille  cavaliers  partagés  en  deux  égales  divisions. 


DANS   LA   HAUTE    NORMANDIE.  493 

Perche.  Saintrailles  commande  ces  maigres  escadrons,  avec  La 
Hire,  le  sire  d'Estissac  et  l'intrépide  Le  Roussin.  Jean  delà  Haye, 
baron  de  Coulonces  *,  le  vaillant  Normand,  «  lieutenant  de  roi,  »  qui 
devait  charger  avec  eux,  mécontent  de  son  poste,  dans  une  irri- 
tation entêtée  contre  le  duc  d'Alençon,  se  tient  à  l'écart,  sur  une 
hutte,  ses  hommes  immobiles  autour  de  lui.  Naguère,  à  la  jour- 
née de  la  Gravelle^  sa  querelle  avec  le  comte  d'Aumale  a  failli 
compromettre  les  dispositions  de  combat.  Ce  jour-là,  il  a  su  sacri- 
fier son  ressentiment  à  son  devoir.  Cette  fois,  la  colère  l'emporte, 
et,  de  tout  le  temps  du  combat,  il  restera  criminellement 
immobile^. 

Il  est  passé  trois  heures  de  l'après-midi^  Les  deux  fronts 
s'ébranlent^  Anglais  et  Normands,  archers  parisiens  et  picards 
d'un  côté,  de  l'autre.  Français  de  France,  Ecossais  qui  peuvent 
parler  aux  Bretons,  Espagnols  et  Gascons  qui  se  comprennent, 
Italiens  et  Dauphinois  se  jettent  en  avant,  poussant  chacun  leur 
cri^.  Sur  les  deux  ailes,  les  cavaliers  sont  partis  en  charge  pour 
se  jeter  sur  l'arrière-ligne  anglaise.  Les  Italiens,  supérieurement 

1.  Sur  son  rôle  à  Verneuil,  Chron.  de  Normandie,  p.  72-73. 

2.  Sur  son  rôle  à  la  Gravelle,  Chron.  de  la  Pucelle,  p.  215-216,  suivie  par 
Chartier,  t.  I,  p.  34-35;  J.  Le  Fizelier,  la  Bataille  de  la  Brossinière,  dans 
Revue  hist.  du  Maine,  t.  I  (1876),  p.  28-42.  —  Le  baron  de  Coulonces,  aussi 
intrépide  qu'indiscipliné,  se  fit  tuer  sur  les  grèves  du  Mont-Saint-Michel,  au 
gué  de  la  Gueintre,  pendant  le  siège  de  Pontorson,  le  17  avril  1427.  (Chron.  du 
Mont-Saint-Michel,  p.  29.) 

3.  La  Chronique  de  Normandie  (p.  72-73)  affirme  qu'il  ne  ([uitta  la  place  que 
pour  la  retraite,  la  bataille  perdue.  Berry  (p.  371-372),  qui  du  reste  ne  men- 
tionne pas  cet  incident  et  présente  mal  le  récit  de  la  charge  française,  semble 
l'y  faire  participer. 

4.  «  ...  ainssy  comme  à  deux  heures  après  midy  commenchant.  »  (Wavrin, 
t.  1422-1431,  p.  112.)  —  Vers  trois  heures  de  l'après-midi,  d'après  Monstrelet. 
Quelque  erreur  de  transcription  lui  fait  dire  :  «  environ  trois  heures  après 
nonne  »  {Monstrelet,  éd.  Douët  d'Arcq,  t.  IV,  p.  194),  et,  par  suite,  fait  expli- 
quer par  l'éditeur  :  «  c'est-à-dire  sur  le  midi  ».  [Ibid.,  n.  1.)  Monstrelet,  mal 
compris  par  son  copiste,  a  dû  vouloir  dire  :  heure  de  none,  soit  trois  heures; 
ou  bien  :  trois  heures  après  midi.  —  «  Environ  quatre  heures  après  midi  », 
dit  la  lettre  de  Bedford,  en  date  du  19  août,  déjà  citée.  [Chron.  dite  des  Cor- 
deliers,  ms.  fr.  23018,  fol.  451.) 

5.  Pour  le  récit  de  la  rencontre,  mêmes  sources  que  pour  les  dispositions 
des  deux  armées. 

6.  «  A  l'assamblée  y  eut  grant  noise  et  grant  huée...,  si  estoit  la  huée  tant 
horrible  rpi'il  n'estoit  homme,  tant  feust  hardy  ou  asseuré,  quy  ne  doubtast  la 
mort,  tant  héoient  les  parties  l'un  l'aultre.  »  [Wavrin,  t.  1422-1431,  p.  112.) 


494  LA.   GUERRE   DE   PARTISANS 

montés,  écornent  un  coin  du  grand  carré  anglais,  pillent  les 
bagages,  chargent  le  butin  au  vol,  font  du  désordre,  de  l'afifole- 
ment,  delà  panique*.  Les  cavaliers  de Saintrailles  pénètrent  plus 
avant,  jettent  bas  deux  ou  trois  cents  morts,  poussent  la  peur 
dans  la  masse  des  chevaux,  des  servants,  des  conducteurs,  de 
tous  les  non-combattants  ^  Les  archers  anglais  de  cette  aile,  les 
voyant  arriver  en  foudre,  se  sont  couchés  la  figure  à  terre ^  pour 
laisser  passer  la  trombe  qui  a  troué  leurs  lignes.  Sur  les  derrières 
du  grand  carré,  à  ce  moment,  le  tapage,  les  cris,  le  désarroi 
n'ont  pas  de  nom*.  Sur  le  front,  sous  le  trait  des  flèches,  sous 
le  tranchant  de  l'arme  blanche,  le  sang  coule  à  grands  ruisseaux ^ 
Au  centre,  dans  une  percée  d'hommes,  l'étendard  d'Angleterre 
vient  de  s'abattre  sur  un  tas  de  morts  ^  A  cet  inquiétant  symptôme, 
Bedford  et  Salisbury,  qui  se  battent  à  pied,  frappant  de  la  hache 
d'armes,  comme  des  écuyers  de  vingt  ans,  qui  soutiennent  en 
braves  le  poids  brutal  de  la  lutte',  ont  pu  sentir  vaciller  leur 
sang-froid  et  chanceler  tout  le  destin  de  leur  race. 


1.  Charge  des  Italiens,  Chron.  de  la  Pucelle,  p.  225. 

2.  Charge  des  Français,  Ibid. 

3.  «  ...  se  couchèrent  tous  aux  dens...  »  {Chron.  de  Normandie,  p.  73.) 

4.  «  Les  François  à  cheval  frappèrent  vaillanuneut  sur  l'autre  costé  et  s'y 
portèrent  si  grandement  et  si  honnorablement  qu'ils  rompirent  et  desconlirent 
lesdits  Anglois,  et  y  eu  eut  foison  de  tuez  et  de  prins.  »  {Chron.  de  la  Pucelle, 
p.  225.)  —  «  Les  Lombars  et  autres  qui  estoient  de  cheval  en  ladicle  bataille 
s'enfuirent,  mais  par  grant  soutivcté  ils  se  frappèrent  ens  es  pages  et  en  ceulx 
qui  tenoient  et  gardoieut  les  chevaulx  de  le  partie  dudit  régent,  et  y  firent 
grant  dommage,  tant  qu'il  s'en  parly  bien  de  mit  à  XVI  cens  chevaulx,  i[ui 
maintenoienl  que  ledit  régent  esloit  desconflls  pour  celle  cause.  »  {Chron.  dite 
des  Cordeliers,  ms.  fr.  23018,  fol.  45  v°.) 

5.  «  Le  sang  des  mors  estendus  à  terre  et  des  navrez  couloit  par  grans  ruis- 
seaulx  parmi  le  champ.  »  (Wavrin,  t.  1422-1431,  p.  112.) 

6.  Chute  de  l'étendard  anglais.  {Chron.  de  Normandie,  p.  73.)  Lequel, 
entre  les  cinq  «  bannières  »  déployées  si  solennellement  lavant-veille,  le 
mardi  15,  au  moment  de  la  reddition  d'Ivry,  et  dont  Wavrin  (p.  103)  a  laissé 
une  si  curieuse  description  ?  Celle  de  France,  celle  écartelée  de  France  et  d'An- 
gleterre, celle  de  Saint-Georges,  celle  de  Saint-Edouard,  ou  celle  spécialement 
réservée  à  Bedford  '?  La  Chronique  de  Normandie  (p.  73)  parle  simplement  de 
la  chute  de  «  l'estendart  des  Englois  ». 

7.  «  Et  je,  acteur,  sçay  véritablement  que  celluy  jour  le  comte  de  Salsebery 
soustint  le  plus  grand  faix,  nonobstant  qu'il  bransla  grandement...  »  —  «  Le 
duc  de  Bethfort...,  d'une  hache  qu'il  tenoit  à  deux  mains,  n'ataindoit  nul  qu'il 
ne  courouchast...  et  occist  maint  homme.  »  {Wavrin,  t.  1422-1431,  p.  113-114.) 


DANS    LA    HAUTE    NORMAXDIE.  495 

Tout  ce  premier  acte  a  duré  trois  quarts  d'heure*,  trois  quarts 
d'heure  de  corps  à  corps  sans  précédent,  de  mémoire  de  soldats 
Après  quoi,  l'aspect  de  la  mêlée,  sous  le  jeu  changeant  des  forces 
en  cause,  Ta  s'intervertir  peu  à  peu,  varier  de  face  et  transposer 
les  rôles.  Les  Italiens,  sur  leurs  montures  légères,  surpris  au  fort 
du  pillage  et  vivement  ramenés  par  le  tir  serré  des  archers  de 
Farrière-garde,  remis  sur  pied  sans  encombre  ^  vont  détaler  sur 
la  route  de  Chartres^.  Moins  facilement  impressionnables,  mais 
grisés  d'un  premier  succès,  les  Français  de  Saintrailles,  leur 
sanglant  sillon  tracé,  vont  s'égarer  dans  la  stérile  poursuite  des 
fuyards  en  déroute  ^  par  la  plaine.  Ainsi  lancés  en  chasse,  partis 
au  loin,  à  perte  de  vue,  bien  peu  de  cavaliers  rallieront  à  temps 
le  champ  de  bataille,  où  leur  manœuvre  devait  assurer  la  vic- 
toire, où  leur  désordre  commence  à  organiser  la  défaite  ^  Déli- 
vrés de  leur  attaque,  de  la  menace  des  charges  tournantes, 
les  deux  mille  archers  anglais  de  la  réserve  vont  se  porter  à 
la  rescousse,  en  ordre  et  tout  frais,  et  se  jeter  résolument  sur 
les  assaillants  qui  s'épuisent  ^  Un  chevalier  normand  du  pays 

1.  «  Geste  bataille  dura  environ  les  trois  pars  d'une  heure,  moult  terrible  et 
ensanglantée.  »  {Wavrin,  t.  1422-1431,  p.  112-113.)  Même  durée  dans  Monstre- 
let  (t.  IV,  p.  194).  Fenin  parle  de  deux  heures  (p.  221). 

2.  «  Et  n'estoit  lors  en  mémoire  d'homme  d'avoir  veu  deux  si  puissantes 
parties  par  tel  espace  égallement  combattre  sans  pouvoir  parchevoir  à  quy  en 
tourneroit  la  perte  ou  la  victoire,  »  {Wavrin,  t.  1422-1431,  p.  113.) 

3.  Déroute  finale  des  Italiens.  [Raoulet,  p.  186;  Chron.  de  la  Pucelle,  p.  225; 
Berry,  p.  372;  Bourgeois  de  Paris,  p.  197.) 

4.  Bourgeois  de  Paris,  p.  197.  Berry  est  seul  à  signaler  que,  vers  le  soir,  ils 
revinrent  en  force  sur  le  champ  de  bataille,  pensant  trouver  les  Français  vic- 
torieux, et  y  rencontrèrent  les  Anglais  qui  leur  tuèrent  plusieurs  cavaliers 
(p.  372).  Ils  se  mirent  en  fin  de  compte  en  retraite  vers  la  Loire.  [Raoulet,  p.  188.) 

5.  Manœuvre  manquée  de  la  cavalerie  française,  des  400  lances  qui  «  pas- 
sèrent oultre  la  bataille  des  Anglois  sans  retourner  ».  [Chron.  de  Normandie, 
p.  73  ;  cf.  Vallet  de  Viriville,  Hist.  de  Charles  VII  et  de  son  époque,  t.  II,  p.  418.) 

6.  Saintrailles  dut  revenir  prendre  sa  part  du  combat,  puiscpi'on  le  retrouve 
enfermé  dans  Verneuil  avec  les  débris  de  l'armée  et  compris  avec  sauf-conduit 
dans  la  capitulation  de  la  place,  le  19.  [Raoulet,  p.  187,  188.)  —  On  n'aperçoit 
pas  ce  qu'il  advint  immédiatement  de  La  Hire,  qu'on  rencontre  peu  après  en 
Champagne,  à  Vitry-en-Perthois,  capitulant  le  4  octobre  1424.  (Siméon  Luce, 
Jeanne  d'Arc  à  Domremij,  Preuves,  n°  78,  p.  119-127.)  —  On  a  vu  ce  qu'il 
advint  du  baron  de  Coulonces,  tué  au  gué  de  la  Gueintre,  le  17  avril  1427, 
[Chron.  du  Mont-Saint-Michel,  p,  29.)  —  Le  Roussin  trouva  la  mort  dans  la 
mêlée.  [Berry,  p.  372.) 

7.  «  Ainsi  frez  et  nouveaulx  qu'ilz  estoient,  en  gectant  un  merveilleux  cry, 


496  LA   GDERRE   DE   PARTISANS 

de  Caux,  compatriote  et  allié  de  Guillaume  d'Estouteville, 
mais  Anglais  dans  l'âme,  Jean  de  Saane,  va  relever  l'étendard 
à  terre  et  décider  peut-être,  par  le  geste  et  l'acte,  du  gain  com- 
promis de  la  journée  * .  La  menace  incertaine  qui  flotte,  depuis 
une  heure  et  plus,  sur  les  lignes  anglaises  oscillantes,  va  brusque- 
ment se  renverser  et  les  raidir  d'un  bout  à  l'autre  dans  un  effort 
victorieux.  Mais,  jusque-là,  la  secousse  est  cruelle  pour  la  fortune 
de  l'Angleterre.  La  poussée  de  l'assaut,  le  heurt  furieux  de  l'at- 
taque, on  ne  sait  quel  signe  qui  passe,  tout  le  calcul  enfin  des 
chances  paraît  amasser  et  grossir  sur  elle  un  imminent  désastre, 
sans  retraite  et  sans  quartier  ^ 

Donc,  pendant  cette  première  phase  du  choc,  pendant  ce  début 
violent  du  combat,  vers  le  moment  où  l'étendard  d'Angleterre 
s'abat  comme  un  symbole,  une  panique  s'est  ruée  sur  la  réserve 
anglaise.  Durant  cette  première  heure  du  contact,  sous  l'effort 
des  charges  françaises,  des  écuyers,  des  pages,  des  valets,  des 
cavaliers,  des  deux  cents  lances  restées  à  cheval  à  l'arrière-garde, 
sont  partis  affolés,  en  pelotons  disloqués,  en  grappes  de  fuyards, 
dans  toutes  les  directions,  piquant  droit  au  hasard  dans  la  plaine, 
criant  la  journée  perdue,  disparaissant  au  galop  dans  toutes  les 
aires  de  déroute. 

Or,  sur  quantité  de  points  de  la  Normandie,  cette  après-midi 


se  vindrent  en  lour|>iant  mettre  au  front  devant,  où  en  leur  venue  encommen- 
cèrent  à  faire  ^rant  discipline  des  François  quy  moult  estoient  lassez  de  com- 
battre. »  {Wavrin,  t.  1422-1431,  p.  115.) 

1.  «  Telemenl  que,  se  n'eust  esté  ung  gentilhomme  du  pais  de  Caux,  nommé 
monseigneur  de  Senne,  qui  estoit  fort  et  puissant,  (|ui  releva  l'estendart  des 
Englois,  la  journée  eust  esté  pour  les  François.  »  {Chron.  de  Sormandie,  p.  73.) 
C'est  Jean  I",  sire  de  Saane,  (jui  avait  rendu  aux  Anglais,  en  1419,  le  château 
de  Torcy.  (Voir  ci-dessus,  les  Nobles  normands  et  picards.)  Sur  lui,  voir  Ilel- 
lot,  notes  des  Chroniques  de  Normandie,  n.  209.  Est-ce  le  même  que  le  Jean 
de  Saane,  sire  de  Saane  et  de  Tocqueville-en-Caux  (Seine-Inférieure,  cant.  de 
Bac(iueville),  f[u'on  voit  épouser  Charlotte  d'Estouteville,  de  la  branche  aînée 
de  cette  maison,  la  propre  sœur  de  Louis  d'Estouteville,  capitaine  du  Monl- 
Saint-Michel?  (P.  Anselme,  Hist.  généal.,  t.  VIII,  ]>.  90-91.)  Au  début  du  siècle 
précédent,  Robert  de  Saane  avait  épousé  Agnès  d'Estouteville,  sœur  des  deux 
frères  d'où  étaient  sorties  la  branche  aînée  des  sires  d'Estouteville  et  celle  des 
sires  de  Torcy.  (Jbid.,  p.  89.) 

2.  «  ...  il  n'est  pas  doubte  c[ue  la  chose  qui  estoit  en  grant  bransle  ne  feust 
très  mal  allée  pour  les  Anglois...  »  {Wavrin,  t.  1422-1431,  p.  114.)—  «  ...  Cui- 
doient  certainement  que  tous  les  Anglois  fussent  desconiits.  »  {Chron.  de  la 
Pucelle,  p.  225.) 


DANS   LA   HAUTE   NORMANDIE.  497 

du  17  août,  le  soir  même  ou  le  lendemain,  en  tous  les  lieux  où  le 
hasard  vient  charrier  les  épaves  de  cette  débandade  éperdue,  des 
troubles  éclatent,  des  rassemblements  armés  s'organisent,  l'in- 
surrection paysanne  se  lève,  spontanée,  menaçante  et  conta- 
gieuse. 

En  campagne  ouverte,  hameaux,  bourgs  bâtis,  petites  villes 
agricoles  et  marchandes,  partout  où  pénètre  le  premier  cri  d'une 
prétendue  victoire  des  Français,  une  entente  incroyable  s'établit 
d'elle-même  entre  les  gens  de  village,  accourus  pour  voir  et 
entendre  le  porteur  de  nouvelles,  page  ou  écuyer  fuyard  du  pre- 
mier heurt,  qui  sème  sur  son  passage  le  bruit  d'un  désastre  de 
l'armée  de  Bedford  et  l'assurance  d'un  Azincourt  anglais.  L'insur- 
rection est  dans  toutes  les  pensées,  et  sans  doute,  dans  plus  d'une, 
la  légende  de  la  grande  Jacquerie  française,  qui  naguère,  jus- 
qu'en Normandie,  avait  aussi  prolongé  ses  racines*.  Cette  fois 
le  soulèvement  n'est  pas  en  projet,  comme  chez  les  conjurés 
de  Roye;  il  se  traduit  en  actes  et  en  faits.  En  chacun  des  lieux 
où  se  produit  le  phénomène,  le  tableau  dont  les  témoignages  con- 
servés laissent  apparaître  les  traits  se  repète  en  images  identiques. 
Fugitifs  désagrégés  sous  les  premières  charges,  démoralisés,  épui- 
sés, bêtes  et  gens,  par  des  traites  de  dix,  de  vingt  lieues,  ne 
sachant  rien  de  la  suite  de  la  bataille,  mais  grossissant  le  désastre 
pour  excuser  leur  défaillance,  assemblant  autour  d'eux,  dans  le 
village  où  ils  viennent  d'échouer,  la  foule  avide  de  nouvelles, 
agitée  déjà,  remuante  et  hostile.  Insurgés  résolus,  êtres  d'action 
et  d'audace  parlant  tout  de  suite  de  se  lever  en  troupe  contre  les 
Anglais  vaincus,  entraînant  de  force  les  moins  hardis,  les  hésitants 
qui  deviennent  bientôt  plus  furieux  que  les  premiers.  La  bande 
ainsi  improvisée  rattrapant  les  fuyards  au  premier  tournant  du 
chemin,  les  massacrant  sur  place,  les  enterrant  dans  les  fourrés, 
les  jetant  dans  les  puits,  ou  bien  se  lançant  dans  les  traverses 
pour  aller  guetter  à  la  meilleure  embuscade,  coin  de  sentier  ou 
lisière  de  bois,  les  autres  groupes  en  retraite  dont  la  première 
victime  vient  d'annoncer  le  prochain  passage,  toute  la  queue 
traînante  d'une  déroute  où  le  paysan  armé  va  trouver  richesse  et 

1.  Sur  la  répercussion  de  la  Jacquerie  (mai-juin  1358)  en  Basse-Normandie  et 
à  Caen,  Siméon  Luce,  Hist.  de  la  Jacquerie,  chap.  ii,  p.  67,  et  Pièces  just., 
n»  45,  p.  291-292. 

^895  33 


498  LA   GOERRE   DE   PARTISANS 

vengeance.  Elan  commun  et  irrésistible,  pour  lequel  l'homme  de 
la  campagne  sent  que  dans  les  villages  voisins  du  sien,  à  la  même 
heure  et  pour  la  même  cause,  se  forment  également  d'autres 
colonnes  pareilles,  prêtes  à  grossir  la  bande  où  il  marche  lui- 
même,  pour  mieux  se  ruer  ensemble  à  l'achèvement  de  la  débâcle. 

Tels  sont  les  faits,  presque  tous  de  même  ordre,  identiques  et 
calqués  l'un  sur  l'autre,  qui,  le  soir  même  de  Verneuil,  le  lende- 
main tout  au  plus,  se  produisent  dans  une  zone  de  déroute, 
autour  d'Evreux,  dans  une  autre,  autour  de  Gonches,  plus  loin, 
dans  la  plaine  du  Neubourg,  à  douze  lieues  de  Verneuil,  dans 
une  autre  encore,  autour  de  Beaumont-le-Roger  et  de  Bernay. 
Le  mouvement  atteint  même  Pont-Audemer,  à  plus  de  vingt 
lieues  de  la  bataille,  distance  remarquable  et  vers  laquelle,  en 
vertu  de  la  force  acquise,  de  la  difficulté  des  démentis  et  des  con- 
trôles, ses  résultats  se  font  le  plus  violents.  Des  traces  s'en  relèvent 
encore  dans  le  pays  Virois,  au  cœur  de  la  basse  Normandie. 
Enfin  une  longue  liste  d'insurgés,  la  plus  abondante  et  la  plus 
complète,  malheureusement  dépourvue  de  toute  indication  d'ori- 
gine, laisse  forcément  dans  la  nuit  on  ne  sait  quel  nombre  de 
bourgs  ou  de  villages  témoins  d'événements  de  même  sorte. 
Silence  amèrement  regrettable,  qui  permet  seulement,  par  suite 
d'un  détail  du  texte,  de  fixer  le  rayon  de  ces  faits  anonymes  vers 
Orbec  ou  Bernay,  dans  cette  énergique  vicomte  d'Auge,  l'une 
des  réserves  vives  où  la  résistance  à  l'étranger  compta  sans 
relâche  ses  dévouements  les  plus  sûrs,  les  plus  fidèles  et  les  plus 
tenaces. 

Aux  portes  d'Évreux*,  du  côté  de  l'enceinte  opposé  à  la  direc- 
tion de  Verneuil,  dans  le  petit  hameau  d'Argence^  dans  le  vil- 


1.  Sur  ces  événements,  aux  environs  d'Évreux.  Rémission  pour  Thomas 
Macieu,  d'Argence,  près  Évreux,  pour  fait  de  sédition,  à  l'occasion  de  «  la  très 
grant  paour  et  fraieur  que  donnèrent  à  nostre  peuple  du  pays  d'Évreux  aucuns 
de  nos  sujets  ».  Doc.  en  date  de  novembre  1424  :  faits  remontant  à  la  fin  de 
la  journée  du  17  août.  Arch.  nat.,  JJ  173,  n"  25. 

2.  «  Ou  hamel  d'Argences.  »  —  «  Se  parti  dudit  lieu  d'Argences  pour  aller 
en  la  ville  Duesl  qui  est  assez  près  de  là.  »  —  C'est  Argence,  groupe  d'habitations 
situé  à  une  demi-lieue  environ  au  nord  d'Évreux,  non  loin,  en  effet,  du  village 
d'Huest  (Eure,  cant.  et  comm.  d'Évreux).  Il  ne  faut  pas  risquer  de  confondre 
cette  localité,  nettement  reconnaissable  dans  le  texte  en  question,  avec  le  lieu 
plus  connu  d'Argences,  dans  la  campagne  de  Caen  (Calvados,  cant.  de  Troarn). 


DA.\S   LA    HAUTE    NORMANDIE.  499 

lage  d'Huest  ',  situés  sur  les  chemins  qui  conduisent  vers  Louviers 
et  Pont- de- l'Arche  en  contournant  les  murs  de  la  place,  le 
trouble  est  semé,  quelques  heures  après  le  début  de  la  bataille, 
par  une  troupe  de  gentilshommes  normands,  évadés  au  premier 
froissement  de  lances,  qui  viennent  de  dévorer  neuf  lieues  de  pays 
sans  retourner  la  tête.  Une  simple  mention  contenue  dans  le 
document  qui  relate  le  fait  prend  ici  une  valeur  spéciale.  Retraite 
ou  désertion,  les  fuyards  sont  du  pays  de  Caux^,  compatriotes  de 
Guillaume  d'Estouteville,  compatriotes  de  ces  chevahers  et  écuyers 
qui  ont  quitté  le  camp  anglais  la  nuit  précédente,  et  que  le  chro- 
niqueur Jean  de  Wavrin,  qui  figurait  ce  jour-là  dans  l'armée  de 
Bedford,  a  signalés  expressément  comme  appartenant  à  la  même 
contrée  d'origine 3. 

Ceux-là,  peut-être,  ont  manqué  de  décision,  la  veille,  pour 
sui\Te  leurs  compagnons  de  race,  plus  impatients  et  plus  hardis, 
mais,  au  premier  contact,  ont  tourné  bride  sans  rendre  un  seul 
coup.  Leur  double  qualité  constatée,  de  combattants  nobles  et  de 
fuyards  à  cheval,  démontre  qu'ils  faisaient  nécessairement  partie 
de  ces  deux  cents  lances  destinées  à  appuyer  les  deux  mille 
archers  de  l'arrière-garde  anglaise,  et  que  les  charges  de  la  cava- 
lerie française,  conduites  par  Saintrailles,  La  Hire,  le  sire  d'Es- 
tissac  et  Le  Roussin,  ont  profondément  entaillées  pendant  le 
premier  quartier  du  combat.  Ces  deux  cents  lances,  en  effet, 
représentent  les  seuls  cavaliers  anglais  restés  à  cheval,  tous  les 
autres  ayant  été  obligés  de  quitter  leurs  montures,  sous  peine  de 
mort,  par  ordre  exprès  de  Bedford,  pour  étabhr  une  seule  masse 
compacte  à  pied.  Facilement  débandés,  courant  droit  devant  eux, 
les  gentilshommes  du  pays  de  Caux  viennent  d'atteindre  la  vue 
d'Évreux,  de  contourner  la  place  où  ils  ne  se  soucient  pas  de  péné- 

1.  «  La  ville  Duest  qui  est  assez  près  de  là  »  (d'Argence).  C'est  Huest,  à  une 
lieue  et  demie  d'Évreux,  sur  le  plateau  entre  Iton  et  Eure,  séparé  d'Argence 
par  le  bois  de  la  Queue  d'Argence  (Eure,  cant.  d'Évreux). 

2.  «  ...  aucuns  gentilshommes  que  l'en  disoit  estre  de  nostre  pa'is  de  Caux 
qui  estoient  audit  lieu  Duest  venuz  de  ladite  journée  et  continuoient  encores 
lesdites  nouvelles...  »  (Arch.  nat.,  JJ  173,  n°  25.) 

3.  Voir  le  passage  de  Wavrin  déjà  cité  :  «  Aucuns  lasces  chevalliers  et  écuyers 
de  Northmandie,  lesquels  estoient  des  marches  conquises  du  pays  de  Chaulz  et 
là  environ.  »  {Wavrin,  t.  1422-1431,  p.  120.)  -  Voir  la  lettre  de  rémission, 
déjà  citée,  faisant  mention  des  écuyers  et  servants  cauchois  du  sire  de  Torcv 
{Arch.  nat.,  JJ  172,  n"  600.) 


500  LA   GDERRE   DE   PARTISANS 

trer,  et  vont  essayer  de  regagner  leurs  manoirs  en  repassant  la 
Seine  au  pont  de  Pont-de-l' Arche. 

Ils  sont  suivis,  à  courte  distance,  par  les  gens  du  seigneur  de 
Champagne  1,  son  chapelain  parmi  eux,  englobé  aussi  dans  la 
déroute.  Sont-ils  au  but  de  leur  course,  près  d'atteindre  la  rési- 
dence de  leur  maître,  au  hameau  voisin  de  Champagne,  ou  bien 
sont-ce  des  Normands  de  l'Avranchin,  fourvoyés  après  cette  course 
folle  dans  ce  petit  village  voisin  d'Évreux,  égarés  loin  des  chemins 
de  leur  pays?  Avec  eux  sont  des  écuyers  anglais  qui  ramènent  en 

1.  «  ...  le  seigneur  de  Charapaignes...  »  (Arch.  nat.,  JJ  173,  q"  25.)  Il  est 
regrettable  de  ne  pouvoir  tHre  mieux  fixé  sur  l'identité  de  ce  personnage. 

Dans  le  voisinage  direct  de  Huest  et  d'Argence  existe  le  lieu  actuellement 
dénommé  Champagne  (Eure,  cant.  d'Évreux,  comra.  de  Reuilly),  souvent  appelé 
La  Champagne,  et  pour  lequel  on  relève  la  forme  ancienne  Champaigne.  (Mar- 
quis de  Blosseville,  Dictionnaire  topographique  du  département  de  l'Eure.) 

Une  famille  «  de  Campanils  »  possédait  ce  fief  aux  xi"  et  xii"  siècles.  (Aug.  Le 
Prévost,  Mé77ioires  et  notes  pour  servir  à  l'histoire  du  département  de  l'Eure, 
publiés  par  MM.  Léopold  Delisle  et  Louis  Passy,  t.  III,  p.  11.)  Dans  le  cou- 
rant du  xiV  siècle,  une  famille  du  nom  de  La  Champagne  y  résidait  encore. 
(Cliar|»illon  et  abbé  Caresme,  Dictionnaire  historique  de  toutes  les  communes 
du  département  de  l'Eure,  t.  II,  p.  708.)  Depuis  la  fin  du  xiv°  siècle,  la  sei- 
gneurie de  la  Champagne  est  dans  la  maison  des  Maillard,  où  le  prénom  de 
Guillaume  semble  héréditairement  porté  par  plusieurs  personnages,  de  1390  à 
1474,  et  qui  tenait  encore  ce  fief  dans  le  cours  du  xviii-  siècle.  (Charpillon  et 
abbé  Caresme,  l.  c.) 

S'agirait-il  au  contraire  d'un  personnage  de  la  famille  du  lieu  de  La  Champagne, 
en  Avranchin  (Manche,  cant.  d'Avranches,  comm.  de  Plomb),  alliée  à  la  puissante 
maison  des  Paynel,  dont  le  dévouement  au  parti  national  est  alors  si  notoire? 

Jean  de  la  Champagne,  seigneur  d'Appilly  (lieu  situé  sur  le  territoire  de 
Saint-Senier-sous-Avranches,  Manche,  cant.  d'Avranches;  voir  Siméon  Luce, 
Chron.  du  Mont-Saint-Michel,  1. 1,  p.  49,  n.  1),  marié  à  Agnès  du  Mesle,  dame 
de  Gacé  (Orne,  ch.-l.  de  cant.,  arr.  d'Argentan),  était  mort  à  la  date  de  1405. 
(Bibl.  nat.,  Cab.  des  Titres,  P.  or.,  de  la  Champagne,  n°'  2,  3,  4,  21.)  Leur 
fille,  Jeanne  de  la  Champagne,  «  de  Champayn  »  {Rôles  norm.  et  franc.,  a'  79), 
épouse  Nicole  Paynel.  (Ibid.)  De  ce  mariage  est  issue  Jeanne  Paynel,  femme 
de  Louis  d'Estouteville,  de  la  branche  aînée  de  celte  maison,  le  défenseur  du 
Mont-Saint-Miclicl  (Rôles,  n°  373).  Appilly  et  Gacé  étaient  à  cette  époque 
naturellement  confisqués  (Rôles,  n"  79,  858,  1010),  en  même  temps  que  les 
terres  et  châteaux  héréditaires  des  Paynel.  —  Un  Foulques  de  la  Champagne, 
«  de  Champaigne  »,  «  de  la  Champaigne  »  (Rôles,  n"  491,  502),  et  sa  sœur 
Marguerite,  en  avril  1419,  en  raison  de  leur  absence  et  rébellion,  sont  dépossé- 
dés de  tous  leurs  biens  sis  dans  les  bailliages  de  Cotentin  et  de  Caen.  —  Sur 
les  de  la  Champagne,  voir  La  Roque,  Hist,  de  la  m,aison  d'Harcourt,  t.  I, 
p.  151-152  et  p.  544. 


DiXS  LA  HAUTE  NORMANDIE.  504 

main  des  chevaux  échappés  du  champ  de  bataille.  Tous,  surve- 
nant l'un  après  l'autre,  viennent  grossir  l'effarement  et  le  désordre. 
Depuis  le  milieu  du  jour,  un  rassemblement  de  paysans  armés, 
avertis  par  quelque  fugitif  isolé,  en  avance  sur  les  autres,  vient 
et  va  d'Argence  à  Huest,  en  quête  de  nouvelles  et  s'augmentant 
en  chemina  A  Huest,  ils  laissent  passer  les  Normands,  se  con- 
tentant de  se  faire  raconter  l'événement.  A  Argence,  ils  attaquent 
les  Anglais,  qu'ils  enlèvent  avec  leur  lot  de  chevaux.  Puis  la 
bande  continue  à  courir  les  environs  à  la  recherche  de  nouvelles 
rencontres  ou  de  quelque  fructueux  coup  de  main. 

Auprès  de  Conches^  dans  une  orientation  déjà  divergente,  à 
six  lieues  du  combat,  des  faits  de  même  ordre  se  produisent, 
naissent  d'eux-mêmes  du  sol  et  du  miheu.  Là,  sur  la  lisière  de  la 
forêt  de  Couches,  dans  les  villages  de  Séez-MesniP  et  de  NagelS 
en  bordure  de  la  route  qui  vient,  par  Breteuil,  du  théâtre  du 
combat,  des  bandes  se  forment,  des  colonnes  de  paysans  s'orga- 
nisent, l'après-midi  de  la  rencontre,  se  mettent  en  marche  pour 
guetter  les  fuyards  et  les  attaquer  au  premier  détour  du  chemin  ^. 
Des  Anglais  débandés,  qui  tombent  au  milieu  de  l'attroupement, 
sont  promptement  expédiés.  L'un  d'eux,  Richard  de  Rine,  avec 
son  page,  est  entraîné  dans  un  petit  bois,  entre  l'écart  de  la  Bre- 
tèche^  et  la  ville  de  Couches,  y  est  jeté  bas  et  enterré  sous  le 
taillis''.  D'autres  rassemblements  de  gens  de  la  campagne  sont 

t.  Noms  des  autres  insurgés  cités  :  Jean  Le  Prudliomme,  Pierre  du  Perche, 
Jean  Lormier,  Thomas  Lessert,  tous  du  village  d'Huest. 

2.  Sur  ces  événements,  aux  environs  de  Conches.  Rémission  pour  Jean  du 
Périer,  journalier,  de  Séez-Mesnil,  près  Conches,  pour  fait  de  sédition  et  de 
complicité  de  meurtre.  Doc,  en  date  de  juin  1425  :  faits  remontant  à  la  fin  de 
la  journée  du  17  août.  Arch.  nat.,  JJ  173,  n"  164. 

3.  «  Saint-Mesnil  près  Conches.  »  C'est  Séez-Mesnil,  à  une  lieue  environ  au 
sud  de  Conches,  à  gauche  de  la  route  de  Verneuil  à  Conches  par  Breteuil  (Eure, 
cant.  de  Conches). 

4.  «  Notre-Dame-du-Naget.  »  C'est  Nagel,  un  peu  plus  près  de  Conches  et  de 
l'autre  côté  de  la  même  route  (Eure,  cant.  de  Conches). 

5.  Noms  des  autres  insurgés  cités  :  Jean  Massieu,  Colin  Piédefer,  Guiot  du 
Vallet,  Féret  fils,  Jeannot  La  Prévost,  Jean  Bellois,  tous  de  Séez-Mesnil.  Allu- 
sion à  l'exécution,  déjà  accomplie,  de  Jean  Massieu. 

6.  La  Bretèche,  entre  Nagel  et  Conches  (Eure,  cant.  de  Conches,  comm,  de 
Nagel). 

7.  Ce  petit  bois  ne  peut  consister  qu'en  quelque  prolongement  de  la  lisière 
est  de  la  forêt  de  Conches,  traversée  en  cet  endroit  par  la  route  de  Verneuil, 


502  LA    GUERRE   DE    PARTISANS 

pendant  ce  temps  en  marche  vers  le  lieu  de  la  bataille,  à  la  ren- 
contre des  pelotons  isolés,  en  quête  de  dépouilles  et  de  massacres. 
Plus  avant  encore,  dans  la  même  direction,  le  territoire  du 
NeubourgS  centre  et  commandement  des  routes  qui  étoilent  toute 
la  région,  se  révèle  comme  un  foyer  d'insurrection  remarquable. 
Toute  une  file  d'écuyers,  de  pages,  de  valets  d'armée  vient  de 
s'abattre  au  Neubourg,  fourbue  par  onze  lieues  de  traite,  répan- 
dant dans  tous  les  villages  d'alentour  le  bruit  de  l'anéantissement 
de  l'armée  anglaise.  Ceux-là  ont  fui  tout  droit  devant  eux,  sur 
la  route  qui  mène  à  Rouent  Une  bande  d'insurgés,  dans  l'inter- 
valle, s'est  assemblée  sur  la  place,  et,  se  grossissant  en  route^ 
s'est  mise  en  marche  pour  le  Bocage  ^  petit  hameau  bâti  sur  la 
route  qui  vient  de  Conches,  où  elle  rencontre  plusieurs  Anglais 
fugitifs.  On  les  entoure,  les  pousse  en  désordre  vers  le  petit  bois 
du  Manoir,  qui  se  trouve  sur  le  chemina  Là,  un  des  paysans, 
dit  Jean  de  Paris,  les  apostrophe  brutalement,  leur  reprochant 
avec  injures  leur  apeurement  et  leur  fuite.  Puis  la  bande  les 
assaille  brusquement,  en  tue  un  et  jette  le  cadavre  dans  un  puits. 
On  se  partage  les  chevaux,  dont  l'un  est  une  bête  de  prix,  à  un 
Anglais  de  la  garnison  de  Vire,  qui  vaut  67  écus  d'or.  Sept  lettres 
de  rémission  différentes,  relatant  les  faits  en  termes  identiques, 
selon  la  responsabilité  de  chacun  des  coupables   compromis, 
attestent  le  soulèvement  des  paysans   de  ce  canton,  à  plus 

1.  Sur  ces  événements,  aux  environs  du  Neubourg.  Rémissions  pour  Philippot 
de  Caux,  pour  Cardot  Picot,  pour  Colin  Hareng,  pour  Jean  Le  Valois,  pour  Car- 
din llonfroy,  pour  Jean  Le  Fermanel,  pour  Guillaume  Le  Faverel,  tous  cultiva- 
teurs du  Neubourg,  i)0ur  fait  de  sédition  et  de  complicité  de  meurtre.  Doc.  en 
date  de  septembre  1424  :  faits  remontant  à  «  tantost  après  la  journée  de  la 
bataille  dernièrement  faite  près  Verneuil  ».  Arch.  nat.,  JJ  172,  n"  633,  634, 
635,  636,  637,  638,  639. 

2.  La  route  venant  de  Verneuil  par  Breteuil  et  Conches  et  .se  continuant  du 
Neubourg  sur  Elbeuf. 

3.  Noms  des  autres  insurgés  :  Jean  Le  Vy,  dit  Jean  de  Paris,  Telloy  Le 
Mire,  tous  deux  du  Neubourg.  Le  nom  de  Cardin  Honfroy,  auquel  est  délivrée 
une  des  lettres  de  rémission  citées,  est  à  retenir  et  à  rapprocher  de  celui  de 
Chardot  Honfroy,  le  chirurgien  de  campagne  dont  le  dévouement  aux  partisans 
de  la  forêt  de  Breteuil  a  été  précédemment  signalé. 

4.  Le  Bocage,  à  une  demi-lieue  environ  au  sud  du  Neubourg,  un  peu  à  droite 
de  la  route  venant  de  Conches. 

5.  Aucune  carte  ni  dictionnaire  topographique  ne  parait  porter  trace  de  cette 
désignation. 


DANS   LA   HAUTE   NORMANDIE.  503 

de  moitié  chemin  de  Verneuil  jusqu'aux  remparts  de  Rouen. 
D'autres  essaims  de  fuyards  se  sont  lancés  dans  un  rayon  dif- 
férent'. On  les  trouve,  le  soir  et  le  lendemain  du  combat,  dans 
les  vallées  de  la  Risle  et  de  la  Charentonne,  vers  Beaumont-le- 
Roger  et  Bernay,  où  leur  apparition  fait  partout  éclater  le  tumulte, 
jette  les  paysans  sur  des  armes,  improvise  des  attroupements 
furieux  qui  se  lancent  dans  la  campagne.  A  la  Futelaye,  au-des- 
sus de  Beaumont^  le  18,  massacre  dans  un  bois.  Autour  de 
Bernay,  soulèvement  plus  caractéristique.  Avec  les  insurgés  se 
trouve  un  noble  du  pays,  un  écuyer  naguère  prisonnier  des  Fran- 
çais, auquel  sa  captivité  n'a  pas  laissé  de  rancune.  Des  compa- 
gnies de  partisans,  qui  tiennent  le  pays  aux  alentours,  sont 
sortis  de  leurs  bois  et  de  leurs  couverts  :  les  «  brigands  »,  dont 
on  sait  à  présent  le  rôle  et  le  signalement,  sont  venus  grossir  les 
rangs  des  villageois  sédentaires^.  Surviennent  en  débandade  les 
gens  du  capitaine  anglais  qui  commande  le  poste  de  Bernay  :  ils 
sont  attaqués  et  détroussés.  Une  bande  se  porte  sur  la  maison 
seigneuriale  de  la  dame  des  Champs^,  où  s'est  abrité  un  peloton 
d'Anglais,  qui  ont  rassemblé  foule  de  chevaux  sans  cavaliers, 
échappés  de  la  mêlée  :  on  s'en  empare  et  se  les  partage.  L'écuyer 

1.  Sur  ces  événements,  aux  environs  de  Beaumont-le-Roger  et  de  Bernay. 
Rémissions  pour  Robin  Esme,  de  Beaumont-le-Roger,  pour  Jean  Le  Pourry, 
de  Bernay,  pour  Jean  Le  Séneschal,  écuyer,  pour  faits  de  sédition.  Doc.  en  date 
d'août  1424,  de  septembre  1424,  de  janvier  1425  :  faits  remontant  à  la  fin  de  la 
journée  du  17  et  au  18  août.  Arch.  nat.,  JJ  172,  n°  629,  pièce  donnant  la  date  du  18 
comme  lendemain  de  la  victoire  de  Verneuil,  publiée  par  M.  Siméon  Luce  dans 
la  Chron.  du  Mont-Saint-Michel,  Pièces  just.,  n°  32,  t.  I,  p.  142-144;  Arch. 
nat.,  JJ  172,  n"  627,  604. 

2.  «  La  Foutelloye,  au-dessus  dudit  Beaumont.  »  (Arch.  nat.,  JJ  172,  n"  629.) 
La  Futelaye,  à  peu  de  distance  au  nord  de  Beaumont-le-Roger,  sur  la  route  du 
Neubourg  (Eure,  cant.  et  comm.  de  Beaumont-le-Roger). 

3.  «  ...  Par  cfuoi  plusieurs  brigans  et  autres  pouvres  gens  et  de  petit  estât  qui 
en  avoient  oy  parler.  »  Arch.  nat.,  JJ  172,  n°  604. 

Il  convient  de  ne  pas  s'abuser  sur  la  valeur  de  cette  expression  :  «  de  petit 
estât  ».  On  la  trouve  appliquée  par  la  chancellerie  anglaise  à  La  Hire  et  à 
Saintrailles  eux-mêmes,  et  ce,  non  pas  au  moment  de  leurs  premières  armes, 
mais  en  1436,  dans  un  document  officiel,  une  requête  de  délégués  normands  au 
roi  Henry  VL  [Rôles  norm.  et  franc.,  n"  1391.) 

4.  «  ...  A  l'ostel  de  la  dame  des  Champs...  »  (Arch.  nat.,  JJ  172,  n»  604.)  Les 
Champs  (?),  entre  Couches  et  Beaumont,  près  du  lieu  de  la  Puthenaye  (Eure, 
cant.  de  Beaumont-le-Roger,  comm.  de  Romilly-La  Puthenaye).  On  ne  voit  pas 
quelle  pouvait  être  cette  «  dame  des  Champs  ». 


504  LA   GUERRE   DE   PARTISANS 

normand  qui  fraternise  avec  les  insurgés,  Jean  Le  Sénéchal,  resté 
soldat  dans  ce  désordre,  empêche  le  massacre  du  page,  du  com- 
mandant de  Bernay  et  d'un  de  ses  compagnons  d'armes.  Colin 
Le  Barbier,  qui  peuvent  détaler  la  vie  sauve. 

A  ce  mouvement  des  environs  de  Bernay  se  rattachent  très 
probablement  les  faits  qui  motivent  ce  groupe  considérable  de 
trente-huit  rémissions  auquel  il  vient  d'être  fait  allusion,  et  dont  le 
texte  ne  spécifie  malheureusement,  quant  aux  insurgés  dénommés, 
aucun  lieu  d'extraction  ni  de  résidence  ^  On  y  voit  que  des  gen- 
tilshommes ont  été  chefs  et  conducteurs  du  soulèvements  Quant 
au  lieu  de  l'action,  il  serait  permis  d'avancer  que  ce  fut  la  vicomte 
d'Auge.  En  effet,  l'une  des  particularités  de  ces  actes,  relative  à 
la  perception  de  l'amende  infligée,  comme  atténuation  de  peine, 
à  tous  les  coupables  signalés,  se  retrouve  dans  les  trois  actes 
précédents,  tous  trois  concernant  cette  région  si  troublée,  si  mal 
soumise,  où  l'esprit  national  conserve  de  si  vivaces  racines^. 

1.  Sur  CCS  événements,  sans  indication  de  lieu.  Rémission  collective  pour 
Renaud  Le  Roy,  Jean  Guellecoquet  jeune,  Jeannin  Le  Mire  jeune,  Jean  Marc, 
Jean  Harbelfe,  Jean  dit  Dcnnes,  un  autre  Jean  dit  Uennes,  Jean  Cardanel  jeune, 
Jean  Dobeaux  jeune,  Colin  Danget,  Robin  Mauvais,  Jean  Marchand,  Pcrrin 
Broc,  Raoul  de  Fauville,  Robin  Piédelièvre,  Raoul  Houillée,  Guillemot  Langlois, 
Martin  du  Mont,  Cardot  Fouquel,  Perrin  Le  Barbier,  Guillaume  Haulier,  Geof- 
froy llalley,  Jean  Guellccoquet  aîné,  .\lain  Quinart,  Guillemot  Le  Moyne,  Minet 
Michel,  Jeannolin  Boissel,  Jean  Marole,  Guillaume  Le  Maistre,  Perrin  Lenfant, 
Jean  de  Barneville,  Jeannotin  de  Lannoy,  Renaud  Le  Roussel,  Jean  Le  Bourc, 
Cardot  Simon,  Michel  du  Quesne,  Jean  Povert,  Guillaume  Princy,  pour  fait  de 
sédition,  à  l'occasion  de  ce  que  «  aucunes  personnes  se  feussent  mises  sus  en  indui- 
sant lesdis  supplians  et  plusieurs  simples  gens  de  village  et  autres  de  nostre 
obéissance,  afin  d'eulx  mettre  ensemble  pour  eulx  rebeller  à  rencontre  de  nous 
et  de  donner  aide  et  confort  à  nos  ennemis  et  adversaires.  »  Doc.  en  date  de 
septembre  1424  :  faits  remontant  «  tantost  après  la  victoire  devant  Verneuil  ». 
Arch.  nat.,  JJ  172,  n"  570. 

2.  Ils  sont  mis  hors  la  loi  et  spécialement  exceptés  de  toute  amnistie. 
«  ...  Excepté  à  ceulx  qui  sont  gentilzhommes  et  qui  ont  été  principaulx  capi- 
taines et  conduiseurs  de  ladite  assemblée...  »  Arch.  nat.,  JJ  172,  n'  570. 

3.  Rémission  est  accordée  aux  insurgés  dénommés  moyennant  la  condition 
suivante  :  «  Parmy  ce  que  chacun  d'eulx  paiera  du  moins  x  livres  parisis 
d'amende  pour  et  ou  nom  de  nous  à  nostre  bien  amé  Durant  de  Tieuville, 
escuier,  lieutenant  du  bailli  de  Rouen  es  parties  d'Auge  et  commis  de  par  nous 
à  recevoir  les  amendes  de  cesle  chose.  »  (Arch.  nat.,  JJ  172,  n'  570.)  Même 
amende  et  même  receveur  si)écilié  dans  les  trois  rémissions  accordées  aux  habi- 
tants de  Beaumont-le-Roger  et  de  Bernay,  qui  viennent  d'être  relevées.  (Arch. 
nat.,  JJ172,  n"  629,  627,  604.) 


DANS   LA   HAOTE   NORMANDTIÎ.  303 

Terre  classique  des  partisans,  où  courent  déjà  à  la  tête  de  leurs 
bandes  des  chefs  de  compagnie  comme  les  Benoît  Collet,  les  Roger 
Christophie,  les  Perrot  Le  Saige,  les  soldats  de  l'assaut  de  Livet, 
du  combat  de  Boissy-Lamberville  et  de  la  grande  bataille  de 
Planches  ^ 

Est-ce  par  cette  voie 2,  ou  par  quelque  autre  route  de  débâcle, 
l'une  de  celles  que  suivent  chevaux  et  cavaliers  de  la  garnison  de 
Vire',  qu'ont  passé  les  premières  nouvelles,  parvenues  à  l'extré- 
mité de  la  Normandie,  à  quarante  lieues  du  champ  de  bataille, 
et  dont  l'effet  extraordinaire  se  constate  au  fond  du  pays  Virois. 
Là,  un  jour  qu'il  est  difficile  de  préciser,  très  peu  après  l'heure 
du  grand  choc,  des  détachements  de  réguliers  français  sont  en 
marche^,  occupés  à  l'un  de  ces  cheminements  lointains  de  bois  en 
bois,  dont  on  a  pu  présenter  de  si  caractéristiques  exemples. 
Ils  sont  partis^  comme  on  s'en  souvient,  des  forteresses  fron- 
tières du  Parc,  en  Cotentin^  de  Mausson,  sur  la  lisière  du 
Maine ^.  Informés  des  premiers  bruits  de  la  rencontre,  ils  pro- 
jettent la  surprise  de  Torigny',  sur  la  route  de  Saint-Lô.  Ils 
sont  de  60  à  80,  joints  aux  partisans  disséminés  du  voisinage^, 
et^se  massent,  pour  préparer  le  coup,  dans  les  fourrés  de  la  forêt 
l'Évêque^,  à  mi-route  environ  de  Vire  à  leur  point  d'attaque. 

1.  Ci-dessus,  le  Pays  d'Auge. 

2.  Sur  ces  événements,  dans  la  forêt  l'Évéque  et  à  Ferrière-Hareng.  Rémis- 
sion pour  Colin  Le  Vaillant,  écuyer,  habitant  un  manoir  écarté  sur  le  terroir 
de  Ferrière-Hareng,  pour  faits  de  complicité  envers  réguliers  français  et  parti- 
sans, assemblés  pour  savoir  des  nouvelles  définitives  de  la  journée  de  Verneuil. 
Doc.  en  date  de  mars  1425  :  faits  remontant  «  environ  le  temps  que  la  bataille 
fut  faicte  à  Verneuil  ».  Arch.  nat.,  JJ  173,  n"  115. 

3.  Dont  on  a  vu  des  épaves  en  déroute  au  Neubourg,  par  exemple.  Arch.  nat., 
JJ  172,  n°  633. 

4.  Sur  le  récit  de  cette  expédition,  ci-dessus,  les  Partisans  et  les  lignes  fran- 
çaises. 

5.  Le  Parc-l'Évêque,  sur  le  territoire  de  Sainte-Pience  (Manche,  cant.  de  la 
Haye-Pesnel). 

6.  Mausson,  sur  le  territoire  de  Landivy  (Mayenne,  ch.-l.  de  cant.,  arr.  de 
Mayenne). 

7.  Torigny-sur-Vire,  sur  la  Vire,  entre  Vire  et  Saint-Lô  (Manche,  ch.-l.  de 
cant.,  arr.  de  Saint-Lô). 

8.  «  ...  Vindrent  à  son  hoslel,  de  nuyt,  plusieurs  brigans  et  nos  ennemis,  les- 
quels par  contraincte  le  menèrent  de  fait  en  un  bois  assez  près  de  sa  maison, 
ouquel  avoit  de  lx  à  ini^x  hommes  armez  des  forteresses  du  Parc  et  de  Mau- 
son,  nos  adversaires...  »  Arch.  nat.,  JJ  173,  n°  115. 

9.  La  forêt  l'Évêque,  massif  boisé  entre  la  Vire  et  la  Souleuvre. 


506  LA   GUERRE   DE   PARTISANS 

Anxieux  et  impatients  de  nouvelles,  ils  envahissent  de  nuit,  sur  le 
territoire  boisé  de  Ferrière-Hareng',  l'habitation  isolée  d'un  vieux 
gentilhomme  du  pays,  Colin  Le  Vaillant,  celui  même  qu'on  a  vu 
les  guider  à  Torigny  et  cacher  en  dépôt  leurs  échelles  de  siège. 
Ils  veulent  des  renseignements  sur  la  bataille  en  cours.  Le  vieil- 
lard, quia  douze  enfants  à  sa  charge,  les  accueille  comme  il  peut 
et,  mieux  informé  que  les  combattants,  réguliers  ou  hors  la  loi,  leur 
apprend  qu'il  a  entendu  parler  de  la  victoire  finale  des  Anglais 2. 
Dans  leur  stupeur  et  leur  colère 2,  poursuivant  néanmoins  leur 
projet,  ils  vont  rôder  encore  autour  de  Torigny,  puis  reviennent 
comme  on  sait  mettre  en  sûreté  leurs  instruments  d'  «  eschiel- 
lage  »  dans  les  bois,  comptant  les  y  retrouver  pour  l'heure  meil- 
leure, dont  ils  ne  veulent  pas  désespérer. 

Dans  le  Bocage  normand,  ce  sont  des  réguliers  qui  improvisent 
une  opération  de  guerre,  qui  s'agrègent  aux  partisans  pour  le 
soulèvement  spontané  qui  s'affirme.  A  l'autre  extrémité  du  pays, 
vers  la  baie  de  la  Seine,  ce  sont  des  citadins  qui  se  joignent  aux 
bandes  déjà  existantes  des  campagnes,  pour  soulever  une  ville, 
une  ville  à  poste  semi-fortiflé,  à  fonctionnaires  et  à  soldats.  C'est 
le  seul  exemple  qui  puisse  être  relevé  d'un  mouvement  de  cet 
ordre.  Il  n'en  vaut  pas  moins,  surtout  par  son  cadre,  son  milieu, 
par  tout  ce  qu'on  a  vu  déjà,  dans  le  circuit  d'alentour,  se  dépen- 
ser de  courage  et  de  ruse  pour  la  défense  du  sol"*. 

Comme  lieu  d'une  des  dernières  manifestations  de  l'insurrec- 
tion, voici  maintenant,  en  effet,  la  ville  même  de  Pont-Audemer, 
un  port  de  rivière,  un  poste  à  garnison  mobile,  à  vingt  lieues  du 
théâtre  de  la  rencontre  et  du  désastre  supposé^ 

Dans  ces  campagnes  du  Lieuvin,  entre  la  Risle  et  la  Touques, 
toutes  proches  déjà  de  la  côte,  où  les  compagnies  de  partisans 

1.  «  La  Ferrifre-le-Hareng  »,  près  la  forêt  l'Évéque.  Ferrière-Hareng,  dans  ce 
district  (Calvados,  cant.  de  Bény-Bocage). 

2.  «  ...  Le  firent  jurer  qu'il  diroit  vérité,  en  lui  demandant  s'il  savoit  aucune 
chose  de  nouvel,  qui  leur  dit  qu'il  avoit  oy  dire  que  nosdis  ennemis  avoient  esté 
desconfiz  à  Vernuel...  »  Arch.  nat.,  JJ  173,  n"  115. 

3.  «  ...  Dont  ils  furent  très  courrouciez...  »  Ibid.,  id. 

4.  Ci-dessus,  le  Lieuvin. 

5.  Sur  ces  événements  à  Pont-Audemer.  Rémissions  pour  Guillaume  Rryan, 
pour  Jean  Piédelièvre,  de  Pont-Audemer,  pour  faits  de  sédition.  Doc.  en  date 
d'août,  de  novembre  1424  :  faits  remontant  à  «  nagaires...  soubz  ombre  de  ce 
que  la  journée  de  Verneuil  estoit  perdue  ».  Arch.  nat.,  JJ  172,  n»  586;  JJ  173, 
n°  110. 


DAÎVS   LA   HAUTE   NORMANDIE.  507 

comptent  plus  d'exploits  que  partout  ailleurs,  c'est  une  prise 
d'armes  qui  s'organise,  l'attaque  d'une  ville  qui  déjà  se  calcule  et  se 
précise.  Aux  premières  nouvelles  qui  commencent  à  courir  le  pays, 
les  bandes  de  partisans  qui  rôdent  aux  alentours  envahissent  les 
rues,  annonçant  la  défaite  des  Anglais  *  :  les  gens  de  la  ville  se 
joignent  à  eux,  recrutent  sur  la  place  des  adhésions  et  des  renforts*. 
Pour  quelque  temps,  quelques  heures  ou  quelques  jours,  Pont- 
Audemer  appartient  à  l'insurrection.  Une  bande  se  jette  sur  l'hôtel 
du  commandant  du  poste  anglais,  l'écuyer  Jean  Teston,  absent  avec 
ses  hommes  et  encadré  dans  les  rangs  de  l'armée  de  Verneuil. 
La  maison,  prise  d'assaut,  est  saccagée  de  haut  en  bas.  Puis,  sur 
l'annonce  du  retour  de  la  troupe,  qui  regagne  à  la  hâte  son  can- 
tonnement, le  rassemblement  déserte  la  ville  et  se  jette  dans  la 
campagne,  où  il  va  grossir  le  nombre  des  soldats  de  Guyot  Le 
Yetre  et  de  Guillaume  Halley,  les  chefs  intelligents,  énergiques 
et  prêts  à  tout  qui  vont  tenir  si  longtemps  encore  l'occupation 
étrangère  en  échec. 

Tels  sont  les  fruits  de  la  première  scène  du  drame  de  Verneuil. 
Quels  bruits  confus,  quelle  sourde  et  occulte  préparation  avait  dû 
précéder  l'éclosion  brusque  d'un  mouvement  pareil,  tellement 
identique  dans  ses  manifestations  diverses,  tellement  clair  et  vio- 
lent dans  ses  épisodes  et  dans  ses  signes,  il  faut  se  réduire  à  l'ima- 
giner sans  le  définir 3.  Quelles  perspectives  cette  enquête,   si 

1.  «  ...  Aucuns  de  Pont-Audemer,  par  l'introduction  d'aucuns  de  nos  malveil- 
lants estans  èsdictes  parties,  se  feussent  assemblés  avec  ces  malveillants  pour 
tenir  les  champs...  et  que  iceulx  ainsi  assemblés  aient  contraint  plusieurs  par 
force  d'aller  avec  eux.  »  Arch.  nat.,  JJ  172,  n"  586. 

2.  Il  a  été  souvent  parlé  des  «  Anglais  de  Pont-Audemer  »,  en  1426,  à  l'occa- 
sion des  combats  des  compagnies  du  Lieuvin  (Arch.  nat.,  JJ173,  n"  379,  513, 
534),  et  de  la  «  forte  maison  de  Pont-Audemer  »,  en  1433.  (Bibl.  nat.,  Cab.  des 
Titres,  P.  or.,  Salvain,  n"  30.) 

3.  Toute  l'immense  anxiété  que  le  gouvernement  anglais  put  éprouver  vers 
les  approches  du  choc  de  Verneuil  se  reflète  dans  les  formules,  spéciales  et 
inusitées,  employées  vers  cette  époque  dans  Jes  documents  émanés  de  la  chan- 
cellerie étrangère.  Tout  rappel,  toute  allusion  à. cette  victoire  inespérée  se  trouve 
accompagné  d'expressions  significatives,  et  cela  non  pas  seulement  sous  le  coup 
de  l'événement,  mais  encore  plusieurs  années  plus  tard. 

«  La  victoire  que  nostre  beuoist  Créateur  nous  a  voulu  de  sa  grâce  envoler 
devant  Vernuel.  »  Doc.  en  date  d'août  1424  à  janvier  1425.  (Arch.  nat.,  JJ  172, 
n°»  570,  604,  627,  629.)  —  «  La  très  noble  victoire  que  Nostre-Seigneur  par  sa 
bénigne  grâce  luy  (au  duc  de  Bedford)  a  nagaires  donnée  devant  la  ville  de 


SOS  LA   GUERRE   DE   PARTISANS   DANS   LA   HAUTE   NORMANDIE. 

regrettablement  incomplète,  si  tronquée,  si  superficielle  qu'elle 
soit,  ne  laisse-t-elle  pas  entrevoir  sur  l'état  des  campagnes  et  des 
villes  de  Normandie  pendant  ce  mois  d'août  prédestiné  de  1424? 
Une  victoire  française  dans  les  plaines  du  Perche  eût  soulevé  la 
région  tout  entière,  eût  lancé  tout  ce  qu'il  y  avait  de  paysans, 
entre  Evreux  et  Touques,  dans  une  poursuite  furieuse  des  Anglais 
en  déroute.  Il  semble  difficile  d'en  douter  après  cette  âpre  et  bru- 
tale éloquence  des  textes.  Là,  comme  dans  les  châteaux  picards, 
tout  était  prêt  pour  l'action,  pour  une  levée  de  colères  comme 
ailleurs  pour  un  élan  de  répulsions,  tout  était  mûr  enfin  pour  le 
rejet  de  l'étranger,  qu'une  heure  de  chance  de  plus,  ce  jour-là, 
eût  balayé  trente  ans  plus  tôt  de  la  terre  de  France. 

Germain  Lefèvre-Pontalis. 


Vernueil.  »  Doc.  en  date  de  novembre  1424.  (Bibl.  nat.,  ms.  fr.  26047,  n"  342, 
343,  344.)  —  «  La  victorieuse  journée  nagaires  obtenue  moyennant  la  grâce  de 
Nostre- Seigneur  devant  Vernueil.  »  Doc.  en  date  de  mai  1427,  d'avril,  de 
mai  1429.  (Arch.  nat.,  JJ  173,  n-"  18,  30,  110,  115,  670;  JJ  174,  n»'  297,  304,  338.) 


1 


DATES 

DE  DEUX  DIPLOMES  DE  GHARLES-LE-GHAUVE 

POUR  L'ABBAYE  DES  FOSSÉS. 


Déterminer  avec  exactitude  la  date  des  documents  est  l'une 
des  plus  rigoureuses  obligations  imposées  à  la  critique  diploma- 
tique. Les  altérations  des  originaux  et  les  fautes  des  copistes 
sont  à  cet  égard  des  causes  d'erreur  contre  lesquelles  il  importe 
d'être  prémuni.  C'est  pour  cela  que  je  crois  utile  de  détacher,  à 
titre  d'exemples,  du  recueil  des  actes  des  souverains  carolingiens 
dont  je  prépare  la  publication,  l'étude  critique  des  dates  de  deux 
diplômes  de  l'abbaje  de  Saint-Maur-des-Fossés. 

I. 

Parmi  les  diplômes  de  Charles-le-Chauve  en  faveur  de  cette 
abbaye,  il  en  est  un  par  lequel  le  roi,  sur  le  rapport  de  l'abbé 
Gozlin,  «  protonotaire  »  royal,  ratifie  un  échange  conclu  entre 
l'abbé  de  Lagny  et  l'abbé  des  Fossés,  Ingelbert,  au  nom  de  leurs 
monastères^  L'original  de  ce  document,  malheureusement  mutilé, 
s'est  conservé;  il  y  manque  la  partie  supérieure,  qu'on  peut  éva- 
luer, d'après  le  formulaire,  à  un  peu  moins  de  la  moitié  de  l'acte. 
Cette  mutilation  existait  déjà  lorsque  André  Duchesne  en  fit,  au 
XVII®  siècle,  la  seule  copie  que  je  connaisse.  Jules  Tardif  a  été 
jusqu'ici  l'unique  éditeur  de  ce  diplôme. 

La  date  qu'on  lit  au  bas  de  la  pièce  contient  les  éléments  chro- 
nologiques suivants  :  ides  de  mars  (15  mars),  8^  indiction, 
6°  année  du  règne,  ce  qui  correspondrait  à  845  ou  à  846,  selon 
que  l'on  calcule  d'après  l'un  ou  l'autre  de  ces  chiffres.  C'est  ainsi 
que  J.  Tardif,  s'attachant  de  préférence  à  l'année  du  règne,  a 
daté  le  diplôme  de  846.  Mais  cette  date  porte  des  traces  maté- 

l.  Voy.  le  texte  de  ce  document  à  l'Appendice,  n"  1. 


v^ 


h 


5^0  DATES   DE   DEUX   DIPLOMES 

^       rielles  non  équivoques  de  remaniements  :  en 

— — «       regardant  la  pièce  en  transparence,  on  voit  clai- 

K       rement  :  1°  que  le  chiffre  viii,  très  serré  entre 

t^       les  mots  indicHone  et  anno,  a  été  récrit  sur  un 

**^       grattage;  2°  que  le  chiffre  vi  était  précédé  de 

\deux  caractères  soigneusement  grattés,  et  suivi 
^  .j.         d'un  autre  grattage.  Le  fac-similé  ci-contre  rend 
sensible  cette  altération. 

D'autre  part,  le  diplôme  est  promulgué  sur  le 
rapport  de  Gozlinus  àbba  nosterque  protono- 
tarius,  dont  le  nom  figure  en  outre  dans  la  for- 
mule de  récognition.  Or,  Gozlin,  abbé  de  Saint- 
Germain -des -Prés,  n'est  devenu  chancelier 
qu'après  la  mort  de  l'abbé  de  Saint-Denis,  Louis, 
survenue  le  9  janvier  867 ^  Si,  à  partir  de  ce 
terme,  on  recherche,  d'après  l'itinéraire  de 
Charles-le-Chauve,  en  quelle  année  ce  prince  a 
séjourné  à  Senlis  vers  le  milieu  de  mars,  on  ne 
trouve  que  868  Ml  y  a  donc  lieu  de  restituer  ainsi 
les  chiffres  altérés  de  la  date  :  indictione  [/.], 
anno  [XX]VI[II.]  régnante...,  ce  qui  corres- 
pond parfaitement  aux  vestiges  des  chiffres  pri- 
mitifs, et  de  dater  le  diplôme  du  15  mars  868. 

Il  subsiste  toutefois  une  grave  difficulté.  Ingel- 
bert,  qui  est  l'une  des  parties  dont  le  contrat  est 
ratifié  par  le  roi,  et  qui  figure  comme  abbé  dans 
les  titres  de  Saint-Maur-des-Fossés  de  841  à 
845,  avait  certainement  cessé  de  l'être  a  vant  le  19 
avril  847,  date  à  laquelle  on  le  voit  remplacé  par 
Einard^.  Celui-ci  à  son  tour,  à  la  date  que  je  pro- 
pose de  restituer ,  avait  été  remplacé  par  Godefroi^ . 

^>l^^  1.  Annales  Berlin.,  à  867. 

\j  2.  Annales  Berlin.,  à  868;  diplômes  du  17  mars  pour 

^  l'abbaye  des  Fossés  (Orig.  Arch.  nal.,  K  14,  n"  32;  J.  Tar- 

dif, Mon.  hist.,  a"  200),  du  18  mars  pour  N.-D.  de  Paris 
(Copie  du  XI"  s.,  ibid.,  K  14,  n»  5;  Baluze,  Capilul.,  t.  II, 
col.  1485);  du  27  mars  pour  Saint-Riquier  [Chron.  CentuL, 
lib.  III,  cap.  XVI,  éd.  Lot,  p.  130). 

3.  Dipl.  de  Charles  le  Chauve  (Arch.  nat.,  K  11,  n*  52;  J.  Tardif,  Mon.  hisl., 
n«  154). 

4.  Godefroi  figure  comme  abbé  pour  la  première  fois  dans  ua  diplôme  de 


;'V^*i« 


DE  CHARLES-LE-CHAUVE.  5^^ 

Il  semble  à  première  vue  qu'on  ne  puisse  concilier  les  mentions 
dans  le  même  diplôme  du  chancelier  Gozlin  et  de  l'abbé  Ingel- 
bert.  Mais  est-il  impossible  que  le  diplôme  royal  soit  postérieur 
de  plusieurs  années  au  contrat  qu'il  ratifie?  Nous  n'en  possé- 
dons, il  ne  faut  pas  l'oublier,  qu'un  fragment  ;  ne  trouverions- 
nous  pas  dans  la  première  partie,  si  elle  était  conservée,  la  solu- 
tion de  la  difficulté?  N'y  serait -il  pas  dit,  par  exemple,  que 
l'accord  a  été  conclu  par  feu  Ingelbert  ?  Une  chose  me  paraît  de 
nature  à  appuyer  cette  conjecture,  c'est  que  le  formulaire  bien 
connu  de  la  ratification  d'échange  se  trouve  un  peu  modifié  dans 
la  partie  du  document  qui  s'est  conservée.  Tandis  qu'il  est  dit 
ordinairement,  dans  les  actes  analogues,  que  ce  sont  les  parties 
elles-mêmes  qui  ont  produit  le  contrat  par-devant  le  roi  et  en 
ont  sollicité  l'homologation,  il  est  relaté  au  contraire  dans  notre 
diplôme  qu'il  a  été  concédé  sur  le  rapport  et  à  la  prière  du  chan- 
celier. Cette  procédure,  dont  je  ne  connais  pas  d'autre  exemple, 
n'est-elle  pas  naturelle,  si  l'acte  à  ratifier  remontait  à  quelques 
années  ? 

La  contradiction  apparente  qui  résultait  de  la  mention  d'in- 
gelbert  et  de  l'année  que  fournissait  le  calcul  des  éléments  chro- 
nologiques me  paraît  de  nature  à  expliquer  l'altération  qu'on  a 
fait  subir  aux  chiffres  de  la  date.  Un  moine,  qui  savait  que  l'ab- 
batiat  d'Ingelbert  n'avait  guère  dû  dépasser  l'année  845,  frappé 
de  cette  contradiction,  aura  voulu  ramener  à  cette  année  l'an  du 
règne  et  l'indiction.  Sans  s'inquiéter  du  terme  précis  à  partir 
duquel  la  chancellerie  de  Charles-le-Ghauve  avait  compté  les 
années  du  règne,  il  aura  considéré  la  6«  année  comme  correspon- 
dant à  845,  calculé  l'indiction  en  conséquence,  et  substitué  res- 
pectivement les  chiffres  viir  et  vi  aux  chiffres  i  et  xxviii,  qui 
devaient  figurer  dans  la  date.  C'est  avec  la  même  simplicité  de 
calcul  qu'a  opéré  Eudes  de  Saint-Maur,  iorsqu'Q  a  remanié  et 
précisé  les  dates  de  certains  documents  du  chartrier  de  son  abbaye 
qu'il  voulait  utiliser  pour  écrire  la  vie  du  comte  Bouchard  le 
Vénérable  ^  Aussi  serais  je  assez  porté  à  attribuer  à  ce  même  Eudes 
l'altération  de  la  date  de  notre  diplôme,  d'autant  plus  que  nous 
savons  qu'il  avait  entrepris  d'autres  travaux  sur  l'histoire  de 

Charles  le  Chauve  du  23  avril  864  (Orig.  Arch.  nal.,  K  13,  n°  12^;  J.  Tardif, 
Mon.  hist.,  n"  193). 
1.  Vie  de  Bouchard  le  Vénérable,  éd.   Bourel  de  la  Roncière,  Introd., 

p.   XXVII. 


542  DATES  DE  DEOX  DIPLOMES 

son  abbaye  •  et  que,  pour  autant  qu'un  seul  chiffre  autorise  un 
jugement,  c'est  bien  au  milieu  du  xi^  siècle  qu'on  peut  approxi- 
mativement fixer  l'époque  de  la  falsification  qui  nous  a  occupé. 

De  cette  étude  me  paraît  se  dégager  un  enseignement  pour  la 
critique.  Faite  avec  le  secours  d'un  original,  la  correction  pro- 
posée se  présente  avec  tous  les  caractères  de  la  certitude  ;  faite 
d'après  une  copie,  elle  ne  serait  qu'une  conjecture.  Mais  l'exemple 
de  ce  diplôme  doit  montrer  combien  les  conjectures  de  ce  genre 
sont  plausibles.  Des  contradictions  entre  les  mentions  de  la  teneur 
d'un  texte  diplomatique  et  les  éléments  chronologiques  de  sa  date 
peuvent  s'expliquer  par  une  altération  de  ces  éléments  chronolo- 
giques et  ne  sauraient  suffire  à  incriminer  l'authenticité  de  l'acte 
lui-même. 

IL 

Le  second  diplôme  dont  je  propose  de  rectifier  la  date  ne  nous 
est  précisément  parvenu  qu'en  copie.  C'est  la  ratification  par 
Charles-le-Ghauve  d'un  échange  de  terres  en  Parisis,  conclu  entre 
Hilduin,  archichapelain  du  palais,  abbé  de  Saint-Germain-des- 
Prés,  et  Einard,  abbé  des  Fossés,  au  nom  de  leurs  monastères 
respectife^  Ce  document,  jusqu'ici  inédit,  nous  a  été  conservé 
par  une  copie  fort  médiocre  du  xv''  siècle  dans  un  cartulaire  ;  une 
autre  copie,  dans  un  cartulaire  du  xvrif  siècle,  est  la  reproduction 
de  la  précédente.  Il  y  faut  joindre  une  analyse  du  xvif  siècle  où 
sont  rapportés  quelques  mots  de  la  teneur  et  la  date  entière.  Les 
variantes  qu'on  y  remarque  montrent  que  cette  analyse  a  été 
faite,  non  d'après  la  copie  du  xv"  siècle,  mais  d'après  un  autre 
texte,  sinon  directement  d'après  l'original. 

La  date  de  la  copie  du  cartulaire  est  ainsi  conçue  :  Data 
XV.  kl.  Janua.,  indictione  IIIL,  anno  XV  1°.  régnante 
Karolo...  La  date  rapportée  dans  l'analyse  donne  les  mêmes 
chiffres  pour  le  quantième  et  l'indiction,  mais  le  chiffre  IV  pour 
l'année  du  règne. 

Le  18  décembre  de  la  4^  année  de  Charles-le-Chauve  corres- 
pondrait à  843  et  à  l'indiction  6  ou  7  ;  le  18  décembre  de  la 
lô'^  année  correspondrait  à  855  et  à  l'indiction  4  (chiffre  donné 
par  les  deux  textes),  si  l'on  admet  l'emploi  de  l'une  des  indictions 
dont  le  terme  initial  est  en  septembre. 

1.  Vie  de  Bouchard  le  Vénérable,  ibid.,  et  p.  xxii. 

2.  Voy.  le  texte  de  ce  document  à  l'Appendice,  n°  2. 


1 


DE   CHARLES-LE-CHAtVE.  5^3 

Mais  aucune  de  ces  deux  dates  n'est  admissible.  En  effet, 
Hilduin  II,  l'une  des  parties  contractantes,  n'est  devenu  abbé  de 
Saint-Germain-des-Prés  et  archichapelain  qu'après  la  mort 
d'Ebroïn,  son  prédécesseur  dans  ces  deux  charges,  survenue  le 
18  avril  858 1.  D'autre  part,  la  première  mention  connue  du  suc- 
cesseur de  l'abbé  Einard  au  monastère  des  Fossés  se  rencontre 
dans  un  diplôme  du  23  avril  864 -.  On  est  donc  fondé  à  supposer 
une  erreur  de  lecture  des  chiffres  qui  expriment  dans  l'une  et 
l'autre  copie  l'année  du  règne  et  l'indiction,  et  à  dater  le  diplôme 
de  l'une  des  années  comprises  entre  858  et  863. 

Il  faut  observer  de  plus  que  le  texte  de  la  date  présente  dans 
la  copie  du  cartulaire  une  singularité  qui  provient  certainement 
aussi  d'une  faute  de  lecture  :  elle  est  dépourvue  de  l'indication 
du  lieu,  et  l'an  du  règne,  qui  en  est  le  dernier  terme,  est  énoncé 
ainsi  :  An7io  XVP.  régnante  Karolo  gloriosissiyno  rege 
atque  piissimo.  Piissimus  est  une  qualification  qui  n'est  point 
d'ordinaire  attribuée  à  Charles-le-Ghauve  et  qui,  du  reste,  à  cette 
place  est  tout  à  fait  insolite.  La  correction  se  présente  d'elle- 
même  à  l'esprit  :  la  date  de  lieu,  avec  sa  formule  habituelle,  devait 
suivre  la  date  de  temps;  atque  doit  donc  être  une  fausse  lec- 
ture à'Acium,  ei  piissimo  une  fausse  lecture  du  nom  de  lieu. 
Le  texte  rapporté  par  l'analyse  du  xvif  siècle  confirme  cette 
conjecture  :  les  mots  atque  piissimo  y  sont  remplacés  par  Actum 
Parisiaco  palatio.  Au  point  de  vue  paléographique,  la  faute 
piissimo  pour  Parisiaco  est  possible  ;  l'omission  du  mot  pala- 
tio, devenu  embarrassant  après  la  lecture  atque  piissimo,  n'a 
rien  que  de  vraisemblable,  et  l'on  pourrait,  semble-t-il,  admettre 
telle  quelle  la  correction.  Mais  on  doit  remarquer  :  1°  que  dans 
les  dates  des  diplômes  royaux  de  cette  époque  le  lieu  est  toujours 
exprimé  par  un  substantif,  à  l'ablatif,  au  locatif,  ou  à  l'accusatif 
précédé  de  la  préposition  apucl,  et  jamais  par  un  adjectif  ethnique 
s'accordant  avec  le  mot  palatio  ;  2°  que  Paris  semble  avoir  été 
alors  déchu  de  son  ancien  rang  de  résidence  royale  {palatium), 
et  que  dans  les  rares  documents  carolingiens  datés  de  Paris  (je 
n'en  connais  qu'un  seul  de  Charles-le-Ghauve)  cette  date  est  expri- 
mée par  les  mots  Parisius  civitate. 

Il  y  a  donc  lieu  de  croire  que  l'analyse  du  xvii^  siècle  ne  donne 

1.  Gall.  christ.,  t.  II,  col.  1136. 

2.  Pancarte  de  Charles- le-Chauve  (Orig.  Arch.  nat.,  K  13,  n°  12^;  J,  Tardif, 
Mon.  hisi.,  n"  193). 

4895  34 


5^4  DATES   DE   DEDX   DIPLOMES 

pas  pour  le  nom  de  lieu  une  leçon  beaucoup  meilleure  que  le  car- 
tulaire  du  xv°,  et  il  en  faut  chercher  une  autre.  Parmi  les  palais 
royaux  fréquentés  de  GharlesleChauve,  il  en  est  un  dont  la  dési- 
gnation dans  les  dates  répond  aux  données  du  problème,  c'est 
celui  de  Quierzy,  qui  y  est  toujours  indiqué  par  les  mots  Cari- 
siaco  palatio.  Le  G  majuscule  de  l'écriture  Caroline,  formé  de 
deux  courbes  superposées,  peut  assez  facilement  être  pris  pour 
un  P,  et  ainsi  s'expliquerait  l'erreur  commune  de  l'analyse  et  du 
cartulaire. 

Si  l'itinéraire  de  Gharles-le-Ghauve  était  assez  complet  pour 
qu'on  sût  dans  laquelle  des  années  de  858  à  863  il  a  séjourné  le 
18  décembre  au  palais  de  Quierzy,  le  problème  serait  complète- 
ment résolu,  mais,  dans  l'état  actuel,  on  ne  saurait  dire  autre 
chose  sinon  que  la  présence  du  roi  dans  cette  résidence  au  18  dé- 
cembre ne  paraît  impossible  dans  aucune  de  ces  six  années.  Force 
est  donc  de  se  contenter  d'une  approximation  et  de  dater  notre 
diplôme  du  J8  décembre  et  d'une  année  indéterminée  comprise 
entre  858  et  863.  Encore  ne  faut-il  pas  se  dissimuler  que  cette 
solution  présente  une  part  de  conjecture,  puisque,  en  l'absence 
de  l'original,  la  leçon  XVkl.jan.,  bien  que  fournie  par  les  deux 
copies,  pourrait  être  une  faute  commune,  comme  est  le  chiffre  de 
l'indiction,  et  que  la  correction  Carisiaco  ne  s'appuie  que  sur  la 
vraisemblance. 

A.  GiRY. 

APPENDIGE. 

1. 

868,  ^5  mars.  —  Senlis. 

Charles-le-Chauve^  sur  le  rapport  de  l'abbé  Gozlin^  a  protonotaire  » 
royal,  ratifie  un  échange  conclu  entre  l'abbé  de  Lagny  et  Ingel- 
bert,  abbé  des  Fossés,  par  lequel  ce  dernier,  avec  le  consentement 
de  ses  moines,  donne  à  l'abbaye  de  Lagny  des  biens  en  Mulcien,  à 
Chèvreville* ,  et  des  terres  en  Parisis,  aux  lieux  dits  Luciacum  et 
Tercicum.  (Fragment.) 

A.  Orig.  scellé,  Arch.  nat.,  K  H,  n"  2^.  Il  y  manque  toute  la 
partie  supérieure.  Largeur  0'"486;  hauteur  0™367.  Réglé  au  verso 
à  la  pointe.  La  date,  qui  a  subi  des  remaniements,  est  d'une  écri- 

1.  Oise,  arr.  de  Senlis,  cant.  de  Nanteuil-ie-Haudouin. 


I 


DE  CHARLES-LE-CHAUVE.  5<D 

ture  très  différente  de  celle  de  la  teneur.  —  B.  Copie  de  A.  Du- 
chesne,  Bibl.  nat.,  Coll.  Baluze,  t.  41,  fol.  129,  d'apr.  A. 
a.  J.  Tarait,  Monuments  historiques,  n»  150,  d'apr.  A,  à  l'année  846. 

Karolus  de  commdtationibds  quas  ixter  se  fecerunt  abbas  hujcs  loci 

ET  ABBAS  LaTL\IACENSIS  [à] . 

Il  ^  terra  ejusdem  Fossatensis  adherel  monasterii.  Econtra  vero  dédit 
prefatus  Ingelbertus,  Fossatensis  monasterii  abba,  ad  partem  mona- 
sterii Latiniaci,  unacum  consensu  fratrum  suorum,  in  pago  Meidico, 
in  loco  qui  vocalur  Gapreoli  villa  ||  ^  mansos  très  cum  omnibus  adja- 
centiis  eorum.  Simili  etiam  modo  dédit  in  pago  Parisiaco,  inter 
Luciacum  et  Tercicum,  campos  très  quibus  ex  duobus  frontibus  et 
ambobus  Jateribus  terra  supradicti  monasterii  iungitur.  Unde  et  duas 
commutationes  ||  ^  aequo  tenore  conscripserunt  et,  secundum  con- 
suetudinem,  suis  conscriptionibus  conflrmaverunt,  quas  Gozlinus 
abba  nosterque  protonotarius  et  in  cunctis  fidelissimus,  honorificen- 
tiae  nostrae  ad  relegendum  prensentaliter  ostendens,  amplissimam 
excellentiae  i|  ^  nostrae  magnitudinem  petiit  ut  eas  denuo  nostrae 
auctoritatis  scripto  confirmaremus.  Gujus  precibus  libenter  aurem 
accommodantes  (6),  hoc  altitudinis  nostrae  preceptum  super  easdem 
commutationes  fieri  jussimus  per  quod  precipimus  atque  firmamus 

Il  ^et  [c]  quicquid  pars  juste  et  rationabiliter  alteri  contulit  parti,  sicut 
in  jamdictis  commutationibus  plenius  continetur,  jure  firmissimo 
teneat  atque  possideat  et  faciat  inde  quicquid  elegerit.  Ut  autem  haec 
auctoritatis  nostrae  ||  ^  roboratio  firmior  habeatur  potioremque,  in 
Dei  nomine,  per  futura  tempora  firmitatis  valeat  obtinere  vigorem, 
anuli  nostri  inpressione  eara  subter  jussimus  sigillari. 

Otfredus  xotarius  ad  vicem  Gozlixi  recognovi  et  s.  [Ruche  ; 
trace  du  sceau  plaqué.) 

Data  id.  raart.,  indict.  [i.]  (c?),  anno  [xx]vi[ii.]  [e]  régnante  Karolo 

a.  Cote  ait,  dos  en  semi-onciales  du  XP  siècle. 

6.  La  fin  du  mot  est  récrite  sur  un  grattage;  il  semble  que  le  scribe  avait 
écrit  d'abord  accommodamus. 

c.  Sic,  corr.  ut. 

d.  Le  chiffre  VIII,  d'une  encre  beaucoup  plus  pâle  que  le  reste  de  la  date, 
a  été  récrit  sur  un  grattage,  comme  il  est  aisé  de  le  constater  en  regardant 
le  document  en  transparence.  Il  devait  y  avoir  :  «  Indict.  I.  » 

e.  Deux  chiffres,  qui  ne  peuvent  avoir  été  que  deux  XX,  ont  été  grattés 
soigneusement  devant  le  chiffre  VI,  après  lequel  un  autre  grattage  doit  avoir 
enlevé  deux  unités. 


g^6  DATES   DE   DEDX   DIPLOMES 

gloriosissimo  rege.  Actum  Silvanectis  civitate.  In  Dei  nomine  féli- 
citer. Amen. 

2. 

(858-863),  18  décembre.  —  Quierzy  (?). 

Gharles-le-Chauve  ratifie  un  échange  -par  lequel  Hilduin,  archicha- 
pelain  du  palais  et  abbé  de  Saint-Germain-des-Prés,  donne  à 
Vabbaije  des  Fossés  le  domaine  d'Ozouer  en  Parisis\  et  Einard, 
abbé  des  Fossés,  avec  le  consentement  de  ses  moines,  donne  à 
Saint-Germain-des-Prés  des  biens  dans  le  même  pagus,  in  arce 
qui  dicitur  Villa  Porcorum^. 

A.  Orig.  perdu.  —  B.  Copie  du  xv«  siècle,  Arch.  nat.,  LL  49 
(Gartulaire  du  XV^ siècle),  fol.  48.  —G.  C4opie  du  xvm^  siècle,  ibid., 
LL  50  (Copie  du  cartul.  en  papier),  fol.  55  v»,  d'apr.  B.  —  D.  Ana- 
lyse et  extraits  du  xvii«  siècle,  Bibl.  nat.,  ms.  fr.  23328  (Extraict 
des  chartes  de  l'abbaye  de  Sainct-Maw-des- Fossés),  fol.  310  v°. 

PftKCEPTUM    KaROLI    REGIS    DE   OrATORIO  (a). 

In  nomine  sancle  et  individue  Trinitatis.  Karolus  gratia  Dei  rex. 
Si  enim  ea  que  fidelis  [b)  regni  nostri  inter  se  commutaverint  pro 
eorum  opporlunitalibus  ac  commodilalibus,  nostris  confirraaraus 
ediclis,  régie  celsitudinis  more  cousue veri mus  (c)  ac  per  hoc  jure 
fîrmissimo  inviolabililer  mansurum  esse  volumus.  Quapropler  nove- 
rit  omnium  sancte  Dei  ecclesie  fidelium  noslrorumque  tara  presen- 
tium  quam  fulurorum  industria  quia  venerabilis  Hilduinus,  sacri 
palatii  nostri  archicapellanus  et  monasterii  sancti  ac  beatissimi  con- 
fessoris  Ghrisli  Germani,  quod  est  constructum  extra  muros  urbis 
Parisiace(rf),  adiensserenitatem  nostram  humiliter  celsitudini  nostre 
innotuit  qualiter  cum  quodam  reverendo  viro,  Henardo  nomine,  atque 
abbate  Fossatensi  (e)  cenobii,  quod  est  constructum  in  honore  sancti 
Pétri  apostolorum  principis,  quasdam  res  pro  congrua  sibi  oppor- 
tunitate  commutassent.  Dédit  itaquc  prefatus  abbas,  videlicet  Hildui- 

a.  Titre  du  cartul.  B. 

b.  Corr.  fidèles. 

c.  Corr.  moreni  coasuescimus. 

d.  Suppl.  abbas. 

e.  Corr.  Fossatensis. 

1.  Ozouer-la-Ferrière,  Seiae-et- Marne,  arr.  de  Melun,  caat.  de  Tournan. 

2.  Peut-être  Porcheville,  Seiae-et-Oise,  arr.  de  Manies,  cant.  de  Limay. 


J 


DE   CHÂRLES-LE-CHAUVE.  5^7 

nus,  parti  bus  monasterii  Sancti  Pétri  Fossatensis  atque  memorati 
Heinardi  abbatis  seu  fratrum  ejusdem  cenobii  quasdatn  res  Sancti 
Germani,  sitas  in  eodem  pago  Parisiensi,  villa  Fossatensis (o)  que  nun- 
cupatur  Oratorium,  aspicientes  ad  villara  que  vocatur,  hoc  est  inter 
cultam  seu  incultana  terram  ad  Praticum  (6),  bunuaria  octo  et  dimi- 
dium  ;  et  e  contra  in  recompensatione  hujus  meriti  dédit  pretaxata  [c] 
Heinardus  abbas,  ex  rébus  ecclesie  Fossatensis,  una  cum  consensu  et 
volunlate  omnium  monachorum  ibidem  obsequiis  famulentium  (c?) , 
in  prescripto  pago,  in  arce  qui  dicitur  Villa  Porcorum,  partibus  sancti 
Germani  atque  Hilduini  abbatis  de  terra  arabili  bunuaria  decem  et 
dimidium  ;  unde  et  quas  (e)  commutationes  inter  se  factas  parique 
tenore  conscriptas  ab  (/*)  bonorum  hominum  manibus  roboratas  nobis 
ostenderunt  ad  relegendum,  sed  pro  intégra  inflrmitate  petierunt  cel- 
situdinem  nostram  ut  easdem  auctoritatis  nostre  precepto  conflrmare 
dignaremur.  Quorum  petitionibus,  quam  [g]  satis  racionabiles  (A),  hoc 
magnitudinis  ac  celsitudinis  nostre  preceptum  fieri  jussimus  per  quod 
precipimus  atque  firmamus  ut  quicquit,(e)  opportunilatisaccommodi- 
tatis  libitu  (j),  jure  firmissimo  teneat  atque  possideat.  Ut  autem  hec 
nostre  preceptionis  atque  confirraationis  actus  [k]  majorera,  in  Dei  no- 
mine,  per  super  memorata  tempora  obtineat  vigorem,  anuli  nostri 
impressione  subter  eam  assignari  jussimus.  Gislebertus  [l]  nota- 
rius  ad  vicem  Hludowici  recognovit. 

Data  XV.  kl.  janua.,  indictione  un.,  anno  xvi".  (m)  régnante  Karolo 
gloriosissimo  rege.  Actum  Parisiaco  palatio  [n) .  In  Dei  nomine.  Amen. 

a.  Villam  Fossatensem  (?) 

b.  Le  texte  est  ici  altéré;  peut-être  suffirait-il  d'une  interversion  pour  le 
rétablir  :  aspicientem  ad  villam  que  vocatur  ad  Praticum,  hoc  est,  inler  cultam 
seu  incultam  terram,  bunuaria  octo,  etc. 

c.  Corr.  pretaxatus. 

d.  Corr.  famulantium. 

e.  Corr.  duas. 

f.  Corr.  ac. 

g.  Corr.  que. 

h.  Add.  nobis  vise  sunt,  assensum  prebentes. 

i.  Add.  pro  eorum. 

j.  Add.  pars  juste  et  rationabiliter  alteri  contulit  parti. 

k.  Corr.  aucloritas. 

l.  Gelbertus,  B  C. 

m.  anno  IV.,  D. 

n.  atque  piissimo,  B  C.  Corr.  Carisiaco(?) 


LA  DATE  DE  LA  NAISSANCE 


DE 


JEAN  D'ORLÉANS   COMTE  D'ANGOULEME 


Issu  de  l'illustre  et  malheureux  Louis  de  France,  duc  d'Or- 
léans ',  et  de  Valentine  Visconti,  Jean  d'Orléans,  comte  d'Angou- 
lême,  était  le  petit-fils  de  Charles  V,  et  il  fut  l'aïeul  de  Fran- 
çois I".  C'était  le  frère  de  ce  duc-poète  à  la  grâce  délicate  et  un 
peu  mièvre,  Charles  d'Orléans. 

Deux  biographies  du  prince  parurent  en  1588  et  en  1589. 
L'une  d'elles,  très  brève  et  très  vague,  est  de  Papire  Masson^. 
L'auteur  de  la  seconde,  en  apparence  plus  sérieuse,  J.  du 
Port,  sieur  des  Rosiers^,  fait  naître  le  comte ^  le  26  juin  1404, 

1.  Voir  le  livre  très  documenté  de  M.  E.  Jarry  :  la  Vie  polUique  de  Louis 
de  France,  duc  d'Orléans,  1372-1407.  Paris,  Picard,  et  Orléans,  Ilerluison, 
1889,  in-8°,  xx-486  pages. 

2.  Vita  inclyti  principis  D.  Joannis  Engolismx...  Papirii  Massonis  stylo 
et  opéra.  Parisiis,  1588,  petit  in-12.  —  La  môme,  «  mise  de  latin  en  français.  ». 
Paris,  1613,  pclil  ia-8°. 

3.  La  Vie  de  Ires  illustre  et  vertueux  prince  Jean,  comte  d' Angoulesme, 
aïeul  du  grand  roij  François...  Dédié  à  monseigneur  le  duc  d'Espernon  par 
Jean  du  Port,  sieur  des  Rosiers,  conseiller  du  roy  en  la  seneschaucée  el  siège 
presidial  d'Angoulmois.  A  Angoulesme,  par  Olivier  de  Minières,  1589,  [vi-] 
151  pages,  petit  in-4°,  avec  tableau  généalogique.  Nouvelle  édit.  Angouléme, 
1602.  —  Réédition  aux  frais  de  la  Société  archéologique  et  historique  de  la 
Charente,  par  J.-F.-Eusèbe  Castaigne,  bibliothécaire  de  la  ville  d'Angouléme, 
in-8%  xxxii-111  pages,  avec  2  planches  et  un  tableau  généalogique.  Tirage  à 
part.  —  C'est  à  cette  réédition  que  nous  renvoyons.  —  La  dédicace  est  datée 
du  21  décembre  1588. 

4.  Jean  d'Orléans  ne  prit  le  titre  de  comte  d'Angouléme  que  lorsque  Charles 
son  frère  le  lui  céda,  après  l'assassinat  de  Louis  de  France,  le  23  novembre  1407. 
Charles  l'échangea  alors  contre  celui  de  duc  d'Orléans,  sous  lequel  il  est  connu 
dans  l'kistoire  (Arch.  nat.,  K  55,  n"  27»,  27-  et  28;  K  56,  n"  18  [vidimus]).  — 


DATE   DE    LA    NAISSANCE   DE   JEAN    d'oRLe'aNS   COMTE    d'ANGOULÈME.     549 

à  Orléans  1.  La  fortune  de  cette  date,  donnée  cependant  sans 
preuvesS  a  été  singulière  :  pendant  trois  siècles,  les  historiens, 
sans  songer  à  en  faire  la  critique,  l'ont  communément  adoptée^ 
La  valeur  générale  de  l'œuvre  de  du  Port  justifiait-elle  donc 
tant  de  confiance  ?  Il  est  permis  d'en  douter,  rien  qu'à  voir  la 
dédicace  et  la  fin  du  volume.  Nous  y  trouvons  que  le  livre  a  été 

Bibl.  nat.,  Pièces  on£/?noZe5,  2155,  5  (251),  355.  —  Monstrelet  (Enguerrand  de), 
Chroniques...,  publ.  par  Douët  d'Arcq  pour  la  Société  de  l'histoire  de  France. 
Paris,  1856-62,  6  vol.  in-S",  t.  I,  p.  394  et  167.  —  Vallet  de  Viriville,  Geste 
des  nobles,  dans  le  vol.  de  la  Chronique  de  la  Pucelle,  ou  Chronique  de  Cou- 
sinot.  Paris,  Delahays,  1859,  in-16  (Bibl.  gauloise),  p.  118.  —  C'est  donc  pour 
plus  de  commodité  seulement  que  nous  appellerons,  avant  1407,  Jean  d'Orléans 
comte  d'Angouléme. 

1.  Édit.  Castaigne,  citée,  p.  4  :  «  Jean  d'Orléans  et  de  Valois,  duquel  nous 
proposons  d'escrire  la  vie,  nasquit,  régnant  Charles  VI,  le  xxvi  juin  1404,  en 
la  ville  d'Orléans.  »  —  Pap.  Masson  faisait  lui  aussi  naître  Jean  en  1404,  puis- 
qu'il lui  donnait  neuf  ans  accomplis  en  1413,  quand  les  Anglais  l'emmenèrent 
prisonnier  dans  leur  île  :  «  Abductusque  in  insulam  iliam  [Britanniam] 
anno  1413,  cum  nonuvi  xtatis  sux  vix  impîevisset,  »  p.  6-7.  Édit.  de  1588, 
citée.  —  Avant  du  Port,  la  date  de  1404  avait  été  assignée  à  la  naissance  de 
Jean  :  1°  par  Corlieu  (voy.  note  4,  iiifra,  p.  52^),  p.  132,  qui  écrivait  en  1566-76; 
2»  par  Pap.  Masson  {De  episcopis  tirbis,  1586,  p.  344  r",  cf.  infra,  et  dans  sa 
vie  du  comte  de  1588).  Du  Port  le  premier  parla  du  26  juin. 

2.  J.  du  Port  indique  généralement  ses  preuves  dans  la  marge  de  son  texte. 
Or  il  ne  nous  renseigne  pas  sur  le  document  qui  lui  aurait  fourni  la  date  en 
question. 

3.  Le  Père  Louys  Beurrier  (Ms^oire  du  monastère...  des...  Célestins  de  Paris 
contenant  ses  antiquités...,  avec  le  testament  de  Louys,  duc  d'Orléans.  Paris, 
1634,  in-4%  [xxn-]428  pages,  portr.),  p.  339.  —  François  Vigier  de  la  Pile 
{Histoire  de  l'Angoumois...  publ.  avec  des  documents  inédits...  par  Michon. 
Paris,  1846,  in-4''),  p.  xliij.  —  Sénemaud  {Bulletin  de  la  Soc.  archéologique  et 
historique  de  la  Charente,  1859),  p.  227.  —  P.  de  Lacroix  [le  Château  de 
Bouieville,  bull.  cité,  1875),  p.  126.  —  Vallet  de  Viriville  {Bibl.  de  l'École 
des  chartes,  2^  série,  III),  p.  137,  n.  3,  etc.  —  Enfin,  plus  récemment,  en  1889, 
M.  de  Maulde  La  Clavière  {Histoire  de  Louis  XII,  1"  partie,  t.  I.  Paris,  Leroux, 
1889,  in-S"),  p.  34,  n.  1. 

Dès  l'année  précédente,  1888,  la  réaction  contre  le  témoignage  de  J.  du  Port 
avait  commencé  (cf.  École  nationale  des  chartes.  Positions  des  thèses  soute- 
nues par  les  élèves  de  la  promotion  de  1888.  Épinal,  1888,  in-8%  144  p.;  Jean 
d'Orléans,  comte  d'Angouléme,  chap.  I,  p.  33;  M.  du  Fresne  de  Beaucourt, 
Uist.  de  Charles  VII.  Paris,  1881  et  suiv.,  t.  IV  [1888],  p.  18,  n.  6).  —  Notre 
confrère  M.  E.  Jarry  est  arrivé  sur  ce  point  et  la  même  année  à  des  conclu- 
sions en  partie  analogues  à  celles  que  nous  présentons  ici  (cf.  infra).  Nous 
devons  à  son  aimable  obligeance  la  communication  de  plusieurs  documents,  d'un 
intérêt  capital  pour  la  présente  étude,  émanés  de  sa  collection  particulière. 
Nous  lui  en  exprimons  notre  bien  vive  gratitude. 


520  LA    DATE    DE   LA    NAISSANCE 

composé  «  pour  exciter  un  chacun  à  conformer  sa  vie  et  mœurs 
à  l'exemple  de  ce  vertueux  prince'  ;  »  c'est  aussi  afin  de  sauver 
Henri  III.  Dans  la  détresse  de  la  France,  «  Sa  Majesté  avoit  faict 
en  personne  divers  voyages  et  pèlerinages  pour  invoquer  les 
saints  qui  sont  vénérés  en  diverses  églises  du  Royaume,  qui  sem- 
blojent  avoir  faict  la  sourde  oreille...  »  «  Il  ne  restoit  plus  qu'à 
avoir  recours  au  sainct  tutélaire  de  la  maison  d'Angoulesme-^,  » 
le  comte  Jean.  Enfin,  ce  qui  décida  vraiment  du  Port  à  retracer 
les  hauts  faits  de  son  héros,  ce  fut  la  lecture  de  l'enquête  de  cano- 
nisation du  prince 3,  faite  de  1518  à  1519^.  L'ouvrage  du  sieur 
des  Rosiers  est  donc  une  hagiographie. 

La  quaUté  des  sources  où  a  puisé  l'auteur  ne  nous  autorise  pas 
à  accorder  beaucoup  plus  d'estime  à  sou  livre.  Il  a  recours 
presque  exclusivement^  à  des  sources  narratives*'  ou  à  des  livres 

1.  Éd.  Caslaigne,  p.  100. 

2.  Ibid.,  p.  xiii. 

3.  Ibid.,  p.  XVI,  XVII,  XXVI,  xxvii.  J.  du  Port  eut  connaissance  de  celte 
enqu(He  par  l'évoque  d'Angoulême,  Charles  de  Bony  (ibid.,  p.  xxvi:  cf.  Pouillé 
historique  du  diocèse  d'Angoulême,  par  M.  l'abbé  J.  Nanglard...,  1894.  Angou- 
léme,  in-8°,  vii-633  pages,  t.  I,  p.  61-62). 

4.  J.  du  Port,  éd.  Castaigne,  citée,  p.  xvii  :  «  l'Inquisition  qui  fut  faicte  par 
defunct  Anthoine  d'Estaing,  evesque  d'Angoulesme,  en  l'année  1518.  »  — 
Cf.  Missive  d'Anthoine  d'Estaing...  à...  Madame  la  duchesse  d'Angoulmoys..., 
mère  du  roy,  ibid.,  p.  xx.  a  ...  il  y  a  environ  52  ans  que  ledict  seigneur  [Jean, 
comte  d'Angoulême]  est  trespassé...,  »  écrit  l'évêque  à  Louise  de  Savoie  en 
l'informant  qu'il  vient  d'achever  l'enquête  de  canonisation.  Comme  Jean  d'An- 
goulême mourut  le  30  avril  1467  (voy.  Journal  de  son  enterrement,  éJit.  Sene- 
maud.  Paris,  Aubry,  1863,  in-S",  xiij-25  p.),  cinquante-deux  ans  plus  tard  nous 
reporte  au  temps  écoulé  du  l"  mai  1518  au  30  avril  1519.  Cent  vingl-huit 
témoins  furent  entendus  pour  cette  «  Inquisition  »  (cdit.  Castaigne,  p.  xxi,  etc.). 

5.  J.  du  Port  a  connu  en  effet  :  1"  le  testament  du  comte  que  lui  avait  com- 
muniqué Charles  de  Bony,  il  l'a  publié  in  extenso  (p.  82-91);  2°  une  confirma- 
tion de  ce  testament  par  la  comtesse  (p.  91);  3°  le  cartel  des  princes  d'Or- 
léans au  duc  de  Bourgogne,  dont  le  texte  est  fort  altéré  (cf.  p.  18-19  et  note); 
4'  une  lettre  du  comte  ;\  l'abbé  de  la  Couronne  (p.  61-62);  5°  une  épître  dédicatoire 
d'Odo  de  Fouillaco,  précepteur  du  comte,  à  son  élève  (p.  63).  —  De  ces  cinq 
documents,  les  trois  premiers  seuls  sont  datés  du  jour  et  de  l'année;  le  qua- 
trième du  jour  seulement,  et  le  cinquième  a  été  mal  daté  par  du  Port.  —  Quant 
à  l'enquête  de  canonisation,  du  Port  n'a  pu  y  trouver  une  bien  grande  préci- 
sion chronologique  (cf.  p.  63  et  suiv.).  —  Il  cite  la  session  39  du  concile  de 
Bâle  :  il  a  consulté  en  effet  le  Secundus  toimis  concilior.  gênerai.  (Paris,  in-fol., 
1524,  foi.  ccxx  v">  et  ccxxj  r°). 

6.  Les  chroniques  auxquelles  recourt  J.  du  Port  sont  au  nombre  de  deux 
seulement  :  1°  Monstrelet  (p.  10,  14,  16,  21  de  l'édit.  de  Castaigne);  2°  le  pré- 


DE   JEAN   d'oRLÉANS   COMTE   d'aNGOULÊME.  92-I 

de  seconde  main  ^  et  n'a  pas  pu  contrôler  ni  rectifier  leurs  dates 
à  l'aide  de  documents  d'archives.  Il  n'y  a  donc  pas  lieu  d'être 

tendu  Alain  Chartier  (p.  14,  20,  21,  37,  46,  47,  51,  52,  53,  54).  Les  renvois 
de  J.  du  Port  à  ces  deux  sources  sont  exacts  :  nous  les  avons  vérifiés.  Il  s'est 
sans  doute  servi  :  1°  du  Volume  premier  des  chroniques  d'Enguerran  de 
Monstrelet,  gentilhomme  jadis  demeurant  à  Cambray  en  Cambresis...  Paris, 
1572,  in-fol.;  cf.  le  texte  de  du  Port,  p.  10,  21,  etc.,  au  texte  de  Monstrelet, 
fol.  8  r" et  14  r",  fol.  147r''et  v%etc.;  2°  des  Cronicques  du  feu  roij  Charles  VIP..., 
par  feu  maître  Alain  Chartier...  Paris,  1528,  in-4°;  cf.  le  texte  de  du  Port, 
p.  14,  20,  21,  etc.,  au  texte  de  Chartier,  fol.  vr"  et  v°,  fol.  ix  r'  et  v,  etc.  — 
Rappelons  que  la  chronique  attribuée  à  Chartier  par  J.  du  Port  et  ses  contem- 
porains est  en  réalité  de  Gilles  de  Bouvier,  dit  Berry.  (Voy.  M.  J.  du  Fresne  de 
Beaucourt,  Hist.  de  Charles  VII,  t.  I,  p.  liv  et  Iv.) 

1.  Parmi  toutes  les  compilations,  il  n'en  est  pas  que  Jean  du  Port  mette 
davantage  à  contribution  que  celle  qu'il  nomme  les  Annales  de  France  (p.  12, 
13,  15,  16,  17,  20,  21,  26,  27,  29,  33,  34,  35,  39,  42,  46,  47,  52,  53,  56,  58,  59, 
60,  98),  ou  simplement  l'Histoire  de  France  (p.  48).  Il  s'en  sert  même  sans  les 
nommer  (p.  16;  cf.  p.  1032  de  Belleforest).  Il  a  eu  sous  la  main  les  Grandes 
Annales  et  histoire  générale  de  France  dès  le  règne  de  Philippe  de  Valois 
jusques  à  Henri  TU,  à  présent  heureusement  régnant...,  par  François  de  Belle- 
forest..., t.  II.  Paris,  1579,  in-fol.  Les  renvois  de  J.  du  Port  (p.  12,  13,  15,  21,  etc.) 
correspondent  en  effet  aux  pages  1022,  1016,  1032,  1039,  etc.,  de  Belleforest. 
—  J.  du  Port  a  puisé  aussi  (p.  34,  37,  56)  dans  les  Amiales  de  Bourgongne,  par 
Guillaume  Paradin,  de  Cuyseaulx.  Lyon,  1566,  in-fol.,  xi-995  pages  (cf.  p.  768 
et  suiv.,  791  et  suiv.,  etc.,  de  ces  annales);  —  dans  les  Annales  d' Aquitaine, 
par  Jehan  Bouchet.  Poitiers,  1557,  in-fol.  (cf.  du  Port,  p.  47,  52,  et  Bouchet, 
fol.  134  V,  etc.);  —  dans  les  Annales  de  Bretagne  (p.  1,  14,  21),  qui  sont  les 
Grandes  Annales  ou  cronicque...  de  nostre  petite  Bretaigne...  commançantz 
au  roy  Brutus...  jusques  aux  ans  de  présent  et  du...  roy  Françoys  premier 
de  ce  nom...  (édit.  de  1541.  Bibl.  nat..  Réserve,  Lk^  445),  par  Alain  Bouchard. 
Les  trois  références  de  du  Port  se  retrouvent  dans  ce  volume,  fol.  cxxv  r°, 
col.  1  et  2  ;  fol.  cl  v  et  fol.  clj  r»  ;  —  dans  Polydore  Virgile  (p.  21,  26,  29)  :  Poly- 
dori  Vergilii  Urbinatis  anglix  historix  libri  XXVIl.  Basileae,  1556  (cf.  p.  438, 
lignes  10-30,  p.  444,  454);  —  enfin,  dans  ce  qu'il  appelle  les  Chroniques  anglaises 
de  Georges  du  Liz.  C'est  le  Chronicon  sive  brevis  enumeratio  regum  et  prin- 
cipum  in  quos  variante  fortuna  Britanniee  imperium  diversis  temporibus  trans- 
latum  est,  Georgio  Lilio  Britanio  auctore.  Francoforti,  1565,  in-4'',  [iii-J82  p. 
(Bibl.  nat.,  Na8.  Réserve).  Le  texte  de  du  Port  (p.  21  et  26)  correspond  au  texte 
du  Chronicon  (fol.  53  v°  et  54  v). 

On  sait  que  ces  compilations  générales  ou  provinciales  sont  faites  sans 
critique.  Dom  Morice,  dans  son  Histoire  ecclésiastique  et  civile  de  Bretagne, 
t.  I,  p.  vu  (Paris,  1740,  in-fol.),  apprécie  ainsi  l'ouvrage  d'Alain  Bouchard  : 
«  Le  titre  de  cet  ouvrage  fait  assez  sentir  que  l'auteur  a  admis  les  fables 
qui  avoient  cours  de  son  tems.  »  Dom  Lobineau  {Hist.  de  Bretagne.  Paris, 
1707,  in-fol.,  Préface,  I)  est  plus  dur  encore  :  «  Pour  ce  qui  est  des  faits,  il 
[Alain  Bouchard]  passe  assez  légèrement  sur  les  véritables  et  s'arreste  beau- 
coup aux  faux.  »  D'autre  part,  Tiraboschi  {Storia  délia  letieratura  italiana. 


522  LA    DATE   DE   LA   NAISSANCE 

surpris  de  ses  nombreuses  fautes  chronologiques  •  :  il  fait  venir 
au  monde  après  1404^  Philippe,  comte  de  Vertus,  né  cependant 
dès  1396  3,  et  il  prétend  *  que  Jean  d' Angoulême,  livré  aux  Anglais 
en  1412^,  ne  leur  fut  abandonné  qu'en  1413. 

Avant  de  se  servir  de  du  Port,  il  était  prudent,  on  le  voit,  sur- 
tout quand  il  s'agit  d'une  date,  de  vérifier  avec  grand  soin  son 
témoignage.  Aussi  bien  nous  paraît-il  indispensable  de  rechercher 

Modène,  1772-8-2,  13  vol.  in^")  écrit  (t.  Vil,  p.  1027),  au  sujet  de  l'histoire  de 
Poljdore  Virgile  :  «  J'accorderai  aux  écrivains  anglais  que  cette  histoire  est 
superficielle  et  remplie  d'erreurs.  »  —  Il  suit  de  là  que  J.  du  Port  n'était  pas 
très  difficile  sur  la  valeur  des  livres  dont  il  se  servait. 

Ajoutons  que  J.  du  Port  a  consulté  une  troisième  série  d'ouvrages  :  1°  VHistoire 
singulière  du  roy  Louis  XII...,  par  mess.  Claude  de  Seissel  (édit.  de  1558, 
petit  in-8°.  Paris,  G.  Corrozel).  J.  du  Port  (p.  45)  se  sert  d'un  passage  de  Seys- 
sel  (édit.  citée,  fol.  39  r"  et  v°)  ;  —  2°  ce  qu'il  appelle  (p.  38)  «  Masson,  en  la 
vie  d'Eugène  IV,  >  c'esl-à-dire  :  Papirii  Massonis  libri  sex  de  Episcopis  Urbis... 
Parisius,  1586,  in-i",  ]ir421  fol.;  la  citation  de  du  Port  se  retrouve  au  fol.  344  r" 
de  Masson  ;  —  3°  le  Recueil  en  forme  d'histoire  de  ce  qui  se  trouve  par  escrit 
de  la  ville  et  des  comtes  d'Engolesme...,  par  François  de  Corlieu...  Engolesme, 
Jean  de  Minières,  1566  [sic]  [1576].  J.  du  Port  y  renvoie,  p.  21,  42,  45;  cf.  Cor- 
lieu,  p.  132,  133,  136. 

1.  J.  du  Port  fait  mourir  Philippe,  duc  de  Bourgogne  (p.  12),  en  1405  ;  il  mourut 
le  27  avril  1404  (voy.  E.  Jarry,  op.  cit.,  p.  307).  —  P.  42,  il  place  en  1447  la  vente 
du  Périgord  à  Jean  de  Bretagne,  comte  de  Penlhièvre,  tandis  que  cette  vente 
eut  lieu  le  4  mars  1438  (n.  st.)  (cf.  Brilish  Muséum,  Addit.  chart.,  3818,  4407, 
4413,  4414;  Dessalles,  Histoire  du  Périgord.  Périgueux,  1885,  3  vol.  in-8°,  t.  III, 
p.  35,  428-429,  etc.).  —  P.  52-53,  il  place  le  siège  de  Bordeaux  en  1454  (du 
1"  août  au  7  octobre);  ce  siège  eut  lieu  en  1453,  du  13  août  au  19  octobre 
(voy.  G.  du  Fresne  de  Beaucourt,  Hist.  de  Charles  VII,  citée,  t.  V  [1890J, 
p.  278-285).  —  P.  53,  il  affirme  que  le  duc  d'Alençon  fut  condamné  en  1459  : 
or,  la  condamnation  fut  prononcée  le  8  octobre  1458  (//nd.,  t.  VI  [1891],  p.  193- 
197).  —  P.  56,  il  prétend  que  le  sacre  de  Louis  XI  eut  lieu  en  1462;  ce  sacre 
eut  lieu  cependant  le  samedi  15  août  1461  (cf.  Joseph  Vaësen,  Lettres  de 
Louis  XI,  publ.  pour  la  Société  de  l'histoire  de  France,  t.  Il  [1885],  p.  1-2).  — 
P.  60,  il  fait  décéder  Charles  d'Orléans  en  1463,  bien  que  la  véritable  date  de 
la  mort  de  Charles  soit  1465,  nuit  du  4  au  5  janvier  (M.  dcMaulde  La  Clavière, 
Hist.  de  Louis  XII,  t.  I,  p.  120.  Paris,  Leroux,  1889). 

2.  Page  4.  Voy.  la  note  de  Castaigne. 

3.  Cf.  E.  Jarry,  op.  cit.,  p.  169,  n.  1.  «  Philippe  naquit  dans  les  dix  derniers 
jours  du  mois  de  juillet  »  1396. 

4.  Page  21. 

5.  Jean  d'Angouléme  fut  livré  aux  Anglais  par  le  traité  de  Buzançais,  du 
14  novembre  1412,  dont  nous  avons  l'original  aux  Archives  nationales,  K  57, 
a'  28  (cf.  K  59,  n»  4,  fol.  1  r--3  V;  J  919,  26,  fol.  8  r°-10  v»).  —  Bibl.  nat., 
iWouv.  acq.  fr.,  3641,  Coll.  Bastard,  661  et  663.  —  British  Muséum,  Addit. 
Charl.,  244,  245,  246.  Cf.  Laborde,  Ducs  de  Bourgogne,  6222. 


DE    JEAN    d'0RLE'a?(S   COMTE   d'aNGOULÊME.  523 

s'il  concorde  avec  les  renseignements  certains  que  nous  possédons 
d'autre  part. 

Or,  du  Port  est  justement,  quand  il  affirme  que  Jean  d'Angou- 
lême  naquit  en  1404,  en  contradiction  formelle  avec  le  testament 
de  Louis  de  France*.  Le  duc  y  parle  de  Jean,  son  fils,  en  des 
termes  qui  démontrent  que  celui-ci  était  vivant  à  la  date  du  tes- 
tament, soit  le  19  octobre  1403  : 

«  Item,  des  biens  temporels  de  ce  mortel  monde  que  mon 
«  benoist  créateur  m'a  prestez,  je  ordonne  le  partage  de  mesdits 
«  enfants  Charles,  Phelippe  et  Jehan,  par  forme  et  manière  que 
«  ensuit  : 

«  C'est  à  scavoir  audit  Charles,  mon  aisné  fils,  la  duché  d'Or- 
«  léans... 

«  Item,  je  vueil  et  ordonne  que  Phelippe,  mon  second  fils,  ait 
«  la  comté  de  Vertus... 

«  Iteyn,  je  vueil  et  ordonne  que  Jehan,  mon  tiers  fils,  ait  les 
«  comtez  d'Angoulesme  et  de  Pierregort...  » 

On  pourrait  objecter  que  Louis  de  France  eut  d'autres  fils  du 
nom  de  Jean  et  qu'il  est  fait  ici  allusion  à  l'un  d'eux. 

On  connaît,  en  effet,  au  duc,  trois  enfants  qui  portèrent  ce 
nom^.  Le  premier  était  mort  le  19  octobre  1393^,  au  plus  tard. 
Il  était,  du  reste,  l'aîné  de  Charles^,  non  son  puîné,  comme  le 


1.  Ce  testament  est  au  British  Museura,  Addit.  Chart.,  30758.  Le  texte  que 
nous  citons  est  aux  fol.  129  v°-130  r.  — 11  a  été  publié  par  Beurrier  (voy.  note  3, 
p.  519),  p.  292-335,  et  par  Godefroy,  Eist.  de  Charles  VI,  p.  631. 

2.  Cf.  Jarry,  op.  cit.,  p.  231.  M.  Jarry  ne  compte  pas  le  bâtard. 

3.  «  Loys,  fils  de  roy  de  France,  duc  d'Orléans...  Nous,...  considérans  les 
bons  services  que  damoiselie  Jehanne  de  Cherances,  nagaires  nourrice  de  feu 
Jehan  nostre  1res  cher  filz,  dont  Dieux  ait  l'âme,  a  faiz  à  nostredit  filz, 
depuis  sa  naissance  jusques  à  son  trespas...  »  Paris,  19  octobre  1393.  (Bibl. 
nat.,  Quittances,  Charles  VI,  fr.  26026,  pièce  1912.)  —  Ibid.,  Pièces  originales, 
2152,  Orléans,  2,  pièce  161,  troisième  paragraphe  avant  la  fin  de  l'acte  :  «  A  Pri- 
meur de  Bezoux,  pannelier  de  Mad.  la  duchesse  d'Orléans,  50  fr.,  lesquelz 
mondit  seigneur  [Loys  d'Orléans]  lui  avoit  donnés  de  sa  grâce  especial,  pour 
cause  des  premières  nouvelles  par  lui  apportées  à  ycellui  sgr  de  la  nativité  de 
feu  Jehan  mgr  son  filz,  si  comme  il  appert  par  quittance  dud.  Primeur,  donnée 
le  17°  d'octobre  ensuivant  oudit  an  [1393].  » 

4.  Né  à  l'hôtel  Saint-Paul,  le  24  novembre  1394  (cf.  Jarry,  op.  cit.,  p.  129- 
130  et  p.  75)  et  non  le  26  mai  1391,  comme  on  l'a  cru  longtemps.  Dans  les 
lettres  d'émancipation  qui  lui  sont  délivrées  par  le  roi,  le  10  décembre  1408, 
Charles  d'Orléans  est  dit  «  aagié  de  xiv  ans  »  (Bibl.  nat.,  fr.  20380,  n°  21).  Ce 
nouveau  texte  confirme  donc  la  rectification  de  M.  Jarry. 


524  LA   DATE   DE   LA   .\AISSANCE 

voudrait  le  testament.  Pour  cette  double  raison,  il  n'est  pas  ici 
question  de  lui.  Le  second  est  le  célèbre  bâtard  d'Orléans.  Ce 
n'est  pas  la  date  de  sa  naissance  qui  nous  permet  de  l'écarter  ; 
cette  date,  nous  l'ignorons'.  C'est  son  nom  même.  Le  duc  son 
père,  en  parlant  de  lui,  aurait  dit,  dans  le  langage  du  temps, 
Jehan  le  bastard,  et  non  pas  «  Jehan,  »  tout  court.  Les  enfants 
illégitimes  avaient  beau  être  tolérés  par  la  mode-,  le  bâtard  d'Or- 
léans, en  particulier,  eut  beau  être  accueilli  dans  sa  famille  pater- 
nelle et  traité  comme  un  fils  par  Valentine^,  l'usage  n'était  pas 
moins  constant  :  ils  avaient,  dans  leur  nom,  comme  dans  leur 
écu  que  rayait  une  barre,  un  signe  certain  qui  rappelait  toujours 
la  qualité  de  leur  origine. 

Des  trois  fils  de  Louis  de  France  qui  reçurent  le  nom  de  Jean, 
les  deux  premiers  étant  exclus,  reste  le  troisième,  l'aïeul  de  Fran- 
çois P^  Il  était  le  puîné  de  Charles  et  de  Philippe  ^,  comme  l'exige 
notre  texte.  Il  reçut  les  comtés  d'Angoulême  et  de  Périgord  que 
lui  assigne  le  duc.  A  moins  de  supposer,  ce  que  les  chroniques  ni 
les  documents  ne  disent  nulle  part,  l'existence  d'un  quatrième  fils 
du  nom  de  Jean  qui  serait  mort  avant  le  24  juin  1404,  force  est 
bien  de  croire  que  la  clause  testamentaire  citée  plus  haut  se  réfère 
au  comte  d'Angoulême.  Et,  comme  nous  devons  préférer  au  texte 
suspect  de  J.  du  Port  le  testament  dont  l'exactitude  et  l'authen- 
ticité ne  sont  pas  douteuses,  il  ressort  clairement  que  Jean  d'An- 
goulême vivait  déjà  le  19  octobre  1403. 

Nous  pouvons  préciser  davantage.  Durant  les  quatre  années 
qui  précèdent  ce  jour,  nous  retrouvons  le  jeune  prince  dans 
les  comptes  ou  dans  d'autres  documents  bien  datés  :  le  7  avril  1403 
(n.  st.),  son  père  fait  payer  pour  lui  le  prix  d'une  houppelande^; 
le  10  décembre  1402,  on  nous  mentionne  les  femmes  de  chambre 
qui  le  soignent^;  il  chausse  alors  une  paire  de  hautes  bottes  et 
revêt  un  manteau  d'écarlate';  le  30  octobre  1402,  on  lui  fait 


1.  Celle  du  23  novembre  1402  n'est  pas  sûre.  On  préfère  généralement  1403 
ou  1404  (cf.  Jarry,  op.  cit.,  p.  295,  n.  2). 

2.  Voir  à  ce  sujet  Vallet  de  Viriville,  Hist.  de  Charles  VII,  t.  III,  p.  7-8. 

3.  Jarry,  oj)-  cit.,  p.  357. 

4.  Dans  tous  les  actes  originaux  où  son  nom  se  trouve,  ainsi  que  celui  de 
SCS  frères,  il  est  énuméré  le  troisième,  après  Charles  et  Philippe  (cf.  infra). 

5.  British  Muséum,  Addil.  Chart.,  2384.  Joursanvault,  lot  617. 

6.  Ibid.,  2401.  Joursanvault,  lot  3540. 

7.  Ibid. 


DE  JEAN   d'orLE'aNS   COMTE   D^NGOULÈME.  525 

porter  le  deuil  de  son  aïeul,  le  duc  de  Milan*.  Le  11  mars  1401 
(n.  st.),  Yalentine  donne  quittance  de  1,200  livres  tournois 
reçues  pour  les  dépenses  de  «  la  dernière  gésine  »  qu'elle  fit  de 
Jehan,  son  fils^.  Le  29  janvier  de  la  même  année,  elle  parle  de 
la  nourrice  et  de  «  la  berceresse  »  de  l'enfant 3.  Jean  est  encore 
nommé  le  20  janvier  1401^  (n.  st.).  Enfin  Louis  de  France,  qui, 
chaque  année,  pour  lui  et  chacun  de  ses  fils,  avait  sa  part  dans 
les  livrées  du  roi,  reçoit  trois  houppelandes  _^OMr  ses  trois  fils, 
le  l^""  mai  1400 ^  Il  n'en  avait  eu  que  deux,  pou7^  ses  deux  fils, 
le  l'^'- mai  1399  ^ 

Jean  d'Angoulême  naquit  donc  entre  ces  deux  dates.  C'est  là 
un  second  résultat. 

En  voici  un  troisième.  M.  Ed.  Jarry  a,  le  premier,  publié  les 
trois  fragments  qui  nous  restent  d'un  testament  authentique  rédigé 
par  Louis  de  France  le  7  août  1399'.  Le  duc  écrit  : 

1.  Louis,  duc  d'Orléans,  ordonne  de  payer  «  une  cotte  et  ung  chapperon... 
pour  nostre  très  chière  et  très  amée  compaigne  pour  le  dueil  du  trespassement 
de  feu  nostre  très  chier  et  très  araé  père  le  duc  de  Millan...  13  aulnes,  dont  on 
a  fait  pour  Charles,  conte  d'Engoulesrae,  Philippe  et  Jehan,  noz  enfans,  à 
chascun  une  houppelande...  »  Donné  à  Thionville,  le  30  octobre  1402.  {Add. 
Chart.,  2400.  Joursanvault,  lot  3540.) 

2.  Collection  Jarry.  Communication  de  M.  Ed.  Jarry. 

3.  Ibid. 

4.  «  Loys,  duc  d'Orléans,...  quatre  houppelandes  de  fin  drap  noir  de  Londres... 
pour  le  duel  du  trespassement  de  mgr  le  Daulphin,  l'une  longue  pour  nous  et 
les  trois  autres  pour  Charles,  Philippe  et  Jehan,  noz  enffans...  Une  cotte 
simple  d'escarlate  vermeille  que  nous  avons  fait  faire  pour  Jehan,  nostre  filz... 
quatre  aulnes  de  fine  toille  de  Rains,  dont  nous  avons  fait  faire  deux  doubles... 
pour  Jehan,  nostredit  fils.  »  (British  Muséum,  Addit.  Chart.,  2373.  Joursan- 
vault, lot  613.) 

5.  Bibl.  nat.,  fr.  20379,  fol.  37  V  (coll.  Gaignières).  «  Extrait  d'un  volume 
de  la  Chambre  des  comptes  en  parchemin.  XIV"  compte  extraordinaire  de  Charles 
Poupart,  argentier  du  roy.  Noms  des  seigneurs,  chevaliers  et  escuyers  auxquels 
ont  été  délivrées  houpelandes  le  1""  may  1400.  Escuyers  :  trois  fils  de  mgr  d'Or- 
léans. »  (Cf.  British  Muséum,  Add.  Chart.,  2367.  5  mai  1400,  on  fait  faire  des 
«  braceroles  »  pour  Jean.) 

6.  «  XII"=  compte...  Ce  sont  les  noms  des  seigneurs,  chevaliers,  escuyers  et 
autres  officiers  du  roy,  nostre  sire,  auxquels  ont  été  délivrées  houpelandes 
pour  eux  vestir,  de  la  livrée  que  le  roy  a  faicte  le  1"  mai  1399,  jusqu'au  nombre 
de  200  houpelandes...  Escuyers...  deux  fils  de  mgr  d'Orléans.  »  (Bibl.  nat., 
fr.  20379,  cité,  fol.  37  v».) 

7.  Op.  cit.  Louis  de  France...,  p.  229-230,  d'après  une  copie  de  la  Collection 
Doat  de  la  Bibl.  nat.,  coUationnée  sur  l'original  aux  archives  des  Basses- 
Pyrénées. 


526  LA   DATE    DE   LA   NAISSANCE 

«  Item,  des  biens  teraporelz  de  ce  monde  mortel  que  mon 
«  benoist  Créateur  m'a  prestez,  je  ordonne  le  partage  de  mesditz 
«  enfants  Charles  et  Philippe  et  Jehan...  » 

M.  Ed.  Jarry  pense  que  le  nom  de  Jehan  est  mis  là  par  suite 
d'  «  une  erreur  du  scribe*.  »  Il  allègue  surtout  deux  raisons. 
L'une,  c'est  que  les  biens  de  Louis  d'Orléans  sont  partagés  entre 
Charles  et  Philippe  et  que  Jean  n'a  rien  2.  Un  tel  argument  ne 
vaudrait  que  si,  au  lieu  de  trois  paragraphes  seulement,  nous 
avions  le  testament  complet  et  si  nous  pouvions  nous  assurer 
qu'en  effet  le  duc  n'avait  rien  donné  à  Jean  dans  les  paragraphes 
aujourd'hui  perdus.  L'autre  raison,  c'est  que,  dans  un  mande- 
ment du  30  octobre  1399,  rendu  deux  mois  après  la  date  du 
testament,  il  est  question  des  femmes  qui  gardent  Charles  et  Phi- 
lippe et  non  pas  de  celles  qui  devaient  garder  Jean^  Cet  argu- 
ment nous  paraît,  comme  le  précédent,  sans  grande  force.  Les 
documents  ne  manquent  pas,  même  postérieurement  au  l'^'"  mai 
1400,  où  il  est  question  de  Charles  et  de  Phihppe  sans  qu'il  soit 
rien  dit  de  Jean.  En  la  seule  année  1402,  nous  en  pouvons  citer 
deux  au  moins^  Et  cependant  d'autres  textes,  de  la  même  année, 
prouvent,  nous  l'avons  vu,  l'existence  de  Jean-\  Pour  avoir  le 
droit  de  se  prononcer  dans  le  même  sens  que  M.  Jarry,  il  faudrait 
avoir  tous  les  mandements,  quittances,  etc.,  relatifs  aux  femmes 
de  la  duchesse  et  de  ses  fils.  Si  même  nous  possédions  le  compte 
général  de  toutes  les  dépenses  de  1399  où  tous  les  actes  particu- 
liers de  l'année  financière  étaient  reportés  ^  nous  ne  pourrions 
décider  en  toute  certitude,  car  il  arrivait  souvent,  par  suite  de 
négligences  ou  de  retards  de  tous  ordres,  que  ces  actes  ne  figu- 
raient dans  l'état  général  des  dépenses  que  deux,  trois  ou  quatre 
années  postérieurement  à  leur  date  propret  Nous  n'estimons 
donc  pas  avec  M.  Ed.  Jarry  «  que  le  scribe,  en  écrivant  le  nom 


1.  Op.  cit.,  p.  231. 

2.  Ibid. 

3.  Ibid. 

4.  Laborde,  Preuves  des  ducs  de  Bourgogne,  t.  III,  5941  (Bibl.  du  Louvre, 
F  145»),  du  20  février  1402,  n.  st.  —  Bibl.  nat,  Pièces  originales,  2154,  4  (190), 
288,  du  22  octobre  1402. 

5.  Textes  cités,  notes  6  et  7,  supra,  p.  524. 

6.  Le  ras.  fr.  8815  de  la  Bibl.  nat.  est  un  compte  de  ce  genre. 

7.  Ibid. 

8.  Op.  cit.,  p.  231. 


DE   JEAN    d'oRLEAXS    COMTE    d'aNGOULÊME.  527 

de  Jean  sur  le  testament  de  1399,  avait  «  probablement  sous  les 
yeux  une  copie  du  testament  de  1403,  »  et  qu'il  s'est  trompé. 
«  La  répétition  de  la  conjonction  et  ^  »  ne  suffit  pas  non  plus  à 
prouver  cette  erreur.  Dans  le  testament  du  duc  de  1403,  cette 
répétition  est  si  fréquente  ^  qu'elle  semble  une  forme  de  style. 

De  tout  ce  qui  précède,  nous  concluons  que  Jean  d'Orléans, 
comte  d'Angoulême,  naquit  en  1399,  entre  le  l'^'mai  et  le  7  août. 

En  revanche,  nous  ne  saurions  nous  prononcer  sur  l'endroit  où 
la  duchesse  mit  son  fils  au  monde.  Est-ce  Orléans,  comme  le  pré- 
tend J.  du  Port^?  Est-ce  Asni ères-sur-Oise**,  dans  le  comté  de 
Beaumont?  Valentine  avait  à  Asnières,  où  elle  donna  le  jour  à  Phi- 
lippe de  Vertus^,  une  résidence  princière  qu'elle  semble  n'avoir 
pas  quittée  de  mai  à  septembre  1399^.  Néanmoins,  tant  que  nous 
n'aurons  pas  son  itinéraire  complet,  nous  ne  serons  pas  en  mesure 
d'affirmer  quoi  que  ce  soit. 

Il  est  donc  sage,  en  l'état  des  documents,  de  nous  en  tenir, 
sans  rien  tenter  encore  pour  la  date  de  lieu,  à  la  rectification  de 
la  date  de  temps  jusqu'ici  donnée  pour  la  naissance  du  comte 
d'Angoulême. 

G.  Dupont-Ferrier. 

1.  Op.  cit.,  p.  231. 

2.  «  Autour  de  l'église,  les  cierges  et  torches  et  escussons  de  mes  armes,  » 
p.  298.  Beurrier,  op.  cit.  —  Ibid.,  p.  305  :  «  à  ung  hostel  qui  sera  fondé  de 
N.  D.  et  qui  sera  fait  et  ordonné  et  peint  à  mes  armes,  »  p.  310,  321,  etc. 

3.  Cf.  supra.  3.  du  Port,  n.  5. 

4.  Seiae-et-Oise,  arr.  de  Poatoise,  cant.  de  Luzarches. 

5.  Cf.  Jarry,  op.  cit.,  p.  169,  et  supra,  n.  3,  p.  522. 

6.  Valentine  est  à  Asnières  le  20  mai  1399  (Bibl.  nat.,  fr.  6212,  n">  84).  — 
Ibid.,  le  11  août  1399  (Bibl.  nat.,  fr.  6211,  n"  482).  —  Le  9  septembre  elle  est  à 
Gouvieux  (communication  de  M.  Jarry). 


NOTE 

SUR  UN  MANUSCRIT  INTERPOLÉ 
DE  LÀ  CHRONIQUE   DE    BEDE 

CONSERVÉ  A  BESANÇON. 


En  lisant  les  épreuves  du  Catalogue  des  manuscrits  de  la  biblio- 
thèque de  Besançon,  préparé  avec  le  plus  grand  soin  par  notre  très 
regretté  confrère  M.  Gastan,  et  qui,  grâce  aux  bons  soins  de  M.  Poète, 
sera  prochainement  publié,  je  remarquai  la  notice  consacrée  au 
ms.  'IST,  qui  paraît  dater  du  ix"  siècle  et  dont  la  meilleure  partie  est 
remplie  par  la  Grande  Chronique  de  Bède.  L'auteur  du  Catalogue  fait 
judicieusement  remarquer  que  le  texte  de  la  Chroniciue  y  est  plus 
développé  que  dans  les  éditions;  mais,  ajoute-t-il,  les  additions  sont 
des  emprunts  faits  à  des  chroniques  déjà  connues. 

L'édition  de  la  Chronique  de  Bède  publiée  celte  année  même  par 
M.  Mommsen'  a  singulièrement  facilité  les  vérifications  dont  cet 
ouvrage  peut  être  l'objet.  J'ai  voulu  en  profiter  pour  compléter  l'in- 
dication de  M.  Gastan  et,  sans  avoir  examiné  le  manuscrit  à  fond,  je 
crois  pouvoir  en  déterminer  exactement  la  nature.  C'est  un  texte  très 
voisin  de  celui  que  renferme  le  ms.  latin  4886  de  la  Bibliothèque 
nationale  et  qui  est  connu  sous  le  titre  de  Chronicon  Moissiacense. 
Dans  l'un  et  dans  l'autre,  la  Chronique  de  Bède  a  été  développée  et 
complétée  par  de  longues  et  nombreuses  interpolations,  qui  ont 
généralement  trait  à  l'histoire  de  France  et  dont  l'origine  a  été 
presque  toujours  indiquée  dans  les  notes  jointes  par  Pertz  à  son  édi- 
tion de  la  Chronique  de  .Moissac  ^. 

1.  Monutnenta  Germanix  historica,  Auctores  atiiiquissimi,  t.  XIII,  p.  223- 
354.  {Chronica  nwwra  sxc.  IV,  V,  VI,  VII,  vol.  III.) 

2.  Monumenta  Germanix  historica,  Scriptores,  t.  I,  p.  280-313. 


NOTE   SDR   DN   MANUSCRIT    DE   LA   CHRONIQUE    DE   BEDE.  529 

Pour  montrer  dans  quel  rapport  sont  entre  eux  :  •1°  le  texte  origi- 
nal de  la  Chronique  de  Bède,  représenté  par  l'édition  de  M.  Momm- 
sen;  2°  le  texte  interpolé  du  manuscrit  de  Besançon,  que  j'appellerai 
texte  bisontin;  3°  le  texte  de  la  Chronique  de  Moissac,  représenté 
par  le  ms.  latin  4886  de  la  Bibliothèque  nationale,  je  transcrirai  les 
chapitres  relatifs  aux  règnes  des  empereurs  Maurice  et  Anastase,  le 
premier  d'après  le  manuscrit  de  Besançon,  le  second  d'après  le  ms. 
latin  4886  de  la  Bibliothèque  nationale. 

I.  Règne  de  Maurice  f582-602),  d'après  le  manuscrit  de  Besançon, 
fol.  150  v"  et  loi. 

Ce  chapitre  est  identique  dans  le  ms.  de  Besançon  et  dans  le  ms. 
latin  4886  (fol.  38  v°  et  39).  Il  se  compose  de  onze  petits  paragraphes, 
dont  les  suivants,  ^,  3  (sauf  les  deux  dernières  lignes),  6,  7  et  8, 
sont  la  reproduction  du  texte  de  Bède  (articles  528-532  de  Tédition 
de  Mommsen)  ;  les  autres,  c'est-à-dire  les  §§  2,  dernières  lignes  de  3, 
4,  5,  9,  ^0  et  1<,  sont  des  interpolations  qui  du  texte  bisontin  sont 
passées  dans  la  Chronique  de  Moissac. 

Nous  imprimons  la  partie  primitive  en  caractères  italiques  et  les 
interpolations  en  caractères  romains. 

SeCDNDUM   HeBREOS   im'"DLVII,    SECUNDUM    SEPTDAGINTA 
V^'DCCXCVIII. 

1.  Mauritius  ann.  XXI. 

2.  Chilpericus,  rexFrancorum,  anno  xxiii regni  sui  interficitur, 
cumque  Gundramno  fratri  ipsius  perlatum  fuisset  eo  quod  frater 
suus  Chilpericus  esset  interfectus,  festinans  perrexitParisius,  ibi- 
que  Ghlotarium,  filium  Ghilperici,  ad  se  venire  precepit,  quem 
baptizare  jubet,  eumque  de  sancto  lavacro  excipiens,  in  regno 
patris  firraatur.  Anno  xxxiir  regni  Gundramni,  sub  die  v  kal. 
aprilis,  ipse  Gundramnus  rex  moritur.  Gujus  regnum  Ghildeber- 
tus  adsumpsit,  qui  postea  in  Italiam  abiit,  et  Langobardi  se  suae 
dictioni  commendant.  Gloriose  exinde  Ghildebertus  revertitur. 
Acceperat  enim  prius  a  Mauricio  imperatore  quinquaginta  milia 
auri,  ut  Langobardos  de  Italia  expugnaret,  sed  non  solum  eis  non 
nocuit,  sed  amicitias  cum  ipsis  inivit. 

3.  Hirminigildus ,  Levigildi  Gothorum  régis  fîlius,  oh 
fidei  catholicœ  confessionem  inexpugnahilem,  a  pâtre  Ar- 

-1895  35 


530  NOTE   SUR   UN   MANUSCRIT    INTERPOLE 

riano  regni  privatus  infolis  et  in  carcerem  ac  vincula  pro- 
jectus,  ad  extremum,  nocte  sancta  dominice  resurrectionis, 
securiin  capite percussus ,  regniuncœleste  pro  terreno  rex 
et  martyr  intravit.  Cujus  f rater  Richaredus  mox,  ut  re- 
gnumpost  patremaccepit,  oynne[m']  Gothorum  oui prœerat 
gentem,  instante  Leandro,  Hispalitano  episcopo,  qui  et 
Hirminigildum  docuerat,  catholicam  convertit  ad  fidem, 
[et*  omnes  libros  arrianos  prsecepit  ut  prsesentarentur,  quos  in 
uoa  domo  conlocatis  {sic)  incendio  concremare  jussit.] 

4.  Aunulfus,  imperator  Persarum,  apud  Anthiochiam  baptiza- 
tur,  atque  imperatori  Mauricio  petiit  ut  episcopos  cum  clero  suf- 
ficienter  daret,  quos  in  Persas  stabiliret,  ut  universara  Persidam 
baptisrai  gratiara  adhiberent;  quod  Mauricius  libente  animo  prse- 
stitit,  summaque  celeritate  oranis  Persida  ad  Christi  cultum 
baptizantur. 

5.  Tunica  Christi,  quse  in  Passions  eidem  sublata  est,  super 
quam  milites  sortem  miserunt,  in  civitate  Zaphat,  procul  ad  He- 
rusalem,  inarca[m]marmoricampositam,  repperitur;  quamGre- 
gorius  Antiochenus,  et  Thomas  Hierosohmorum,  Johannes  Gon- 
stantinopolitanus  episcopi,  cura  aliis  multis  episcopis,  triduano 
facientes  jejuiiium,  etexinde  condigne  cum  arca  raarmorica,  levé 
effecta  quasi  ex  ligno  fuisset,  ordine  pedestro  {sic)  Hierosolimam 
perduxerunt,  et  in  secclesia  ubi  crux  Domini  adoratur  posuerunt. 

6.  Gregoj'ius  Romane  œcclesiœ  pontifex  et  doclor  exi- 
mius,  anno  Mauricii  imperii  XIII,  indictione  XIII,  syno- 
dum  episcoporum  XXIIII  ad  corpus  beati  apostoli  Pétri 
congreganSy  de  necessariis  œcclesiœ  decernit. 

7.  Idem  niissis  Brittaniam  Agustino,  Mellito  et  Johanne 
et  aliis  jjluribus,  cum  eis  monachis  timentibus  Deum,  ad 
Christum  Anglos  convertit.  Et  quidem  jEdilberectus  mox 
ad  Christi  gratiam  conversus,  cum  gente  Cantuariorum, 
cui  prœerat,  proximisque  provinciis,  etiam  episcopum 
doctoremque  suum  Augustinum,  sed  et  ceteros  sacros  an- 
testites,  episcopali  sede  donabat.  Porro  gentes  Anglorum 
ab  Aquilone  Huynbri  fluminis,  sub  regibus  yElle  et  jEdil- 
fredo  sitœ,  necdum  verbum  vitœ  audierant. 

1.  La  fia  du  g  3  :  «  et  oranes  libros  —  concremare  jussit,  »  est  une  addition 
au  texte  de  Bède,  laquelle  est  passée  du  texte  bisontin  dans  la  Chronique  de 
Moissac. 


DE   LA   CBROXIQUE    DE   bIdE.  53< 

8.  Grégoriens,  XVIII  anno  MauHcii  imperatorïs,  indi- 
cione  III I,  scribens  Augustino,  Lugdoniœ  quoque  et  Ebo- 
raci  episcopis,  accepta  a  sede  apostolica  pallio,  metropoli- 
tanos  *  esse  debere  decernit . 

9.  Anno  iiii  post  quod  Childebertus  rex  Francorum  regnum 
Gundramni  acceperat,  defunctus  est,  regnumque  ejus  fllii  sui 
Theodobertus  et  Theodericus  adsumunt. 

10.  Anno  xiiii  regni  Chlotarii,  Theodobertus  sortitus  est  Au- 
stria,  sedem  habens  Mettis. 

11.  Theodericus  accepit  regnum  Gundramni  in  Burgundia, 
sedem  habens  Aurelianis. 

IL  Règne  d'Anastase  (713-716),  d'après  le  ms.  lat.  4886, 
c'est-à-dire  la  Chronique  de  3Ioissac,  fol.  45  et  v°. 

Ce  chapitre  consiste  en  douze  petits  paragraphes,  dont  cinq  (§§  1, 
2,  3,  7  et  8)  sont  empruntés  à  la  Chronique  de  Bède,  articles  582- 
586  de  l'édition  de  Mommsen;  les  sept  autres  se  partagent  en  deux 
groupes  bien  distincts  :  quatre  (§§  4,  5,  6  et  -12)  sont  des  interpo- 
lations faites  à  la  Chronique  de  Bède  par  le  compilateur  dont  nous 
avons  le  travail  dans  le  manuscrit  de  Besançon;  trois  (§§  9,  ^0  et  •H) 
sont  des  additions  faites  au  texte  bisontin  par  le  rédacteur  de  la 
Chronique  de  Moissac. 

Ici  la  partie  primitive  (texte  de  Bède)  est  imprimée  en  caractères 
italiques,  —  les  interpolations  du  texte  bisontin  en  caractères 
romains  ordinaires,  —  et  les  interpolations  de  la  Chronique  de  Mois- 
sac  en  petits  caractères  romains. 

[SeCDNDUM   HebREOS   im'"DCLXX,    SEGDNDIJM   SEPTUAGINTA 
V""  DCCCC  XVII 2.] 

1 .  Anastasius  annis  III. 

2.  Hic  Philippicum  captum  occulis  privamt  nec  occidit. 

3.  Idem  literas  Constantmo  papœ  Romam  per  Scolasti- 
cum  patricium  et  exarcmn  Italie  direxit,  quibus  se  fauto- 

1.  «  Metropolitanus.  »  Ms.  de  Besançon. 

2.  Cette  rubrique  n'existe  pas  dans  le  ms.  de  la  Chronique  de  Moissac.  Je  la 
rétablis  d'après  le  ras.  de  Besançon,  fol.  156  v°, 


532  NOTE   SUR   UN   MANUSCRIT   INTERPOLE 

rem  catholice  fidei  et  sancti  sexti  concilii  prœdicatorem 
esse  docuit. 

4.  Anno  DCG  XIIII  ab  incarnatione  Christi,  Pipinus  febre 
valida  correptus  obiit.  Obtinuerat  priucipatum  annis  xxvii.  Ple- 
ctrudis  relicta  Pipini,  cum  nepote  suo  Theobaldo  vel  Dagoberto 
rege,  cuncta  gubernabat  sub  discrepto  regimine. 

5.  Anno  DCG  XV,  Franci  denuo  in  Cotia  silva  contra  Theodal- 
dumvel  Austrasius*  inruerunt,  ac  sese  mutuo  durissima  csede  pro- 
sternunt.  Theodaldus  autem,  per  fugam  lapsus,  ereptus  est.  Ipso 
quoque^  fugato,  Raganfredum  majorera  domus  elegerunt,  qui, 
comoto^rege  Dagoberto  exercito,  Garbonariam  silvam  transeun- 
tes,  usque  Mosam  fiuvium,  terram  sil vasque  vastantes  succen- 
derunt.  Gura  Ratbbode  duce  gentili  araicicias  feriuut.  Karolus 
vero,  fllius  Pipini,  bis  diebus  a  Plectrude  sub  custodia  tenebatur, 
sed  auxibante  Domino  vix  evasit. 

6.  Eo  tempore,  Dagobertus  rex  egrotans  mortuus  est,  anno  vi^ 
regni  sui.  Franci  vero  Danielem  quodam  clerico,  caesaream^  capi- 
tis  crescente,  eum  in  regera  stabiliunt  atque  Chilpericum  nun- 
cupant. 

7.  Leutbrandus^,  rex  Langdbardormn,  donationem  pa- 
trimonii  Alpium  Gotiarum"^ ,  quam  Heribertus  rex  fecerat 
et  ille  repetierat,  amonitione  venerabilis  ^;a^«?  GregoHi 
conflrmavit. 

8.  Hœcberectus^,  vir  sanctus,  de  gente  Anglormn,  et 
sacerdocium  monachicha  vita,  etiam  pro  cœlesti  patria 
peregrinus'-' ,  exornans,  plurimas  Scotice  gentis  provincias 
ad  canonicam paschalis  temporis  observantiam,  a  qua  diu- 
cius  oberraverant,  pia  prœdicatione  convertit  ^'^ . 

9.  His  temporibus,  in  Spania,  super  Gotos  regimbât  Vuiliza,  qui 

1.  «  Austrasios.  »  Ms.  de  Besançon. 

2.  «  Ipsoque.  »  Ms.  de  Besançon. 

3.  Le  ms.  de  Besançon  porte  :  «  commoto  cum  rege  D.  » 

4.  «  Anno  v.  »  Ms.  de  Besançon. 

5.  «  Csesaria  capitis  crescente.  »  Ms.  de  Besançon. 

6.  «  Liutbrandus.  n  Ms.  de  Besançon. 

7.  «  Cottiarum.  »  Ms.  de  Besançon. 

8.  «  Ecberectus.  »  Ms.  de  Besançon. 

9.  «  Peregrinos.  »  Ms.  de  Besançon. 

10.  Dans  le  ms.  de  Besançon,  ce  paragraphe  est  terminé  par  la  date  «  ab  incar- 
natione Doraini  anno  DCC  XVI.  » 


DE    LA    CUROMQCE   DE    BEDE.  533 

regnavit  annis  viii  et  menses  m.  Iste  deditus  in  fœminis,  exemplo 
suo  sacerdotes  ac  populum  luxuriose  vivere  docuit,  irritans  furorem 
Domini.  Sarraceni  tune  in  Spania  ingrediunt.  Goli  super  se  Ruderi- 
cum  regem  constituunt.  Rudericus  rex,  cum  exercitu  magno  GoLo- 
rum,  Sarracenis  obviam  venitinprelio,  sed  inito  prelio  Goti  debeilati 
sunta  Sarracenis,  sicque  regnuni  Gotorum  in  Spania  flnilur,  etinfra 
duos  annos  Sarraceni  pœne  totam  Spaniara  subiciunt. 

-10.  Sema,  rex  Sarracenorum ,  post  nono  anno  quam  in  Spania 
ingressi  sunt  Sarraceni,  Narbonam  obsidet  obsessamque  capit,  viros- 
que  civita[ti]s  illius  gladio  périrai  jussit;  mulieres  vero  vel  parvulos 
captivos  in  Spania  ducunt.  Et  in  ipso  anno,  mense  tercio,  ad  obsi- 
dendam  Tolosam  pergunt;  quam  dura  obsiderent,  exiit  obviam  eis 
Eudo,  princeps  Aquitanise,  cum  exercitu  Aquitaniorum  vel  Franco- 
rum,  et  comisit  cum  eis  prselium,  et  dum  prœliare  Ccepissent,  terga 
versus  est  exercitus  Sarracenorum,  maximaque  pars  ibi  cecidit  gladio. 

Amibisa,  rex  Sarracenorum,  cum  ingenti  exercitu,  post  quinto 
anno,  Gallias  adgreditur,  Garcassonam  expugnat  et  capit,  et  usque 
Nemauso  pace  conquisivit,  et  obsides  eorum  Barchinona  transmitit. 

11.  Anno  ab  incarnacione  Domini  DCCXVI',  Franci  exerci- 
tum  movent  usque  fluvium  Mosam,  contra  Karolum  dirigunt.  Ex 
alla  parte,  Frisones-  cum  Radbode  duce,  consurgunt.  Karolus 
quoque  super  Frisones  inruens,  maximumque  dispeudium  de  exer- 
citu suo  perpessus,  atque  per  fugam  dilapsis  abscessit^. 

La  Chronique  de  Bède  se  termine  par  deux  chapitres  consacrés 
aux  règnes  des  empereurs  Théodose  (71 6-71 7)  et  Léon  III  l'Isaurien 
(71 7-741).  Voici  comment  nous  les  présente  le  manuscrit  de  Besançon 
(fol. -157  6^57  v^). 

Dans  ce  manuscrit,  le  chapitre  de  Théodose  consiste  en  six  para- 
graphes, qu'il  serait  superflu  de  reproduire  et  qui  sont  suffisamment 
indiqués  par  un  simple  renvoi  aux  textes  imprimés  : 

§  1.  :=  Chron.  de  Bède,  éd.  Mommsen,  art.  587. 
2.  =  —  —  art.  588. 

1.  a  Eo  anno,  »  dans  Je  ms.  de  Besançon,  où  ce  g  11  vient  iinmédiatement 
après  le  g  7. 

2.  «  Frigiones.  »  Ms.  de  Besançon. 

3.  «  Ibique  maximum  dispendium  de  sudabilibus  suis  perpessus  est  atque 
per  fugam  dilapsus  abscessit.  »  Ms.  de  Besançon. 


534  NOTE   SUR   DN   MANUSCRIT   INTERPOLÉ 

3.  =Chron.  deBède,  éd.  Mommsen,  art.  589. 

4.  =  _  —  art.  590. 

5.  =  Ghron.  de  Moissac,  éd.  PertzS  p.  291, 1.  5-8. 
6  =  —  —  p.  291,1.  9-17. 
7.  =            _                     —          P-  291,  1.  18-26. 

Il  n'y  a  qu'une  seule  variante.  Dans  le  §  7,  à  l'endroit  où  la  Chro- 
nique de  Moissac 2  porte  ille  vero  Chilpericum  regem  cum  multis 
muneribus  reddidit,  le  manuscrit  de  Besançon 3,  après  le  mot  reddi- 
dit,  ajoute  sed  non  diu  in  regno  resedit. 

Ici  la  comparaison  avec  la  Chronique  de  Moissac,  telle  que  nous 
rofîre  le  ms.  4886,  est  assez  difficile.  Il  y  a,  en  effet,  dans  ce  ms.  4886, 
une  lacune  à  partir  des  mots  Ilis  temporibus  multi  Anglorum'',  qui 
sont  au  bas  du  fol.  45  v°,  lacune  qui  s'étend  au  delà  de  l'endroit  où 
la  Chronique  de  Moissac  cesse  d'avoir  pour  premier  fond  la  Chro- 
nique de  Bède.  Nous  avons,  il  est  vrai,  pour  combler  cette  lacune, 
\e  ma.nuscni  des  Annales  Ania7ienses  (ms.  latin  5941  de  laBibl.  nal.), 
dans  lequel,  à  partir  de  l'année  070,  sont  entrés  beaucoup  d'articles 
de  la  Chronique  de  Moissac.  Mais  il  serait  trop  long  et  il  n'est  pas 
nécessaire  de  rechercher  ici  dans  quel  rapport  le  texte  bisontin,  pour 
le  règne  de  Théodose,  devait  se  trouver  avec  la  partie  disparue  du 
ms.  4886. 

Cette  dernière  observation  s'applique  également  au  chapitre  du 
règne  de  Léon  l'Isaurien.  Pour  ce  règne,  le  manuscrit  de  Besançon 
(fol.  -157  v")  nous  offre  le  texte  de  la  Chronique  de  Bède  (articles 
591-593  de  l'édition  de  Mommsen)  :  «  Léo  ann.  viiii  —  honore 
recondidit.  »  Après  quoi  le  copiste  a  tracé  les  mots  :  HVC  VSQVE 
BEDA.  Viennent  ensuite  quelques  articles  supplémentaires,  ratta- 
chés, les  uns  au  règne  de  Léon  l'Isaurien,  les  autres  à  celui  de 
Constantin  Copronyme.  En  voici  la  copie  : 

III.  Articles  ajoutés  dans  le  manuscrit  de  Besançon,  fol.  157  v°, 
à  la  suite  de  la  Chronique  de  Bède. 

Anne  ab  incarnatione  Christi  DCC  XXI  jactavit  Eodo  Sarra- 
cenos  de  terra  sua. 

1.  Monumenta  Germanix  historica,  Scriptores,  t.  1. 

2.  Ligne  24  de  l'édition  de  Pertz. 

3.  Fol.  157  V,  ligne  U. 

4.  Ligne  1  de  l'article  590  dans  l'édition  de  Mommsen. 


DE   LÀ   CHRONIQUE   DE   BEDE.  535 

Anno  DCG  XXV,  Sarraceni  Augustedunum  civitate  destruxe- 
runt,  imferia,  xikal.  septembris  ^ . 

Anno  DCG  XXXI,  Karolus  vastavit  duas  vices  ultra  Ligere,  et 
Raganfredus  moritur^. 

Secdndum  Hebreos  un'"  dc.  . . ,  secundum  septuaginta 

V^DGGGC... 

Constantinus  ann.  ... 

Anno  DCG  XXXII,  Garolus  pugnavit  cum  Sarracenos,  die 
sabbati,  apud  Pictaves  civitatem. 

Anno  DGGXXXIIII,  Garolus  migravit  in  Frisia,  delevitque 
eamusque  [ad]  internitione[m]3. 

Papa  Gregorius,  Romanae  secclesise  episcopus,  claves  venerandi 
sepulchri  sancti  Pétri  et  vinciila  ejusdem,  cum  muneribus  magnis 
et  inânitis,  legationem  ad  Garolum  priacipera  misit,  quo  pacto 
patrato  ut  a  partibus  imperatoris  recederit  et  Romano  consulto 
praefato  principi  Garolo  sanciret.  Ipse  autem  princeps  magnifîco 
honore  ipsarn  legationem  recipit,  munera  preciosa  contulit,  atque 
cum  suis  nuntiis  Romae  remisit^. 

Anno  DCG  XXXVII  ab  incarnatione  Domini,  Garolus  pugna- 
vit contra  Sarracenos  in  Gotia,  in  loco  qui  dicitur  ...^. 

Anno  DGG  XLI,  Garolus  obiit.  Filii  ejus  principatum  illius 
inter  se  dividunt  :  Garolomannus  Austria,  Alamannia  atque  To- 
ringia  sortitur;  Pippinus  Burgundia,  Neaustria  atque  Provintiam 
accepit^. 

Tout  cela  se  retrouve,  soit  textuellement,  soit  en  substance,  dans 
les  Annales  Anianenses. 

En  résumé,  le  ms.  -187  de  Besançon,  dont  le  caractère  avait  été 
fort  bien  compris  par  M.  Gastan,  contient  un  texte  de  la  Chronique 

1.  Cet  article  est  un  peu  plus  développé  dans  les  Annales  Anianenses,  fol.  4  v° 
du  ms.  5941  ;  éd.  Pertz,  p.  291,  1.  27. 

2.  Cf.  Ann.  Anian.,  ms.  5941,  fol.  4  v°;  éd.  Pertz,  p.  291,  1.  30. 

3.  Cf.  Ann.  Anian.,  ms.  5941,  fol.  5;  éd.  Pertz,  p.  291,  1.  41. 

4.  Cf.  Ann.  Anian.,  ras.  5941,  fol.  5;  éd.  Pertz,  p.  291,  1.  46-p.  292,  1.  7. 

5.  Cf.  Ann.  Anian.,  ms.  5941,  fol.  5v'';  éd.  Pertz,  p.  292,  1.  19.  —  L'anna- 
liste indique  ainsi  le  champ  de  bataille  :  «  super  Berre  fluvio.  » 

6.  Cf.  Ann.  Anian.,  ms.  5941,  foi.  6;  éd.  Pertz,  p.  292,  1.  26. 


S36  NOTE   SUE   UN   MANUSCRIT  DE    LA   CHUONIQUE  DE  BEDE. 

de  Bède  dans  lequel  ont  été  fondus  beaucoup  d'extraits  relatifs  à 
l'histoire  mérovingienne  et  empruntés,  pour  la  plupart,  soit  à  la 
Chronique  dite  de  Frédégaire,  soit  au  Liber  historix  Francorum., 
plus  connu  chez  nous  sous  le  titre  de  Gesta  regum  Francorum. 

Ce  manuscrit  devra  être  attentivement  étudié  par  les  critiques  qui 
voudront  se  rendre  compte  de  la  composition  de  la  Chronique  de 
Moissac  et  des  Annales  d'Aniane. 

L.  Delisle. 


BIBLIOGRAPHIE. 


Antiquités  nationales.  Description  raisonnée  du  Musée  de  Saint- 
Germain- en-Laye  :  bronzes  figurés  de  la  Gaule  romaine,  par 
Salomon  Reoàch.  Paris,  Firmin-Didot,  ^895.  In-S",  xvi-384  pages, 
avec  planches,  héliogravures  et  600  dessins  intercalés. 

En  1889,  M.  Salomon  Reinach  offrait  au  public  le  premier  volume 
d'un  ouvrage  consacré  à  la  description  des  antiquités  conservées  au 
Musée  de  Saint-Germain;  ce  volume  comprenait  les  objets  contempo- 
rains de  l'époque  des  alluvions  et  des  cavernes.  Logiquement,  les 
volumes  suivants  devaient  traiter  de  l'époque  néolithique  et  des  dol- 
mens, puis  de  l'époque  des  métaux.  Mais  certaines  considérations,  dont 
nous  ne  devons  pas  nous  plaindre,  puisque  ce  retard  est  motivé  par 
des  études  qui  fourniront  certainement  des  aperçus  nouveaux,  ont  modi- 
fié le  plan  primitif.  M.  Sal.  Reinach  donne  dès  à  présent  un  tome  qui 
deviendra  plus  tard  le  troisième  ou  le  quatrième  de  la  série;  ce  volume 
est  le  catalogue  raisonné  des  bronzes  figurés  contemporains  de  la  Gaule 
romaine  ou  recueillis  sur  le  sol  gaulois.  Par  l'expression  bronzes  figu- 
rés, l'auteur  entend  désigner  les  représentations  empruntées  au  règne 
animal,  sans  s'arrêter  aux  détails  mythologiques  et  historiques.  Plus 
tard,  M.  Sal.  Reinach  abordera  la  mythologie,  et  cette  promesse  est 
bien  faite  pour  exciter  la  curiosité  de  ses  nombreux  lecteurs. 

Depuis  quelques  années,  les  conservateurs  des  musées,  à  Paris  et  en 
province,  sont  entrés  dans  une  voie  excellente,  et  l'on  doit  faire  des 
vœux  pour  qu'ils  puissent  continuer  à  faire  connaître  les  richesses  con- 
fiées à  leur  vigilance  éclairée.  Le  zèle  et  l'érudition  ne  leur  font  pas 
défaut,  mais,  dans  notre  pays,  il  y  a  une  cause  matérielle  et  prosaïque 
qui,  malheureusement,  ne  leur  donne  qu'avec  parcimonie  les  encoura- 
gements indispensables  :  le  nerf  de  la  guerre.  MM.  de  la  Tour  et  Prou 
ont  permis  aux  archéologues  de  profiter  des  séries  numismatiques  du 
Cabinet  de  France  pour  les  époques  gauloises  et  mérovingiennes; 
M.  Babelon  a  publié  des  ouvrages  considérables  sur  les  monnaies 
antiques  d'Asie;  en  ce  moment,  grâce  au  concours  de  l'Institut,  il  vient 
avec  M.  Blanchet  de  publier,  pour  la  collection  dont  il  est  conserva- 
teur, un  livre  analogue  à  celui  dont  je  m'occupe  en  ce  moment.  —  Je 
n'ai  pas,  quant  à  présent,  à  faire  un  parallèle  entre  ces  deux  et  indis- 


538  BIBLIOGRAPHIE. 

pensables  publications  ;  il  suffit  de  constater  que  M.  Salomon  Reinach 
est  arrivé  bon  premier. 

La  Description  des  bronzes  figurés  du  Musée  de  Saint-Germain  s'ouvre 
par  quelques  pages  d'introduction  dignes  d'être  méditées  parce  qu'elles 
reflètent  des  idées  déjà  émises  par  l'auteur  dans  plusieurs  recueils ^, 
idées  qui  n'ont  guère  été  discutées  qu'à  l'étranger. 

Frappé  d'un  rapprochement  entrevu  vaguement  par  Lelewel^,  M.  Rei- 
nach pense  qu'il  dut  y  avoir  une  relation  entre  l'art  dans  nos  régions 
avant  la  conquête  romaine  et  l'art  qui  fleurit  en  Gaule,  pour  parler 
plus  exactement  dans  l'Europe  centrale  après  la  dislocation  de  l'Em- 
pire romain.  Depuis  longtemps  on  a  supposé  que  l'ornementation  des 
objets  recueillis  en  Gaule,  datant  du  iv«  au  v^  siècle  avant  l'ère  chré- 
tienne, avait  été  importée  de  l'Orient  ou  copiée  d'après  des  types  orien- 
taux. Des  casques  trouvés  dans  les  sépultures  gauloises  faisaient  pen- 
ser à  l'Assyrie  à  cause  de  leur  forme  conique;  certaines  divinités 
représentées  accroupies,  les  jambes  croisées,  rappelaient  des  statues  de 
l'Inde  assises  dans  une  attitude  bouddhique.  Seulement,  il  y  avait  une 
ombre  à  ce  tableau  ;  c'est  qu'à  mesure  que  les  recherches  sur  le  terrain 
se  multipliaient  de  proche  en  proche  vers  l'est,  on  ne  trouvait  aucune 
trace  pour  reconnaître  la  voie  par  laquelle  les  prototypes  seraient  arri- 
vés d'Orient.  M.  Salomon  Reinach  place  le  point  de  départ  vers  une 
région  que,  prudemment,  il  ne  détermine  pas  exactement,  mais  qu'il 
propose  de  fixer  à  l'ouest  de  la  mer  Noire,  chez  les  Scythes. 

Cet  art,  suivant  l'auteur,  se  manifeste  en  Gaule  par  une  ornementa- 
tion compliquée  d'incrustations  de  corail,  d'émaillerie,  par  des  dessins 
ajourés  dans  lesquels  les  formes  vivantes,  en  quelque  sorte  exception- 
nelles, sont  transformées  en  motifs  de  décoration  sans  égard  pour  leur 
aspect  réel.  Les  objets  auxquels  je  fais  allusion,  exécutés  souvent  avec 
une  certaine  perfection,  sont  décoratifs  et  non  figuratifs.  Ils  remontent 
à  une  époque  reculée  puisqu'ils  commencent  avant  l'apparition  de  la 
monnaie,  par  conséquent  antérieurement  au  iiv^  siècle. 

Cet  art,  d'après  M.  Sal.  Reinach,  disparut  eu  Gaule  pendant  la  domi- 
nation romaine.  On  vit  alors  des  copies  plus  ou  moins  passables  de 
modèles  empruntés  à  l'Italie  où  dominait  l'art  gréco-égyptien.  Lorsque 
les  Gaulois  romanisés  adoptèrent  des  types  afin  de  personnifier  leurs 
divinités,  ce  qu'ils  n'avaient  pas  fait  auparavant,  ils  auraient  emprunté 
à  l'Egypte  Sérapis  pour  représenter  Dis  Pater,  Imouthis  pour  leur 
Ogmios,  Isis  pour  les  déesses  mères,  etc. 

1.  L'Archéologie  celtique.  Paris,  A.  Reiff,  1891,  in-8°.  —  Revue  celtiqxie, 
1892,  p.  189.  —  Gazette  des  heaux-arts,  3«  pér.,  X,  p.  369,  et  XI,  p.  25.  — Le 
Mirage  oriental,  dans  V Anthropologie.  Paris,  G.  Masson,  1893. 

2.  J.  Lelewel,  Études  numismatiqves  et  archéologiques,  1841,  t.  I,  p.  417 
et  suiv. 


BIBLIOGRAPHIE.  539 

Au  ye  siècle,  lorsque  les  peuples  barbares  qui  avaient  conservé  la  tra- 
dition de  l'art  celto-scythique  en  dehors  des  frontières  de  l'empire  eurent 
conquis  l'Occident,  cet  art  reparaissant  partout  nous  aurait  laissé  ces 
nombreux  objets  désignés  vaguement  par  les  épithètes  de  francs,  méro- 
vingiens, goths,  visigoths,  etc. 

M.  Salomon  Reinach  n'est  pas  éloigné  de  retrouver  cette  tradition  artis- 
tique dans  l'architecture  médiévale  des  xn^  et  xni^  siècles.  La  tendance  à 
couvrir  les  monuments  et  les  bijoux  d'une  décoration  élégante  et  très  orne- 
mentée le  porte  à  penser  à  ce  qu'il  appelle  le  génie  régional.  Je  souligne 
ces  deux  mots  parce  que  le  savant  conservateur  du  Musée  national,  en 
admettant  l'existence  d'un  art  celto-scythique,  ne  l'attribue  pas  à  une 
race  spéciale,  mais  à  i  un  tempérament  régional,  résultat  d'influences 
diverses  rebelles  à  l'analyse,  tempérament  qui  n'abdique  jamais  et 
reprend  le  dessus,  d'une  manière  sensible,  chaque  fois  que  les  influences 
étrangères  s'aâ"aiblissent  par  suite  de  circonstances  politiques  ^.  » 

Les  conclusions  de  M.  Salomon  Reinach  montrent  la  question  sous  un 
jour  que  l'on  n'avait  pas  entrevu  jusqu'ici;  elles  bouleversent  les  idées 
admises  généralement.  J'avoue  qu'elles  me  séduisent  à  première  vue  ;  il 
y  aura  lieu  certainement  de  discuter  quelques  points,  de  demander  des 
preuves  à  l'appui  de  conjectures  qui,  du  reste,  semblent  vraisemblables. 
Mais  on  ne  peut  nier  qu'il  n'y  ait  dans  ces  pages  une  théorie  nouvelle, 
présentée  avec  critique,  digne  d'être  examinée  et  méditée  par  les 
archéologues  sérieux  et  par  les  historiens  curieux  d'éclaircir,  sinon  de 
deviner,  l'histoire  antique  de  l'Europe  occidentale. 

La  collection  des  bronzes  figurés  réunis  au  Musée  de  Saint-Germain, 
originaux  et  moulages,  comprend  545  numéros  répartis  en  huit  cha- 
pitres :  divinités  gréco-romaines  ;  divinités  celtiques  ;  personnages  divers  ; 
têtes,  bustes,  masques;  trouvaille  de  Neuilly-en-SuUias;  animaux; 
vases  et  fragments  de  vases  à  figures;  manches  et  objets  divers. 

On  ne  peut  entrer  dans  le  détail  de  chacun  de  ces  chapitres;  j'insis- 
terai tout  à  l'heure  sur  le  second.  Constatons  que  M.  Reinach  décrit 
tous  les  objets,  quelquefois  trop  sommairement  peut-être,  indique  les 
provenances,  compare  les  monuments  entre  eux,  donne  les  références 
bibliographiques.  En  un  mot  il  met  le  lecteur  et  le  visiteur  à  même  de 
comprendre  le  but  que  l'on  s'est  proposé  en  fondant  le  Musée  de  Saint- 
Germain  :  ce  n'est  pas  une  collection  dans  la  véritable  acception  du  mot, 
mais  bien  un  tableau  de  l'archéologie  nationale.  Il  m'a  toujours  semblé 
qu'après  plusieurs  visites  dans  ces  galeries  j'en  sortais,  chaque  fois, 
instruit  par  les  yeux  et  moins  ignorant  qu'en  entrant. 

Lorsque  M.  Salomon  Reinach  traitera  delà  mythologie  gallo-romaine, 
il  pourra  renvoyer  ses  lecteurs  aux  deux  premiers  chapitres  du  volume 

1,  Voyez  aussi  Revue  critique,  n°  du  15  juillet  1895,  p.  25,  à  propos  du 
mémoire  de  M.  Foucart  sur  les  Mystères  d'Eleusis. 


540  BIBLIOGRAPHIE. 

dont  nous  nous  occupons  en  ce  moment  ;  ils  contiennent  une  riche  série 
de  dieux  romains  et  gaulois.  Nous  ne  pouvons  aborder  aujourd'hui  ce  côté 
de  la  question.  —  Le  chapitre  consacré  aux  divinités  celtiques  commence 
par  les  représentations  de  Dis  Pater,  et,  pendant  49  pages,  M.  Salomon 
Reinach  donne  des  détails  précieux  sur  ces  images  qui  paraissent  être 
celles  du  dieu  principal  des  Gaulois.  On  y  trouve  un  résumé  aussi  com- 
plet que  possible  de  la  question  et  des  discussions  auxquelles  elle  a 
donné  naissance;  un  catalogue  des  monuments  relatifs  à  Dis  Pater, 
connus  de  l'auteur.  Le  sujet  est  si  tentant  que  M.  Salomon  Reinach  a  dû 
faire  un  certain  eflbrt  pour  ne  pas  se  laisser  entraîner  à  aborder  le 
rôle  mythologique  du  dieu,  mais  ce  n'est  que  partie  remise.  Faisons  des 
vœux  pour  que  M.  Gaidoz,  qui  lui  aussi  est  un  dévot  de  Dis  Pater,  nous 
fasse  enfin  connaître  tout  ce  qu'il  a  réuni.  A  propos  de  cette  discussion 
à  laquelle  j'ai  pris  un  peu  part,  il  m'a  été  donné  de  profiter  d'une  petite 
leçon.  Il  m'a  bien  fallu  reconnaître  que  je  n'étais  pas  le  premier  à  avoir 
trouvé  ce  que  je  me  flattais  d'avoir  deviné. 

Pour  les  dieux  tricéphales,  accroupis,  cornus,  M.  Reinach  énumère 
également  les  exemplaires  connus.  Pourquoi  néglige-t-il  de  dire  que  la 
statuette  donnée  par  Montfaucon,  t.  II,  pi.  90,  5,  est  l'Oceanos  du  Cabi- 
net des  médailles? 

L'auteur  a  compris  qu'un  catalogue  de  musée  doit  donner  le  plus  grand 
nombre  possible  de  dessins,  représentant  les  objets  de  la  collection;  le 
moindre  croquis  vaut  toujours  mieux  que  les  plus  longues  descriptions. 
Il  a  donc  enrichi  son  texte  de  600  gravures  intercalées.  Il  eût  été  à  sou- 
haiter que  l'éditeur  n'eût  pas  reculé  devant  un  sacrifice  qui  aurait  per- 
mis de  présenter  des  gravures  également  bonnes.  Parmi  celles  qui 
passent  sous  les  yeux  du  lecteur,  il  s'en  trouve  plusieurs  qui  semblent 
de  simples  esquisses  du  genre  de  celles  que  les  touristes  crayonnent  pour 
fixer  leur  souvenir;  ces  croquis  ne  donnent  qu'une  idée  fugitive  des 
monuments. 

En  résumé,  on  doit  une  grande  reconnaissance  à  M.  Salomon  Reinach 
qui  a  su,  à  lui  seul  et  assez  lestement,  publier  un  volume  très  utile, 
attendu  depuis  de  longues  années  et  destiné  à  faire  connaître  et  apprécier 
au  loin  l'importance  du  Musée  de  Saint-Germain*. 

A.  DE  Barthélémy, 

1.  Un  ouvrage  de  la  valeur  du  Catalogue  des  antiquités  nationales  est  des- 
tiné à  être  consulté  par  nombre  de  curieux  et  de  savants;  aussi  une  seconde 
édition  ne  se  fera  certainement  pas  attendre.  C'est  dans  cet  espoir  que  je 
crois  devoir  signaler  à  l'auteur  quelques  vétilles  échappées  à  l'étourderic  des 
imprimeurs  et  à  la  correction  des  épreuves.  M.  Salomon  Reinacli,  qui,  par  ailleurs, 
a  mainte  fois  prouvé  l'importance  qu'il  attache  à  l'exactitude  et  à  la  forme  de 
rédaction,  verra,  dans  celte  note,  avec  quel  soin  je  l'ai  lu  et  combien  je  souhaite 
qu'un  livre  aussi  utile  devienne  le  plus  parfait  possible.  —  P.  23.  Le  véritable 
titre  de  l'ouvrage  cité,  de  M.  Longnon,  est  :  Géographie  de  la  Gaule  au  Vl°  siècle. 


BIBLIOGRAPHIE.  34  < 

Fontes  juris  germanici  antiqui  in  usum  scholarum  ex  monumentis 
Germanise  historicis  separatim  editi  :  Leges  Visigothorum  anti- 
quiores^  edidit  K.  Zeumer.  Hanovre  et  Leipzig,  Hahn,  ^894.  In-S", 
xxii-395  pages. 

Monumenta  Germanix  hisforica;  Legum  sectio  IV  :  Constitutiones 
et  acta  publica  imperatorum  et  regum^  lomus  I,  edidit  L.  Wei- 
LAND.  Hanovre,  Hahn,  ^893.  ln-4°,  xxi-736  pages. 

La  série  des  Leges,  dans  les  Monumenta  Germanise,  s'est  récemment 
accrue  de  deux  volumes  qu'il  convient  de  signaler  au  lecteur. 

I.  Le  premier,  qui  appartient  à  la  collection  de  petit  format  pour 
l'usage  de  l'enseignement,  comprend  les  plus  anciens  textes  des  lois 
visigothiques,  qui  y  ont  été  recueillis  par  M.  Zeumer. 

On  y  trouve  d'abord  les  cinquante-cinq  fragments   provenant  du 

—  P.  221,  1.  16  :  après  médailles  inédites  de  Postume,  ajoutez  Rev.  num., 
1844.  —  P.  122.  Il  y  a  eu  trois  notaires  du  nom  de  Morel  d'Arleux  ;  le  posses- 
seur du  groupe  n°  12ô  porte  le  prénom  de  Charles.  —  P.  133,  1.  17  :  au  lieu  de 
photographie,  lisez  gravure.  —  P.  166,  1.  10,  et  182,  1.  21  :  au  lieu  de  Szarmi- 
getasa,  lisez  Sarmizegetuza.  —  P.  172, 1.  7  :  au  lieu  de  115,  lisez  155.  —  P.  210, 
1.  12  :  au  lieu  de  Saint-lléri,  Usez  Saint-Thibéry.  —  P.  244,  1.  16  :  au  lieu  de 
29,  lisez  99.  —  P.  275,  n.  3  :  au  lieu  de  Vitry-le-Français,  lisez  Vitry-le-Fran- 
çois;  à  la  ligne  suivante,  après  le  mot  Musée,  ajoutez  de  Saint-Germain.  — 
P.  79  :  au  lieu  de  d'héliogravure,  lisez  en  héliogravure.  —  P.  118,  1.  13  :  au 
lieu  de  xxxviii,  lisez  xxviii.  —  P.  50.  La  figurine  n"  29  a  été  trouvée  dans  le 
Jura  et  non  dans  les  Ardennes.  Cf.  la  noie  donnée  par  le  baron  de  Witte  dans 
le  Bulletin  de  la  Société  des  Antiquaires  de  France,  1872,  p.  118.  —  P.  69. 
S'agit-il  de  Chaourse  (Aisne)  ou  de  Chaource  (Aube)?  --  P.  26.  Je  crois  que 
l'expression  samienne  n'est  plus  employée  pour  indiquer  la  poterie  gallo-romaine 
rouge  et  vernissée.  —  P.  48.  «  Elle  est  d'un  style  et  d'une  conservation 
satisfaisante;  »  p.  268,  a  statuette,  »  à  propos  d'un  sanglier;  p.  271,  1.  16, 
«  travail  assez  spirituel,  »  toujours  à  propos  d'une  figure  du  même  animal, 
sont  des  lapsus  échappés  à  la  correction  d'épreuves.  —  P.  45.  Ne  pas  oublier 
que  le  Louvre  a  aussi  quelques  pièces  de  la  collection  Oppermann.  —  Le  n"  27 
étant  de  fabrique  étrusque  et  les  n°'  129  et  132,  134  et  139  de  fabrique  ita- 
lienne, ces  articles  me  paraissent  dépaysés  au  Musée  de  Saint -Germain.  — 
P.  80.  Le  plus  beau  Mercure  assis,  trouvé  à  Entrains  (Nièvre),  est  au  Musée 
du  Louvre.  —  P.  206.  L'astérisque  manque  au  n°  191  dont  l'original  est  au 
même  musée.  —  P.  100.  L'énumération  des  tirelires  est-elle  bien  utile?  Ne 
suffisait-il  pas  de  renvoyer  à  l'article  de  Henri  de  Longpérier?  —  P.  116.  A  pro- 
pos des  hermaphrodites,  je  ne  vois  pas  ceux  du  Cabinet  des  médailles  et  de  la 
collection  Alcochete.  —  P.  359.  La  main  symbolique  n"  527  est  inexactement 
représentée;  l'original,  au  Cabinet  des  médailles,  a  encore  trois  doigts.  — 
P.  183.  L'inscription  du  bas-relief  de  Varhély  est  mieux  gravée  dans  le  Bulle- 
tin de  la  Société  des  Antiquaires,  1892,  p.  233.  —  P.  338.  L'objet  placé  sous 
le  n°  437  ne  serait- il  pas  un  cervoir  médiéval? 


542  BIBLIOGRAPHIE. 

manuscrit  de  la  Bibliothèque  nationale,  lat.  12161  (provenant  de  Gor- 
bie,  puis  de  Saint-Germain);  ce  sont  ces  fragments  qui  ont  été  publiés 
pour  la  première  fois  par  Bluhme  en  18-47.  Beaucoup  d'érudits  ont  cru 
longtemps  que  ces  textes  devaient  être  considérés  comme  une  portion 
d'une  loi  promulguée  par  le  roi  Récarède  i"  (586-601),  celui-là  même 
qui  de  l'arianisme  revint  à  la  foi  catholique.  Il  paraît  maintenant 
démontré  que  la  loi  dont  sont  extraits  les  fragments  de  Paris  est  bien 
plus  ancienne.  Reprenant  une  opinion  jadis  soutenue  par  Gaupp  et 
Haenel,  Brunner,  en  cela  suivi  par  Schrôder,  les  attribue  au  roi  Euric 
(466-485).  M.  Zeumer,  qui  se  rallie  à  cette  opinion,  résume  dans  quelques 
pages  de  son  introduction  les  arguments  sur  lesquels  elle  est  solidement 
fondée.  Ainsi  datés,  ces  fragments  se  trouvent  être  la  plus  ancienne  des 
lois  barbares  que  nous  possédions. 

M.  Zeumer  avertit  le  lecteur  que  le  texte  qu'il  en  donne  n'est  point 
définitivement  établi;  il  se  réserve  en  effet  de  se  livrer  à  une  étude  nou- 
velle du  manuscrit  en  vue  de  la  grande  édition  des  Leges.  Je  signale 
d'ores  et  déjà,  après  M.  Patetta^,  une  correction  qui  me  parait  s'impo- 
ser au  texte  du  fragment  327,  tel  qu'il  a  été  restitué  par  M.  Zeumer.  Il 
s'agit  des  droits  de  succession  des  enfants  à  lears  grand-père  et  grand'mère 
maternels.  Voici  comment  M.  Zeumer  rétablit  la  phrase,  fort  incom- 
plète dans  le  manuscrit  (les  restitutions  sont  remplacées  par  l'ita- 
lique) :  Nepos  autem  ex  ftlia  superstite  pâtre  mortua,  de  ea  portione 
quam  mater  fuerat  habitura,  tercia  poriio  co7isequatur...  Au  lieu  de 
cette  restitution  énigmatique,  il  semble  certain  que  notre  texte  rap- 
pelle tout  simplement  le  droit  contenu  dans  une  constitution  du  Gode 
Théodosien  et  dans  son  Interprétation  d'après  lequel  ^  les  petits-enfants  ex 
filia  subissent  une  diminution  du  tiers  de  leur  part  au  profit  de  leurs 
oncles  et  tantes.  Il  serait  donc  tout  à  fait  raisonnable  de  restituer  ainsi 
le  texte,  suivant  les  indications  de  M.  Patetta  :  Si  fuerit  nepos  ex  filia 
superstite  pâtre  mortua,  de  ea  portione  quam  mater  fuerat  habitura, 
tertia  por^jo  detraliatur . . .  Cette  version,  exactement  conforme  à  la  loi 
romaine,  n'en  conserve  pas  moins  toutes  les  parties  du  texte  dont  la 
lecture  est  certaine. 

Après  les  fragments  du  manuscrit  de  Paris,  M.  Zeumer  publie  le 
texte  de  la  loi  de  Receswinde  (653-672).  On  sait  que  ce  prince,  qu'on 
a  nommé  avec  raison  le  Justinien  des  Visigoths,  a  achevé  et  promul- 
gué la  grande  œuvre  législative  entreprise  par  son  prédécesseur  Ghin- 
daswinde.  Cette  compilation,  divisée  en  douze  livres  d'après  un  plan 
méthodique,  comprend  trois  séries  de  textes  :  les  leges  antiquz,  extraits 
provenant  sans  doute  du  recueil  gothique  aujourd'hui  perdu  du  roi 

1.  Archivio  giuridico,  t.  LUI  (1894),  p.  17. 

2.  Constilutiou  de  Valealinieu  II,  Théodose  et  Arcadius  (année  389),  c.  4, 
Code  Théod.,  V,  1. 


1 


BIBLIOGRAPHIE.  543 

Leuvigilde  (572-586)  et  aussi  de  la  lex  romana  Visigothorum ;  les  textes 
provenant  des  novelles  des  rois  postérieurs,  Sisebut  et  Récarède,  et 
enfin  les  lois  de  Ghindaswinde  et  de  Receswinde. 

Après  Receswinde,  cette  collection  fut  à  diverses  reprises  revisée  et 
complétée;  à  la  suite  de  ces  remaniements,  elle  a  fini  par  recevoir  la 
forme  connue  sous  le  nom  de  Vulgate.  Ce  n'est  pas  sous  cette  forme 
que  la  publie  M.  Zeumer;  sans  d'ailleurs  prétendre  donner  une  édition 
définitive,  il  s'est  attaché  à  reproduire  la  loi  telle  qu'elle  est  sortie  du 
travail  ordonné  par  Ghindaswinde  et  Receswinde  :  aussi  a-t-il  pris  pour 
base  les  deux  manuscrits  que  Bluhme  avait  déjà  signalés  comme  donnant 
cette  forme  primitive,  à  savoir  le  Vatic.  reg.  1024  et  le  Paris,  lat,  4668, 
celui-ci  provenant  de  Saint-Remy  de  Reims.  Dans  l'introduction, 
M.  Zeumer  étudie  quelques  questions  relatives  à  ce  texte,  dont  il  ne 
croit  pas  la  publication  antérieure  à  une  époque  avancée  du  règne  de 
Receswinde.  —  Il  est  fort  heureux  que  M.  Zeumer  ait  ainsi  mis  à  la 
portée  des  historiens  et  des  juristes  le  texte  original  du  recueil,  qui  fut 
la  première  loi  territoriale  des  royaumes  barbares, 

A  la  suite  de  la  loi  de  Receswinde,  on  trouve  dans  le  volume  publié 
par  M.  Zeumer  les  quatorze  fragments  découverts  par  M.  Gaudenzi 
dans  un  manuscrit  juridique  de  lord  Leicester.  Ges  quatorze  chapitres 
furent  présentés  par  M.  Gaudenzi  comme  un  fragment  d'un  édit  du  roi 
Euric^.  Cette  opinion,  d'abord  accueillie  par  quelques  érudits,  ne  tarda 
pas  à  soulever  des  objections.  M.  Adolphe  Tardif  conjecturait  que  les 
quatorze  chapitres  pouvaient  tout  au  plus  être  l'œuvre  d'AlaricII,  suc- 
cesseur d'Euric2.  De  son  côté,  M.  Zeumer,  dans  un  article  qui  parut 
dès  1887  dans  le  Neues  Archiva,  y  voyait  non  une  œuvre  officielle,  mais 
des  passages  tirés  d'un  écrit  d'un  jurisconsulte  visigoth  que  M.  Brunner, 
complétant  les  conclusions  de  M.  Zeumer,  a  fait  naître  en  Provence 
dans  la  première  moitié  du  vi^  siècle^.  Dans  l'introduction  de  son 
volume,  M.  Zeumer  reproduit  ses  conclusions  ainsi  précisées.  Cepen- 
dant M.  Patetta,  dans  l'article  cité  plus  haut^,  soutient  par  des  raisons 
très  sérieuses  que  les  quatorze  chapitres  se  réfèrent  non  au  droit  des 
Visigoths,  mais  à  celui  des  Ostrogoths;  d'après  lui,  c'est  une  œuvre  ita- 
lienne et  non  provençale  ou  espagnole.  Il  est  donc  douteux  que  sa  place 
soit  marquée  parmi  les  sources  du  droit  visigothique. 

Le  volume,  où  les  textes  sont  accompagnés  de  nombreuses  variantes 

1.  Va'antica  compilazione  cil  diritto  romano  evisigoto.  Bologne,  1886,  in-8°. 

2.  Les  Leges  Wisigotliorum,  article  posthume,  publié  dans  la  Nouvelle  revue 
historique  du  droit  français  et  étranger,  t.  XV  (1891),  p.  11. 

3.  T.  XII  (1887),  p.  389  et  suiv. 

4.  Deutsche  Rechtsgeschichte,  t.  I,  p.  325. 

5.  Sui  frammenti  di  Diritto  Germanico  délia  collezione  Gaudenziana,  dans 
l'Archivio  giuridico,  t.  LUI  (1894),  p.  1  et  suiv. 


544  BIBLIOGRAPHIE, 

et  d'utiles  références  aux  écrits  qui  peuvent  servir  à  les  expliquer,  se 
termine  par  des  tables  qui  en  rendent  l'usage  commode  et  rapide. 

II.  Reprenant  l'œuvre  de  Goldast,  Pertz,  en  1839,  avait  consacré  le 
tome  II  des  Leges  (dans  la  collection  des  Monumenta  Gcrmanix)  à  recueil- 
lir les  textes  intéressant  l'histoire  du  droit  public  de  l'Allemagne.  Les 
documents  insérés  dans  ce  volume,  au  moins  pour  la  très  grande  majorité, 
concernent  la  période  qui  s'ouvre  avec  la  fin  de  la  dynastie  carolingienne 
et  se  termine  avec  le  règne  de  l'empereur  Henri  VII  de  Luxembourg 
(1313);  on  y  trouve  en  outre  quelques  documents  appartenant  à  d'autres 
époques,  notamment  la  collection  des  pseudo-capitulaires  de  Benoît  le 
Diacre.  Depuis  longtemps,  ce  volume  était  épuisé.  La  commission  des 
Monumenta  Germanix  décida  que  l'œuvre  de  Pertz  serait  refaite  et 
mise  au  point  à  l'aide  de  toutes  les  ressources  de  l'érudition  moderne. 
C'est  cette  décision  qui  a  donné  naissance  à  un  nouveau  recueil  portant 
le  titre  de  :  Constiiutiones  et  acta  publica  imperatorum  et  regiim,  et  des- 
tiné à  réunir  les  documents  de  la  période  qui  s'est  écoulée  entre  l'avè- 
nement de  Conrad  I"-'"-  au  trône  de  Germanie  (912)  et  la  mort  de 
Charles  IV  (1378).  Ce  recueil  se  trouve  ainsi  limité  par  deux  autres 
collections.  Au  point  de  départ,  il  rencontre  la  collection  des  capitu- 
laires;  au  point  d'arrivée,  il  rencontre  celle  des  actes  des  diètes.  Or, 
on  sait  que  les  capitulaires  ont  été  édités  et  réédités  par  les  Monumenta 
Germanix,  et  que  les  actes  des  diètes,  depuis  le  règne  de  Wcnceslas, 
sont  publiés  par  Weiszàcker  et  son  continuateur  sous  les  auspices  de 
l'Académie  royale  de  Munich. 

Le  nouveau  recueil  comportera  quatre  volumes.  La  tâche  de  publier 
le  premier,  entreprise  par  M.  Loersch,  a  été  menée  à  bonne  fin  par 
M.  Weiland,  à  qui  est  échu  l'honneur  d'y  attacher  son  nom.  Ce  volume 
rétablit  l'histoire  de  l'Empire  depuis  le  règne  de  Henri  I*""  jusqu'à 
la  fin  du  règne  de  Henri  VI,  c'est-à-dire  du  commencement  du  x*  siècle 
à  la  fin  du  xn^.  Les  documents  qui  le  composent  (très  peu  sont  inédits) 
atteignent  le  nombre  de  455  ;  sur  ce  nombre,  il  y  en  a  220  environ  qui 
ne  figuraient  pas  dans  la  portion  correspondante  du  volume  de  Pertz. 
En  revanche,  28  des  documents  admis  par  Pertz  ont  été  écartés,  le 
plus  souvent  parce  que  c'étaient  des  fragments  d'œuvres  historiques 
insérées  dans  d'autres  séries,  des  Monumenta.  —  Chaque  document  est 
précédé  d'une  courte  introduction  où  sont  indiquées  les  sources  utili- 
sées pour  l'édition  et  aussi,  quand  il  y  a  lieu,  les  questions  soulevées 
par  la  critique. 

Pertz,  comme  on  l'a  vu,  loin  de  se  borner  à  composer  son  volume 
d'actes  législatifs  dans  le  sens  étroit  du  mot,  y  avait  introduit  des  pièces 
qu'il  jugeait  susceptibles  de  faire  la  lumière  sur  les  divers  points  de 
l'organisation  de  l'Empire  :  traités,  sentences,  actes  de  confédération, 
lettres  des  princes,  actes  conciliaires,  etc.  Ses  successeurs  ont  suivi 
cette  voie  en  l'élargissant  encore  ;  notamment,  ils  ont  inséré  beaucoup 


1 


BIBLIOGRAPHIE.  545 

d'actes  intéressant  le  droit  canon  et  l'histoire  de  l'Église;  ce  volume  est 
très  riche  de  textes  concernant  la  lutte  entre  les  deux  pouvoirs.  Il  con- 
vient aussi  de  citer  les  cinq  appendices  qui  le  terminent  :  le  premier 
rempli  d'actes  des  papes  et  de  divers  conciles;  le  second  consacré  à  des 
actes  relatifs  à  la  Sicile;  le  troisième  aux  textes  établissant  la  trêve  de 
Dieu  dans  diverses  provinces.  Viennent  ensuite  une  série  d'actes  con- 
cernant des  objets  très  variés  et  une  série  d'actes  apocryphes. 

Le  défaut,  presque  inévitable  d'ailleurs,  d'un  tel  ouvrage,  c'est  évi- 
demment le  choix  assez  arbitraire  des  documents  qui  y  doivent  entrer. 
Il  est  visible  que  l'éditeur  n'a  pas  suivi  de  plan  méthodique;  il  a  fait 
son  volume  sans  se  laisser  guider  par  une  règle  rigoureuse.  Pourquoi 
a-t-il  admis  tel  document  et  non  tel  autre  de  même  nature  et  d'intérêt 
égal?  Je  devine  bien  la  réponse  qui  sera  faite  à  mon  objection.  L'édi- 
teur a  choisi  les  documents  qui  se  trouvaient  dans  des  collections  peu 
accessibles  (je  ne  parle  pas  des  rares  documents  inédits)  ou  ceux  dont  il 
était  en  mesure  d'améliorer  le  texte  connu.  Il  a  cherché  à  être  non 
logique,  mais  utile,  ce  qui  lui  a  semblé  préférable.  Peut-être  beaucoup 
d'érudits  seront  de  son  avis.  A  coup  sur,  le  nouveau  recueil,  dressé 
conformément  aux  exigences  des  règles  critiques,  rendra  de  grands 
services  aux  historiens  des  institutions  et  du  droit  du  moyen  âge. 

Paul  FOURNIER. 

Paul  Errera,  avocat,  docteur  agrégé  de  l'Université  de  Bruxelles. 
Les  Waréchaix,  étude  de  droit  foncier  ancien.  Bruxelles,  4  894. 
In-S°,  35  pages.  (Extrait  des  Annales  de  la  Société  d'archéologie 
de  Bruxelles.,  t.  VIII.) 

En  Belgique  et  même  en  France,  dans  les  pays  wallons,  on  rencontre 
souvent  des  terres  désignées  sous  le  nom  de  waréchaix;  cette  expres- 
sion, constamment  employée  depuis  le  moyen  âge,  se  retrouve  encore 
de  nos  jours  dans  un  grand  nombre  de  noms  de  lieux.  Qu'était-ce  que 
ces  waréchaix'!'  C'est  la  question  dont  M.  Errera  s'est  efforcé  de  trou- 
ver la  solution. 

Au  xii^  siècle  et  plus  tard,  les  waréchaix  sont  des  terres  vagues, 
bruyères  ou  broussailles,  puis  pâturages,  «  sur  lesquelles,  dans  la  plu- 
part des  cas,  la  collectivité  des  habitants  d'une  localité  exerce  les  divers 
droits  que  comporte  la  nature  du  terrain.  »  Ainsi  entendue,  cette  forme 
waréchaix  procède  d'une  forme  tudesque  warschap  ou  waerschap,  dont 
le  radical,  wer  ou  wara,  signifie  la  participation  à  la  marke,  c'est-à- 
dire  à  la  terre  commune  ;  ainsi  warscap  s'applique  très  bien  à  l'ensemble 
de  cette  terre  commune  ou  des  lots  qui  la  constituent. 

Toutefois,  il  arrive  souvent  que  ces  waréchaix  sont  des  terres  humides, 
tourbières,  terrains  d'alluvion,  champs  bordant  les  rivières  ou  les  lon- 
geant d'assez  près.  Gela  vient,  d'après  M.  Errera,  de  ce  que  la  forme 
1895  36 


546  BIBLIOGRAPHIE. 

provenant  de  warschap  a  absorbé  les  dérivés  dune  forme  très  voisine 
par  la  phonétique,  waterscap.  Dans  les  documents  belges  de  l'époque 
franque,  warscap  ne  donne  naissance  à  aucun  mot  latin  ;  mais  water- 
scap a  engendré  une  forme  latine,  wadriscapium,  qui  signifie  «  une 
dépendance  d'une  exploitation  rurale  en  rapport  direct  avec  les  eaux 
qui  l'alimentent,  »  sans  qu'il  soit  possible  de  préciser  davantage.  Sans 
doute  le  mot  warécbaix  du  moyen  âge  procède  philologiquement  de 
warscap;  mais,  par  un  phénomène  de  convergence  linguistique  qui 
est  l'inverse  de  celui  des  doublets,  il  a  pris  aussi  le  sens  de  l'ancien 
walcrscap.  C'est  pourquoi  on  sent  lutter  dans  les  significations  du  mot 
warécbaix  au  moyen  âge  les  acceptions  primitives  très  différentes, 
«  l'une  d'elles  finissant  par  prendre  le  dessus,  mais  non  sans  être  influen- 
cée encore  par  les  rappels  de  l'autre.  > 

Telle  est  l'explication  ingénieuse  que  présente  M.  Paul  Errera.  Son 
mémoire,  fort  intéressant  pour  l'histoire  de  la  propriété  foncière  dans 
les  pays  wallons,  se  recommande  par  une  étude  faite  avec  soin  de  nom- 
breux textes  d'époques  variées  où  est  employé  le  mot  waréchaix. 

Paul  FOURNIER. 

Léon  GoBiN.  Noies  et  documents  concernant  i' histoire  d'Auvergne. 
Sur  un  point  particulier  de  la  procédure  mérovingienne  appli- 
cable à  l'Auvergne,  «  l'institution  d'Apetinis.»  (Extrait  du  Bulle- 
tin de  l'Académie  des  sciences,  belles-lettres  et  arts  de  Clermont- 
Ferrandj  2"  série,  1894,  n°s  6  et  7.) 

M.  Gobin  s'est  occupé  de  la  procédure  d'Apenîiis  à  cause  d'une 
formule  relative  à  cette  procédure  qui  se  trouve  dans  les  Formulx 
Arvernenses;  il  ne  se  dissimule  pas  d'ailleurs  que  cette  procédure  est 
commune  à  toute  la  Gaule.  Il  en  marque,  d'après  les  recueils  de  for- 
mules, les  transformations  bien  connues.  Une  erreur  commise  par  lui 
obscurcit  tout  son  exposé.  Il  semble  croire  que  le  formulaire  de  Mar- 
culfe  comprend  les  formules  d'Auvergne,  de  Sens  et  de  Tours.  Il  lui 
sera  facile  de  constater  que  ce  sont  là  des  recueils  indépendants  de 
celui  de  Marculfe. 

P.  F. 

D""  Gustav  ScHNDERER,  professcuf  à  l'Université  de  Fribourg  en 
Suisse.  Die  Ënlstehung  des  Kirc/ienstaates.  Cologne,  J.-P.  Bachem, 
'1894.  In-8°,  -H  5  pages. 

Chaque  année  la  Gôrres-Gesellschaft  publie,  à  la  destination  du 
grand  public,  plusieurs  brochures  dont  chacune  contient  le  résumé 
d'une  question  scientifique  ou  historique,  dû  à  la  plume  d'un  homme 
compétent.  C'est  à  ce  titre  que  le  docteur  Gustav  Schniirer  a  été 
appelé  à  traiter  dans  cette  collection  de  la  formation  de  l'État  ecclé- 


BIBLIOGRAPHIE.  547 

siastique.  L'auteur  y  expose  les  faits  avec  clarté  et  sobriété;  comme  il 
convient  à  la  nature  de  la  publication,  l'appareil  d'érudition  est  réduit 
aux  citations  strictement  nécessaires. 

On  trouvera  dans  ce  mémoire  l'histoire  résumée  des  patrimoines  de 
l'Église  romaine,  bien  connue  par  les  études  de  M.  Fabre,  et  l'exposé 
du  rôle  que  jouèrent  les  papes  en  Italie  avant  les  événements  qui  y 
assurèrent  la  prépondérance  aux  Lombards  au  détriment  des  Byzan- 
tins. On  sait  que,  pour  échapper  aux  Lombards,  Etienne  K  vint 
en  France  solliciter  l'appui  de  Pépin  le  Bref;  l'auteur,  contrairement 
à  l'opinion  de  MM.  Bayet  et  Diehl,  mais  conformément  à  celle  de 
Waitz,  estime  que  cette  démarche  n'a  nullement  été  faite  par  le  pape 
à  la  suite  d'une  invitation  venue  de  Gonstantinople.  Sur  le  traité  de 
Quierzy,  intervenu  lors  du  voyage  d'Etienne  II  (754);  sur  la  confirma- 
tion de  ce  traité  qui  eut  lieu  vingt  ans  plus  tard,  lorsque  Gharlemagne 
se  rendit  à  Rome  en  774  pour  y  conférer  avec  Hadrien  I^i-,  enfin  sur 
les  causes  à  raison  desquelles  ce  traité  ne  fut  pas  mis  à  exécution  dans 
son  ensemble,  le  docteur  Schnûrer  développe  des  opinions  qui,  dans 
leurs  grandes  lignes,  sont  conformes  aux  idées  émises  par  M.  l'abbé 
Duchesne  dans  sa  belle  introduction  au  tome  !«'■  du  Liber  Pontificalis  ; 
c'est  dire  qu'il  ne  conteste  pas  la  valeur  historique  du  célèbre  passage 
de  la  vie  d'Hadrien  le"".  Selon  lui,  et  cette  opinion  paraît  bien  établie, 
l'État  de  l'Église  est  né  de  la  donation  primitive  de  Pépin,  vainqueur 
des  Lombards,  et,  en  second  heu,  des  concessions  qu'en  781  et  dans  les 
années  suivantes  Hadrien  obtint  de  Gharlemagne  en  même  temps  qu'il 
renonçait  à  se  prévaloir  de  la  donation  trop  étendue  et  par  là  môme 
irréalisable  faite  à  Quierzy  et  confirmée  en  774.  Toutefois,  à  la  différence 
de  M.  l'abbé  Duchesne,  M.  Schnûrer  ne  croit  pas  nécessaire  d'admettre 
que  la  fameuse  donation  de  Gonstantin  ait  inspiré  directement  un  pas- 
sage de  la  lettre  écrite  en  mai  778  par  Hadrien  à  Gharlemagne. 

P.  F. 

Chartularium  Universitatis  Parisiensis,  sub  auspiciis  consilii  gene- 
ralis  Facultatum  Parisiensium  ex  diversis  bibliothecis  labulariisque 
collegit,  cura  authenticis  charlis  contulit,  notisque  illustravit 
Heinricus  Denifle,  0.  P.,  in  archivo  apostolicae  sedis  Roraanae 
vicarius,  academiarumVindobonensiset  Berolinensis  sociu3,auxi- 
lianLe  iÉmilio  Châtelain,  bibllothecee  Universitatis  in  Sorbona 
conservatore  adjuncLo.  Tomus  III,  ab  anno  M  CGC  L  usque  ad 
annum  M  CGC  LXXXXIIII. 

Aucfarium  Chartularii  Universitatis  Parisiensis,  sub  auspiciis,  etc., 
ediderunt  H.  Denifle  el  iEmilius  Châtelain.  Tomus  I  :  Liber  pro- 
curatorumNationisAnglicanx  [MQma.nnix),aLha.nno  M  GC>GiXX.Xlll 
usque  ad  annum  M  CGGG  VI.  Parisiis,  ex  typis  fratrum  Delalain, 


548  BIBLIOGRAPHIE. 

via  a  Sorboae  dicta,  anno  M  ÛGGG  LXXXXIllI.  In-4°,  xxx7ii-777 
et  LxxvII-99^  pages. 

En  terminant  dans  ce  recueiM  le  compte-rendu  du  second  volume, 
première  partie,  du  Cartulaire  de  l'Université,  nous  émettions  le  vœu 
de  voir  bientôt  paraître  la  seconde  partie  de  ce  beau  volume,  avec  l'in- 
troduction annoncée.  Les  circonstances  et  les  éditeurs  en  ont  décidé 
autrement,  et  c'est  le  troisième  volume  qu'ils  nous  offrent  aujourd'hui. 
Ils  ont  pensé,  en  effet,  que  l'histoire  des  collèges  séculiers,  qui  doit 
remplir  la  seconde  partie  du  tome  II,  n'a  rieu  de  pressé  et  qu'il  y  a  plus 
d'intérêt  à  donner  le  volume  qui  doit  renfermer  les  affaires  de  l'Uni- 
versité jusqu'à  sa  réforme,  et  surtout  à  publier  les  pièces  relatives  au 
grand  schisme,  dont  beaucoup  de  savants  s'occupent  à  l'heure  actuelle. 
Ce  nouveau  volume  va  de  1350  à  1394,  c'est-à-dire  jusqu'à  la  mort  du 
pape  Clément  VIL  Alors  finit  la  période  brillante  de  l'Université;  après 
cette  date,  elle  se  scinde,  et  cette  scission  a  duré  jusqu'au  concile  de 
Constance. 

En  même  temps  que  ce  volume,  parait  le  tome  I  du  Supplément  du 
Cartulaire,  renfermant  le  livre  des  procureurs  de  la  nation  anglaise 
(Allemagne)  de  1333  à  1406,  qu'il  est  fort  utile  de  rapprocher  du 
tome  m  du  Cartulaire.  Il  contient,  en  effet,  beaucoup  d'actes  relatifs 
à  l'Université  pour  la  même  époque.  On  trouvera,  partie  dans  le  texte 
du  Supplément,  partie  dans  les  notes,  des  documents  déjà  publiés  ou 
indiqués  par  Jourdain,  mais  l'édition  en  est  plus  correcte^*. 

La  tâche  que  nous  avons  à  accomplir  est  fort  agréable,  car  nous 
n'avons  que  des  éloges  à  adresser  aux  deux  auteurs  de  ce  Cartulaire, 
que  le  savant  le  plus  compétent  en  ces  matières,  M.  L.  Delisle,  a  jus- 
tement qualilié  «  d'admirable.  »  La  vaste  étendue  de  ce  travail,  qui 
semble  croître  à  mesure  que  l'oeuvre  s'avance,  n'est  égalée  que  par  le 
soin  et  le  zèle  soutenus  avec  lesquels  il  est  accompli.  La  correction  des 
textes,  l'abondance  et  la  précision  des  notes  en  font  un  recueil  de  la  plus 
haute  utilité  et  digne  de  la  plus  grande  conhance.  Les  éditeurs,  qui 
cherchent  toujours  à  améliorer  leur  travail  en  profitant  des  observations 
qui  leur  sont  faites,  ont  donné  dans  ce  volume  les  premiers  mots  des 
actes  qu'ils  ne  font  que  mentionner  (cf.  n°s  H9S,  1198*,  1207,  1208). 

Fidèles  au  système  que  nous  avons  adopté  pour  les  deux  premiers, 
nous  chercherons  a  donner  une  idée  de  ce  troisième  volume  en  analy- 

1.  Bibliothèque  de  l  École  des  c/iarles,  t.  LIV  (1893j,  p.  549. 

i.  Le  tome  I  de  lAuclariiiin  comprend  une  introduction  de  77  pages; 
944  pages  de  texte  sur  deux  colonnes;  ÏElencIms  procuratorum,  p.  945-961; 
un  Index  personarum,  p.  963-991.  — Les  éditeurs  annoncent  qu'ils  ont  en  pré- 
paration les  lomes  IV,  V,  VI  et  VII  du  Cartulaire  (y  compris  la  seconde  partie 
du  l.  II)  et  trois  volumes  du  Supplément.  Lorsqu'elle  sera  terminée,  cette 
publication  comptera  donc  11  volumes  in-4''. 


BIBLIOGRAPHIE.  549 

sant  l'introduction  des  éditeurs;  nous  ne  pourrions  avoir  de  meilleur 
guide  pour  mettre  en  lumière  les  points  nouveaux  et  intéressants  qui 
ressortent  de  leur  belle  publication  ;  ils  nous  ont,  cette  fois,  facilité  la 
tâche  en  relevant  eux-mêmes  les  actes  les  plus  dignes  d'attention. 

Les  éditeurs  nous  tracent,  dans  leur  §  2,  un  tableau  animé  et  parfois 
piquant  de  l'état  de  l'Université  dans  la  seconde  moitié  du  xiv«  siècle. 
Ils  nous  montrent  d'une  part  sa  puissance  et  l'estime  qu'elle  avait  d'elle- 
même  et  qu'elle  avait  réussi  à  faire  partager  aux  autres.  Sa  jactance 
parait  dans  un  texte  publié  à  la  fin  de  l'Introduction.  Dans  ce  traité, 
dont  les  éditeurs  nous  donnent  un  long  fragment  sous  le  titre  d'  «  Éloge 
de  la  France  et  de  l'Université  de  Paris,  »  l'auteur  anonyme,  Gerson, 
disent  les  uns,  Nicolas  de  Clémangis,  suivant  les  éditeurs,  ne  craint 
pas  d'avancer  que  le  pape  et  l'Université  sont  les  deux  lumières  du 
monde.  L'Université  vient  du  paradis  ;  elle  a  passé  par  Athènes  et  par 
Rome,  etc.  Elle  comprenait  alors  toutes  les  prérogatives  et  tous  les 
enseignements  des  autres  Universités.  La  prééminence  de  ce  corps 
s'exerçait  surtout  dans  les  «  arts  »  et  la  théologie.  On  pensait  alors  que 
dans  la  Faculté  de  théologie  de  Paris  la  vérité  catholique  reposait 
comme  dans  son  siège  naturel.  Les  docteurs  parisiens  discernent  ce 
qu'il  y  a  de  vrai  et  do  faux  dans  la  foi,  et  les  prélats  n'ont  qu'à  définir 
par  leurs  sentences  ce  qui  a  été  déterminé  par  les  docteurs.  C'était  là 
l'opinion  de  Denys  FouUechat,  de  Pierre  d'Ailly  et  de  Jean  Gerson. 
Les  maîtres  en  théologie  étaient  les  coadjuteurs  du  pape.  Ce  qui  les 
confirmait  dans  cette  bonne  opinion  d'eux-mêmes,  c'est  que  les  Uni- 
versités étrangères  (Cologne,  Vienne,  Bologne)  étaient  favorables  aux 
prétentions  de  celle  de  Paris.  Les  papes  eux-mêmes  reconnaissaient 
cette  supériorité.  De  là  la  puissance  de  l'Université  à  cette  époque. 
Elle  s'interpose  entre  les  peuples  et  les  rois  ;  son  recteur  prend  place 
avant  l'évêque  de  Paris  ;  elle  triomphe  des  prétentions  d'Hugues  Aubriot, 
prévôt  de  Paris.  Tandis  que  le  pape  d'Avignon  voyait  diminuer  son 
autorité,  l'Université  de  Paris  proposait,  avec  l'appui  des  autres  Uni- 
versités, des  moyens  de  rétablir  l'union  dans  l'Église.  Enfin,  elle  devient 
puissance  politique  sous  Benoit  XIII;  quand  elle  veut  faire  triompher 
ses  droits,  elle  suspend  ses  leçons  ;  comme  le  roi,  elle  a  ses  ambas- 
sadeurs. 

Mais  le  progrès  des  études  est-il  en  rapport  avec  la  jactance  de  l'Uni- 
versité? C'est  ce  que  les  éditeurs  examinent,  en  passant  successivement 
en  revue  la  théologie,  la  philosophie,  les  belles-lettres,  le  droit  et  la 
médecine. 

La  théologie,  qui  avait,  plus  encore  qu'à  l'époque  précédente,  négligé 
ses  véritables  sources,  les  ouvrages  des  Pères,  est  stérile;  le  nominalisme 
domine.  A  peine  peut-on  citer  quelques  ouvrages  de  théologie  morale, 
comme  ceux  de  J.  Gerson.  Dès  que  le  schisme  éclate,  les  théologiens 
abandonnent  les  fécondes  disputes  entre  les  maîtres  pour  rédiger  des 


550  BIBLIOGRAPHIE. 

traités  sur  le  schisme.  Une  autre  cause,  déjà  signalée  dans  le  tome  II, 
de  l'affaiblissement  des  études  théologiques,  ce  sont  les  dispenses  de 
temps  accordées  pour  la  lecture  des  sentences  et  pour  la  licence  (voy. 
les  lettres  de  recommandation  sous  les  n^^  1303  et  1321).  Les  licenciés 
par  la  grâce  des  pontifes  étaient  plus  nombreux  que  les  licenciés  de 
l'Université.  Celle-ci  résistait  en  vain;  mais  ce  sont  surtout  les  religieux 
qui  souffrirent  du  discrédit  qui  s'attacha  à  ces  trop  nombreuses  dis- 
penses. 

En  philosophie,  l'Université  reçut  en  héritage  de  la  période  précé- 
dente le  nominalisme.  Parmi  les  plus  célèbres  nominalistes  dont  les 
écrits  seront  exclus  de  l'Université  et  de  tout  le  royaume,  en  1473,  par 
Louis  XI,  on  peut  citer  Guillaume  d'Ockam,  Grégoire  de  Rimini,  Jean 
Buridan,  Pierre  d'Ailly,  etc. 

Quant  aux  belles-lettres,  les  éditeurs  signalent  quelques  progrès  en 
France,  en  comparant  le  xiii«  siècle  et  les  soixante-dix  premières  années 
du  xive.  A  la  corruption  du  latin,  à  l'abandon  des  classiques  avait  suc- 
cédé un  mouvement  de  renaissance,  à  l'imitation  de  celui  qui  avait  eu 
lieu  en  Italie.  En  France,  ce  mouvement  avait  commencé  par  la  tra- 
duction française  de  Tite-Live  par  Pierre  Bercheure.  Les  auteurs  latins 
furent  étudiés  et  les  lettres  latines  cultivées,  comme  le  prouve  le  traité 
écrit  en  1388  par  Nicolas  de  Clémangis,  dont  nous  avons  parlé  ci-des- 
sus. Avec  Clémangis,  Nicolas  de  Montreuil,  Pierre  d'Ailly,  Jean  Ger- 
son  représentent  en  France  les  belles-lettres.  Mais  ce  moment  brillant 
dura  peu,  et  avant  la  fin  du  xiv«  siècle  les  écrivains  retombent  dans  le 
style  pompeux  et  ampoulé. 

La  musique  eut  alors  pour  maîtres  enseignants  Jean  Le  Comte  et 
Guillaume  le  Bourguignon.  Le  droit  a  pour  représentants  les  juriscon- 
sultes Jean  de  Bournazel,  Jean  Fabre,  Simon  de  Cramaud  ;  la  médecine, 
les  célèbres  Gervais  Chrétien,  Guibert  de  Celseto  et  Jean  de  Guistri, 
médecins  de  Charles  V.  Le  nombre  des  étudiants  en  médecine  a  aug- 
menté. 

Si  l'on  examine  ce  que  devinrent  les  études  pendant  le  schisme,  on 
constate  qu'elles  ont  éprouvé  une  profonde  décadence  dont  on  peut 
ramener  les  causes  aux  suivantes  :  trouble  des  esprits  provoqué  par  le 
schisme  et  par  la  question  de  savoir  quel  était  le  véritable  pape  ;  inter- 
ruption des  leçons  des  plus  célèbres  docteurs  de  l'Université  occupés 
à  porter  la  parole  dans  les  conciles  ou  devant  les  papes  ;  pertes  subies 
par  l'Université,  par  suite  du  départ  des  maîtres  dont  l'opinion  ne  pou- 
vait se  pliera  celle  de  la  majorité,  et  fondation  d'Universités  étrangères, 
en  Allemagne  notamment;  faveur  des  papes  pour  les  sujets  qui  avaient 
soutenu  leurs  intérêts  et  qui  n'étaient  pas  toujours  les  plus  dignes, 
comme  ce  cardinal  Nicolas  de  Saint- Saturnin ,  que  Clément  VU 
nomma  chancelier  de  l'Université  de  Paris  et  qui  ne  put  s'acquitter  de 
sa  tâche. 


BIBLIOGRAPHIE.  55< 

Par  un  effet  inverse,  les  débats  du  schisme  favorisèrent  dans  une 
certaine  mesure  le  développement  de  la  langue  française,  par  suite  de 
la  nécessité  où  se  trouvèrent  les  suppôts  de  l'Université  de  parler  en 
français  dans  les  assemblées  à  propos  des  affaires  du  schisme.  Suivant 
le  P.  Denifle,  par  leur  habileté  à  la  riposte,  ils  ne  seraient  pas  déplacés 
même  aujourd'hui  dans  nos  assemblées  délibérantes. 

Malheureusement,  comme  nous  l'avons  déjà  vu  à  propos  du  tome  II, 
la  plaie  des  études  était  la  recherche  des  bénéfices  et  des  prébendes. 
Tous  les  clercs,  depuis  le  plus  infime  jusqu'au  plus  élevé,  y  compris 
N.  de  Clémangis  et  P.  d'Ailly,  étaient  atteints  de  cette  fièvre;  la  grande 
affaire  pour  eux  était  d'obtenir,  soit  du  pape,  soit  du  roi,  soit  des 
évèques,  d'être  inscrits  sur  le  rôle  des  bénéfices  à  décerner  par  le  pape. 
On  conçoit  la  difficulté  qu'ils  éprouvaient  à  être  satisfaits,  quand  on 
songe  au  nombre  considérable  des  suppôts  de  l'Université  à  cette 
époque.  En  1394,  les  notes  fournies  par  eux  pour  la  répression  du 
schisme  dépassent  le  chiffre  de  10,000.  D'après  Jean  Petit,  les  maîtres 
es  arts  étaient  1,000.  Un  ambassadeur  persan  compte  dans  l'Université 
de  Paris  30,000  écoliers  ;  en  admettant  que  ce  chiffre  soit  exagéré,  le 
nombre  de  10,000  paraît  tout  à  fait  vraisemblable. 

Tout  le  §  3  de  l'Introduction  est  consacré  aux  faits  et  aux  documents 
nouveaux  que  les  éditeurs  ont  mis  en  lumière  ;  nous  n'aurons  guère 
qu'à  puiser  dans  les  pages  xvii  à  xxiii  pour  donner  une  idée  des  décou- 
vertes qu'ils  ont  faites  et  de  la  richesse  de  leur  information.  Qu'il  nous 
soit  permis  de  citer  seulement  quelques  faits  importants  ou  curieux. 
Les  textes  de  ce  volume  et  ceux  du  supplément  nous  font  connaître  les 
noms  des  étudiants  et  leur  profession  magistrale.  Notre  jugement  sur 
certains  hommes  de  grand  renom  doit  être  changé.  Ainsi  Pierre  d'Ailly 
a  non  seulement  dépassé  les  autres  en  ambition,  mais  encore  c'était  un 
homme  de  mauvaise  foi  qui,  pour  ce  motif,  avait  été  chassé  du  conseil 
des  maîtres  {Auct.,  I,  707). 

Nous  devons  signaler  comme  importants  les  articles  par  lesquels  la 
Faculté  de  théologie  s'insurge  contre  le  recteur  de  l'Université  en  1359 
(no  1246).  A  ces  débats,  il  faut  joindre  le  procès  célèbre  de  l'Univer- 
sité contre  Jean  Blanchart,  chancelier.  Ces  documents,  encore  incon- 
nus (nos  1504-1522,  p.  340-420),  renferment  à  eux  seuls  la  matière  d'un 
livre  spécial,  au  dire  des  éditeurs,  tant  ils  sont  riches  en  faits  sur  les 
mœurs  du  temps  I  Les  éditeurs  nous  donnent  un  texte,  meilleur  que 
celui  de  Du  Boulay,  des  statuts  d'Urbain  V  pour  les  quatre  Facultés, 
statuts  qui  sont  restés  le  fondement  de  l'Université  jusqu'à  la  réforme 
du  cardinal  Guillaume  d'Estouteville  (no  1319),  et  ils  y  ajoutent  des 
statuts  importants  pour  la  théologie  {n°^  1494  et  1534)  et  les  décrets 
(nos  1594  et  1712).  On  remarque  ce  fait  curieux,  que  Grégoire  XI  et  Clé- 
ment VII  ont  permis  de  lire  la  médecine,  l'un  à  Guillaume  Bourreau 
[Carnifex],  médecin  marié,  l'autre  à  un  prêtre,  Guibert  de  Celseto.  Deux 


5S2  BIBLIOGRAPHIE. 

lettres  d'Innocent  VI  pour  la  Faculté  des  décrets  réfutent  cette  fausse 
opinion  que  ce  pape  a  permis  la  lecture  du  droit  civil  à  Paris  (n^^  1230 
et  1242).  Ce  n'est  que  des  documents  du  Cartulaire  de  l'Université  que 
l'on  peut  tirer  la  date  d'élection  des  chanceliers  du  temps,  Grimerus 
Bonifacii,  Johannes  de  Calore,  Nicolaus  de  Sancto  Saturnino,  J.  Blanchart, 
etc.  Il  fournit  également  des  noms  nouveaux  de  libraires  de  l'Université 
de  Paris  (n»^  1325  et  1407).  Une  place  considérable  de  ce  volume  est 
occupée  par  les  rôles  adressés  au  souverain  pontife  par  l'Université,  les 
Facultés  et  les  particuliers.  Ils  fournissent  des  noms  encore  inconnus  ; 
ils  donnent  la  nation,  le  lieu  natal  des  hommes  connus,  ou  changent 
en  certitudes  les  conjectures  déjà  faites. 

On  y  trouve  réunis  tous  le?  documents  relatifs  au  procès  de  l'Univer- 
sité contre  Jean  de  Montesson,  publiés  d'après  les  originaux  et  les 
meilleurs  manuscrits,  ce  que  n'avaient  fait  ni  Du  Boulay,  ni  Baluze,  ni 
d'Argentré  !  Le  vrai  caractère  de  ce  procès  se  dégage  de  cette  publica- 
tion. C'est  un  procès  théologique  et  non  politique.  Il  n'est  pas  un  effet 
de  la  domination  des  Marmousets,  puisqu'il  a  commencé  en  1387,  un 
an  avant  leur  avènement  au  pouvoir.  On  y  apprend  qu'en  1391  Clé- 
ment VII  appela  devant  lui  toutes  les  causes  entre  l'Université  et  les 
Prêcheurs.  On  remarquera  également  dans  ce  volume  beaucoup  de  docu- 
ments inédits  et  d'une  certaine  étendue,  sur  les  mœurs  et  les  usages 
du  siècle,  les  luttes  des  prévôts  et  des  sergents  de  Paris  contre  les  éco- 
liers et  les  maîtres  (n"'  1200,  1293,  1311,  1312,  1326,  etc.).  Il  faut  dire 
ici  quelques  mots  sur  les  ordres  religieux.  Les  documents  de  ce  troi- 
sième volume  ont  donné  beaucoup  pour  les  chapitres  généraux  des  Prê- 
cheurs et  des  Clunisiens  et  relativement  peu  pour  les  chapitres  des  Cis- 
terciens. Les  ordres  étant  divisés  à  cette  époque,  les  éditeurs  ne  se  sont 
occupés  que  de  ceux  qui  tenaient  pour  le  pape  d'Avignon.  La  préface 
relève  encore  quelques  renseignements  nouveaux  sur  l'ordre  des  Servîtes 
(Servi  D.  Mariœ),  qui  n'avaient  pas  de  collège  à  Paris,  mais  seulement 
une  maison,  qu'ils  quittèrent,  ayant  pris  le  parti  du  pape  romain,  et  enfin 
sur  l'ordre  de  la  Charité-Notre-Dame,  qui  reçut  à  Paris  le  nom  d'ordre 
des  Billettes. 

Mais  c'est  surtout  pour  le  schisme  que  co  volume  est  utile  à  consulter. 
Les  éditeurs  se  sont  principalement  attachés  à  donner  les  actes  de  Clé- 
ment VII,  parce  que,  après  quelques  hésitations,  l'Université  de  Paris 
abandonna  Urbain  VI  et  Boniface  VIII  pour  se  rattacher  à  la  cause  de 
leur  adversaire.  On  y  verra,  par  le  rôle  de  1379,  que  c'est  à  partir  de 
cette  date,  et  non  en  1383,  que  l'Université  s'est  ralliée  à  Clément  VIL 
Le  Cartulaire  montre,  entre  ces  deux  dates,  plusieurs  mandements  du 
pape  au  chancelier  de  Paris.  Après  la  mort  de  Jean  de  la  Chaleur,  le 
pape  nomma  un  autre  chancelier,  avec  l'approbation  du  chapitre  de 
Paris  et  de  l'Université  ;  on  apprend  aussi  par  ces  textes  qu'une  tenta- 
tive fut  faite  de  1390  à  1391  pour  ramener  l'union  dans  l'Église.  Les 


BIBLIOGRAPHIE,  333 

textes  publiés  montrent  l'enchaînement  des  faits  et  fournissent  des  ren- 
seignements ignorés. 

Le  groupement  des  textes  que  nous  venons  d'indiquer  pour  le  schisme 
a  été  appliqué  par  les  éditeurs  à  deux  autres  sujets,  le  procès  contre  le 
chancelier  Blanchart  et  celui  contre  Jean  de  Montesson.  Une  introduc- 
tion particulière  précède  le  rôle  de  1379,  et  les  groupes  de  documents 
que  nous  venons  d'indiquer  en  expose  le  contenu  et  les  explique.  La 
clarté  des  faits  gagne  à  cet  arrangement  ce  qu'y  perd  l'ordre  chronolo- 
gique. 

Quoique  la  méthode  de  l'édition  soit  naturellement  la  même  que  dans 
les  deux  premiers  volumes,  les  éditeurs  ont  été  obligés,  à  cause  du 
nombre  toujours  croissant  des  documents,  de  se  montrer  plus  sévères 
pour  leur  admission;  c'est  ainsi  qu'un  plus  grand  nombre  de  textes  ont 
été  rejetés  et  mentionnés  seulement  dans  les  notes;  on  a  exclu  à  des- 
sein certains  documents,  comme  les  procès  devant  le  Parlement  pour 
des  rixes  entre  écoliers.  Les  éditeurs  ont  fait,  plus  souvent  que  dans 
les  volumes  précédents,  des  extraits  ou  des  abrégés,  notamment  pour 
les  mandements  des  papes  au  chancelier;  on  a  supprimé  partout  les 
formules  semblables.  Les  notes  sont  plus  abondantes,  les  noms  sont 
restitués  à  leur  vraie  forme  ;  on  a  indiqué  la  date  précise  d'élection  des 
cardinaux,  évêques  et  abbés;  on  a  joint  des  notices  aux  principaux 
personnages  et  aux  faits  nouveaux.  L'altération  des  textes,  l'incorrec- 
tion des  manuscrits,  même  des  registres  des  papes  depuis  Urbain  V, 
ont  rendu  plus  difficile  la  tâche  des  éditeurs,  qui  se  sont  appliqués  à 
donner  des  textes  aussi  corrects  que  possible. 

Les  sources  sont  les  mêmes  que  celles  du  tome  II,  c'est-à-dire  les 
volumes  suivants  des  collections  du  Vatican  et  des  Archives  nationales. 
Les  nouveaux  manuscrits  employés  sont  surtout  des  volumes  relatifs 
au  schisme  et  au  procès  contre  le  chancelier  (aux  Archives  du  Vatican, 
arm.  54  et  coll.  440).  La  bibliothèque  du  Vatican  et  la  Bibliothèque 
nationale  de  Paris  ont  fourni  des  documents  sur  l'Université,  sur  le 
procès  contre  Jean  de  Montesson  et  sur  le  schisme.  Les  éditeurs  ont 
mis  aussi  à  contribution  les  archives  d'Avignon  et  la  bibliothèque  de 
Rouen  (ms.  de  Jumièges).  Ils  ont  tiré  grand  parti  pour  leurs  notes  du 
catalogue  des  licenciés  en  théologie  de  la  Faculté  de  Paris  de  1373 
(deux  mss.  de  la  Bibl.  nat.  de  Paris,  lat.  5657  et  12850),  qui  sont  une 
source  sûre,  quoique  les  noms  soient  altérés  et  aient  besoin  de  correc- 
tions; sans  compter  nombre  d'autres  manuscrits  du  British  Muséum,  etc. 

Le  volume  se  termine  par  un  appendice  contenant  les  statuts  de  la 
Faculté  des  décrets  (p.  641-659),  les  addenda  et  corrigenda  (p.  660-670), 
la  table  des  documents  (p.  671-692),  dans  laquelle  les  actes  sont  répartis 
en  quatre  groupes,  l'ordre  chronologique  rigoureux  étant  abandonné,  et 
enfin  les  deux  Index  personarum  per  nomina  et  prêenomina  (p.  693-755) 
et  Index  reriim  (p.  756-777),  dressés  avec  le  même  soin  et  la  même 


554  BIBLIOGRAPHIE. 

ampleur  que  dans  les  volumes  précédents.  C'est  une  mine  précieuse 
pour  l'histoire  littéraire  du  xiv"  siècle. 

La  publication  du  Cartulaire  de  l'Université  s'avance,  on  le  voit,  avec 
une  régularité  et  une  constance  dont  il  faut  féliciter  hautement  le 
P.  Denifle  et  M.  Châtelain,  et  qui  donne  toute  confiance  pour  la  suite 
de  ce  beau  travail.  Tout  nous  fait  donc  espérer,  ainsi  que  le  promettent 
les  éditeurs,  que  l'année  1900,  c'est-à-dire  le  septième  centenaire  du 
premier  acte  donné  par  Philippe-Auguste  en  faveur  de  l'Université  de 
Paris,  verra  l'achèvement  de  cette  œuvre  magistrale. 

A.  Bruel. 


Henri  Forgeot.  Jean  Balue,  cardinal  d'Angers  (i42i?-i491).  Paris, 
Emile  Bouillon,  ^895.  ln-8o,  xxviii-239  pages.  {Bibliothèque  de 
l'École  des  hautes-études,  iOd"  fasc.) 

Notre  confrère  M.  Henri  Forgeot  s'est  proposé,  dans  l'ouvrage  dont 
nous  allons  rendre  compte,  d'instruire  «  un  grand  procès  de  revision  » 
au  sujet  d'une  personnalité  historique  sur  laquelle  les  jugements  les 
plus  sévères  ont  été  portés. 

Partout  et  toujours  Jean  Balue  a  été  considéré  comme  un  vulgaire 
ambitieux,  à  qui  il  ne  manquait  qu'un  vice  :  l'hypocrisie;  un  ignorant, 
qui  ne  dut  ses  hautes  fonctions  qu'à  la  faveur;  un  négociateur  mala- 
droit, un  traître  enfin,  qui  conduisit  Louis  XI  au  château  de  Péronne. 
Notre  confrère  s'est  demandé  si  cette  opinion,  pour  générale  qu'elle 
soit,  n'était  pas  sujette  à  caution  et  si  elle  se  dégageait  comme  une 
conséquence  nécessaire  de  l'examen  critiijue  des  textes,  —  chroniques 
et  documents  d'archives. 

A  cette  question,  il  n'était  possible  de  répondre  d'une  manière  cer- 
taine qu'en  ouvrant  une  vaste  enquête  dans  laquelle  tous  les  témoins 
seraient  entendus,  toutes  les  dépositions  contrôlées.  C'est  ce  que  M.  H. 
F.  a  fait  avec  l'impartialité  la  plus  scrupuleuse  et,  hàtons-nous  de  le 
dire,  avec  un  réel  bonheur,  car  il  a  su  découvrir  et  utiliser  des  pièces 
manuscrites  de  premier  ordre,  qui  avaient  échappé  aux  recherches  des 
historiens.  Ces  titres,  en  effet,  qu'il  publie  en  appendice,  passent  en 
revue  tous  les  actes  politiques  de  la  vie  de  l'évêque,  ses  ambassades,  sa 
conduite,  ses  rapports  avec  les  ducs  de  Bourgogne,  et  nous  initient  aux 
moindres  détails  de  ses  intrigues  et  de  sa  trahison. 

De  là  une  monographie  des  plus  substantielles  et  des  plus  instructives, 
qui  est  à  coup  sûr  une  contribution  fort  importante  à  l'histoire  d'un 
règne  imparfaitement  connu  jusqu'à  ces  dernières  années.  Elle  com- 
prend, outre  l'introduction  et  la  bibliographie,  neuf  chapitres  dont  voici 
les  titres  :  Jeunesse  de  Balue  (et  non  Ballue  ou  La  Balue,  ces  deux 
formes  étant  inexactes).  Origines  de  sa  faveur  (14217-1464).  —  Jean 
Balue  dignitaire  de  l'Église.  Son  rôle  dans  les  affaires  religieuses  (1464- 


BIBLIOGRAPHIE.  355 

1469).  —Jean  Balue  ambassadeur.  Son  rôle  dans  les  affaires  politiques 
(1465-1469).  —  La  trahison  du  cardinal  d'Angers  (1469).  —  Captivité 
du  cardinal  Balue  (1469-1480).  —  Délivrance  de  Balue.  Sa  nouvelle 
faveur  en  Italie  (1480-1483).  —  Légation  du  cardinal  d'Angers  en  France 
(1483-1485).  —  Balue  ambassadeur  de  Charles  VIII  et  protecteur  des 
affaires  de  France  en  cour  de  Rome.  Son  rôle  en  Italie  et  sa  mort  (1485- 
1491).  _  L'homme  privé.  Les  biens  de  Balue.  —  Viennent  ensuite  les 
pièces  justificatives,  au  nombre  de  vingt-six,  un  excellent  index  alpha- 
bétique des  noms  de  lieux  et  de  personnes,  enfin  une  table  des  cha- 
pitres. 

De  trois  de  ces  chapitres  seulement  nous  voulons  résumer  ici  quelques 
passages,  pour  montrer  comment  l'auteur  rétablit  dans  ses  droits  la 
vérité  historique. 

Quel  rôle,  par  exemple,  joua  l'évêque  d'Angers  relativement  à  l'en- 
trevue de  Péronne  ?  La  plupart  des  historiens  qui  ont  écrit  sur  cette 
époque  ont  nettement  désigné  le  cardinal  Balue,  gagné  par  l'argent  du 
Téméraire  ou  ses  promesses,  comme  celui  qui  suggéra  ce  projet  à 
Louis  XL  D'autres  affirment  que  le  cardinal,  acheté  par  le  duc  de 
Bourgogne,  aurait  simplement  décidé  son  maitre  à  une  entrevue  déjà 
projetée  par  celui-ci.  Tous,  en  un  mot,  sont  d'accord  pour  affirmer  que 
Balue  fut  toujours  au  moins  le  chaud  partisan  d'une  entrevue  (p.  51-52). 
M.  H.  F.  démontre,  au  contraire,  que  Balue  fut  longtemps  l'adversaire 
de  cette  idée,  qu'il  fit  tout  ses  efforts  pour  détourner  le  roi  d'un  tel  pro- 
jet, que  jamais  il  n'abandonna  cette  opinion  qu'il  en  pourrait  advenir 
désavantage  au  roi.  «  L'intérêt  personnel  et  peut-être  aussi  l'amour  de 
son  roi  et  de  son  protecteur,  de  quoi  l'on  peut  douter,  tels  furent  les 
deux  mobiles  qui,  croyons-nous,  décidèrent  Balue  à  se  ranger  au 
nombre  des  adversaires  d'une  entrevue.  Pour  dissuader  Louis,  il  dut 
tout  mettre  en  œuvre,  mais  la  résolution  du  roi  fut  inébranlable  » 
(p.  58).  Bien  mieux,  non  seulement  le  cardinal  ne  trahit  pas  son  maitre 
à  Péronne,  mais  encore  ce  fut  lui  qui  le  sauva,  ou  du  moins  contribua 
puissamment  à  le  tirer  du  plus  grand  danger  qu'il  ait  couru  pendant 
son  règne  (p.  59)  ;  il  acheta,  en  effet,  l'entourage  du  Téméraire  quand 
la  vie  du  roi  fut  en  danger  (p.  64). 

En  quoi  donc  consista  la  trahison  du  cardinal  d'Angers  et  comment 
se  découvrit-elle  ?  Le  chapitre  iv  est  sur  ce  point  une  révélation.  On  y 
voit  comment  Balue,  tombé  en  disgrâce,  aveuglé  par  son  ambition  et 
voulant  reconquérir  la  faveur  de  Louis  XI  par  tous  les  moyens,  se  laissa 
entraîner  dans  des  intrigues  qui  le  conduisirent  à  une  véritable  trahi- 
son. Et  alors  «  il  commença  son  terrible  jeu  en  partie  double  :  créer 
des  difficultés  au  roi  pour  l'en  tirer,  et  par  là  rétablir  son  ancien  cré- 
dit. »  Voilà  pourquoi  Balue,  avec  l'aide  de  Guillaume  de  Haraucourt, 
essaie  d'organiser  contre  Louis  XI  une  nouvelle  ligue  des  grands  sei- 
gneurs ;  mais,  au  moment  oîi  la  trahison  vient  d'être  consommée,  ses 


556  BIBLIOGRAPHIE. 

lettres  à  Charles  le  Téméraire  sont  interceptées  (p.  79-80)  et  il  est  arrêté, 
ainsi  que  l'évéque  de  Verdun,  son  complice,  le  23  avril  1469. 

Un  dernier  point.  Jusqu'ici  Balue  était  célèbre  surtout  par  sa  capti- 
vité, Louis  XI  l'ayant  fait,  dit-on,  enfermer  dans  une  étroite  cage  de 
fer,  où  le  malheureux  prisonnier  ne  pouvait  se  tenir  ni  debout  ni  assis. 
Or,  il  se  trouve  que  cette  captivité  en  cage  n'est  pas  un  fait  absolument 
incontestable,  et  M.  H.  F.,  après  avoir  exposé  tout  un  ensemble  de  faits, 
dont  aucun  ne  constitue  une  preuve  décisive,  mais  qui  méritent  cepen- 
dant d'attirer  l'attention,  est  amené  à  cette  conclusion  «  qu'il  y  a  de 
fortes  raisons  de  ne  pas  admettre  le  récit  traditionnel  de  l'incarcéra- 
tion. » 

Ces  quelques  citations  suffisent  pour  montrer  combien  neuf  et  origi- 
nal est  le  travail  de  M.  H.  F.,  qui,  pour  la  première  fois,  restitue  à  Jean 
Balue  sa  physionomie  historique  (p.  172-173).  «  Un  ambitieux,  très 
intelligent,  très  actif,  d'un  esprit  pénétrant,  facile,  enjoué,  d'une  habi- 
leté remarquable,  tel  a  été  le  cardinal  d'Angers.  Sa  trahison  a  fait 
oublier  ses  services.  On  ignorait  qu'il  avait  puissamment  aidé  à  délivrer 
Louis  XI  à  Péronne,  et  on  ne  s'est  pas  souvenu  de  sa  conduite  à  Paris 
pendant  la  ligue  du  Bien  public,  non  plus  que  de  son  rôle  comme 
défenseur  des  intérêts  français  en  Italie.  Mais  il  n'a  jamais  réellement 
travaillé  ni  pour  son  prince  ni  pour  le  pape;  il  se  mêla  aux  intrigues 
et  aux  grandes  affaires  dans  un  intérêt  tout  personnel...  Il  sacrifia  tout 
à  son  ambition  et  n'hésita  jamais  sur  le  choix  des  moyens  pour  la  satis- 
faire. » 

Ce  jugement  sera  celui  de  l'histoire  :  comme  par  le  passé,  nous 
mépriserons  à  bon  droit  Jean  Balue,  mais  en  étant  à  même,  grâce  à 
M.  H.  F.,  de  l'apprécier  justement. 

E.  Couard. 

Semblançay  f?-i527J.  La  bourgeoisie  financière  au  début  du  XVI^s., 
par  Alfred  Spont,  ancien  élève  de  l'École  des  chartes.  Paris, 
Hachette,  -1895.  In-8%  x-324  pages,  planches. 

Le  présent  ouvrage  a  été  publié  sous  la  forme  d'une  thèse  pour  le 
doctorat  es  lettres  qui  a  été  admise  à  la  Sorbonne  avec  la  mention 
honorable.  Les  membres  du  jury,  en  particulier  M.  Lemonnier,  qui  en 
avait  été  le  rapporteur,  et  M.  Lavisse,  ne  lui  ont  pas  marchandé  les 
éloges.  C'était  justice.  Le  volume  a  coûté  à  M.  Spont  des  recherches 
longues  et  difficiles,  menées  avec  une  conscience  inappréciable  et  une 
rare  sagacité,  non  seulement  dans  les  dépôts  de  Paris,  mais  aussi  dans 
ceux  des  départements  et  de  l'étranger.  La  multiplicité  et  la  variété 
des  références  donnent  l'impression  d'un  travail  véritablement  prodi- 
gieux ;  toutes  les  sources  d'informations,  même  les  plus  inattendues 
(par  exemple  lems.  539  de  la  bibliothèque  de  Lemberg),  semblent  avoir 


BIBLIOGRAPHIE.  557 

été  épuisées.  Quant  à  la  mise  en  œuvre  des  documents  ainsi  rassemblés 
de  tous  les  coins,  elle  est  fort  satisfaisante;  écrit  dans  une  langue 
claire  et  très  heureusement  purgée  de  toutes  déclamations  vides,  chose 
à  louer  en  un  sujet  qui  en  a  tant  inspiré,  le  livre  de  M.  Spont  peut  être 
considéré  comme  une  parfaite  biographie  scientifique. 

Les  Beaune  étaient  des  hommes  nouveaux.  La  généalogie  de  Jacques 
ne  compte  qu'un  degré  certain,  son  père,  Jean,  que  les  documents  cités 
par  M.  Spont  nous  révèlent  comme  «  un  des  plus  gros  négociants  du 
royaume  »  au  temps  de  Louis  XI.  Quant  à  l'origine  de  ce  personnage, 
il  ne  semble  pas  douteux  que  son  nom  de  Beaune  se  rapporte,  non  à 
la  ville  bourguignonne  ainsi  appelée,  mais  à  une  ferme  des  environs 
de  Tours  qui  était  sa  propriété,  la  maison  de  Beaune. 

A  propos  de  Jean  de  Beaune  et  de  ses  opérations  commerciales, 
M.  Spont  donne  des  renseignements  intéressants  sur  la  politique  éco- 
nomique de  Louis  XL  En  particulier,  on  doit  le  féliciter  d'avoir  indiqué 
(p.  5)  la  véritable  portée  d'une  série  de  documents  sur  lesquels  M.  de 
Maulde  avait  bâti  tout  un  roman.  A  quoi  bon  se  mettre  en  frais  d'ima- 
gination  et  prétendre  retrouver  un  Essai  d'exposition  internationale  en 
i470'  dans  l'opération,  très  simple  et  très  commune  en  tous  les  temps, 
que  tentèrent  Jean  de  Beaune  et  son  gendre  Briçonnet,  l'expédition  à 
Londres  de  marchandises  à  négocier  sur  cette  place  ? 

Mort  en  1480,  Jean  de  Beaune  laissa  un  héritage  considérable  pour 
un  simple  marchand,  plus  de  22,000  livres  tournois.  En  outre,  ses 
enfants,  fils  ou  filles,  étaient  fort  convenablement  établis.  Deux  d'entre 
eux,  Guillaume  et  Jacques,  s'étaient  alliés  aux  fluzé,  deux  autres, 
Raoulette  et  Catherine,  aux  Briçonnet.  Les  Beaune  tenaient  donc  aux 
meilleures  familles  de  cette  bourgeoisie  des  bords  de  la  Loire  qui  joua, 
dans  la  France  de  Louis  XI,  de  Charles  VIII  et  de  Louis  XII,  les 
.premiers  rôles  administratifs.  Les  tableaux  généalogiques  dressés  par 
M.  Spont  (familles  des  Beaune,  des  Briçonnet,  des  Berthelot,  des  Le 
Roy  et  des  Bohier)  donnent,  de  façon  saisissante,  la  mesure  de  l'in- 
tluence  et  du  crédit  assurés  à  Semblançay  par  son  mariage  avec  Jeanne 
Ruzé^. 

Tant  que  vécut  son  père  et  plus  de  dix  ans  durant  après  son  décès, 
Jacques  de  Beaune  exerça  comme  lui  la  profession  de  marchand  et  de 
banquier  à  Tours.  Ce  fut  seulement  en  décembre  1491,  et  passé  trente 
ans,  qu'il  débuta  dans  la  carrière  administrative.  A  cette  date,  en  effet, 
il  fut  nommé  trésorier  général  d'Aune  de  Bretagne,  qui  venait  d'épou- 

1.  Cf.  Académie  des  iascripiioiis  et  belles-lettres.  Comptes-rendus,  4'  série, 
t.  XVII  (1889),  p.  161  et  183-189. 

2.  Pourquoi  n'avoir  pas  indiqué  au  tableau  V  que  Tlios.  Bohier  épousa  en 
secondes  noces  Catherine  Briçonnet,  alors  que  celte  union  se  trouve  enregistrée 
au  tableau  II? 


558  BIBLIOGRAPHIE. 

ser  Charles  VIII.  Cinq  ans  plus  tard,  à  la  fia  de  1495,  il  devint  général 
de  Languedoc,  puis  fut  promu,  en  avril  1509,  général  de  Languedoïl, 
charge  qu'il  résigna,  le  22  août  1516,  en  faveur  de  son  fils  Guillaunae. 
Il  était  alors,  depuis  l'année  précédente,  surintendant  des  finances  de 
Louise  de  Savoie,  et  fut  nommé,  en  novembre  1516,  gouverneur  et  bailli 
de  Touraine.  D'ailleurs,  sa  résignation  n'avait  pas  entraîné  sa  retraite. 
Loin  de  là  :  d'abord  sans  commission  expresse,  puis  en  vertu  des  lettres 
qualifiées  par  M.  Spont  de  «  pouvoir  de  1518  »,  il  remplit  les  fonctions 
d'ordonnateur  sans  charge;  ce  fut,  jusqu'à  sa  disgrâce  en  1524,  la  période 
la  plus  active  et  la  plus  brillante  de  son  existence.  Enfin,  à  partir  de 
mars  1524,  il  fut  l'objet,  d'abord  d'une  instance  civile,  close  par  l'arrêt 
du  27  janvier  1525,  puis  d'une  poursuite  criminelle,  qui  eut  pour  consé- 
quences sa  condamnation  à  la  peine  capitale  le  9  août  1527  et  son  exé- 
cution le  11  août  suivant.  Ajoutons  qu'en  dépit  de  ses  occupations 
administratives,  si  multiples  et  si  absorbantes  qu'elles  fussent,  Sem- 
blancay  resta  commerçant.  «  Il  a  »,  écrit  M.  Spont  à  la  date  de  1510 
(p.  loi  I,  «  une  véritable  maison  de  banque  où  se  négocient  les  décharges  » . 
Et  plus  loin  :  «  De  Beaune  encaisse  aussi  l'argent  des  particuliers  et 
leur  prête  à  intérêt  ». 

Telle  est  dans  ses  grandes  lignes  la  biographie  de  Jacques  de  Beaune. 
Il  est  impossible  de  suivre  son  biographe  dans  les  mille  détails  où  il 
entre  avec  une  richesse  et  une  sûreté  d'informations  surprenantes.  Con- 
naissant les  alentours  de  son  sujet  aussi  bien  que  son  sujet  lui-même, 
c'est  à  pleines  mains  qu'il  verse  les  références  et  les  documents  au  bas 
des  pages.  Forcé  de  choisir  au  miUeu  d'une  pareille  abondance,  nous 
signalerons  seulement  les  plus  importants  et  les  plus  nouveaux  des 
faits  rais  en  lumière  dans  cet  excellent  volume. 

Parlons  d'abord  de  ce  qu'on  pourrait  appeler  l'histoire  intime  de 
Jacques  de  Beaune.  Sur  la  constitution  de  sa  fortune,  sur  ses  immeubles 
tant  urbains  que  ruraux,  enfin  sur  ses  constructions  à  Tours,  à  la  Carte- 
Persillière  et  à  Semblançay,  M.  Spont  a  réuni  des  renseignements  fort 
instructifs  qu'il  a  eu  la  bonne  inspiration  d'illustrer  de  planches  et  de 
plans  très  bien  exécutés.  Dans  son  livre,  se  trouvent,  pour  ainsi  dire, 
analysées  les  étapes  et  dressés  les  inventaires  successifs  d'un  homme 
que  son  bonheur  et  son  habileté  en  affaires  avaient  mis  aux  premiers 
ranf's  des  rois  de  l'or  de  son  époque.  Et  cette  contribution  à  l'histoire 
de  la  richesse  est  comme  doublée  d'une  contribution  à  l'histoire  de  l'art, 
le  héros  de  M.  Spont  s'étant  fait  l'émule  de  ses  confrères  en  adminis- 
tration, Thos.  Bohier  de  Chenonceau,  FI.  Robertet  de  Bury,  ou  G.  Ber- 
thelot  d'Azay-le-Rideau. 

De  l'héritage  paternel,  Semblançay  avait  recueilli  une  maison  à  Tours 
sise  sur  la  paroisse  de  Saint-Saturnin.  Il  en  respecta  la  fabrique,  qui 
resta  intacte  jusqu'au  milieu  du  xvui^  siècle,  et  dont  M.  Spont  a  identi- 
fié deux  corps  de  bâtiment  reliés  par  une  tourelle  (p.  10);  mais  il 


BIBLIOGRAPHIE.  559 

l'agrandit  et  l'embellit  considérablement.  Ayant  acquis  en  1506  plu- 
sieurs immeubles  avoisinants,  il  fit  construire  en  1507-1508  un  pavil- 
lon, une  garde-robe  et  une  chapelle;  nous  renvoyons  aux  quatre 
planches  des  pages  105,  107,  111  et  134,  où  sont  dessinés  un  ensemble 
et  des  détails  de  ce  monument,  qui  est  «  par  sa  date  un  des  bons  spé- 
cimens de  la  première  Renaissance  ».  Élevé  par  Guillaume  Besnouard, 
maître  des  œuvres  de  maçonnerie  de  Tours,  il  est  à  rapprocher  «  du 
couronnement  du  clocher  nord  de  Saint-Gatien  (1502)  et  du  cloitre  de 
Saint-Martin  (1508-1519),  dus  aux  neveux  de  Michel  Colombe,  Bastien 
et  Martin-François  ». 

Au  cours  de  l'hiver  1517-1518,  madame  Louise  lui  fit  don  de  l'hôtel 
de  Dunois,  bel  édifice  du  xv«  siècle  et  encore  à  peu  près  entier,  tout 
proche  de  sa  maison.  Ce  fut  pour  lui  prétexte  à  nouvelles  bâtisses.  Dès 
1518,  une  galerie  de  deux  étages,  dont  M.  Spont  nous  donne  trois  char- 
mants chapiteaux  (p.  162),  relia  les  constructions  antérieures  à  l'hôtel 
de  Dunois.  Vers  la  même  date,  il  acquit  d'autres  immeubles  pour  arron- 
dir son  fief,  qui  «  forme  dès  lors  un  quadrilatère  entre  la  rue  Traver- 
saine,  la  Grande-Rue  et  la  rue  Neuve  ».  Pour  embellir  le  «  carroy  de 
Beaune  »,  contre  le  vieil  hôtel  de  Jean  de  Beaune,  Semblançay  avait 
obtenu  de  la  ville  de  Tours  l'érection  d'une  fontaine  monumentale 
pour  laquelle  il  avait  offert  du  marbre  blaac  de  Gênes  ;  ce  bel  ouvrage, 
auquel  avaient  travaillé  les  meilleurs  artistes  tourangeaux,  devait  être 
mutilé  par  les  huguenots  en  1562.  Un  plan  détaillé  de  cet  ensemble 
d'immeubles  a  été  dressé  par  M.  Spont  (p.  238)  ^ 

A  la  campagne,  Jacques  de  Beaune  eut  trois  terres  principales.  La 
première  est  le  groupe  de  ses  domaines  de  Montrichard  (p.  241),  dont 
le  noyau  était  le  fief  de  la  Tour-d'Argy,  hérité  par  sa  femme  de  son 
père,  Jean  Ruzé  (p.  15)  ;  il  l'arrondit  par  diverses  acquisitions  (p.  110- 
112,  148  note  1,  et  179  note  2),  mais  ne  semble  pas  y  avoir  dépensé 
beaucoup  en  constructions  neuves.  Il  en  fut  autrement  dans  sa  terre  de 
la  Carte-Persillière,  achetée  le  31  août  1497  à  Antoinette  de  la  TrémoïUe 
et  patiemment  augmentée  depuis  (p.  107  et  suiv.,  et  147  note  4).  Il  y 
édifia  un  manoir,  dont  le  donjon,  «  sans  grand  caractère  »,  est  encore 
debout,  et  une  chapelle  ornée  de  deux  superbes  verrières,  avec  les  por- 
traits du  donateur  et  de  Jeanne  Ruzé.  Mais  ce  fut  surtout  dans  sa  troi- 
sième terre,  celle  dont  il  porta  le  nom  du  jour  oii  il  la  posséda,  qu'il 
se  montra  grand  bâtisseur.  Ce  fief  de  Semblançay  lui  fut  donné  en  1515 
par  Louise  de  Savoie  (p.  124)  et  devint  dès  lors  son  domaine  favori. 
Il  ne  cessa  de  l'arrondir,  et  en  1527  son  étendue  était  de  150  arpents  de 
terre  enserrés  dans  une  enceinte  flanquée  de  tourelles  d'angle  (cf.  le 

l.  En  1526,  au  plus  fort  de  ses  malheurs,  Semblançay  fit  dessiner  par  le  Flo- 
rentin Polastroii  les  cartons  de  tapisseries  (aujourd'hui  à  Angers)  représentant 
la  légende  de  saint  Saturnin. 


560  BIBLIOGRAPHIE. 

plan  de  la  p.  124),  sans  compter  100  arpents  de  bois  (p.  241).  Il  avait 
endigué  l'étang  pour  construire  sur  la  chaussée  un  manoir  maintenant 
disparu  et  une  chapelle  qui  subsiste  encore  à  peu  près  intacte  (p.  148, 
planche).  Il  avait  également  restauré  l'église  paroissiale  et  l'avait  enri- 
chie de  vitraux  agrémentés,  comme  ceux  de  la  Carte,  de  son  portrait 
et  de  celui  de  sa  femme. 

Au  point  de  vue  de  l'histoire  administrative,  on  doit  signaler  ce  que 
dit  M.  Spont  de  la  généralité  de  Languedoc  et  des  pays  annexes,  Lyon- 
nais, Forez,  Beaujolais,  Dauphiné  et  Provence  (p.  36  et  suiv.),  sujet 
que  l'auteur  connaissait  particulièrement  bien ,  ayant  déjà  consacré, 
dans  les  Annales  du  Midi,  plusieurs  articles  à  l'étude  des  institutions 
financières  du  Languedoc'.  Il  en  est  de  même  des  pages  sur  la  tréso- 
rerie de  la  reine  Anne  (p.  18  et  suiv.),  ainsi  que  sur  la  liquidation  et 
le  recouvrement  du  douaire  de  cette  princesse  (p.  75  et  suiv.).  — Enfin, 
l'histoire  des  finances  françaises  sous  Louis  XII  et  pendant  les  dix  pre- 
mières années  de  François  I^""  est  exposée  dans  le  détail  et  de  façon  à 
éclairer  bien  des  points  d'histoire  générale  fort  malaisés  à  interpréter 
avant  les  patientes  recherches  de  M.  Spont.  En  particulier,  la  vieille 
légende  qui  représentait  les  budgets  de  Louis  XII  comme  des  modèles 
d'équilibre  et  d'économie  y  est  démolie,  chiffres  en  mains,  de  fond  en 
comble  :  qu'on  parcoure  seulement  les  pages  30  à  36  et  68  à  74.  Autre 
légende  à  rayer  des  manuels  classiques,  celle  qui  attribue  à  la  négli- 
gence des  agents  royaux  et  à  la  pénurie  d'argent  de  Lautrec  la  muti- 
nerie des  Suisses  en  mai  1522  et  leur  malencontreuse  attaque  des  for- 
midables positions  impériales  à  la  Bicoque  :  tout  au  contraire,  ces 
mercenaires  indociles  avaient  été  soldés  avec  une  régularité  presque 
parfaite;  ils  avaient  reçu  leur  premier  mois  le  18  février,  leur  second 
le  12  mars,  et  savaient  pertinemment,  dès  le  milieu  d'avril,  que  l'argent 
du  troisième  avait  passé  les  Alpes  et  se  trouvait  en  dépôt  dans  Arona 
(p.  186). 

M.  Spont  ne  nous  en  voudra  sans  doute  pas,  après  avoir  ainsi  reconnu 
les  très  grands  mérites  de  son  livre,  de  hasarder  quelques  réserves. 
Pages  165  à  168,  172,  254,  ce  qu'il  dit  de  l'obligation  des  marchands 
ou  des  généraux  ne  nous  a  pas  satisfait  pleinement.  En  somme,  malgré 
ses  explications,  l'opération  reste  obscure  et  les  chiffres  en  écus  ne 
concordent  pas  avec  les  chiffres  en  livres  sterling.  Et  puis,  à  quoi  bon 
parler  d'épingles,  ce  contrat  n'en  ayant  pas  comporté?  La  vérité  est  que 
la  question  vaut  d'être  reprise,  et  nous  espérons  que  M.  Spont  n'y 
manquera  pas  au  cours  de  l'ouvrage  qu'il  promet  dans  sa  préface  sur 
«  la  banque  internationale  au  début  du  xvi«  siècle  ». 

Pages  207  et  243,  pourquoi  tant  charger  Duprat?  Les  faits  allégués  à 

l.  Cf.  t.  II  (1890),  p.  365  et  suiv,,  et  t.  III  (1891),  p.  232  et  suiv,,  427  et 
suiv.,  482  et  suiv. 


BIBLIOGRAPHIE.  364 

son  encontre  ne  sont  guère  probants.  Il  y  a  mieux.  La  lettre  de  lui 
citée  à  la  note  3  de  la  page  243,  in  fine,  nous  paraît  le  montrer  sous  un 
jour  plutôt  favorable,  bon  fonctionnaire,  ayant  pleine  conscience  des 
droits  et  surtout  des  devoirs  de  sa  charge.  En  cette  matière,  M.  Spont 
n'a-t-il  pas  accepté  trop  facilement  les  données  traditionnelles  sur  le 
célèbre  chancelier,  données  qu'il  aurait  convenu  de  vérifier  avec  plus 
de  rigueur? 

De  même ,  quelle  sévérité  pour  Louise  de  Savoie  !  Assurément, 
M.  Spont  a  su  se  garer  des  vieux  cancans  d'alcôve,  aussi  peu  démon- 
trés que  scandaleux,  réédités  si  complaisamment  par  M.  de  Maulde 
dans  son  récent  volume  sur  cette  princesse <.  Mais  il  a  porté  contre 
elle  une  accusation  de  la  dernière  gravité,  celle  d'avoir  perdu  Sem- 
blançay  pour  recouvrer  sur  lui  une  créance  des  plus  contestables.  «  C'est 
la  seule  avarice  »,  écrit-il  en  conclusion  (p.  282),  «  qui  a  converti 
en  cruel  abandon  l'intérêt  affectueux  qu'elle  avait,  pendant  huit  ans, 
témoigné  à  son  favori,  et  François  I^"-,  en  fils  soumis,  a  laissé  faire  ». 
Malgré  l'autorité  qu'emprunte  cette  allégation  à  la  science  de  son  auteur, 
nous  ne  pouvons  l'accepter  sans  protester.  Que  Madame  soit  intervenue 
aux  procès  engagés  contre  Semblançay,  la  chose  n'est  pas  si  étonnante 
qu'on  y  voie  de  toute  nécessité  la  cause  unique  de  ces  procès.  La  plus 
élémentaire  prudence  commandait  qu'elle  agît  ainsi;  elle  a  simplement 
sauvegardé  ses  intérêts,  ainsi  que  l'ont  fait  tant  d'autres  créanciers  du 
financier  mis  en  suspicion.  Pourquoi  ne  pas  envisager  cette  intervention 
comme  un  pur  incident  des  procès,  ce  qui  serait,  je  crois,  un  point  de 
vue  juridiquement  et  réellement  plus  exact?  Pourquoi  surtout  rapetisser 
la  question  à  un  débat  d'intérêt  privé  entre  Madame  et  Semblançay  ? 
Que  deviennent  dans  ce  système  toutes  les  mesures  édictées  contre  les 
ordonnateurs  et  les  comptables,  les  commissions  d'enquête  fonctionnant 
sans  relâche  pendant  treize  ans,  les  condamnations  prononcées  contre 
des  hommes  qui  n'avaient  rien  à  démêler  avec  Louise  de  Savoie  (les 
Poncher,  Meigret,  Berthelot,  etc.),  les  ordonnances  de  réforme  succes- 
sivement rendues  de  1523  à  1560,  le  remplacement  des  institutions 
administratives  de  Charles  VII  par  des  institutions  qui  en  étaient  l'exact 
contre-pied?  En  fait,  les  procès  de  Semblançay  ne  furent  que  des  épi- 
sodes de  la  grande  opération  de  réorganisation  qui  se  marqua  d'abord 
par  la  création  de  l'Épargne  et  l'amoindrissement  de  et  Messieurs  des 
finances  »,  puis  se  continua  par  le  démembrement  des  généralités  pri- 
mitives et  la  constitution  de  circonscriptions  fiscales  en  nombre  triple. 
Enfin,  qu'est-il  besoin  de  traiter  en  victime  un  homme  qui,  après  tout, 

1.  Louise  de  Savoie  et  François  /".  Paris,  1895,  in-S".  De  fort  judicieuses 
rectifications  à  nombre  des  assertions  contenues  dans  ce  volume  ont  été  pro- 
posées par  M.  Hauser  dans  un  article  de  la  Revue  d'Auvergne,  t.  XII  (janvier 
1895),  p.  45  et  suiv. 

4895  37 


562  BIBLIOGRAPHIE. 

fut  coupable  et  très  régulièrement  reconnu  tel  ?  Tout  au  plus  peut-on 
regretter  que  François  I^""  n'ait  pas  jugé  à  propos  de  le  gracier.  Et 
encore  n'y  aurait-il  pas  lieu  de  soutenir  que  cet  acte  de  clémence  aurait 
peut-être  été  un  acte  de  faiblesse  ?  Abattre  coûte  que  coûte  le  trop  puis- 
sant syndicat  des  financiers,  voilà  quel  était  à  cette  date  le  but  de  la 
politique  royale.  Par  sa  haute  valeur  exemplaire,  l'exécution  de  Sem- 
blançay  s'imposait  comme  le  plus  sûr  moyen  d'affirmer  la  volonté  et  le 
pouvoir  du  roi. 

Pour  terminer,  une  dernière  critique,  portant  sur  l'ensemble  du  tra- 
vail, qui  a  été  adressée  à  M.  Spont  au  cours  de  sa  soutenance.  Son  livre 
n'est  pas  mal  composé  dans  ses  lignes  générales,  et  rien  à  peu  près 
n'est  à  reprendre  dans  son  plan  même^.  Mais,  dans  le  détail  de  l'exé- 
cution, quelques  négligences  déparent  cette  belle  ordonnance.  Tels 
paragraphes  sont  ici  qui  devraient  être  là,  telles  notes  feraient  mieux 
dans  le  texte,  et  telles  lignes  de  ce  texte  se  trouveraient  à  leur  vraie 
place  au  bas  des  pages  ;  bref,  en  plus  d'un  endroit,  des  transpositions 
semblent  indiquées,  au  prix  desquelles  la  lecture  et  l'usage  de  la  thèse 
seraient  devenus  sensiblement  plus  faciles.  Pure  question  de  forme  et 
d'agencement,  au  surplus,  sur  laquelle  il  ne  convient  pas  d'insister  plus 
qu'elle  n'importe.  Ces  imperfections  légères  et,  pourrait-on  dire,  de 
surface  ne  sauraient  porter  de  préjudice  à  la  robuste  charpente  de 
l'œuvre,  une  des  plus  solides  et  des  plus  nourries  qui  aient  été  écrites 
sur  cette  époque  de  notre  histoire.  Pour  tous  ceux  qui  auront  à  s'occu- 
per du  règne  de  Louis  XII  ou  des  premières  années  de  François  !«■■,  5em- 
blançay  restera  longtemps  encore  le  répertoire  le  plus  complet  de  faits 
exactement  vérifiés  et  de  références  précieuses  2,  Jacqueton. 

Jeanne  de  Montmorency^  duchesse  de  la  TrémoUle,  et  sa  fille,  la 
princesse  de  Condé,  4573-1620.  Nantes,  Emile  Grimaud,  -1895. 
In-4%  17-496  pages. 
Dans  cet  élégant  volume,  M.  le  duc  de  la  TrémoïUe  nous  donne  le 

1.  Le  voici  du  reste  :  I.  Premières  années.  Jean  de  Beaune;  Guillaume  et 
Jacques  de  Beaune  ;  la  maison  d'Anne  de  Bretagne.  —  II.  Administration  finan- 
cière. Importance  de  la  charge  de  général  des  linances  ;  la  généralité  de  Lan- 
guedoc-Daupliiné-Provence;  la  généralité  de  Languedoïl-Guyenne.  —  III.  Anne 
de  Bretagne  et  Louise  de  Savoie;  vie  privée.  Le  douaire  d'Aune  de  Bretagne; 
Anne  de  Bretagne  et  Louise  de  Savoie;  vie  privée.  —  IV.  Années  de  prospé- 
rité. La  conquête  du  Milanais;  le  pouvoir  de  1518;  la  campagne  de  1521;  la 
guerregénérale.  —  V.  Dernières  années.  La  disgrâce;  la  reddition  des  comptes; 
la  commission  de  1523;  le  procès  criminel.  —  Épilogue.  La  Tour  carrée. 

2.  La  thèse  de  M.  Spont  ne  comporte  pas  de  pièces  justilicatives.  Celles-ci 
ont  été  publiées  dans  celle  Bibliothèque  môme,  ci-dessus,  p.  318  et  suiv.  Ce 
sont  des  documents  du  plus  haut  intérêt,  en  particulier  ï Interrogaloire  de 
Jean  Guérel  et  ['Acte  d'accusation  de  Semblançay. 


BIBLIOGRAPHIE.  563 

dossier  qu'il  a  constitué,  à  l'aide  de  ses  archive?  domestiques,  sur  la 
vie  de  deux  femmes  dont  le  nom  appartient  à  l'histoire  :  l'une  était  la 
fille  du  connétable  Anne  de  Montmorency,  et  l'autre  l'aïeule  du  grand 
Condé.  Ce  dossier  consiste  en  104  lettres  et  en  16  documents  divers,  tels 
que  mémoires,  comptes  et  pièces  d'administration  ou  de  procédure. 

Plusieurs  des  lettres  sont  émanées  de  Jeanne  de  Montmorency  et  de 
la  princesse  de  Condé,  Charlotte-Catherine  de  la  TrémoïUe.  Les  plus 
intéressantes  concernent  les  rigoureuses  poursuites  dont  la  princesse 
fut  l'objet  à  l'occasion  du  prétendu  empoisonnement  de  son  mari.  On 
y  trouve  aussi  d'utiles  renseignements  sur  les  événements  des  premières 
années  de  Henri  IV  (1584-1593). 

Le  dernier  morceau  de  la  seconde  partie  du  dossier  est  une  relation 
très  détaillée  de  la  pompe  funèbre  de  la  princesse  de  Condé  au  mois  de 
septembre  1629.  C'est  une  longue  et  curieuse  pièce  de  cérémonial,  dont 
Lobineau  n'a  donné  qu'un  assez  court  fragment  dans  son  Histoire  de 
Paris. 

Le  volume  est  orné  de  la  reproduction  de  deux  anciens  portraits  de 
Jeanne  de  Montmorency  et  de  la  princesse  de  Condé.  Nous  devons  féli- 
citer l'éditeur  de  l'avoir  compris  dans  la  série  de  publications  qu'il  pour- 
suit depuis  une  vingtaine  d'années  avec  un  goût  si  sur  et  un  zèle  si 
méritoire  pour  mettre  à  la  portée  des  historiens  les  inépuisables  richesses 
du  chartrier  de  Thouars. 

L.  Delisle. 

Les  Communautés  des  cordonniers,  basaniers  et  savetiers  de  Troyes, 
par  Louis  Morix,  typographe.  Troyes,  impr.  de  Paul  Nouel,  ^895. 
In-S",  64  pages  et  planches. 

M.  Morin,  dans  son  opuscule,  n'a  pas  eu  l'intention  de  nous  donner 
une  étude  complète  de  ces  différentes  corporations.  Il  a  voulu  seulement 
les  faire  connaître  dans  leurs  grandes  lignes.  La  communauté  des  cor- 
donniers est  la  plus  ancienne;  elle  remonte  à  1317,  comme  l'apprend 
une  ordonnance  de  Philippe  V  le  Long.  De  nouveaux  statuts  leur  furent 
donnés  par  Charles  VI  en  1419,  puis  par  Charles  VIII  en  1486.  M.  Mo- 
rin, après  avoir  fait  connaître  ce  dernier  règlement,  donne  quelques 
détails  sur  la  confrérie,  sur  sa  situation  financière,  enfin  sur  les  membres 
de  la  corporation,  apprentis,  compagnons,  maîtres.  La  communauté  des 
basaniers  fut  formée  en  1375  et  celle  des  savetiers  probablement  en 
1363.  En  1412,  un  deuxième  règlement  fut  promulgué  pour  cette  der- 
nière corporation  par  le  bailli  de  Troyes.  En  1768  fut  prononcée  la  réu- 
nion des  communautés  des  cordonniers  et  des  savetiers,  qui  cependant 
ne  vécurent  pas  toujours  en  paix  jusqu'au  26  septembre  1791,  jour  de 
leur  disparition. 

Jules  VlARD. 


o64  BIBLIOGRAPHIE. 

Audijos.  La  gabelle  en  Gascogne.  Documents  inédits  publiés  pour  la 
Société  historique  de  Gascogne  par  A.  GoMMD?fAï.  Paris,  Champion; 
Auch,  Gocharaux,  -1893  et  1894.  In-8°,  xv-497  pages  et  planches. 
2  fascicules.  {Archives  historiques  de  la  Gascogne.) 

Dans  ces  deux  fascicules  publiés  par  les  Archives  historiques  de  la 
Gascogne,  M.  A.  Gommunay  donne  des  documents  très  intéressants 
pour  cette  province  au  xvii^  siècle.  On  ne  peut  dire  qu'il  fasse  connaître 
un  nouvel  épisode  de  la  vie  provinciale  à  cette  époque,  mais  les  pièces 
qu'il  fournit  éclairent  ou  rectifient  divers  points  de  détails  relatifs  à 
Audijos  et  à  sa  révolte.  Audijos  naquit  vers  1634  ou  1635.  Au  moment 
où  Gervaizot  obtint,  en  1662,  la  ferme  des  impôts  et  droits  à  lever  en 
Guyenne,  il  avait  donc  environ  vingt-sept  ou  vingt-huit  ans.  Ayant 
servi  une  dizaine  d'années  sous  les  ordres  de  Gréqui,  il  était  rompu 
au  métier  militaire  ;  aussi  put-il,  secondé  par  une  troupe  de  paysans 
résolus  et  dévoués,  tenir  longtemps  tête  à  l'intendant  Pellot  et  à  toutes 
les  forces  qu'il  envoya  contre  lui.  Après  bien  des  vicissitudes,  obligé 
de  se  cacher  longtemps  en  Espagne,  il  obtint  sa  grâce  du  successeur  de 
Pellot,  l'intendant  de  Sève.  Ayant  fait  amende  honorable  devant  le 
parlement  de  Bordeaux  et  juré  de  servir  le  roi,  Louis  XIV  lui  délivra 
un  brevet  de  colonel  de  cavalerie,  et  l'ancien  partisan  alla,  sous  les 
ordres  de  Vivonne,  combattre  et  mourir  glorieusement  à  Messine. 
L'étude  de  M.  Gommunay  se  divise  en  trois  parties  :  la  première  con- 
tient l'historique  de  la  lutte  de  la  ville  de  Bayonne,  sous  le  ministère 
de  Richelieu,  contre  les  nouveaux  fermiers  de  la  gabelle  ;  la  seconde 
rappelle  la  sédition  des  Lannes  sous  Mazarin  ;  la  troisième,  qui  est  la 
plus  longue,  se  rapporte  à  Audijos.  Les  documents  sont  au  nombre  de 
deux  cent  six,  plus  cinq  pièces  justificatives;  de  nombreuses  notes 
éclairent  le  texte.  Bon  travail  sur  un  curieux  épisode  de  l'histoire  de 
Gascogne.  J.  Vurd. 

W.  H.  Bliss.  Calendar  of  entries  in  the  papal  registers  relaiing  io 

Great  Britain  and  Ireland.  Papal  letters.  Vol.  1,  ■H  98-1 304. 

Londres,  Ejreand  Spottiswoode,  -1893.  Grand  in-8o,  ix-708  pages. 

48  sh. 

On  a  souvent  regretté,  —  surtout,  j'imagine,  depuis  que  le  P.  Augus- 
tin Theiner  a  fait  paraître,  en  1864,  ses  Vetera  monumenta  Hibernorum 
et  Scotorum,  —  l'absence  de  tout  bullaire  anglais.  Gette  lacune  a  été 
récemment  comblée  par  le  Calendar  de  x\I.  Bliss,  qui  prendra  une  place 
honorable  parmi  les  publications  analogues  dont  la  série  des  registres 
du  Vatican  a  fourni  la  matière. 

Pour  indiquer  en  quoi  consiste  la  méthode  suivie  par  M.  B.,  et  eu 
quoi  aussi  elle  s'écarte  de  celles  du  P.  Theiner,  par  exemple,  ou  de 


BIBLIOGRAPHIE.  565 

M.  Rodenberg  dans  ses  Epistolw  sœculi  XIII  e  regestis  Pontificum  roma- 
norum,  et  de  M.  J.  BernouUi  dans  ses  Acta  Pontificum  helvetica,  il  suffira 
presque  d'avertir  que,  sa  publication  faisant  partie  de  la  grande  collec- 
tion de  Calendars  dite  du  Maître  des  rôles,  l'auteur  s'est,  autant  que  pos- 
sible, conformé  aux  principes  généralement  admis  dans  cette  collection. 
Tandis  que  le  P.  Theiner  publiait  in  extenso,  avec  plus  de  zèle  peut- 
être  que  de  soin,  presque  toutes  les  pièces  de  son  recueil,  M.  B.  se 
contente  toujours  de  simples  analyses,  le  plus  souvent  assez  courtes,  en 
anglais.  Ce  système  n'est  pas  sans  inconvénients  ;  et  celui  de  faire  dis- 
paraître complètement  la  physionomie  du  document  original,  auquel  se 
trouve  substituée  une  traduction  plus  ou  moins  abrégée,  n'est  assuré- 
ment pas  le  moindre.  Mais  la  brièveté  même  de  la  plupart  de  ces  ana- 
lyses a  aussi  ses  avantages  :  elle  a  permis  à  M.  B.  de  rassembler,  dans 
un  volume  de  format  très  maniable,  tout  ou  à  peu  près  tout  ce  que  les 
registres  du  Vatican  renferment  d'essentiel  sur  l'Angleterre,  pendant 
une  période  d'un  siècle  et  plus,  depuis  le  pontificat  d'Innocent  III  jus- 
qu'à celui  de  Benoît  XI  inclus  ;  une  quantité  considérable  de  renseigne- 
ments sont  ainsi  réunis  dans  les  600  pages  de  ce  catalogue.  —  Si  j'ajoute 
que  près  de  200  colonnes  du  livre  sont  consacrées  à  de  copieux  index 
des  noms  de  personnes  et  de  lieux  et  des  matières  ' ,  je  n'aurai  pas  besoin 
d'insister  sur  l'intérêt  d'une  pareille  publication,  à  laquelle  devront  avoir 
fréquemment  recours  les  érudits  qui  s'occupent  de  l'histoire  de  l'Angle- 
terre au  xni«  siècle. 

Le  travail  de  M.  B.  est,  en  somme,  très  méritoire  et  très  estimable  ; 
cela  ne  veut  pas  dire  qu'il  soit  sans  défauts,  et  quelques  observations, 
tant  sur  le  plan  de  l'ouvrage  que  sur  certains  détails  de  l'exécution,  me 
paraissent  nécessaires. 

Et  tout  d'abord,  dès  que  l'on  ouvre  le  livre,  on  constate  que,  contrai- 
rement aux  usages  universellement  reçus  pour  les  publications  de  ce 
genre,  les  analyses  de  M.  B.  ne  sont  pas  numérotées;  et,  par  là,  les  réfé- 
rences à  son  livre  sont  nécessairement  moins  précises.  —  Puis,  ces 
nones,  ides  et  calendes  qui  courent  dans  les  marges  jurent  un  peu  avec 
le  reste  du  texte,  tout  entier  en  anglais  :  il  eût  été  cependant  fort  simple 
de  convertir  les  dates  anciennes  en  dates  modernes.  —  Pour  chaque, 
pièce,  le  feuillet  [recto  ou  verso)  du  registre  original  est  indiqué  ;  mais 
cela  ne  suffit  pas  ;  il  eût  été  mieux  de  reproduire  le  capitiilum  ou  numéro 
d'inscription,  pour  chaque  année,  dans  le  registre;  parce  moyen  encore 
on  aurait  gagné  en  précision.  —  Un  examen  moins  superficiel  du  Galeri' 

1.  On  remarque,  dans  l'index  des  matières,  les  articles  :  Croisades;  Rela- 
tions entre  la  France  et  l'Angleterre;  Subsides  pour  la  Terre-Sainte;  Mariages; 
Visites  de  monastères  ;  l'article  de  beaucoup  le  plus  considérable  est  celui  qui 
est  consacré  à  la  Pluralité  des  bénéfices;  on  pourra,  en  revanche,  s'étonner  de 
ne  trouver  relevé  à  la  table  qu'un  seul  cas  de  Réforme  monastique. 


566  BIBLIOGRAPHIE. 

dar  fait  bientôt  apercevoir  que  l'ordre  des  analyses  n'est  pas  rigoureu- 
sement chronologique  ;  elles  se  suivent  selon  les  hasards  de  l'inscription 
au  registre  ^  ;  ce  système  présente  des  avantages  incontestables  dans  une 
publication  où  toutes  les  pièces  du  registre,  sans  exception,  sont  repro- 
duites, soit  en  copie,  soit  en  analyse;  mais  ce  n'est  pas  le  cas  pour  celle 
de  M.  B.,  qui  consiste  essentiellement  en  un  choix.  —  Enfin,  en  ce 
qui  concerne  les  références  à  des  publications  antérieures,  elles  sont  ou 
trop  peu  ou  trop  nombreuses  ;  on  ne  voit  pas  que  M.  B.  ait  suivi  de 
règles  bien  fixes  dans  ses  citations. 

J'ai  parlé  tout  à  l'heure  des  tables  qui  terminent  ce  volume.  Ces  tables, 
qui  constituent,  comme  beaucoup  de  celles  de  la  collection  des  Caleh- 
dars,  un  très  riche  répertoire  de  noms  propres,  seront  d'autant  plus  uti- 
lement consultées  que  M.  B.  s'est  efforcé,  sans  cependant  y  réussir  tou- 
jours 2,  d'identiher  tous  les  noms  de  lieux  qu'il  a  rencontrés  au  cours  de 
son  dépouillement  :  tâche  rendue  parfois  singulièrement  difficile  jjar  les 
erreurs  ou  maladresses  des  copistes  italiens  •*.  Mais  M.  B.  aurait  rendu 
ce  travail  d'identification  plus  profitable  s'il  avait,  dans  la  table,  repro- 
duit toujours  pour  un  même  nom  de  lieu  les  différentes  formes  sous 
lesquelles  il  se  rencontre  dans  le  texte''. 

11  est  également  fâcheux  que  les  diverses  mentions  d'un  même  per- 
sonnage soient,  dans  la  table,  dispersées  parfois  sous  plusieurs  rubriques; 
c'est  ainsi,  par  exemple,  que  les  passages  du  registre  relatifs  à  Odon 
le  Blanc,  évoque  de  Porto,  cardinal-diacre  de  Saint-Nicolas  in  Garccre 
TuUiano ,  sont  rappelés  (à  l'article  Cardinals)  les  uns  au  mot  Olho, 
d'autres  à  0.,  bishop  of  Porto,  d'autres  encore  à  Olho  of  Saint-Nicholas  in 
Carcere. 

Malgré  le  soin  qu'a  mis  M.  B.  à  n'omettre,  dans  sa  publication,  aucune 
pièce  relative  à  l'Angleterre,  je  ne  vois  pas  que,  rien  que  pour  la  septième 


1.  Une  pièce  da  mois  de  décembre  1228,  pour  ne  citer  qu'un  exemple,  se 
trouve  ainsi  isolée  parmi  celles  de  l'année  1229. 

2.  Les  noms  des  abbayes  de  Cella  parva  (p.  232),  Strata  Florida  et  Valle- 
crucis  (p.  131)  ne  sont  pas  identifiés  à  la  table.  Pour  ces  deux  dernières, 
Janauschek  [Orig.  cisterciens.,  t.  I)  donne  les  formes  vulgaires  Stralfle\ir 
(mieux  Ystrad-F/lur)  et  Llanegwast. 

3.  C'est  ainsi  que  le  nom  de  l'abbaye  d'Arbroath  se  rencontre  sous  les 
formes  multiples  et  plus  ou  moins  défigurées  de  Aberbredoch,  Aberbothenoc, 
Aberbrouthoc,  Aberbnioch,  Aberbinichre,  Avirbrech. 

4.  Ainsi  les  formes  Certesei,  Ledes  (p.  138)  ne  se  trouvent  pas  à  la  table;  il 
faut  chercher  les  renvois  aux  formes  correspondantes  Chertsey,  Leeds.  Je  n'ai 
pas  trouvé  dans  la  table  de  renvoi  à  Asseminster  (p.  136);  la  forme  actuelle 
serait  vraisemblablement  Ashminster.  —  J'ajouterai,  imisqu'il  s'agit  d'identifi- 
cations, que  le  Thomas  de  Frakeaham  (pour  FreckenJiam)  de  la  page  171  est, 
selon  toute  i)robabililé,  le  môme  que  le  master  Thomas  de  Freheham,  rector 
of  Maydestan,  de  la  p.  132. 


BIBLIOGRAPHIE.  567 

année  du  pontificat  de  Grégoire  IX,  il  y  ait  fait  figurer  les  capitula 
182,  544  et  548;  dans  le  premier,  il  est  question  d'un  certain  Léonard^, 
peut-être  Leonardo  Gonti,  chanoine  d'York,  neveu  d'Innocent  III  et 
du  cardinal  Jean  Conti,  chancelier  de  l'Église  romaine;  le  n°  544  est 
adressé  abbati  et  conventui  monasterii  de  Parconstanlee,  Coventrensis  dio- 
cesis;  enfin  dans  le  numéro  548  sont  mentionnés  l'évêque  de  Norwich 
Pandulph  et  son  frère  «  Egidius,  »  chapelain  du  pape. 

Telle  autre  bulle  que  M.  B.  a  comprise  dans  son  recueil  ne  me  paraît 
pas  avoir  été  analysée  par  lui  d'une  manière  suffisamment  explicite.  Il 
est  question,  p.  138,  de  certains  citoyens  de  Gênes  qui  auraient  fait  un 
soi-disant  naufrage  sur  les  côtes  de  France,  près  de  la  Rochelle.  Or,  il 
n'est  pas  indifférent  de  savoir  qu'ils  sont  appelés  dans  le  registre  s  Gerar- 
dus  de  Pexannio  et  frater  ejus,  »  c'est-à-dire  qu'ils  appartenaient,  selon 
la  plus  grande  vraisemblance,  comme  veut  bien  m'en  avertir  mon  con- 
frère M.  Bourel  de  LaRoncière,  à  l'illustre  famille  génoise  des  Pessagno  2, 

Je  ne  voudrais  pas,  en  insistant  plus  longtemps  sur  ces  légers  défauts, 
donner  du  Calendar  de  M.  B.  une  opinion  défavorable  qui  serait  immé- 
ritée; car,  si  un  examen  attentif  de  certaines  parties  de  cette  publication 
a  pu  seul  me  révéler  ces  imperfections,  pour  la  plupart  sans  importance, 
un  fréquent  usage  de  ce  catalogue  m'en  a  fait  maintes  fois  apprécier 
l'extrême  utilité.  On  ne  peut  donc  qu'encourager  M.  B.  dans  sa  vaste 
entreprise  et  souhaiter  que  le  buUaire  anglais  du  xiii^  siècle  soit  bientôt 
suivi  du  buUaire,  beaucoup  plus  considérable,  du  xiv«. 

L.  AuVRAY. 

Karl  Wenck.  Eine  mailàndisch-thuringische  Heiratsgeschichte  mis 
der  Zeit  Kônig  Wenzels.  Dresden,  ^89^.  In-8°,  42  pages. 

L'opuscule  de  M.  Wenck  n'apporte  aucun  document  nouveau  :  l'au- 
teur l'avoue  lui-même.  Son  but  est  la  vulgarisation  ou,  si  l'on  peut 
s'exprimer  ainsi,  l'adaptation  allemande  d'un  article  publié  en  1891 
par  M.  Romano  dans  VArchivio  Storico  Lombardo  :  un  Matrimonio  alla 
corte  de'  Visconti.  Les  articles  si  nouveaux  et  si  finement  traités  du  pro- 
fesseur milanais  méritent,  en  effet,  d'être  répandus.  Le  point  coatroversé 

1.  Ce  même  Léonard  figure  dans  une  bulle  d'Innocent  III  (Bliss,  p.  38)  et  est 
rappelé,  beaucoup  plus  tard,  dans  une  bulle  d'Urbain  IV  (Bliss,  p.  401). 

2.  Je  relève  çà  et  là  quelques-unes  de  ces  petites  erreurs  dont  les  publica- 
tions même  les  plus  soignées  et  les  plus  estimées  sont  bien  rarement  exemptes. 
P.  130  :  au  lieu  de  P.  Garibaldi,  lisez  P.  Grimbaldi.  —  P.  137.  William  de 
Roning  est  pour  William  de  Roing,  qui  se  trouve  cité  sous  son  vrai  nom  p.  215. 
—  P.  137  :  au  lieu  de  Walter  cardinal  of  S.  Martin's,  lisez  Wala,  ou  Walo  (ce 
personnage  revient  souvent  dans  la  publication  de  M.  Bliss  sous  le  nom  de 
Gualo).  —  P.  119.  Romarins  cardinal  of  S.  Angelo,  pour  Romanus,  n'est  sans 
doute  qu'une  faute  d'impression. 


568  BIBLIOGRAPHIE. 

dans  les  deux  études  est  de  savoir  si  Lucie  Yisconti,  fille  de  Bernabô,  en 
acceptant  d'être  mariée  au  landgrave  Frédéric  de  Thuringe,  alors  qu'elle 
aimait  avec  passion  Henri  de  Derby,  le  futur  Henri  IV  d'Angleterre, 
agit  de  son  propre  mouvement  et  d'une  façon  réfléchie  ou  sous  la  con- 
trainte imposée  par  le  duc  de  Milan.  Un  nouvel  examen  des  faits  a  con- 
duit M.  Wenck  à  se  séparer  de  l'opinion  de  M.  Romano,  qui  défendait 
la  première  hypothèse.  Il  serait  périlleux  de  décider  entre  les  deux 
interprétations;  chacune  d'elles,  brillamment  défendue,  paraît  la  plus 
plausible  au  moment  de  la  lecture.  D'ailleurs,  qui  pourrait  se  targuer 
d'avoir  pénétré  jusqu'au  fond  le  sens  caché  derrière  les  formules  des  actes 
authentiques?  Quoi  qu'il  en  soit,  touchant  aux  événements  les  plus 
graves  de  la  fin  du  xiv«  siècle,  la  question  de  nouveau  traitée  par 
M.  Wenck  présente  l'intérêt  d'une  étude  attachante,  bien  que  l'auteur 
reconnaisse  avec  raison  la  supériorité  de  la  langue  italienne  pour  l'ex- 
posé d'une  aussi  romanesque  situation. 

E.  Jarry. 

Die  Handschriften  der  herzoglichen  Bibliothek  zu  Wolfenbuftel, 
beschriebeii  von  D'  Otto  vo.\  Heinemann.  Die  Augusteischen  lland- 
schriflen,  IL  (Des  ganzen  Werkes  V  Band.)  Wolfenbullel,  J. 
Zwlssler,  <895.  In-8°,  364  pages  et  5  planches.  -15  m. 

M.  le  D""  von  Heinemann  continue  avec  la  plus  louable  activité  à 
nous  donner  un  catalogue  détaillé  des  manuscrits  de  la  bibliothèque  de 
WolfenbùtteH.  Le  volume  dont  nous  annonçons  la  publication  contient 
la  notice  de  195  manuscrits  du  fonds  du  duc  Auguste.  La  plupart,  de 
date  assez  moderne,  sont  composés  de  pièces  diplomatiques  et  de  corres- 
pondances diverses.  Il  faut  rendre  hommage  au  soin  et  à  la  patience 
dont  le  savant  bibliothécaire  a  fait  preuve  en  dépouillant,  morceau  par 
morceau,  des  collections  qui  se  rapportent  à  l'histoire  des  différents 
pays  de  l'Europe. 

Çà  et  là  paraissent  des  manuscrits  du  moyen  âge,  dont  plusieurs 
offrent  un  réel  intérêt.  Tels  sont  : 

1»  Le  n°  2186,  très  beau  texte  des  Évangiles,  du  ix«  siècle,  très  pro- 
bablement d'origine  française  et  peut-être  de  la  même  famille  que  les 
Évangiles  de  Lothaire  et  que  la  Bible  de  Charles  le  Chauve,  dite  du 
comte  Vivien.  Sur  la  première  page  de  l'évangile  de  saint  Matthieu, 
dont  le  catalogue  renferme  un  fac-similé  chromolithographique,  on 
remarque,  entre  autres  ornements,  un  petit  médaillon  dans  lequel  sont 
figurés  en  or  un  prêtre  offrant  le  livre  à  un  archevêque.  A  côté  des 
figures  sont  tracées  en  petites  capitales  les  légendes  ARCHIEPISCOP  VS* 

1.  Voyez  la  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes,  t.  XLV,  p.  672,  et  t.  LV, 
p.  539. 


BIBLIOGRAPHIE.  569 

SAGERDOS.  A  la  fin  du  manuscrit  se  lit  un  curieux  inventaire  du  tré- 
sor de  l'abbaye  d'Erestein  en  Alsace,  dont  le  texte  a  été  publié  par 
M.  von  Heinemann. 

2°  Le  n«  2311,  vaste  recueil  d'actes  relatifs  aux  droits  du  roi  d'An- 
gleterre en  Guyenne,  recueil  dont  l'importance  est  bien  connue  depuis 
l'analyse  que  MM.  Delpit  en  ont  insérée,  en  1841,  dans  le  tome  XIV, 
seconde  partie,  des  Notices  et  extraits  des  manuscrits. 

3°  Le  no  2326,  riche  exemplaire  du  Miroir  des  dames,  de  la  fin  du 

xv  siècle,  qui  doit  s'ajouter  à  ceux  que  l'Histoire  littéraire  de  la  France 

(t.  XXX,  p.  319-320)  a  signalés  dans  l'article  consacré  à  cet  ouvrage  du 

franciscain  Durand  de  Champagne.  Ce  volume  a  appartenu  «  à  noble 

demoiselle   Marie  de  Gaucourt,  espouse  de  monseigneur  de  Beau- 

chatel.  » 

L.  Delisle. 


LIVRES    NOUVEAUX 


SOMMAIRE  DES  MATIERES. 

Généralités,  479,  519,  597,  602. 

Sciences  auxiliaires.  —  Épigraphie,  529,  534,  557,  645.  —  Diploma- 
tique, 577.  —  Bibliographie,  551;  bibliothèques,  607;  manuscrits,  531, 
579,  600,  655;  imprimerie,  596. 

Sources,  623,  627,  649,  673.  —Légendes,  473,  591.  —Vies  de  saints, 
575.  _  Obituaire,  628.  —  Chroniques,  478,  512,  547,  569,  652.  —  Ar- 
chives, 524,  581,  603,  607,  671.  —  Cartulaires,  buUaires,  etc.,  501,  514, 
517,  518,  566,  585,  677-679;  chartes,  483,  510,  660,  669,  694;  regestes, 
612,  —  Polyptyque,  641.  —  Inventaires,  comptes,  491,  572. 

Biographie,  généalogie.  —  Amédée  de  Savoie,  le  comte  Vert,  558; 
degli  Andalô,  658;  Anselme  de  Baggio,  519;  saint  Antoine  de  Padoue, 
473,  577;  sainte  Bathilde,  621;  Baudouin  Gallus,  évêqne  de  Kruswick, 
569;  Bayard,  570;  Béatrice,  504;  Benzoni,  649;  saint  Bernard,  680-681  ; 
saint  Bernardin  de  Sienne,  520;  saint  Bertrand  de  Comminges,  496; 
Boleslas  II,  roi  de  Pologne,  477;  Jean  III  de  Brabant,  527;  Cabot,  649; 
sainte  Catherine  de  Sienne,  520;  Clément  IV,  514;  Christophe  Colomb, 
649;  saint  Columban,  471;  Dante,  676;  Donatello,  562;  Eudes  de 
Gheriton,  582;  Genovese,  649;  saint  Géraud,  642;  Gondeberge,  557; 
Grégoire  IX,  566;  Bernard  Gui,  540;  Guillaume  de  Saint-Amour,  637; 
Hakkohen  Ibn  Chiquitilla,  644;  Hanotin  de  Succre,  570;  Henri  VII, 


570  BIBLIOGRAPHIE. 

684;  Honorius  III,  513;  Hugues,  comte  de  Rouergue,  487;  Hugues 
de  Saint -Victor,  622;  Jacques  d'Amiens,  666;  Jacques  d'Arc,  565; 
Jacques  de  Saint-Omer,  595;  Jean  VIII,  597;  Jean  de  Ockeghem,  616; 
Jeanne  d'Arc,  528,  574,  605  ;  Jean  de  la  Roche,  515  ;  Léonce  de  Byzance, 
545;  Louis  III,  comte  palatin,  542;  Louis  XI,  608,  635;  Geoffroy  de 
Lusignan,  548;  Mailloche,  534;  Masaccio,  662;  Pierre  Martyr  d'An- 
ghiera,  649;  Pancaldo,  649;  Pétrarque,  696;  Philippe  V,  638;  Pierre 
i'Hermite,  632;  Pigafetta,  649;  Pisanello,  650;  Pisano,  672;  René  d'An- 
jou, 511;  Siegfried  d'Eppstein,  604;  Théodoric  II,  541  ;  Toscanelli,  649; 
Ulrich  d'Ensingen,  508;  Varrazzano,  649;  Vespuce,  649;  Villandrando, 
497;  Yves  de  Chartres,  694;  sainte  Zite,  567. 

Géographie,  523. 

Institutions,  472,  488,  490,  495,  586,  639. 

Droit,  495,  539,  540,  544,  546,  553-555,  560,  651,  659,  695. 

Histoire  économique,  mœdrs,  494,  560,  561,  590,  598,  609,  624,  675. 

Enseignement,  sciences,  537,  552,  601,  622,  674,  692. 

Religions. — Judaïsme,  564,  685.  —  Catholicisme,  485,  535,  589; 
papauté,  597,  623;  croisades,  521,  526,  652  ;  conciles,  521,  526,  532,  540; 
clergé  séculier,  524  ;  clergé  régulier,  ordres,  etc.,  571,  585;  livres  saints, 
644;  dogme,  540;  liturgie,  etc.,  475,  563,  680. 

Archéologie,  525,  556,  661.  —  Architecture,  615,  636,  640;  religieuse, 
493,  573;  militaire,  536.  —  Sculpture,  562,  563,  595,  650,  687,  — Pein- 
ture, 662;  miniature,  629.  —  Gravure,  663.  —  Mobilier,  491.  —  Numis- 
matique, 487,  527.  —  Héraldique,  549. 

Langues  et  littératures.  —  Latin,  475,  506,  519,  575,  631.  —  Langues 
romanes  :  français,  599,  634,  654,  682,  685,  688,  693;  provençal,  668; 
italien,  520,  538.  —  Langues  germaniques,  474,  500,  648,  656,  665,  683. 
—  Langues  Scandinaves,  690.  —  Langues  slaves,  614.  —  Hébreu,  644. 

SOMMAIRE  GÉOGRAPHIQUE. 

Allemagne,  542.  —  Alsace-Lorraine,  671;  Bade,  592;  Bavière,  626, 
640;  Hanovre,  543,  578,  678;  Provinces  rhénanes  et  Westphalie,  478, 
484,  493,  502,  586,  601,  606,  670,  691;  Prusse,  494, 677,  689;  Saxe,  619, 
679;  Silésie,  664. 

Autriche-Hongrie,  483.  —  Basse- Autriche,  481,  482;  Bohême,  627; 
lUyrie,  503;  Transylvanie,  673;  Tyrol,  583,  675. 

Espagne,  518,  608,  647. 

France,  480. —  Bretagne,  546,  594;  Brie,  476;  Dauphiné,  669;  Foix, 
547;  Lorraine,  495,  625.  —  Allier,  498,  653;  Cantal,  497;  Gorrèze,  516; 
Côle-d'Or,  509;  Eure,  525;  Eure-et-Loir,  529;  Gard,  501;  Gers,  667; 


DIBLIOGRAPHIE.  57< 

lUe-et- Vilaine,  499,  593,  684;  Haute-Loire,  643;  Loire-Inférieure,  613; 
Marne,  476  ;  Orne,  584,  611  ;  Pas-de-Calais,  510;  Seine,  588,  641  ;  Seine- 
et-Oise,  524;  Somme,  549;  Yonne,  624. 

Grande-Bretagne,  612,  630. 

Italie  :  du  Nord,  486,  492,  507,  517,  522,  533,  558,  559,  561,  568,  610, 
633;  du  Centre,  489,  505,  520,  660,  686;  du  Sud,  620. 

Pays-Bas,  472,  530,  580,  581,  587,  617,  628,  645. 

Pays  Scandinaves,  618,  659. 

Pologne,  470,  551,  646. 

Sdisse,  651. 

Orient,  523. 

Afrique,  535. 

Amérique,  589. 

470.  Abraham  (Wlad.).  Pierwszy  spor  koscielno-polityczny  w  Polsce. 
[Les  premiers  conflits  entre  l'Église  et  l'État  en  Pologne.]  Cracovie, 
société  d'éditions,  1895.  In-8o,  50  p.  (Extrait  des  Rozprawy  wydzialu 
histor.-filoz.  Akademii  umiej.,  t.  XXXII.) 

471.  Adamnani  vita  s.  Columbae  :  prophecies,  miracles  and  visions  of 
St.  Columba  (Columcille),  first  abbot  of  lona,  A.  D.  563-597.  A  new 
translation.  London,  H.  Frowde,  1895.  In-S»,  144  p.  2  sh. 

472.  Alexandre  (P.).  Histoire  du  conseil  privé  dans  les  anciens  Pays- 
Bas.  Bruxelles,  F.  Hayez,  1895.  In-S»,  420  p.  (Extrait  des  Mémoires 
couronnés  et  autres  mémoires  publiés  par  l'Académie  royale  de  Belgique, 
t.  LH.) 

473.  Alte  (die)  Légende  vom  heiligen  Antonius  von  Padua  nach  einem 
Manuscript  des  xiii.  Jahrhunderts  der  Paduaner  Basilika  zum  ersten- 
male  in  deutscher  Uebersetzung,  herausgegeben  von  der  Societàt  des 
hl.  Antonius  von  Padua.  Padua,  tip.  Antoniana,  1895.  In-16,  102  p., 
grav.  1  l.  25. 

474.  Althochdeutschen  (die)  Glossen.  Gesammelt  und  bearbeitet  von 
Elias  Steinmeyer  uad  Ed.  Sievers.  3.  Sachlicb  geordnete  Glossen.  Ber- 
lin, Weidmann,  1895.  Gr.  in-8°,  xn-723  p.  28  m. 

475.  Analecta  hymnica  medii  aevi.  Herausg.  von  Guido-Maria  Brè- 
ves. XXI.  Cantiones  et  muteti.  Lieder  und  Motetten  des  Mittelalters. 
2.  Folge  :  Cantiones  festivae,  morales,  variae.  Leipzig,  O.-R.  Reisland, 
1895.  In-8°,  226  p.  7  m. 

476.  André  (Edouard).  Histoire  de  l'abbaye  du  Bricot  en  Brie  (xii«  s.- 
1792).  Paris,  Picard,  1895.  In-8°,  xiv-363  p. 

477.  Angerstein  (W.-P.).  Der  Konflikt  des  polnischen  Kônigs  Bole- 


572  BIBLIOGRAPHIE. 

slaus  II  mit  dem  Krakauer  Bischof  Stanislaus.  Thorn,  E.  Lambeck,  1895. 
In-8°,  34  p.  0  m.  80. 

478.  Annales  monasterii  S.  démentis  in  Iburg,  coUectore  Mauro 
abbate.  Die  Iburger  Klosterannalen  des  Abts  Maurus  Rost.  Im  Auftrage 
des  historischen  Vereins  herausgegeben  von  G.  Stùve.  Osnabrùck,  Rack- 
host,  1895.  In-8o,  xx-308-i73  p.,  grav.  (Osnabrûcker  Geschichtsquel- 
len,  3.)  10  m. 

479.  Antonelli  (Rosina).  L'Idea  guelfa  e  l'idea  ghibellina  dal  Dictatus 
papae  al  libro  De  monarchia.  Roma,  G.  Baibi,  1895.  In-8°,  50  p. 

480.  Assié  (Paulin).  Bataille  de  Muret  (12  septembre  1213).  Toulouse, 
impr.  Calvet,  1895.  In-16,  27  p. 

481.  Aus  Alt-Krems.  Festgabe  zum  900jahrigen  Jubilàum  der  ersten 
urkundl.  Erwàhnung  der  Stadt  Krems.  Herausgegeben  vom  stàdtischen 
Muséum.  Krems,  F.  Oesterreicher,  1895.  Gr.  in-8<',  xvi-94  p.,  72  grav., 
40  pi.  14  m. 

482.  Aus  dem  Kremser  Stadtarchiv.  Festgabe  zum  900jàbrigen  Jubi- 
làum des  ersten  urkundl.  Erwàhnung  der  Stadt  Krems.  Herausg.  vom 
stàdt.  Muséum.  Krems,  F.  Oesterreicher,  1895.  Gr.  in-fol.,  7  p.  et  13  pi. 
en  phototypie,  plus  un  appendice  de  1  p.  et  1  pi.  en  phototypie.  24  m. 

483.  Ausgewàhlte  Urkunden  zur  Verfassungs-Geschichte  der  dcutsch- 
osterreichischen  Erblande  im  Mittelalter.  Herausgegeben  von  Ernst 
Freiherrn  von  Schwind  und  Alphons  Dopsch.  Innsbruck,  Wagner, 
1895.  Ia-8°,  xx-477  p. 

484.  AvERDUNK  (Heinrich).  Geschichte  der  Stadt  Duisburg  bis  zur 
endgiiltigen  Vereinigung  mit  dem  Hause  HohenzoUern  (1666).  2.  Abth. 
Duisburg,  J.  Ewich,  1895.  In-8°,  iv  p.  et  p.  341-776,  carte.  5  m. 

485.  Avril  (baron  A.  d').  Les  Églises  autonomes  et  autocéphales  (451- 
1885).  Paris,  5,  rue  Saint-Simon,  1895.  In-8°,  49  p.  (Extrait  de  la  Revue 
des  Questions  historiques,  juillet  1895.) 

486.  Baldissera  (V.).  Gronachetta  délia  chiesa  e  convento  di  S. -Anto- 
nio in  Gemona.  Gemona,  tip.  Tessitori,  1895.  In-8°,  30  p. 

487.  Barthélémy  (Anatole  de).  Denier  de  Hugues,  comte  de  Rouergue 
(1008-1054).  Bruxelles,  impr.  J.  Goemaere  (1895).  In-8o,  5  p.  (Extrait  de 
la  Revue  belge  de  numismatique,  3"  livr.,  1895.)  0  fr.  25. 

488.  Benedicti  régula  monachorum.  Recensuit  Ed.  Woelfflin.  Leip- 
zig, B.-G.  Teubner,  1895.  In-8°,  xv-85  p.  1  m.  60. 

489.  Berardi  (Eugenio).  Genni  storici  di  Roncofreddo,  Sogliano,  Bor- 
ghi  e  dintorni.  Gatteo,  tip.  dell'  istituto  fanciulli  poveri,  1894.  In-16, 
205  p.  0  1.  75. 

490.  Beurlier  (abbé  E.).  Le  Chartophylax  de  la  grande  église  de 


BIBLIOGRAPHIE,  573 

Gonstantinople.  Bruxelles,  PoUeunis  et  Geuterick,-  1895.  In-S»,  17  p. 
(Extrait  du  Compte-rendu  du  troisième  congrès  scientifique  internatio- 
nal des  catholiques.)  1  fr. 

491.  Biais  (Emile).  Notes  et  documents  historiques.  Inventaire  d'ob- 
jets mobiliers  (1409),  d'après  l'original  des  archives  d'Angouléme. 
Angoulême,  impr.  Gliasseignac,  1895.  In-S",  41  p.  (Extrait  du  Bulletin 
de  la  Société  archéologique  et  historique  de  la  Charente.) 

492.  BiRAGm  (Luigi).  Sacro  monumento  marmoreo  del  secolo  xi  esi- 
stente  nel  borgo  di  Vimercate,  diocesi  milanese,  messo  in  luce  nel  1844. 
Milano,  tip.  Patronato,  1895.  In-8o,  12  p.,  grav.  (Extrait  de  VAmico 
cattolico.) 

493.  Bock  (Franz).  Kyllburg  und  seine  kirchlichen  Bauwerke  des 
Mittelalters.  Kyllburg;  Aachen,  Gremer,  1895,  In-8°,  96  p.,  14  grav., 

I  plan.  2  m.  relié. 

494.  BoNK  (Hugo),  Die  Stâdte  und  Burgen  in  Altpreussen  (Ordens- 
griindungen)  in  ihrer  Beziehung  zur  Bodengestaltung.  (Extrait  de  VAlt- 
preussische  Monatsschrift.)  Kônigsberg,  F.  Bayer,  1895.  In-8°,  146  p., 

II  pi.  4  m. 

495.  BoNVALOT  (Edouard).  Histoire  du  droit  et  des  institutions  de  la 
Lorraine  et  des  Trois-Évêchés  (843-1789).  Avec  une  introduction  de 
M.  Ernest  Glasson.  Du  Traité  de  Verdun  à  la  mort  de  Gharles  II.  Paris, 
Pichon,  1895.  In-8°,  vii-393-xxiv  p, 

496.  Bouche  (abbé  Pierre-Bertrand),  La  Vie  de  saint  Bertrand,  évéque 
de  Gomminges,  son  siècle,  son  culte.  Toulouse,  impr.  Saint-Gyprien, 
1895.  In-16,  xiv-327  p. 

497.  BouDET  (Marcellin).  Documents  inédits  sur  la  crise  des  routiers. 
Villandrando  et  les  écorcheurs  à  Saint-Flour.  Glermont-Ferrand,  impr. 
Mont-Louis,  1895.  In-8o,  89  p.  (Extrait  de  la  Revue  d'Auvergne,  sept,- 
oct,  1894.) 

498.  BouRGOuGNON  (G.).  Monographie  du  canton  d'Huriel  (Allier). 
Montluçon,  impr.  Maugenest  et  Mitterand,  1895.  In-8°,  147  p.,  carte. 

499.  Bréhier  (A.  de).  Fougeray  depuis  le  ix«^  siècle  jusqu'à  nos  jours.. 
Vannes,  impr.  Lafolye,  1895.  In-8°,  247  p. 

500.  Bruchstûcke  aus  einem  mittelhochdeutschen  Passionsgedichte 
des  XIV.  Jahrh.  Aufgefunden  und  verôffentlicht  von  Gonrad  Schiffmann. 
Linz,  F.-J.  Ebenhôch,  1895.  In-8°,  12  p.,  2  grav. 

501.  Bruguier-Roure  (L.).  Ghronique  et  cartulaire  de  l'œuvre  des 
église,  maison,  pont  et  hôpitaux  du  Saint-Esprit  (1265-1791).  Nîmes, 
impr.  Ghastanier,  1895.  In-8°,  gxliv  p.,  8  pi. 

502.  Brijll  (Wilh.).  Ghronik  der  Stadt  Diiren.  Dùren,  L.  Vetter, 
1895.  In-8°,  v-237  p.,  12  grav,,  1  plan.  2  m.  50. 


574  BIBLIOGRAPHIE. 

503.  BucHWALD  (Stefaa  von).  Geschichte  des  Hafencastells  von  Triest 
und  des  Dômes  von  St.-Just.  Linz,  Stàdtebilder-Verlag,  1895.  In-8°, 
40  p.,  4  grav.  et  1  plan.  0  m.  70. 

504.  Ganepa  (A.).  Nuove  ricerche  suUa  Béatrice  di  Dante.  Torino, 
G.  Glausen,  1895.  In-12,  100  p.  2  l. 

505.  Gapitoli  (I)  délia  compagnia  del  Grocione,  composti  nel  secolo  xrv, 
pubblicati  a  cura  di  Giulio  Goen.  Pisa,  tip.  F.  Mariotti,  1895.  In-16,  28- 
xxxviiij  p. 

506.  Garmina  vedastina.  GoUected  and  edited  by  W.  Sparrow  Simp- 
son. London,  EUiot  Stock,  1895.  In-8°,  61  p.  et  1  pi. 

507.  Garreri  (F. -G.).  Regesti  friulani.  Udine,  tip.  Domenico  del 
Bianco,  1895.  In-8»,  34  p.  (Extrait  des  Pagine  friulane.) 

508.  Garstanjen  (A.-W.-F.).  Ulrich  von  Ensingen.  Ein  Beitrag  zur 
Geschichte  der  Gothik  in  Deutschland.  Zurich,  1895.  In-8°,  137  p., 
10  pi. 

509.  Ghalmandrier  (J.-E.).  Histoire  du  village  de  Gilly-lès-Vougeot 
(Gôte-d'Or).  Dijon,  Rey,  s.  d.  In-8'',  121  p.  (Extrait  des  Mémoires  de  la 
Société  bourguignonne  de  géographie  et  d'histoire.) 

510.  Ghartes  (les)  de  Saint-Bertin,  d'après  le  cartulaire  de  dom 
Gharles-Joseph  Dewitte,  dernier  archiviste  de  ce  monastère,  publiées  ou 
analysées  par  M.  l'abbé  Bled.  T.  111,  fasc.  3.  Saint-Omer,  impr.  d'Ho- 
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Rossi  :  le  Origini  di  Siena;  2.  Orazio  Bacci  :  le  Prediche  volgari  di 
s.  Bernardine  in  Siena  nel  1427;  3.  Carlo  Calisse  :  S.  Caterina  da 
Siena;  4.  Domenico  Barduzzi  :  dei  Governo  deil'  ospedale  di  Siena 
dalle  origini  alla  caduta  délia  repubblica.  Siena,  L.  Lazzeri,  1895.  In-16, 
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mite,  avec  un  brief  recueil  des  croisades  suivantes,  qui  contient  un 
abrégé  de  l'histoire  de  Jérusalem  jusqu'à  la  perte  de  ce  royaume.  Réé- 
dité du  xvn«  siècle  à  l'occasion  du  huitième  centenaire  des  croisades. 
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manoscritti  di  Genova,  di  Parigi  e  di  Providence  da  L.-T.  Belgrano  e 
M.  Staglieno.  Parte  V,  vol.  i  :  la  Vita  e  i  tempi  di  Paolo  dal  Pozzo 
Toscanelli,  ricerche  e  studi  di  Gustavo  Uzielli,  con  un  capitolo  (vi)  sui 
lavori  astronomici  del  Toscanelli,  di  Giovanni  Geloria;  vol.  ii  :  Pietro- 
Martire  d'Anghiera  e  le  sue  relazioni  sulle  scoperte  oceaniche  per  Giu- 
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d'après  les  auteurs  anciens  et  les  cartulaires  de  la  région.  Le  Pagus 
Burbunensis  et  le  comté  d'Autun  ;  les  bains  antiques  ;  les  seigneurs  du 
nom  de  Bourbon-Lancy.  Moulins,  impr.  Auclaire,  1894.  In-S",  102  p. 
(Extrait  du  Bulletin-Revue  de  la  Société  d'émulation  et  des  beaux-arts  du 
Bourbonnais.) 

654.  Robert  de  Blois.  Sâmmtliche  Werke.  Zum  1.  Maie  herausge- 
geben V.  Prof.  D""  Jac.  Ulrich.  3.  Bd.  Die  didactischen  und  religiosen 
Dichtungen.  Berlin,  Mayer  und  Miiller,  1895.  In-S",  xxxni-129  p.  3  m, 

655.  RoDossKH  (Aleksiei).  Opisanie  432-kh  roukopisei  primadleja- 
chtchikh  S.-Peterbourgskoi  doukhovnoi  akademiiisostavliaiouchtchikh 
eia  pervoc  po  nemeni  sobranie.  [Catalogue  de  432  manuscrits  de  l'Aca- 
démie impériale  des  sciences  à  Saint-Pétersbourg.]  Saint-Pétersbourg, 
impr.  S.-O.  Bachkov,  1894.  In-S»,  427  p.  2  roubles. 

656.  RoTHE  (Paul).  Die  Gonditionalsàtze  in  Gottfried's  von  Strass- 
burg  «  Tristan  und  Isolde.  »  Halle,  M.  Niemeyer,  1895.  In-8°,  ix-96  p. 
1  m.  60. 

658.  RovERE  (Giuseppe).  Brancaleone  degli  Andalô,  senatore  di  Roma, 
contributo  alla  storia  del  comune  di  Roma  nel  medio  evo.  Udine,  tip. 
Jacob  e  Golmegna,  1895.  In-8°,  96  p. 

659.  Samling  af  Danmarks  lovsskraaer  fra  middelalderen  med  nogle 
tilhôrende  beslsegtede  brève,  udgiven  ved  G.  Nyrop  af  selskabet  for 
udgivelse  af  kilder  til  dansk  historié.  I.  Kjôbenhavn,  Gad,  1895.  In-8°, 
160  p.  1  kr.  50. 

660.  Santoni  (M.).  Il  Diploma  del  cardinale  Sinibaldo  Fieschi,  legato 
délia  Marca,  per  le  franchigie  dei  camerinesi  :  saggio  di  corografia  de' 


BIBLEOGRAPfllE.  387 

tempi  di  mezzo,  17  gennaio  1240.  Gamerino,  tip.  suce.  Borgarelli,  1895. 
In-4°,  11  p. 

661.  ScHLUMBERGER  (Gustave).  Mélanges  d'archéologie  byzantine, 
l^e  série.  Paris,  Leroux,  1895.  In-8°,  357  p.,  16  pi.  et  grav. 

662.  ScHMARSow  (Aug.).  Masaccio-Studien.  1.  Lieferung  :  Castiglione 
d'Olona  mit  den  Malereien  des  Masolino.  Kassel,  Th.-G.  Fischer,  1895, 
In-S",  Yiii-112  p.,  avec  atlas  de  30  pi.  en  phototypie.  30  m. 

663.  ScHREiBER  (W.-L.).  Manuel  de  l'amateur  de  la  gravure  sur  bois 
et  sur  métal  au  xv«  siècle.  T.  VII,  contenant  la  première  partie  des 
fac-similés  des  livres  xylographiques.  Berlin,  A.  Gohn,  1895.  In-fol., 
X  p.,  35  pi.  12  m. 

664.  Schubert  (Heinrich).  Geschichte  derBolkoburg  bei  Bolkenhain. 
Schweidnitz,  G.  Brieger,  1895.  In-8°,  iv-65  p.,  1  grav.  0  m.  50. 

665.  Seyferth  (Paul).  Sprache  und  Metrik  des  mittelenglischen  stro- 
phischen  Gedichtes  «  le  Morte  Arthur  »  und  sein  Verhàltnis  zu  «  the 
Lyfe  of  Ipomydon.  »  Berlin,  G.  Vogt,  1895.  In-8°,  79  p.  (Berliner  Bei- 
tràge  zur  germanischen  und  romanischen  Philologie.  Germanische 
Abth.,  6.)  2  m. 

666.  Simon  (Philipp).  Jacques  d'Amiens.  Berlin,  G.  Vogt,  1895.  In-8o, 
III-72  p.  (Berliner  Beitràge  zur  germanischen  und  romanischen  Philo- 
logie. Romanische  Abtheilung,  3.)  1  m.  80. 

667.  [SoMMABERE  (abbé).j  Notre-Dame  de  Tudet  ou  de  protection  dans 
l'ancienne  vicomte  de  Lomagne,  ancien  diocèse  de  Lectoure,  aujourd'hui 
diocèse  d'Auch.  2^  édit.  Toulouse,  impr.  Saint-Cyprien,  1894.  In-8'', 
xii-218  p. 

668.  Springer  (Hermann).  Das  altprovenzalische  Klagelied  mit 
Berùcksichtigung  der  verwandten  Litteraturen.  Eine  litterarhistorische 
Untersuchung.  Nebst  einer  Beilage  iiber  die  Vizgrafen  von  Marseille 
und  das  Haus  Baux  in  ihren  Beziehungen  zu  den  Trobadors,  einer 
kritischen  Ausgabe  einiger  Lieder  und  2  ungedruckten  altfranzôsischen 
Klageliedern.  Berlin,  G.  Vogt,  1895.  In-8°,  111  p.  (Berliner  Beitràge 
ziir  germanischen  und  romanischen  Philologie.  Romanische  Abth.,  2.) 
2  m.  70. 

669.  Stouff  (L.).  Deux  Ghartes  de  franchises  en  Dauphiné  (Bressieux, 
1288;  la  Gôte-Saint-André,  1301).  Paris,  Larose,  1895.  In-8°,  56  p. 
(Extrait  de  la  Nouvelle  Revue  historique  de  droit  français  et  étranger.) 

670.  Strauss  (F.-VV.).  Geschichte  der  Stadt  M.  Gladbach  von  den 
àltesten  Zeiten  bis  zur  Gegenwart.  M.  Gladbach,  F.-W.  Strauss,  1895. 
ln-8°,  vi-99  p.,  1  vue.  1  m. 

671.  Summarisches  Inventar  des  Bezirksarchivs  von  Lothringen  vor 


388  BIBLIOGRAPHIE. 

1790.  Inventaire  sommaire  des  arcliives  départementales  de  la  Lorraine 
antérieures  à  1790.  Série  H.  Metz;  Strassburg,  K.-J.  Triibner,  1895. 
In-4°,  Y-v-455  p.  9  m. 

672.  SupiNO  (Igino-Benvenuto).  Giovanni  Pisano.  Roma,  tip.  del- 
rUnione  cooperativa  éditrice,  1895.  In-4°,  29  p.,  grav.  (Extrait  de  VArchi' 
vio  storico  delV  arte,  série  II,  anno  i,  fasc.  1  et  2.) 

673.  SzABÔ  Kâroly.  Székely  oklevéltâr.  Kiadta  a  székely  tôrténelmi 
pâlyadij-alap  feliigyelo  bizzottsâga.  Sajtô  alâ  rendezte  Szâdeczky  Lajos. 
IV.  kôtet,  1264-1707.  [Documents  sur  les  Szeklers.]  Klausenburg,  Joh. 
Stein,  1895.  In-8°,  xl-374  p.  2  fl. 

674.  Templer  (Bernhard).  Die  Unsterblichkeitslehre  bei  den  jùdischen 
Philosophen  des  Mittelalters.  Nebst  Einleitung  liber  den  Uebersterblich- 
keitsglauben  in  Bibel  und  Talmud  und  Anhang.  Wien,  M.  Breiten- 
stein,  1895.  In-S»,  79  p.  1  n.  50. 

675.  Tille  (Armin).  Die  bàuerliche  Wirtschaftsverfassung  des 
Vintschgaues,  vornehmlich  in  der  zweiten  Hàlfte  des  Mittelalters.  Inns- 
bruck,  Wagner,  1895.  In-S",  vni-280  p. 

676.  ToRRACA  (Francesco).  Noterelle  dantesche.  Firenze,  tip.  di 
G.  Garnesecchi  e  figli,  1895.  In-4°,  24  p.  (Nozze  Morpurgo-Franchetti.) 

677.Urkunden  zur  Gescbichte  des  ehemaligen  Hauptamtsinsterburg 
nach  den  Originalen  im  kôniglichen  Staatsarchiv  zu  Kônigsherg  und 
dem  kôniglicben  geheimen  Staatsarchiv  zu  Berlin  gefertigt  durch  Ilans 
Kiewning  und  Max  Lukat.  Herausg.  durch  A.  îlorn  und  Paul  Horn. 
Insterburg,  F.  Roddewig,  1895.  Gr.  in-8'>,  iv-96  p.  3  m. 

678.  Urkundenbuch  der  Stadt  Braunschweig,  im  Auftrag  der  Stadt- 
behoerden,  herausg.  von  Ludwig  Ilaenselmann.  II,  1  :  M  XXXI- 
MGGXGIX.  Braunschweig,  G. -A.  Schwetschke  und  Sohn,  1895.  In-4", 
225  p.,  1  grav.  12  m. 

679.  Urkundenbuch  der  Stadt  Grimma  und  des  Klosters  Nimbschen, 
herausg.  von  Ludwig  Schmidt.  Leipzig,  Giesecke  und  Dcvrient,  1895. 
In-4»,  xxiv-439  p.,  2  phototypies.  (Codex  diplomaticus  Saxoniae  regiae, 
XV.)  24  m. 

680.  Vacandard  (abbé).  Saint  Bernard  et  la  réforme  cistercienne  du 
chant  grégorien.  Bruxelles,  Polleunis  et  Ceuterick,  1895.  In-8o,  7  p. 
(Extrait  du  Compte-rendu  du  troisième  congrès  scientifique  international  des 
catholiques.)  0  fr.  50. 

681.  Vacandard  (abbé  E.).  Vie  de  saint  Bernard,  abbé  de  Clairvaux. 
Paris,  Lecoffre,  1895.  In-8°,  liv-511  et  592  p. 

682.  Valois  (Noël).  Un  Poème  de  circonstance  composé  par  un  clerc 


BIBLIOGRAPHIE.  589 

de  l'Université  de  Paris  (1381).  Paris,  1895.  In-8°,  29  p.  (Extrait  de 
l'Annuaire- Bulletin  de  la  Société  de  Vhistoire  de  France,  t.  XXXI.) 

683.  Vetter  (Ferd.).  Die  neuentdeckte  deutsche  Bibeldichtung  des 
9.  Jahrh.  Mit  dem  Text  und  der  Uebersetzung  der  neu  aufgefundenen 
vatikanisclien  Bruchstûcke.  Basel,  B.  Schwabe,  1895.  In -8°,  47  p. 
1  m.  50. 

684.  ViGOLAND  (Edouard).  Montfort-sur-Men,  son  histoire  et  ses  sou- 
venirs. Rennes,  Gaillière,  1895.  In-18,  232  p. 

685.  Vœux  (les)  de  l'épervier.  Kaiser  Heinrichs  VII.  Romfahrt. 
Herausgegeben  von  G.  Wolfram  und  F.  Bonnardot.  Metz,  Druckerei 
der  Lothringer  Zeitung,  1895.  In-8°,  104  p.  (Extrait  du  Jahrbuch  der 
Gesellschaft  fur  lothringische  Geschichte,  t.  VI.) 

686.  VoGELSTEiN  (Herm.),  Rieqer  (Paul).  Geschichte  der  Juden  in 
Rom.  II,  1420-1870.  Berlin,  Mayer  und  MûUer,  1895.  In-8°,  v-450  p. 
7  m. 

687.  Wauters  (A.-J.).  La  Sculpture  en  ivoire  et  les  ivoiriers  flamands. 
Bruxelles,  P.  Weissenbruch,  1895,  In-8°,  26. p.,  grav.  (Extrait  du  Congo 
illustré,  2  et  30  décembre  1894.)  1  fr.  50. 

688.  Weghssler  (Ed.).  Ueder  die  verschiedenen  Redaktionen  des 
Robert  von  Borron  zugeschriebenen  Graal-Lancelot-Gyklus.  Halle, 
M.  Niemeyer,  1895.  In-8°,  ni-64  p.  1  m.  50. 

689.  Wendler  (Otto).  Geschichte  Rùgens  von  der  àltesten  Zeit  bis 
auf  die  Gegenwart.  Bergen-a.-R.,  F.  Becker,  1895.  In- 8°,  159  p. 
1  m.  50. 

690.  Wimmer  (Ludv.-F.-A.).  De  danske  Runemindesmœrker.  Kjô- 
benhavn,  1895.  In-fol.,  174  p.,  illustr. 

691.  WoLFF  (Georg).  Die  Bevôlkerung  des  rechtsrheinischen  Germa- 
niens  nach  dem  Untergang  der  Rômerherrschaft.  Darmstadt,  A.  Berg- 
stràsser,  1895.  In-8°,  7  p.  (Extrait  de  Quartalblâtter  des  historischen 
Vereins  fur  das  Grossherzogthum  Hessen.)  0  m.  60. 

692.  WuLF  (Maurice  de).  Histoire  de  la  philosophie  scolastique  dans 
les  Pays-Bas  et  la  principauté  de  Liège  jusqu'à  la  Révolution  française. 
Louvain,  A.  Uystpruyst-Dieudonné,  1895.  In-8o,  xx-404  p.  (Extraft  des 
Mémoires  couronnés  et  autres  mémoires  publiés  par  l'Académie  royale  de 
Belgique,  t.  LI.)  5  fr. 

693.  YoccA  (G.  Stefano).  Saggio  su  l'Entrée  despagne  ed  altre  chan- 
sons de  geste  medioevali  franco-italiane.  Roma,  tip.  G.  Giotola,  1895. 
In-8°,  58  p.  2  1.  50. 

694.  Yves  [de  Chartres].  Deux  Chartes  inédites,  par  M.  l'abbé  Métais. 


590  BIBLIOGRAPHIE. 

Paris,  Impr.  nationale,  1895.  In-8'>,  15  p.,  pi.  (Extrait  du  Bulletin  his- 
torique et  philologique,  1894.) 

695.  Zallinger  (Otto  von).  Das  Verfahren  gegen  die  landschâdlichen 
Leute  in  Sûddeutschland.  Ein  Beitrag  zur  mittelalterlich-deutschen 
Strafrechts-Geschichte.  Innsbruck,  Wagner,  1895.  In-8°,  x-262  p. 

696.  ZuMBiNi  (B.).  Studi  sul  Petrarca.  Firenze,  suce.  Le  Monnier,  1895. 
In-16,  402  p.  4  1. 


CHRONIQUE  ET  MÉLANGES. 


OBSEQUES  DE  M.  DE  MONTAIGLON. 

L'Ecole  des  chartes  et  la  Société  de  l'École  des  chartes  ont  été  attris- 
tées par  la  mort  d'un  de  nos  confrères  les  plus  aimés  et  les  plus  esti- 
més. M.  Anatole  de  Gourde  de  Montaiglon,  professeur  à  l'École  des 
chartes,  membre  du  Comité  des  travaux  historiques  et  du  Comité  des 
Sociétés  des  beaux-arts  des  départements,  président  de  la  Société  de 
l'histoire  de  l'Art  français,  membre  de  la  Société  des  antiquaires  de 
France,  chevalier  de  la  Légion  d'honneur,  est  décédé  à  Tours  le  l^""  sep- 
tembre 1895,  à  l'âge  de  soixante-onze  ans.  Le  service  religieux  a  été 
célébré  le  21  de  ce  mois  dans  l'église  Saint-Paul-Saint-Louis. 

Nous  insérons  ici  les  discours  qui  ont  été  prononcés  sur  la  tombe, 
au  cimetière  du  Père-Lachaise,  par  M.  Paul  Meyer,  directeur  de  l'École 
des  chartes,  A.  Giry,  président  de  la  Société  de  l'École  des  chartes,  et 
Ul.  Robert,  président  de  la  Société  des  antiquaires  de  France. 

DISCOURS    DE   M.    PAUL   MEYER. 

«  Je  viens,  au  nom  du  corps  enseignant  de  l'École  des  chartes,  adres- 
ser un  suprême  adieu  au  collègue,  à  l'ami  qui,  durant  près  de  trente 
ans,  a  pris  une  part  active  à  nos  travaux,  et  qui,  par  son  enseignement, 
par  ses  conseils,  par  son  exemple,  a  contribué  à  former  de  nombreuses 
générations  d'érudits. 

«  C'est  en  1864  que  M.  de  Montaiglon,  après  plusieurs  années  pas- 
sées dans  le  service -des  musées  et  des  bibliothèques,  est  rentré,  en 
qualité  de  secrétaire  et  de  professeur  suppléant,  dans  notre  École,  d'où  il 
était  sorti  en  1850  avec  le  diplôme  d'archiviste  paléographe.  Quatre  ans 
plus  tard,  il  devenait  professeur  titulaire,  en  remplacement  de  feu 
Vallet  de  Viriville,  et  était  chargé  du  cours  de  bibliographie  et  de  clas- 
sement des  archives  et  bibliothèques.  Il  apporta  dans  cet  enseignement 
une  rare  variété  de  connaissances  ;  il  y  fit  preuve  d'une  bienveillance 
qui  lui  eut  bientôt  concilié  la  respectueuse  affection  de  ses  élèves.  Ses 
leçons  n'avaient  rien  d'oratoire  et  ne  visaient  point  à  former  un 
ensemble  méthodique  :  c'étaient  plutôt  des  causeries  simples  et  fami- 
lières, où  des  digressions,  toujours  intéressantes,  tenaient  parfois  plus 


392  CHROXIQUE   ET   Me'lANGES. 

de  place  que  le  sujet  principal,  mais  on  s'instruisait  à  l'entendre,  car 
il  abondait  en  idées  fécondes  et  en  aperçus  ingénieux.  Il  aimait  à  se 
mettre  en  communication  avec  les  élèves,  et  ordinairement,  la  leçon 
terminée,  il  reprenait  en  conversation  quelqu'une  des  matières  dont  il 
avait  traité,  la  développant  à  nouveau,  s'attachant  à  éveiller  la  curio- 
sité des  jeunes  gens,  leur  communiquant,  sans  réserve  comme  sans 
pédantisme,  les  trésors  de  son  érudition. 

«  On  a  pu  regretter  plus  d'une  fois  qu'il  n'ait  pas  appliqué  ses  remar- 
quables qualités  de  critique  et  son  goût  fin  et  sûr  à  quelque  travail  de 
longue  haleine  dans  lequel  il  eût  pu  donner  la  mesure  de  ce  dont  il 
était  capable,  au  lieu  de  disperser  ses  efforts  sur  les  parties  les  plus 
diverses  de  l'histoire  des  arts  et  de  l'histoire  littéraire.  Mais  il  était  dans 
sa  nature  de  travailler  pour  apprendre  plutôt  que  pour  produire.  Les 
hommes  doués  d'une  curiosité  générale  aiment  mieux  lire  de  gros 
livres  que  d'en  faire.  Montaiglon  était  un  lecteur  insatiable,  et,  comme 
il  lisait  la  plume  à  la  main,  il  avait  recueilli  des  notes  sur  une  infinité 
de  sujets.  Mais  il  se  décidait  difficilement  à  les  mettre  en  œuvre.  Il  lui 
semblait  que  le  temps  employé  à  résumer  ses  idées  était  perdu  pour 
l'étude.  Il  avait  besoin,  pour  écrire,  d'être  sollicité  par  la  découverte 
d'un  document  inédit,  par  un  problème  littéraire  jusque-là  inaperçu  ou 
non  résolu,  ou  bien  il  fallait  qu'il  se  fût  pris  de  goût  pour  quelque 
œuvre  des  siècles  passés  dont  il  lui  paraissait  utile  de  donner  une  édi- 
tion améliorée  et  savamment  commentée.  Heureusement,  ces  occasions 
se  présentèrent  souvent.  Aussi  son  œuvre,  bien  que  ne  représentant 
qu'une  faible  part  de  son  activité  intellectuelle,  ne  laisse-t-elle  pas 
d'être  considérable.  Il  y  a  quelques  années,  ses  amis,  plus  soucieux 
que  lui-même  de  sa  réputation,  eurent  la  pensée  de  lui  offrir,  en  un 
volume  bien  imprimé  sur  beau  papier,  la  bibliographie  de  ses  écrits. 
Ce  fut  l'une  de  ses  dernières  joies,  mais  aussi  l'une  des  plus  vives. 
Cette  bibliographie  contient  près  de  700  articles.  Beaucoup,  à  la  vérité, 
ne  sont  que  de  courtes  notes  ou  de  simples  comptes-rendus.  Il  en  est  peu 
toutefois  où  on  ne  trouve  une  idée  originale  ou  au  moins  quelque 
remarque  intéressante. 

«  Je  n'entreprendrai  point  d'apprécier  une  œuvre  aussi  étendue  et 
aussi  variée.  Il  me  sera  permis  toutefois,  laissant  à  d'autres  le  soin  de 
dire  ce  que  Montaiglon  a  fait  pour  l'histoire  de  l'art,  de  rappeler  ici 
quelques-uns  des  travaux  qui  assurent  à  notre  collègue  une  place  dis- 
tinguée entre  les  hommes  qui,  les  premiers,  ont  étudié  avec  sympathie 
et  intelligence  notre  ancienne  littérature.  Lorsque  le  libraire  Jannet 
eut  conçu  l'idée  de  la  Bibliothèque  elzévirienne,  qui,  sous  une  forme 
élégante  et  commode,  a  rendu  accessibles  tant  d'œuvres  peu  connues 
ou  même  complètement  ignorées  de  nos  vieux  auteurs,  il  trouva  en 
Montaiglon  un  collaborateur  actif  et  bien  préparé.  Ses  éditions  du 
Dolopathos  et  du  Livre  du  chevalier  de  la  Tour-Landrij  n'ont  point  été 


CHRONIQUE    ET   MÉLANGES.  593 

remplacées  jusqu'ici,  et  encore  mainteaaut  on  trouverait  peu  à  ajouter 
aux  solides  introductions  qu'il  y  a  jointes.  Mais  il  faut  surtout  signaler, 
dans  cette  Bibliothèque,  le  Recueil  de  poésies  françaises  des  XV^  et 
XVI*^  siècles,  dont  il  publia  seul,  de  1855  à  1865,  les  neuf  premiers 
volumes  et  qu'il  poursuivit  plus  tard  jusqu'au  tome  XIII  avec  la  colla- 
boration de  feu  le  baron  James  de  Rothschild.  C'est  une  collection  inap- 
préciable, qu'aucun  autre  que  lui  n'aurait  pu  entreprendre  il  y  a  qua- 
rante ans  et  qui,  encore  maintenant,  marque,  sur  beaucoup  de  points, 
l'état  de  nos  connaissances.  Plus  tard,  lorsque  Jannet  forma  une  nou- 
velle collection  d'œuvres  littéraires,  Montaiglon  y  publia  son  édition  du 
joli  roman  en  prose  de  Jean  de  Paris,  qu'il  replaça  dans  son  époque  et 
dans  son  milieu,  y  révélant  des  allusions  historiques  qu'on  avait  négli- 
gées ou  mal  interprétées.  Montaiglon  fut  aussi  l'un  des  collaborateurs 
de  notre  ancien  maître  Guessard,  et  publia  avec  lui  la  chanson  de  geste 
d'Aliscans.  La  Société  des  anciens  textes  français  le  compta  au  nombre 
de  ses  premiers  adhérents.  Il  la  présida  en  1880  et  lui  donna  une  édi- 
tion ricliement  annotée  d'un  élégant  poème  du  xv  siècle  :  l'Amant 
rendu  cordelier  à  l'observance  d'amours.  Montaiglon  fut  certainement  un 
des  hommes  qui  ont  le  mieux  connu  la  littérature  française  du  xv*  siècle. 
Il  l'a  prouvé  non  seulement  par  ses  éditions,  dont  je  n'ai  pu  indiquer 
ici  que  la  moindre  partie,  mais  encore  par  les  notices  succinctes  qu'il 
inséra,  il  y  a  trente-cinq  ans,  dans  le  premier  volume  des  Poètes  finan- 
çais de  Grépet.  Les  quelques  pages  qu'il  a  consacrées  à  Villon  dans 
cet  ouvrage  restent  encore  maintenant  ce  qui  a  été  écrit  de  plus  judi- 
cieux sur  le  poète  le  plus  original  du  xv^  siècle.  Mais  il  s'intéressait 
aussi  à  des  périodes  plus  modernes  de  notre  littérature.  Il  suffira  de 
rappeler  son  Rabelais,  malheureusement  inachevé,  et  ses  éditions  de 
VHeptaméron  de  la  reine  de  Navarre,  des  contes  de  La  Fontaine,  enfin 
l'édition  illustrée  de  Molière,  à  laquelle  il  travaillait  encore  dans  les 
derniers  temps  de  sa  vie,  et  qu'il  ne  devait  pas  finir. 

«  Mais  l'œuvre  de  Montaiglon  n'est  pas  tout  entière  dans  les  écrits 
auxquels  il  a  mis  son  nom.  Obligeant  autant  que  modeste,  il  était  tou- 
jours prêt  à  faire  part  à  autrui  de  ses  idées  et  de  ses  notes.  Il  a  été  le 
collaborateur  plus  ou  moins  inconscient  de  bien  des  érudits  de  notre 
temps,  et  ce  n'est  pas  lui  qui  eût  jamais  élevé  la  voix  pour  réclamer  la 
priorité  d'une  idée  ou  d'une  découverte.  A  cet  égard  comme  à  bien 
d'autres  il  était  d'un  désintéressement  absolu.  Il  ne  vit  jamais  dans  la 
science  un  moyen  d'arriver  à  la  fortune  ou  aux  honneurs.  Il  vécut 
pauvrement  pour  pouvoir  consacrer  à  l'accroissement  de  sa  bibUothèque 
la  majeure  partie  du  modeste  revenu  que  lui  valait  sa  chaire  de  l'École 
dos  chartes.  Il  ne  portait  ombrage  à  personne.  Aussi  n'eut-il  point 
d'ennemis.  Par  contre,  il  avait  de  nombreux  amis,  à  qui  il  était  pro- 
fondément dévoué.  Beaucoup  l'ont  précédé  dans  la  tombe.  Ceux  qui  lui 
1895  39 


594  CHRONIQUE    ET   MÉLANGES. 

survivent,  ses  collègues  et  ses  élèves,  lui  garderont  toujours  un  souve- 
nir affectueux  et  reconnaissant.  » 


DISCOURS   DE   M.    GIRY. 

«  Messieurs, 

«  La  mort  qui  vient  d'enlever  le  maître  et  l'ami  auquel  j'ai  mission 
de  dire  l'adieu  suprême,  au  nom  de  ses  confrères  de  la  Société  de  l'École 
des  chartes,  n'a  pas  été  un  coup  imprévu  comme  ceux  qui  nfiguère  ont 
frappé  notre  association.  Anatole  de  Montaiglon  avait  accompli  son 
œuvre,  et  depuis  quelque  temps  déjà  beaucoup  d'entre  nous  s'effrayaient 
du  déclin  rapide  de  ses  forces;  lui  seul,  insouciant  ou  dédaigneux,  sem- 
blait n'y  pas  prendre  garde  ;  plus  silencieux  seulement,  plus  indifférent 
aux  choses  extérieures,  mais  n'exprimant  jamais  ni  plainte  ni  regret, 
il  préférait  laisser  attribuer  à  des  distractions  dont  on  le  savait  coutu- 
mier  les  défaillances  qui  étaient  dues  à  l'affaiblissement  de  sa  santé. 
D'un  mot  ou  d'un  geste  il  écartait  comme  importune  toute  tentative  de 
conversation  ou  de  conseil  sur  ce  sujet.  Parfois  seulement,  directement 
provoqué,  il  sortait  du  silence  qui  lui  était  devenu  habituel  pour  discu- 
ter une  question  d'art,  de  littérature  ou  d'érudition,  et  l'on  s'étonnait  de 
retrouver  ses  souvenirs  aussi  nombreux,  ses  points  de  vue  aussi  ingé- 
nieux, sa  riposte  aussi  prompte,  tout  l'enthousiasme,  toute  la  passion, 
toute  la  vivacité,  toute  l'originalité  d'autrefois. 

«  Des  voix  plus  autorisées  que  la  mienne  viennent  de  retracer  devant 
vous  la  carrière  si  remplie  de  mon  cher  vieux  maître,  d'apprécier  son 
œuvre  et  de  dire,  avec  une  compétence  qui  ne  m'appartient  pas, 
tout  ce  que  la  science  lui  doit.  Pour  moi,  je  voudrais  seulement  évo- 
quer un  instant  encore,  au  bord  de  cette  tombe,  la  figure  si  profondé- 
ment originale  de  l'homme  excellent,  du  maître  vénéré,  de  l'érudit 
ingénieux,  du  lettré  délicat,  de  l'archéologue  consommé,  du  curieux 
insatiable  que  fut  Anatole  de  Montaiglon. 

«  Aucun  de  ceux  qui  l'ont  approché  n'oubliera  jamais  sa  physionomie, 
à  la  fois  socratique  et  rabelaisienne,  animée  d'yeux  spirituels  et  fure- 
teurs, où  se  reflétaient  si  bien  la  loyauté,  l'intelligence  et  la  bonhomie. 
Aucun  de  ceux  qui  l'ont  connu  n'oubliera  surtout  sa  conversation 
abondante,  féconde,  sur  tous  sujets  d'histoire,  de  littérature,  d'art  ou 
d'érudition  pure,  en  aperçus  ingénieux  et  nouveaux,  pleine  de  phrases 
pittoresques,  où  l'alïlux  dos  idées  prodiguait  les  incidences  et  les  digres- 
sions, les  expressions  imprévues  et  les  néologismes  hardis. 

«  Sa  vie,  vous  le  savez,  fut  tout  entière  consacrée  à  la  science  ;  lit- 
téralement, il  ne  vécut  que  pour  elle  et  par  elle,  et  je  ne  crois  pas 
qu'on  puisse  citer  jamais  un  exemple  de  dévouement  plus  complet  et 


CHRONIQUE    ET   ME'lIXGES.  395 

de  désintéressement  plus  absolu.  Insoucieux  des  difficultés  de  l'exis- 
tence, indifférent  aux  distinctions,  aux  honneurs  et  même  à  la  renom- 
mée, il  a  traversé  la  vie  en  poursuivant  ses  chimères,  épris  d'art  et  de 
poésie,  passionné  pour  la  science.  N'avait-il  pas  choisi  la  meilleure 
part? 

«  Curieux  de  toutes  les  manifestations  de  l'intelligence,  de  l'industrie 
et  de  l'art,  il  a  lu  tout  ce  qu'il  est  possible  à  un  homme  de  lire  et  n'a 
quitté  les  livres  que  pour  voyager  à  travers  l'Europe  et  surtout  la 
France,  observant,  d'un  œil  où  l'image  une  fois  vue  se  fixait  à  jamais, 
tout  ce  qui  se  présentait  à  ses  regards,  étudiant  et  comparant  les  monu- 
ments de  toutes  sortes,  furetant  dans  les  musées  et  les  collections,  com- 
pulsant les  archives  et  les  bibliothèques,  accumulant  les  copies  et  les 
notes,  et  se  distrayant  de  ses  lectures  et  de  ses  recherches  en  griffon- 
nant sur  ses  carnets,  au  hasard  de  ses  impressions,  des  poésies  et  sur- 
tout des  sonnets,  dont  quelques-uns,  de  grande  allure  et  de  pensée 
profonde,  méritent  mieux  que  la  publicité  restreinte  que  sa  modestie 
leur  a  donnée. 

«  Son  œuvre  imprimée,  si  vaste  qu'elle  soit,  est  bien  loin  de  rendre 
compte,  est-il  besoin  de  le  dire?  de  son  activité  intellectuelle;  c'est  à 
peine  si  elle  peut  en  indiquer  la  variété  et  l'étendue;  mais  elle  suffit 
du  moins  à  montrer  qu'il  appartenait  à  la  lignée  des  grands  érudits 
encyclopédistes  de  la  Renaissance,  auxquels  il  semblait  que  rien  ne 
fût  étranger.  L'histoire  de  la  civihsation  de  tous  les  temps  et  de  tous 
les  peuples  l'intéressait  également,  mais  il  était  attiré  de  préférence 
par  les  curiosités,  les  énigmes,  les  difficultés,  les  obscurités  et  n'épar- 
gnait ni  temps  ni  peine  pour  en  trouver  l'explication.  Il  n'était  pro- 
blème si  menu  qu'il  ne  jugeât  digne  de  son  attention,  persuadé  que 
tout  a  sa  place  et  son  intérêt  dans  l'ensemble.  A  défaut  d'instruments 
de  travail  pour  poursuivre  ses  recherches,  il  songeait  aussitôt  à  les 
créer,  sans  se  laisser  rebuter  par  l'aridité  de  la  tâche  quand  il  croyait 
l'œuvre  utile. 

d  Que  de  projets  de  travaux  et  de  publications  ainsi  formés  pour 
lesquels  il  commençait  tout  d'abord  à  ouvrir  une  nouvelle  série  dans 
sa  bibliothèque,  sur  lesquels  il  accumulait  les  notes,  dont  il  abordait 
même  la  mise  en  œuvre,  mais  desquels  le  détachait  bientôt  sa  curio- 
sité toujours  en  éveil  et  toujours  sollicitée  par  de  nouveaux  sujets! 

«  Et,  à  côté  de  ses  travaux  personnels,  exécutés  ou  projetés,  combien 
de  recherches  n'a-t-il  pas  entreprises  et  poursuivies  pour  les  autres! 
Ses  livres,  ses  notes,  sa  science  étaient  toujours  à  la  disposition  de  qui- 
conque le  sollicitait;  particulièrement  accueillant  pour  les  jeunes  gens, 
il  leur  donnait  son  temps  sans  compter,  leur  ouvrait  non  seulement  sa 
bibliothèque,  mais  les  trésors  de  ses  notes,  se  plaisait  à  les  conseiller 
pour  leurs  travaux,  à  les  diriger  dans  leurs  recherches,  à  les  guider 


396  CHRONIQnE   ET   MELANGES. 

dans  les  besognes  les  plus  arides  de  l'érudition,  ou  plutôt  il  savait  leur 
montrer  qu'aucune  besogne  n'est  aride  lorsqu'elle  est  faite  avec  intel- 
ligence et  poursuivie  avec  méthode.  C'est  par  là  certainement  qu'il  fut 
mieux  qu'un  maître,  un  véritable  initiateur,  et  qu'il  peut  compter 
parmi  nous  tant  de  disciples  reconnaissants.  Son  enseignement  dans  la 
chaire  n'avait  rien  de  doctrinal  ;  il  le  faisait  consister  surtout  en  cau- 
series familières  et  en  conseils  à  propos  de  toutes  les  questions  qui 
pouvaient  toucher  aux  matières  qu'il  avait  mission  d'enseigner;  il  le 
prolongeait  volontiers,  autant  qu'il  plaisait  à  ses  auditeurs,  en  conver- 
sations plus  intimes,  au  pied  de  sa  chaire,  dans  les  salles  d'études  de 
l'École,  dans  la  rue  et  souvent  chez  lui,  au  milieu  de  ses  livres,  où  il 
aimait  à  retenir  à  sa  table  frugale  tous  ceux  qui  venaient  lui  deman- 
der un  conseil  ou  un  service. 

«  Ai-je  besoin  maintenant  de  rappeler  quelle  estime,  quelle  recon- 
naissance, quelle  affection  nous  avions  tous  pour  un  tel  maître  ?  Il  en 
reçut  des  témoignages  répétés,  auxquels  il  fut  sensible,  d'abord  lors- 
qu'il fut  appelé,  en  1886,  par  le  suffrage  presque  unanime  de  ses  con- 
frères, à  présider  notre  Société,  et  surtout  lorsqu'il  y  a  quatre  ans  ses 
amis  et  ses  élèves  se  réunirent  en  un  banquet  pour  lui  offrir  la  biblio- 
graphie de  ses  travaux. 

«  Attristé  à  la  fin  de  sa  carrière  par  la  perte  successive  de  ses  plus 
anciens  et  de  ses  plus  fidèles  amis,  privé  d'une  partie  des  livres  qu'il 
avait  rassemblés  avec  tant  d'amour,  il  avait  perdu  un  peu  de  sa  séré- 
nité sans  se  départir  de  son  stoïcisme,  fidèle  quand  même  jusqu'à  la 
fin  à  la  belle  et  mélancolique  devise  qu'il  avait  empruntée  à  un  des 
grands  artistes  de  la  Renaissance  :  De  jour  en  jour,  en  apprenant,  mou- 
rant. » 

DISCOURS    DE   M.  ULYSSE   ROBERT. 

«  Je  viens,  au  nom  de  la  Société  des  antiquaires  de  France,  adresser 
le  suprême  adieu  à  M.  de  Montaiglon,  qui  fut  un  de  ses  membres  les 
plus  dévoués,  les  plus  savants  et  les  plus  aimés.  Il  faisait  partie  de 
notre  Compagnie  depuis  le  10  février  1851,  et,  s'il  n'était  pas  notre  doyen 
par  l'âge  et  par  la  date  de  son  élection,  il  était  le  plus  ancien  de  nos 
membres  résidants.  A  ce  titre  seul,  sans  parler  de  celui  que  lui  don- 
nait son  immense  érudition,  il  aurait  pu,  il  aurait  dû  être  admis  à 
l'honorariat,  comme  ceux  de  nos  confrères  qui,  par  leur  situation  et 
les  services  qu'ils  ont  rendus  à  la  science  et  à  la  Société,  ont  été  jugés 
dignes  de  constituer,  pour  ainsi  dire,  parmi  nous  une  phalange  d'élite. 
Mais  toujours  il  avait  décliné  les  ouvertures  qui  lui  avaient  été  faites 
dans  ce  sens.  Il  lui  eût  semblé,  en  acceptant,  que  les  liens  qui  l'atta- 
chaient à  nous  auraient  été  moins  solides  et  qu'il  ne  nous  aurait  plus 


CHRONIQUE    ET   MÉLANGES.  597 

qu'à  moitié  appartenu.  Aussi  assistait-ii  à  nos  séances  avec  assiduité. 
Il  y  a  quelques  semaines,  il  était  encore  au  milieu  de  nous,  en  appa- 
rence plein  de  santé.  Nous  étions  loin  de  nous  douter  alors  qu'il  ne 
serait  bientôt  plus.  Peut-être  avait-il,  lui,  le  pressentiment  de  sa  fin 
prochaine  et  n'avait-il  pas  voulu  nous  quitter  pour  toujours  sans  revoir 
une  dernière  fois  ses  confrères,  ses  amis  dans  cette  salle  du  Louvre, 
où  si  souvent  il  les  avait  intéressés,  instruits  ou  charmés  par  ses  obser- 
vations ingénieuses,  par  ses  savantes  communications. 

«  La  Société  des  antiquaires  a  en  effet  largement  bénéficié  de  la  rare 
variété  et  de  la  prodigieuse  étendue  des  connaissances  de  M.  de  Mon- 
taiglon.  Nos  Annuaires,  nos  Bulletins  et  nos  Mémoires  abondent  de 
ses  travaux.  A  défaut  du  monument  bibliographique  que  des  mains 
amies  ont  naguère  élevé  en  son  honneur,  on  pourrait  y  voir  qu'il  trai- 
tait avec  la  même  compétence  les  sujets  les  plus  divers  et  que  rien 
de  ce  qui  touche  à  l'antiquité,  à  notre  archéologie  nationale,  à  l'his- 
toire, à  la  littérature  et  à  l'art  ne  lui  était  étranger.  On  a  dit  de  lui 
qu'il  était  une  bibliothèque,  une  encyclopédie  vivante.  Rien  n'est  plus 
exact. 

«  J'ajouterai  qu'il  était  aussi  modeste  qu'il  était  savant.  Il  a  peut-être 
été  le  seul  à  s'ignorer  lui-même,  à  ne  pas  se  connaître  comme  il  le 
méritait.  Si  le  titre  de  membre  de  la  Société  des  antiquaires  de  France 
est  envié  et  justement  enviable,  ses  amis  désiraient  mieux  pour  lui; 
ils  estimaient,  non  sans  raison,  qu'il  méritait  d'être  deux  fois  le  con- 
frère de  ceux  des  nombreux  membres  de  notre  Compagnie  qui  appar- 
tiennent à  l'Institut.  Il  est  permis  de  douter  qu'il  en  fût  aussi  per- 
suadé. 

«  De  même,  sa  bonté  égalait  sa  science  et  sa  modestie.  Tous  ceux  qui 
l'ont  approché  ont  pu  apprécier  son  exquise  aménité,  son  humeur 
douce  et  bienveillante,  sa  franchise  pleine  de  cordialité.  Jamais  une 
parole  amère  n'est  sortie  de  sa  bouche;  jamais  il  n'est  tombé  de  sa 
plume,  à  l'adresse  de  personne,  un  mot  qu'il  eût  eu  à  regretter.  Tou- 
jours on  l'a  vu  obligeant,  serviable,  content  quand  il  pouvait  se  rendre 
utile.  C'est  ce  qui  explique  pourquoi  il  a  eu  tant  et  de  si  dévoués  amis. 
J'ai  eu  souvent  l'occasion  de  constater  chez  ses  anciens  élèves,  dis- 
persés sur  tous  les  points  de  la  France,  quels  sentiments  d'universelle 
sympathie  il  avait  su  inspirer;  ils  ne  me  parlaient  de  lui  que  dans  les 
termes  les  plus  affectueux.  Ces  sentiments,  nous  les  partagions  tous  à 
la  Société  des  antiquaires;  aussi  la  nouvelle  imprévue  de  sa  mort  nous 
a-t-elle  causé  la  plus  profonde  douleur.  Notre  regretté  confrère  est  de 
ces  hommes  qu'on  n'oublie  pas;  son  souvenir  lui  survivra  longtemps 
au  milieu  de  nous.  » 


598  CHROXIQDE   ET   MELANGES. 

—  Par  arrêté  ministériel  en  date  du  18  septembre  1895,  nos  con- 
frères M.  Charles  Mortel  et  M.  Gustave  Desjardins  ont  été  chargés  de 
faire  à  l'École  des  chartes,  pendant  l'année  scolaire  1895-1896,  le  pre- 
mier un  cours  sur  la  bibliographie  et  le  service  des  bibliothèques,  le 
second  un  cours  sur  le  service  des  archives. 

—  Par  arrêté  en  date  du  5  octobre,  notre  confrère  M.  Riat  a  été 
nommé  stagiaire  au  département  des  médailles  et  antiques  de  la  Biblio- 
thèque nationale. 

—  Par  arrêté  en  date  du  1"  juillet  1895,  notre  confrère  M.  Albert 
Bléry  a  été  nommé  conservateur  de  la  bibliothèque  et  du  musée 
d'archéologie  de  la  ville  du  Havre. 

—  M.  Levillain,  élève  de  troisième  année  à  l'École  des  chartes,  a  été 
reçu  agrégé  d'histoire  et  de  géographie  au  dernier  concours. 

—  Par  arrêté  en  date  du  9  septembre  1895,  notre  confrère  M.  Soyer 
a  été  nommé  archiviste  du  département  du  Cher. 

—  Notre  confrère  M.  Félix  Pasquier  a  été  nommé  archiviste  de  la 
Ilaute-Garonne. 

—  Notre  confrère  M.  Ernest  Langlois,  professeur  à  la  Faculté  des 
lettres  de  Lille,  a  été  nommé  oflicier  de  l'Instruction  publique. 

—  Notre  confrère  M.  Dosplanque,  archiviste  des  Pyrénées-Orien- 
tales, a  été  nommé  officier  d'Académie. 

—  Notre  confrère  M.  Daniel  Grand,  pendant  son  séjour  d'études  à 
Harvard  University  (États-Unis),  y  a  fait  des  conférences  sur  l'École 
des  chartes,  comme  à  l'Université  de  Chicago,  et  sur  les  «  Archives  en 
Europe.  » 

COLLECTION  D'ÉDITIONS  DE  L'IMITATION. 

A  la  vente  de  la  bibliothèque  Waterton,  le  Musée  britannique  a  acquis, 
au  prix  de  144  1.  st.  (environ  3,600  francs),  une  collection  de  textes  de 
l'Imitation  de  Jésus-Christ,  composée  de  six  manuscrits  et  de  1,199  édi- 
tions imprimées. 

FORMULES  D'ADJURATION  ET  DE  BÉNÉDICTION 

POUR  DES  ÉPREUVES  JUDICIAIRES. 

Le  nis.  latin  1687  de  la  Bibliothèque  nationale,  fol.  41  v»  et  42,  con- 
tient, en  caractères  du  xii«  siècle,  deux  formules  d'adjuration  et  de 
bénédiction  pour  des  épreuves  judiciaires,  qui  paraissent  avoir  échappé 
aux  éditeurs  de  ce  genre  de  documents. 


CHRONIQUE   ET   MÉLANGES.  S99 

1.  Suscipe,  aqua  benedicta,  hoc  eleraentum  terrœ  et  nomina  horum 
duorum  adversantium  conscripta  ill.  Adjuro  te  et  contestor,  sub  invo- 
catione  sanctae  Triaitatis,  Patris  et  Filii  et  Spiritus  sancti,  adjuro  te  et 
contestor  per  decem  nomina  Dei  summi,  de  quibus  Hebreorum  anti- 
quitas  in  tribulationibus  suis  Deum  proclaniabat.  Adjuro  te,  aqua,  et 
contestor  per  decem  verba  legis,  que  lex  Mosaica  filiis  Israël  servare 
et  custodire,  jubente  Domino,  precepit.  Exorcizo  te  vel  precipio  te, 
aqua,  ab  auctoritate  Dei  consecrata,  per  archam  Testamenti,  quam 
Deus  celi  et  terras  in  suis  fidelibus  consecravit.  Exorcizo  te  pervirgam 
Moysi.  Contestor  te  per  virgam  Aaron,  que  in  templo  Dei  fronduit. 
Adjuro  te,  aqua,  per  illum  cibum,  id  est  manna,  quod  Deus  celi  et 
terrse  filiis  Israël  in  deserto  per  manus  angelorum  subministravit. 
Adjuro  et  exorcizo  te,  aqua,  sive  terra?  glebas,  per  nomen  Domini  Dei 
magnum,  quod  est  tetragramaton,  id  est  ex  quatuor  litteris  conscri- 
ptum,  ioth,  he,  vau,  he,  cujus  interpretatio  est  «  principium  passionis 
istius  vitae,  »  ut  hoc  quod  falsum  est  retineatis,  et  quod  veritas  est 
nobis  prius  ostendatis,  per  virtutem  Domini.  Aspice,  Domine,  de  sede 
sancta  tua  et  cogita  de  sortibus.  Sannoy.  Sansannoy'.  Sangas,  Bara- 
chiel.  Patasanon. 

2.  Benedictio  ad  aquam  et  ad  judicium  Dei.  In  nomine  Domini  nostri 
Jhesu  Ghristi.  Deus  judex,  justus,  fortis  et  patiens,  auctor  et  judicans 
equitatem,  judica  quod  justum  est... 

Il  est  inutile  de  reproduire  cette  formule  de  bénédiction.  Le  texte 
s'en  trouve,  avec  de  légères  variantes,  dans  les  Formulas  de  Zeumer, 
p.  605. 

LES  MANUSCRITS  DE  WEINGARTEN. 

Le  général  Thiébaut,  parlant  dans  ses  Mémoires  (IV,  52)  des  manus- 
crits de  l'abbaye  de  Weingarten,  déposés  dans  le  château  de  Fulda, 
dont  il  était  gouverneur,  dit  qu'il  en  choisit  pour  lui-même  un  de 
chaque  siècle  et  que  l'autre  lot,  le  plus  précieux,  fut  envoyé  à  la 
Bibliothèque  impériale  à  Paris,  où  sans  doute,  dit-il,  les  manuscrits 
qui  le  composaient  sont  encore.  J'avais,  ajoute-t-il,  signé  sur  chaque 
volume  :  Envoyé  par  le  général  Thiébaut,  gouverneur  du  pays  de  Fulde. 

Il  ne  paraît  pas  que  les  manuscrits  dont  il  est  ici  question  aient 
jamais  été  envoyés  à  Paris.  M.  le  docteur  Adolf  Schmidt,  bibliothécaire 
en  chef  de  la  bibliothèque  de  Darmstadt,  veut  bien  nous  apprendre 
que  cette  bibliothèque  renferme  une  série  de  manuscrits  de  Wein- 
garten, sur  le  premier  feuillet  desquels  on  lit  :  Imperiali  bibliothecx, 
Lutetiis,  Thiébaut,  Fuldensis  regionis  gubernator,  1801. 

\.  Le  copiste  avait  d'abord  écrit  Samsannoy. 


600  CHRONIQUE   ET   MÉLANGES. 

M.  le  docteur  A.  Schmidt  suppose  avec  beaucoup  de  vraisemblance 
que  l'envoi  des  manuscrits  à  Paris  n'eut  pas  lieu,  par  suite  de  la  dis- 
grâce de  Thiébaut,  qui  fut  rappelé  de  Fulda  en  1807.  Le  général  ou 
l'un  de  ses  subordonnés  aurait  cédé  ou  fait  céder  ces  manuscrits  au 
landgrave  de  Hesse-Darmstadt,  bien  connu  comme  bibliophile. 

RÉDUCTION  DU  QUANTIÈME  DE  L'ANNÉE  RÉPUBLICAINE 

EN   JOUR   DE   LA    SEMAINE. 

L'École  polytechnique,  à  l'occasion  du  centenaire  de  sa  fondation,  a 
publié  un  annuaire  pour  l'année  1894  '.  Dans  la  première  partie  de  cet 
annuaire,  intitulée  :  «  Calendriers  et  notices  astronomiques,  »  nous 
trouvons  la  règle  suivante  donnée  par  M.  Harold  Tarry  pour  trouver 
promptement  dans  une  année  républicaine  le  jour  de  la  semaine  d'une 
date  quelconque,  lorsqu'on  connaît  le  caractère  ou  premier  jour  de  cette 
année. 

Si  le  premier  jour  de  l'année  est  un  dimanche,  on  le  représentera  par 
le  chiffre  1,  si  c'est  un  lundi,  par  le  chiffre  2,  et  ainsi  de  suite.  7  ou  0 
signihera  samedi. 

Voici  maintenant  la  règle. 

Doublez  le  rang  du  mois,  ajoutez  4,  ajoutez  encore  le  caractère  de 
l'année  et  le  quantième  proposé,  puis  divisez  la  somme  par  7;  le  reste 
de  la  division  sera  le  jour  de  la  semaine  demandé. 

On  peut  s'assurer  ainsi  que  le  M  frimaire  de  l'année  répubUcaine  103 
est  un  dimanche  : 

6    double  du  rang  du  mois, 
4    nombre  constant, 
1     caractère  de  l'année  103, 
11    quantième  proposé, 


22 
1 


Le  reste  1  indique  que  le  jour  demandé  est  un  dimanche. 

—  L'ouvrage  de  notre  confrère  M.  Fagniez  auquel  l'Académie  fran- 
çaise a  décerné  le  prix  Gobert  (voy.  plus  haut,  p.  426)  est  intitulé  :  le 
Père  Joseph  et  Richelieu. 

1.  Annuaire  de  l'École  polytechnique  pour  1894.  Paris,  H.  Charles -Lavau- 
zelle,  1894,  in-8°. 


JEAN    MESCHINOT 

SA  VIE  ET  SES  OEUVRES 

SES    SATIRES    CONTRE    LOUIS    XL 


SECONDE  PARTIE. 

LES    ŒUVRES    DE    MESCHINOT. 
{Suite  et  fln^.) 

IV. 

Les  Lunettes  des  princes. 

Consultez  tous  les  critiques  :  pour  eux  Meschinot  n'existe  que 
par  les  Lunettes  des  princes;  ces  précieuses  lunettes  sont  le 
seul  titre  littéraire  digne  d'être  rappelé,  et  qui  puisse  mériter  à 
notre  auteur  une  petite  place  dans  le  souvenir  de  la  postérité. 

A  mes  jeux,  au  contraire,  comme  fond,  comme  forme,  comme 
intérêt,  les  Lunettes  des  princes  sont  fort  au-dessous  des  poé- 
sies politiques  de  Meschinot  que  nous  venons  d'étudier,  particu- 
lièrement des  satires  contre  Louis  XI  et  de  la  plupart  des  pièces 
bretonnes,  par  exemple,  l'Interdit  de  Nantes,  la  ballade  à  Mar- 
guerite de  Foix,  les  portraits  des  quatre  ducs  de  Bretagne,  etc. 

Je  ne  comprends  pas,  il  est  vrai,  dans  les  Lunettes  l'autobio- 
graphie mise  en  tète  de  ce  poème  par  un  caprice  de  l'auteur, 

1.  Voir  ci-dessus,  p.  99  à  140  et  274-317. 

^895  40 


602  JEAN   MESCHINOT 

mais  qui  constitue  une  œuvre  parfaitement  distincte,  à  ce  point 
que,  dans  les  500  vers  dont  elle  se  compose,  il  n'est  ni  de  près  ni 
de  loin  question  d'aucune  sorte  de  lunettes.  Cette  autobiographie 
poétique,  on  l'a  vu  plus  haut,  est  une  pièce  pleine  de  verve,  de 
vie,  de  couleur,  d'un  caractère  fort  curieux,  composée  en  1459 
ou  1460. 

La  composition  du  poème  des  Lunettes  est  certainement  pos- 
térieure, et  même  de  beaucoup.  J'ai  déjà  dit*  que  l'auteur  y 
devait  travailler  en  1473,  mais  je  serais  porté  à  croire  qu'il  y 
revint  à  plusieurs  reprises  et  que  les  dernières  parties  (les  traités 
des  quatre  vertus  cardinales  dont  il  sera  question  plus  loin)  appar- 
tiennent à  une  époque  plus  avancée  de  sa  vieillesse. 

On  se  rappelle  la  scène  finale,  très  émouvante,  de  l'autobio- 
graphie de  Meschinot.  Affolé  par  une  maladie  cruelle  qui  le  réduit 
quasi  à  l'indigence,  le  pauvre  poète,  un  beau  jour,  monté  sur  sa 
petite  haque,  perd  la  tête,  sacque  sa  dague  et  va  se  donner  le 
coup  mortel,  quand  tout  à  coup  le  remords  envahit  son  âme;  il 
se  jette  à  genoux  la  face  contre  terre,  demandant  pardon  à  Dieu 
de  sa  criminelle  pensée  de  suicide  et  implorant  son  appui  pour 
sortir  de  sa  misère.  Comme  cette  prière  fut  en  effet  exaucée  peu 
de  temps  après,  l'auteur  s'était  peut-être  arrêté  là,  ou  bien,  plus 
probablement,  il  avait  ajouté  pour  conclusion  une  strophe  d'ac- 
tions de  grâces,  qui  aura  disparu  depuis  ^  Mais  en  tout  cela, 
comme  on  le  voit,  nul  prétexte  et  même  nulle  préparation  à  l'iiis- 
toire  des  Lunettes. 

Cette  histoire,  d'ailleurs,  ne  commence  pas  immédiatement 
après  l'autobiographie  de  Meschinot.  L'autobiographie  prend  fin 
au  douzain  43"  ou  44*^,  et  c'est  seulement  dans  le  78«  qu'il  est 
pour  la  première  fois  question  de  la  célèbre  paire  de  Lunettes  : 
entre  l'une  et  l'autre,  le  poète  a  interposé  une  longue  et  pénible 
transition  de  plus  de  400  vers,  dont  le  caractère  tout  artificiel 
forme  un  contraste  frappant  avec  ce  qui  précède. 

En  réponse  à  l'humble  et  poignante  prière  par  laquelle  le 
pauvre  désespéré  implore  le  pardon  de  son  suicide.  Dieu  dépêche 
vers  lui  la  Raison  pour  remettre  l'ordre  et  le  calme  en  son  âme. 
Cette  Raison  est  une  sorte  de  déesse,  une  grande  et  noble  reine 


1.  Voir  ci-dessus,  p.  311. 

2.  C'est-à-dire,  ijuand  l'auteur  imagina  de  coller  tellement  quellement  son 
autobiographie  à  ses  Lunettes. 


SA  VIE    ET   SES   ŒUVRES.  603 

qui  descend  du  ciel  «  par  un  doulx  temps,  —  sur  une  belle  nue, 
—  de  riches  vestemens  aornée,  »  accompagnée  d'une  grosse  suite, 
et  qui,  en  entrant  dans  l'entendement  de  Meschinot,  annonce 
d'abord  l'intention  d'y  faire  un  convy  (un  festin).  Mais  ce  mal- 
heureux entendement  avait  été  si  grandement  pillé  et  houspillé 
par  Désespoir  que  Raison  n'y  trouva  rien  «  pour  disner  bonne- 
ment, » 

Sinon  ung  pain  de  foy  tant  seulement, 
Assez  petit,  mais  de  bien  bonne  cuite  ^ 

C'était  bien  peu  pour  tant  de  monde.  Raison,  heureusement,  était 
toujours  fort  bien  garnie  de  provisions  : 

Son  pourvoyeur  fut  Sens,  lequel  avoit 
Vivres  foison,  ainsi  comme  il  debvoit, 
Et  commanda  que  l'on  dressast  les  tables... 
Raison  s'assit,  gardant  termes  estables, 
Et  avec  el  plusieurs  dames  notables^, 

entre  autres.  Providence  (Prévoyance)  qui  découpait  les  mets. 
Discrétion  qui  les  servait.  Docilité  qui  faisait  l'office  d'échan- 
son,  etc. 

Inutile  d'insister  pour  montrer  combien  ces  mièvreries  allégo- 
riques jurent  avec  le  franc  et  énergique  réalisme  de  l'autobio- 
graphie. 

Après  avoir  bien  dîné,  dame  Raison  prend  la  parole  : 

Bien  doulcement  avec  moi  sermonna^, 

dit  Meschinot.  Doucement  peut-être,  mais  surtout  longuement, 
car  le  sermon  a  plus  de  300  vers^  Raison  y  fait  défiler  une 
armée  de  lieux  communs,  afin  de  persuader  au  poète,  ou  plu- 
tôt à  l'homme  en  général  (car  la  personnalité  de  Meschinot  s'ef- 
face tout  à  fait),  de  subir  avec  patience  les  misères  de  sa  condi- 
tion, les  vicissitudes  de  la  fortune,  et  de  se  résigner  docilement, 
dans  la  vie  et  dans  la  mort,  à  la  volonté  de  Dieu.  Pour  le  guider 
parmi  ces  rudes  épreuves.  Raison  dit  à  son  disciple  : 


1.  51°  douzain. 

2.  52=  douzain. 

3.  53°  douzain. 

4.  54°-81'=  douzains. 


604  JEAN   MESCHINOT 

Ung  livre  auras  qui  a  nom  Conscience, 

Mais  pour  plus  clair  y  veoir  te  fault  lunettes*. 

C'est  alors  qu'elle  décrit  et  promet  au  poète  de  lui  donner  ces 
fameuses  Lunettes,  dont  Prudence  et  Justice  sont  les  verres, 
enchâssés  dans  Force  et  retenus  par  le  clou  de  Tempérance  (dou- 
zains  78,  79,  81).  Mais,  avant  de  lui  faire  ce  don,  elle  lui  ordonne 
d'aller  «  dormir  une  pause,  »  car  il  en  a,  dit-elle,  grand  besoin, 
et  elle  ajoute  : 

Puis,  au  réveil,  le  bien  que  proposas 
Avoir  de  moy  quand  tu  te  disposas 
De  m'ensuir,  fauldra  que  je  t'apose^. 

C'est  assez  énigmatique,  mais  cela  s'éclaircira  tout  à  l'heure, 
quand  le  poète  nous  dira  quel  don  la  Raison  lui  lait  à  son  réveil. 

En  attendant,  après  avoir  adressé  à  Dieu  une  fervente  prière 
(en  prose),  le  poète  se  couche  ;  au  lieu  de  dormir  tranquillement, 
il  a  un  songe  (raconté  aussi  en  prose)  ;  c'est  Raison  encore  qui 
se  montre  à  lui,  qui  lui  remet  un  petit  livre  et  un  écrin  contenant 
les  précieuses  besicles  : 

«  Sçaches,  dit-elle,  que  je  leur  ay  donné  à  nom  les  Lunettes 
des  princes,  non  pas  pour  ce  que  tu  sois  prince  ne  grant  sei- 
gneur temporel,  car  trop  plus  que  bien  loing  es  tu  de  tel  estât, 
valeur  ou  dignité  ;  mais  leur  ay  principalement  imposé  ce  nom 
pour  ce  que  tout  homme  peut  estre  prince,  en  tant  qu'il  a  receu 
de  Dieu  gouvernement  d'âme,  et  ceste  principauté  préfère^  toutes 
aultres.  » 

Tout  cela  est  bien  subtil  ;  cela  prouve  du  moins  que  depuis 
l'entrée  en  scène  de  Raison,  c'esl-à-dire  depuis  le  45®  douzain,  le 
caractère  de  l'œuvre  a  complètement  changé  ;  ce  n'est  plus  une 
poésie  personnelle  où  vibrent  les  sentiments  et  pleurent  les  infor- 
tunes de  l'auteur,  c'est  une  longue  homélie  versifiée  sous  une 
forme  allégorique  tout  artificielle,  s'adressant  et  s'appliquant  à 
l'homme,  quel  qu'il  soit.  Depuis  le  45°  douzain,  la  personnalité 
de  Meschinot,  qui  rempht  les  44  premiers,  a  disparu  et  fait  place 
à  la  généralité  humaine. 

1.  78'  douzain. 
1.  80°  douzain. 
3.  L'emporte  en  dignité  sur  toutes  les  autres. 


SA  VIE    ET   SES    CŒDVRES.  605 

Il  y  a  une  réserve  toutefois  ;  en  dépit  de  ce  qu'elle  vient  de 
dire,  Raison  est  obligée  d'ajouter  :  «  Entre  toutes  aultres  per- 
sonnes, celles  Lunettes  sont  très  convenables  aux  papes,  empe- 
reurs, rois,  ducs  et  aultres  grans  seigneurs  qui  soubz  Dieu  ont 
administration  de  grans  pays  et  peuples.  »  Cette  raison  explique 
mieux  le  titre  Lunettes  des  princes  que  la  subtilité  métaphysique 
formulée  ci-dessus,  d'autant  qu'en  réalité  les  Lunettes  de  Mes- 
chinot  sont  presque  toujours  braquées  sur  les  princes  et  les  grands. 

Après  ce  songe  le  poète  s'éveille  :  en  vain  cherche-t-il  l'écrin 
et  les  Lunettes,  il  n'en  voit  trace.  Il  trouve  seulement  sous  son 
chevet  le  petit  livre  déjà  aperçu  en  songe,  qui  n'est  autre  qu'un 
traité  en  vers  des  quatre  vertus  cardinales,  —  Prudence,  Justice, 
Force,  Tempérance,  —  formant  par  leur  réunion  les  vénérables 
besicles.  C'est  donc  là  ce  que  Raison,  quand  elle  envoyait  dormir 
le  poète,  avait  promis  de  lui  aposer  à  son  réveil.  C'est  aussi  le 
texte  de  ce  livret,  divisé  en  quatre  chapitres  ou  quatre  traités  en 
vers,  qui  forme  la  dernière  partie  du  poème. 

Ces  quatre  traités,  très  prolixes  (plus  de  2,000  vers),  doivent 
être,  je  le  répète,  une  œuvre  de  la  vieillesse  de  l'auteur  i.  Le  style 
en  est  fort  inférieur  à  celui  des  douzains,  surtout  des  43  premiers. 
Comme  fond,  c'est  en  général  le  triomphe  du  lieu  commun.  Mais 
dans  tous  les  quatre  il  faut  noter  un  esprit  persistant  de  fronde 
et  de  critique  contre  les  rois,  les  grands,  les  nobles,  avec  des 
traits  satiriques  çà  et  là  fort  acérés  et  d'une  véritable  hardiesse. 
Dans  le  traité  de  la  Justice,  notamment,  les  devoirs  des  princes 
envers  leurs  peuples,  l'égalité  des  rois  et  de  leurs  plus  humbles 
sujets,  sont  exprimés  en  traits  énergiques  dont  nous  citerons 
tout  à  l'heure  quelques  exemples. 

Ce  traité  est  le  plus  intéressant  des  quatre  ;  il  a  près  de  600  vers 
(574)  ;  la  première  partie  (330  vers  environ)  est  entièrement  con- 
sacrée aux  devoirs  des  princes,  et  le  reste  aux  devoirs  des  juges. 

Le  poète  ne  ménage  point  la  vérité  aux  princes,  —  Croyez- 
vous  donc,  leur  dit-il,  que  Dieu  vous  ait  fait  princes  pour  votre 
plaisir?  Pas  du  tout.  Il  vous  a  mis  en  cet  état  pour  servir  les 

1.  Chacun  de  ces  quatre  traités  ou  chapitres  est  d'un  rythme  particulier  :  le 
traité  de  la  Prudence  en  vers  de  huit  pieds  à  rimes  plates  (564  vers);  —  celui 
de  la  Justice,  en  strophes  de  sept  vers  octosyllabiques  (82  strophes,  574  vers)  ; 
—  la  Force,  en  strophes  de  vingt  vers  de  sept  et  de  trois  syllabes  (22  strophes, 
440  vers),  —  et  la  Tempérance,  en  strophes  de  quatre  vers,  trois  de  dix  syllabes 
et  un  de  quatre  (115  strophes,  460  vers). 


606  JEAN   MESCBINOT 

hommes.  Le  pape,  de  tous  les  p-rmces  le  greigneur^,  ne  se 
proclame-t-il  pas  le  servant  des  serviteurs  de  Nostre- Sei- 
gneur ?  Il  en  est  de  même  de  tous  les  autres  : 

Le  prince  est  fait  pour  labourer, 
Non  pas  du  labeur  corporel 
Ainsi  que  les  gens  de  village, 
Mais  gouvernant  son  temporel 
Justement,  sans  aucun  pillage  2. 

Le  prince  est  le  berger  de  Dieu,  qui  lui  a  confié  ses  ouailles  à 
guider,  à  protéger,  à  défendre  contre  tous  les  périls.  C'est  là  le 
labeur  du  prince,  son  devoir  strict,  son  service  obligatoire  envers 
ses  sujets.  Il  doit  les  gouverner  en  paix  et  en  justice,  les  «  paistre 
d'amour  et  d'équité  »  et  même,  quand  ils  ont  failli,  «  les  repaistre 
de  pitié.  » 

0  prince,  je  te  supply,  traicte 

Tes  subjectz  en  grant  amitié; 

Soit  à  l'entrée  ou  à  la  traicte^, 

Le  pasteur  doibt  plus  la  moitié 

Avoir  de  ses  brebis  pitié 

Qu'un  mercenaire  ou  estrangier... 

Seigneur,  tu  es  de  Dieu  bergier; 
Garde  ses  bestcs  loyaument. 
Mets  les  en  champ  ou  en  vergier, 
Mais  ne  les  perds  aucunement, 
Pour  ta  peine  auras  bon  paiement 
En  bien  les  gardant,  et  se  non, 
A  maie  heure  reçus  ce  nom^. 

En  effet,  si  le  berger  à  qui  l'on  a  confié  des  brebis  les  laisse 
s'égarer  dans  la  forêt  ou  ravir  par  les  bêtes  fauves,  il  en  doit 
répondre  au  maître  ;  si  lui-même  les  tond,  les  maltraite  ou  les  tue, 
il  en  doit  être  sévèrement  puni  : 

Vous  qui  estes  de  Dieu  pastours, 
Princes,  ne  faictes  de  telz  tours  ^. 

1.  Le  plus  grand,  grandiorem. 

2.  Justice,  strophes  37  et  38. 

3.  A  l'entrée  ou  à  la  sortie. 

4.  Justice,  strophes  13  et  15. 

5.  Justice,  strophe  12. 


1 


SA   VIE   ET    SES   CEUVRES.  607 

Si  les  souverains  de  la  terre  ne  mettent  pas  tous  leurs  soins  à 
garder  leurs  sujets,  à  les  préserver  de  tout  mal,  Dieu,  au  jour  de 
leur  mort,  ou  même  plus  tôt,  les  châtiera  durement,  à  plus  forte 
raison  s'ils  les  ont  vexés,  pillés,  maltraités.  Aussi  le  poète  dit 
aux  princes  : 

Le  peuple  donc  qu'en  main  tenez 

Ne  le  mettez  à  pouvreté, 

Mais  en  grant  paix  le  maintenez, 

Car  il  a  souvent  pouvre  esté  ; 

Pillé  est  yver  et  esté, 

Et  en  nul  temps  ne  se  repose  : 

Trop  est  batu  qui  pleurer  n'ose. 

Croyez  que  Dieu  vous  punira 
Quant  vos  subgectz  oppresserez  ; 
L'amour  de  leurs  cueurs  plus  n'ira 
Vers  vous,  mais  haine  amasserez; 
S'ilz  sont  pouvres,  vous  le  serez, 
Car  vous  vivez  de  leurs  pourchas^.. 

Combien  qu'aucuns  sont,  à  qui  semble 
Que  la  terre  est  pour  eux  tissue, 
Et  que  le  bonhomme  qui  sue 
Au  labeur  n'est  rien  envers  eux  2. 

Par  desplaisir,  faim  et  froidure 

Les  pouvres  gens  meurent  souvent 

Et  sont,  tant  que  cliaud  et  froid  dure, 

Aux  champs  nuds  soubz  pluie  et  soubz  vent; 

Puis  ont,  en  leur  pouvre  convent^, 

Nécessité  qui  les  bat  tant, 

Quant  seigneurs  se  vont  esbatant. 

0  inhumains  et  dommageux 

Qui  portez  nom  de  seigneurie, 

Vous  prenez  les  pleurs  d'homme  à  jeux  ; 

Mais  n'est  pas  temps  que  seigneur  rie 

1.  De  leur  travail.  —  Justice,  strophes  17  et  18. 

2.  Justice,  strophe  26. 

3.  Dans  leur  ménage. 


608  JEAN   MESCHINOT 

Quant  on  voit  charité  périe, 
Qui  est  des  vertus  la  mai  stresse  : 
Pouvres  gens  ont  trop  de  destresse  ! 

Du  propre  labeur  de  leurs  mains, 
Qui  dust  tourner  à  leur  usage, 
Hz  en  ont  petit,  voire  mains* 
Qu'il  n'est  meslier  pour  leur  mesnage. 
Vous  l'avez,  malgré  leur  visage 2, 
Souvent  sans  cause  :  Dieu  le  voit  ! 
Qui  se  damne  est  villain  renoit^. 

Combien  que  vous  nommez  villains 
Ceux  qui  vostre  vie  sousliennent. 
Le  bonhomme ■*  n'est  pas  vil,  —  ains^ 
Ses  faicts  en  vertu  se  maintiennent... 
Je  vous  nomme  loups  ravisseurs 
Ou  lions,  si  tout  dévorez!...". 

Non  seulement  les  devoirs  des  princes  envers  leurs  peuples 
sont  proclamés  ici  avec  une  courageuse  hardiesse,  mais  le  prin- 
cipal et  essentiel  fondement  de  ces  devoirs,  de  ces  obligations, 
est  nettement  marqué,  à  savoir,  les  services  rendus  aux  princes 
parleurs  sujets,  la  solidarité  des  uns  et  des  autres.  Ce  qu'on  ne 
peut  non  plus  trop  louer,  —  je  dirais  presque  admirer,  —  c'est 
la  chaleur  de  cœur,  l'énergie  d'accent,  l'éloquence  véhémente 
avec  laquelle  notre  poète  soutient  la  cause  des  petits  et  des  faibles, 
dénonce  leurs  souffrances,  flétrit  la  dureté  des  puissants  qui  de 
ces  souffrances  se  font  un  jeu  et  proclame  généreusement  les 
services  et  les  vertus  de  Jacques  Bonhomme. 

Il  insiste  ensuite  très  fortement  sur  l'égahté  parfaite  des  princes, 
des  rois  et  de  leurs  plus  humbles  sujets,  de  l'empereur  et  du  gar- 
deur  de  pourceaux  :  égalité  devant  Dieu,  devant  la  mort,  devant 

1.  Petit,  peu;  mains,  moins. 

2.  C'est-à-dire,  vous  vous  emparez  du  fruit  de  leur  labeur  en  leur  présence, 
malgré  eux. 

3.  Renégat. 

4.  Le  paysan. 

5.  Mais. 

6.  Justice,  strophes  19  à  24. 


SA  VIE   ET   SES   ŒUVRES.  609 

le  jugement  suprême  qui  à  la  mort  les  frappera  tous.  Malgré  le 
tour  original  donné  ici  à  ces  lieux  communs,  mieux  vaut  pas- 
ser de  suite  à  la  seconde  partie  de  la  pièce,  qui  concerne  les  juges. 
L'auteur  commence  par  indiquer  le  rôle,  les  conditions  essentielles 
d'une  bonne  administration  judiciaire  : 

Justice  la  bien  ordonnée, 
De  Dieu  en  la  terre  transmise, 
Ne  veult  estre  pour  or  donnée 
Ne  à  ceux  qui  plus  feront  mise'. 
Mais  au  bon  droit  el  s'est  submise, 
Compas,  aplomb  et  règle  esquierre, 
Pour  radresser  chascun  qui  erre. 

Juges,  vous  en  avez  la  garde  ; 

N'en  laissez  endurer  besoin 

Aux  pouvres  ;  car  Dieu  tout  regarde, 

Qui  contre  vous  sera  lesmoin, 

Se  vous  y  faillez  près  ne  loin, 

Pour  crainte,  faveur,  haine  ou  don,  : 

Selon  l'ouvrier  le  guerdon  ^  ! 

Après  un  développement  sur  crainte,  faveur,  haine  et  don, 
où  il  montre  qu'aucun  de  ces  quatre  motifs  ne  doit  influer  sur  la 
décision  du  juge,  le  poète  insiste  sur  les  devoirs  particuliers  des 
divers  officiers  de  justice,  présidents,  alloués,  lieutenants  des 
grandes  barres,  greffiers,  avocats,  etc.  Il  y  a  là  quelques  détails 
bons  à  relever. 

De  vous,  lieutenans  des  grans  barres 

Et  messeigneurs  les  allouez, 

Je  me  tais,  car  vos  faits  sont  garres^ 

Dès  ce  qu'aucun  vous  a  louez 

Par  grans  dons-,  mais  très  mal  ouez"* 

Les  pouvres  qui  n'ont  d'argent  source. 

Il  n'est  plus  amis  qu'en  la  bourse^. 

1.  Qui  feront  plus  de  dépense,  c'est-à-dire  qui  la  paieront  plus  cher. 

2.  Justice,  strophes  50,  51.  Guerdon,  récompense. 

3.  De  deux  couleurs,  bigarré,  varius. 

4.  Entendez. 

5.  Justice,  strophe  67. 


6(0  JEAN   MESCeiNOT 

Les  avocats  sont  très  mal  traités,  presque  autant  qu'ils  l'étaient 
en  chaire,  à  la  même  époque,  par  le  grand  prédicateur  Olivier 
Maillard  : 

Ne  Guidez  jamais,  advocats, 

Que  Dieu  vous  daigne  pardonner, 

Se  bien  n'avisez  à  voz  cas, 

Qu'on  ne  vous  gagne  par  donner... 

Quant  les  pouvres  gens  vous  requièrent 

Vous  resemblez  eslre  endormis  -, 

Mais  les  riches  ont  ce  qu'ilz  quièrent 

S'en  voz  mains  ont  foison  d'or  mis. 

Ung  jour  serez  bien  desdormis, 

On  verra  vos  barats  et  guilles^ 

Il  n'est  pas  toujours  cours  d'anguilles. 

Puis,  sans  autre  cérémonie,  ne  compare-t-il  pas  les  avocats 
qui  plaident  causes  injustes  aux  femmes  sans  vergogne  qui  gagnent 
leur  vie  en  faisant  folie  de  leur  corps  ? 

Nous  tenons  une  femme  à  folle 
Qui  son  corps  et  son  honneur  vend 
Pour  argent;  mais  ceci  m'affole, 
Car  vous  faictes  pire  souvent; 
Vos  langues  tournent  comme  vent 
Au  plus  donnant  :  c'est  grant  diffame  ! 
Il  perd  assez  qui  perd  son  àrae. 

D'autant  que  devez  valoir  mieux 
Que  ces  folles  femmes  et  viles, 
Vous  faillez  plus  (je  dy  tous  ceux 
Qui  mènent  causes  inciviles) 
Que  celles  qui  vont  par  les  villes 
Ou  aux  champs  faire  leur  folie... 

Vous  faictes  mal,  aussi  font-elles-, 
Leurs  péchez  les  vostres  n'excusent. 
Qu'en  adviendra  ?  Peines  mortelles  ! 
Les  vices  leurs  maistres  accusent^. 

1.  Vos  fraudes  et  vos  mensonges. 

2.  Justice,  strophes  68  à  72. 


SA  VIE    ET   SES   ŒUVRES.  &U 

Les  avocats  ainsi  arrangés,  Meschinot  passe  aux  greffiers, 
aux  clercs,  pour  lesquels  il  est  beaucoup  moins  dur  : 

Greffier,  note  ce  loyaument 
Qu'auras  ouy  patrociner 
Et  n'y  varie  aucunement, 
Car  tu  ne  doibs  pas  trop  signer, 
Ne  peu  aussi,  mais  assigner 
En  tous  tes  escriptz  vérité... 

Toi,  clerc,  qui  les  procès  escrips, 
Ne  rançonne  trop  pouvres  gents  ; 
Pren  petit  de  leurs  pleurs  et  cris, 
Car  les  plusieurs  sont  indigens. 
Et  mesmes  entre  vous,  sergents, 
N'oppressez  le  peuple  de  Dieu. 
A  mal  faire  n'a  point  de  jeu. 

L'auteur,  qui  connaissait  bien  ce  monde  judiciaire,  se  borne  à 
demander  aux  greffiers  de  ne  pas  trop  signer,  c'est-à-dire  de 
ne  pas  signer  des  cboses  fausses,  et  aux  clercs  de  ne  pas  trop 
rançonner  les  pauvres  gens,  de  ne  pas  leur  faire  paver  trop  cher 
leurs  pleurs  et  leurs  cris.  —  Des  mauvais  payeurs  on  tire  ce 
qu'on  peut  ! 

Par  là  se  termine  le  traité  de  la  Justice. 

Les  trois  autres  traités  offrent  moins  d'intérêt.  On  y  trouve 
encore  toutefois  çà  et  là  des  traits  caractéristiques  de  l'inspira- 
tion habituelle  de  Meschinot,  toujours  tournée  à  la  satire  des 
grands  et  des  princes  et  à  la  défense  des  petits. 
•  Dans  le  traité  de  la  Prudence,  il  exhorte  vivement  les  princes  à 
la  libéralité  : 

Se  lu  veulx  avoir  nom  d'honneur, 
Estre  te  fault  large  donneur  : 
A  ung  prince  de  grant  avoir 
Mieux  seroit,  pour  bon  los  avoir. 
Donner  trop  argent,  vin  et  chars  ^ 
Qu'acquérir  renom  d'estre  eschars  ^. 

1.  Chairs. 

2.  Eschara,  serré,  parcimonieux.  Édit.  1522,  fol.  31. 


6J2  J£A\   MESCHINOT 

Il  développe  abondamment  cette  idée,  que,  pour  mériter  renom 
de  largesse,  un  prince  doit  récompenser  ses  serviteurs  au  delà  de 
leurs  mérites  ;  le  don  du  prince,  s'il  ne  dépasse  le  mérite  du  ser- 
viteur, n'est  que  le  paiement  d'une  dette  et  ne  peut  pas  s'appeler 
largesse.  Meschinot  plaide  ici  évidemment  dans  son  intérêt  et 
celui  de  ses  semblables,  serviteurs  des  princes  ;  mais  la  doctrine 
qu'il  formule  était  alors  fort  en  vogue. 

Dans  les  traités  de  la  Force  et  de  la  Tempérance,  il  gourmande 
les  nobles  qui,  manquant  aux  obligations  imposées  à  la  noblesse 
par  la  loi  de  son  institution,  ne  se  montrent  point,  par  leurs 
mœurs,  leurs  vertus  et  leur  vaillance,  dignes  de  leur  rang.  Pre- 
nant à  partie  un  gentilhomme,  même  un  grand  seigneur,  qui  ne 
faisait  guère  honneur  à  son  ordre,  il  le  tance  rudement  et  lui 
trace  un  véritable  règlement  de  vie,  dont  voici  quelques  articles  : 

En  paillardie  toute  la  nuyt  tu  veilles; 
Pour  les  jeunes,  tu  t'accointes  des  vieilles. 
Je  te  supply  que  tes  folies  vueilles 

Tosl  corriger, 
Et  meuremenl  ton  chemin  diriger 
A  vray  salut,  et  à  Dieu  porriger  ^ 
Saincle  oraison.  Pour  à  luy  l'ériger. 

Lis  les  exemples 
Des  histoires  anciennes  bien  amples. 
Après  qu'auras  servi  Dieu  es  sainclz  temples, 
Bien  te  viendra  si  en  telz  lieux  contemples 

La  grant  bonté 
Du  Créateur,  qui  par  sa  volunlé 
A  sa  semblance  t'a  formé  et  domté, 
Donné  royaume,  maint  duché  et  comté. 

Et  en  faict  d'armes 
Soit  ton  déduit  :  s'il  faut  que  souvent  t'armes, 
Exercile  lances,  haches,  guisarmes, 
El  théologie  2  laisse  aux  Prescheurs  et  Carmes. 

La  théologie 
Etudier,  aussi  l'astrologie. 
N'est  pas  besoing  :  car  la  maison  régie 
Mieux  ne  seroit  par  icelle  clergic. 

Pour  temps  passer, 

1.  Présenter.  —  2.  Il  faut  ici  prononcer  tholoç/ie. 


SA  VIE  ET   SES   OEDVRES.  6^3 

A  jeux  honnestes  lu  te  peux  deslasser, 
Lutter,  saillir,  sans  bras  ne  piedz  casser, 
Courir  aux  barres  pour  plus  force  amasser. 

Mais  au I très  jeux. 
Cartes,  hazards,  sont  à  tous  dommageux  ; 
Las  !  on  y  jure,  on  dit  mots  oultrageux  : 
Hz  ne  m'ayment,  et  aussi  ne  fais-je  eux  ; 

Car  tost  le  riche 
Par  telz  esbatz  ne  retient  une  briche^  -, 
Dont  fault  qu'il  pille  or,  argent,  vin  et  miche, 
Ses  créditeurs  il  blece,  abuse  et  triche  ^. 

Tel  est  l'idéal  ou,  si  l'on  veut,  le  règlement  de  vie  du  bon  sei- 
gneur, du  brave  gentilhomme,  comme  on  se  le  représentait  au 
xv^  siècle  en  Bretagne.  11  y  manque  un  trait  pourtant  :  la  dou- 
ceur et  même  la  protection  active  du  suzerain  à  l'égard  de  ses 
vassaux  ;  Meschinot,  nous  l'avons  vu,  a  proclamé  ailleurs  plus 
d'une  fois  que  c'était  là  un  devoir  strict  des  grands  envers  leurs 
sujets.  Dans  ce  même  traité  il  proteste  de  nouveau  avec  éner- 
gie contre  les  mauvais  traitements  dont  ces  pauvres  sujets,  en 
temps  de  guerre  surtout,  étaient  trop  souvent  victimes  : 

Les  plus  puissans  font  aux  petits  molestes, 
Biens  ravissant  s'entrerompent  les  testes, 

Et,  pour  excuse, 
Le  grant  pillard  le  laboureur  accuse. 
Disant  :  «  Villain,  tu  es  cil  qui  abuse,  » 
Et  tout  espoir  de  justice  lui  ruse^. 

Dieu  tout  puissant  ! 
Pourragiers  viennent  quatre  vings  et  puis  cent. 
Et  le  pouvre  homme,  despourveu  d'appuy,  sent 
Grant  angoise,  cil  qui  est  nourrissant 

De  tous  estats! 
Quant  fein  ou  paille  au  village  a  grant  tas, 
Petits  seront  en  la  fin  les  restas. 


1.  Une  brique,  pour  dire  un  objet  sans  valeur.  En  d'autres  termes,  le  riche 
à  ces  jeux  de  hasard  perd  tout  et  se  ruine  complètement. 

2.  Tempérance,  strophes  86  à  94. 

3.  Lui  àte. 


644  JEAN   MESCHINOT 

S'il  plaint  et  dit  :  «  Tous  mon  bien  emportas  !  » 

C'est  temps  gasté. 
Car  onc  sanglier  ne  fut  de  près  liasté 
Des  chiens  mordans,  ne  de  lui  faict  pasté, 
Tant  corn  sera  de  reproches  tasté. 

Chascun  dira 
Mal  contre  lui,  jurera,  mesdira, 
Maulgréera  Dieu  qui  lui  contredira, 
Parjuremens,  blasphèmes  redira  : 

C'est  la  manière  ^ . 

On  a  rarement  exprimé  plus  énergiquement  la  misère  des  pay- 
sans en  temps  de  guerre,  la  façon  dont  ils  étaient  pillés,  non  par 
les  ennemis  (ce  n'est  pas  des  ennemis  qu'il  s'agit  ici),  mais  par 
les  gens  de  même  parti,  sous  prétexte  de  réquisitions  pour  la  sub- 
sistance de  l'ost. 

De  cette  étude  sur  les  quatre  traités  des  Lunettes  des  princes, 
ce  qui  se  dégage  nettement,  c'est  la  vive  sympathie  de  Meschinot 
pour  les  petits  et  les  faibles,  son  ardent  amour  de  la  justice,  son 
courage  à  dénoncer  les  abus  des  princes,  des  nobles,  des  puis- 
sants et  à  en  poursuivre  la  réforme  autant  qu'il  était  en  lui. 

V. 

Poésies  diverses. 

Les  autres  œuvres  de  Meschinot  roulent  presque  toutes  sur  des 
sujets  de  morale  et  de  religion.  Là  dedans  beaucoup  de  lieux  com- 
muns, c'était  inévitable;  çà  et  là  des  vers  rapides,  bien  tournés, 
des  idées  et  des  expressions  originales. 

Il  y  a  huit  ou  dix  pièces  de  poésie  pieuse  ou  dévote,  toutes 
d'une  grande  banalité,  quelques-unes  rehaussées  de  tours  de 
force  :  par  exemple  VOraison  de  Nostre  Dame,  dont  chaque 
vers  commence  par  une  des  lettres  de  I'Ave  Maria,  de  façon  à 
reproduire  en  acrostiche  toute  cette  prière,  et  surtout  une  autre 
oraison  à  la  Vierge  en  vers  de  dix  pieds,  que  l'on  pouvait,  dit 
l'auteur,  retourner  en  trente-deux  façons  ;  nous  la  citerons  plus 
loin. 

1.  Tempérance,  strophes  40  à  45. 


SA  VIE   ET   SES   ŒDVRES.  6^5 

En  dehors  des  pièces  de  dévotion,  il  en  est  d'autres  où  le  sen- 
timent religieux  parle  un  langage  grave  et  simple  qui  n'est  pas 
dépourvu  de  grandeur,  cette  prière,  par  exemple,  en  forme  de 
ballade,  dont  voici  la  première  strophe  : 

Dieu  tout  puissant,  grâces  nous  te  rendons 
De  tous  les  biens  qu'avons  de  toi  reçus, 
Te  suppliant  que  ne  soyons  déçus 
Par  Tennemy  d'enfer,  nostre  adversaire  ; 
Mais  nous  octroie,  à  grans  et  à  menus, 
Ce  que  tu  sçais  nous  estre  nécessaire... 

Prince  éternel,  de  toi  sommes  cognus 
Pouvres,  chetifs,  tardifs  à  te  complaire  : 
Concède  nous,  des  biens  dont  es  pourvu, 
Ce  que  tu  sçais  nous  eslre  nécessaire  '. 

Les  pièces  morales  ont  pour  objet  la  satire  des  vices  et  des  tra- 
vers ou  la  considération  des  misères  de  la  condition  humaine. 
Malheureusement,  chez  notre  poète  la  satire  reste,  la  plupart  du 
temps,  dans  les  généralités  et  s'attaque  rarement  aux  traits  par- 
ticuliers et  originaux  des  mœurs  de  l'époque,  —  Quelque  part 
cependant  il  s'avise  d'énumérer  les  vices  et  les  excès  par  lesquels 
ses  contemporains  étaient  le  plus  portés  à  s'attirer  la  colère  de 
Dieu  :  C'est  surtout,  dit-il, 

Par  blasphémer  et  à  jurer  s'attraire... 

Par  gourmander^  forts  vins  et  gras  morceaux. 

Par  exercer  le  mestier  des  ribaulx... 

Par  nous  fourrer  de  trop  coûteuses  peaux. 

Par  vexer  gens  en  procès  et  appeaulx... 

Par  désirer  vivre  comme  pourceaux... 

Par  oublier  que  sommes  pourriture... 

Par  nous  moquer  des  pouvres  indigens, 

Par  retenir  le  loyer  des  travaux, 

Par  opprimer  les  subjectz  et  féaux, 

Par  soustenir  les  rapineurs  sergents^  ! 

Tous  ces  traits,  et  surtout  la  manie  des  jurements,  des  procès, 

1.  Édit.  1522,  fol.  103  V  et  104. 

2.  Absorber  goulûment. 

3.  Édit.  1522,  fol.  91  r-v°. 


6^6  JEAN   MESCHINOT 

des  riches  fourrures,  l'horreur  des  sergents  «  rapineurs,  »  c'est- 
à-dire  des  sergents  féodés  qui  étaient  devenus  une  plaie,  carac- 
térisent bien  la  seconde  moitié  du  xv^  siècle.  Ailleurs  encore  il  dit  : 

Qu'est-ce  aux  mondains  estre  vestuz  si  court  ? 
C'est  pompe,  orgueil  et  sotte  élation^ 

Mais  ces  traits  sont  rares.  Un  mal  toutefois  sur  lequel  sa 
satire  est  abondante,  verveuse,  empressée,  c'est  la  ploutocratie, 
dont  le  règne  commençait  déjà.  Il  y  a  là-dessus  deux  ballades 
vraiment  intéressantes  : 

Fy  d'estre  fils  de  prince  ou  de  baron  ! 

Fy  d'estre  clerc  ne  d'avoir  bonnes  mœurs  ! 

Ung  renoyeur^,  ung  baveux,  ung  larron, 

Ung  rapporteur,  ou  bien  grans  blasphemeurs, 

Plus  sont  prisez  aujourd'hui,  —  dont  je  meurs, 

Voyant  ainsi  les  estats  contrefaits^. 

Qui  a  de  quoy  est,  en  dicts  et  en  faicts, 

Sage  nommé  et  sans  aucun  diffame; 

Mais  les  pouvres  vertueux  et  parfaicts, 

Gens  sans  argent,  ressemblent  corps  sans  âme... 

Prince,  ce  m'est  à  porter  pesant  faix, 
Et  desiré-ge  estre,  plus  que  jamais, 
Avec  les  bons  qui  gisent  soubz  la  lame"*, 
Puisqu'aujourd'hui,  entre  bons  et  maulvais, 
Gens  sans  argent,  ressemblent  corps  sans  âme. 

Cet  amer  ressentiment  de  la  pauvreté,  qui  emporte  le  poète 
jusqu'à  lui  faire  désirer  la  mort,  marque  la  date  de  cette  pièce  ; 
elle  dut  être  composée  dans  le  même  temps  que  l'autobiographie 
poétique  placée  en  tête  des  Lunettes  des  princes,  c'est-à-dire 
en  1459  ou  1460.  —  Voici  sur  le  même  sujet  une  autre  ballade 
d'un  ton  moins  tragique,  mais  curieuse  par  certains  détails  de 
mœurs  : 

Est-il  douleur,  desconfort  ne  oultrage 
Qui  tant  griève  comme  d'argent  deffault  ? 

1.  Édit.  1522,  fol.  97. 

2.  Un  renégat. 

3.  Les  mérites  des  diverses  conditions  appréciés  au  rebours  du  vrai. 

4.  Sous  la  tombe.  —  Édit.  1522,  fol.  91  v°  et  92. 


SA  VIE   ET   SES   ŒUVRES.  617 

Ung  hom  qui  n'a  de  quoy  perd  le  courage 
Et  se  descend  au  bas  de  tout  son  hault. 
Plaisir  lui  fuit  et  desespoir  l'assault, 
Ennui  le  tient  sans  de  lui  despartir, 
De  dueil  si  plein  corn  s'il  vouloit  partir; 
Bien  se  vouldroit  pendre  comme  Judas. 
C'est  assez  mal  pour  devenir  martyr 
Ou  pour  jouer  les  Peines  sainct  Guedas. 

Car,  quant  on  vient  à  ville  ou  en  village 
A  peu  d'argent,  ô^  face  froid  ou  chaud, 
Si  le  compaing  tremble  tout  davantage, 
Certes  il  dit  que  de  feu  ne  lui  chault  ; 
S'il  desjune,  c'est  du  vin  qui  moins  vault, 
De  belle  eaue  le  sçait  bien  mi-partir; 
Et  encore,  quant  ce  vient  au  partir, 
Son  hoste  et  lui  ont  plusieurs  grans  débats. 
C'est  assez  mal  pour  devenir  martyr 
Ou  pour  jouer  les  Peines  sainct  Guedas. 

Princes,  qu'es  cieux  Dieu  vous  vueille  appartir  ! 
Faictes  nous  donc  aucun  bien  départir, 
Car  qui  n'en  a,  de  ce  ne  doubtez  pas  ! 
C'est  assez  mal  pour  devenir  martyr 
Ou  pour  jouer  les  Peines  sainct  Guedas^. 

La  peinture  du  voyageur  sans  argent  est  très  jolie.  Puis  le 
refrain  de  cette  ballade  nous  révèle  l'existence  d'un  mystère,  — 
en  breton  ou  en  français,  très  breton  en  tout  cas  par  le  sujet,  — 
aujourd'hui  perdu  et  ignoré,  les  Peines  saint  Guedas,  c'est-à- 
dire  «  les  malheurs,  les  souffrances  de  saint  Gildas,  »  dont  le 
sujet,  d'après  ce  titre,  devait  être  les  épreuves,  les  traverses  sus- 
citées par  le  diable  et  ses  suppôts  au  saint  fondateur  de  Ruis, 
entre  autres  son  voyage  en  mer  avec  quatre  démons  déguisés  en 
moines,  qui  au  milieu  de  l'Océan  le  jetèrent  par-dessus  le  bord, 
si  bien  que,  pour  naviguer,  le  saint  fut  réduit  à  «  oster  son  man- 
«  teau  ou  froc,  se  mit  dessus  et  en  attacha  le  bout  à  son  bourdon 
«  pour  cueillir  le  vent,  s'en  servant  comme  d'une  voile,  et  cingla 

1.  Qu'il  fasse  froid  ou  chaud. 

2.  Édition  de  1522,  fol.  128. 

-1895  44 


6i8  JEAN   MESCHINOT 

«  en  cette  sorte  jusqu'à  la  coste  d'Hibernie,  »  selon  le  récit  du 
bon  P.  Albert  Legrand*. 

Quoique  la  forme  poétique  la  plus  habituelle  à  Meschinot  soit 
la  ballade,  il  a  un  certain  nombre  de  petites  pièces  plus  courtes, 
rondeaux  ou  épigrammes,  dont  il  convient  de  donner  quelques 
exemples.  Voici  uneépigramme  morale  en  huit  vers,  qu'on  pour- 
rait intituler  :  Dire  et  faire,  et  qui  en  ce  genre  est  fort  bien 
tournée  : 

Rien  dire  ne  devez  sans  faire, 
Des  choses  qui  touchent  promesse. 
Sans  rien  dire  vous  devez  faire 
Vaillance  de  corps  et  prouesse. 
Vous  devez  faire  et  aussi  dire, 
En  tout  temps^  doulceur  à  aultruy. 
Et  ne  devez  faire  ne  dire 
Jamais  desplaisir  à  nuUy. 

Le  rondeau  suivant  est  à  peu  près  la  seule  pièce  sentimentale 
de  Meschinot,  du  moins  la  seule  digne  d'être  citée  : 

M'aimerez-vous  bien, 
Dictes,  par  voslre  âme? 
Mais  que  je  vous  ame 
Plus  que  nulle  rien  2, 
M'aimerez-vous  bien? 

Dieu  mit  tant  de  bien 
En  vous,  que  c'est  basme^; 
Pour  ce  je  me  clame 
Vostre.  Mais  combien 
M'aimerez-vous  bien  ? 

Style  rapide  et  naturel,  coupe  élégante,  sentiment  vrai  avec 
une  pointe  d'ironie  ou  de  doute  tout  au  moins,  —  ce  rondeau 
montre  ce  que  Meschinot  eût  pu  faire  dans  un  siècle  où  n'aurait 
pas  dominé  le  goût  du  cherché  dans  le  style,  du  tordu  et  du  tour 

1.  Vies  des  Saints  de  Bretagne,  3'  édit.,  1680,  p.  16. 

2.  Si  je  vous  aime  plus  que  toute  chose. 

3.  Baume. 


SA  VIE    ET    SES   OEUVRES.  (H  9 

de  force  dans  le  mètre,  de  l'affectation  mêlée  de  gravité  banale 
dans  la  pensée. 

Si  c'est  la  seule  pièce  qui  exprime  un  sentiment  personnel  de 
l'auteur,  ce  n'est  pas  la  seule  où  il  ait  parlé  de  l'amour.  Dans 
quatre  grandes  ballades,  il  a  à  sa  manière  traité  de  cette  pas- 
sion, de  ses  manifestations  diverses,  des  diverses  façons  dont  son 
siècle  la  comprenait.  Chacune  de  ces  ballades  a  un  titre  :  Amour 
sodale,  Amour  vertueuse.  Amour  folle,  Amour  vicieuse. 
Tout  cela  est  bien  didactique  et  rappelle  par  trop  les  quatre  cha- 
pitres des  quatre  vertus  cardinales  des  Lunettes  des  princes. 
Pourtant,  on  y  trouve  quelques  lueurs  curieuses  sur  les  mœurs 
et  les  idées  du  temps  et  sur  les  propres  sentiments  de  l'auteur. 
Amour  sodale,  c'est  l'amitié  plutôt  que  l'amour  (du  latin  soda- 
lis,  ami,  camarade)  ;  Amour  vertueuse,  c'est  l'amour  fondé  sur 
les  motifs  les  plus  légitimes  et  les  plus  généreux  sentiments  ; 
Amour  vicieuse,  au  contraire,  c'est  l'amour  brutal,  l'amour  de 
la  canaille.  Am.our  folle  participe  des  deux  derniers,  mais  plus 
du  premier  que  de  l'autre  ;  moins  éthéré  quAinour  vertueuse, 
mais  non  bas  et  brutal  comme  Amour  vicieuse;  très  capable  de 
sentiments  généreux,  il  (ou  elle)  cède  parfois  à  d'autres  mobiles  ; 
il  aime  un  peu  trop  la  joie,  l'éclat,  le  luxe,  les  fêtes  ;  c'est  un  amour 
panaché,  comme  il  se  pratiquait  le  plus  souvent  à  la  cour  et  dans  le 
monde,  comme  Meschinot  lui-même  l'avait  sans  doute  pratiqué 
quand  il  servait  les  dames  à  Tours  et  à  Meun-sur-Ièvre  ;  bref,  le 
nom  à' Amour  mondaine  lui  conviendrait  beaucoup  mieux  que 
celui  d'A^nour  folle,  dont  le  stigmatise  ici  la  vieillesse  un  peu 
trop  puritaine  de  notre  poète. 

Pour  mieux  définir,  spécifier,  distinguer  entre  eux  ces  quatre 
amours,  Meschinot  a  imposé  à  ces  quatre  ballades  une  construc- 
tion toute  particulière.  Chacune  d'elles  se  compose  de  trois  grandes 
strophes,  formées  chacune  de  douze  vers  de  dix  syllabes,  plus  un 
envoi  de  six  vers  de  même  mesure.  Or,  le  premier  hémistiche  de 
chacun  des  quarante-deux  vers  est  le  même  dans  les  quatre  ballades 
et  désigne  une  action  ou  une  qualité  quelconque  de  l'amour, 
comme  Amour  loue....  Amour  blâme....  Amour  chérit..., 
A^nour  détruit...,  etc.  Et  le  second  hémistiche,  qui  change  dans 
chaque  ballade,  détermine  le  caractère  spécial  de  chacun  des 
amours.  Pour  bien  faire  comprendre  ce  mécanisme  assez  com- 
pliqué, voici  les  trois  premiers  vers  et  le  refrain  des  quatre  bal- 
lades : 


C20  JEAN   MESCHINOT 

Amour  sodale  *  • 

Amour  commande  aux  gens  es  Ire  loyaux. 

Amour  deffend  compaignie  maulvaise. 

Amour  acquiert  grans  biens  à  ses  féaux... 

Amour  blasme  qui  sans  mal  ne  veult  vivre. 

Amour  vertueuse^. 

Amour  commande  aux  gens  estre  parfaicts. 

Amour  deffend  tous  deshonnestes  faicls. 

Amour  acquiert  aux  amans  los  et  prix... 

Amour  blasme  les  meschans  et  infaicts  ^. 

Amour  folle''. 

Amour  commande  à  tous  estre  joyeux. 

Amour  delTend  qu'on  ait  dueil  ne  souci. 

Amour  acquiert  bruit  d'estre  gracieux... 

Amour  blasme  ceux  qui  n'ont  robe  neufve. 

Amour  vicieuse^. 

Amour  commande  aux  gens  vivre  en  luxure. 

Amour  deffend  chastelé  nette  et  pure. 

Amour  acquiert  enfin  damnation... 

Amour  blasme  les  vivans  sans  laidure^. 

La  ballade  à' Amour  folle  (l'amour  mondain),  qui  reproche  aux 
gens  de  n'avoir  pas  de  robe  neuve,  représente  sans  aucun  doute 
les  mœurs  et  les  sentiments  en  vogue  sur  cette  matière  dans  le 
monde  et  à  la  cour  de  Bretagne  au  temps  de  Meschinot.  Il  con- 
vient, à  ce  titre,  de  la  reproduire;  la  voici  dans  sa  disposition 
originale  : 

Amour  commande  à  tous  estre  joyeux. 

Amour  deffend  qu'on  ait  dueil  ne  souci. 

Amour  acquiert  bruit  d'estre  gracieux. 

Amour  reliait  les  cueurs  qui  sont  sans  si. 

1.  Édit.  1522,  fol.  123. 

2.  Édit.  1522,  fol.  124. 

3.  Infects,  c'est-à-dire  infectés  de  vices. 

4.  Édit.  1522,  fol.  126  v°. 

5.  Édit.  1522,  fol.  124  v"  et  125. 

6.  Ceux  qui  ue  vivent  pas  dans  le  vice,  dans  le  déshonneur. 


• 


Si  VIE   ET   SES   ŒUVRES. 


Amour  dresse 
Amour  remplit 
Amour  nourrit 
Amour  oste 
Amour  garde 
Amour  apprent 
Amour  reprent 
Amour  blasme 


62i 


Amour 
x\mour 
Amour 
Amour 
Amour 
Amour 
Amour 
Amour 
Amour 
Amour 
Amour 
Amour 


porte 

punit 

chasse 

requiert 

hait 

tence 

seuffre 

parfaict 

ferme 

ne  veult 

chérit 

blasme 


Amour 
Amour 

Amour 
Amour 
Amour 
Amour 
Amour 
Amour 
Amour 
Amour 
Amour 
Amour 


quiert 

treuve 

aime 

destruit 

baille 

liève 

met  hors 

conduit 

pourvoit 

donne 

veult 

blasme 


Amour  parle 
Amour  se  rit 
Amour  ne  peut 
Amour  ne  croit 


l'espoir  d'avoir  merci, 
de  peu  les  sotz  amans, 
de  Pair  ses  bons  servans. 
le  penser  en  richesse, 
d'offenser  sa  maistresse. 
à  faire  mainte  espreuve. 
en  tous  endroits  saigesse. 
ceux  qui  n'ont  robe  neufve. 

haute  chière  à  pleins  yeux, 
qui  d'orgueil  n'est  farci, 
les  bonnes  gens  et  vieux, 
avoir  esbats  aussi, 
trop  ceux  qui  ne  font  ainsi, 
les  cueurs  qui  sont  dormans. 
qu'on  lise  les  romans, 
le  vouloir  de  jeunesse, 
sa  maison  à  vieillesse, 
que  pensif  on  se  treuve. 
Venus  comme  déesse, 
ceux  qui  n'ont  robe  neufve. 

dons  et  joyaux  précieux. 
qu'on  doibt  estre  assouvi, 
boucquetz  délicieux, 
desplaisir  et  eunuy. 
la  foy  à  son  ami. 
nouveaux  faix  tous  les  ans. 
ceux  qui  lui  sont  nuisans. 
en  l'ignorance  adresse, 
de  contente  simplesse. 
sans  sçavoir  qui  le  meuve, 
bien  exhaulcer  sa  noblesse, 
ceux  qui  n'ont  robe  neufve. 

L'envoy. 

de  festes  et  bombans. 
de  ceux  qui  ont  feblesse. 
porter  peine  ou  destresse, 
pas  tout  ce  qu'on  lui  preuve. 


622  JEAN  MEScer.\OT 

Amour  attend  tousjours  plus  grant  liesse. 

Amour  blasme         ceux  qui  n'ont  robe  neufve^ 

Cette  Amour  folle  a  sans  doute  trop  de  goût  pour  la  joie,  le 
luxe,  la  grande  chère,  pour  les  «  festes  et  bombans,  »  pour  les 
pompes  et  les  colifichets  du  monde.  Elle  a  pourtant  quelques  bons 
côtés,  entre  autres  :  interdire  «  le  penser  en  richesse,  »  c'est-à- 
dire  le  culte  de  l'argent  ;  supporter  «  mainte  espreuve  »  et  soule- 
ver courageusement  «  nouveaux  faix  tous  les  ans  ;  »  bailler  et 
tenir  foi  à  ses  amis;  donner  largement,  par  une  pente  naturelle 
de  l'âme  («  sans  sçavoir  qui  le  meuve  »)  ;  mettre  au  cœur  «  con- 
tente simplesse  »  et  en  même  temps  une  tendance  à  élever  de  plus 
en  plus  ses  sentiments  («  exhaulcer  sa  noblesse  »).  N'y  a-t-il  pas 
là  un  certain  contrepoids,  ou  tout  au  moins  une  rançon  partielle 
des  goûts,  des  désirs  et  des  tendances  moins  recommandables  de 
cet  amour,  dans  lequel  Meschinot,  ce  semble,  ne  veut  voir  que  de 
la  folie? 

Jugement  dont  la  sévérité  s'explique  d'ailleurs  facilement  par 
le  penchant  commun  à  tous  les  moralistes,  et  pour  eux  presque 
invincible,  à  voir  tout  en  noir,  qui  finit  par  les  jeter  dans  le  pes- 
simisme. Meschinot  n'y  pouvait  guère  échapper,  d'autant  plus 
que  son  époque  n'était  pas  belle.  Aussi  —  en  terminant,  — 
pour  résumer  son  inspiration,  pour  exprimer  la  pensée  générale 
de  son  œuvre,  nous  ne  pourrions  guère  trouver  mieux  que  la  bal- 
lade suivante,  sur  les  misères  du  monde,  qui  est  d'ailleurs  fort 
bien  tournée  : 

Les  misères  du  monde. 

\. 

Foy  aujourd'hui  est  trop  petit  prisée, 
Espérance  a  nom  de  presumption, 
Charité,  las  I  par  envie  est  brisée. 
Prudence  fait  grant  lamentation, 
Justice  n'a  plus  domination, 
Force  se  plaint  du  temps  qui  présent  court, 
Tempérance  s'eslongne  de  la  court. 
Vertus  s'enfuient,  péché  partout  abonde  : 
C'est  grant  pitié  des  misères  du  monde  ! 

1.  Édit.  1522,  fol.  126  V  et  127. 


i 


SA  VIE   ET  SES   CEUVRES.  623 


Humilité  est  toute  desguisée, 
Amour  languit  en  extrême  unction, 
Largesse  dit  qu'elle  est  moult  desprisée, 
Patience  a  grant  désolation. 
Sobriété  voit  sa  destruction, 
Chasteté  croit  que  tout  mal  lui  accourt; 
Diligence  n'a  plus  qui  la  secourt, 
Entendement  vit  en  douleur  profonde  : 
C'est  grant  pitié  des  misères  du  monde! 

3. 

Sapience  est  en  tous  lieux  refusée, 
Crainte  de  Dieu  n'a  plus  de  mansion. 
Conseil  est  mal  en  place  divisée  ; 
Science  dort,  il  n'en  est  mention  ; 
Pitié  n'a  lieu  en  ceste  nation. 
Baptesme  dit  qu'heresie  se  sourt, 
Honneur  se  voit  habillé  comme  lourd. 
Mariage  est  souillé  et  tout  immonde  : 
C'est  grant  pitié  des  misères  du  monde  ! 

4. 

Prince  puissant,  pour  le  vous  faire  court, 
Perdus  sommes  se  Dieu  ne  nous  ressourt. 
Homme  ne  voy  en  qui  bonté  se  fonde  : 
C'est  grant  pitié  des  misères  du  monde  *  ! 

Cette  pièce,  d'une  belle  facture,  d'une  précision,  d'une  netteté 
de  langue  remarquable,  a  tout  l'air  d'appartenir  aux  dernières 
années  de  Meschinot.  Cette  place,  c'est-à-dire  cette  puissance 
divisée;  cette  nation  chez  qui  la  pitié  (l'humanité)  n'a  plus 
d'asile,  où  l'on  ne  peut  trouver  un  homme  pour  soutenir  le  bon 
droit  {un  hoînme  en  qui  bonté  se  fonde)  :  ces  traits  nous  semblent 
indiquer  la  division  et  les  troubles  de  Bretagne  après  la  chute  de 
Landais  (1485),  le  supplice  de  ce  ministre,  l'indifférence  des  puis- 
sants, des  barons  pour  la  bonne  cause  (c'est-à-dire  la  cause  bre- 
tonne), indifférence  qui  allait  tout  à  l'heure  tourner  en  trahison. 

1.  Édition  de  1522,  fol.  102. 


624  JEAN  MESCHINOT 

VI. 

Jeux  de  rime. 

Il  faut  bien  donner  ici  quelques  exemples  de  ces  tours  de  force 
que  les  contemporains  admiraient  dans  la  versification  de  Mes- 
chinot  et  dont  on  lui  reproche  aujourd'hui  la  puérilité.  Mais,  en 
réalité,  sauf  les  rimes  ultra-riches  de  deux  et  de  trois  syllabes, 
ces  merveilles  prosodiques  sont  très  espacées  chez  lui.  Nous 
allons  fournir  quelques  échantillons  de  ses  rimes  riches,  de  ses 
\ers  équivoques,  de  sesxers  frater-nisés  o\\  enchaînés  (dits  par 
d'autres  vers  en  écho)  et  de  ses  vers  brisés. 

Rimes  ultra-riches  et  vers  équivoques^. 

Homme  misérable  et  labile., 
Qui  vas  contrefaisant  r/iabile, 
Menant  estât  desordonné, 
Groy  qu'enfer  est  dès  or  donné 
A  qui  ne  vivra  sainciement, 
Ou  i'Escripture  sainete  ment... 
Quand  morte  sera  ta  charongne 
Puante,  quier  qui  ta  char  ongne 
D'aucune  odorante  liqueur  ; 
Homme  ne  vouldra,  car  li  cueur 
Ne  pourroit  durer  à  sentir 
Tel  odeur,  ni  s'y  assentir. 
Après,  en  jugement  iras  : 
Croy-tu  qu'au  jw^rc  mentiras 
Qui  scet  tout  ?  Ne  t'y  Mens  point. 
Sa  rigueur  en  celui  temps  point, 
Plus  n'y  aura  miséricorde; 
Davantage,  misère  y  corde 
Dur  cordage  pour  les  dampnes, 
De  la  lignée  à'kdam  nez  ^. 
Etc. 

1.  Sur  la  rime  équivoque  et  les  vers  équivoques  ou  équivoques,  voir  Pas- 
quier,  Recherches  de  la  France,  liv.  Vil,  ch.  xn,  Œuvres,  édil.  1723,  col.  739; 
et  Peigiiot  (Philomnesle),  Amusements  philologiques,  édit.  1842,  p.  93-94. 

2.  Lunettes,  traité  de  la  Prudence,  édit.  de  1522,  fol.  25  v»  et  27  v°. 


i 


SA   VIE   ET   SES   ŒUVRES.  623 

Nous  avons  déjà  ici  un  certain  nombre  de  vers  équivoques  ou 
équivoques,  dans  lesquels  le  même  son,  de  trois  syllabes  ou  davan- 
tage, paraît  à  la  fin  de  deux  vers  avec  un  sens  tout  différent  dans 
chacun  des  deux,  comme  ci-dessus  desordonné  ei  dès  or  donnée 
ta  charongne  et  ta  char  ongne,  en  jugement  iras  et  au  Juge 
mentiras,  miserico7xle  et  misère  y  corde,  etc.  Mais  voici,  dans 
le  12"  douzain  des  Lunettes,  un  exemple  de  vers  équivoques  qui 
lève  la  paille.  La  Raison  reproche  au  poète  de  se  plaindre  beau- 
coup trop  haut  des  misères  de  la  condition  humaine  en  ce  bas 
monde,  et  (singuhère  manière  de  le  consoler)  elle  ajoute  que  toutes 
ces  misères  ne  sont  rien  auprès  de  la  calamité  finale,  la  mort  : 
Ha  !  lui  dit-elle, 

Ha  !  si  ton  cueur  tant  de  maux  pour  ire  a, 

A  ton  trespas  pense  que  pou  rira, 

Car  as  à  faire  une  dolente  issue, 

Ton  ame  es  cieux  ou  en  grant  paour  ira 

Et  ta  charongne  en  terre  pourrira  : 

Plus  tost  fauldra  qu'elle  ne  fût  tissue. 

Etc. 

Vers  fraternises  ou  enchaînés. 

Quand  la  dernière  syllabe  de  chaque  vers,  souvent  même  les 
deux  ou  trois  dernières  sont  répétées  au  commencement  du  sui- 
vant avec  un  sens  différent,  c'est  là  ce  que  notre  ancienne  proso- 
die appelait  vers  fraternises  ou  vers  enchaînés^. 

Voici,  pour  premier  exemple,  la  troisième  strophe  de  la  bal- 
lade sur  la  cour  (ici,  la  court)  : 

Pour  dire  au  vray,  au  temps  qui  court., 
Court  est  bien  périlleux  passage  : 
Pas  sage  n'est  qui  droit  là  court, 
Court  est  son  bien  et  avantage, 
Avant  âge  fault  le  cowrage. 
Rage  est  sa  paix,  pleurs  ses  sou^a*, 
Las!  c'est  un  très  piteux  m^snage. 
Nage  autre  part  pour  tes  esbats^. 

1.  Tabouiot  les  nomme  vers  enchaînés  (voir  Bigarrures  dxi,  seigneur  des 
Accords,  édit.  1662,  p.  287);  Peignol,  vers  fraternises  (voir  Amusements  phi- 
lologiques de  Philomneste,  édit.  1842,  p.  95-96),  et  aussi  Lalanne,  dans  ses 
Curiosités  littéraires,  1845,  p.  57. 

2.  Tabourot  cite  cette  strophe  même  comme  exemple  de  vers  enchaînés,  et 


626  JEAN  MESCHI.NOT 

Mais  voici  en  ce  genre  la  perfection  ;  c'est  le  27^  douzain  des 
Lunettes,  qui  est  comme  la  conclusion  des  lamentations  de  notre 
poète  sur  la  mort  des  quatre  ducs  de  Bretagne,  Jean  V,  Fran- 
çois P"",  Pierre  II  et  Arthur  III  : 

Par  ceste  mort  je  sens  guerre  mortelle^ 
Mort  telle  fut  desonques  très  v^belle  ; 
Belle  n'est  pas,  gente  ne  devenante  ; 
Venante  à  coup  et  voulenliers  se  cèle. 
Celle  fait  tant  que  tout  haut  bien  chancelle  : 
Ancelle  est  donc  dommageuse  et  meschante. 
Chante  qui  veut,  elle  est  toujours  dolente, 
Lente  à  tout  bien  et  en  dueil  excellente, 
Cellente  '  aussi  d'oir  maie  wowselle. 
Elle  est  de  tous  hauts  meschiefs  contenante. 
Tenante  en  soi  tristesse  permanante, 
Manante  en  pleurs  et  douleur  éternelle. 

Il  y  en  a  bien  d'autres  de  ce  genre  ;  ceux-là  suffisent,  je  pense, 
pour  l'exemple. 

Vers  brisés. 

Ce  «  sont  ceux  qui,  coupés  immédiatement  après  le  premier 
hémistiche,  peuvent  se  lire  de  suite  et  former  un  sens  complet, 
différent  de  celui  que  présentaient  les  vers  lus  en  entier 2.  » 

A  ce  genre  se  rattache  l'oraison  à  la  Vierge  dont  j'ai  parlé 
ci-dessus  et  que  l'auteur  fait  précéder  de  cette  curieuse  annonce  : 

Ceste  oraison  sepeult  dire  par  huit  ou  par  seize  vers,  tant 
en  rétrogradant  que  aultrement,  tellement  quelle  se  peidt 
lire  en  trente-deux  manières  différentes  et  plus,  et  à  chas- 
cune  y  aura  sens  et  rime,  et  co^mnencera  tousjours  par 
motz  differentz  qui  veult^. 

Peignot  la  cite  aussi  comme  exemple  de  vers  fraternises,  ce  qui  prouve  la 
synonymie  des  deux  appellations. 

1.  Pour  zellente  ou  zelante,  désireuse,  empressée. 

2.  Peignot,  Amusements  philologiques,  édit.  1842,  p.  47.  Cf.  Tabourot 
(Bigarrures,  édit.  1662,  p.  250),  qui  les  appelle  z;e/-s  cou^jcs,  et  Lalamie,  Curio- 
sités littéraires,  1845,  p.  59. 

3.  Meschinot,  édit.  1522,  fol.  105. 


SA  VIE   ET   SES   ŒUVRES.  627 

Voici  ces  vers,  qui  sont  des  décasyllabes,  et  que  nous  coupons 
après  le  premier  hémistiche  : 

D'honneur  sentier  Confort  seur  et  parfait 

Rubi  chéris  Safîr  très  précieux 

Cuer  doulx  et  chier  Support  bon  en  tout  fait 

Infini  pris  Plaisir  mélodieux 

Ejouy  ris  Souvenir  gracieux 

Dame  de  Sens  Mère  de  Dieu  très  nette 

Appuy  rassis  Désir  humble  joyeux 

M'ame  deffens  Très  chière  Pucelette. 

«  Meschinot  (m'écrit  M.  le  président  Trévédy)  parle  trop  modes- 
tement quand  il  dit  que  ces  vers  peuvent  se  retourner  en  32  ma- 
nières. 

«  Les  8  vers,  coupés  en  deux  après  le  premier  hémistiche,  font 
16  vers  ;  on  peut  les  lire  en  rétrogradant,  le  dernier  vers  deve- 
nant le  premier  de  la  pièce  et  ainsi  de  suite.  Voilà  les  32  manières 
indiquées  par  Meschinot.  Mais  chacun  des  hémisticlies  des  8  vers 
peut  prendre  successivement  les  16  places,  de  la  première  à  la 
dernière;  ces  changements  donnent  16  fois  16  combinaisons, 
c'est-à-dire  256,  dont  il  faut  cependant  déduire  les  deux  combi- 
naisons originaires  :  reste  254  !  » 

Beau  chiffre.  Après  un  pareil  chef-d'œuvre  tirons  l'échelle. 

VII. 

Chronologie  des  œuvres  de  Meschinot. 

En  rapprochant  les  diverses  notions  éparses  dans  les  chapitres 
qui  précèdent,  on  en  peut  tirer  un  nombre  de  dates  suffisant  pour 
jalonner  toute  la  carrière  poétique  de  Meschinot. 

La  première  manifestation  publique  de  sa  muse,  à  notre  con- 
naissance, se  produisit  à  Tours  en  1457,  devant  la  cour  de 
France,  sous  les  auspices  du  grand  connétable  de  Richemont, 
qui  était  alors  Arthur  III  duc  de  Bretagne. 

Richemont  étant  mort  l'année  suivante  (26  décembre  1458), 
Meschinot,  très  accablé  de  cette  mort  si  voisine  de  celle  du  duc 
Pierre  II,  ait  frappé  d'une  grave  maladie,  affectant  à  la  fois  le  phy- 
sique et  le  moral,  qui  l'empêcha  d'abord  de  continuer  son  service 


628  JEAX   MESCHINOT 

dans  la  garde  ducale  et  le  poussa  au  désespoir.  En  1460,  à  peine 
guéri,  il  fixa  le  souvenir  de  cette  terrible  crise  dans  son  autobio- 
graphie en  vers. 

En  1461,  il  composa  la  Suplication  de  la  pouvre  nation  de 
Bretaigne  pour  la  guérison  du  duc  François  II  ; 

En  1462  ou  1463,  l'élégie  satirique  de  la  ville  de  Nantes  au 
sujet  de  l'interdit  porté  contre  elle  par  l'évêque  rebelle  et  traître 
à  la  Bretagne,  Amauri  d'Acigné. 

En  1464  ou  au  commencement  de  1465,  sur  l'invitation  et  avec 
la  collaboration  de  Georges  Chastelain,  il  lança  contre  Louis  XI 
ce  brûlot,  ce  très  curieux  recueil  de  satires,  que  nous  avons  étudié 
plus  haut.  Bien  que  dans  cette  circonstance  il  se  proclame  modes- 
tement le  disciple  de  Chastelain,  le  choix  que  celui-ci  fit  de  Mes- 
chinot  pour  travailler  avec  lui  à  une  œuvre  de  cette  importance 
est  une  preuve  éclatante  de  l'estime  et  de  la  réputation  dès  lors 
acquises  au  talent  de  notre  poète. 

Une  nouvelle  preuve,  c'est  l'honneur  qui  lui  fut  déféré  à  la  cour 
de  Bretagne  de  venir,  en  1471,  sous  les  auspices  du  comte  de 
Laval,  cousin  du  duc  François  II,  saluer  en  vers,  au  nom  de  la 
Bretagne,  sa  nouvelle  duchesse  Marguerite  de  Foix. 

L'année  suivante  (1472),  violemment  attaqué,  lui  et  son  fils, 
par  les  Boisbrassu,  il  a  recours  à  la  prose  et  adresse  au  duc  la 
Suplication  si  originale  du  Banni  de  liesse. 

En  1473,  nouveau  témoignage  d'estime  pour  son  talent,  nou- 
velle preuve  de  sa  réputation  hors  de  Bretagne  :  le  sire  de  Croy, 
ambassadeur  du  duc  de  Bourgogne,  lui  demande  une  élégie  sur  la 
duchesse,  veuve  du  duc  Phihppe  le  Bon,  morte  le  28  décembre  1472. 

Dans  cette  même  année,  il  travaille  à  son  poème  des  Lunettes 
des  princes,  qu'il  imagine  de  relier,  par  une  longue  transition 
tout  artificielle,  à  son  autobiographie  poétique  de  1460.  On  peut 
croire  que  la  composition  des  Lunettes  occupa  Meschinot  assez 
longtemps  et  se  prolongea  tout  au  moins  jusque  vers  1480. 

De  1480  à  1485  se  placent  les  pièces  sur  la  cour  de  Bretagne 
contenant  des  allusions  à  la  lutte  de  Landais  et  de  Chauvin,  et  en 
1487  la  satire  contre  les  barons  de  Bretagne  aUiés  de  la  France. 


SA  VIE   ET   SES   OEUVRES,  629 

VIII. 
Conclusion. 

Dans  notre  première  partie,  nous  avons  étudié  en  Meschinot 
l'homme  et  sa  vie;  dans  la  seconde,  le  poète  et  ses  œuvres.  La 
première  nous  a  donné  de  l'homme,  de  son  rôle  et  de  son  carac- 
tère une  image  plus  exacte,  plus  précise  et  plus  vivante  que  les 
notions  admises  jusqu'à  présent.  De  la  seconde  sortira,  nous  l'es- 
pérons, une  modification  plus  profonde  encore  dans  la  physiono- 
mie de  son  œuvre  poétique. 

Jusqu'ici,  dans  cette  œuvre  on  n'a  vu  que  deux  choses  :  une 
allégorie  alambiquée  dont  le  titre  bizarre  faisait  tout  le  mérite  et 
tout  le  renom  ;  des  sermons  de  morale  banale  d'un  style  plat  et 
lourd. 

Désormais,  on  ne  contestera  point  que  dans  les  Lunettes,  à 
côté  de  l'allégorie,  il  y  a  une  œuvre  tout  autre,  fort  originale,  la 
confession  passionnée  et  personnelle  d'une  âme  angoissée  et  déses- 
pérée jusqu'au  suicide.  Par  ailleurs,  si  Meschinot  est  un  mora- 
liste, un  trait  notable,  essentiel,  le  distingue  hautement  des  ser- 
monneurs banals  et  ennuyeux  avec  lesquels  on  voudrait  le 
confondre.  En  lui  vibrent  énergiquement  le  sentiment  pohtique  et 
la  fibre  patriotique.  Dans  la  société  féodale  fortement  hiérarchi- 
sée à  laquelle  il  appartient,  c'est  aux  puissants,  rois,  princes  et 
seigneurs,  qu'il  renvoie  avec  raison  la  responsabilité  du  bien  et  du 
mal;  c'est  vers  eux  qu'il  dirige  son  action,  ses  admonestations, 
au  besoin  sa  critique  et  sa  satire;  c'est  contre  eux  qu'il  défend 
obstinément  la  cause  des  petits  et  des  pauvres. 

De  même  contre  la  France  qui,  dans  sa  lutte  avec  la  Bretagne, 
non  contente  de  son  énorme  puissance,  ne  rougit  pas  d'y  joindre 
la  ruse,  le  parjure,  la  corruption  et  la  trahison  ;  contre  la  France 
de  Louis  XI  et  de  Charles  VIII,  Meschinot  défend  vaillamment 
et  obstinément  la  cause  bretonne  :  célébrant  avec  une  émotion 
sincère  et  cordiale  les  bons  et  braves  princes  qui  défendent  et 
gouvernent  paternellement  la  Bretagne;  fustigeant  de  ses  vers 
vengeurs  les  misérables,  si  haut  placés  qu'ils  soient  (évêques  et 
barons) ,  qui  la  trahissent  ;  lançant  contre  son  premier  et  plus  ter- 
rible ennemi,  celui  qui  engendra  tous  les  autres  et  qui  leur  fraya 
la  voie,  contre  le  perfide  et  tortueux  Louis  XI,  lui  lançant  à  la 


630  JEAN   MESCHINOT 

face  la  plus  violente  satire,  le  plus  sanglant  pamphlet,  j'entends 
les  vingt-cinq  ballades  composées  sur  les  princes  de  Chastelain, 
le  plus  terrible  mais  le  mieux  justifié  des  actes  d'accusation,  cou- 
ronné par  la  sentence  de  condamnation  prononcée,  dans  le  dia- 
logue de  la  Destruicte  France,  au  nom  de  la  France  même  et 
demandant  ouvertement  le  détrônement  de  Louis  XL 

Attaquer  de  la  sorte  le  plus  vindicatif,  le  moins  scrupuleux  des 
hommes  armé  de  tous  les  moyens  de  satisfaire  sa  vengeance, 
c'était  jouer  sa  tête.  Et  cela  n'arrêta  pas  Meschinot. 

Ce  que  nous  avons  devant  nous,  c'est  donc  d'abord  un  poète 
satirique,  politique,  patriote,  c'est-à-dire  par  essence  un  militant, 
combattant  avec  ses  vers,  comme  l'homme  d'armes  avec  sa  lance, 
pour  la  justice,  pour  la  cause  des  opprimés  et  des  faibles,  attaquant 
résolument  les  oppresseurs,  les  parjures,  les  traîtres,  défendant 
jusqu'au  bout  la  patrie  bretonne;  comme  l'homme  d'armes  aussi 
dans  la  mêlée,  offrant  bravement  sa  poitrine  aux  coups  de  l'ennemi. 

Voilà  Meschinot. 

Nous  sommes  loin  de  l'image  qu'on  nous  en  a  montrée  jusqu'ici  : 
un  débonnaire  maître  d'hôtel  avec  sa  baguette,  qui,  après  avoir 
servi  et  desservi  la  table  ducale,  amuse  ses  loisirs  à  rimer  de  plats 
sermons. 

Passant  du  fond  à  la  forme,  il  serait  aisé,  croyons-nous,  de 
défendre  le  style  de  Meschinot  contre  les  reproches  exagérés  de 
lourdeur  et  de  platitude  qu'on  lui  jette  habituellement. 

A  l'étude  déjà  bien  longue  que  l'on  vient  de  hre,  dont  le  carac- 
tère est  spécialement  historique,  je  ne  puis  coudre  et  ajouter  une 
étude  littéraire.  Je  me  bornerai  donc  à  quelques  mots  sur  ce  point. 

Sans  doute,  le  style  de  Meschinot  a  souvent  de  la  raideur,  sou- 
vent des  ellipses  forcées,  des  inversions  tordues,  des  expres- 
sions affectées  et  bizarres.  C'est  la  marque  du  mauvais  goût  de 
son  siècle,  qu'il  subit  fréquemment.  Mais,  à  côté  de  cela,  que  de 
vers  pleins,  riches  et  verveux,  que  d'expressions  trouvées,  que 
d'images  originales  d'une  fière  et  haute  couleur  !  11  y  en  a  beau- 
coup de  ce  genre  dans  les  nombreuses  citations  que  nous  avons 
faites.  Nous  nous  bornerons  à  en  produire  ici  quelques-unes, 
prises  là  ou  ailleurs. 

A  propos  de  certains  princes  et  seigneurs  qui  croient  le  monde 
entier  fait  pour  eux,  il  dit  : 

. . .  Aulcuns  sont  à  qui  semble 
Que  la  terre  est  pour  eux  tissue. 


SA   VIE   ET   SES   ŒUVRES.  63< 

Pour  peindre  les  querelles  misérables,  et  qui  n'en  sont  que  plus 
ardentes,  des  petits  entre  eux  : 

Tels  qui  n'ont  pas  vaillant  deux  meschans  bas 
Voit-on  souvent  avoir  mille  débats. 

Pour  exprimer  l'arrière-goût  souvent  si  acre  des  plaisirs  ter- 
restres : 

Notre  doux  est  tout  confit  en  amer. 
Et  la  mort,  qui  prend  tout  comme  une  voleuse  : 

Mort  tout  ravit  sous  son  mantel  ou  chape. 

Ailleurs  il  lui  dit  : 

De  toi  viennent  ennuis,  douleurs,  meschief, 
Larmes,  soupirs^  tordre  mains,  tirer  chief. 

Portrait  du  poète,  exténué  par  le  mal  qui  le  mine  corps  et  âme  : 

L'arbre  sec  suis,  ayant  d'ennuis  verdure, 
Vivant  en  mort,  trouvant  plaisance  dure... 
Je  suis  garni  de  santé  langoureuse, 
J'ai  liesse  pénible  et  douloureuse 
Et  doux  repos  plein  de  melencolie  ; 
La  clarté  m^est  obscure  et  ténébreuse  : 
Mon  sentement  est  devenu  folie. 

Le  portrait  de  Louis  XI,  un  chef-d'œuvre  en  deux  mots  : 

Innocent  feint,  tout  fourré  de  malice. 

Peinture  de  la  cour  : 

La  cour  est  une  mer  dont  sourt 
Vagues  d'' orgueil,  d'envie  orages... 

La  Raison  se  définit  elle-même  ainsi  : 

De  vertu  suis  source,  mère  et  naissance, 
Et  de  tout  sens^  tiens  université. 

C'est  la  Raison,  on  le  sait,  que  Dieu,  touché  de  la  prière  de 
Meschinot,  lui  envoya  pour  guérir  son  désespoir,  et  là  justement 
commence  la  fameuse  allégorie  des  Lunettes.  Gomme  pour  mon- 

1.  De  toute  sagesse. 


632  JEAN   MESCHINOT 

trer  que  l'allégorie  même  peut  avoir  quelque  grâce,  voici  comme 
notre  poète  peint  la  descente  de  la  Raison  du  ciel  en  terre  : 

Or,  entendez  quelle  fut  sa  venue  : 
Point  n'arriva,  comme  meschanle,  nue% 
Mais  richement  de  vestemens  aornée, 
Et  descendit  en  une  belle  nue, 
Par  un  doux  temps  d'une  pluie  menue. 
Depuis  ne  vis  la  pareille  journée, 
Tant  fraische  fut  et  si  bien  sejournée^. 
Lors  envers  moi  s'est  doulcement  tournée... 
De  ses  beaux  yeux  (qui  sont,  plus  que  nature 
Ne  peut  ouvrer  en  nulle  créature, 
Doux  et  rians)  un  regard  me  transmist, 
Et  mon  souci  presque  tout  se  demist^. 

Rien  de  plus  frais  et  de  plus  gracieux  que  ce  petit  tableau. 
Voulez-vous,  au  contraire,  une  touche  violente,  sombre,  éner- 
gique? Écoutez  cette  apostrophe  de  notre  poète  au  pécheur  : 

Et  le  corps  mort  ?  Ton  ame  passera 
Au  jugement  rigoureux  et  terrible... 
Que  songes-tu,  ord  vaisseau^,  vile  cendre^ 
Farci  d'orgueil  ?  Veux-tu  estre  damné  ? 
Tu  prends  plaisir  à  ta  chair  blanche  et  tendre^ 
Un  corps  pourri  qui  est  aux  vers  dominé  ! 
Ton  temps  est  bref  :  veuille  à  vertu  entendre, 
Ou  mieux  te  fût  n'avoir  onc  esté  né^. 

En  fait  d'apostrophe,  n'oublions  pas  surtout  celle  de  Meschinot 
à  la  Bretagne  : 

Riche  pays,  contrée  très  heureuse, 
Amez  de  Dieu,  ce  voil-on  clairement  5 
Duché  sans  pair,  Brelaigne  plantureuse, 
De  noblesse  trésor  et  parement  "  ! 


t.  Nue  comme  une  pauvresse. 

2.  Et  si  calme. 

3.  Se  dissipa  presque  entièrement;  47°  douzain. 

4.  Ord,  sale,  vase  rempli  d'ordure. 

5.  Édit.  1522,  fol.  88  v°. 

6.  Édit.  1522,  fol.  121  v». 


SA  VIE   KT  SES   (EDVRES.  633 

Dans  ce  cri  d'amour  s'épanche  tout  entière  l'âme  bretonne  de 
notre  poète;  nous  ne  saurions  mieux  finir  que  par  là. 

Arthur  de  la  Borderie. 


APPENDICE. 


La  famille  du  Boisbrassd. 

Depuis  la  publication  de  la  première  partie  de  notre  étude  sur  Jean 
Meschinot,  il  a  paru  deux  ouvrages  contenanL  des  renseignements 
intéressants  sur  cette  famille  du  Boisbrassu,  avec  laquelle  Meschinot 
et  son  fils  eurent  les  très  vifs  démêlés  dont  il  est  question  au  cha- 
pitre IX  et  au  n°  V  de  l'Appendice  de  notre  première  partie  \  L'un 
de  ces  ouvrages  est  la  monographie  historique  de  la  paroisse  de 
Carentoir  (où  était  situé  le  manoir  du  Boisbrassu)  par  M.  Tabbé 
Leclaire,  vicaire  de  cette  paroisse^;  Pautre,  la  cinquième  série  des 
Lettres  et  mandements  de  Jean  F,  duc  de  Bretagne,  par  M.  René 
Blanchard. 

M.  Tabbé  Leclaire  donne  une  notice  assez  étendue  sur  la  terre  du 
Boisbrassu  et  ses  possesseurs  (p.  142  à  -147  de  son  livre).  «  La  mai- 
son du  Boisbrassu,  dit-il,  a  conservé  sa  physionomie  de  vieux  manoir 
breton  :  grande  cour  pavée  autrefois  fermée,  fenêtres  grillées  à  l'an- 
tique, demi-tourelle  avec  meurtrières,  portes  ogivales  des  xv''  et 
xvi^  siècles.  » 

Quant  aux  possesseurs,  nous  avions  raison  de  les  croire  de  petite 
et  récente  noblesse.  Dans  le  principe,  leur  nom  était  Galivier;  le  plus 
ancien  qu'on  connaisse,  Pierre  ou  Perrot  GaUvier,  mourut,  dit-on, 
vers  1350.  Il  n'était  pas  noble  du  tout,  non  plus  que  son  fils  Renaud, 

1.  Ci-dessus,  p.  122  et  137-138. 

2.  V Ancienne  paroisse  de  Carentoir,  par  l'abbé  Leclaire.  Vannes,  Lafolye, 
1895,  in-8°  de  448  pages. 

1895  42 


634  JEAN   MESCHINOT 

que  l'on  trouve  dans  divers  acLes  de  -1392  à  U27*;  pas  davantage  le 
fils  de  Renaud,  appelé  Jean  Galivier,  qui  cependant  prépara  l'ascen- 
sion de  sa  race  en  quittant  ce  nom  roturier  pour  prendre  celui  du 
Boisbrassu,  d'allure  plus  nobiliaire. 

Ge  Jean  sut  aussi  se  glisser,  se  pousser  habilement  à  la  cour  de 
Bretagne  et  devint  un  agent  de  confiance  du  duc  Jean  V,  qui,  le 
8  août  -1430,  ordonnait  à  son  receveur  de  Guérande  de  payer  douze 
écus  a  à  Jehan  de  Boaisbrassu,  pour  mettre  et  employer  es  affaires 
secretz  de  Monseigneur  [le  duc] 2.  »  Jean  V  le  nomma  ensuite  tréso- 
rier de  son  plus  jeune  fils,  le  malheureux  Gilles  de  Bretagne.  Ge  Jean 
Galivier  ou  du  Boisbrassu  vivait  encore  en  -14573;  u^^is  ce  n'est  pas 
lui,  comme  nous  l'avions  cru,  qui  fut  l'adversaire  des  Meschinot  en 
-1473,  car  il  était  mort  wiviron  dix  ans  plus  tôt,  laissant  pour  héritier 
un  autre  Jean  du  Boisbrassu,  lequel  réussit  à  se  faire  anoblir  en  4469^ 
el  soutint,  ainsi  que  son  fils  Pierre,  le  procès  de  ^473  contre  les  Mes- 
chinot. 

Le  nom  de  Boisbrassu  s'éteignit  au  siècle  suivant.  Jean  l'anobli 
survécut  à  son  fils  Pierre,  mourut  en  -1518  et  eut  pour  successeur 
un  autre  fils  appelé  François  %  qui  pour  tout  hoir  n'eut  qu'une  fille 
du  nom  d'Anne,  laquelle  porta  la  terre  et  la  fortune  des  Boisbrassu 
dans  la  famille  de  Gastellan,  originaire  de  la  paroisse  de  Saint-Mar- 
tin sur  Out". 

IL 

Note  bibliographique. 

Nous  n'avons  pas  l'idée  de  donner  ici  la  bibliographie  des  éditions 
connues  de  iMeschinot:  Jacques  Brunet,  dans  la  dernière  édition  du 
Manuel  du  libraire  (III,  4665-1670),  a  bien  avancé  ce  travail,  puis- 

1.  L'Ancienne  paroisse  de  Carentoir,  p.  143.  Mais  M.  Leclaire  lui  prolonge 
la  vie  jusqu'en  1450,  ce  qui  n'est  guère  admissible  s'il  était  fils  de  Jean  Gali- 
vier mort  en  1350,  car  alors  il  eut  été  plus  que  centenaire. 

2.  René  Blanchard,  Lettres  et  mandements  de  Jean  F,  duc  de  Bretagne  de 
1441  et  1442,  et  Supplément  (Nantes,  1895),  p.  82,  n°  2683. 

3.  Registre  de  la  chancellerie  de  Bretagne  au  10  octobre  1457,  dans  D.  Morice, 
Preuves,  II,  1711. 

4.  Carentoir,  p.  144. 

5.  Outre  ce  (ils,  il  laissa  aussi  une  fille  appelée  Perronnelle,  selon  M.  Leclaire, 
qui  ne  parle  aucunement  de  Pierre,  dont  l'existence  est  cependant  certaine. 

6.  Leclaire,  Carentoir,  p.  144-145. 


SA  VIE   ET   SES   ŒUVRES.  G35 

qu'il  signale  ou  décrit  jusqu'à  vingt-deux  éditions  de  notre  poète,  de 
-(493  à  ^539.  II  y  en  eut  certainement  davantage,  et  pour  notre  part 
nous  en  pourrions  indiquer  deux  ou  trois  non  connues  de  J.  Brunet^ 
Toutefois,  pour  tenter  un  supplément  à  son  excellent  article,  nous 
attendrons  de  pouvoir  présenter  une  cueillette  plus  copieuse. 

Nous  voulons  seulement,  non  décrire,  mais  signaler  ici  par  leurs 
traits  caractéristiques  les  dix  éditions  de  Meschinot  antérieures  à  l'an 
\  500  et  les  exemplaires  de  ces  éditions  dont  nous  pouvons  indiquer 
le  gisement.  —  Cinq  de  ces  éditions  sont  sans  date  ;  on  ne  peut  donc 
prétendre  en  donner  un  classement  chronologique  ;  nous  suivrons 
tout  simplement  celui  qu'a  adopté  Brunet. 

Date  à  part,  ces  dix  éditions  du  xy"  siècle  se  partagent  en  deux 
classes.  La  première  classe  contient  les  Limettes  des  princes,  les 
vingt-cinq  ballades  contre  Louis  XI  et  celle  de  la  Destruicte  France, 
une  vingtaine  d'autres  ballades  sur  divers  sujets,  deux  poèmes  reli- 
gieux (une  paraphrase  de  quelques  passages  des  Écritures  et  une 
Commémoration  de  la  Passion  de  N.~S.)]  toutes  ces  éditions,  sauf  la 
première  (de  -1493),  se  terminent  par  Toraison  que  l'on  peut  dire  en 
trente-deux  manières  (voir  ci-dessus)  et  s'arrêtent  là.  —  Les  éditions 
de  la  seconde  classe  contiennent  tout  cela  et,  en  outre,  de  copieuses 
additions  comprenant  la  curieuse  Supplicatioii  du  Banni  de  liesse, 
plus  vingt-cinq  à  trente  pièces  de  vers,  ballades  pour  la  plupart, 
parmi  lesquelles  toutes  celles  relatives  à  la  Bretagne.  Voici  la  nomen- 
clature des  éditions  du  xv^  siècle  partagées  entre  ces  deux  classes. 

A.  —  Éditions  qui  ne  comprentient  point  la  Supplication 
ni  les  Additions. 

i.  —  4493.  Première  édition,  imprimée  à  Nantes  par  Etienne  Lar- 
chier.  —  Un  exemplaire  sur  vélin  à  la  Bibliothèque  nationale,  un 
second  sur  papier  dans  le  même  dépôt  (Réserve,  Ye.  284-282),  un 
à  la  bibliothèque  Sainte-Geneviève,  un  exemplaire  incomplet  à  la 


1.  Voir  plus  loin  ce  que  nous  disons  de  la  seconde  édition  de  Mescliinot 
donnée  par  Etienne  Larchier  en  1494.  Le  Supplément  au  manuel  du  libraire, 
publié  en  1878  par  P.  Deschamps  et  G.  Brunet  (1,  col.  1017)  signale  deux  édi- 
tions non  mentionnées  dans  le  Manuel,  savoir  :  1°  une  édition  sans  date  (com- 
mencement du  xvi°  siècle),  donnée  à  Lyon  par  Olivier  Arnoullet;  '1°  une  autre 
donnée  à  Paris,  de  1511  à  1520,  par  la  veuve  de  Jean  Trepperel  et  par  Jean 
Jeiiannot.  —  Les  autres  éditions  de  Meschinot  dont  parle  le  Supplément  avaient 
déjà  été  signalées  par  Jacques  Brunet  dans  le  Manuel. 


636  JEAN  MESCHINOT 

bibliothèque  du  Mans.  Voir  sur  celle  édition  Brunel,  III,  ^665; 
Hain,  n°  M 100,  et  V Imprimerie  en  Bretagne  au  XV^  siècle  (publiée 
par  la  Société  des  Bibliophiles  bretons),  Nantes,  1878,  p.  102-108. 

2.  —  Sans  date.  Édition  imprimée  à  Paris  par  Pierre  Le  Caron. 
Très  curieuse,  parce  que  seule  elle  contient,  au  verso  de  son  dernier 
feuillet,  l'épitaphe  de  Meschinot  en  vers  donnant  la  date  de  sa  mort 
(voir  Brunet,  III,  1665-1666). 

3.  —  Sans  Ueu  ni  date.  Édition  portant  la  marque  de  Jean  du  Pré, 
ce  qui  prouve  qu'elle  a  été  imprimée  à  Paris  vers  la  fin  du  xv®  siècle 
(Brunet,  III,  1666).  —  Un  exemplaire  à  la  bibliothèque  de  l'Arsenal, 
coté  [olim]  B.  L.  8410. 

4.  —  Sans  date.  Édition  portant  la  marque  de  Le  Petit  Laurens, 
imprimeur  à  Paris  vers  la  fin  du  xv^  siècle  (Brunet,  III,  1667).  — 
Un  exemplaire  à  la  Bibliothèque  Nationale,  coté  Réserve  Ye  285; 
un  autre  exemplaire  à  la  bibliothèque  de  Nantes,  coté  n"  25443. 

5.  —  Sans  date.  Édition  portant  la  marque  de  Martin  Havart, 
imprimeur  à  Lyon^  (voir  Brunet,  III,  1667,  et  Silvestre,  Marques 
typographiques,  n°  193). 

6.  —  Sans  date.  Édition  avec  la  marque  et  le  nom  de  Jacques 
Arnollet,  imprimeur  à  Lyon^  (Brunet,  III,  1667,  et  Silvestre,  n°'  290 
et  1053). 

B.  —  Éditions  contenant  la  Supplication  et  les  Additions. 

Ce  complément  de  la  première  édition  de  Meschinot  est  annoncé, 
dans  les  éditions  qui  le  possèdent,  par  ces  mots  : 

S'ensuyvent  les  nouuelles  Additions.  Sensuyt  vue  Supplication 
que  fist  ledit  Meschinot  au  duc  de  Bretaigne,  son  souuerain  sei- 
gneur. 

7.  —  1494.  Édition  imprimée  à  Nantes  par  Etienne  Larchier.  — 
Cette  édition  est  certainement  la  seconde  des  œuvres  de  Meschinot; 
elle  fut  donnée  par  le  premier  éditeur,  et  elle  contient  déjà  toutes  les 
Additions,  en  un  mol  le  Meschinot  complet.  —  Il  semble  bien  douteux 
que  les  éditions  ci-dessus,  n""  2  à  6,  données  à  Paris  et  à  Lyon, 

1.  Le  Supplément  au  Manuel  {l,  lOIG-1017)  signale  une  édition  portant  «  sur 
le  titre  les  lettres  M.  H.,  initiales  d'un  nom  de  libraire  qui  reste  inconnu.  » 
C'est  évidemment  celle-ci. 

2.  Celte  édition  diffère  de  celle  mentionnée  dans  le  Supplément,  au  Manuel 
(I,  1017),  donnée  aussi  à  Lyon  par  uu  Arnollet  ou  Aruoullet,  mais  qui  avait  pour 
prénom  Olivier. 


SA  VIE    ET   SES   œUVRES.  037 

puissent  être  antérieures  à  celle-ci,  encore  bien  qu'elles  n'aient  pas 
les  Additions  que  celle-ci  contient.  Cette  seconde  édition  semble  avoir 
été  peu  répandue,  et  plusieurs  des  imprimeurs  de  Paris,  nantis  de  la 
première,  se  bornèrent  probablement  à  en  reproduire  le  texte,  sans 
avoir  connaissance  de  la  seconde. 

Cette  édition  de  U94,  donnée  par  Larcher,  premier  imprimeur  de 
Nantes,  a  été  longtemps  inconnue  des  bibliophiles.  Brunet  n'en  soup- 
çonne pas  Fexistence;  c'est  M.  Claudin,  le  savant  libraire,  infatigable 
chercheur  et  si  heureux  découvreur  de  trésors  et  de  raretés  biblio- 
graphiques, qui  l'a  le  premier  signalée  et  décrite  en  ^87S,  dans  17m- 
inimerie  en  Bretagne  au  XV^  siècle  (citée  ci-dessus),  p.  -f09-'H3. 
Elle  est  parfaitement  distincte  de  celle  de  Larcher  de  -1493,  puisque 
celle-ci  ne  contient  pas  les  Additions.  —  L'unique  exemplaire  qu'on 
en  connaisse  a  été,  on  peut  dire,  déterré  par  M.  Claudin  à  la  biblio- 
thèque de  Chambéry,  où  il  gisait  sous  le  n**  2738. 

8.  —  -1495.  Édition  imprimée  à  Paris,  par  Philippe  Pigouchet 
pour  Simon  Vostre  (Brunet,  III,  ^668•,  Hain,  n°  1 1 10^).  Un  exem- 
plaire à  la  Bibliothèque  Nationale,  coté  Réserve  Ye  ^8i3. 

9.  —  -1499.  Autre  édition,  imprimée  à  Paris  par  Philippe  Pigou- 
chet pour  Simon  Vostre  (Brunet,  III,  -J668;  Hain,  n°  \\\(S2). 

■10.  —  ^499.  Édition  imprimée  à  Paris,  par  Jean  Trepperel  (Bru- 
net, m,  -1668).  Un  exemplaire  à  la  bibliothèque  de  Nantes,  sous  le 
n°  25444. 

III. 

Manuscrits  de  Meschiivot. 

Il  existe,  dans  le  fonds  français  de  la  Bibliothèque  Nationale,  deux 
manuscrits  contenant  des  poésies  de  Meschinot. 

L'un  porte  le  n°  2206  (anc.  Baluze)  ;  je  ne  l'ai  pas  vu;  je  crois  qu'il 
n'est  pas  complet  et  ne  contient  que  les  ballades. 

L'autre,  sous  le  n»  24314,  semble  complet  et  débute  par  les 
Lunettes  des  princes.  L'écriture  m'a  paru  de  la  fin  du  xv^  siècle. 
Le  premier  feuillet  est  occupé  par  une  belle  peinture  allégorique  se 
rapportant  aux  douzains  28  à  31  des  Lunettes  et  nous  montrant  le 
domicile,  c'est-à-dire  l'âme  du  poète,  envahi  par  ses  cruels  ennemis, 
Langueur,  Fureur,  Couroux,  Paine,  Soulcy,  Desespoir.  Au  bas  de 
cette  peinture  est  l'écusson  des  Malet  de  Graville  :  de  gueules,  à 
trois  fermaux  d'or.  —  Trois  autres  pages  de  ce  manuscrit  (fol.  \  5  r°, 


638  JEAN   MESCHTNOT,    SA   VIE   ET   SES   ŒUVRES. 

22  v"  et  27  v°)  avaient  été  réservées  pour  recevoir  des  peintures  du 
même  genre  qui  n'ont  pas  été  exécutées;  mais  les  deux  dernières  ont 
des  encadrements  d'architecture  tracés  à  la  plume-,  la  première 
(fol.  ^5r'')  est  entourée  d'une  riche  bordure  peinte,  formée  de  fleurs 
et  de  fruits,  d'oiseaux  et  de  rinceaux  très  élégants. 

Le  temps  m'a  manqué  pour  coUationner  ce  manuscrit  avec  les  édi- 
tions. Si  jamais  l'on  tentait  une  réimpression  totale  ou  partielle  des 
œuvres  de  Meschinot,  le  texte  devrait  être  établi  sur  ce  manuscrit, 
combiné  avec  les  éditions  princeps  d'Etienne  Larcher  ou  au  moins 
avec  celle  d'Etienne  Larcher  de  -1493,  et,  pour  les  Additions,  l'édi- 
tion de  Pigouchet  de  ^49o,  qui  existent  l'une  et  l'autre  à  la  Biblio- 
thèque Nationale. 

A.   DE  LA  B. 


UNE  PRETENDUE 

SIGNATURE  AUTOGRAPHE  D'IVES 

ÉVÊQUE  DE  CHARTRES. 


Dans  le  dernier  numéro  du  Bulletin  du  Comité  des  travaux 
historiques^,  M.  l'abbé Métais a  publié  une  étude  sur  une  charte 
récemment  découverte  aux  Archives  d'Eure-et-Loir.  Par  cette 
charte,  un  évêque,  nommé  Ives,  abandonne  à  l'abbaje  de  Saint- 
Père  de  Chartres  tous  les  droits  qu'il  avait,  ainsi  que  l'archidiacre 
et  le  doyen  de  son  chapitre,  sur  l'église  de  Planches,  sise  au  dio- 
cèse de  Sées^.  Ce  document,  dont  l'authenticité  est  certaine,  a  son 
principal  intérêt  dans  la  signature  autographe  que  l'évêque  a  tra- 
cée d'une  main  tremblante  au  bas  du  parchemin.  Suivant  M .  Mé- 
tais, cette  signature  serait  celle  d'Ives  de  Chartres,  l'un  des  écri- 
vains les  plus  célèbres  du  moyen  âge,  et  cette  simple  ligne  serait 
le  seul  autographe  qui  nous  soit  parvenu  de  l'illustre  prélat.  Ce 
fait  a  paru  assez  intéressant  pour  qu'on  jugeât  l'acte  tout  entier 
digne  d'être  reproduit  en  héliogravure^. 

A  première  vue,  l'écriture  de  la  charte  semble  dater  d'une 
époque  antérieure  à  celle  où  vivait  Ives,  qui  fut  évêque  de 
Cliartres  de  1090  à  1115.  M.  Métais  paraît  avoir  été  lui-même 
frappé  du  caractère  archaïque  de  cette  écriture,  car  il  suppose 
que  c'est  l'œuvre  «  d'un  scribe  âgé  sans  doute  et  fidèle  à  l'an- 
«  cienne  école  ^  » 

Une  autre  remarque  fait  naître  des  doutes  plus  sérieux  sur  la 
date  attribuée  à  cet  acte  par  M.  Métais.  Il  est  étrange,  en  effet, 

1.  Bulletin  hhtorique  et  philologique,  année  1894,  p.  524-536. 

2.  Planches,  Orne,  arr.  d'Argentan,  cant.  du  Merlerault. 

3.  Livre  cité,  pi.  IV. 

4.  Livre  cité,  p.  526. 


640  UNE,  PRÉTENDUE    SIGNATURE   AUTOGRAPHE 

qu'un  évêque  de  Chartres  puisse  disposer  ainsi  à  son  gré  d'une 
église  située  dans  le  diocèse  de  Sées,  en  dehors  de  sa  juridiction, 
et  l'on  ne  s'explique  pas  quels  droits  pouvaient  avoir  sur  cette 
église  le  doyen  et  l'archidiacre  du  chapitre  de  Chartres.  A  aucune 
époque  du  moyen  âge  le  village  de  Planches  ni  quelque  autre 
domaine  avoisinant  ne  fut  en  la  possession  du  chapitre  de  Chartres. 
Si  l'on  observe  en  outre  qu'une  déchirure  du  parchemin  a  fait 
complètement  disparaître  le  nom  de  la  cité  dont  était  évêque  Ives, 
le  donateur  de  l'église  de  Planches,  on  est  amené  à  se  demander 
si  le  document  publié  par  M.  Métais  émane  bien  réellement  du 
fameux  Ives  de  Chartres. 

Depuis  le  milieu  du  xf  siècle  environ,  les  moines  de  Saint- 
Père  jouissaient  d'une  partie  des  revenus  de  l'église  et  du  village 
de  Planches,  en  vertu  d'une  donation  à  eux  faite  par  Guimond, 
seigneur  de  Moulins  ^  La  charte  de  Guimond  avait  été  confirmée 
par  l'évêque  de  Sées,  qui  s'appelait  alors  Ives  de  Bellesme^. 
N'est-il  pas  dès  lors  tout  naturel  de  croire  qu'Ives  de  Bellesme  est 
lui-même  l'auteur  de  la  charte  éditée  par  M.  Métais?  Tout  con- 
corde à  prouver  ce  fait. 

On  comprend  aisément  qu'Ives,  évêque  de  Sées,  ainsi  que  les 
chanoines  de  sa  cathédrale,  et  en  particulier  l'archidiacre  et  le 
doyen,  aient  pu  se  dessaisir  de  leurs  droits  sur  une  église  qui 
appartenait  à  leur  diocèse.  D'autre  part,  Ives  déclare  que  ses  cha- 
noines et  lui  font  cette  donation  à  l'abbaye  de  Saint-Père  à  la 
condition  que  les  moines  les  feront  participer  à  leurs  prières  et  à 
leurs  bonnes  œuvres.  Puis,  tout  au  bas  de  l'acte,  après  les  signa- 
tures, on  lit  ces  mots,  en  partie  effacés  par  l'humidité  :  Pateat 
cunctis  ecclesie  fidelibus  quonia7n  sicut...  Sagiensis  eccle- 
sie  in  orationibus  monachorum...  Cette  phrase,  bien  qu'elle 
soit  incomplète,  a  un  sens  assez  clair.  En  retour  des  prières  qu'ils 
ont  demandées  aux  religieux  de  Saint-Père,  l'évêque  et  les  cha- 
noines de  Sées  s'engagent  à  prier  pour  les  moines.  Il  y  a  là  une 
sorte  d'association  spirituelle  entre  l'église  de  Sées  et  l'abbaye  de 
Saint-Père. 

Un  certain  nombre  de  prêtres  et  de  chanoines  ont  souscrit  la 
charte  de  l'évêque  Ives,  et  l'étude  de  ces  souscriptions  démontre 

1.  Moulins-la-Marche,  Orne,  arr.  de  Morlagnc,  ch.-l.  de  canl. 

2.  nanc  cartam...  roborandam  Iradidi  episcopo  nostro  Ivoni  [Cartul.  de 
Saitit-Père,  p.  146). 


d'iVES,    ÉVÊQUE    de   CHARTRES.  644 

que  nul  d'entre  eux  n'appartenait  au  clergé  chartrain.  On  possède 
une  grande  quantité  d'actes  passés  sous  l'épiscopat  d'Ives  de 
Chartres  et  où  figurent  fréquemment  les  dignitaires  du  chapitre. 
Or,  jamais  ces  actes  n'ont  révélé  l'existence  ni  de  l'archidiacre 
Normand*  ni  de  l'écolâtre  Roger.  Les  documents  où  apparaissent 
Ives  de  Sées  et  les  chanoines  de  sa  cathédrale  sont  au  contraire 
fort  rares.  Néanmoins,  on  trouve  à  Sées  à  cette  époque  un  archi- 
diacre du  nom  de  Normande  Orderic  Vital  nous  apprend  que 
Normand,  avant  d'entrer  dans  les  ordres,  avait  eu  un  fils  appelé 
Jean.  Dans  la  suite.  Normand  devint  doyen  du  chapitre  de  Sées; 
il  légua  alors  sa  charge  d'archidiacre  à  son  fils  Jean,  qui,  ayant 
été  lui-même  élu  évêque  de  Lisieux,  se  démit  de  son  archidiaco- 
nat  en  faveur  de  son  neveu  ArnouP.  L'office  d'archidiacre  de  Sées 
était  pour  ainsi  dire  héréditaire  dans  la  famille  de  Normand. 

De  ce  qui  précède,  je  conclurai  qu'il  faut  rayer  de  la  liste  des 
archidiacres  et  écolâtres  de  Chartres  et  restituer  au  diocèse  de 
Sées  les  noms  de  Normand  et  de  Roger. 

Une  erreur  plus  grave  que  la  précédente  résulte  de  la  confusion 
que  M.  Métais  a  faite  entre  Ives  de  Chartres  et  Ives  de  Sées.  — 
La  charte  relative  à  l'église  de  Planches  n'est  point  datée.  Pour 
déterminer  l'époque  à  laquelle  elle  fut  rédigée,  on  est  donc  obligé 
d'avoir  recours  à  d'autres  indices.  L'abbé  de  Saint-Père,  Hubert, 
qui  est  mentionné  dans  cette  charte,  fut  élu  par  les  moines  en 
1070^;  mais  il  ne  resta  pas  longtemps  à  la  tête  du  monastère; 
dès  1071  ou  1072,  il  fut  déposé  par  l'évêque  de  Chartres,  Arrald^. 
En  1077,  Hubert  reprit  le  gouvernement  de  l'abbaye  de  Saint- 
Père  ;  mais  il  dut,  l'année  suivante,  abandonner  de  nouveau  et 
pour  toujours  sa  dignité.  On  ne  s'expHque  pas,  par  conséquent, 
comment  Hubert  pourrait  figurer  comme  abbé  de  Saint-Père  dans 

1.  On  connaît  quinze  archidiacres  du  diocèse  de  Chartres  sous  l'épiscopat 
d'Ives,  de  1090  à  1115.  Ce  sont  :  André,  Ansgerlus,  Arnaud,  Eudes,  Foulques, 
Gautier,  Goslin,  Guerri,  Guillaume,  Landri,  Milon,  Raimbaud,  Robert,  Seran- 
nus  et  Simon.  Il  est  présumable  que  cette  liste  est  complète. 

2.  Cf.  Cartulaire  de  Marmoutier  pour  le  Perche,  publié  par  M.  l'abbé  Bar- 
ret,  dans  les  Documents  sur  la  province  du  Perche.  Mortagne,  1895,  p.  22. 

3.  Orderic  Vital,  édit.  de  la  Soc.  de  l'hist.  de  France,  IV,  274. 

4.  Cf.  Cartul.  de  Saint-Père,  p.  210,  charte  du  12  mai  1070  :  dum  viveret 
Huberius,  abbas  a  nobis  electus.  —  Les  dates  que  j'adopte  au  sujet  de  l'abba- 
tiat  d'Hubert  n'ont  pas  encore  été  établies  d'une  façon  certaine.  Leur  détermi- 
nation demanderait  à  être  l'objet  d'une  étude  spéciale. 

5.  Voir  Cartul.  de  Saint-Père,  ibid. 


642  UNE   PRETENDUE   SIGNATURE   AUTOGRAPHE 

un  document  où  apparaîtrait  Ives  de  Chartres,  qui  ne  devint 
évêque  qu'en  1090.  Pour  résoudre  cette  difficulté,  en  réalité  inso- 
luble, M.  Métais  a  été  forcé  de  supposer  qu'Eustaclie,  successeur 
d'Hubert,  peu  favorable  à  Ives  de  Chartres,  aurait  été  à  son  tour 
déposé  par  ce  prélat  en  1090;  qu'Hubert  serait  alors  revenu 
comme  abbé  à  Saint-Père;  puis  qu'en  1093  ledit  Hubert  aurait 
été  expulsé  pour  la  troisième  fois  et  aurait  dû  céder  sa  charge 
à  Eustache.  Malheureusement  toutes  ces  hypothèses  ont  pour 
unique  fondement  l'acte  concernant  l'êghse  de  Planches  \  et  elles 
tombent  devant  ce  fait  qu'il  n'est  point  question  dans  cet  acte 
d'Ives  de  Chartres,  mais  bien  d'Ives  de  Sées. 

La  véritable  date  du  document  publié  par  M.  Métais  est  assez 
facile  à  établir.  Hubert  devint  abbé  de  Saint-Père  vers  le  mois  de 
mai  1070;  d'autre  part,  Ives,  évêque  de  Sées,  mourut  au  plus 
tard  le  12  avril  1072 2.  C'est  donc  entre  1070  et  1072  que  cette 
charte  fut  rédigée. 

En  terminant,  je  ferai  une  remarque  au  sujet  de  la  signature 
autographe  de  l'évêque  Ives.  Cette  signature,  comme  je  l'ai  déjà 
dit,  est  tracée  d'une  main  tremblante.  On  aurait  peine  à  croire 
qu'en  1092  Ives  de  Chartres,  dans  la  force  de  l'âge,  alors  qu'il 
dictait  journellement  des  lettres  où  se  manifeste  pleinement  son 
grand  talent  d'écrivain,  ait  mis  tant  de  maladresse  à  transcrire 
simplement  son  nom.  La  main  hésitante  qui  a  formé  ces  caractères 
indécis  devait  être  celle  d'un  vieillard.  Or,  on  sait  qu'Ives,  évêque 

1.  M.  Métais  cite  une  autre  charte  du  Cartulaire  de  Saint-Père  (p.  147),  que 
les  éditeurs  ont  datée  de  1077  et  qui,  selon  lui,  serait  de  l'année  1092,  charte 
dans  laquelle  Hubert  apparaît  avec  le  titre  d'abbé.  Cette  charte  est  ainsi  datée  : 
Actum  Plancis,  publiée,  vivenie  Willelmo,  invictissimo  Normannorum  duce 
Anglorumqite  rege;  in  Francia  vero  régnante  serenissimo  rege  Philipo;  indic- 
tioneXV.  L'indiction  XV  convient  également  aux  années  1077  et  1092.  En  1077, 
Philippe  1"  était  roi  de  France  et  Guillaume  le  Conquérant  roi  d'Angleterre  et 
duc  de  Normandie.  M.  Métais  prétend,  il  est  vrai,  qu'en  1092  Philippe  1"  était 
aussi  roi  de  France  et  que  Guillaume  le  Roux  avait  alors  succédé  à  son  père, 
Guillaume  le  Conquérant;  mais  il  ne  remarque  pas  que,  si  Guillaume  le  Roux 
était  bien  en  1092  roi  d'Angleterre,  il  n'était  point  duc  de  Normandie.  D'où  il 
résulte  d'une  façon  certaine  que  ta  charte  en  question  n'est  point  de  1092,  mais 
de  1077. 

2.  Le  jour  de  la  mort  d'Ives  de  Sées  est  connu  par  urf  extrait  du  nécrologc 
de  Saint-Martin  de  Sées  ainsi  conçu  :  II  idus  aprilis,  ohiit  Ivo,  episcojms 
Sagiensis  (Bibl.  nat.,  ms.  lat.  13818,  fol.  210  V).  Robert,  successeur  d'Ives,  est 
signalé  pour  la  première  fois  en  1072,  époque  où  il  assista  au  concile  de  Rouen 
(cf.  Orderic  Vital,  édit.  de  la  Soc.  de  l'hist.  de  France,  II,  238). 


D IVES,  EVÈQCE  DE  CHARTRES.  643 

de  Sées,  appartenait  à  la  puissante  famille  des  seigneurs  de  Bel- 
lesme  :  il  survécut  à  ses  trois  frères  et  à  ses  neveux  et  hérita 
après  leur  mort,  vers  1050,  de  la  seigneurie  de  Bellesme.  Il  est 
donc  légitime  de  supposer  qu'en  1070  Ives  était  parvenu  à  un 
âge  très  avancé. 

Une  étude  attentive  de  la  charte  originale  d'Ives  de  Sées  m'a 
permis  de  combler  la  plupart  des  lacunes  qui  se  remarquent  dans 
la  transcription  qu'en  a  donnée  M.  Métais.  C'est  pourquoi  il  ne 
m'a  pas  semblé  inutile  de  rééditer  ce  document. 

René  Merlet. 


-1 070-^072.  —  Abandon  à  V abbaye  de  Saint-Père  de  Chartres  par 
Ives,  évêque  de  Sées,  de  tous  les  droits  qu'il  avait,  ainsi  que 
l'archidiacre  et  le  doyen  de  son  chapitre,  sur  l'église  de  Planches^ 

In  nomine  sanctae  et  indi[viduae  Trinilajtis,  Patris  et  Filii  et  Spi- 
ritus  Sancti.  Ego  Ivo,  licet  indignus,  [Dei  gratia  Sagiensis]  presul, 
saluLi  animae  meae  providens,  omniuraque  antecessorum  meorum 
[episcoporum]  sci[licet  predictae  sedis]  animarum  remedio  aiiquantis- 
per  intendens,  necnon  et  futurorum  [ejusdem  sedis  presulum]  utilitali 
cum  quadam  diligentia  consulens,  atque  canonicorum  noslrorum 
proficua  non  negli[gens],  dona[tion]e  directa  do  ac  de  mea  poteslate 
in  suam  trado  Sancto  Petro  Garnotensis  ennobli,  per  deprecalionem 
Huberti,  abbatis  ipsius  cçnobii,  et  raonachoruni  ejus,  ut  participes 
orationum  et  beneficiorum  suorum  ego  quidem  et  prenominati  esse 
possimus,  çcclesiam  Plancarum  c[um  ejus]  parr[ochia],  illud  videli- 
cet  quod  episcopali  officie  et  archidiacono  et  decano  attingere  [vide- 
tur],  ita  ut  ab  hodierna  die  usque  in  senpiternum,  et  totius  hujus- 
cemodi  debit[is  expjers  et  libéra,  nulli  inde  prorsus  respondeat. 
Sacerdos  quoque  dictae  çcclesiae,  si  forte  unquam,  ut  fit,  aliquomodo 
delique[rit,  nec]  episcop[usnecar]ch[idiacon]us[mf7e]  eum  présumât 
justificare,  set  abbas  et  monachi  suppradicti  cçnobii  secundum 
raodum  culpae  in  eum  extendant  correptionis  mensuram.  Si  quis 
autem,  [quod]  absit,  [instinctu]  cupiditatis  excecatus,  hoc  largitionis 
[nostre]  donum,  pontificali  auctoritate  confirmatum,  [unqujam  dero- 

1.  Les  mots  imprimés  en  italiques  sont  ceux  dont  la  restitution  n'est  pas 
certaine. 


64/|  DNE  PRÉTENDUE  SIGNATURE  DOIVES,  e'vÊQOE  DE  CHARTRES. 

gando  vio[lare  presumpserit,  cum  Juda  traditore]  eL  his  qui  Dominum 
[Ghristu]m  crucifixerunt,  eadem  maledic[Lione  et  anjathemalis  sen- 
tentia  feriatur,  donec,  satisfact[ioiîi]s  [cojrreptione  peracta,  resipi- 
scat.  Ut  autem  ratum  sit  hoc  nostrum  holigraphum,  manu  propria 
subter[firmare  stujdui  [manibus]que  ciericorum  nostrorum  atque 
fidelium  (nostrorum')  roborandum  tradere  decrevi. 

SiNUM  IVONIS  EfpISCOPI.       ^ 

Videlicet  testificantibus  Rogerio,  scolarum  magistro,  Hugone, 
capellano,  Normanno,  archidiacono,  Sigefrido,  Warino,  fratre  Nor- 
manni,  et  Warino,  custode...,  Rotberto,  canonicis;  Witdone,  sacer- 
dote,...  Willelmo,  Hetbrado  et  Corbellino,  Frolendo,  Sancti  P[etri 
monachis]. 

Pateat  cunctis  çcclesiç  fidelibus  quoniam,  sicut...  Sagiensis  çccle- 
siç  in  orationibus  monachorum... 

(Original  en  mauvais  état.  Archives  d'Eure-el-Loir,  H.  531.) 

1.  Ce  mot  est  cxponctué  sur  l'original. 


NOTES 


SUR  QUELQUES  MANUSCRITS 

DU  BARON  DAUPHIN  DE  VERNA. 


Les  lecteurs  de  la  Bibliothèque  de  V École  des  chartes 
accueilleront,  je  l'espère,  avec  intérêt  et  indulgence  des  notes 
prises  à  la  hâte  sur  une  des  plus  importantes  ventes  de  manus- 
crits auxquelles  il  m'ait  été  donné  d'assister. 

Le  16  octobre  dernier  arrivaient  à  Paris  les  premiers  exem- 
plaires du  catalogue  d'une  vente  de  livres  à  laquelle  un  libraire 
de  Lyon  devait  procéder  le  lundi  4  novembre  et  les  dix  jours  sui- 
vants. Il  était  intitulé  :  Catalogue  de  VimpoyHante  et  remar- 
quable bibliothèque  de  feu  M.  le  baron  Louis-Marie-Fran- 
çois  Dauphin  de  Verna,  de  Crémieu  (Isère)  :  tnanuscrits  sur 
peau  de  vélin,  des  VII%  VHP,  XP,  XIP,  XIIP,  XIV% 
XF%  XV F  siècles  ;  livres  d'heures  avec  iuiniatures  ;  manus- 
crits historiques  précieux  lyonnais,  foréziens,  dauphinois 
et  autres;  132  incunables  du  XV^  siècle  et  gothiques  en 
tous  genres...  Lyon,  à  la  librairie  ancienne  de  Louis  Brun, 
1895.  In-8°  de  vi  et  228  pages,  comprenant  1503  articles 
(n°^  1-1150  pour  les  livres  imprimés  ;  1151-1233  pour  les  auto- 
graphes; 1234-1502  pour  les  manuscrits  et  pièces  d'archives; 
1503  pour  un  ancien  cabinet  en  ébène). 

Quel  bibliophile  serait  resté  insensible  à  la  vue  d'un  titre  rem- 
pli de  tant  de  promesses,  et  à  la  lecture  d'une  préface  où  étaient 
brièvement  exposés  l'origine  et  le  caractère  des  collections  de  la 
famille  Dauphin  de  Verna  ? 

Je  m'empressai  donc  de  parcourir  le  catalogue  de  cette  biblio- 
thèque, et  je  constatai  que  les  termes  pompeux  du  titre  n'avaient 
rien  d'exagéré.  Entrebeaucoup  d'articles,  je  remarquai  le  suivant. 


646  NOTES   SUR   QUELQUES   MANUSCRITS 

N°  ^233.  Manuscrit  du  vii^  siècle.  Libri  Deuteronomici,  Josue  et 
Judicum.  —  Le  commencement  du  Deutéronome  manque  et  le  livre 
des  Juges  au  chapitre  xx,  verset  3^.  —  Plusieurs  feuillets  raccom- 
modés, tachés.  Grand  in-quarto,  de  -172  pages,  à  trois  colonnes. 

Manuscrit  sur  vélin,  en  lettres  onciales  moyennes.  Belle  reliure 
moderne,  maroquin  noir,  filets  et  compartiments,  dos  et  milieux 
ornés,  tranches  dorées.  (Messier.) 

Je  ne  sais  comment  l'annonce  d'un  texte  biblique,  écrit  sur 
trois  colonnes,  en  lettres  onciales  et  commençant  par  la  dernière 
partie  du  Deutéronome,  réveilla  dans  mon  esprit  le  souvenir  de 
ce  fragment  d'une  antique  version  latine  de  la  Bible,  au  sujet 
duquel  un  certain  bruit  se  fit  en  1878  quand  j'en  signalai  l'exis- 
tence de  64  feuillets  dans  la  bibliothèque  de  Lyon^  en  1880 
quand,  à  titre  purement  gracieux,  j'en  obtins  du  comte  d'Ash- 
burnham  la  restitution  de  80  feuillets  jadis  volés  par  Libri ',  et 
surtout  en  1881,  quand  M.  Ulysse  Robert  eut  publié  cette  savante 
et  somptueuse  édition  du  Pentateuque  de  Lyon^  dont  les  mérites 
ont  été  appréciés  avec  tant  de  justesse  et  de  compétence  par 
M.  Gaston  Paris  ^ 

Impatient  de  vérifier  si  je  n'étais  pas  le  jouet  d'une  illusion,  je 
m'adressai  à  M.  Louis  Brun,  dont  l'obligeance  m'était  bien  con- 
nue. Il  acquiesça  à  ma  demande  avec  une  bonne  grâce  dont  je  ne 
saurais  assez  le  remercier,  et  dans  la  journée  du  20  octobre  je 
pus  examiner  à  loisir  dans  mon  cabinet  une  dizaine  de  manus- 
crits qu'il  avait  bien  voulu,  d'après  mes  indications,  m'envoyer 
en  communication. 

L'un  des  premiers  manuscrits  que  j'ouvris  en  déballant  la 
caisse  arrivée  de  Lyon  fut  celui  qui  figure  au  catalogue  sous  le 
n°  1235.  Je  n'en  eus  pas  plus  tôt  vu  une  page  que,  sans  une 
minute  d'hésitation,  j'acquis  la  certitude  que  j'avais  entre  les 
mains  une  partie  du  volume  dont  la  bibliothèque  de  Lyon  possé- 
dait déjà  144  feuillets^. 

1.  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes,  1878,  t.  XXXIX,  p.  421-431. 

2.  Jbid.,  1880,  t.  XLI,  p.  304-307. 

3.  Pentateuchi  versio  latina  antiquissima  e  codice  Lugdunensi...  Paris, 
1881,  in-4°. 

4.  Journal  des  savants,  année  1883,  p.  276-288  et  386-399. 

5.  La  même  idenlificalioa  fut  faite  par  notre  confrère  M.  Th.  Dufour,  direc- 
teur de  la  bibliothèque  de  Genève,  qui  voulut  bien  m'en  avertir  le  7  no- 
vembre. —   En  Angleterre,  le  comte  de  Crawford,  sur  le  vu  du  catalogue  de 


1)D  BAROX  DAUPHIN  DE  VERNA.  647 

Je  fis  part  de  ma  constatation  à  M.  Caillemer,  qui  veille  avec 
une  sollicitude  si  éclairée  sur  les  destinées  des  bibliothèques  de 
Lyon.  Nous  résolûmes  de  réunir  et  de  combiner  nos  efforts  pour 
assurer  la  possession  de  ce  précieux  manuscrit  soit  à  la  ville  de 
Lyon,  soit  à  la  Bibliothèque  nationale.  Il  fallait  à  tout  prix  empê- 
cher de  sortir  de  France  un  débris  de  l'antiquité  chrétienne  qui 
est  pour  nous  un  titre  de  gloire,  comme  l'a  proclamé  Ernest 
Ranke,  dans  une  ode  en  strophes  saphiques  inspirée  parla  décou- 
verte des  feuillets  lyonnais  en  1878  : 

Spemque  alens  certam  fore  ut  inde  priscœ 
Gallise  perstans  honos  augeatur, 

Quse  monumenta 
Talia  erexit  fîdel  ' . . . 

C'était  le  mercredi  13  novembre  que  ce  manuscrit  devait  être 
mis  aux  enchères.  Mais,  de  son  côté,  l'administrateur  de  la  biblio- 
thèque de  Lyon,  M,  Desvernay,  avait  compris  quel  intérêt  la 
ville  de  Lyon  avait  à  rentrer  en  possession  d'un  morceau  de  son 
vieux  patrimoine  littéraire.  Il  ne  craignit  pas  d'engager  sa  res- 
ponsabilité en  ouvrant  de  son  chef  avec  les  représentants  de  la 
succession  du  baron  Dauphin  de  Verna  des  négociations  qui 
aboutirent,  la  veille  de  la  mise  en  vente,  à  la  cession  amiable  de 
ce  précieux  manuscrit,  pour  une  somme  très  modérée.  C'est  là  un 
succès  inespéré,  qui  fait  grand  honneur  à  M.  Desvernay  et  dont 
je  l'ai  vivement  félicité,  le  lendemain  13  novembre,  quand  je  revis 
sur  sa  table,  à  l'entrée  de  la  bibliothèque  de  Lyon,  le  volume 
dont  les  destinées  m'avaient  causé  tant  d'inquiétude  pendant  les 
trois  semaines  précédentes.  Ma  joie  fut  d'autant  plus  vive  que 
j'appris  en  même  temps  que  toutes  facihtés  seraient  données  à 
M.  Ulysse  Robert  pour  préparer  le  complément  du  beau  travail 
publié  par  lui  en  1881. 

Après  avoir  annoncé  cet  événement,  je  dois  présenter  telles 

vente,  devina  le  rapport  qui  existait  entre  le  n°  1235  et  le  manuscrit  connu  sous 
le  titre  de  Pentateuque  de  Lyon;  il  voulut  bien  me  faire  part  de  ce  rapproche- 
ment dans  une  lettre  du  8  novembre,  que  je  garde  comme  un  témoignage  de  la 
perspicacité  et  de  la  courtoisie  du  noble  lord. 

1.  Cette  ode,  que  le  frère  de  l'illustre  Léopold  de  Ranke  m'a  fait  l'honneur  de 
m'adresser,  est  imprimée  aux  p.  101-104  d'un  petit  volume  intitulé  :  Ernesli 
Ranke,  professons  theologix  Marburgensis,  Rhythmica...  Vindobonse,  1881, 
petit  in-8°  de  128  pages. 


648  NOTES   SUR   QUELQUES   MAXUSCRITS 

quelles  les  notes  que  j'ai  prises  sur  une  vingtaine  de  manuscrits 
de  la  collection  qui  vient  d'être  dispersée  et  dont  heureusement 
les  articles  les  plus  importants  sont  entrés  à  la  Bibliothèque 
nationale. 


I. 

Fragment  d'une  antique  version  latine  de  la  Bible.  — 
Deutéronome.  Josué.  Juges.  Ruth.  [N""  1235  de  la  vente.)  — 
Entré  à  la  bibliothèque  de  Lyon. 

Volume  de  88  feuillets  de  parchemin.  Mêmes  dimensions  et 
même  justification  que  les  144  feuillets  conservés  à  Lyon,  sous  le 
n°  329  du  Catalogue  de  Delandine.  Écriture  onciale  du  vf  siècle, 
disposée  sur  trois  colonnes. 

Les  88  feuillets  dont  ce  volume  se  compose  forment  onze  cahiers 
portant  les  signatures  xxviii-xxxviii.  Ils  font  immédiatement 
suite  aux  feuillets  précédemment  possédés  par  la  bibliothèque  de 
Lyon  et  dans  lesquels  on  trouve  les  signatures  m,  v-viiii,  xii- 
XVII,  xviiii-xxvii.  La  dernière  page  du  cahier  xxvii  se  termine 
par  les  mots  :  et  perdidit  illos  Dominus  usque  ;  la  première 
page  du  cahier  xxviii  commence  par  les  mots  :  in  hodiernum 
diem.  Réunissons  les  deux  textes,  nous  aurons  le  membre  de 
phrase  et  perdidit  illos  Dominus  usque  in  hodiernum  diem, 
lequel  correspond  à  la  dernière  ligne  du  verset  4  du  chapitre  xi 
du  Deutéronome  dans  nos  bibles  modernes  :  et  deleverit  eos 
Domi7ius  usque  in  prœsentem  diem.  Jamais  raccord  ne  s'est 
fait  avec  une  exactitude  plus  rigoureuse. 

Il  me  paraît  impossible  de  déterminer  à  quelle  époque  les 
cahiers  xxviii-xxxviii  ont  été  séparés  des  cahiers  précédents. 
Ce  qui  est  certain,  c'est  que  la  bibliothèque  municipale  de  Lyon 
ne  les  possédait  pas  lors  du  voyage  en  France  du  docteur  Fleck. 
Celui-ci,  dans  la  relation  de  son  Voyage  scientifique,  publié  à 
Leipzig  de  1835  à  1838,  a  soigneusement  relevé  les  rubriques  de 
la  portion  du  manuscrit  alors  conservée  à  Lyon  :  Eœplicit  Gene- 
sis.  Incipit  Exodus.  Eœplicit  liber  Exodus.  hicipil  Levi- 
ticum.  Explicit  Leviticum.  Incipit  liber  Numeri.  Explicit 
liber  Numeri.  Incipit  DeuteronomiumK  II  n'a  point  vu  les 

1.  Ferdinand!  Florentis  Flecki  prof.  Lips.  Anecdota  maximam partem  sacra 


DU  BARON  DAUPHIN  DE  VERNA.  649 

rubriques  :  Explicit  Deuteronomium.  Incipit  liber  flli  Jesum 
Nave.  Explicit  liber  Jesum  Nave.  Incipit  Judicum,  qui  se 
lisent  dans  la  portion  du  manuscrit  recueillie  par  M.  Dauphin  de 
Verna.  Il  y  a  plus.  Fleck  a  formellement  déclaré  que  le  manus- 
crit examiné  par  lui  s'arrêtait  aux  mots  par  lesquels  il  se  termi- 
nait quand  j'en  ai  rendu  compte  en  1878.  Voici  les  paroles  mêmes 
du  savant  professeur  de  Leipzig  :  «  Finis  Codicis  lacunosi  :  Illius 
quemadmodmn  delusit  aqua  maris  rubri  in  faciem  illorum 
dmn  consequerentur  post  vos,  et  perdidit  illos  dominus 
usque.  » 

Dans  les  88  feuillets  du  manuscrit  de  M.  Dauphin  de  Verna, 
nous  avons  sans  aucune  lacune  la  fin  du  Deutéronome,  le  livre 
de  Josué  et  les  vingt  premiers  chapitres  des  Juges.  En  voici  les 
premières  et  les  dernières  lignes,  avec  les  rubriques  qui  séparent 
les  livres  : 

Fol.  1.                   IN  HODIERNUM  DIEm 
ET  QUAECUMQUE 
FECIT  VOBIS  IN  DESER 
TIS  DONEG  PERVENIS 
TIS  IN  LOCUM  HUNC 
ET  QUANTA  FECERIT 
DATHA  ET  ABIRON  FI 
LIUS  ELIAB  FILIUS  RU 
BEN  QUOS  APERIENS 
TERRA  OS  SUUM  DEVO 
RAVIT  ILLOS 


Fol.  30.  EXPLICITA 

DEUTERONOMIUM 
INCIPIT  LIBER 

FILI 
lESUM  NAVE 


in  itineribus  italicis  et  gallicis  collecta  (Lipsiae,  1837),  p.  206.  Ce  volume 
forme  la  seconde  partie  du  t.  Il  de  l'ouvrage  intitulé  Wissenschaftliche  Reise. 
1.  Dans  cette  rubrique  les  mots  Explicit  et  Incipit  sont  en  rouge,  et  les 
mots  Liber  flli  ont  été  ajoutés  après  coup. 

^895  43 


630  NOTES  SUR  QUELQUES  MANUSCRITS 

Fol.  59.  EXPLICIT  LIBER  • 

lESUM  NAVE 
INGIPIT  lUDIGUM. 


Fol.  88  \\  col.  3.  ET  EXIERUNT  FILI  BE      Jud.,  XX,  31. 
NIAMIN  OVVIAM 
POPULO  ET  EXTRAC 
TI  SUNT  DE  CIVITATE 
ET  COEPERUNT  CA 
DERE  VULNERATI. 

On  remarquera  les  notes  en  beaux  caractères  minuscules, 
tirant  sur  la  cursive,  qui  ont  été  tracées  sur  les  fol.  21,  23  v°  et 
46  ;  et  les  gloses  ou  corrections,  marquées  en  notes  tironiennes 
sur  les  fol.  69,  71  et  71  v". 

Le  morceau  en  écriture  serai-onciale,  ajouté  sur  les  marges 
des  fol.  21  v°-23,  est  une  leçon  pour  la  fête  de  la  Chaire  de  saint 
Pierre  :  LEG.  IN  NATALE  CATHEDRE  SANCTI  PETRI. 

Les  marges  des  foL  71  ¥"-75  ont  été  couvertes  par  le  texte 
complet  du  chapitre  xxi  du  livre  III  des  Rois,  qui  devait  se  réci- 
ter à  la  cérémonie  de  la  Tradition  du  Symbole  aux  catéchumènes  : 

IN  TRA[DI]G10NE  SYMBOLP.  Lib[ro]  Regum. 
Tempore  illo.  Vinea  erat  Naboth  lezrahelilae  qui  erat  in  Zrahel 
juxta  palatium  Ahab  régis  Samariae... 

...  Sed  in  diebus  fiUi  sui  inferam  malum  domui  ejus.  Finit. 

Je  dois  me  borner  à  ces  brèves  indications.  Il  faut  laisser  à 
M.  Ulysse  Robert  l'honneur  de  mettre  en  lumière  le  précieux 
monument,  qu'un  heureux  hasard  vient  de  nous  révéler.  Ce 
savant,  qui  nous  a  donné  tant  de  preuves  de  son  activité  et  de  sa 
critique,  ne  saurait  tarder  à  compléter  l'excellent  volume  qu'il  a 
publié  en  1881  sous  le  titre  de  :  Pentateiichi  versio  latina 
antiquissima  e  codice  Lugdunensi.  Toutefois,  le  manuscrit 
dont  nous  parlons  ne  devra  plus  être  considéré  comme  un  Penta- 


1.  La  première  et  la  dernière  ligne  de  cette  rubrique  sont  en  rouge. 

2.  Voyez  les  textes  cités  dans  le  Glossaire  de  Du  Gange,  au  mot  Symbolum 
accipere,  éd.  Didot,  t.  VI,  p.  468. 


DD  BARON  DAUPHIN  DE  VERNA,  65^ 

teuque^  :  on  sait  aujourd'hui  qu'outre  la  Genèse,  l'Exode,  le 
Lévitique,  les  Nombres  et  le  Deutéronome,  il  contenait  Josué  et 
les  Juges.  Il  faut  y  voir  au  moins  un  heptateuque,  peut-être  le 
premier  volume  d'une  Bible  complète. 


II. 


Fragment  d'un  très  ancien  exemplaire  de  la  Vulgate.  — 
Deutéronome,  Josué,  Juges,  Ruth.  (N"  1234  de  la  vente.)  — 
Acquis  pour  la  Bibl.  nat.,  ms.  latin  1740  des  Nouv.  acq. 

Volume  de  236  feuillets,  cotés  1-27,  21  bis,  28-81,  Si  bis, 
82-94,  94  &w,  95-233,  lesquels  sont  répartis  en  31  cahiers,  por- 
tant les  signatures  [leJ-lxxii,  k^,  lxxiii-[lxxxi]  3.  Hauteur  des 
feuillets,  330  millimètres  ;  largeur,  250.  Ecriture  à  deux  colonnes, 
de  23  lignes  à  la  page.  Hauteur  de  la  colonne,  250  millimètres  ; 
les  plus  longues  lignes  ont  87  millimètres.  Grosse  écriture  onciale 
très  large  et  très  régulière  ;  elle  est  enfermée  entre  deux  lignes 
tracées  à  la  pointe  sèche  ;  on  la  peut  rapporter  au  viii®  siècle.  Le 
cahier  lxxvi,  qui  avait  disparu  à  une  date  fort  ancienne,  a  été 
remplacé  par  une  copie  en  grosse  minuscule  du  ix*"  siècle. 

L'exécution  du  volume  est  très  soignée.  Les  titres  des  livres 
sont  en  grandes  lettres  capitales  ou  onciales,  généralement  tri- 
colores (rouge,  vert  et  lilas),  —  Le  T  initial  de  la  préface  du 
livre  de  Josué  (fol.  94  bis)  est  formé  de  trois  poissons  unis  par  la 
tête.  —  Titres  courants  au  haut  des  pages  en  petites  capitales  ou 
onciales.  —  Les  signatures  des  cahiers  sont  en  forme  de  médail- 
lons, comme  dans  le  Grégoire  de  Tours  en  lettres  onciales,  venu 
de  la  cathédrale  de  Beauvais  (ms.  latin  17654)  ;  on  les  trouve  au 
bas  de  la  dernière  page  de  chaque  cahier. 

1.  C'est  le  docteur  Fleck  qui  le  premier  a  appliqué  au  manuscrit  de  Lyon  la 
dénomination  de  Pentateuque.  Le  fragment  qu'il  en  a  donné  est  intitulé  :  «  Spé- 
cimen codicis  latini  Pentateuchi  triplicis  columnee  Lugdunensis  italae  vetus- 
tissimse.  » 

2.  J'ignore  pourquoi  le  cahier  qui  contient  le  commencement  du  livre  des 
Juges,  au  lieu  de  porter,  comme  tous  les  autres,  une  signature  en  chiffres 
romains,  a  été  marqué  de  la  lettre  K. 

3.  Ont  disparu  ou  ont  été  mutilées  les  signatures  des  cahiers  LXV,  LXXVI, 
LXXX  et  LXXXI. 


652  NOTES  SUR  QUELQUES  MANUSCRITS 

Fol.  1.  INGIPIT  LIBER  HEL  1|  LEADDABARIM  ||  QVOD 
GRAECE  DICITVR  DEVTERO  ||  NOMIVM. 

Haec  sunt  verba  quae  locutus  ||  est  Moyses  ad  omnem  Isra  ||  - 
bel*.  Il  Trans  Jordanem  ||  in  solitudine. . . 

Fol.  94,  col.  2.  EXPLICIT  HEL  1|  LEADDABARIM  ||  HOC 
EST  DE  II  VÏERONOMIVM. 

Le  fol.  94  v"  est  resté  blanc. 

Fol.  Mbis.  INCIPIVNT  lOSVE  BENNVN  QVOD  j]  APPEL- 
LAïVR  LATINE  lESV  NAVE.  ||  PRAEFATIO  SANGTI 
HIERONIMI  DE  IN  ||  SEQVENTIBVS  LIBRIS  SIG. 

Tandem  flnita  {sic)  Pentatheuco  Moy  ||  se  velut  gran  ||  di  fae- 
nore  li  ||  berati... 

Fol.  96.  EXPLIGIT  PRAE  ||  FATIO  SANGTI  ||  HIERO- 
NOMI.  Il  INGIPIT  LIBER  ||  lOSVE. 

Fol.  96  v°.  Et  factum  est  ||  ut  post  mor  ||  tem  Moysi  ser  ||  vi 
Domini  loque ^  ||  retur  Dominus  ad  ||  Josue... 

Fol.  161  v°.  EXPLIGIT  ||  lOSVE  !l  BENVN  II  QVOD  EST  || 
HIESVNAVE. 

Entre  les  feuillets  cotés  161  et  162  manque  le  feuillet  qui  con- 
tenait le  commencement  du  livre  des  Juges.  Le  fol.  162  débute 
par  ces  mots  du  verset  9  du  premier  chapitre  de  ce  livre  : 
«  Ghananeum  ||  qui  habitabat  ||  in  montanis.  » 

Fol.  225.  EXPLIGIT  ||  SOPTHIM  ||  ID  EST  ||  IVDIGVM. 

Fol.  226.  INGIPIT  LIBER  H  RVTH. 

Indiebus  unius  judicisquando^  H  Judicesprae  ||  erantfacta  ||  est 
famis  in  ||  terra... 

La  dernière  page  (fol.  233  v°,  col.  2)  s'arrête  à  ces  mots  du 
verset  6  du  chapitre  IV  de  Ruth  :  «  tu  meo  utere.  » 

Sur  les  marges  et  dans  les  entre-colonnes  des  feuillets  qui  con- 
tiennent le  Deutéronome,  on  a  ajouté,  en  caractères  minuscules 
très  élégants,  pouvant  remonter'au  ix*"  siècle,  des  commentaires 
dont  voici  quelques  exemples  : 

Fol,  ^  v°.  Sur  les  mois  Sufficit  vobis  (Deut.,  I,  6)  :  Hoc  etiam  posl 
adventum  Salvaloris  in  aposloiis  et  ceteris  predicatoribus  qui  ex 
Judeis  crediderant  inpletum  est,  qui  post,  rellcla  Judea,  tamquam 

1.  Les  trois  premières  lignes  du  texte  sont  en  onciales  rouges. 

2.  Ces  quatre  premières  lignes  sont  en  onciales  rouges. 

3.  Première  ligne  en  onciales  rouges. 


DU  BARON  DAUPHIN  DE  VERNA.  653 

montem  Sinai,  admontem  Amorreorum,  populum  videlicet  genlium, 
predicando  transierit. 

Fol.  i  \°.  Sur  les  mots  Revertimini  et  venite  (Deut.,  I,  7)  :  Hoc 
enim  juxta  historiam  in  illo  priori  populo  impletum  esse  credimus, 
figuraliter  vero  sub  novo  Testamento  in  apostolis  et  ceteris  predica- 
toribus  conpletum  fatemur  :  eorum  quippe  vox  est  in  psalmo  : 
«  Subjecit  populos  nobis  et  gentes  sub  pedibus  nostris'.  » 

Fol.  ^3.  Sur  les  mots  Docebis  ea  filios  (IV,  9)  :  Lege  in  Exodo,  et 
ibi  repperies  quœ  in  hoc  libro  iterate  sunt. 

Fol.  -14  \°.  Sur  les  mots  Sed  delebit  (IV,  26)  :  Hoc  in  Judeis  imple- 
tum quis  non  videat? 

Fol.  44  v°.  Sur  les  mots  Cumque  quxsieris  (IV,  29)  :  Hoc  erit  in 
novissimis  diebus  quando  predicante  Helia  Judei  in  Ghristo  credi- 
derint. 

Fol.  24.  Sur  les  mots  Crabronis  (sic)  mittet  (VU,  20)  :  His^  cabro- 
nes,  id  est  vespas  stimulos  significant  timoris  atque  tremoris. 

Fol.  Q\ .  Sur  les  mots  Non  inirabit  eunuchus  (XXIII,  i]  :  Hoc  non 
juxta  litteram  sed  spiritaliter  accipiendum  est.  Eunuchi  quippe  in 
divina  scriptura  dupliciter  accipiuntur  :  aliquando  in  bonampartem, 
aliquando  in  mala[m].  Eunuchus  istequi  non  intra  ecclesiam  Domini  a 
parte  totum  significat  quosdam  intra  eclesiam  [sic]  effeminatos  atque 
vitiis  suis  résolûtes,  qui,  cum  sint  natura  viri,  carnali  vitio  enervati 
velut  femine  efficiuntur.  Quasi  abciso  veretro  abet  sacerdus  [sic]  stul- 
tus  qui  per  linguam  suam  semen  verbi  in  corda  audientium  infun- 
dere  non  valet,  nec  spiritales  filios  generare  ;  amputatis  testiculis  est 
qui  viriles  sensus  in  interiorem  hominem  omni  non  abet;  vel  certe 
ille  abciso  veretro  est  qui  tempore  persecutionis  fidem  quam  corde 
retinet  oreprofiteri  non  prsesumit.  El  idcirco  quicumque  taies  fiunt, 
non  a  presenti  eclesia,  sed  a  futuro  in  perpetuum  excluduntur. 

Fol.  6-1.  Sur  les  mots  Non  ingredietur  mamzer  (XXIII,  2)  :  Mam- 
zer  appellatur  de  fornicatione  natus;  significat  Judeos  incredulos 
quos  Dominus  per  Esaiam  prophetam,  sed  arguens,  dicil  :  «  Vos 
autem  accedite  hue,  fîli  auguriatrices  [ùc],  semen  adulteri  et  forni- 
cariœ^.  »  Hii  enim  non  intrabunt  eclesiam  Domini  per  decimam 
generationem,  per  justam  videlicet  legis,  teste  apostolo  qui  ait  : 
«  Quia  ex  operibus  legis  non  justiflcabitur  omnis  caro  coram  illo'.  « 

1.  PS.   XLVI,   4. 

2.  L'initiale  de  ce  mot  H  paraît  avoir  été  biffée. 

3.  Is.,  LVIl,  3. 

4.  Pauli  ep.  ad  Galatas,  ii,  16. 


654  NOTES  SDR  QUELQUES  MANUSCRITS 

Sicut  enira  per  manzer  Judei,  ila  per  AmanitasetMoabitidas  heretici 
atque  scismatici  accipiuntur,  qui  neque  per  legem  neque  per  evan- 
gelium,  quem  (sic)  se  recipere  gloriantur,  in  eclesia  sanctorum  pro- 
pter  errorem  suum  introibunt. 

Fol.  6^.  Sur  les  mots  Non  faciès  cum  eis  (XXIII,  6)  :  Catholicis 
precipitur'  ut  cum  hereticis  omnino  pacem  vel  concordiam  non 
habeant. 

Fol.  77.  Sur  les  mots  Disperget  te  Dotninus  (XXVIII,  64)  :  Mani- 
festus  sensus  spiritalem  inlellegentiam  non  indiget  :  universa  enim 
mala  bec  Judeis  post  Domini  resurectionem  accedisse  quis  dubitat? 

Çà  et  là,  dans  les  blancs  de  quelques  pages,  en  marge  ou  en 
interligne,  se  remarquent  des  notes,  des  signatures,  le  plus  sou- 
vent des  essais  de  plume,  datant  de  l'époque  carolingienne.  Voici 
ce  qui  m'a  paru  digne  d'être  signalé  : 

Fol.  58,  au  haut  de  la  page  :  Artoldus  bonus  omo. 

Fol.  462  v°,  en  lettres  serrées  et  très  allongées  :  Autgarius  istwn 
librum  legit. 

Fol.  4  63,  en  lettres  serrées  et  très  allongées  :  Alimarus  suscripsit. 

Fol.  467  v°,  nom  écrit  sur  trois  lignes  :  lus  ||  ber  \\  gir,  c'est-à-dire 
Girbertus. 

Fol.  225  v°.  Ad  altare  sancti. 

—  Mois  écrits  à  rebours  :  siibeid  n  (In  diebus). 

—  Ad  altare  sancti  Stephani. 

—  Ad  altare  st. 

—  En  caractères  serrés  et  allongés  : 

Si  deus  est  animus  nobis  ut  carmina  dicunt 
...  ibi precipue  sit  pura  mente  colendus. 

Ce  sont  les  deux  premiers  vers  des  distiques  de  Denis  Caton. 

—  Rudol  II  tus  II  sancti  Ste  \\  fatii.  ut  sit  in  \\  motus 

—  Iste  liber  es  Daniele  cerice  (sic)  sancto. 

—  Iste  liber  est  Damjele  clerice  sancti  \\  Stephani  episcopatus 
bonum. 

Fol.  23 f  v°.  Entre  les  deux  colonnes  :  Orale pro  illo  qui  is  \\  tum 
librum  suscrip  ||  sit,  tercio  kalendas  \\  agustas,  regnan  ||  te  Lottario 
rege. 

1.  La  première  syllabe  de  ce  mot  est  figurée  par  un  p  dont  la  queue  est  tra- 
versée par  un  trait  horizontal,  comme  si  on  avait  dû  écrire  le  mot  percipitur. 


DD    BARON    DACPHIN    DE    VEIINA.  655 

Fol.  232.  Entre  les  deux  colonnes  :  Ego  ll/lH/l/edone  mémo  \\  ria 
suscripsit  istum  librum. 

Les  mots  Sancti  Stephani,  qui  reviennent  plusieurs  fois  dans 
ces  notes  ou  essais  de  plume,  me  semblent  un  indice  suffisant 
pour  déterminer  l'origine  du  manuscrit.  Ils  désignent  évidem- 
ment une  cathédrale  placée  sous  l'invocation  de  saint  Etienne,  et, 
comme  le  volume  se  trouve  dans  une  collection  en  grande  partie 
lyonnaise,  à  côté  de  deux  antiques  manuscrits  incontestablement 
venus  de  Lyon,  celui  qui  précède  et  celui  qui  suit,  je  n'hésite  pas 
à  y  voir  un  débris  de  l'ancienne  bibliothèque  de  l'église  de  Lyon, 
qui  pendant  plusieurs  siècles  eut  saint  Etienne  pour  patron. 


m. 


Livres  V  et  VI  des  Commentaires  de  saint  Jérôme  sur 
JÉRÉMiE.  (N°  1236  de  la  vente.)  —  Acquis  pour  la  Bibl.  nat., 
ms.  latin  602  des  Nouv.  acq. 

Petit  volume,  format  d'agenda.  87  feuillets,  hauts  de  250  milli- 
mètres et  larges  de  145.  Il  consiste  en  onze  cahiers,  de  8  feuillets 
chacun  ;  ces  cahiers  portent  les  signatures  xxv-xxxii  et  xxxiiii- 
[xxxvii],  tracées  au  bas  et  dans  l'angle  droit  inférieur  de  la  der- 
nière page.  Ecriture  semi-onciale  du  vi*"  ou  du  vn®  siècle.  Des 
titres  courants  en  petites  onciales  se  voient  au  haut  de  la  der- 
nière page  de  chaque  cahier  et  au  haut  de  la  page  du  cahier  sui- 
vant. C'est  ainsi  qu'on  lit  au  haut  du  fol.  24  V  IN  HIEREMIAM 
PROPHETAM,  et  en  haut  de  la  page  qui  fait  face,  c'est-à-dire 
au  fol.  25  r°,  LIE.  V.  La  première  ligne  de  chacun  des  deux 
livres  du  Commentaire  est  en  caractères  rouges. 

Fol.  1 .  Quintus  commenta riorum  in  Hieremiam  liber  a  duobus, 
frater  Eusebi,  calathis  habebit  exordium... 

Fol.  47  v«.  EXPL.  LIE.  V  IN  HIEREMIAM  PROPHETAM. 
INCIPIT  LIE.  SEXTVS. 

Prolixitas  voluminis  Hieremiae  prophetae  vincit  nostrum  pro- 
positum... 

A  la  fin,  fol.  87  v°.  ...  quando  ad  Cyri  régis  imperium  rever- 
sus  est  populus. 


656  NOTES   SDR   QUELQUES   MANUSCRITS 

Le  feuillet  du  manuscrit  qui  suivait  et  qui  a  disparu  contenait 
la  fin  du  livre  VI,  c'est-à-dire  les  27  dernières  lignes  de  l'édition 
deMigne  (t.  XXIV,  col.  900). 

Il  y  a  une  autre  lacune  dans  le  livre  VI .  Le  cahier  xxxiir,  qui 
a  disparu  et  dont  la  place  était  entre  les  feuillets  actuellement 
cotés  64  et  65,  renfermait  la  partie  de  ce  livre  comprise  entre 
les  mots  ut  etiam  aliis  ignorantibus  (Migne,  t.  XXIV,  col.  879, 
ligne  4)  et  les  mots  et  dédisse  pactum  (ibid. ,  col.  884,  ligne  10). 

L'origine  de  ce  manuscrit  n'est  pas  douteuse.  Tous  les  signes 
matériels  que  ]y  ai  relevés,  caractère  de  l'écriture,  taille  du 
volume,  place  des  signatures,  disposition  des  titres  courants,  tous 
ces  signes  je  les  ai  notés',  il  y  a  une  quinzaine  d'années,  dans  le 
manuscrit  de  la  bibliothèque  de  Lyon  qui  a  été  enregistré  par 
Delandine  sous  le  n°  397.  Deux  pages  du  ms.  397  ont  été  repro- 
duites en  héliogravure  dans  l'Album  paléographique  de  la  Société 
de  l'Ecole  des  chartes  ;  l'écriture  en  est  identique  avec  celle  du 
manuscrit  de  la  collection  de  M.  Dauphin  de  Verna.  Dans  les 
deux  volumes  on  compte  trente  lignes  à  la  page. 

A  ces  indices  matériels  s'ajoute  une  considération  qui  n'est  pas 
moins  décisive.  Le  manuscrit  397  de  Lyon,  dont  les  cahiers  sont 
signés  i-xx,  contient  les  trois  premiers  livres  et  le  commencement 
du  quatrième  livre  du  Commentaire  de  saint  Jérôme  sur  Jérémie; 
nous  avons  dans  le  manuscrit  de  M.  Dauphin  de  Verna  les  livres  V 
et  VI  du  même  Commentaire.  Il  est  donc  hors  de  doute  que  les 
deux  manuscrits  sont  les  deux  parties  du  même  exemplaire  du 
traité  de  saint  Jérôme  sur  le  prophète  Jérémie.  Entre  les  deux  il 
y  a  une  lacune  dont  l'étendue  est  facile  à  déterminer;  elle  porte 
sur  les  quatre  cahiers  signés  xxi-xxiiii,  qui  contenaient  la  fin  du 
Commentaire,  depuis  les  mots  Non  quod  ignoret  urbem  Jéru- 
salem exclusivement,  lesquels  mots  sont  dans  la  Patrologie, 
vol.  XXV,  col.  810,  ligne  15. 

La  reliure  du  manuscrit  de  Lyon  prouve  que  la  coupure  du 
volume  en  deux  morceaux  est  antérieure  au  commencement  du 
xix'^  siècle.  Les  exemples  d'anciens  manuscrits  dont  les  tronçons 
se  trouvent  depuis  longtemps  partagés  entre  plusieurs  biblio- 
thèques sont  très  communs.  Je  n'en  citerai  qu'un  exemple  assez 
curieux,  récemment  signalé  par  M.  Richard  Stettiner^.  Le  ms. 

1.  Voy.  Notices  et  extraits  des  manuscrits,  l.  XXIX,  part,  ii,  p.  385. 

2.  Die  illmtrierlen  Prudentiics  ITandscfiriften  (Berlin,  1895,  in-S"),  p.  1-10. 


DC  BARON  DADPHIN  DE  VERNA.  657 

latin  8318  de  la  Bibliothèque  nationale  contient  (fol.  49-64)  trois 
cahiers  d'un  ancien  exemplaire  des  poésies  de  Prudence  ;  il  est 
incomplet  d'un  double  feuillet,  qui,  depuis  plusieurs  siècles,  se 
trouve  égaré  dans  le  ms.  latin  596  du  fonds  de  la  Reine  au 
Vatican. 


lY. 

Partie  du  Commentaire  de  Cassiodore  sur  les  Psaumes. 
(N"  1255  de  la  vente.) 

Sous  le  n°  1255  du  Catalogue  imprimé  pour  la  vente  se  trouve 
porté  un  bel  exemplaire  des  Commentaires  de  Cassiodore  sur  les 
psaumes  LI-C.  Il  a  été  copié  au  xif  siècle.  Le  catalogue  annonce 
un  «  Règlement  du  monastère  de  Fribourg,  »  qui  aurait  été 
transcrit  sur  le  dernier  feuillet  du  volume.  Il  y  a  bien  à  cet 
endroit  un  Ordre  monastique,  d'ailleurs  incomplet,  mais  qui  ne 
s'applique  nullement  à  un  monastère  de  Fribourg.  L'attribution 
à  Fribourg  repose  uniquement  sur  une  faute  de  lecture.  La  pièce 
est  intitulée  :  «  Incipit  ordo  qualiter  in  monasterio  fra tribus  reli- 
giose  ac  studioseconversari  oportet  vel  Domino  militare,  id  ipsum 
cotidie  repetendo.  »  C'est  le  mot  Fratribus,  abrégé  en  Frib., 
qui  a  été  pris  pour  une  forme  du  nom  de  Fribourg. 


V. 

Sermons  et  commentaire  sur  le  Cantique  des  cantiques. 
(N°  1261  de  la  vente.) 

Volume  de  162  feuillets  de  parchemin,  ...  millimètres  sur  ... 
Ecritures  du  xif  siècle.  Le  volume  est  formé  de  deux  parties  bien 
distinctes. 

Première  partie,  fol.  1-123. 

Fol.  1-67  v°.  Recueil  de  sermons,  dont  le  premier  manque. 
Commencement  du  sermon  qui  est  sur  le  fol.  1  :  «  In  principio 
creavit  Deus  celum  et  terram.  Celum  significat  summa,  terra 


658  NOTES   SUR   QUELQUES   MANUSCRITS 

ima,  celum  invisibilia,  terra  visibilia,  celum  spiritualia,  terra 
corporalia,  celum  angelos,  terra  homines,  celum  significatsurama, 
invisibilia,  id  est  angelos,  et  sublimitate  positionis  et  excellentia 
conditionis,  sublimitate  positionis  quia  cunctas  visibiles  et  mate- 
riales  creaturas  altitudine  supercellit;  excellentia  autem  condi- 
tionis, quia  res  ceteras  sui  soliditate  et  quadam  perpetuitate 
precedit...  » 

Fol.  67  v''-123.  Courtes  explications  symboliques  et  morales 
sur  divers  passages  de  l'Écriture,  avec  des  distinctions  à  l'usage 
des  prédicateurs.  Premiers  mots  :  «  Beatus  vir,  etc.  Hec  est  dif- 
finitio  viri  justi,  id  est  Christi.  Hec  tria  removentur  ab  Adam  ut 
significantius  Christo  attribuantur,  et  per  hec  tria  verba,  scilicet 
abiit,  stetit,  sedit,  tria  gênera  peccatorum  et  mortuorum  quos 
Christus  suscitavit  significantur. . .  » 

Seconde  partie,  fol.  125-162. 

Fol.  125-162.  Commentaire  sur  le  Cantique  des  cantiques,  en 
petits  caractères  de  la  fin  du  xif  siècle.  Premiers  mots  :  «  Trino- 
mius  Salomon  juxta  triplicem  sapientiam  très  libros  edidit.  Chri- 
stus enim  qui  est  pax  nostra...  » 


VI. 

Martyrologe  d'Usuard  et  documents  relatifs  a  la 
Chartreuse  du  Val-Saint-Hugon.  (N"  1264  de  la  vente.)  — 
Acquis  pour  la  Bibl.  nat.,  ms.  latin  1741  des  Nouv.  acq. 

Volume  en  parchemin.  175  feuillets.  272  millimètres  sur  180. 
Écriture  de  la  fin  du  xii'  siècle  ou  du  commencement  du  xiii% 
sauf  plusieurs  pièces  de  la  fin,  qui  ont  été  ajoutées  dans  le  cours 
du  xiii°  siècle. 

La  Chartreuse  du  Val-Saint-Hugon  en  Savoie  S  pour  laquelle 
a  été  fait  ce  volume,  avait  été  fondée  en  1173,  comme  l'indique 
une  note  mise  au  haut  du  fol.  174  v°  :  «  Hec  heremus  cepit  inha- 
bitari  et  construi  anno  ab  incarna tione  Domini  M" C°  LXX°  IIP.  » 


1 .  Sur  cette  Chartreuse,  voyez  Léon  Le  Vasseur,  Ephemerides  ordinis  Car- 
lusieiisis,  t.  IV,  p.  103.  (Monstrolii,  1892,  in-4».) 


■& 


DD  BiRON  DAUPHIN  DE  VERNA.  659 

Fol.  1-74.  Martyrologe  d'Usuard. 

Fol.  74  v°.  Liste  des  bienfaiteurs  de  la  maison,  dont  l'anniver- 
saire se  célébrait  solennellement  le  premier  jour  libre  après  la 
Circoncision  L 

Fol.  75-77  v.  Calendrier. 

Fol.  78.  Promesse  de  prières  pour  «  Amedeus,  episcopus  Mau- 
rianensis.  » 

Fol.  78.  Règle  pour  trouver  le  jour  de  la  Pâque. 

Fol.  79-170  \\  Epîtres  de  saint  Paul  et  épîtres  canoniques. 
Il  y  a  plusieurs  lacunes,  dont  la  plus  considérable  est  entre  les 
feuillets  actuellement  cotés  113  et  114.  A  cet  endroit  manquent 
les  deux  cahiers  qui  portaient  les  signatures  vi  et  vu. 

Fol.  171.  Note  sur  les  reliques  de  la  Chartreuse  du  Val-Saint- 
Hugon. 

Hee  sunt  venerande  reliquiequas  fidèles  viri,  qui  optabant  eas  esse 
in  optimo  loco,  in  que  digne  honore  colerentur,  ad  honorem  Dei, 
detulerant  domui  Vallis  Sancti  Hugonis,  usque  ad  annum  incarna- 
tionis  Domini  miliesimum  ducentesimum  octavumdecimum.  Eodeni 
enim  anno,  ad  preces  domni  Martini  prions,  data  est  predicte  domui 
veneranda  porLio  ligni  Domini,  sexto  kalendas  raarcii... 

Fol.  172-174.  Listes  des  livres  de  la  Chartreuse  du  Val-Saint- 
Hugon  au  xiif  siècle.  Sur  ces  listes,  assez  confusément  disposées, 
on  peut  distinguer  cinq  groupes  de  notes  qui  sont  reproduites 
ci-dessous. 

Fol.  174  v°.  Note  sur  la  date  de  la  fondation  de  la  Chartreuse 
du  Val-Saint-Hugon  (voyez  plus  haut,  p.  658)  et  de  la  Grande- 
Chartreuse. 

Fol.  175.  «  Domus  ordinis  Cartusie.  »  Liste  dressée  au 
xm^  siècle  et  dont  le  premier  et  le  dernier  nom  sont  :  «  Cartusia 
...  Montis  Meruli.  » 

Liste  des  bienfaiteurs  de  la  Chartreuse  du  Val-Saint-Hugon  ^. 

Hii  fuerunl  benefaclores  nostri  : 
Ugo  Alti  vilaris. 
Umbertus  prier  Alti  vilaris. 

1.  Cette  pièce  est  publiée  au  bas  de  cette  page. 

2.  Écriture  du  commencement  du  xiii«  siècle,  au  fol.  74  v  du  manuscrit. 


660  NOTES  SDR  QUELQUES  MANUSCRITS 

Paganus. 

Poncius  de  Goflens. 

Rainaudus  episcopus  Belicensis. 

Stephanus  episcopus  Augustudunensis. 

Poncius  et  Johannes  priores  Vallis  Sanctse  Mariée. 

Bernardus  de  Rois. 

Guarinus  Gislamari. 

Gaufridus  de  Chasta. 

Desiderius  de  Triors. 

Villelmus  de  Sancto  Donato. 

Eldinus. 

Geraldus  de  Puleo. 

Cornes  Talifers  et  dux  qui  ei  successit  et  uxor  illorum. 

Johannes  de  Gam[no\ 

Desiderius  Lamberti. 

Franco  capellanus. 

Provisator. 

Uxor  SofTredi  et  Paula  uxor  Burnonis. 

Roslannus  Terraciae. 

Bartliolomeus  et  Marcona. 

Raimundus  de  Buxeria,  et  Ugo  filius  ejus^. 

Guigo  de  Thec^. 

Ricliardus  de  Ghamma  ',  et  filii  ejus  Aimo  et  Richardus. 

Usanna,  et  Gecilia,  et  filius  ejus  Vitalis  de  Aqua  Bella. 

Lanlelmus,  Gehennensis  episcopus. 

Terriens  co'*.  Silvae. 

Geraldus  co.  Gart. 

Gatberlus  prior  Durbonis. 

Jordanis  Aquœ  Bellœ. 

Petrus  Tardis. 

Petrus  Andrese  de  Thés  et  uxor  ejus. 

Ugo  Rufus,  de  Guncelino. 

Abbas  Sancti  Theuderii. 

Aimericus  Villenchi. 

1.  Ce  nom  a  été  effacé. 

2.  Les  mots  et  Ugo  filius  ejus  ajoutés  en  marge. 

3.  Ce  nom  a  été  eflacé. 

4.  Chama,  avec  un  signe  d'abréviation  sur  la  lettre  m. 

5.  Ici  et  dans  l'article  suivant  la  syllabe  co  est  surmontée  d'un  trait  abré- 
viatif.  De  même  plus  bas  à  l'article  Guigo  co.  Silve. 


DU    BARON    DAUPHIIV   DE   VERIVA.  66^ 

Lambertus,  episcopus  Mauriannensis,  cujus  obitum'  facimus,  et 
frater  ejus  domnus  Bernardus,  archiepiscopus  Tarentasie. 
Villelmus  capellanus  de  Tesio,  qui  fuit  monachus  de  Domina. 
Clarellus  Aque  Belle,  et  filius  ejus  Durandus. 
Villelmus  Boteri,  et  Hugo  filius  ejus. 
Petrus  Benedicti. 

Arberlus,  dominus  de  Turre,  et  Comitissa,  uxor  ejus. 
Guifredus,  dominus  de  Miolano,  et  Nantelmus,  frater  ejus. 
Rodulfus  Gairaudus  de  Alavardo. 
Petrus  Lamberti  délia  Pera. 
Guigo,  co.  Silve. 
Jocelmus  de  Petra. 
Nantelmus  de  Grangiis. 
Raimundus  Lamberti  de  Alavardo. 
Agnes  uxor  Villelmi  Botheri. 
Petrus  de  Gapella  Alba^. 
Johannes  Bruinus. 
Giraldus  de  Sancto  Bartholomeo. 
Villelmus  Torencus. 
Petrus  Giroudi^. 

Comitissa  Beatrix,  et  filius  ejus  Thomas,  comes  Maurianne. 
Petrus  frater  prions  Gauterii  ^. 
Durandus  Alamannus  de  Aqua  Bella. 
Bermundus  del  Mas. 
Nantelmus  prior  Vilaris  Benedicti . 
Gristinus  sacerdos  de  Lombins. 
Hugo  sacerdos  de  Laia. 
Villelmus  Guesilius  de  Acu. 

Pro  his  et  omnibus  aliis  benefactoribus  nostris  et  pro  illis  in  quo- 
rum dominio  fundatus  est  locus  iste,  statuimus  ut  semel  in  anno, 
scilicet  primo  die  post  Gircuncisionem  Domini  quo  fleri  poterit,  géné- 
rale officium  in  eecclesia  faciamus,  unusquisque  sacerdos,  excepto 
illo  qui  generalem  cantavit,  cantet  unam  privatam  missam.  Prima 
oralio  est  Inclina,  caeterae  consuetse;  ultima  Omnipotem  seïnpiterne 

1.  Le  mot  obitum,  figuré  par  un  6. 

2.  Ce  nom  et  le  suivant  sont  biffés. 

3.  Nom  eflacé. 

4.  Ce  nom  et  le  suivant  sont  effacés. 


662  NOTES   SDR   QUELQUES   MANUSCRITS 

Deus  qui  vivorum.  lUi  autem  qui  non  sunt  sacerdotes  l  psalmos 
dicant,  et  conversi  ccc  et  xxx. 

Listes  des  livres  de  la  Chartreuse  du  Val-Saint-Hugon. 

V.  Anno  ab  incarnatione  Ghristi  M°  GG°  XXIIII"  annotati  sunt  libri 
Vallis  Sancti  Hugonis,  et  inventi  sunt  : 
■f.  Duo  sermonarii  refectorii. 

2.  Duo  passionarii. 

3.  Moralia  beati  Gregorii  super  Job,  in  tribus  voluminibus. 

4.  Item  Moralia  abbreviata. 

5.  Item  Pastoralis. 

6.  Dialogus  Gregorii. 

7.  Job  glosalus. 

8.  Gregorius  super  lezechielera. 

9.  Distincliones  ex  dictis  beati  Gregorii. 
^0.  Quadragenarius. 

^\.  Psalterium  Lombardi. 

-12.  Psalterium  Giilaberti. 

-13.  Item  psalterium  glosatum. 

H.  Epistole  Pauli  Lombardi. 

■15.  Item  epistole  Pauli  glosate. 

-16,  Item  textus  epistolarum  Pauli. 

M.  Augustinus  super  epistolam  Johannis  apostoli. 

^8.  Item  Enchcridion  beati  Augustini,  et  de  diversitate  sententia- 
rum,  in  uno  volumine. 

•19.  Duo  volumina  in  quibus  sunt  donationes  et  empliones  terra- 
rum. 

20.  Item  passionarius,  in  uno  volumine. 

2i.  Ystoria  abbreviata,  in  iiii"  voluminibus, 

22.  Glose  Pelri  Gantoris  super  Vêtus  Testamenlum. 

23.  Régula  beati  Benedicti  et  vita  sancti  Martini. 

24.  Aimo  super  Acocalipsim. 

25.  Vitas  palrum. 

26.  Daniel  glosatus,  et  Spéculum  ecclesie,  in  uno  volumine. 

27.  Glose  super  Jeremiam. 

28.  Sermones  Pétri  Lombardi,  in  duo  volumina. 

1.  Cette  liste  est  sur  le  fol.  173.  Elle  y  a  été  cancellée  de  plusieurs  traits  de 
plume.  Quelques-uns  des  articles  avaient  été  ajoutés  après  coup. 


à 


DU   BARON  DAUPHIN   DE  VERNA.  663 

29.  Duodecim  prophète  glosati. 

30.  Item  duodecim  prophète  glosati, 

3^ .  Epistole  canonice  et  Apocalypsis,  in  uno  volumine. 

32.  Diadema  monachorum. 

33.  lezechiel  glosatus. 

34.  Glose  super  Lucara  et  Johannem. 
33.  Johannes  Crisotomus  [sic). 

36.  InterpretationesbeatiJeronimi,  etquedamalia,  in  uno  volumine. 

37.  Item  de  sacramento  mise  (sw) ,  et  quedam  alla,  in  uno  volumine. 

38.  Quare,  et  multa  alia,  in  uno  volumine. 

39.  Sermones  Innocentii  pape. 

40.  Expositio  Gantici,  in  duo  volumina. 

41.  Item  expositio  Gantici,  in  uno  parvo  volumine. 

42.  Johannes  et  Matheus  glosatus  [sic],  in  uno  volumine. 

43.  Item  Johannes  glosatus. 

44.  Item  Matheus  glosatus. 

45.  Actus  apostolorum  glosati. 

46.  Libellus  Ibo  michi. 

47.  Glose  super  Epistolas  canonicas. 

48.  Quinquagenarius  Bede. 

49.  Johannes  Bellet,  et  quedam  alia,  in  uno  volumine. 

50.  Glose  super  Genesim. 

3^.  Flores  evangeliorum,  in  tribus  voluminibus. 

52.  Textus  quatuor  evangeliorum. 

53.  Arca  Noe,  et  quidam  s[ermo]  beati  B[ernardi],  in  uno  volumine. 

54.  Item  excepta  ex  pluribus  libris. 

55.  Glosule  super  Penthateucum. 

56.  Sententie  Ysidori,  et  Leges  Longobardorum,  in  uno  volumine. 

57.  Quidam  liber  de  legibus  et  de  glosuhs  Decretorum. 

58.  Enchiridion  et  de  diversitate  sententiarum. 

59.  Liber  de  claustro. 

60.  Paschasius,  de  sacramento  corporis  Ghristi,  et  Gronice,  et 
Glaustrum  anime,  in  uno  volumine. 

6^.  Libellus  cujus  principium  super  Jeremiam. 

62.  Item  Spéculum  ecclesie,  et  quedam  de  gramatica,   in  uno 
volumine. 

63.  Institutio  sancte  ecclesie  et  régula  sancli  Pachomii,  et  quedam 
alia,  in  uno  volumine. 

64.  Libellus  sine  nomine. 

65.  Questionarius. 


664  NOTES   SUR   QUELQUES   MANUSCRITS 

Omnes  sunt  septuaginta  quatuor  * . 

66-67.  Moralitates  raaglstri  Stephani  super  vêtus  Testamentum, 
in  duobus  voluminibus. 

68.  Herveus  super  Ysaiam,  volumen  i. 

69.  Miracula  béate  Marie,  et  Augustinus  de  Gonfessionibus,  in  uno 
volumine. 

70.  Liber  ymnorum. 

7-1.  Textus  canonicarum  epistolarum,  in  caternis. 

72.  YsLoria  Ecclesie,  in  iiii'"'  voluminibus. 

73.  Duo  matutinalia. 

74.  Très  anliphonarii  cum  cantu,  et  très  sine  cantu. 

75.  Psalterium  Deliaia  (sic). 

76.  Tredecim  collectanei  eellarum. 

77.  Consueludines  Gartusie,  in  duobus  voluminibus,  et  nove  in 
uno,  et  private  in  quaternis. 

78.  Golleclaneus  ecclesie. 

79.  Duo  psalleria  ecclesie. 

80.  Octo  graduales. 

8^.  Barlaam,  in  quaternis. 

82.  Passio  sancle  Margarite,  in  quaterno. 

83.  Allégorie  Pelri  Manducatoris. 

84.  Partionarius. 

85.  Infirmarius  in  duobus  voluminibus. 

86.  Duo  breviaril,  excepto  breviario  prioris. 

87.  Liber  de  legibus,  in  quaternis. 

88.  Liber  in  agenda  mortuorum. 

89.  Item  Cantica  Thome^. 

90.  Libri  magistri  Thome  sunt  scripti  in  primo  poste  hujus  libri. 

IP.  9^.  Duo  volumina  Augustini  super  Johannem. 

92.  Quartus  liber  Senlentiarum. 

93.  Unum  ex  quatuor  Gantoris. 

1.  Celte  note  se  rapporte  aux  articles  précédents.  Ce  qui  suit  parait  avoir  été 
ajouté  après  coup. 

2.  A  la  suite  de  ces  mots  est  un  signe  de  renvoi  qui  semble  appeler  un  article 
copié  au  haut  du  fol.  172  \°  et  que  j'insère  ici.  Le  feuillet  auquel  fait  allusion 
cet  article  a  disparu. 

3.  Note  de  la  première  moitié  du  xiii'  siècle,  au  haut  du  fol.  172  v°.  Elle  a 
été  biffée  à  une  époque  ancienne. 


ii. 


DD  BARON  DAUPHIN  DE  VERNA.  665 

94.  Omelie  magistri  Johannis,  in  Iribus  voluminibus,  in  unoquo- 
que  tote. 

95.  Glose  super  Décréta,  scilicet  sacrosancte  Ecclesie. 

96.  Parvum  psalterium  et  orationes. 

97.  Prosarium,  et  quedam  alla. 

98.  Infirmarium,  in  duobus  voluminibus. 

99.  Item  duo  infirmarii,  quorum  unumest  prioris  pro  coUectaneo. 
^00.  Excepta  ex  operibus  magistri  Johannis. 

^  0\ .  Excepta  domni  Hugonis  Balle. 

IIV.  -102.  Quadragenarius  Gregorii. 

-103.  Quinquagenarius  Bede. 

■104.  Moralia  Job,  in  tribus  voluminibus. 

^05.  Augustinus  super  Johannem,  in  duobus  voluminibus. 

•106.  Augustinus  super  epistolam  Johannis. 

-107.  Unum  ex  quatuor  Gantoris. 

i08.  Quare. 

409.  Erveus  super  Ysaiam. 

UO.  Régula  beati  Benedicti,  et  Vita  saneti  Martini. 

-m.  Yitas  patrum. 

i\2.  Diadema  monachorum. 

U3.  Johannes  Belet. 

iU.  Dialogus. 

-US.  Sermones  Lumbardi,  in  duobus  voluminibus. 

-HO.  Sermones  magistri  Johannis  de  Boysvilla ,  in  nii°''  volumi- 
nibus. 

^  ]  7.  Quartus  Sententiarum. 

U8.  Sermones  Innocentii  pape. 

U9.  Sermones  magistri  W.  de  Peiraut. 

-120.  Moralitates  magistri  Stephani,  Gartuarensis  {sic)  episcopi,  in 
duobus  voluminibus. 

-12-1.  Encheridion  Augustini. 

-122.  Liber  de  sacramento  misse. 

423.  Pastoralis. 

-124.  Interpretationes  Jeronimi. 

425.  Barlaam. 

126,  Institutio  ecclesie. 

i.  Liste  qui  peut  remonter  au  milieu  du  xni=  siècle  et  qui  est  copiée  en  gros 
caractères  sur  les  fol.  173  v  et  174. 

1895  44 


666  XOTES   SDR   QUELQUES   MANOSCRITS 

-127.  Hystoria  scolastica,  in  iiii"''  voluminibus. 

-128.  Exceptiones  beati  Gregorii. 

-129.  Flores  evangeliorum,  in  iiii°  [sic]  vol. 

•130.  Miracula  béate  Marie,  et  confessionnes  Augustini. 

-13^.  Grisotomus. 

-132.  Summa  de  viciis,  in  duobus  voluminibus. 

^33.  ArchaNoe. 

•134.  Paschasius. 

•135.  Allégorie  magistri  Pétri. 

•136.  Spéculum  ecclesie. 

•137.  Liber  de  claustro  anime. 

•138.  Ibo  michi. 

^39.  Libellus  sine  nomine. 

•140.  Sermones  dominicales. 

^4^.  Haymo  super  xVpocalypsim. 

•142.  Gregorius  super  Ezechielem. 

-143.  Moralia  abbreviata  super  Job. 

444.  Psaltcrium  Gilaberti. 

■145.  Parcionarius. 

-146.  Super  Jeremiam. 

•147.  Ysidorus  sentenliarum. 

-148.  Psalterium  Lonbardi. 

•149.  Epistole  Pauli  glosate. 

-1 50.  Item  epistole  glosate  parva  glosa. 

■I5< .  Glosa  magistri  Pétri  Manducatoris  super  Vêtus  Testamentum. 

^152.  Johannes  et  Malheus  glosati. 

453.  Cantica,  in  duobus  voluminibus. 

454.  Item  Gantica  in  caternis. 
•155.  Item  parva  Gantica. 
•156.  lezechiel  glosatus. 

457.  Duodecim  prophète  glosati,  in  duobus  voluminibus. 

•158.  Job  glosatus. 

•159.  Actus  Apostolorum  glosati. 

■160.  Glosulc  super  Lucam  et  Johannem. 

461.  Epistole  canonice  et  Apocalypsis  glosata. 

462.  Glose  super  Jeremiam. 

463.  Glose  super  epistolas  canonicas. 
4  64.  Glosule  super  Pentalheucum, 
465.  Matlieus  glosatus. 

4  65  bis.  Johannes  glosatus. 


DD  BARON  DAUPHIN  DE  VERNA.  B67 

^66.  Daniel  glosatus. 

4  67.  Quarlus  de  sacramentis. 

168.  Quinque  volumina  de  legibus. 

-169.  Serapions  de  phisica. 

■170.  De  virtutibus  herbarum. 

i7i.  Liber  de  granis  et  fructibus. 

^72.  Breviarium  Pétri  de  Ghenins. 

\73.  Expositiones  domni  Hugonis  Baille. 

-174.  Hymnarii. 

^73.  Prosarius. 

176.  De  flsica  Circa  instans^ 

-177.  Alter  liber  qui  incipit  :  «  Liber  iste  quem///////  ». 

■178.  Item  tractatus  super  vu  psalmos. 

179.  Summa  de  virtutibus. 

IV^.  Anno  Domini  M°  GG°  LXV1II°,  feria  irn  post  festum  beati 
Dyonisii,  annotati  sunt  libri  Vallis  Sancti  Hugonis,  et  inventi  sunt 
in  ecclesia  ad  offlcium  divinum  : 

180.  Hystoria,  in  quatuor  voluminibus. 

181.  Duo  matutinalia. 

182.  Duo  sermonarii. 

183.  Duo  passionarii. 

184.  Quinque^  antiphonarii. 

18d.  Missale  et  evangelia  majoris  altaris. 

186.  Missale  minoris  altaris. 

187.  Textus  evangeliorum  claustri. 

188.  Novem  gradualia. 

189.  Duo  psalteria  chori. 

190.  CoUectaneus  ecclesie. 

191.  Epistolarius. 

192.  Martyrologium. 

193.  Très  infirmarii,  in  iri°  (sic)  vol. 

194.  Tredecim  coUectanei. 

195.  Quatuor  antiphonarii  sine  cantu. 

196.  Item^  parvus  antiphonarius. 

1.  Cet  arlicle  et  les  trois  suivants  ont  été  ajoutés  après  coup. 

2.  En  gros  caractères  sur  le  fol.  172  v°, 

3.  A  ce  nombre,  on  a  successivement  substitué  :  septem  et  x. 

4.  Article  ajouté  au-dessus  de  la  ligne  et  qui  a  été  biffé. 


668  NOTES   SUR   QUELQUES   MANUSCRITS 

497.  Parvus  liber  ad  cantandum  primam. 

498.  Gonsuetudines  veteres,  in  duobus  voluminibus. 

499.  Nove  in  uno  volumine. 
200.  Duo  cartularii. 


V^  204.  Super  Matheum  Guiilelmi  de  Peraut. 

202.  Instructio  religio[so]rum. 

203.  Parvu[i]a  Biblioteca. 

204.  Liber  de  infancia  Salvatoris. 

205.  Parcionarius  Brunichardi. 

206.  Item  hystoria  Jero[so]limitana  abreviata. 

207.  Item  parva  summa  de  casibus. 

208.  Liber  de  professione  monachorum. 

209.  Summa  de  penitencia. 

240.  Liber  Aurelii  Gassiodori  de  anima. 
244.  Liber  Damiani. 

242.  Epistole  Jeronirai. 

243.  Sermonarius  qui  incipit  :  «  Ascendo  ad  pa//////  » 

244.  Unum  ex  pluribus. 

245.  Liber  Gonslantini  de  dieta. 

246.  Textus  canonicarum. 

247.  Parles  el  Theodolels,  et  Gato,  in  Parcionario. 
24  8.  Item  alias  Parles. 

249.  Apologia  Bernardi. 

220.  Item  doinnus  Gaufridus  habet  septem/////// 

224.  Sermonarium  de  festis  et  ////////  aliis,  qui  incipit  : 

«  Stelle  ma  /////  » 

222.  Item  misticam  theologiam,  in  quo  continentur  quedam///// 

223.  Parvus  tractatus  de  pénis  inferni  et  de  gaudiis  paradisi. 

224.  Gollecte  de  diversis  actoritalibus. 

225.  Sermones  evangeliorum,  et  quasdam  vitas  sanctorum. 

226.  Item  unum  diurnale  (?). 

VP.  Anne  Domini  M"  GG°  nonagesimo  V,  in  festo  sancti  Domi- 
ni[ci]  confessons,  computali  sunt  libri  domusVallis  Sancli  Hugonis, 


1.  Notes  écrites  par  plusieurs  mains,  dans  la  seconde  moitié  du  xiii°  siècle, 
sur  le  fol.  174. 

2.  Sur  le  fol.  173  v°. 


DU  BARON  DAUPHIN  DE  VERNA.  669 

et  fuerunl  inventi  cum  ///////  domnus  Guitfredus  VII  viginti  et  quin- 
decim  libri.  Et  nichilominus  : 

227.  Biblia  refeclorii,  in  tribus  voluminibus. 

228.  Et  biblia  inferius,  in  aliis  tribus  voluminibus. 

229.  Et  breviarium. 

230.  Epistolarium. 
23^ .  Textus. 

232.  Missale. 

233.  Et  duo  breviaria  prions. 

234.  Duo  diurnalia  que  habet  procurator. 


VII. 

Fragments  de  trois  manuscrits.  (N**  1263  de  la  vente.) 

Volume  de  29  feuillets  de  parchemin.  226  millimètres  sur  164. 

I.  Cahier  de  quatre  feuillets,  incomplet  au  commencement  et  à 
la  fin.  Ecriture  à  deux  colonnes,  du  commencement  du  xin«  siècle. 
Premiers  mots  d'un  sermon  qui  remplit  à  peu  près  en  entier  les 
quatre  feuillets  :  «  Filii  Israël  manducaverunt  manna  xl  annis, 
donec  venirent  in  terram  habitabilem,  Audivimus,  karissimi,  quid 
fecerit  primogenito  suo  Israël.  Taliter  non  fecit  omni  nationi. 
Panem  celi  dédit  eis  atque  dédit  in  habundanciam.  Hoc  audientes 
similia  nobis  desideraraus  atque  utinam  toto  corde  desideremus. . .  » 

II.  Deux  cahiers,  chacun  de  8  feuillets.  Écriture  de  la  fin  du 
xu^  siècle. 

1.  De  miraculis  reginœ  cœli.  In  GaUia  regione,  scilicet 
Burgundionum  finihus,  res  gesta  esse  videtur  quam  primo  sum 
positurus.  Fuit  in  illa  provincia  congregatio  monachorum 
districta  sub  norma  regulari  degens... 

2.  Frater  quidam  erat  qui  in  cenobio  quodam  militabat  celo- 
rum  domino  ;  Dei  matri  tanquara  et  filio  decreverat  servire  sedulo. 
Cum  conventus  illa  finierat  quae  cantare  consueverat,  coram  ara 
solus  hic  aderat,  herse  suae  solvens  quod  voverat... 

3.  De  ymagine  ex  qua  finit  oleum.  —  De  illa  vere  et  incon- 
taminata  virgine  Maria  oportunum  putamus  simpliciter  caritati 
vestre  quod  de  ejus  sancta  ymagine  conscriptum  reperimus...  In 


670  NOTES  SUR  QUELQUES  MANUSCRITS 

civitate  Constantinopolitana  Judeus  quidam  imaginem  béate 
Mariée  Dei  genitricis  in  tabula  flguratam  et  pariete  domus  cujus- 
dam  conflxam  conspexit... 

4.  De  7nuliere  ab  igné  liber ata.  —  Ghiviacus  villa  est  epi- 
scopii  Laudunensis,  ab  ipso  oppido  institicio  {sic)  ferme  duorum 
milium  distans,  in  qua  vir  quidam  cum  sua  conjuge  conmanens 
filiam  ex  ipsa  inter  alios  liberos  extulisse  dinoscitur... 

5.  In  Gratianopolitano  territorio  vir  quidam  ex  vidua  quse 
sibi  nupserat  privignum  habuerat,  qui  dum  vitrico  bubulci  ferret 
officium,  dies  béate  Marise  Magdalense  natalis  obvenerat.  Quam 
idem  juvenis  indictione  sacerdotali  cum  audiret  ab  opère  forensi. . . 

III.  Cahier  de  9  feuillets.  Écriture  du  commencement  du 
xiif  siècle.  «  De  institutione  novitiorum.  Quia,  fratres,  largiente 
Domino,  de  vana  conversatione  hujus  seculi  per  desiderium  san- 
ctum  conversi  estis  et  ad  ipsum  qui  fecit  vos  tota  mentis  intentione 
ac  voto  redire  disponitis,  oportet  vos  nunc  ipsam  viam  discere 
per  quam  possitis  ad  illum  quem  queritis  pervenire...  » 


VIII. 

Sermons  et  notes  a  l'usage  des  prédicateurs.  (N"  1259 
de  la  vente.)  —  Acquis  pour  la  Bibl.  nat.,  ms.  latin  604  des 
Nouv.  acq. 

Volume  en  parchemin.  165  feuillets.  200  millimètres  sur  128. 
Ecriture  du  commencement  du  xiif  siècle. 

Les  dix-huit  premières  pages  du  volume  (fol.  1-9  v")  sont 
remplies  par  des  sentences  tirées  de  divers  auteurs.  Premiers 
mots  :  «  De  epistolis  beati  Jeronimi.  Quod  ore  promturus  es, 
ante  tibi  cogitatione  depingas.  —  Sepe  scedula  et  muti  apices  lit- 
terarum  inspirant  nobis  amice  mentis  affectum.  —  Diu  rogare 
indicium  est  minus  de  ca[rita]tis  dulcedine  presumentis.  —  Licet 
senem  magis  deceat  docere  quam  discere,  tamen  magis  decet 
discere  quam  quod  doceat  ignorare...  » 

Noms  des  auteurs  cités  en  marge  :  «  Ex  libro  Macrobii  noctur- 
nalium.  Versus  Ciceronis.  Eracus  {sic).  Cato.  Socrates.  Dio- 
genes.  Plato.  Pitagoras.  Ermocrates.  Fulgentius.  Blaspennius. 
Teofrastus.  Xeno  /////.  Solon.  Ex  libro  Apuleii.  De  libro  Plinii. 
Tullius.  Seneca  de  beneficiis.  Seneca  ad  Lucilium.  » 


DU  BARON  DAUPHIN  DE  VERNA.  671 

Au  fol.  9  v°  commencent  les  sermons  ou  thèmes  de  sermons, 
par  ces  mots  :  «  In  transitu  Jordanis  notanda  sunt  que  dicuntur  : 
Festinavit  populus  et  transivit  Jordanem  ;  quia  nobis  ad  bapti- 
sraum  venientibus  non  est  segniter  agendumsedfestinandum...  » 


IX. 

Somme  des  vices.  (N°  1262  de  la  vente.) 

^  Volume  de  141  feuillets  de  parchemin.  280  millimètres  sur  195. 
Ecriture  à  deux  colonnes  du  xiii^  siècle*. 

Fol.  2.  Incipit  tractatus  moralis  de  vu  viciis  capitalibus.  Tra- 
ctatus  iste  continet  ix  partes.  Prima  pars  continet  de  hiis  que 
valent  ad  detestationem  vicii  in  commun!.  Secunda  pars  continet 
de  vicio  gule.  Tertia  continet  de  vicio  luxurie.  Quarta  de  avari- 
cia.  Quinta  de  accidia.  Sexta  de  superbia.  Septima  de  invidia. 
Octava  de  ira.  Nona  de  peccato  lingue. 

Fol.  6.  Incipit  tractatus  moralis  de  vu  vitiis  capitalibus  et 
primo  de  peccato  gule.  Dicturi  de  vitiis  incipiemus  a  vitio  gule 
propter  hoc  quod  dicit  Glosa  super  Mattheum  :  In  pugna  Christi 
plus  contra  gulam  agitur,  quia,  nisi  hec  prius  refrenetur,  fru- 
stra contra  alia  vitia  laboratur... 

Cette  somme  paraît  être  celle  dont  il  y  a  un  exemplaire  à  la 
Bibl.  nat.  (n°  12401  du  fonds  latin).  J'ai  noté  dans  le  manuscrit 
de  M.  Dauphin  de  Verna,  au  fol.  119,  un  chapitre  qui  commence 
et  finit  ainsi  :  «  De  superbia  librorum.  Sequitur  de  superbia  libro- 
rum,  qua  specie  superbie  laborant  qui  volunt  liabere  libros  deau- 
ratos.  Octo  vero  sunt  que  possunt  valere  contra  hoc  peccatum, 
et  precipue  filii  Dei,  qui  hber  vite  est,  qui  humiliari  voluit. . .  Octavo 
quod  parum  valet  ista  pulcritudo  scripture.  Non  enim  hominera 
saciat.  Unde  Ecclesiastes  I  :  «  Non  saciatur  oculus  justi  nec  auris 
auditu.  »  C'est  apparemment  le  chapitre  dont  j'ai  publié  le  texte  ^ 
d'après  le  ms.  12401  de  la  Bibl.  nat. 

1.  Il  manque  un  feuillet  entre  les  fol.  71  et  72.  L'ordre  de  plusieurs  cahiers 
a  été  interverti.  Les  feuillets  111-134  devaient  être  placés  entre  les  fol.  86  et  87. 

2.  Le  Cabine!  des  manuscrits,  t.  III,  p.  378. 


672  NOTES   SDR   QUELQUES   MANUSCRITS 

X. 

Traités  de  médecine.  (N"  1280  de  la  vente.)  —  Acquis  pour 
la  Bibl.  nat.,  ms.  latin  603  des  Nouv.  acq. 

Volume  de  106  feuillets  de  parchemin.  226  millimètres  sur  168, 
Ecriture  méridionale,  sur  deux  colonnes,  de  diverses  mains. 

Fol.  1.  Traité  sur  la  nature  et  les  propriétés  des  aliments.  Le 
premier  feuillet  manque.  Rubrique  et  premiers  mots  des  chapitres 
qui  sont  sur  les  deux  premières  pages  : 

«  De  compleœione  tritici.  Secundum  sui  naturam  subtilem 
triticum  in  i  gradu  calidum  est  et  humidum  et  siccum  in  medio. 
Panis  ex  eo  factus  calidior  est,  calor  ejus  in  secundo  gradu  ;  adhi- 
piscitur  id  ex  calore  ignis. . .  » 

«  De  cortice  tritici.  Nature  cortex  triticeus  calide  est  et 
sicce,  colative  ac  mundifîcative  magis  quam  farina.  Nutrimen- 
tum  ejus  purissimum  est,  in  aqua  calida  missus  et  perfricatus 
atque  colatus  et  coctus...  » 

«  De  nutrimento  tritici.  Panera  de  tritico  calidiorem  dixi- 
inus  esse  ;  diversa  tainen  sunt  nutrimenta  iiii"'"  modis  :  uno  pro- 
pter  farinam  unde  factus  est;  secundo  ex  artificio  sui;  tercio  ex 
igné  ubi  coctus  est  ;  quarto  pro  qualitate  qua  sumitur...  » 

Fol.  51.  «  Desideran[ti]  tibi,  filia  karissima,  et  hec(?)  volenti, 
comentarium  curationis  mulierum  facere  laboravi,  eligens  duos 
preclarissimos  libres  Theodotem  et  Meticum  magno  ac  diligenti 
studio  in  latinum  ex  greco  transtuli,  quia  boni  sunt  in  memoriam 
durare...  » 

Fol.  54.  «  Ad  dolorem  matricum  pro  abstinentia  viri  contin- 
gentera... » 

Fol.  54.  «  Incipit  liber  de  sinthomatibus  raulierura.  Cura  actor 
universitatis  Deus  in  prima  mundi  constitutione  rerura  naturas 
singulas  juxta  genus  suura  distinguerez..  >>  Il  n'y  a  que  les  deux 
preraières  pages  de  ce  traité. 

Fol.  56-59.  Cahier  de  quatre  feuillets,  contenant  principale- 
raent  des  reraèdes  pour  les  raaladies  des  femmes.  Écriture  extrê- 
mement fine. 

Fol.  60.  «  Incipit  liber  de  dandiscatarticis.  »  Premiers  articles 
de  la  table  mise  en  tête  du  traité  :  «  De  modo  tractandi  et  ordine 
vel  quomodo  sit  purgandum.  De  signis  universalis  replecionis  san- 


DU  BAROX  DAUPHIN  DE  VERNA.  673 

guinis.  De  signis  universalis  replecionis  colère.  De  signis univer- 
salisreplecionisflegmatis.  De  signis  universalis  replecionis  mélan- 
colie. De  particulari  replecione.  De  signis  replecionis  capitis...  » 
—  Fol.  60  v^  Premiers  mots  du  traité  :  «  De  modo  tractandi  et 
ordine.  Cum  omnis  sciencia  ex  suo  fine  et  utilitate  sua  naturaliter 
sitappetenda,  maxime naturalisappetenda  est...  »  —  Fol.  105 v°. 
Premiers  mots  du  dernier  chapitre  :  «  De  aquis  alterativis. 
Dictum  est  sufficienter  triplicem  esse  differentiam  aquarum,  allé 
namque  sunt  laxative,  alie  constrictive,  de  quibus  satis  dictum 
est,  alie  alterative  quibus  nunc  insistimus...  »  —  Il  manque  un 
feuillet  entre  ceux  qui  sont  aujourd'hui  cotés  92  et  93. 


XL 

Fragment  d'un  petit  livre  liturgique.  (N°  1246  de  la 
vente.) 

Le  n"  1246  du  catalogue  de  vente  se  rapporte  aux  débris  d'un 
hvre  de  petit  format,  écrit  en  assez  gros  caractères  et  exécuté 
avec  un  certain  luxe  :  c'est  un  recueil  d'offices  et  de  cérémonies  à 
l'usage  d'un  abbé  ou  d'un  prélat,  dont  le  nom  devait  être  à  la  fin, 
dans  une  souscription  dont  tout  le  commencement  a  été  impi- 
toyablement effacé;  on  n'a  fait  grâce  qu'aux  dernières  lignes; 
elles  nous  font  connaître  la  date  et  le  nom  de  l'enlumineur  : 
«  Quod  illuminavit  magister  Johannes  Ambianensis,  commorans 
Belvaci  tune  temporis.  Orate  pro  eis.  Anno  M°CCG°XVI°.  » 


XIL 

Traités  de  saint  Bonaventure  et  d'autres  théologiens. 
—  Vers  latins  de  Philippe  de  Grève  et  de  Gui  de  la 
Marche.  (N"  1258  de  la  vente.)  —  Acquis  par  la  Bibl.  nat., 
ms.  latin  1742  des  Nouv.  acq. 

Volume  en  parchemin.  303  feuillets.  282  millimètres  sur  205. 
Ecriture  à  deux  colonnes,  du  xrv"'  siècle.  Venu  du  couvent  des 
Dominicains  de  Grenoble. 

En  tête,  au  verso  du  feuillet  de  garde,  table  paraissant  dater 


674  NOTES   SUR   QUELQUES   MANUSCRITS 

de  l'époque  même  de  la  transcription  du  volume.  J'aurai  l'occa- 
sion d'en  citer  quelques  articles. 

1°  Fol.  2.  Sermo  de  cano7iizacione  sancti.  «  Vir  sapiens 
implebitur  benedictionibus  »  (Ecc\  xxxvii,  d.).  Yerbum  istud 
potest  sumi  ad  commendacionem  reverendi  patris  quondam 
domini  Ludovici...  —  Rien  n'indique  dans  ce  thème  de  ser- 
mon que  l'auteur  ait  eu  en  vue  le  roi  saint  Louis. 

2°  Fol.  2,  col.  2.  Sermo  pro  defuncto  présente.  «  Jacob 
habiit  itinere  quo  ceperat,  fueruntque  ei  obviam  Angeli  Dei  » 
(Gen.  32").  Hominis  nascentis  condicio  per  totum  sue  vite  decur- 
sum... 

3°  Fol.  3  v°.  Sermo  de  circumscisione  (sic)  Jhesu  Christi. 
«  Vocatura  est  nomen  ejus  Jhesus  »  (Luc.  ii).  Auditum  est  in 
Bethléem  et  fama  celebri  promulgatum  quod  Noemi... 

4°  Fol.  4  v".  De  oratione  dominica.  Duo  consideranda  sunt 
principaliter  circa  dominicam  orationem  :  ipsius  commendacio  et 
ipsius  proposicio  sive  peticio...  (Note  de  18  lignes.) 

5"  Fol.  4  v".  Iiicipit  tractatus  fratris  Guidonis  de  Marchia, 
ordinis  Minorum,  de  Cicérone  disputatore  et  sorte,  predicatione 
et  Platonelectore.  —  35  strophes,  dont  voici  les  deux  premières  : 

Sortes  pre  consortibus  —  currit  in  consorcio. 
In  equis  et  curribus  —  non  est  dispensacio. 
Plalonis  in  manibus  —  sonat  dispulacio. 
Et  de  sortis  cursibus  —  magna  demonstracio. 

Quidquid  Pialo  loquitur,  —  quicquid  Plato  disputai. 
Sorles  hic  consequitur  —  et  currendo  computat. 
Quod  si  bene  curritur  —  Plalo  sorlem  reputat. 
Si  cursus  remillilur  —  Plalo  sorti  imputai. 

G"  Fol.  5  v°.  Le  Débat  de  Marie  et  de  la  Croix,  poème  latin  de 
treize  strophes,  commençant  par  «  Crux  de  te  voloconqueri...  » 
Philippe  de  Grève  en  est  l'auteur  et  le  texte  en  a  été  publié, 
en  1880,  par  M.  Paul  Meyer,  dans  son  édition  de  Daurel  et 
Béton,  p.  Lxxv,  d'après  le  ms.  lat.  673  de  la  Bibl.  nat. 

7"  Fol.  6.  Le  Débat  de  l'eau  et  du  vin,  poème  latin  de  trente- 
neuf  strophes,  intitulé  à  la  fin  :  Explicit  de  vino  et  aqua.  Il 
commence  par  les  mots  :  «  Denudata  veritate  ||  succinctaque  bre- 
vitate...  »  Voir  Carmina  burana,  p.  232,  dans  Bibliothek 
des  Litterarischen  Vereins  in  Stuttgart,  t.  XVI. 


DU  BARON  DÂUPHI^f  DE  VERNA.  675 

8°  Fol.  7.  Incipit  Breviloquium.  Flecto  genua  mea...  —  La 
table  mise  en  tête  du  volume  porte  :  «  Item  Breviloquium  domini 
et  magistri  Bonaventure,  vu  libros  continens.  » 

9"  Fol.  63.  In  yiomine  Domini.  Incipit  prologus  Compen- 
dii.  Veritatis  theologice  sublimitas  cum  superni  sit  splendoris 
radius  illuminans  intellectum...  —  Fol.  162  v°.  Eœplicit  opus 
Compendii  theologice  veritatis. 

10"  Fol.  162  v°.  Incipit  Accessus  in  omnem  sacram  scri- 
pturani.  «  Omnisscriptura  divinitus  inspirata  utilis  est  ad  docen- 
dum  »  (secunde  ad  Tliimoteum,  ir).  Quoniam  secundum  beatum 
Dyonisium...  —  Ce  traité  a  été  copié  par  une  autre  main  que  le 
reste  du  volume. 

11°  Fol.  165  v'*.  incipit  iractatus  magistri  Humberti  de 
Romcmis,  generalis  ^nagistri  ordinis  Predicatorum.  Ce 
titre,  ajouté  par  une  main  du  xv*  siècle,  ne  mérite  aucune 
confiance,  comme  je  l'indiquerai  plus  loin,  p.  677.  La  table 
mise  en  tête  du  volume,  en  caractères  du  xiv''  siècle,  ne  men- 
tionne point  le  nom  de  l'auteur  de  ce  traité,  qu'elle  indique  par 
ces  mots  :  «  Item  libellus  de  generalibus  materiis  tripartitus  : 
primo  de  festis,  secundo  de  negociis,  tercio  de  temporibus.  » 

Voici  la  partie  substantielle  de  la  dédicace,  le  début,  les  rubri- 
ques de  la  deuxième  et  de  la  troisième  partie  et  la  fin  de  ce  traité, 
qu'on  peut  bien  intituler  :  Liber  de  generalibus  materiis 
tripartitus. 

Fol.  {%%.  Pater  et  domine  mi  reverendissime,  etvestrissolis  meri- 
tis  michi  in  Deo  carissime,  domine  P.  de  Gapella,  venerabilis  ponli- 
fex  Tholosane,  Meam  non  evasit  memoriam  gratia  qua  me  preveni- 
stis  et  spoliatum  in  Romana  ourla  auro  vestre  munificencie  relevastis  ; 
et  ideo  ex  tuncafFectui  michi  fuit  quod,  si  hoc  opus  vel  simile  inveni- 
rem,  illud  vobis  virorum  studiosissimo  reservarem.  Fuit  autem  Dei 
voluntas  ut  non  ita  cito  sicut  vellem  occurreret  quod  volebam.  Occur- 
rit  attamen,  licet  tarde,  scriptorisque  copia  abfuit,  et  affuit  michi 
occupatio  circa  multa...  Tripartitum  vero  libellum  si  placet  intueri, 
videbitis  ita  quod  prima  pars  de  festis,  secunda  de  negociis,  tercia 
de  temporibus,  générales  materias  aliquas  comprehendit.  Valete 
longevus  et  féliciter  in  hoc  seculo,  gloriosusque  in  alio  cum  electis 
Domini.  Amen.  Amen. 

Da  michi,  Domine,  sedium  tuarum  assistricem  sapienciam,  que 
mecum  sit  et  mecum  laboret,  et  sub  brevitate  sequens  opus  lucide 


676  NOTES  SUR  QUELQUES  MANUSCRITS 

comprehendat,  quoniara  brèves  dies  hominis  sunt  et  maxime  nunc 
solito  breviores,  propter  quod  modernis  opus  est  compendio  scri- 
pturarum. 

Fol.  -f  88  v°.  Sequitur  de  materiis  generalibus  secundum  varieta- 
tem  negociorum  in  Ecclesia,  que  sic  possunt  distingui.  —  (Table 
des  1 00  chapitres  de  la  deuxième  partie  du  traité.) 

Fol.  258  v".  Sequitur  de  materiis  generalibus  secundum  varieta- 
tem  temporum,  que  possunt  sic  distingui.  —  (Table  des  33  chapitres 
de  la  troisième  partie  du  traité.) 

Fol.  298.  Requisicio  consilii  a  domino  papa.  —  Apud  te  est  fons 
vite,  et  in  nomine  tuo  vidimus  lumen.  Psalmo  [XXXV,  -10].  Quoniam 
sancte  Ecclesie  catholice  universale  regimen  pendet  precipue  ex  duo- 
bus,  videlicet  ex  copiosa  subministracione  salutaris  vite  et  ex  largi- 
flua  irradiacione  directricis  sapiencie  et  providencie,  idcirco  in  suo 
summo  capite  et  ejus  principali  sede  horum  duorum  fontalem  redun- 
danciam,  adornacione  mirifica  simul  et  necessaria,  coUocavit... 

12°  Fol.  299.  Incipit  Altercacio  seu  disputacio  Mundi  et 
Religionis,  édita  a  fratre  Guidone  de  Marchia,  ordinis  Fratrum 
Minorum,  in  qua  primo  proponit  Mundus  summo  pontifici  de 
religione  graviter  conquerendo,  cardinales  et  totam  simul  Curiam 
flagitando,  dicens  :  0  Christi  vicarie. 

0  Christi  vicarie,  monarcha  terrarum, 
Sacrarium  gratie,  cella  scripturarum, 
Minister  justicie  et  meta  causarum, 
Mee  querimonie  aurem  prebe  parum. 

Fol.  302.  Explicit  Confiictus  Religionis  et  Mundi. 

Ce  poème  est  ainsi  indiqué  dans  la  table  mise  en  tête  du 
volume  par  une  main  du  xiv®  siècle  :  «  Item  Disputatio  Mundi  et 
Religionis,  édita  a  fratre  Guidone  de  Marchia  Pictaviensi,  ordinis 
Fratrum  Minorum.  »  —  Publié  par  M.  Hauréau  dans  la  Biblio- 
thèque de  l'École  des  chartes  (1884,  t.  XLV,  p.  6),  d'après 
le  ms.  latin  7906  et  d'après  un  manuscrit  de  M.  Desnoj-ers, 
aujourd'hui  n°  1573  du  fonds  latin  des  Nouv.  acq.  Le  même 
poème  se  trouve  encore  au  fol.  64  du  ms.  latin  409  des  Nouv. 
acq.  Il  a  été  imprimé  au  xv*"  siècle  dans  une  édition  sans  date 
des  Sermones  sancti  Bernardiniy  ordinis  Minorum,  dont  il 
y  a  deux  exemplaires  k  la  Bibliothèque  nationale,  D.  5168 
et  5169. 


^ 


DU  BARON  DAUPHIN  DE  VERNA.  677 

13°  Fol.  302.  Incipit  sermo  de  pastore  etovibus,  id  est  de 
prelato  et  subditis.  «  Oves  habeo  que  non  sunt  ex  hoc  ovili,  et 
illas  oportet  me  adducere,  et  vocem  raeam  audient,  et  flet  unum 
ovile  et  unus  pastor  »  (Jo.  x").  Verba  sunt  universalis  et  veri 
pastoris,  principis  Ghristi  Jhesu  nostri  Salvatoris,  qui  apparebit 
in  extremi  die  examinis... 

14°  Fol.  302  v".  Pièce  de  40  vers.  L'auteur  met  dans  la  bouche 
du  Sauveur  une  plainte  sur  l'état  de  l'Eglise  : 

Quid  ultra  tibi  facere,  —  vinea,  debui  ? 
Quid  potes  michi  reddere,  —  qui  pro  te  cudi,  conspui 
Et  crucifigi  volui?... 

15°  Fol.  303.  Notes  ajoutées  sur  le  feuillet  qui  est  adhérent 
au  plat  de  la  couverture  :  «  Nota  de  tribus  Mariis  et  earum  filiis 
et  maritis  ac  patribus...  —  Homo  constat  ex  iiii  elementis...  — 
Recepta  bona  pro  oculis  et  probata  est...  » 

De  tous  les  morceaux  contenus  dans  ce  volume,  le  plus  impor- 
tant est  le  Liber  de  generalibus  materiis  tripartitus.  Il 
aurait  pour  auteur  le  dominicain  Humbert  de  Romans,  s'il  fallait 
s'en  rapporter  au  titre  ajouté  après  coup,  sur  le  fol.  165  v°.  Mais 
une  telle  attribution  est  dénuée  de  tout  fondement.  En  effet, 
Humbert  de  Romans  mourut  en  1277  ^  et  le  traité  est  dédié, 
comme  on  l'a  vu,  à  Pierre  de  la  Chapelle,  évêque  de  Toulouse. 
Or,  ce  fut  seulement  au  mois  d'octobre  1298  que  ce  prélat  passa 
de  l'évêché  de  Carcassonne  à  celui  de  Toulouse,  qu'il  administra 
jusqu'à  sa  mort,  arrivée  le  16  mai  1312".  Humbert  de  Romans 
reste  donc  hors  de  cause,  et  le  Liber  de  generalibus  materiis 
tripartitus  doit  être  considéré,  jusqu'à  nouvel  ordre,  comme  une 
œuvre  anonyme,  dont  la  composition  se  place  entre  les  années 
1298  et  1312.  Je  suis  porté  à  croire  que  la  date  de  composition 
est  plus  voisine  de  1298  que  de  1312.  Peut-être  même  la  rédac- 
tion était-elle  commencée  avant  l'année  1298.  On  pourrait  le 
supposer  d'après  un  passage  qui  semble  au  premier  abord  anté- 
rieur à  la  canonisation  de  saint  Louis.  C'est  une  phrase  du  cha- 
pitre XXII  du  livre  premier  (fol.  183  v°)  : 

Notandum  quod  de  corona  Domini  plénum  non  solebat  fieri  festum, 


1.  Histoire  littéraire  de  la  France,  t.  XIX,  p.  337. 

2.  Gallia  christiania,  t.  XIII,  col.  35  et  36. 


678  NOTES  SUR  QUELQUES  MANOSCRITS 

sed  per  procuracionem  felicis  memorie  régis  Lodovici,  incujus  tem- 
poribus  translata  fuit  de  Gonstantinopoli  Parisius,  in  capellam  ejus, 
incepta  est  hujusmodi  festivitas,  et  fît  modo  in  multis  ecclesiis. 

L'auteur  devait  appartenir  à  la  France.  Entre  autres  indices, 
je  citerai  une  anecdote,  d'ailleurs  bien  connue',  dans  laquelle  se 
trouve  un  proverbe  français.  Elle  fait  partie  du  chapitre  intitulé  : 
In  vigilationïbus  que  flunt  interdum  in  festis  aliquibus 
sanctorum  (fol.  253  v"). 

Sed,  heu!  sunt  multi  qui  vota  facta  sanctis  in  necessitate  aiiqua, 
postea,  transacta^  necessitate  non  reddunt.  Exemplum  de  quodam 
britone,  de  quo  dicitur  quod,  cum  iret  ad  Sanctum  Michaelera  de 
periculo  maris,  et  unde  maris  invaderent,  conversus  ad  sanctum 
Michaelem,  dixit  :  «  Michaei,  Michael,  libéra  me,  et  ego  voveo  tibi 
vacam  meam.  »  Cum  autem  liberatus  pertransiret,  et  iterum  unde 
eum  invaderent,  iterura  clamavit  dicens  :  «  Béate  Michael,  libéra  me, 
et  ego  voveo  tibi  vitulum  cum  vaca.  »  Cum  autem  liberatus  esset  et 
staret  jam  in  securo,  conversus  ad  beatum  Michaelem,  dixit  :  ne  la 
vache  ne  le  vel. 

Le  Liber  de  generalibus  materiis  tripartitus  est  un  recueil 
de  textes,  d'observations  et  de  conseils  à  l'usage  des  prédicateurs. 
Pour  donner  une  idée  du  genre  d'intérêt  qu'il  présente,  j'en  ai 
détaché  :  1°  la  table  d'une  partie  des  chapitres  du  livre  II  ;  2"  une 
argumentation  tendant  à  démontrer  que  le  pape  avait  droit  de 
déposer  les  rois  ;  3"  un  passage  relatif  à  la  tenue  des  parlements  ; 
4"  deux  légendes  sur  la  sainte  Vierge,  empruntées  à  un  traité 
des  Merveilles  de  Rome  ;  5"  une  mention  de  la  Rose  symbolique 
de  la  mi-carême. 

1"  Table  d'une  partie  du  second  livre  (fol.  188  v°). 

i^.  In  conciliis. 
II.    In  synodis. 

1.  Voyez  le  volume  publié  par  M.  Lecoy  de  la  Marche,  pour  la  Société  de 
riiisloire  de  France,  sous  le  litre  de  :  Anecdotes  historiques,  légendes  et  apo- 
logues tirés  du  recueil  inédit  d'Etienne  de  Bourbon  (Paris,  1877;  in-8°),  p.  20. 

2.  Le  ras.  semble  porter  trassala. 

3.  Les  numéros  assignés  aux  chapitres  dans  la  table  ne  concordent  pas  tou- 
jours avec  les  numéros  que  les  chapitres  correspondants  portent  dans  le  corps 
de  l'ouvrage. 


DU  BARON  DAUPHIN  DE  VERNA.  679 

VII.  In  electionibus  quibuscunque. 

LU.  In  sollempnibus  conviviis  nuptiarum. 

LUI.  In  omni  visitatione. 

Lxi.  In  inquisitione  hereticorum. 

Lxii.  In  sollempni  condempnacione  hereticorum. 

Lxiii.  De  predicatione  crucis  in  génère  quocuraque. 

Lxiiii.  In  predicatione  crucis  contra  hereticos. 

Lxv.  In  predicatione  crucis  contra  Sarracenos. 

Lxvi.  In  sollempni  excommunicacione. 

Lxxxiiii.  In  militia  magna  (ou  nova)  sollempni. 

Lxxxv.  In  torneamentis. 

Lxxxvi.  In  parlamentis  regum. 

Lxxxix.  In  confratriis  Pentecostes. 

xc.  In  congregationibus  que  fiunt  interdura  in  honorera  ali- 

cujus  sancti. 

xci.  In  nundinis. 

xcii.  In  raercatis. 

xciii.  In  subita  convocatione  raultitudinis. 

2°  Sur  la  déposition  des  rois  (fol.  239). 

Preterea  papa,  qui  est  super  omnes,  potest  deponi  ab  Ecclesia,  que 
tota  subest  ei,  et  in  casu.  Ergo  multo  fortius  quicunque  rex  deponi 
potest  a  papa,  cui  omnes  subsunt. 

Preterea,  si  rex  aliquis,  qui  nichil  tenet  nisi  a  Deo,  non  posset 
deponi  a  papa,  cura  inlerdum  expédiât  ipsura  deponi,  ut  supra  osten- 
sum  est,  ergo  non  reliquisset  Deus  sufflcientem  poteslatem  in  Eccle- 
sia ad  regiraen  mundi,  quodest  inconveniens.  Propter  hoc  tenendum 
est  indubitanter  quod  Ecclesia  habet  hujusmodi  potestatem.  Propter 
hoc  dictum  est  Jeremie  [I,  ^0],  qui  fuit  de  sacerdotii  génère  :  «  Ecce 
constitui  te  super  gentes  et  régna  ut  eveilas,  etc.  » 

3°  Sur  la  tenue  des  parlements  (fol.  249). 

Notandum  quod  raoris  apud  reges  magnos  tenentur  parlamenta 
quolibet  anno  certis  temporibus,  ad  que  conveniunt  et  plures  consi- 
liarii  et  plures  magnâtes  seculares  et  plures  prelati.  Fiunt  autera 
hujusraodi  parlamenta  tribus  de  causis  principalibus  :  videlicet 
ut  majora  négocia,  que  non  possunt  faciliter  per  annum  expe[di]ri, 
ibi  cura  majori  exarainatione  sapientius  expediantur,  quia  majori 
examinationi  sunt  reservanda.  —  Item  ut  ratio  reddatur  a  ministe- 
rialibus  regni...  —  Item  ut  ibidem  ordinetur  de  regno  quid  fuerit 
ordinandum. . . 


680  NOTES   SUR   QCELQDES   MANDSCRITS 

4°  Légendes  empruntées  aux  Merveilles  de  Rome 
(fol.  271  v°). 

Item,  secundum  Gaudefridum  Parimensem^  in  libro  de  descri- 
ptionemirabilium  urbis  Rome,  cum  Octovianus  César  esset  in  caméra 
sua,  et  esset  solicitas  quis  post  eum  esset  dominas  orbis,  visum  fuit 
ei  quod  per  fenestram  videret  in  celo  virginem  pulcherrimam,  super 
aram,  tenentem  puerum  pulcherrimum  inter  brachia  sua,  et  audivit 
vocem  dicentem  :  «  Hec  est  ara  filii  Dei.  »  Et  ibi  ubi  apparuit  hec 
Visio  fecit  construi  aram  cum  tali  titulo  :  Hec  est  ara  filii  Dei,  et  est 
ibi  modo  eccjesia  béate  virginis  que  dicitur  Sancte  Marie  in  ara  celi. 

Item,  dicit  idem  Gaudefridus  quod  Rome  fuit  palatium  Romulia- 
rum,  in  quo  Romulus  fecit  poni  statuara  suam,  et  dictum  est  ei  ab 
artifice  quod  non  caderet  donec  virgo  pareret,  que  statim  ut  virgo 
peperit  corruit. 

5"  La  Rose  symbolique  de  la  mi-carême  (fol.  280  et  v). 

In  média  quadragesima.  In  Rosa...  — Alius  modus  est  considera- 
tione  boni 2  finis  itineris,  cum,  si  ducitur  ad  rem  desiderabilem, 
psalmo  [cxxi]  :  «  Lelatus  sum  in  hiisque  dicta  sunt  michi,  in  domum 
Domini  ibimus;  »  quod  est  valde  desiderabile,  quia  in  illa  videbitur 
ipse  Dominus,  et  habebitur  in  premium.  —  Et  ideo,  secundum  con- 
suetudinem  ecclesie  Romane,  ostenditur  hodie  Rosa,  que  Ghristum 
significat,  qui  est  premium  et  finis  penitencie. 

Je  ne  dis  rien  des  petits  poèmes  latins  copiés  aux  fol.  4  v% 
5  v°,  6,  299  et  302  du  manuscrit.  Je  dois  laisser  le  soin  d'en 
parler  à  mon  savant  confrère  M.  Hauréau  :  il  s'acquittera  de  cette 
tàcbe  avec  l'érudition  et  la  critique  dont  il  ne  cesse  de  donner  des 
preuves  et  dont  les  lecteurs  de  la  Bibliothèque  de  l'Ecole  des 
chartes  ont  eu  souvent  l'occasion  d'apprécier  l'étendue  et  la 
solidité. 


XIII. 

La  somme  théologiqde  de  saint  Thomas  d'Aquin.  Seconde 
partie  du  livre  II.  (N"  1267  de  la  vente.) 

1.  Le  ms.  porte  pimsem,  avec  uq  trait  horizontal  dans  la  queue  du  p  et  un 
trait  horizontal  au-dessus  du  premier  m. 

2.  Bonis  dans  le  ms. 


DD  BARON  DAUPHIN  DE  VERNA.  68^ 

Gros  volume  en  parchemin.  326  millimètres  sur  228.  Ecriture 
sur  deux  colonnes,  du  xiv^  siècle.  —  A  la  fin  :  «  Iste  liber  est 
Celestinorum  Béate  Marie  de  Columbario',  signatus  xxiiii.  » 

[Questiones  secundi  libri  secuude  partis  fratris  Tbome  de 
Aquino.] 

Au  commencement  :  «  Questio  prima.  Continuatio  libri  prior 
ad  subseq.  Post  comraunem  considerationem  de  virtutibus  et 
viciis  et  aliis  ad  materiam  moralem  pertinentibus,  neccesse  est 
considerare  singula  in  speciali...  » 

A  la  fin  de  la  question  CLXXXIX  : 

Summa  secunda  secunde  Thome  finit  Aquino. 
Hinc  dedo,  Ghriste,  tibi  laudes  atque  Marie. 
GorrecLor  verax,  bonus  est,  non  quandoque  fallax, 
Arguit,  articulât,  querit  dum  ponitur  Utrum. 
Arguit  impliciteque  videtur  ;  quod  bene  nosce. 
Methaforam  cerne  si  sensus  queris  habere. 

Suit  une  table  qui  occupe  treize  pages  et  qui  est  intitulée  : 
«  Incipiunt  capitula  secunde  partis  secundi  libri  Summe  édite  a 
fratre  Thoma  de  Aquino,  ordinis  Fratrum  Predicatorum.  » 


XIV. 

Sommaire  de  la  Bible  par  Fernand  Diego,  de  Carrion. 
(N°  1265  de  la  vente.) 

Volume  in-folio,  sur  papier.  Ecriture  du  xv^  siècle. 

«  In  nomine  Domini  nostri  Jesu  Gbristi.  Incipit  Summarium 
totius  biblie,  distinctum  per  libros  et  capitula  Veteris  et  Novi 
Testamenti,  copilatura  per  venerabilem  patrem  dominum  Fer- 
nandum  Didaci  de  Garrione,  scolasticum  ecclesie  Cauriensis, 
hispanum,  editum  Rome.  » 

1.  Un  autre  volume  ayant  appartenu  à  la  même  maison  figurait  dans  la  col- 
lection de  M.  Dauphin  de  Verna,  n°  1256  du  Catalogue  de  vente  :  «  Spéculum 
humanse  Salvationis.  » 


1895  45 


682  NOTES  SDR  QUELQUES  MANUSCRITS 

XV. 

Missel  de  Magon. 

Le  dernier  jour  de  la  vente,  le  libraire  a  mis  aux  enchères  un 
Missel  copié  au  xv"  siècle,  d'une  décoration  prétentieuse  et  assez 
grossière,  dont  plusieurs  feuillets  avaient  été  refaits  dans  les  temps 
modernes.  Il  est  intitulé  :  «  Incipit  Missale  ad  usum  cathedralis 
ecclesie  Sancti  Vincentii  Matisconensis.  »  Le  prélat  auquel  était 
destiné  ce  volume  portait  pour  armes  d'azur  à  la  bande  d'or  et 
pour  devise  :  IN  TE  SPERO.  —  Ce  sont  les  armes  et  la  devise 
de  l'évèque  Pierre  de  Juys  (1397-1412),  comme  a  bien  voulu 
m'en  avertir  notre  confrère  M.  Lex,  qui  a  acheté  le  volume  pour 
la  bibliothèque  de  Mâcon. 


XVI. 

Roman  de  Simon  de  Pouille.  (N°  1290  de  la  vente.)  — 
Acquis  pour  la  Bibl.  nat.,  ms.  fr.  4780  des  Nouv.  acq. 

Volume  de  34  feuillets  de  parchemin.  192  millimètres  sur  130. 
Il  y  a  32  lignes  à  la  page.  Ecriture  de  la  fin  du  xiii"  siècle  ou  du 
commencement  du  xiv". 

Ce  manuscrit,  d'assez  triste  apparence,  renferme  environ 
2180  vers  du  Roman  de  Simon  de  Pouille,  dont  la  Bibliothèque 
nationale  possède  un  exemplaire  dans  le  ms.  368  du  fonds  fran- 
çais. Le  commencement  du  fragment  correspond  au  fol.  143  et 
la  fin  au  fol.  159  du  manuscrit  368.  —  La  version  du  nouveau 
manuscrit  diffère  beaucoup  de  celle  dudit  ms.  368. 


XVII. 

Anciennes  poésies  françaises.  (N°  1286  delà  vente.) 

1°  «  Ci  comence  l'istoire  de  l'enfance  Jesu  Crist.  » 

Dieux,  qui  cet  siècle  commenza, 
Ciel  et  terre  pour  nous  forma. 
Ly  roy  de  toute  créature 


DU  BARON  DADPHIN  DE  VERNA.  683 

Nous  (Joint  à  tous  bonne  avanture. 
Si  vous  voulez  que  [je]  vous  die 
De  Dieu  et  de  sainte  Marie. 

2°  «  Ci  coraence  la  Passion  de  Nostre  Seigneur  Jesu  Crist.  » 

Oez  moy  trestuit  doucement, 
Gardez  n'y  ait  fait  parlement. 
La  Passion  Dieu  entendez, 
Gome  il  fut  en  croix  penez. 
Ne  la  puet  oïr  créature 
Qui  n'ait  paour,  ja  tant  soit  dure. 

3°  «  Ce  est  la  complainte  Nostre  Dame.  » 

Qui  de  cuer  aime  la  pucelle 
Que  [sic]  Dieu  norrit  à  sa  mamele, 
Quant  n'ot  parler  doit  san  joir 
En  larmes  et  en  grant  sopir, 
Se  de  son  fd  a  remanbrance 
Don  ce  doit  doubler  la  créance. 

4°  «  Ce  sont  li  xv  signe.  » 

Se  ne  vous  cuidasse  anoier 
Ou  destorber  d'autre  meslier. 
Des  XV  signes  vous  deisse 
Ainz  que  remuer  me  querisse 
Toute  la  pure  vérité, 
Seigneur,  venront  vous  ja  en  gré. 

5"  «  Ci  comence  la  Vie  saint  Christoble.  » 

Eu  nom  de  sainte  Trinité, 

Soient  tuit  si  bien  ahuré 

Que  entendront  ce  que  vuet  dire  : 

Se  voulez  oïr  le  martire 

De  saint  Christoble,  je  diray 

Ce  que  en  escript  trouvé  en  ay. 

6°  «  Ci  devise  quelles  doivent  estre  les  saison,  »  (Pronostica- 
tion  d'après  le  jour  de  la  semaine  auquel  tombe  le  commencement 
de  l'année.) 

En  terre  de  labour  et  de  promission 

Ot  jadis  ung  preudome  qui  Ezechie  ot  non. 


684  NOTES  sua  QUELQUES  MANUSCRITS 

Saiches  hom  fu  du  ciecle  et  de  la  loy  divine  ; 
Moût  ama  dame  Dieu  et  la  soe  doctrine. 
Quant  il  yere  encor  enfes,  levoit  adez  matin, 
Et  aloit  à  l'escoule  pour  aprendre  latin. 

7°  «  Ce  est  li  jugemenz  des  urines,  que  maistre  Richars  de 
Fornival  aprist  à  maistre  Helye,  son  serorge.  Li  hons  est  sains 
se  sa  urine  est  blanche  au  matin...  » 

8"  «  Ci  comence  li  romanz  des  Elles.  » 

Tant  me  suy  de  dire  taiiz 

Que  je  me  suy  aperceûz 

Ert  mon  pense  que  de  trop  taire 

Ne  pourroit  nulz  bon  chastel  faire. 

9°  «  Ci  ensoigne  coment  on  fait  les  chevaliers.  » 

Bon  fait  à  proudome  parler, 
Quar  ou  il  puet  moy  conquister 
Qui  à  ceur  fait  se  prendroit  garde 
Ja  de  folie  n'auroit  garde. 
Quar  on  le  trouve  en  Salomon 
Que  tout  adez  fait  saiges  hons. 

10°  «  Hic  sunt  les  vertuz  et  les  efficacions  de  l'aygue  de  vie.  » 

Plusieurs  des  anciens  possesseurs  de  ce  manuscrit  ont  rais  leurs 
noms  en  tête  sur  un  feuillet  de  garde  :  Odde  de  Gevinge,  Johan 
de  Gevinge,  messire  Charles  de  Disimyeu,  chevalier,  s""  de 
la  Feole. 


XVIII. 

Le   Lr\"RE    DES    SIMPLES    MEDECINES,    SUIVI    d'uN    RECUEIL  DE 

RECETTES.  (N°  1270  de  la  vente.)  —  Acquis  par  M.  Morgand. 

Volume  de  314  feuillets,  partie  en  parchemin,  partie  en  papier. 
278  millimètres  sur  192.  Ecriture  à  deux  colonnes  de  la  seconde 
moitié  du  xv^  siècle.  En  tête,  miniature  représentant  un  médecin 
dans  son  cabinet,  avec  ces  armes  :  d'azur  à  deux  coqs  d'or 
affrontés,  crêtes  de  gueules,  accompagnés  de  trois  étoiles  d'or; 
devise  :  «  Loué  soit-il,  »  ou  «  loué  il  soit.  »  —  Au  bas  du 


DU   BARON    DAUPHIN   DE   VERIVA.  68S 

fol.  Lxxx  :  «  Loué  soit  Dieu  il.  »  —  «  Ex  libris  Pétri  Arcelin, 
Matisconensis,  med.  facult.  Monsp.  et  Parisiensis.  » 

Fol.  i-ccLXi.  Livre  des  simples  médecines,  disposé  suivant 
l'ordre  alphabétique  des  noms  des  substances  passées  en  revue. 
Chaque  article  est  accompagné  d'une  figure  peinte.  Premiers 
mots  de  la  préface  :  «  En  ceste  présente  besongne  est  nostre  pro- 
pos et  entencion  de  tratier  des  simples  medicines.  Et  est  assavoir 
que  la  medicine  est  ditte  simple  pour  ce  qu'elle  est  telle  comme 
nature  l'a  produite  et  formée,  comme  girofle  et  noix  mugette...  » 
—  Fol.  ccLx.  Dernier  chapitre  :  «  Zuccara,  c'est  succre.  Elle  est 
chaude  et  moite  attrampeement,  et  dit  Ysaac  qu'elle  est  chaude 
au  commancement  du  premier  degré  et  moite  ou  mylieu...  » 
A  la  fin  de  ce  chapitre  :  «  Et  pour  éviter  prolixité,  cy  est  fin  de 
ce  livre,  ouquel  sont  contenuz  les  segrés  de  Salerne.  Loué  en  soit 
Dieu.  Amen.  » 

Cet  ouvrage,  qui  jouit  d'une  grande  vogue  au  xv"  siècle,  est 
représenté  dans  les  collections  de  la  Bibliothèque  nationale  par 
onze  exemplaires,  n°«  623, 1307,  1309-1312,  9136,  9137,  12317, 
12319,  12320,  12321,  12322  et  19081  du  fonds  français.  Les 
deux  plus  beaux  de  ces  exemplaires  sont  les  n°^  9136  et  9137,  le 
premier  venu  de  la  bibliothèque  des  ducs  de  Bourgogne,  le  second 
exécuté  pour  Louis  de  Bruges. 

Fol.  ccLxi-ccLxiii.  Diverses  recettes. 

Fol.  264-288.  Table  méthodique  des  remèdes,  avec  renvoi  à 
l'article  du  Dictionnaire  où  chaque  remède  est  indiqué. 

Fol.  288.  «  La  exposicion  des  mos  obscurs  et  mal  cogneus  par 
l'ordre  des  lettres  de  A  B  C.  » 

Fol.  294-314.  Notes  et  recettes  diverses,  en  latin  et  en  fran- 
çais. J'y  ai  relevé  plusieurs  passages  qui  semblent  indiquer  que 
l'un  des  premiers  possesseurs  était  un  Bourguignon,  établi,  selon 
quelque  apparence,  ou  du  moins  ayant  séjourné  dans  la  ville  ou 
dans  le  voisinage  de  Cluni.  Voici  l'indication  de  ces  passages, 
qui  nous  font  connaître  les  noms  de  plusieurs  praticiens  et  ceux 
des  malades  qu'ils  essayaient  de  guérir.  Il  y  a  aussi  quelques 
détails  sur  des  livres  de  médecine  qui  auraient  été,  disait-on, 
donnés  à  l'abbaye  de  Cluni  par  un  certain  maître  Pierre  de 
Grèce,  originaire  de  l'Orient  (natif  d'Arabie),  philosophe,  doc- 
teur et  chevalier  en  médecine. 

Fol.  294.  Item  quia  non  reperitur  apud  nosherba  sileris  montani, 


686  NOTES   SUR   QUELQUES   MANUSCRITS 

mille  Burgum  in  Bressia,  in  domo  filii  magislri  Barlholomei  Myo, 
qui  libi  Iradel  unum  parvum  \itrum  aque  illius  herbe  sileris  mon- 
tani;  el  simililer  mille  Lugdunum  in  domo  appolecarii,  qui  Iradel 
tibi  unum  parvum  vilrum  aque  cappillorum  Veneris,  qui  apolheca- 
rius  manet  in  vico  Sancli  Nicecii... 

Fol.  296.  Dilala  (pour  Diclala)  per  magistrum  Symonem  dePavia 
conlra  peslem. 

Alia  recepla  super  eodem,  dilala  per  magistrum  Ludovicum. 

Fol.  297.  Ce  sont  les  verlues  du  G.  d.  Ch^,  que  maistre  Pierre 
de  Gresse,  natif  d'Arabie,  philosophe,  docteur  el  chevalier  en  medi- 
cine,  a  extrait  des  livres  qui  ont  esté  fais  et  expérimentés  par  ceulx 
cy  dessoubz  escrips,  comme  il  appert  en  la  hbrairie  de  Pabbaie  de 
Clugny,  que  le  dit  maistre  Pierre  y  aporta  et  donna.  (Auteurs  cités  : 
Ypocras,  l'empereur  Constantin,  le  roy  Adrianl,  philozophe,  et 
Virgile.) 

Fol.  297  v°.  Item,  Ten  Ireuve  es  livres  de  Virgile,  lesqueulx  sont  en 
laditte  abbaye  de  Clugny,  comme  le  dit  Virgile  seaidoitdu  G.  d.  Gh. 
à  faire  ses  plus  merveilles  contre  les  dyables,  tout  ainsi  que  nous 
nous  aidons  de  la  croix... 

Fol.  298.  Recepte  notable  contre  l'impedimie,  venue  de  l'oslel  de 
noble  et  puissant  prince  Charles,  duc  de  Bourgoyne. 

Fol.  30^.  Magister  Panthaleo.  Contra  catarrum. 

Fol.  302  V".  A.  Bruneli.  (Inventeur  d'une  recette.) 

Contra  gravellam,  pro  domino  Jo.  de  Borbonio^  abbate  Clunia- 
censi. 

Fol.  304.  Pour  excoriacion.  Preceptor  de  TAulmusse...  —  Appro- 
batum  est  aussy  par  mayslre  Jehan  de  la  Planche,  jadiz  procureur 
en  parlement  à  Paris. 

Fol.  304  v°.  Recepte  pour  la  gravelle,  approuvée  par  maistre  Jehan 
Espiarl. 

Fol.  3H.  Ex  magno  Johannc  mcdicina  {sic]  phisico,  xMediolani 
commoranlc  de  Scala  in  domo  U  Mayno. 


1.  Sans  doute  le  gui  du  chêne. 

2.  Jean  de  Bourbon,  élu  abbé  de  Cluui  le  2  novembre  1456,  mort  le  2  dé- 
cembre 1485. 


DC   BARON   DAUPHIN   DE   VERNA.  687 

XIX. 

Comptes  des  dépenses  de  Jean,  comte  de  Forez,  en  1315 
ET  1316.  (N"  1366  de  la  vente.) 

Parmi  les  nombreux  documents  d'archives  qui  faisaient  partie 
du  cabinet  de  M.  Dauphin  de  Verna,  et  dont  la  plupart  ont  été 
réservés  par  suite  des  revendications  des  préfets  du  Rhône,  de  la 
Loire  et  de  l'Isère,  je  n'ai  eu  l'occasion  d'examiner  qu'un  seul 
registre,  volume  en  papier,  de  format  allongé,  dont  la  conserva- 
tion laisse  beaucoup  à  désirer.  Il  contient,  sous  la  forme  de  jour- 
nal, les  comptes  des  dépenses  de  Jean,  comte  de  Forez,  tenus  par 
Simon  Oudin,  en  1315  et  1316. 

Ces  comptes  se  divisent  en  deux  parties  :  les  dépenses  de  l'hô- 
tel (paneterie,  bouteillerie,  cuisine  et  maréchallerie  ou  écurie), 
du  3  janvier  au  14  novembre  1315,  et  les  dépenses  extraordi- 
naires, du  1"  janvier  1315  au  24  avril  1316. 

Ce  document  offre  beaucoup  d'intérêt,  comme,  d'ailleurs,  tous 
les  comptes  remontant  à  une  époque  aussi  reculée.  L'une  des 
parties  les  plus  curieuses  est  celle  qui  se  rapporte  au  séjour  que 
le  comte  de  Forez  fit  à  la  cour  de  France  en  1315.  Parti  de 
Montbrison  le  18  février,  il  arriva  le  26  à  Paris,  après  s'être 
arrêté  : 

Le  18  de  ce  mois,  à  Riorges  (Loire,  canton  de  Roanne)  ; 

Le  19,  à  la  Palisse,  où  il  entendit  la  messe,  et  à  Varennes- 
sur-l' Allier  ; 

Le  20,  à  Moulins; 

Le  21,  à  Saint -Pierre- le -Moutier  et  à  Magni  (canton  de 
Nevers)  ; 

Le  22,  à  la  Charité-sur-Loire  ; 

Le  23,  à  Cône  ; 

Le  24,  à  Montargis; 

Le  25,  à  Perches  {apucl  Perticas;  sans  doute  Perches,  que  la 
carte  de  Cassini  indique  au  nord  de  Montargis,  à  l'ouest  du  clo- 
cher de  GiroUes)  ; 

Le  26,  à  Juvisi. 

Dans  les  comptes  du  mois  de  mars  et  des  mois  suivants,  nous 
trouvons  la  mention  des  nombreuses  entrevues  que  le  comte  de 
Forez  eut  avec  le  roi  Louis  X.  On  en  peut  tirer  d'utiles  indica- 


C88  NOTES  SUR  QUELQUES  MANCSCRITS 

tions  pour  compléter  l'itinéraire  dressé  par  M.  de  Wailly  d'après 
les  dates  des  actes  royaux.  En  voici  le  relevé  : 

Mars,  7,  U,  ^^,  i6,  n,  48  et  ^19  :  à  Vincennes. 

—  23  :  à  Pontoise. 

—  29  et  30  :  à  Saint-Germain  en  Laie. 
Avril,  •15-22  :  à  Vincennes. 

—  24-26  :  à  Vincennes. 

—  29  :  à  Vincennes. 
Mai,  6  :  à  Livri. 

—  9  eL  10  :  à  Vincennes. 

—  43  et  -14  :  à  Vincennes. 

—  49-22  :  à  Paris. 

—  24-26  :  à  Paris. 

—  27  :  Le  roi  part  pour  Senlis.  «  Guiotus  ...  sequtus 

fuit  dominum  regem  post  prandium  apud  Sanctum 
Licium.  » 
Juillet,  25  :  à  Mailli  (Marne,  canton  de  Verzi).  —  Le  soir  de 
ce  jour,  la  reine  était  à  Ghâlons  :  «  In  prandio  cum 
rege  apud  Mailly,  et  in  sero  apud  Glialon  in  cena 
cura  regina.  » 

—  26  :  à  Reims.  «  Apud  Logias  (sans  doute  les  Petites- 

Loges,  canton  de  Verzi)  in  prandio  cum  regina,  et 
in  sero  apud  Reins  cum  rege.  » 

—  27  :  à  Reims,  couronnement  du  roi. 

Août,  8  :  «  Recessit  dominus  comcs  de  Sancto  Quinlino,  et 

rediit  erga  regem,  qui  venire  debebat  apud  Laudo- 
ncnsem  ;  et  totam  caravanam  suam  (comitis)  Irans- 
iit  apud  Arrat,  et  fuit  in  prandio  apud  Ponlem 
Anoyant  (aujourd'hui  Pont-à-Bucy,  Aisne,  canton 
de  Créci-sur-Serre),  et  in  sero  apud  Laudonensem.  » 

—  44  :  à  Saint-Quentin. 

—  45  :  à  Vermand  (apud  Vermens). 

—  46-20  :  à  Péronne. 

—  24  -24  :  à  Arras. 

—  28  et  29  :  à  Arras. 
Septembre,  2  :  à  Lille. 

—  8  :  aFuitdominuscomesinacieregisFrancorum,prope 

rippam  fluvii  deu  Liez  a  parte  Insuie,  in  sero.  » 

—  9-4  2  :  «  Ibidem  in  acie.  » 


DU  BARON  DAUPHIN  DE  VERNA.  689 

Septembre,  ^13  :  «  Fuit  dominus  cornes  In  sero  apud  Tornay,  et 
venit  de  acie  régis  una  cum  dicto  rege.  » 

Octobre,  -12  :  Le  comte  quitte  Paris  pour  aller  vers  le  roi.  Il  se 
dirige  sur  Senlis  en  passant  par  Louvre  en  Parisis. 

—  -17  :  aux  Loges  et  à  Saint-Germain  en  Laie. 

—  ^8  et  ^19  :  à  Saint-Germain. 

—  22  :  ce  Cum  rege  in  Nemore^  et  in  cena  cum  regina 

apud  Sanctum  Germanum  in  Laya.  » 

—  Si  :  k  Paris. 
Novembre,  V  -.  à.  Paris. 

—  2  :  à  Vincennes. 

—  5  et  6  :  à  Royal-Lieu,  près  Compiègne. 

—  8  :  à  Compiègne. 

—  9-H  :  k  Royal-Lieu. 

—  42  et  ^3  :  près  de  Villers-Cotterets  (in  nemore  prope 

Villare  Golli  Régis). 

La  plupart  de  ces  mentions  devront  s'ajouter  aux  indications 
données  dans  le  tome  XXI  du  Recueil  des  historiens  de  la  France 
sur  les  séjours  de  Louis  X.  Elles  s'intercalent  à  merveille  dans 
les  tableaux  dressés  par  M.  de  Wailly,  et  c'est  une  nouvelle 
preuve  de  la  confiance  avec  laquelle  nous  devons  nous  servir  de 
ces  tableaux. 

La  présence  du  comte  de  Forez  à  la  cour  du  roi  fait  voir  de 
quel  crédit  il  jouissait  auprès  de  Louis  X.  Nous  savions  déjà  qu'il 
avait  été  chargé  de  plusieurs  missions  de  confiance.  Le  registre 
des  comptes  nous  apprend  qu'au  mois  d'avril  1315  il  fut  envoyé 
dans  le  Vermandois  pour  y  traiter  avec  les  Alliés.  Cela  résulte  de 
l'article  suivant,  inscrit  à  la  date  du  10  avril  :  «  Stetit  in  Ver- 
mandesio  apud  Corbiam  ad  expensas  régis  Francorum...;  ubi 
fuit  missus  per  regem  pro  tractando  cum  militibus  ipsius  patrie 
super  facto  Alianciarum.  » 

Au  mois  de  juin  suivant,  le  roi  l'envoya  en  Provence,  à  la  ren- 
contre de  la  princesse  qu'il  devait  épouser  le  mois  suivant.  Le 
départ  du  comte  est  enregistré  dans  les  comptes  à  la  date  du  9  juin  : 

Recessit  dominus  comes  de  Parisius,  et  iter  suum  arripuit  eundo 
obviam  regine  in  Provinciam  ad  expensas  régis  Francorum,  trans- 
eundo  per  comitatum  suum  Foresii, 


690    NOTES  SDR  QUELQUES  MSS.  DU  BiRO.N  DAUPHLN  DE  VERNA. 

Une  seconde  mention  de  ce  voyage  se  trouve  a  la  date  du 
25  juillet. 

En  dehors  de  détails  de  ce  genre,  dont  l'historien  du  roi  Louis  X 
pourrait  tirer  parti,  en  dehors  des  notions  qui  se  trouvent  presque 
à  chaque  ligne  sur  la  valeur  des  objets  de  consommation,  on 
remarquera  dans  les  comptes  de  la  maison  du  comte  de  Forez  une 
foule  de  particularités  sur  la  vie  des  grands  seigneurs  au  com- 
mencement du  xrv®  siècle  et  sur  les  sujets  les  plus  variés. 

Voici,  par  exemple,  ce  que,  en  feuilletant  rapidement,  j'ai 
trouvé  parmi  les  dépenses  extraordinaires  du  2  janvier  1315 
(n.  st.)  :  «  Pro  eundo  in  Alverghia  quesitum  burgensem  qui 
decoquit  calcem  sinelignibus.  » 

Il  y  a  dans  les  comptes  de  l'hôtel  et  dans  ceux  de  la  dépense 
extraordinaire,  au  2  et  au  9  février  1315  (n,  st.),  deux  textes 
qui  suffisent  pour  lever  toute  espèce  de  doutes  sur  la  signification 
des  mots  Carniprivium  novwn  et  Carnipi'imum  vêtus,  en 
France  au  commencement  du  xrv®  siècle  : 

Die  dominica  in  purificatione  beale  Marie,  qua  fuit  carniprivium 
novum...  —  Dominica  sequenti,  in  carniprivio  veteri.  (Compte  des 
dépenses  extraordinaires.) 

Die  dominica  que  fuit  in  festo  purificalionis  béate  Marie,  et  qua 
die  fuit  carniprivium  novum...  — Die  dominica  sequenti,  in  carnipri- 
vio veteri.  (Compte  de  l'hôtel.) 

L'expression  Carniprivium  novum  désigne  le  dimanche  de 
la  Quinquagésime*,  et  l'expression  Carniprivium  vêtus  \e  pre- 
mier dimanche  de  Carême. 

l.  El  non  pas  le  mercredi  des  cendres,  comme  il  est  dit  dans  le  Glossaire 
des  dates  du  Manuel  de  diplomatique,  p.  261. 


-f* 


BIBLIOGRAPHIE. 


Paléographie  musicale.  Les  principaux  manuscrits  du  chant  grégo- 
rien, ambrosien,  mozarabe,  ^a7^/caw,  publiés  en  fac-similés  photo- 
typiques par  les  Bénédictins  de  Solesmes.  Solesmes,  impr.  Saint- 
Pierre;  Paris,  A.  Picard,  ^ 889-'! 895.  In-4°  (une  livraison  tous  les 
trois  mois;  28  livraisons  parues). 

Les  Pères  de  Solesmes,  en  publiant  leur  Paléographie  musicale,  se 
proposent  de  nous  faire  passer  sous  les  yeux,  en  entier  ou  par  frag- 
ments, les  principaux  manuscrits  de  chant  grégorien,  ambrosien,  gal- 
lican ou  mozarabe,  et,  pour  en  aider  l'intelligence,  ils  nous  donnent, 
en  tête  de  chaque  volume,  une  étude  de  musicographie. 

Il  y  a  donc  dans  cette  publication  deux  parties  bien  distinctes  : 

a.  Une  partie  de  texte,  où  nous  devons  à  la  plume  autorisée  de  dom 
Mocquerau  une  théorie  de  la  notation  neumatique  et  quelques  études 
de  musique  liturgique. 

h.  Une  partie  de  fac-similés  reproduisant  un  antiphonaire  de  Saint- 
Gall  et  un  autre  d'Einsiedeln,  ainsi  que  le  répons-graduel  «  Justus  ut 
palma,  »  d'après  deux  cents  manuscrits  environ,  et  qui  est  d'un  haut 
intérêt  pour  l'histoire  des  neumes. 

Gomme  le  travail  des  Bénédictins,  après  ceux  de  Fétis,  de  Nisard, 
de  Coussemaker,  de  Raillard,  d'Hermesdorff,  de  Riemann,  est  l'exposé 
le  plus  clair  de  la  question  et  le  guide  le  plus  sûr  que  nous  ayons  pour 
ces  études,  il  n'y  a  aucune  difficulté  à  présenter  leurs  théories  et  à 
suivre  leurs  conclusions. 

L'écriture  neumatique  a  été  la  notation  musicale  usitée  en  Occident, 
peut-être  pour  la  musique  profane,  assurément  pour  tous  les  chants  de 
l'Église  latine,  du  vii«  au  xn«  siècle,  jusqu'au  moment  où  peu  à  peu 
nous  en  voyons  sortir  les  éléments  de  la  notation  usuelle  et  tradition- 
nelle du  plain-chant. 

Sur  la  question  d'origine,  la  première  qui  se  pose,  avant  les  Béné- 
dictins, voire  même  depuis,  on  a  écrit  de  curieux  romans,  d'après  les- 
quels l'écriture  neumatique,  dérivée  peut-être  des  notes  tironiennes, 
n'aurait  pas  été  inconnue  de  l'antiquité  chaldaïque  et  assyrienne!  Les 
Pères  de  Solesmes  remontent  assurément  moins  haut  dans  le  passé  et 
leur  théorie  est  simplement  la  vérification  de  cette  assertion  de  Gicéron  : 


692  BIBLIOGEAPHIE. 

Est  autem  in  dicendo  etiam  quidam  cantus  obscurior.  Dans  le  discours 
en  effet,  ce  sont  les  accents,  soit  graves,  soit  aigus,  qui  marquent  cette 
mélodie  intérieure  du  langage  ;  or,  les  neumes  ne  sont  que  la  traduc- 
tion musicale  de  ces  accents  ou,  plus  exactement,  ils  ne  sont  autre 
chose  dans  le  chant  liturgique  que  l'accent  grave  ou  l'accent  aigu  ou  le 
produit  de  leur  combinaison. 

Entre  l'accent  et  la  figure  neumatique,  il  y  a  identité  de  formes  :  cette 
ressemblance  est  forcée,  l'origine  étant  la  même,  l'accent  et  le  neume 
étant  tous  deux  en  quelque  manière  la  représentation  graphique  du 
geste  de  l'orateur  qui,  élevant  la  voix,  élève  la  main,  manus  a  sinistra 
parie  incipit,  qui,  laissant  tomber  la  voix,  laisse  aussi  tomber  sa  main, 
in  dextra  deponitur.  Dans  le  premier  cas,  c'est  l'accent  aigu  tracé  de 
bas  en  haut  et  penché  vers  la  droite;  dans  l'autre,  c'est  l'accent  grave 
tracé  de  haut  en  bas  et  tendant  à  descendre.  Or,  l'accent  aigu,  c'est  la 
virga  des  neumes,  qui  toujours,  dans  le  chant  liturgique,  marque  une 
élévation  de  la  voix,  et  l'accent  grave  correspond  au  punctum  qui,  dans 
la  notation  neumatique,  représente  au  contraire  un  abaissement  de  la 
voix;  toutes  les  autres  figures  sont  dues  à  la  combinaison  des  deux 
accents  ;  le  podatus  est  fait  d'un  accent  grave,  suivi  d'un  accent  aigu, 
le  clivis  d'un  accent  aigu,  suivi  d'un  accent  grave,  le  porrectus  d'un 
accent  aigu,  d'un  accent  grave  et  d'un  accent  aigu,  le  climacus  d'un 
accent  aigu  et  de  deux  accents  graves,  et  c'est  ainsi  que  l'on  arrive  aux 
figures  les  plus  compliquées  dont  le  nombre  peut  augmenter  encore 
quand,  à  un  groupe  finissant  sur  une  note  aiguë,  on  ajoute  un  accent 
grave,  ou  réciproquement,  quand,  à  un  groupe  finissant  par  une  note 
grave,  on  ajoute  un  accent  aigu;  le  groupe  neumatique  est  dans  le  pre- 
mier cas  qualifié  de  flexus,  dans  le  second  de  resupinus;  ainsi,  le  por- 
rectus^ qui  se  termine  par  un  accent  aigu,  peut  devenir  flexus  par  l'ad- 
jonction d'un  accent  grave  ;  le  climacus,  de  même,  peut  recevoir  un 
accent  aigu  qui  relève  la  voix  sur  sa  terminaison  et  devenir  resupinus. 

Telle  est  en  gros  la  notation  neumatique  la  plus  ancienne  à  laquelle 
les  Pères  de  Solesmes  ont  donné  le  nom  de  notation  oratoire  ou  chiro- 
nomique;  elle  est  encore  bien  primitive  et  ne  laisse  que  vaguement 
apercevoir  la  future  notation  du  plain-chant  vers  laquelle  pourtant  une 
suite  de  transformations  nous  conduira  sans  défaillances.  Cette  notation 
chironomique  est,  disons-nous,  fort  imparfaite,  car  elle  ne  connaît  rien 
encore  du  principe  fécond  de  la  superposition  des  notes;  la  forme 
intrinsèque  de  chaque  signe  indique  seule  l'élévation  ou  l'abaissement 
de  la  voix  ;  les  neumes  en  outre,  par  rapport  les  uns  aux  autres,  indiquent 
une  élévation  ou  un  abaissement  absolument  indéterminés  et,  pris  en 
eux-mêmes,  n'ont  aucune  valeur  au  point  de  vue  de  la  force  et  du  temps. 
Aussi  cette  notation  primitive,  dont  Gui  d'Arezzo  disait  : 

Taie  erit,  quasi  funem  dum  non  habet  puteus, 
Cuius  aquae,  quamvis  multae,  nil  prosunt  videntibu», 


BIBLIOGRAPHIE.  693 

devait  surtout  servir,  par  son  graphique  conventionnel,  à  rafraîchir  la 
mémoire  d'un  chantre,  auquel,  plus  que  les  neumes  eux-mêmes,  l'ha- 
bitude et  la  tradition  avaient  appris  les  mélodies  du  graduel  et  de  l'an- 
tiphonaire. 

Cet  état  de  choses  ne  pouvait  durer  :  il  fallait,  malgré  une  filiation 
ininterrompue  de  maîtres  et  d'élèves,  donner  aux  mélodies  grégoriennes 
de  plus  sûres  garanties  que  la  mémoire  des  chantres  ;  il  fallait  les  fixer 
par  une  notation  vraiment  musicale,  et  le  système  diastématique  fut  un 
immense  progrès  sur  les  neumes-accents  de  la  notation  oratoire,  qui 
disparaît  pour  faire  place  au  principe  de  la  superposition  des  notes.  «  La 
vertu  significative  qui,  dans  le  système  des  accents,  était  répandue  dans 
le  trait  tout  entier,  se  retire  peu  à  peu  vers  les  extrémités  des  lignes  et 
se  concentre  dans  les  points.  Ces  points  deviennent  la  partie  essentielle 
du  groupe  et  les  anciens  accents  ne  sont  plus  que  des  ligatures  qui 
maintiennent  l'unité  de  la  formule.  Il  n'y  aura  plus  qu'à  espacer  les 
notes  à  des  hauteurs  régulières,  puis  à  les  placer  sur  des  lignes,  et  le 
nouveau  système  aura  reçu  son  dernier  perfectionnement.  »  La  réduc- 
tion des  accents  en  des  points  et  la  position  de  ces  points  sur  des  lignes, 
voilà  donc  les  deux  innovations  capitales  et,  avec  elles,  le  grand  pro- 
blème résolu,  si  bien,  qu'en  traduisant  d'une  manière  sensible  et  par- 
faite tous  les  intervalles  usités  dans  le  chant,  le  principe  diastématique 
est  le  point  de  départ  de  notre  notation  musicale  moderne. 

Naturellement,  il  se  fit  une  transformation  profonde  dans  l'ancienne 
forme  des  neumes.  L'antique  neume-accent  se  plia  aux  exigences  nou- 
velles; son  corps  s'amaigrit  et  l'une  de  ses  extrémités  s'étendit  pour 
devenir  un  point;  bientôt  les  formes  se  régularisèrent  afin  de  trouver 
place  sur  les  lignes  de  la  portée,  et  c'est  par  des  modifications  insen- 
sibles, mais  continues,  que  nous  arrivons,  vers  le  xv«  siècle,  au  gra- 
phique actuel  du  plain-chant.  Puis,  quand  le  principe  de  la  superposi- 
tion des  notes  se  fut  imposé,  quand  les  intervalles  eurent  une  signification 
précise,  c'est  alors  que,  pour  disposer  les  notes  à  la  hauteur  convenable, 
on  traça  d'abord  une  ligne  autour  de  laquelle  chaque  note  trouvait  sa 
place.  Idée  féconde  encore  qu'incomplète,  mais  elle  portait  en  elle  son 
complément  :  la  première  ligne,  tracée  souvent  en  rouge,  avait  corres- 
pondu à  la  note  de  fa,  la  seconde,  de  couleur  jaune,  porta  ïut.  Il  n'y 
avait  qu'à  continuer  dans  cette  voie  ;  on  fixa  les  intervalles  entre  fa  et 
ut  par  une  troisième  ligne  répondant  à  la  note  la,  et  bientôt,  selon  que 
le  chant  s'étendait  vers  les  sons  graves  ou  vers  les  sons  aigus,  on  ajouta 
une  quatrième  ligne,  soit  au-dessous  de  fa,  soit  au-dessus  de  ut.  Ainsi 
fut  constituée,  au  temps  de  Gui  d'Arezzo,  la  portée  actuelle  de  quatre 
lignes,  mais  dont  l'usage  ne  fut  général  que  longtemps  après,  puisqu'au 
xvne  siècle  nous  avons  encore  des  manuscrits  à  notation  neumatique 
sans  lignes. 

Après  avoir  ainsi  sommairement  exposé  les  diverses  transformations 


694  BIBLIOGRAPHlt:. 

des  neumes,  telles  que  les  Pères  de  Solesmes  nous  les  font  connaître,  il 
reste  à  dire  un  mot  des  notes  liquescentes  et  des  signes  romaniens. 

a.  Les  formules  liquescentes  ou  notes  semi-vocales  ont  pour  effet 
d'exprimer,  au  moyen  d'une  légère  modification  dans  la  forme  des 
neumes  ordinaires,  une  modification  de  son  produite  par  l'influence 
directe  du  texte  sur  la  mélodie,  au  contact  de  certaines  combinaisons  de 
consonnes  et  de  voyelles. 

C'est  ce  qui  se  produit  quand  deux  consonnes  se  rencontrent,  dont  la 
première  est  une  liquide  ou  une  dentale  explosive  i  ou  d  ou  la  sif- 
flante s,  quand  il  y  a  le  groupe  de  lettres  g7i  dans  le  corps  d'un  mot, 
quand  devant  un  J  se  trouve  l'une  des  lettres  d,  m,  n,  r,  t,  b,  s,  l.  La 
liquescence  se  produit  encore  quand  les  consonnes  m  ou  g  sont  seules 
entre  deux  voyelles;  il  en  est  de  même  pour  le  j;  enfin,  la  diphtongue 
au  donne  aussi  lieu  à  la  liquescence. 

L'effet  produit  dans  le  chant  par  la  liquescence  est  d'effacer  le  son, 
de  l'étouffer  en  quelque  sorte  au  passage  d'une  syllabe  à  l'autre,  et  cette 
note  étouffée,  qui  doit  s'exécuter  en  o  portamento,  »  c'est-à-dire  en 
portant  la  voix,  remplit  dans  la  mélodie  le  rôle  de  la  voyelle  d'appui 
dans  le  corps  des  mots,  si  bien  que,  par  le  fait  de  la  liquescence,  et 
prononcé  à  l'italienne,  le  mot  confundantur,  par  exemple,  devient 
connefuw^^dannetur. 

b.  Les  lettres  romaniennes,  dont  Ekkehard  IV  le  Jeune,  chroniqueur 
de  Saint-Gall,  attribue  expressément  l'invention  à  Romanus,  ce  chantre 
romain  qui  vint  à  l'abbaye  de  Saint-Gall  au  temps  de  Charlemagne, 
sont  de  véritables  signes  accessoires  de  l'écriture  neumatique.  Elles  cor- 
respondent assez  bien  aux  signes  destinés  dans  notre  musique  moderne 
à  indiquer  les  nuances  et  le  mouvement.  On  ne  les  rencontre  que  dans 
les  manuscrits  sangalliens,  où  elles  sont  relatives  soit  à  l'intonation 
soit  au  rythme.  Elles  se  présentent  entremêlées  dans  les  figures  ueu- 
matiques  sous  la  forme  de  simples  lettres  ayant  chacune  sa  signification 
précise,  ainsi  : 

a  :  ut  altius  elevetur  admonet. 
p  :  pressionem  significat. 

L'exposé  de  la  notation  neumatique  devait  être  pour  les  Pères  de 
Solesmes  l'objet  de  leurs  premiers  soins  et  la  partie  importante  de  leu  r 
travail.  Ils  l'ont  d'ailleurs  compris  ainsi.  Mais,  une  fois  soulagés  de  cette 
tâche  ardue,  ils  ont  entamé  une  série  d'études,  qu'ils  mèneront  loin  et 
longtemps,  nous  pouvons  l'espérer,  où  ils  s'efforcent  de  prouver  par  des 
arguments  intrinsèques,  c'est-à-dire  tirés  des  cantilènes  sacrées  elles- 
mêmes,  que  l'accent  tonique  et  le  cursus  ont  exercé  une  influence 
active  sur  la  formation  mélodique  et  rythmique  de  la  phrase  grégorienne, 
qu'ils  sont  les  bases  sur  lesquelles  reposent  tout  l'édifice  du  chant,  l'os- 
sature qui  lie  et  soutient  ce  corps  mélodique. 


BIBLIOGRAPHIE.  695 

Ces  études,  d'une  importance  absolument  capitale  pour  la  restau- 
ration et  l'interprétation  des  chants  d'église,  sont  en  même  temps  une 
œuvre  de  saine  polémique  contre  l'hérésiarque  officiel  de  Ratisbonne, 
Pustet,  dont  les  éditions,  soi-disant  autorisées,  sont  en  matière  de  plain- 
chant  le  dernier  mot  de  la  fantaisie.  Dans  cette  croisade,  les  Bénédic- 
tins agissent  un  peu  comme  ces  évêques  guerriers  du  moyen  âge,  aux- 
quels il  était  défendu  de  verser  le  sang  et  qui  allaient  au  combat,  non 
avec  une  épée,  mais  avec  une  masse  d'armes.  On  ne  trouve  pas  en  effet 
dans  la  Paléographie  musicale  un  seul  mot  de  critique ,  pas  une 
remarque  désobhgeante  à  l'égard  de  Pustet,  mais,  en  regard  de  la  ver- 
sion des  manuscrits,  les  Bénédictins,  pour  la  plus  grande  édification  de 
leurs  lecteurs,  ont,  avec  un  art  extrême,  disposé  en  faisceau  les  erreurs 
de  l'édition  de  Ratisbonne  :  les  preuves  de  fait,  plus  sûres  que  la  cri- 
tique mordante,  sont  donc  pour  eux  leur  massue  de  combat. 

En  outre,  il  reste  à  signaler  une  brève  étude,  quelques  pages  à  peine, 
dans  laquelle  les  Pères  de  Solesmes  semblent  avec  raison  s'être  tout 
particulièrement  complu.  C'est  un  précis  d'histoire  de  la  notation  neu- 
matique,  et,  sans  vouloir  énumérer  après  eux  quels  furent  les  grands 
centres  de  dispersion  de  cette  écriture  ni  les  modifications  qu'elle  a 
reçues  dans  les  divers  pays  et  aux  différents  siècles,  nous  terminerons 
en  essayant  de  faire  ressortir  de  quelle  utilité  peut  être  l'étude  de  la 
Paléographie  musicale  non  seulement  aux  amis  éclairés  et  convaincus 
du  chant  liturgique,  qui  veulent  à  l'aide  des  manuscrits  anciens  en  éta- 
blir un  texte  vraiment  correct  et  critique,  mais  au  plus  profane  des 
savants,  à  l'érudit  le  plus  étranger  à  toute  question  religieuse. 

Désormais  le  paléographe  désireux  de  fixer  scientifiquement  l'âge  et  la 
provenance  d'un  manuscrit  n'aura-t-il  pas  deux  éléments  de  critique  au 
lieu  d'un,  pour  poser  ses  conclusions,  deux  éléments  de  critique  pou- 
vant se  contrôler  réciproquement,  le  texte  et  la  musique?  Les  chances 
d'erreur  se  trouvent  donc  diminuées  de  moitié.  Mieux  que  cela,  grâce 
à  la  connaissance  des  vieilles  notations  liturgiques,  il  ne  risquera  pas 
de  prendre  un  signe  neumatique  ou  une  lettre  romanienne  pour  une 
obscurité  paléographique. 

Enfin  les  Bénédictins,  —  et  ce  sera  peut-être  là  une  des  conséquences 
les  plus  fécondes  de  leur  œuvre,  —  nous  laissent  entrevoir  la  possibi- 
lité d'une  phonétique  musicale  :  il  y  a  pour  le  philologue  matière  à 
glaner  dans  ce  chant  liturgique  où  l'union  de  la  mélodie  et  du  texte 
est  si  étroite,  où  les  finesses  de  la  prononciation  ont  toujours  un  écho 
dans  le  chant.  On  n'a  pas  oublié  ce  que  sont  les  notes  liquescentes  ;  de 
ce  qu'elles  abondent  tout  particulièrement  dans  les  notations  lombardes 
du  sud  de  l'Italie,  n'en  faut-il  pas  entre  autres  choses  conclure  qu'il  y 
avait  en  ce  pays  une  prononciation  du  latin  plus  délicate  qu'ailleurs? 
L'étude  de  l'accent  tonique  trouve  aussi  dans  le  chant  de  l'église  des 
éléments  nouveaux;  de  même,  le  cursus,  que  M.  Noël  Valois  avait  res- 


696  BIBLIOGRAPHIE. 

treint  aux  bulles  pontificales,  s'en  va,  dépassant  la  langue  ecclésiastique, 
trouver  son  reflet  dans  le  chant  psalmodique. 

Peut-être  la  Paléographie  musicale  des  Bénédictins  de  Solesmes 
aura-t-elle,  comme  tant  d'œuvres  d'érudition,  le  sort  de  vieillir  avec  ceux 
qui  l'ont  faite  ;  mais  souvenons-nous  que  ce  sont  surtout  les  systèmes 
qui  vieillissent,  tandis  que  les  résultats  de  recherches  laborieuses,  les 
faits  précis,  les  plus  matériels  parfois,  les  recueils  de  documents  restent 
toujours  ce  qu'ils  sont.  Nous  avons  dans  la  Paléographie  une  riche  col- 
lection de  fac-similés  musicaux;  or,  si  les  théories  bénédictines  sur 
le  chant  liturgique  devaient  un  jour  par  aventure  céder  le  pas  à  celles 
de  Pustet,  on  n'en  consulterait  pas  moins  la  publication  de  Solesmes 
pour  les  documents  qui  s'y  trouvent  réunis,  pour  les  manuscrits  dont 
nous  avons  là  une  reproduction  fidèle  et  qui  sont  en  quelque  sorte  les 
témoins  irrécusables  de  la  vérité  des  théories  bénédictines  sur  les 
neumes  et  sur  les  cantilènes  sacrées. 

Pierre  Aubry, 

Notice  sur  le  numéro  16409  des  manuscrits  latins  de  la  Bibliothèque 
nationale,  par  B.  Hauréau,  tiré  des  Notices  et  extraits  des  manus- 
crits..., t.  XXXIV,  2*'  partie.  Paris,  Ch.  Klincksieck,  '1893.  Ill-4^ 
48  pages. 

M.  Hauréau  continue  à  enrichir  le  recueil  des  Notices  et  extraits  des 
manuscrits  de  la  Bibliothèque  nationale  et  autres  bibliothèques  de  savantes 
et  ingénieuses  notices  du  genre  de  celles  qu'il  a  récemment  réunies  dans 
les  six  volumes  in-S»  {Notices  et  extraits  de  quelques  manuscrits  latins  de 
la  Bibliothèque  nationale)  qui  ont  été  accueillis  avec  tant  de  reconnais- 
sance. —  La  présente  brochure  est  consacrée  à  un  manuscrit  qui  con- 
tient quantité  d'actes  théologiques  (vespéries,  auliques,  resomptes,  etc.,) 
soutenus  à  Paris,  au  xiv^  siècle.  «  Nous  ne  possédons  pas  d'autres  recueils, 
dit  M.  Hauréau,  qui  nous  fassent  mieux  connaître  quelles  étaient,  vers 
la  fin  du  xiv*'  siècle,  les  questions  agitées  entre  les  théologiens  de  Paris, 
comment  ils  les  discutaient  et  s'efforçaient  de  les  résoudre.  »  Ce  volume, 
donné  jadis  par  maître  Thomas  de  Cracovie  aux  pauvres  écoliers  de  la 
petite  Sorbonne,  est  aussi  assez  intéressant  pour  l'histoire  littéraire  :  on 
y  trouve  des  écrits  ou  des  «  positions  »  de  plusieurs  maîtres  connus,  tels 
que  le  sorbonniste  Nicolas  d'Autricourt  et  Richard  Barbe,  le  proviseur 
du  collège  d'Harcourt. 

Les  exercices  de  logique  appliqués  aux  problèmes  théologiques  dont 
le  ms.  lat.  16409  donne  le  compte-rendu  sont  d'ailleurs,  pour  la  plupart, 
très  faibles  ;  c'est  en  particulier  le  cas  des  nombreux  essais  d'écoliers 
qui  sont  consacrés  à  la  réfutation  des  doctrines  du  Doctor  profundus, 
Thomas  Bradwardin,  le  grand  théologien  du  temps.  Il  y  en  a  qui  dénotent 
quelque  vigueur  intellectuelle  :  mais  peu  de  personnes  ont  la  force  d'abs- 


BIBLIOGRAPHIE.  697 

traction  et  l'érudition  scolastique  qui  sont  nécessaires  pour  les  entendre; 
et  prend-on  la  peine  de  les  lire,  c'est  pour  en  constater  le  néant  et 
le  danger.  Telle  est  la  conclusion  de  M.  Hauréau  :  il  ne  faut  pas 
s'étonner  que  l'Église  se  soit  précipitée  dans  le  mysticisme  et  que  la 
théologie  de  Vlmilation  ait  remplacé  la  théologie  de  l'école.  Ces  débats 
au  sujet  de  l'inconnaissable,  insolubles  par  essence,  étaient  aussi  inquié- 
tants pour  l'orthodoxie  que  mortels  pour  la  pensée, 

Gh.-V.  L. 

Die  Eandschriften  der  grossherzoglich  Badischen  Hof-und  Landes- 
bibliothekin  Karlsruke.  IIV.  Die  Durlacher  und  Rastafter  Eand- 
schriften beschrieben,  von  x\lfred  Holder.  Karlsruhe,  Ch.  Th.  Groos, 
4895.  Gr.  in-8°,  206  page?. 

Le  fonds  de  Durlach  et  celui  de  Rastatt,  dont  M.  le  D^  Alfred  Hol- 
der vient  de  nous  donner  des  notices  rédigées  avec  le  plus  grand  soin, 
renferment  surtout  des  manuscrits  modernes,  qui  ont  assez  peu  d'in- 
térêt pour  nous.  Le  fonds  de  Rastatt  renferme  cependant  des  textes  du 
moyen  âge  qui  ont  une  grande  importance  : 

Le  no  22,  Correspondance  de  saint  Boniface,  etc. 

Le  n»  24,  Traités  ou  lettres  d'Alcuin,  de  saint  Jérôme,  d'Ives  de 
Chartres,  etc.  —  «  Historia  Waltarii.  » 

Le  n°  27,  «  Manegoldi  ad  Eberhardum  liber.  » 

Nous  appelons  l'attention  sur  le  n°  29,  petit  volume  de  53  feuillets 
de  parchemin,  de  la  première  moitié  du  xvi^  siècle,  dans  lequel  M.  le 
D""  Holder  nous  signale  des  pièces  relatives  à  François  I"  et  à  des  prin- 
cesses de  la  maison  royale.  Le  volume  est  orné  de  14  miniatures,  parmi 
lesquelles  on  remarque  les  portraits  de  François  I^r,  de  Louise  de  Savoie 
et  de  Marguerite  de  Valois. 

G.  ScHLUMBERGER.  Mélanges  d'archéologie  byzantine.  1"'^  série.  Paris, 
E.  Leroux,  -1895.  In-8",  350  pages. 

C'est  un  excellent  exemple  que  donne  M.  Schlumberger  en  réunis- 
sant en  un  volume  les  nombreux  articles  déjà  publiés  par  lui  dans 
divers  recueils.  Il  a  la  prudence  de  mettre  ainsi,  entre  les  mains  des 
érudits,  les  diverses  notes  et  dissertations  que,  faute  de  les  trouver  au 
moment  où  l'on  en  a  besoin,  on  risquerait  d'ignorer.  Il  a  voulu  éviter 
à  d'autres  le  labeur  qu'il  s'était  imposé  lorsqu'il  voulut  rendre  hom- 
mage à  la  mémoire  d'Adrien  de  Longpérier. 

M,  Schlumberger  a  une  connaissance  toute  spéciale  de  l'histoire  et 

1.  Les  deux  premiers  fascicules,  publiés  en  1891  et  1892,  sont  consacrés  le 
premier  à  l'histoire  des  collections  et  le  second  à  la  notice  des  manuscrits 
orientaux. 

4895  46 


698  BIBLIOGRAPHIE. 

de  l'archéologie  byzantines.  Le  recueil  qu'il  offre  à  ses  lecteurs  touche 
un  peu  à  tout  :  numismatique,  sphragistique,  amulettes,  poids,  ivoires, 
orfèvrerie,  reliquaires.  Ces  articles  ont  paru  d'abord  dans  la  Revue  de 
numismatique,  les  Comptes-rendus  de  l' Académie  des  inscriptions  et  belles- 
lettres,  la  Gazette  des  beaux-arts,  le  Bulletin  monumental,  la  Revue  de 
l'Orient  latin,  la  Byzantinische  Zeitschrift,  la  Fondation  Piot,  la  Revue 
des  études  grecques. 

Nous  n'avons  qu'un  léger  reproche  à  faire  à  notre  savant  confrère  ; 
dans  un  livre  où,  il  le  dit  lui-même,  il  y  a  tant  de  sujets  traités,  tant 
de  questions  présentées  au  public,  tant  de  monuments  décrits,  on  aime- 
rait à  trouver  une  table  détaillée  des  matières.  M.  Schlumberger  l'a 
bien  reconnu  lorsqu'il  s'est  occupé  de  l'œuvre  de  Longpérier.  Du  reste, 
nous  n'avons  aujourd'hui  qu'une  première  série.  Il  nous  est  permis 
d'espérer  dans  l'avenir. 

A.   DE   B. 

Gh.  GiVELET,  II.  Jadart,  L.  Demaisox.  Catalogue  du  Musée  lapidaire 
rémois.  Reims,  N.  Monce,  ^89o.  ln-8°,  ^00  pages,  avec  gravures 
intercalées. 

Il  y  a  quelques  années,  la  ville  de  Reims  ne  pouvait  présenter  aux 
curieux  que  quelques  rares  inscriptions;  aujourd'hui, grâce  aux  recherches 
de  patients  archéologues  et  à  des  fouilles  heureuses,  Reims  peut  se 
vanter  d'avoir  un  musée  lapidaire.  Cette  collection,  qui  remplit  la  cha- 
pelle basse  de  l'archevêché,  serait  bien  plus  curieuse  encore  à  consulter 
si  l'on  y  centralisait  tout  ce  qui  est  dispersé  dans  deux  autres  locaux; 
mais  l'espace  manque  et  il  faut  attendre  la  construction  d'un  musée 
spécial  qui  est  projetée,  mais  qui  se  fera  peut-être  attendre  quelques 
années. 

Le  catalogue  de  la  chapelle  de  l'archevêché  comprend  202  articles, 
depuis  l'époque  antique  jusqu'au  xvii«  siècle.  Chaque  objet  est  décrit 
avec  soin  et  les  auteurs,  toutes  les  fois  qu'il  y  a  lieu,  ajoutent  à  la  des- 
cription un  commentaire  aussi  sobre  qu'instructif. 

A.   DE  B. 

Joseph  Garnier.  V Artillerie  des  ducs  de  Bourgogne,  d'après  les 
documents  conservés  aux  archives  de  la  Côte-d'Or.  Paris,  II.  Cham- 
pion, ^895.  In-8°,  298  pages. 

Le  savant  et  infatigable  doyen  des  conservateurs  d'archives  départe- 
mentales, M.  Joseph  Garnier,  vient  de  compléter  sa  monographie  de 
l'Artillerie  de  la  commune  de  Dijon...  ^  par  une  substantielle  étude  d'en- 

1.  Dijon,  1863,  in-S",  64  p.  et  4  pi.  (Extrait  de  V Annuaire  du  département 
de  lu  Côle-d'Or.) 


BIBLIOGRAPHIE.  699 

semble  sur  l'Artillerie  des  ducs  de  Bourgogne  de  la  maison  de  France. 
Voilà  enfin  comblée,  non  seulement  au  point  de  vue  bourguignon,  mais 
comme  histoire  générale  des  débuts  de  la  balistique  moderne,  une 
lacune  dont  tous  les  auteurs  spéciaux  avaient  jusqu'à  présent  à  cons- 
tater et  à  regretter  l'étendue. 

Il  n'existe  pas,  en  effet,  et  il  ne  peut  guère  exister  de  travail  analogue 
à  celui-ci  pour  l'ancienne  artillerie  ^  des  rois  de  France,  non  plus  que 
pour  celle  des  ducs  d'Anjou,  de  Berry,  d'Orléans,  de  Bourbon,  de  Bre- 
tagne, de  Lorraine,  de  Savoie,  etc.;  les  matériaux  nécessaires  à  cette 
enquête  ont  en  grande  partie  disparu.  Avec  les  ducs  de  Bourgogne, 
heureusement,  les  informations  abondent. 

L'incomparable  série  de  comptes  que  possèdent  les  Archives  de  la 
Gôte-d'Or  et  que  connaît  si  à  fond  notre  érudit  collègue  lui  a  fourni  une 
réunion  de  documents  d'une  richesse,  d'une  variété  et  d'un  intérêt 
exceptionnels.  Le  parti  qu'il  a  su  tirer  d'une  prodigieuse  masse  d'ex- 
traits, le  soin  qu'il  a  apporté  à  les  coordonner  et  à  les  commenter 
rehaussent  encore  l'importance  de  son  ouvrage. 

Depuis  les  «  engins  »  employés  par  le  duc  Eudes  IV  en  1336,  depuis 
les  «  quanons  »  rudimentaires  qui  apparaissent  pour  la  première  fois  au 
début  du  règne  de  Philippe  le  Hardi,  jusqu'aux  diverses  espèces  de 
bouches  à  feu  en  usage  sous  Charles  le  Téméraire,  —  bombardes, 
veuglaires,  couleuvrines,  serpentines,  etc.,  —  depuis  les  fusées  de  feu 
grégeois  jusqu'aux  arquebuses,  tout  le  matériel  de  guerre  du  moyen 
âge  est  ici  successivement  passé  en  revue  avec  un  luxe  de  détails  qui 
ne  laisse  rien  à  désirer  pour  l'histoire  militaire  de  la  Bourgogne  pro- 
prement dite,  le  cadre  de  l'auteur  ne  comprenant  pas  les  sources  de 
renseignements  complémentaires  de  la  Chambre  des  comptes  de  Lille, 
relatives  plus  spécialement,  à  partir  de  Philippe  le  Bon,  au  vaste 
domaine  des  ducs  dans  la  région  du  nord.  Mais  les  limites  mêmes  de 
ce  cadre  sont  assez  larges  et  offrent  assez  d'élasticité  pour  que  nous 
n'ayons  pas  à  nous  plaindre  de  la  restriction  systématique  du  champ 
d'exploration.  Tel  quel,  le  livre  répond  à  toutes  les  exigences  :  inven- 
taires généraux  d'artillerie,  états  particuliers  de  canons,  de  veuglaires, 
etc.,  reproduisant  parfois  la  marque  de  chaque  pièce,  marchés  conclus 
avec  des  fondeurs  de  bombardes,  relations  de  sièges,  —  on  n'en  ren- 
contre nulle  part,  à  ma  connaissance,  d'aussi  complète,  sous  le  rapport 
technique,  que  celle  du  siège  de  Vellexon  (1409-1410),  —  historique  du 
personnel  de  l'artillerie  des  ducs  [artilleurs,  maîtres  canonniers,  maîtres 
de  l'artillerie,  etc.),  données  balistiques  de  tout  genre;  les  patientes 
investigations  de  M.  Garnier  ont  porté  sur  les  grandes  lignes  de  son 
sujet  et  sur  les  moindres  points,  et  on  lui  doit  d'avoir  mis  en  lumière 
tout  ce  qu'il  importe  réellement  de  savoir. 

1.  Rappelons  que  le  mot  artillerie  est  pris  ici  dans  son  acception  du  moyen 
âge  :  matériel  de  guerre  de  tout  genre. 


700  BIBLIOGRAPHIE. 

Ajoutons  que  les  lecteurs  auxquels  ce  volume  s'adresse  y  trouveront, 
aux  appendices,  un  tableau  comparatif  des  divers  genres  de  canons 
mentionnés  au  cours  de  l'ouvrage,  tableau  indiquant,  sous  forme  de 
résumé  synoptique,  les  «  dimensions,  calibre,  charge  et  attelage  des 
pièces  d'artillerie.  »  L'auteur  a  aussi  assumé  la  tâche  de  dresser,  —  au 
prix  de  quel  labeur?  les  médiévistes  seuls  peuvent  s'en  rendre  compte, 
—  un  copieux  et  excellent  «  glossaire  des  mots  anciens  ou  d'une  accep- 
tion difficile,  »  oîi  les  lexicographes  de  notre  vieille  langue  devront 
beaucoup  glaner.  Enfin,  deux  index,  l'un,  des  noms  de  personnes, 
l'autre,  des  noms  de  Ueux,  et  une  table  des  matières  offrent  toute  faci- 
lité de  recherches  aux  personnes  appelées  à  profiter,  pour  leurs  tra- 
vaux, des  nombreux  et  précieux  documents  si  bien  mis  en  œuvre  par 
M.  Garnier. 

B.  P. 

Le  D""  Paul  Dorveaux,  bibliothécaire  de  l'École  supérieure  de  phar- 
macie de  Paris.  Inventaires  d'anciennes  pharmacies  dijonnaises 
(xv^  siècle).  Dijon,  -1892.  In-8^  29  pages.  —  Inventaire  de  la 
pharmacie  de  l'hôpital  Saint-Nicolas  de  Metz  (27  juin  -1509). 
Paris,  LS94.  In-8°,  73  pages.  —  Une  Pharmacopée  française  du 
XIV^  siècle,  tirée  de  /'Axtidotaricm  Nicolai,  et  diverses  recettes 
de  la  même  époque^  publiées  d'^après  un  manuscrit  de  la  Biblio- 
thèque nationale.  Paris,  ^895.  In-8'',  47  pages.  —  Le  Myroael 
des  appolhiquaires  et  pharmacopoles  (le  Miroir  des  apothicaires), 
par  Symphorien  Ghanpier.  Nouvelle  édition...  Paris,  1895.  In-8% 
5()  pages. 

Malgré  la  spécialité  de  leur  sujet,  ces  quatre  publications  doivent 
être  au  moins  signalées  dans  un  recueil  particulièrement  consacré, 
comme  celui-ci,  à  l'étude  du  moyen  âge.  Elles  fournissent  en  etïet  un 
appoint  important  à  l'histoire  de  la  pharmacopée  française  du  xiv<=  au 
xvi«  siècle,  grâce  aux  annotations  et  aux  commentaires  que  l'auteur  a 
partout  prodigués  avec  une  érudition  et  une  compétence  auxquelles  il 
n'est  que  juste  de  rendre  hommage. 

Les  lexicographes  qui  se  sont  attachés  à  la  reconstitution  du  latin  et 
du  français  de  la  période  médiévale  ont  trop  négligé  jusqu'ici  les 
grandes  encyclopédies  des  sciences  naturelles  d'il  y  a  quatre  ou  cinq 
siècles,  telles  que  les  Synonyma  medicinae  seu  Glavis  sanationis,  de 
Simon  de  Gênes,  VOpus  Pandectarum  medicinae,  de  Mathieu  Silvatico, 
VHorlus  sanitalis,  de  Jean  Cuba,  VArbolayre,  contenant  la  qualitey  et 
virtus  (sic),  proprietey  des  herbes,  arbres...,  les  Opéra  omnia,  d'Aldro- 
vandi,  etc.,  etc.  A  combien  d'entre  nous  n'arrive-t-il  pas  souvent  d'être 
fort  embarrassé  pour  élucider  le  sens  de  tel  ou  tel  mot  scientifique 
rencontré  au  cours  d'un  vieux  texte?  A  ce  point  de  vue,  les  tables 
jointes  aux  publications  de  M.  le  D"-  Dorveaux  éviteront  dès  aujourd'hui 


BIBLIOGRAPHIE.  70^ 

bien  des  recherches  infructueuses  dans  du  Gange,  La  Gurne  de  Sainte- 
Palaye,  Godefroy,  etc.,  en  attendant  que  le  savant  bibliothécaire  de 
l'École  de  pharmacie  fasse  bénéficier  le  public  du  glossaire  complet 
qu'il  prépare  sur  la  matière. 

Prenons  un  exemple  au  hasard.  Qu'était-ce  que  le  vernis  contenu 
dans  un  petit  récipient,  qui  figure  parfois  dans  les  anciens  inventaires 
mobiliers,  parmi  les  menus  objets  composant  «  une  escriptoire  »? 
Du  Gange  traduit  «  vernicium  »  par  «  liquata  juniperi  lacryma;  gallice 
vernis.  »  Rien  là-dessus  dans  La  Gurne  de  Sainte-Palaye.  Le  Glossaire 
de  Laborde  contient  deux  citations  de  ce  terme,  mais  il  ne  l'explique 
pas  et  en  «  ignore  l'étymologie.  »  Godefroy  ne  mentionne  pas  cette 
acception  du  mot  vernis,  et,  des  deux  autres  sens  qu'il  indique,  l'un 
est  erroné.  M.  le  D""  Dorveaux  nous  révèle,  d'après  des  auteurs  des  xiv« 
et  xve  siècles,  que  «  le  vernis  à  getter  sur  escripture  »  est  la  sandaraque. 

B.  P. 

Edouard  Bonvalot,  ancien  conseiller  de  Cour  d'appel.  Histoire  du 
droit  et  des  institutions  de  la  Lorraine  et  des  Trois-Évêchés  (843- 
^789)  (1"  partie  :  du  Traité  de  Verdun  à  la  mort  de  Charles  II), 
avec  une  introduction  de  M.  Ernest  Glasson,  membre  de  l'Institut. 
Paris,  Pichon,  -J895.  In-8°,  vii-386  et  xxiv  pages. 

M.  Edouard  Bonvalot  est  bien  connu  de  quiconque  s'occupe  d'his- 
toire du  droit;  voici  de  longues  années  qu'il  cultive  avec  succès  le 
champ  si  vaste  de  l'ancien  droit  alsacien  ou  lorrain.  G'est  au  droit  lor- 
rain qu'il  vient  de  consacrer  le  premier  volume  d'une  œuvre  importante, 
justement  honorée  du  prix  Odilon  Barrot  par  l'Académie  des  sciences 
morales  et  politiques;  une  intéressante  introduction  de  M.  Glasson  le 
présente  au  public.  Ge  volume  concerne  exclusivement  l'époque  com- 
prise entre  le  traité  de  Verdun  (843)  et  la  mort  du  duc  Gharles  II 
(1431),  qui  se  divise  naturellement  en  deux  périodes  :  l'une  antérieure 
à  l'avènement  du  duc  Gérard  d'Alsace  (1048),  c'est-à-dire  à  la  constitu- 
tion définitive  du  duché  héréditaire,  l'autre  postérieure  à  cet  avène- 
ment. 

Les  deux  parties  du  volume,  répondant  à  chacune  de  ces  périodes, 
présentent,  comme  on  peut  s'y  attendre,  des  caractères  très  différents. 
A  l'époque  carolingienne  et  au  siècle  qui  la  suit,  peu  de  traits  originaux 
distinguent  les  institutions  du  pays  lorrain;  aussi  l'exposé  du  droit 
public  de  la  Lorraine,  contenu  dans  la  première  partie,  n'est,  en  somme, 
qu'un  tableau  en  raccourci  du  droit  public  de  l'État  carolingien.  Ge 
tableau  est  tracé  d'après  un  plan  rigoureusement  méthodique,  à  savoir  : 
histoire  sommaire  de  la  Lorraine,  sources  du  droit,  la  nation  et  le 
roi,  gouvernement  central,  gouvernement  provincial,  justice,  armée, 
finances.  Un  dernier  chapitre  est  consacré  aux  divers  éléments  du 


702  BIBLIOGRAPHIE. 

régime  féodal,  qui  doit  remplacer  l'édifice  bâti  par  les  rois  francs,  c'est- 
à-dire  l'immunité  avec  l'avouerie  des  églises  qui  en  fut  la  conséquence, 
l'hérédité  des  offices,  la  recommandation  et  la  vassalité,  les  bénéfices  et 
les  fiefs.  On  remarquera  qu'il  n'est  question  que  du  droit  public;  le 
droit  privé  est  réservé  à  un  autre  volume.  Je  me  borne  à  signaler  dans 
cette  vaste  et  consciencieuse  étude  quelques  points  qui  méritent  un  inté- 
rêt particulier  : 

1°  Il  y  a  quelques  années,  en  1890,  M.  Bonvalot  a  proposé',  sur  l'ori- 
gine des  formules  de  Marculfe,  une  opinion  tout  à  fait  nouvelle. 
Cette  opinion,  avec  les  motifs  sur  lesquels  elle  repose,  est  exposée 
tout  au  long  dans  l'ouvrage  de  M.  Bonvalot.  Elle  peut  être  ainsi 
résumée  :  Marculfe  fut,  dans  la  seconde  moitié  du  vn^  siècle,  le 
cellérier  du  monastère  de  Salinis  (Moyenvic,  en  Lorraine).  Il  a  com- 
posé son  formulaire  à  l'aide  de  documents  austrasiens,  en  se  con- 
formant d'ailleurs  aux  coutumes  de  la  région  où  il  habitait.  Il  l'a 
successivement  dédié  à  deux  évèques  de  Metz,  saint  Clou  et  Landéric 
ou  Landry.  «  A  ce  titre,  Marculfe  est  le  plus  ancien  historien  des  vieux 
usages  de  la  Lorraine.  »  On  voit  combien  cette  opinion  diffère  des  idées 
généralement  reçues,  d'après  lesquelles  Marculfe  serait  un  moine  de 
Saint-Denis  en  France  dédiant  son  œuvre  à  Landry,  évêque  de  Paris, 
ou  un  moine  de  Rebaix  l'offrant  à  un  autre  Landry,  évêque  de  Meaux. 

2°  En  traitant  des  sources  du  droit,  M.  Bonvalot  rencontre  le  groupe 
des  collections  pseudo-isidoriennes.  Sur  la  question  de  l'origine  des 
Fausses  Décrétales,  il  indique  sommairement  les  diverses  opinions;  mais 
il  s'abstient  de  se  prononcer,  ce  en  quoi  je  ne  puis  lui  donner  raison. 
Je  ne  crois  pas  non  plus  qu'on  puisse  dire  que  les  Fausses  Décrétales 
n'ont  été  vulgarisées  en  Allemagne  qu'à  partir  du  xi^  siècle 2;  elles  y 
ont  circulé  de  très  bonne  heure,  ainsi  qu'en  France  et  en  Italie.  —  Il 
ne  semble  pas  qu'on  puisse  sans  témérité  faire  d'Angilramn,  évêque  de 
Metz  à  la  fin  du  vni«  siècle,  le  promoteur  du  Capitula  Angilrainni;  ces 
extraits  appartiennent  certainement  à  la  littérature  isidoricnne,  posté- 
rieure d'un  demi-siècle  à  Angilramn. 

3°  On  lira  avec  un  intérêt  particulier  le  chapitre  où  il  est  traité  des 
éléments  de  la  féodalité.  On  y  trouvera  notamment  des  renseignements 
intéressants  sur  l'immunité  et  l'avouerie,  institutions  importantes  en 
tous  pays,  mais  particulièrement  en  Lorraine.  Sur  les  avoueries,  M.  Bon- 
valot a  écrit  un  excellent  chapitre,  en  tète  duquel,  suivant  sa  coutume, 


1.  Dans  son  mémoire  manuscrit  soumis  à  l'Académie  des  sciences  morales  et 
poliliques.  Voyez  sur  ce  mémoire,  couronné  par  l'Académie  des  sciences  morales, 
le  rapi)ort  de  M.  Glasson,  Séances  et  travaux  de  l'Académie  des  sciences  morales, 
t.  CX.XXVI  (18')1).  Celte  opinion  est  identique  pour  le  fond  à  celle  que,  de  son 
côté,  M.  Pfister  a  développée  dans  la  Revue  historique  (septembre  1892). 

2.  P.  19. 


BIBLIOGRAPHIE.  703 

il  a  placé  une  riche  bibliographie.  Sur  l'immunité,  après  avoir  établi  la 
liste,  fort  utile  à  consulter,  des  chartes  octroyées  aux  églises  lorraines, 
l'auteur  soutient,  contre  Fustel  de  Coulanges,  que  l'immunité  était,  en 
principe,  concédée  par  le  souverain  tant  pour  lui-même  que  pour  ses 
successeurs,  en  d'autres  termes,  qu'elle  était  perpétuelle.  Il  estime,  à 
rencontre  de  M.  Prost,  l'historien  des  institutions  de  Metz,  et  de  divers 
autres  auteurs,  qu'elle  implique  véritablement  l'étabhssement  d'un  droit 
de  justice  en  faveur  de  l'immuniste.  —  Sa  conclusion  générale  est  qu'en 
Lorraine  «  les  seigneurs,  laïcs  et  ecclésiastiques,  arrivèrent  plus  aisé- 
ment et  plus  rapidement  qu'ailleurs  à  l'affranchir  de  l'autorité  royale,  à 
s'assurer  l'hérédité  de  leurs  charges  et  de  leurs  bénéfices.  »  Les  nom- 
breuses principautés  qui  se  formèrent  a  jouissaient  de  l'indépendance 
et  de  la  souveraineté  sous  le  pouvoir,  plus  nominal  que  réel,  du  roi  de 
Germanie.  » 

La  seconde  partie,  plus  originale  que  la  première,  contient  la  vraie 
substance  de  l'œuvre  de  M.  Bonvalot.  C'est  qu'alors  il  y  a  une  Lorraine 
et  un  droit  lorrain  se  manifestant  par  des  institutions  qui  lui  appar- 
tiennent en  propre,  parce  que,  les  ayant  prises  dans  le  fonds  commun, 
il  les  a  transformées  à  son  usage.  Le  plan  suivi  par  M.  Bonvalot  est, 
dans  ses  grandes  lignes,  le  même  que  celui  de  la  première  partie  :  esquisse 
de  l'histoire  politique,  sources  du  droit,  puis  étude  des  institutions,  à 
savoir  :  la  chevalerie  et  le  duc,  le  gouvernement  central,  le  gouverne- 
ment local,  l'organisation  judiciaire,  militaire  et  financière.  Tout  ceci 
concerne  surtout  le  domaine  ducal.  M.  Bonvalot  examine  ensuite  les 
institutions  propres  au  Barrois,  réuni  à  la  Lorraine  au  xv^  siècle,  et  l'or- 
ganisation des  seigneuries  particulières. 

De  cet  ensemble,  si  riche  de  faits  observés  avec  soin,  je  ne  puis 
retenir  que  deux  points,  très  caractéristiques,  à  mon  sens,  des  institu- 
tions lorraines ^. 

Le  premier,  c'est  l'existence  en  ce  pays,  depuis  les  temps  les  plus 
reculés,  d'une  «  chevalerie.  »  Cette  chevalerie  est  décrite  par  M.  Bon- 
valot comme  un  corps  de  barons,  existant  dès  le  x^  siècle,  souverains 
et  hauts-justiciers  sur  leurs  terres,  indépendants  les  uns  des  autres, 
«  jouissant  en  face  de  l'autorité  ducale  et  contre  elle  de  prérogatives  par- 
ticuhères.  »  Ces  prérogatives  consistent  dans  la  part  importante  que 
prennent  les  chevaliers  au  gouvernement  du  pays  et  à  l'administration 
de  la  justice  ;  aussi  se  prétendent-ils  les  égaux  et  les  juges  du  duc.  J'ima- 
gine que  cette  chevalerie  n'est  qu'une  forme  de  l'aristocratie  foncière  en 
laquelle  se  sont  concentrés  les  droits  des  hommes  libres  de  l'époque 

1.  Il  n'est  pas  inutile  de  faire  remarquer  qu'à  propos  des  sources  du  droit 
lorrain  pendant  cette  période  M.  Bonvalot  émet  l'opinion  que  «  le  Miroir  de 
Souabe  n'a  jamais  fait  autorité  en  Lorraine  ni  servi  d'auxiliaire  à  ses  coutumes  » 

(p.  208). 


704  BIBLIOGRAPHIE. 

franque.  Au  début  du  moyen  âge,  comme  il  est  arrivé  souvent  dans 
l'histoire,  il  n'y  a  plus  que  les  riches  et  les  puissants  qui,  ayant  cons- 
cience des  droits  reconnus  jadis  à  tous  les  membres  de  la  communauté, 
se  préoccupent  de  les  exercer  ;  à  l'homme  libre  succède  l'homme  de  con- 
dition supérieure.  Il  en  fut  ainsi  en  Lorraine,  et  de  là  dut  naître  la 
chevalerie.  Cette  aristocratie  était  d'ailleurs  destinée  à  disparaître  devant 
les  progrès  du  pouvoir  absolu  :  elle  se  maintint  plus  longtemps  en  Lor- 
raine par  suite  de  sa  cohésion  et  aussi  par  l'effet  de  la  faiblesse  des  ducs, 
qui,  à  plusieurs  reprises,  durent  rechercher  son  appui. 

L'autre  fait  qu'il  importe  de  signaler  résulte  des  observations  de 
M.  Bonvalot  sur  la  constitution  du  pouvoir  judiciaire.  Ce  sont  les  cheva- 
liers présents  dans  les  assises  qui  y  jugent  ;  de  même  les  échevins  dans 
les  tribunaux  de  bailliage,  de  prévôté  et  de  mairie  ;  le  duc,  ou  mieux 
le  fonctionnaire  qui  le  représente,  ne  fait  que  recueillir  les  avis  et  pronon- 
cer la  sentence.  Le  même  système  se  retrouve  dans  les  justices  seigneu- 
riales et  dans  ces  tribunaux  d'une  organisation  si  originale  qu'on  appelle 
les  féautés.  En  vérité,  M.  Bonvalot  a  bien  raison  d'écrire  :  «  La  législa- 
tion lorraine  a  recueilli  du  droit  franc  un  principe  qui  fonctionne  d'une 
façon  constante,  pour  les  roturiers  comme  pour  les  nobles,  dans  les 
juridictions  seigneuriales  comme  dans  les  juridictions  ducales,  dans  les 
campagnes  comme  dans  les  villes;  c'est  la  justice  parles  pairs  ^  »  Ce 
sont  là  de  vieilles  idées  germaniques  qui  se  maintiennent;  on  les  retrou- 
verait un  peu  partout,  mais  surtout  dans  les  régions  plus  profondément 
empreintes  de  l'esprit  des  Germains,  en  Flandre,  en  Hainaut,  en  Artois, 
en  Picardie^.  D'ailleurs,  cet  esprit  rencontre  de  bonne  heure  l'esprit 
romain;  on  en  a  la  preuve,  par  exemple,  dans  les  multiples  combinai- 
sons du  principe  germanique  du  jugement  par  les  pairs  avec  le  principe 
romain  de  l'appel  qu'il  est  possible  de  constater  dans  l'exposé  de  M.  Bon- 
valot. Quoi  qu'il  en  soit,  le  droit  lorrain  du  moyen  âge  est,  pour  une 
large  part,  un  droit  germanique  qui  s'exprime  en  français. 

Il  y  aurait  des  réserves  à  faire  sur  quelques-unes  des  opinions  émises 
par  M.  Bonvalot.  Je  ne  saurais,  par  exemple,  adhérer  avec  lui  à  la  légende 
de  la  captivité  du  duc  Ferry  III,  que,  dans  la  seconde  moitié  du  xiii«  siècle, 
les  chevaliers  lorrains  auraient  enfermé  dans  la  tour  de  Maxéville  :  aucun 
témoignage  contemporain  ne  peut  être  invoqué  à  l'appui  de  ce  récit,  qui 
se  présente  pour  la  première  fois  au  xv<=  siècle,  dans  les  mémoires  de 
Louis  d'Haraucourt,  avec  tous  les  signes  extérieurs  d'une  historiette 


1.  P.  291. 

2.  Il  serait  bien  intéressant  de  comparer  les  plaids  banaux  de  Lorraine 
(p.  2U0-2yi)  avec  les  franches-vérilés  d  Artois,  de  Flandre  ou  de  Picardie,  ins- 
titution qui  mériterait  une  étude  attentive.  Le  précieux  et  trop  peu  connu 
recueil  de  Bouthors  sur  les  coutumes  locales  du  bailliage  d'Amiens  fournirait 
beaucoup  de  matériaux  pour  cette  étude. 


BIBLIOGRAPHIE.  705 

faite  après  coup^.  Je  tiens  aussi  pour  excessifs  les  termes  par  lesquels 
M.  Bonvalot  caractérise  l'action  du  pouvoir  pontifical  au  moyen  âge; 
on  ne  saurait  admettre,  à  mon  avis,  qu'Innocent  III  «  ait  mis  tout  le 
clergé  dans  son  vasselage  immédiat  par  la  réduction  des  pouvoirs  de 
l'épiscopat,  par  la  transformation  des  conciles  et  des  élections  épisco- 
pales  et  abbatiales  en  vains  simulacres...;  »  il  est  inexact  d'ajouter  «  qu'il 
n'y  avait  plus  dans  le  monde  qu'une  autorité,  celle  des  papes  2.  » 

Au  demeurant,  ce  premier  volume,  très  complètement  documenté, 
fruit  d'un  travail  très  méritoire,  remplit  une  lacune  dans  l'histoire  de 
notre  droit;  aussi  faut-il  souhaiter  la  prompte  publication  des  volumes 
destinés  à  parfaire  l'œuvre  du  savant  auteur.  Ce  n'est  que  justice  de 
signaler  en  terminant  les  appendices  bibliographiques  qui  complètent 
l'ouvrage.  L'un  d'eux,  véritable  travail  de  bénédictin  (j'emprunte  les 
expressions  de  M.  Glasson),  épargnera  bien  des  recherches  :  c'est  la  liste 
des  cartulaires  de  Lorraine  et  des  Trois-Évêchés,  avec  l'indication  de 
leur  âge  et  du  dépôt  qui  les  contient. 

Paul  FOURNIER. 


La  Marche  historique  de  Lille,  par  Etienne  Durand  (H.  Verly)  et 
E.  Van  Driesten.  Lille,  impr.  L.  Danel.  In-foL,  ^173  pages  (tiré  à 
200  exemplaires.  Prix  :  -100  fr.). 

Le  9  octobre  1892,  se  déroulait  dans  les  rues  de  la  ville  de  Lille,  en 
commémoration  du  centenaire  de  la  levée  du  siège  de  1792,  un  cortège 
historique  dont  le  programme,  l'ordre  et  les  costumes  avaient  été 
réglés,  jusque  dans  les  plus  minutieux  détails,  par  une  commission 
composée  d'érudits  et  d'artistes.  Elle  travailla  à  son  organisation  pen- 
dant plusieurs  mois.  Secondée  par  les  dons  généreux  de  la  ville  et  des 
particuliers  (la  dépense  totale  s'éleva  à  450,000  francs),  ses  efforts  furent 

1.  L'authenticité  de  cette  légende  a  été  combattue  par  beaucoup  d'auteurs 
que  cite  M.  Bonvalot,  notamment  par  M.  Lepage,  l'ancien  archiviste  de  Meurthe- 
et-Moselle.  L'œuvre  antérieure  de  la  critique  a  été  reprise  et  exposée  en  termes 
décisifs  par  M.  Pfisler  dans  son  Histoire  de  Nancy,  cours  professé  à  la  Faculté 
des  lettres  de  Nancy  el  reproduit  au  fur  et  à  mesure  en  supplément  de  Isl  Lor- 
raine artiste  (Nancy,  1895,  p.  64  et  suiv.). 

2.  A  propos  du  grand  schisme,  M.  Bonvalot  fait  remarquer  que  si  les  évêques 
lorrains  furent  clémentins,  nombre  de  fidèles,  et  parmi  eux  des  bourgeois  de 
Metz  et  de  Toul,  se  signalèrent  par  leur  attachement  à  Urbain  VL  Grâce  à 
l'obligeante  communication  d'un  chapitre  du  livre  de  M.  Noël  Valois  sur  le 
grand  schisme,  qui  paraîtra  prochainement,  je  suis  en  mesure  d'ajouter  que 
l'opposition  urbaniste  fui  sérieuse  en  Lorraine,  et  que  les  bourgeois  des  trois 
villes  épiscopales,  Verdun  comme  Metz  el  Toul,  ne  craignirent  pas  de  s'y  asso- 
cier. Il  y  eut  même  des  compétiteurs  urbanistes  aux  sièges  épiscopaux  de  Metz 
et  de  Verdun. 


706  BIBLIOGRAPHIE. 

couronnés  d'un  plein  succès  et  l'on  peut  dire  que  ce  cortège  laissera  un 
souvenir  impérissable  aux  milliers  d'étrangers  accourus  de  toutes  parts 
et  qui,  avec  le  regretté  président  Carnot,  s'extasièrent  devant  ses  splen- 
deurs sans  rivales,  même  en  Flandre,  cette  terre  classique  des  spectacles 
historiques  de  ce  genre. 

C'est  ce  souvenir  que  MM.  Etienne  Durand  et  E.  "Van  Driesten  se 
sont  proposé  de  conserver  dans  un  ouvrage  dont  le  texte  et  les  nom- 
breuses gravures  reproduisent  aussi  fidèlement  qu'artistement  les  fastes 
de  Lille.  Ces  fastes  comprennent  les  sept  grandes  époques  de  l'histoire 
de  Lille  et  des  Flandres.  Trente-cinq  gravures  en  lithochromie  (cinq 
pour  chaque  époque)  reconstituent  en  grande  partie  le  cortège  du  9  oc- 
tobre. Ce  sont  : 

l''e  époque.  —  1.  La  légende;  Lydéric  enfant  ;  Finaert;  le  château  du 
Bue.  2.  Les  sonneurs  de  conques;  les  guerriers.  3.  Le  roi  Clotaire. 
4.  Le  comte-forestier  de  Flandre  et  les  hommes  de  l'abbaye  de  Saint- 
Amand.  5.  Les  défricheurs  du  sol  de  l'abbaye  de  Saint- Waast. 

2«  époque.  xi«  siècle.  —  1.  Le  châtelain  Robert  et  ses  hommes 
d'armes.  2.  Les  avoués  et  prévôts.  3.  Le  maire  héréditaire  de  Lille; 
Bauduin  V  et  Adèle  de  France;  Philippe  l".  4.  Les  communiers  et  les 
hommes  d'armes  du  comte  de  Flandre.  5.  Guillaume  le  Conquérant  et 
Mathilde  de  Flandre  ;  chapitre  de  Saint-Pierre. 

3*^  époque.  xni°  siècle.  —  1.  Hérauts  de  l'Échevinagc.  2.  Le  Rewart; 
le  Maïeur;  l'Échevinage;  le  comte  Ferrand  captif.  3.  Le  comte  de  Cham- 
pagne ;  le  sire  de  Coucy;  le  seigneur  de  Montmorency;  le  roi  saint 
Louis;  le  sire  de  Joinville.  4.  Seigneurs  de  Flandre;  Jacquemars  Giélée 
et  ses  trouvères.  5.  Les  comtesses  Jeanne  et  Marguerite. 

4e  époque.  xv«  siècle.  —  1.  Trompettes  et  les  corporations.  2.  La 
confrérie  de  Sainte-Barbe;  jouteurs  de  l'Épinette.  3.  Le  vainqueur  de 
l'Épinette.  4.  Le  roi  de  l'Épinette.  5.  Philippe  le  Bon  et  Isabelle  de 
Portugal;  Charles  le  Téméraire;  les  chevaliers  de  la  Toison  d'or. 

5^  époque.  xvi«  siècle.  — Trompettes  flamands;  hallebardiers  de  la 
Toison  d'or.  2.  Tambours  et  fifres  des  troupes  wallonnes;  héraut  d'armes 
de  Lille;  bannière;  grand  écuyer  et  massier  de  l'empereur.  2.  Hérauts 
d'armes  de  l'empereur;  Charles-Quint  et  sa  cour.  4.  Étendard  d'Es- 
pagne; Philippe  H  et  ses  capitaines;  les  bandes  wallonnes.  5.  Étendard 
des  archiducs  Albert  et  Isabelle  ;  Jeanne  Maillotte  et  la  confrérie  de 
Saint-Sébastien. 

6^  époque,  xvn^  siècle.  —  l.  Les  cadets  ingénieurs  de  Cambrai.  2.  Le 
colonel  de  Prades  et  les  gardes  françaises;  les  violons  de  Lulli.  3.  D'Ar- 
tagnan  et  les  mousquetaires;  grands  officiers  et  gentilshommes  de  la 
maison  du  roi  ;  sergents  portant  les  clefs  de  la  ville.  4.  Le  roi  Louis  XIV  ; 
les  maréchaux  de  Turenne,  de  Lillebonne  et  d'Humièrcs  ;  le  prince  de 
Condé  ;  le  héraut  d'armes  de  Lille  ;  les  mousquetaires.  5.  Le  carrosse 
de  ta  reine;  Golbert,  Molière  et  Yauban. 


BIBLIOGRAPHIE.  707 

7e  époque.  1792.  —  i.  Tambours  et  fifres;  détachements  des  troupes 
de  la  garnison  de  Lille  en  1792.  2.  Les  capitaines  Niquet  et  Ovigneur; 
les  canonniers  lillois;  la  légion  de  Rosenthal.  3.  L'état-major  de  la 
place  au  moment  du  siège  :  Ruault,  Lamarlière,  Champmorin,  Bryan, 
Garnier,  Lang,  Danglas,  etc.  4.  Le  maire  André  et  les  membres  de  la 
municipalité;  troupes  de  la  garnison.  5.  Hussards  de  la  garnison;  les 
députés  de  la  Convention. 

Etienne  Durand,  le  populaire  auteur  des  Contes  flamaiids,  a  écrit 
huit  nouvelles  se  rapportant  à  ces  sept  grandes  époques  (deux  sont  con- 
sacrées au  xiiie  siècle),  dans  lesquelles  il  fait  revivre  d'une  manière 
pittoresque  les  événements  principaux  de  l'histoire  de  Flandre  et  les 
mœurs  de  ses  habitants.  Elles  ont  pour  titre  :  Nos  lointains  aïeux;  En 
la  salle  de  Lille;  Bouvines;  Chez  le  Rewart;  l'Épinette;  3Iafiekenpis ; 
Matines  flamandes;  Maman  Margot. 

Le  livre  se  termine  par  la  publication  du  programme  du  cortège,  de 
la  liste  des  personnes  qui  y  ont  pris  part  et  de  celle  des  membres  de  la 
commission  organisatrice. 

Bien  que  cet  ouvrage  ne  rentre  qu'indirectement  dans  le  cadre  de 
ceux  dont  la  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes  rend  compte  ordinaire- 
ment, ses  lecteurs  nous  sauront  gré,  nous  l'espérons,  de  le  leur  avoir 
signalé. 

Jules  FiNOT. 

Les  États  de  Normandie,  leurs  origines  et  leur  développement  au 
XIV^  siècle,  par  Alfred  Coville,  professeur  à  la  Faculté  des  lettres 
de  Lyon.  Paris,  Impr.  nationale;  Alphonse  Picard  et  fils,  ^894. 
Gr.  in-S",  vii-423  pages.  7  fr.  30. 

Voici  un  ouvrage  considérable,  le  plus  important  qui  ait  été  consacré 
jusqu'ici  aux  états  provinciaux  du  xiv^  siècle;  l'étendue  des  recherches 
et  l'abondance  des  matériaux  mis  en  œuvre  le  recommandent  à  l'atten- 
tion des  érudits.  Mais  ce  n'est  point  un  travail  définitif;  outre  que  des 
découvertes  ultérieures  mettront  probablement  au  jour  des  documents 
restés  inconnus  à  M.  Coville,  l'on  peut  reprocher  à  cet  essai  d'assez 
graves  défauts  qui  en  diminuent  la  valeur. 

Le  principal  de  ces  défauts,  celui  qui  résume  tous  les  autres,  c'est  la 
négligence,  ou,  si  l'on  veut,  la  légèreté,  défaut  particuHèrement  grave 
chez  un  érudit,  et  qu'on  rencontre  aussi  bien  dans  la  forme  que  dans  le 
fond.  Dans  un  livre  sorti  des  presses  de  l'Imprimerie  nationale,  il  semble 
que  les  fautes  d'impression  devraient  être  fort  peu  nombreuses  ;  M.  Coville 
a  dû  dresser  à  la  fin  de  son  volume  une  liste  assez  grosse  d'errata,  et  cette 
liste  pourrait  être  grossie  bien  davantage.  Je  ne  parle  pas  de  coquilles, 
comme  ad  hominibus  (p.  23,  1.  6)  pour  ab  hominibus,  ni  de  bourdons, 
comme  viagio  apud  Rothomagum per  ipsum  facto  impositionum  (p.  72,  n.  1) 


708  BIBLIOGRAPHIE. 

pour  facto  in  maio  CGC  LUI  pro  facto  impositionum.  Mais  est-il  permis 
de  donner,  dans  un  seul  ouvrage,  du  même  texte  trois  leçons  différentes, 
dont  la  bonne  n'est  même  pas  celle  qui  se  trouve  dans  la  copie  intégrale 
de  l'acte?  C'est  ce  que  nous  constatons  pour  la  pièce  XYI  (p.  363),  où  se 
lit  la  phrase  suivante  :  «  si  cuidons  que  vous  ayez  retarde  à  envoler  les 
deniers  devers  nous,  pour  ce  que  vous  aviez  plus  les  mettre  en  autres 
mains,  »  ce  qui  n'offre  aucun  sens;  p.  87,  M.  Govillè  donne  la  bonne 
leçon,  «  pour  ce  que  vous  amez  plus...;  »  mais  à  la  p.  210  il  offre  une 
variante  nouvelle  :  «  pour  ce  que  vous  aurez  plu...  »  La  transcription 
de  la  pièce  X  (p.  356-358)  nous  offre  un  autre  exemple  de  négligence 
plus  grave  encore.  Pour  que  le  texte  ait  un  sens,  il  faut  sauter  de  la 
ligne  10  de  la  p.  357  après  le  mot  «  seigneur  »  à  la  ligne  28  «  contenans 
la  forme  qui  s'ensuit...;  »  puis  suivre  jusqu'à  la  p.  358,  1.  5,  revenir 
de  la  fin  de  cette  ligne  à  la  ligne  10  de  la  page  précédente  aux  mots 
«  nous  en  tele  manière;  j  suivre  le  texte  jusqu'au  dernier  mot  de 
la  ligne  27  et  passer  de  là  à  la  ligne  6  de  la  p.  358.  Je  veux  que  ce  soit  à 
l'imprimerie  que  l'on  ait  brouillé  ces  pages  de  la  copie  de  M.  Coville; 
mais  l'auteur  n'aurait-il  pas  dû  s'apercevoir  d'une  erreur  si  grossière? 
Comment  avoir  pleine  conûance  en  des  textes  produits  de  cette  façon  et 
comment  ne  pas  s'attendre  à  retrouver  dans  le  fond  les  mêmes  fautes 
de  légèreté?  Et,  en  effet,  nous  aurons  à  en  relever  quelques-unes;  mais 
auparavant  et  pendant  que  j'en  suis  à  la  question  de  forme,  je  dois 
regretter  des  négligences  de  style,  —  heureusement  peu  importantes,  — 
et  dont  je  ne  citerai  que  deux  exemples  :  «  En  1358,  il  est  ainsi  pro- 
cédé... Le  roi  le  dit...  »  (p.  151,  >-2^  ligne  du  bas),  ce  n'est  pas  le  roi 
mais  le  régent  Charles  qui  adresse  les  lettres  dont  il  est  question; 
«  l'écriture  est  sans  doute  du  milieu  du  xiv«  siècle.  On  lit  au  recto  la 
sentence  de  condamnation  de  Hugues  Aubriot  »  (p.  33,  n.  2),  il  sem- 
blerait résulter  de  celte  phrase  que  la  présence  de  cette  sentence  de  con- 
damnation dans  un  parchemin  le  date  du  milieu  du  xiv«  siècle.  Je  ne 
m'arrêterais  point  à  ces  menus  détails  s'ils  n'étaient  une  nouvelle  preuve 
du  peu  d'attention  apporté  par  l'auteur  à  son  travail. 

J'arrive  maintenant  aux  critiques  de  fond.  Et  d'abord,  M.  Coville 
a-t-il  compris  exactement  son  sujet?  Sont-ce  bien  les  «  Etat?  de  Nor- 
mandie »  dont  il  nous  retrace  l'histoire,  et  son  volume  ne  s'applique-t-il 
pas  plutôt  d'une  manière  générale  aux  assemblées  normandes?  Nous 
avons  accoutumé  de  réserver  le  nom  d'états  à  une  assemblée  des  trois 
ordres  ou  des  trois  états  ;  les  assemblées  de  la  noblesse,  celles  du  tiers 
ordre  dont  M.  Coville  s'occupe  dans  ce  livre  ont-elles  droit  à  ce  nom? 
nous  ne  le  pensons  pas.  Il  était  fort  légitime  et  fort  intéressant  de  les 
étudier,  mais  il  fallait  les  examiner  séparément,  sous  peine  de  tomber 
dans  des  confusions  fâcheuses.  La  même  absence  de  méthode  se  retrouve 
dans  la  première  partie  de  l'ouvrage  consacrée  aux  assemblées  poli- 
tiques de  la  Normandie  avant  le  xin^  siècle;  tout  texte  presque  men- 


BIBLIOGRAPHIE.  709 

tionnant  une  réunion  d'hommes  lui  est  bon  à  grossir  sa  liste,  et  il  y 
introduit  par  exemple  sans  scrupule  le  concile  d'Avranches  de  H72.  Et 
M.  Goville  apporte  à  l'étude  de  ces  documents  la  même  légèreté  qu'il  a 
mise  à  les  coUiger.  Que  nous  importe  la  liste  des  termes  employés  par 
les  chroniqueurs  pour  désigner  les  assemblées  et  les  membres  qui  y 
assistent  si  l'on  ne  cherche  point  en  même  temps  à  préciser  le  sens  de 
ces  termes,  à  examiner  s'ils  s'appliquent  aux  mêmes  choses,  à  détermi- 
ner les  nuances  qu'ils  peuvent  marquer?  Gela  nous  aurait  plus  intéressé 
que  de  voir  relever  (p.  17)  ce  fait  «  curieux  »  que  «  les  mêmes  auteurs  î 
emploient  des  termes  identiques  pour  nommer  les  assemblées  d'Angle- 
terre et  celles  de  Normandie. 

Cette  première  partie  est  d'ailleurs  la  moins  bonne  de  l'ouvrage; 
et  il  y  aurait  eu  tout  intérêt  à  la  supprimer.  Pour  le  xiv«  siècle, 
l'œuvre  de  M.  Goville  est  infiniment  supérieure;  il  a  mieux  étudié  ses 
textes  et  il  en  a  tiré  meilleur  parti,  malgré  l'inconvénient  qu'il  y  a, 
comme  je  viens  de  le  dire,  à  traiter  en  bloc  de  toutes  les  assemblées 
normandes. 

Peut-être  est-il  trop  porté  à  exagérer  le  rôle  de  la  Normandie  dans 
notre  histoire  de  la  guerre  de  Cent  ans  ;  il  semblerait,  à  l'entendre,  que 
cette  province  plus  que  toute  autre  ait  subi  les  horreurs  de  la  guerre  et 
que  plus  que  toute  autre  aussi  elle  ait  été  victime  des  exactions  du  gou- 
vernement. C'est  ainsi  qu'il  écrit  (p.  232)  :  «  Le  gouvernement  des  oncles 
de  Charles  VI,  qui  semble  n'avoir  pu  trouver  d'argent  qu'en  Norman- 
die... »  Hélas!  les  oncles  de  Charles  VI,  habitués  à  tirer  des  ressources 
même  des  pays  qui  n'en  possédaient  plus,  ne  se  firent  faute  de  pressurer 
aucune  des  provinces  du  royaume;  est-il  besoin  de  rappeler  comment 
le  riche  Languedoc  fut  la  victime  de  leurs  exactions?  Quant  aux  enne- 
mis, c'est  également  par  tout  le  pays  qu'ils  promenèrent  la  désolation; 
et  si  une  province  eut  à  en  souffrir  plus  que  les  autres,  je  crois  bien  que 
ce  fut  l'Auvergne  et  non  la  Normandie. 

Peut-être  aussi  M.  Goville  est-il  trop  sévère  pour  la  monarchie.  S'il 
est  vrai  que  Charles  V  a  exigé  beaucoup  d'argent  de  ses  sujets  et  qu'il 
s'est  peu  soucié  de  prendre  leur  avis,  il  ne  faut  pas  oublier  qu'il  s'est  servi 
de  cet  argent  pour  rendre  au  royaume  son  honneur  perdu,  pour  recons- 
tituer le  territoire  démembré  et  pour  rétablir  une  prospérité  relative. 

Je  finirai  par  quelques  remarques  de  détail.  P.  43,  M.  Goville  écrit  : 
«  Plusieurs  assemblées  se  réunirent  en  Normandie  à  Pont-Audemer; 
on  ne  saurait  déterminer  si  ce  fut  sur  l'ordre  du  roi;  »  la  Chronique  des 
quatre  premiers  Valois,  le  seul  texte  allégué  par  M.  Goville,  attribue  for- 
mellement l'initiative  au  roi.  —  P.  147,  M.  Goville  dit  que  «  la  déléga- 
tion (du  pouvoir  de  convoquer  les  états)  pouvait  encore  être  donnée  à 
des  lieutenants  du  roi.  »  Je  crois  qu'en  règle  générale  le  lieutenant 
avait  ce  pouvoir  dans  ses  attributions.  —  N'y  a-t-il  pas  eu  en  1341  une 
assemblée  du  bailliage  de  Caux?  M.  Viard  semble  l'insinuer  [les  Res- 


740  BIBLIOGRAPHIE. 

sources  extraordinaires  de  la  royauté  sous  Philippe  de  Valois,  dans  la  Revue 
des  Questions  historiques,  juillet  1888,  p.  26  du  tirage  à  part).  —  P.  237- 
238,  à  propos  des  réformateurs  nommés  après  les  états  de  1348,  M.  Co- 
ville  dit  :  «  les  états...  demandèrent  la  venue  des  réformateurs  géné- 
raux ;  le  roi  le  leur  accorda  ;  nous  n'en  savons  guère  plus  long  à  ce  sujet.  » 
Une  pièce  de  la  collection  Gaignières  (Bibl.  nat.,  ms.  fr.  20685,  p.  172) 
nous  montre  le  vicomte  de  Beaumont  et  de  Gonches,  Jehan  Pendelait, 
destitué  en  octobre  1349  par  lesdits  réformateurs  «  pour  ses  démérites,  » 
mais  «  remis  en  sondit  estât  »  dès  le  19  avril  1350;  on  voit  donc  que 
les  réformateurs  agirent  et  que  leur  action  ne  fut  pas  durable.  —  Dans 
les  listes  fort  intéressantes  données  par  M.  Goville  des  membres  du 
clergé,  de  la  noblesse  et  des  communes,  dont  il  a  trouvé  mentionnée  la 
présence  aux  diverses  sessions  des  états,  nous  regrettons  qu'il  n'ait 
point  marqué  pour  chaque  membre  les  assemblées  auxquelles  il  assista; 
cela  aurait  permis  de  déterminer  les  noms  restés  douteux.  Dans  la  liste 
des  communes,  Auraimesnil,  que  M.  Goville  fait  suivre  d'un  point  d'in- 
terrogation, n'est-il  pas  Avremesnil  (arr.  de  Dieppe,  cant.  de  Bacque- 
ville)  ?  —  L'on  tirera  profit  des  notices  biographiques  insérées  par  l'auteur 
à  la  fin  de  son  travail  sur  les  commissaires  du  roi  présents  aux  états. 
Ces  renseignements  n'ont  point  la  prétention  d'être  complets,  et  il  serait 
puéril  de  reprocher  à  M.  Goville  les  lacunes  qu'ils  présentent.  Sur  un 
point  seulement,  je  donnerai  ici  un  complément  d'informations  : 
Renier  le  Coutelier  est  désigné  en  1360  comme  notaire  du  roi  (Arch. 
nat.,  JJ  99,  n°  188),  et  des  lettres  de  rémission  qui  lui  sont  accor- 
dées pour  ses  démérites  dans  l'exercice  de  ses  offices  (JJ  118,  n"  333) 
semblent  prouver  que  ce  ne  fut  pas  un  fonctionnaire  sans  reproche. 

Les  critiques  peut-être  sévères  que  j'ai  cru  devoir  formuler  contre  le 
travail  de  M.  Goville  ne  sauraient  m'empêcher  d'en  reconnaître  les  qua- 
lités; il  restera  comme  une  œuvre,  somme  toute,  importante,  pleine 
de  renseignements  utiles  et  où  les  idées  justes  ne  font  pas  défaut. 

E.-G.  Ledos. 

Les  Livres  de  comptes  des  frères  Bonis,  marchands  montalbanais  du 
XIV''  siècle,  publiés  et  annotés  pour  la  Société  historique  de  Gas- 
cogne par  Edouard  Forestié.  Paris,  H.  Champion-,  Auch,  Gocha- 
raux,  4 890-1 894.  2  vol.  in-8%  ccxiii-245,  vii-654  pages.  (20«, 
23«  et  26'  fascicules  des  Archives  historiques  de  la  Gascogne.] 
26  fr.  50. 

La  publication  des  Livres  de  comptes  dits  des  frères  Bonis,  conservés 
aux  archives  de  Tarn-et-Garonne,  est  aujourd'hui  achevée  par  les  soins 
de  M.  E.  Forestié.  On  sait  que  ces  livres,  du  xiv«  siècle,  sont  très  ins- 
tructifs tant  pour  ceux  qui  s'occupent  de  lexicographie  provençale  que 


ÇIBLIOGRAPHIE.  7H 

pour  ce.ux  qui  s'intéressent  à  l'histoire  de  la  civilisation  ou  à  l'histoire 
du  commerce.  Les  livres  de  ces  gros  négociants  montalbanais,  à  la  fois 
commissionnaires,  banquiers  et  gênerai  dealers,  sont  désormais,  comme 
le  Journal  du  sire  de  Gouberville,  au  nombre  des  documents  célèbres. 

M.  E.  Forestié  en  a  donné  une  édition  complète  qui  paraît  très  soi- 
gnée. Les  romanistes  ont  relevé  dans  la  première  partie  de  cette  édi- 
tion, publiée  dès  1890,  quelques  fautes  de  lecture  ou  d'interprétation 
évidentes  ;  il  a  été  tenu  compte  de  leurs  corrections  dans  la  seconde  partie, 
dans  la  table  (des  noms  de  personnes),  dans  l'index  (géographique)  et 
dans  le  glossaire  qui  ont  été  récemment  distribués.  Que  le  texte  soit 
encore  susceptible  d'être  amélioré,  personne,  je  crois,  n'en  doute,  et 
M.  Forestié  a  fort  honnêtement  posé  lui-même  plusieurs  points  d'inter- 
rogation, mais  le  gros  de  la  besogne  critique  a  été  fait,  et  bien  fait,  par 
l'éditeur. 

L'édition  est  accompagnée  d'une  longue  introduction  (ccxiv  p.)  et  de 
notes  assez  amples.  —  Parmi  les  notes,  il  y  en  a  beaucoup  de  superflues, 
soit  parce  qu'elles  sont  consacrées  à  expliquer  ce  qu'il  n'était  pas  nécessaire 
d'expliquer  au  lecteur  instruit,  soit  qu'elles  renferment  des  hypothèses, 
des  renseignements  ou  des  réflexions  sans  valeur.  Il  y  en  a  qui  font 
double  emploi  K  On  en  aurait  élagué  le  tiers  sans  inconvénient.  On  cons- 
tate du  reste,  à  cet  égard,  un  progrès  marqué  du  commencement  à  la 
fin  de  la  publication  :  les  notes  parasites  sont  sensiblement  plus  rares 
dans  le  dernier  fascicule  que  dans  les  deux  autres.  —  Quant  à  l'intro- 
duction, elle  contient,  en  même  temps  que  les  détails  convenables  sur 
l'histoire,  la  composition  et  la  langue  du  manuscrit  publié,  et  sur  la 
famille  Bonis,  une  sorte  de  tableau  de  la  vie  montalbanaise  au  milieu 
du  xiV^  siècle,  sous  les  rubriques  suivantes  :  «  Le  commerce  des  frères 
Bonis.  Les  transactions.  Poids,  mesures  et  monnaies.  Les  étoffes,  les 
bijoux  et  le  costume.  Armes  et  armures.  Apothicaires,  médecins  et  chi- 
rurgiens. L'alimentation.  Baptêmes,  mariages,  testaments,  sépultures. 
Vie  civile  et  ecclésiastique.  "Vie  rurale  et  agriculture,  » 

Le  plan  de  cette  introduction  serait  irréprochable  si  l'auteur  s'était 
contenté  de  classer,  sous  les  rubriques  indiquées,  les  faits  épars  dans  les 

l.  I,  217  :  «  Le  mot  Franses,  Français,  employé  pour  désigner  un  étranger 
venu  de  France,  prouve  qu'à  cette  époque  le  Midi,  quoique  rattaché  à  la  pairie 
française,  ne  s'était  pas  encore  entièrement  identifié  avec  sa  nouvelle  natio- 
nalité. »  —  II,  58  :  (I  seiihor  Frances.  Curieux  exemple  de  cette  habitude 
qui  persista  longtemps  dans  notre  Midi,  de  désigner  les  habitants  d'au  delà  de 
la  Loire  par  le  nom  de  Français.  Franciman  est  encore  en  usage  chez  nos 
paysans  pour  désigner  ceux  qui  affectent  de  parler  français.  »  —  II,  364  :  «  En 
Franssa.  Cette  mention  prouve  combien  était  vivace  dans  nos  provinces  le  sou- 
venir des  temps  où  notre  Quercy  dépendait  des  comtes  de  Toulouse.  L'appella- 
tion Franciman  est  restée  dans  notre  patois  usuel  avec  son  sens  d'hostilité 
marquée.  » 


7^2  BIBLIOGRAPHIE. 

livres  de  la  maison  Bonis  :  il  aurait  ainsi  composé  un  répertoire  métho- 
dique de  ces  livres.  C'est  un  répertoire  de  ce  genre  que  M.  l'abbé  Tol- 
lemer  s'efforça  naguère  de  dresser  pour  le  Journal  de  Gouberville. 
M.  Forestié  n'a  pas  laissé  en  effet  de  grouper  les  détails  les  plus  inté- 
ressants qui  sont  dispersés  dans  son  texte;  mais  il  a  voulu  faire  davan- 
tage :  on  l'a  loué  d'avoir  inséré  dans  son  introduction  «  non  seulement 
un  résumé  clair  et  substantiel  de  tout  ce  que  l'on  peut  recueillir  dans 
les  comptes  des  frères  Bonis,  mais  encore  une  foule  de  notes  curieuses, 
qu'il  est  allé  puiser  dans  d'autres  documents,  souvent  inédits,  et  qui 
complètent  fort  à  propos  la  donnée  de  ces  comptes.  »  Il  ne  décrit  donc 
point  ici  les  habitudes  et  les  mœurs  des  Montalbanais  du  xiv«  siècle 
d'après  les  livres  Bonis,  mais  d'après  ces  livres  et  d'autres  documents, 
comptes,  actes  notariés,  etc.  -  Il  était  bien  périlleux  de  procéder  de  la 
sorte.  Outre  qu'une  étude  générale,  d'après  toutes  les  sources,  sur  la  vie 
sociale  en  Quercy  au  xiv«  siècle  était  ditïicile  à  faire  dans  l'état  actuel 
de  l'exploration  des  archives  locales,  elle  n'était  pas  à  sa  place  en  tête 
de  l'édition  savante  d'un  document  particulier,  quelle  que  fut  d'ailleurs 
l'importance  exceptionnelle  de  ce  document.  J'entends  bien  que  l'édi- 
teur n'a  pas  eu  la  prétention  d'épuiser  toutes  les  sources  et  de  tracer  un 
tableau  complet;  il  s'est  efforcé  seulement  d'enrichir  cA  et  là  les  ren- 
seignements fournis  par  Bonis  à  l'aide  de  notes  prises  ailleurs.  Mais  ces 
additions  sont  arbitraires  ;  pourquoi  celles-là  et  pas  d'autres,  alors  que 
d'autres,  de  même  nature  et  d'égale  valeur,  eussent  été  aussi  indiquées? 
Assurément  le  plus  sage  était  de  s'en  tenir  à  l'exposé  clair  et  .sobre  des 
données,  en  partie  si  nouvelles,  que  les  précieux  cahiers  des  archives 
de  Tarn-et-Garonne  apportent  à  la  science. 

Je  n'aurais  pas  signalé  ce  véniel  défaut  de  composition  si  M.  Forestié 
n'avait  pas  été  amené  par  là,  —  par  son  désir  de  compléter  et  d'illustrer 
les  données,  déjà  si  abondantes,  des  comptes  de  Bonis,  —  à  surcharger 
son  introduction  de  choses  qui  la  déparent.  Il  parait  que  les  comptes  de 
Bonis  ne  fournissent  pas  les  éléments  d'une  description  de  la  maison  où 
Bonis  avait  ses  comptoirs  :  dès  lors,  à  quoi  bon  essayer  de  «  reconstituer 
dans  sa  physionomie  du  xiv«  s.  la  demeure  des  Bonis,  soit  par  des  souve- 
nirs de  vieux  Montalbanais,  soit  en  prenant  pour  type  les  anciennes  mai- 
sons de  Saint- Antonin,  de  Gaylus  et  d'ailleurs*?  »  A  quoi  bon,  après 
avoir  cité  les  textes  du  Livre  qui  sont  relatifs  à  l'armement,  «  complé- 
ter ce  qui  précède  au  sujet  des  armes  offensives  et  défensives  dans  la 
première  moitié  du  xiv^  siècle  »  par  six  pages  (cv-cxi)  banales  qui  n'ont 
aucun  rapport  avec  ledit  Livre  et  qui  ne  peuvent  passer,  d'autre  part, 

1.  P.  XXIX  :  «  Puis  la  cour,  curieuse  à  voir...  Dans  l'angle,  un  escalier  à  vis 
dans  une  tour  surmontée  d'une  flèche  effilée  et  d'une  galerie  portée  sur  de 
faux  hourds  et  entourée  de  gargouilles  grimaçantes.  »  J'ai  souligné  les  épithètes 
de  nature.  Cf.  l'Erratum,  II,  653  :  «  Les  faux  hourds  sont  du  xV^  siècle.  » 


BIBLIOGRAPHIE,  743 

à  aucun  degré  pour  une  histoire  de  l'équipement  militaire  «  dans  la 
première  moitié  du  xiv^  siècle';'  »  A  quoi  bon,  enfin,  énoncer  des  con- 
clusions très  générales  dont  la  portée  dépasse  manifestement  celle  des 
faits  particuliers  qui  sont  cités  pour  les  appuyer  ?  «  Les  paysans  de  cette 
époque,  dit  M.  Forestié  (p.  lx),  loin  d'être  vêtus  de  haillons,  comme  cer- 
tains historiens  fantaisistes  se  plaisent  à  les  représenter,  jouissaient  d'un 
bien-être,  relatif,  il  est  vrai,  mais  incontestable,  puisqu'on  les  voit  acheter 
des  jupes,  des  chausses,  des  manteaux,  des  gonelles,  mettre  chemise  et 
braie,  et  se  chausser  de  souliers,  tandis  que  leurs  femmes  portent  cotte- 
hardie,  cape,  chaperon,  voile  de  soie  et  doublet.  S'ils  n'avaient  pas  le 
luxe,  ils  étaient  convenablement  habillés.  »  Les  preuves  de  cette  asser- 
tion sont  à  la  page  ccvi,  oiî  il  est  établi,  à  titre  d'exemple,  qu'un  ber- 
ger, un  bouvier,  un  domestique  et  un  gasailler  achetèrent,  chez  Bonis, 
les  objets  précités  :  cotte-hardie,  chausses,  chemises,  etc.  On  voit  par 
où  le  raisonnement  pèche  :  Bonis  eùt-il  vendu  des  chemises  à  une  dou- 
zaine de  bergers  et  de  bouviers,  cela  ne  prouverait  point  que  «  le  cul- 
tivateur de  ce  temps  était  convenablement  vêtu;  »  cela  prouverait  seu- 
lement qu'il  y  avait,  en  ce  temps-là,  des  paysans  à  leur  aise.  Assurément 
les  paysans,  pendant  la  guerre  de  Cent  ans,  n'étaient  pas  tous  misérables, 
mais  parce  qu'il  est  avéré  que  quelques-uns  achetèrent  de  bons  habits, 
s'ensuit-il  qu'ils  en  eussent  tous,  ou  presque  tous  ^  ? 

En  résumé,  l'introduction  de  cet  ouvrage  eût  gagné  à  être  abrégée, 
réduite  au  nécessaire,  c'est-à-dire,  dans  l'espèce,  à  l'utile,  écrite,  enfin, 
dans  une  langue  à  la  fois  plus  simple  et  plus  correcte.  Tel  qu'il  est, 
l'ouvrage,  dans  son  ensemble,  fait  grand  honneur  à  M.  Forestié  et  à  la 
Société  des  Archives  historiques  de  la  Gascogne  2. 

Gh.-V.  L. 

1.  Cf.  p.  ccix  :  «  On  sait  combien  nos  paysans  sont  rebelles,  encore  à  notre 
époque,  à  l'idée  d'appeler  le  médecin.  Il  ne  parait  pas  en  avoir  été  de  même 
au  xive  siècle,  puisque  nous  constatons  de  nombreuses  (?)  ordonnances  exé- 
cutées par  Bonis  pour  des  gens  de  la  campagne.  » 

2.  On  sait  combien  il  est  délicat  de  déterminer  ce  que  valaient,  en  monnaie 
actuelle,  les  unités  monétaires  employées  au  moyen  âge.  M.  Forestié  s'est  ris- 
qué, cependant,  à  indiquer  parfois  la  valeur,  relativement  à  la  monnaie  d'au- 
jourd'hui, des  sommes  portées  dans  les  comptes  de  Bonis.  On  ne  voit  pas  bien 
(II,  146,  note;  cf.  I,  cxix  et  145,  note)  comment  il  procède  pour  calculer  le  rap- 
port. Mais  il  aboutit  à  des  résultats  qui  inspirent  de  vives  inquiétudes  et  qui 
rétonnent  lui-même.  C'est  ainsi  que,  d'après  lui,  au  milieu  du  xiv°  s.,  en  Quercy, 
un  lapin  coûtait  3  fr.  20(1,95),  une  livre  d'hosties  dorées,  18  fr.  (I,  141),  un  clys- 
tère,  24  fr.,  quand  l'homme  de  l'art  l'administrait  lui-môme,  19  fr.  20  dans  le 
cas  contraire  (I,  cxvii).  —  L'auteur  constate  que  «  les  résultats  de  ses  calculs 
de  proportion  se  sont  trouvés  exactement  ceux  qu'ont  indiqués  A.  Monteil  et 
Viollet-le-Duc.  » 

4895  47 


7^4  BIBLIOGRAPHIE. 

Georges  Gotau,  André  Peraté,  Paul  Fabre,  anciens  membres  de 
rÉcole  française  de  Rome.  Le  Vatican^  les  Papes  et  la  Civilisation; 
le  gouvernement  central  de  l'Église.  Introduction  par  S.  É.  le  car- 
dinal BouRRET,  évêque  de  Rodez  et  Vabres.  Épilogue  par  le  vicomte 
E.-Melcliior  de  Vogije'.  Ouvrage  illustré  de  2  gravures  au  burin, 
de  4  chromolithographies,  de  7  phototypies  et  de  475  gravures 
reproduites  directement  d'après  les  photographies.  Paris,  Didot, 
-1895.  Gr.  in-8%  xi-796  pages.  30  fr. 

Ce  beau  livre,  très  moderne,  très  actuel  même  par  certains  côtés, 
franchement  historique  par  d'autres,  se  compose  de  quatre  parties  bien 
distinctes,  La  première,  Vue  générale  de  l'histoire  de  la  papauté,  et  la 
seconde,  le  Gouvernement  central  de  l'Église,  sont  l'œuvre  de  M.  G. 
Goyau  ;  nous  devons  la  troisième,  sur  les  Papes  et  les  arts,  à  M.  A.  Pératé, 
et  la  quatrième,  qui  traite  de  la  Bibliothèque  vaticane,  à  M.  P.  Fabre. 
Je  vais  essayer  d'indiquer  le  caractère  de  chacune  d'elles. 

I.  —  La  première  est  une  synthèse  remarquable  de  l'histoire  de  la 
papauté  depuis  ses  origines  jusqu'à  nos  jours.  M.  G.,  dont  le  nom 
n'était  connu  encore  que  par  des  travaux  d'une  savante  et  conscien- 
cieuse érudition,  s'y  révèle  véritable  historien.  Il  est  maître  de  son 
sujet  et  le  traite  largement,  sans  s'arrêter  aux  détails.  S'il  fallait,  dans 
cette  étude,  oii  tout  se  tient  et  s'enchaîne,  signaler  telle  page  d'un  relief 
plus  marqué  ou  donnant  mieux  l'idée  de  la  manière  de  l'auteur,  je  cite- 
rais volontiers  le  bref  récit  de  la  conversion  de  la  Grande-Bretagne  au 
vie  siècle  et  de  la  Germanie  au  vni«,  l'ingénieuse  dissertation  où  M.  G. 
cherche  à  démontrer  que  le  prétendu  acte  de  donation  de  Constantin, 
tout  en  restant  matériellement  faux,  se  trouve  être  une  vérité,  et  aussi 
l'exposé  lumineux  de  la  théorie  du  Saint-Empire.  Dans  bien  d'autres 
passages  encore,  sur  le  grand  schisme,  par  exemple,  et  le  désarroi  uni- 
versel qui  en  est  la  conséquence,  sur  Pie  II  et  ses  efforts  désespérés, 
mais  inutiles  pour  pousser  l'Occident  contre  le  Turc,  nous  retrouvons 
les  mêmes  qualités  de  fermeté,  de  précision  et  parfois  de  couleur. 

Ce  n'est  cependant  pas  là  que  se  dessine  le  mieux  l'originalité  de 
l'auteur;  c'est  l'ensemble  qu'il  faut  considérer.  M.  G.  reste  fidèle  à  son 
titre  de  Vue  générale,  et  les  parties  de  pur  récit  se  réduisent  à  assez  peu 
de  chose  dans  cette  étude.  Ce  ne  sont  pas  tant  des  faits  qu'on  y  devra 
chercher  que  des  idées,  et  elles  abondent.  M.  G.,  qui  a  beaucoup  lu  et 
observé,  a  beaucoup  réfléchi  aussi,  et  c'est  merveille  comme  son  esprit, 
à  la  fois  curieux  et  logique,  est  rompu  aux  questions  religieuses,  poli- 
tiques, sociales  les  plus  délicates.  Même  quand  il  traite  l'histoire  du 
moyen  âge,  les  préoccupations  actuelles  lui  sont  toujours  présentes. 
Qu'on  lise,  par  exemple,  ce  qu'il  dit  de  l'organisation  de  la  propriété 
au  temps  de  saint  Grégoire  le  Grand,  ou  encore  et  surtout  des  ordres 


BIBLIOGRAPHIE.  7^ 5 

mendiants.  L'institution  des  Prêcheurs  et  des  Mineurs  et  la  publication 
des  Décrétales  lui  sont  une  occasion  d'exposer  non  seulement  le  droit 
social  de  l'Église,  mais  aussi  et  plus  encore  ses  idées  personnelles  sur 
«  la  grande  misère  de  la  société  contemporaine.  »  M.  G.  a  éprouvé  une 
satisfaction  évidente  à  faire  jour  à  toutes  ses  convictions.  Il  y  a  dans 
cette  exubérance  et  cette  ardeur  quelque  chose  de  juvénile;  mais,  pour 
tout  le  reste,  on  doit  plutôt  s'étonner  de  rencontrer  chez  un  écrivain 
qui  ne  fait  presque  que  débuter,  un  esprit  aussi  mùr,  une  pensée  aussi 
vigoureuse. 

Le  point  de  vue  de  M.  Goyau,  chez  qui  le  goût  de  l'absolu  est  très 
prononcé,  pourra  sembler  exclusif  à  beaucoup  de  ses  lecteurs  ;  mais 
ceux-là  mêmes  qui  ne  partageront  pas  toutes  ses  opinions  ne  sauraient 
manquer  de  rendre  hommage  à  cet  esprit  de  sincérité,  à  cette  franchise 
de  ton,  qui  ne  sont  pas  les  moindres  de  ses  qualités. 

II.  —  Dans  cet  aperçu  général,  où  les  vues  personnelles  tiennent  tant 
de  place,  il  faut  nécessairement  faire  une  part  au  subjectif,  à  l'incer- 
tain; avec  la  seconde  partie,  oii  se  trouve  décrit  le  mécanisme  du  gou- 
vernement central  de  l'Église,  nous  arrivons  sur  un  terrain  plus  solide, 
celui  des  faits  positifs  et  indiscutables.  Tout  d'abord,  M.  G.  traite  du 
Sacré  Collège  et  des  Consistoires  secrets  et  publics;  puis,  principalement 
d'après  le  cérémonial  observé  à  la  mort  de  Pie  IX  et  à  l'avènement  de 
Léon  Xin,  il  nous  fait  assister  aux  funérailles  d'un  pape  et  à  l'élection 
de  son  successeur.  Il  passe  ensuite  en  revue  les  diverses  Congrégations 
romaines,  du  Saint-Office,  de  l'Index,  des  Rites,  etc.,  et  retrace  succinc- 
tement l'historique  de  chacune  d'elles;  il  montre  après  quelles  forma- 
lités compliquées  on  proclame  un  vénérable,  un  bienheureux,  un  saint. 
Puis  vient  un  véritable  petit  traité  en  raccourci  de  diplomatique  ponti- 
ficale, où  nous  voyons  fonctionner  les  rouages  multiples  de  la  Chancel- 
lerie, de  la  Daterie,  de  la  Secrétairerie  des  brefs.  Enfin,  les  derniers 
chapitres  sont  consacrés  à  la  Secrétairerie  d'État,  à  la  Propagande,  son 
organisation,  ses  attributions  et  ses  ressources,  à  la  Cour  pontificale,  et 
ses  dignitaires  ecclésiastiques  ou  laïques,  actifs  ou  simplement  hono- 
raires. C'est  une  remarque  très  juste  de  M.  G.  que  ce  grand  travail  du 
gouvernement  de  l'Église  s'accompht  sans  bruit,  sans  hâte,  comme 
sans  interruption,  et  qu'il  est  moins  facile  à  percevoir  et  à  saisir  dans 
son  ensemble  qu'à  analyser  dans  les  détails.  Les  détails,  trop  peu  con- 
nus, que  donne  M.  G.,  sont  très  nombreux,  très  précis  et  puisés  à  bonne 
source. 

C'est  seulement  lorsqu'il  généralise  que  M.  G.  m'inspire  parfois 
quelque  doute,  lorsque,  par  exemple,  à  propos  de  la  Secrétairerie  d'État, 
il  émet  l'imprudente  assertion  que  voici  (p.  338-339)  :  «  Quant  au 
gouvernement  de  l'Église,  il  était  (au  moyen  âge)  matière  théologiquo 
et  canonique,  non  politique;  le  Saint-Siège  affirmait  et  commandait;  il 


74  6  BIBLIOGRAPHIE. 

discutait  et  ne  négociait  pas.  »  L'auteur  me  semble  ici  avoir  méconnu  ou 
oublié  le  rôle  des  légats,  qui  furent  non  seulement  des  enquêteurs  spi- 
rituels, des  réformateurs,  des  administrateurs  au  besoin,  mais  aussi,  et 
souvent,  de  véritables  agents  politiques  et  diplomatiques,  sortes  de 
nonces  intermittents.  L'Église  du  moyen  âge  savait  fort  bien  «  discuter 
et  négocier,  »  même  avec  ses  pires  ennemis  :  la  paix  d'ailleurs  éphé- 
mère de  San  Germano,  avec  Frédéric  II,  fut  précédée  de  négociations 
qui  durèrent  des  mois  entiers. 

Sous  cette  réserve,  l'exposé  de  M.  G.  ne  me  paraît  pas  prêter  à  la 
critique.  J'ajouterai  qu'il  est  des  plus  intéressants.  L'auteur  a  vu  le 
danger  des  énumérations;  il  a  su,  par  des  traits  piquants,  en  sauver  la 
monotonie.  Ce  n'est  ni  l'enjouement  ni  même  la  malice  qui  manquent 
au  dogmatique  auteur  des  Vues  générales.  Certains  chapitres  de  la 
seconde  partie  sont  vraiment  amusants  :  tel  le  chapitre  sur  la  Cour 
pontificale,  tel  aussi  le  «  chapitre  des  chapeaux,  »  des  chapeaux  de 
cardinaux  s'entend,  de  ces  chapeaux  auxquels  personne  ne  touche  et 
«  dont  l'usure  commence  à  la  mort  de  l'Éminence.  » 

IlL  —  L'étude  de  M.  Pératé  sur  les  Papes  et  les  arts  sera  certaine- 
ment très  goûtée  des  lecteurs  du  Vatican,  et  cela  pour  deux  raisons  : 
d'abord,  le  sujet  est,  par  lui-même,  plein  d'attraits  ;  ensuite,  il  est 
traité  de  manière  à  satisfaire  les  plus  difficiles.  M.  P.  a  le  goût  et  la 
compétence  ;  il  est  à  la  fuis  clair  et  élégant,  précis  sans  sécheresse, 
concis  sans  aridité.  Bien  qu'il  ne  cache  aucunement  ses  préférences, 
ses  appréciations  sont  généralement  justes  et  modérées;  il  permet  par- 
fois à  son  enthousiasme  les  points  d'exclamation  ;  mais  il  n'en  abuse 
pas,  et  on  doit  lui  en  savoir  gré. 

Les  premières  pages  nous  offrent  un  joli  tableau,  trop  joli  peut-être, 
de  la  Rome  de  Constantin,  où,  tout  près  des  monuments  encore  debout 
de  l'âge  païen,  s'élèvent  les  riches  basiliques  chrétiennes.  Cette  Rome 
du  iv«  siècle  est  particulièrement  chère  à  M.  P.;  il  regrette  de  ne  pou- 
voir s'y  attarder  ;  car,  à  la  «  belle  Rome,  »  voici  que  va  succéder  la 
«  triste  Rome,  »  la  «  ville  douloureuse,  »  celle  du  moyen  âge.  Avec 
l'année  410  s'ouvre  une  ère  de  désastres,  de  catastrophes  sans  nombre  : 
invasions  des  Goths  d'Alaric  d'abord,  puis  des  Vandales  de  Genséric, 
puis  des  Germains  de  Ricimer,  plus  tard  des  Sarrasins  ;  révolutions 
intérieures;  guerres  incessantes;  incendies,  tremblements  de  terre,  sans 
compter  les  démolitions  systématiques  et  voulues,  par  le  peuple,  par 
les  nobles,  trop  souvent  par  les  papes  eux-mêmes,  qui  finissent,  au 
xive  siècle,  par  délaisser  Rome  pour  Avignon.  Cette  peinture  est  assez 
poussée  au  noir,  les  éclaircies  sont  bien  rares  et  bien  courtes,  et  ce  cha- 
pitre pourrait  avoir  pour  épigraphe  le  mot  expressif  de  Montaigne  : 
«  Ceux  qui  disoint  qu'on  y  voyoit  au  moins  les  ruines  de  Rome  en 
disoint  trop...;  ce  n'estoit  rien  que  son  sépulchre.  » 


BIBLIOGRAPHIE.  7^  7 

Mais  après  les  «  siècles  de  fer  »  va  venir  l'âge  d'or,  l'âge  heureux 
entre  tous  pour  Rome.  Sous  les  pontificats  réparateurs  de  Martin  V  et 
d'Eugène  IV,  les  ruines  du  passé  se  relèvent  et  l'avenir  se  prépare  ;  avec 
Nicolas  V,  cet  humaniste  aux  conceptions  grandioses,  avec  Paul  II,  ce 
fastueux  et  infatigable  collectionneur,  le  mouvement  de  la  Renaissance, 
déjà  bien  nettement  dessiné  en  Toscane,  va  s'accentuer;  s'il  semble  se 
ralentir  sous  Calixte  III,  une  nouvelle  impulsion  est  donnée  aux  arts 
par  Pie  II,  et  surtout  par  Sixte  IV,  que  M.  P.  n'hésite  pas  à  proclamer 
«  de  beaucoup  le  plus  grand  pape  du  xv«  siècle.  »  Mais,  de  tant  d'oeuvres 
admirables  accumulées  au  Vatican  par  ce  fécond  xv^  siècle,  combien  les 
siècles  suivants  en  laisseront-ils  subsister?  Du  moins,  trois  magnifiques 
séries  de  fresques  ont  été  épargnées  :  et  c'est  plaisir  de  suivre  M.  P.  de 
l'oratoire  (ou  plutôt  du  studio)  de  Nicolas  V  dans  la  chapelle  de  Sixte  IV, 
et  de  la  Sixtine  dans  les  salles,  si  longtemps  négligées,  de  l'apparte- 
ment Borgia,  où  l'art  ombrien  et  l'art  florentin  déploient  tour  à  tour  ce 
qu'ils  ont  de  plus  gracieux,  de  plus  noble,  de  plus  brillant. 

L'époque  de  1'  «  épanouissement  suprême,  »  mais  «  aussi  bref  que 
splendide,  »  de  la  Renaissance  est  aussi  la  période  le  plus  générale- 
ment connue  de  l'art  italien.  M.  P.  parle  de  Raphaël  et  de  Michel- 
Ange  comme  il  convenait  (de  Michel-Ange  avec  une  chaleur  plus  expan- 
sive),  et  on  ne  saurait  demander  davantage;  du  tombeau  de  Jules  II 
(de  ce  qui  du  moins  en  fut  achevé),  de  la  voûte  de  la  Sixtine  et  du 
Jugement  dernier,  des  chambres,  des  loges,  des  tapisseries,  dans  les- 
quelles Raphaël  a  «  glorifié  la  Renaissance  et  la  Papauté,  »  il  donne 
des  descriptions  excellentes,  où  le  sentiment  n'enlève  rien  à  l'intelli- 
gence et  à  la  clarté. 

Cependant  l'art,  comme  les  mœurs,  est  peu  à  peu  devenu  tout  païen. 
Le  Concile  de  Trente  va  tenter,  non  sans  succès,  l'œuvre  de  réforme 
qui  s'impose  et  raffermir  les  fondements,  passablement  ébranlés,  de  la 
morale.  Mais  l'art  ne  s'en  trouvera  pas  régénéré  ;  il  n'y  aura  plus,  à 
proprement  parler,  d'art  chrétien  ;  et,  sans  la  fièvre  d'architecture  qui, 
de  Grégoire  XIII  à  Paul  V,  doit  changer  presque  complètement  (mais 
au  prix  de  quelles  pertes  irréparables!)  l'aspect  du  Vatican  et  de  Rome 
même,  sans  cette  transformation  du  goût  qui,  développant  et  généra- 
lisant le  culte  et  la  curiosité  de  tout  ce  qui  est  ancien,  amena  la  créa- 
tion des  musées  Pio-Glementino,  Chiaramonti  et  du  Latran,  l'histoire 
artistique  de  la  Papauté,  depuis  deux  siècles  et  plus,  serait  assez  peu 
intéressante. 

Dans  une  étude  comme  celle-ci,  où  tant  d'œuvres  diverses,  de  valeur 
inégale,  sont  énumérées,  où  tant  d'artistes  sont  nommés,  où  nous 
assistons  à  la  construction,  à  la  restauration,  à  la  destruction  de  tant 
d'édifices,  il  était  à  craindre  que  l'intérêt  s'éparpillât;  il  se  concentre 
au  contraire  autour  d'un  monument  dont  l'histoire  domine  tout  le  reste 
et  que  M.  P.  ne  nous  fait,  pour  ainsi  dire,  jamais  perdre  de  vue  :  la 


718  BFBLIOGRAPe[E. 

basilique,  ou  plutôt  les  deux  basiliques  successives  de  Saint-Pierre. 

On  peut  dire  que  l'église  construite  par  saint  Silvestre,  telle  qu'elle 
existait  vers  l'an  1500,  était  vraiment  l'œuvre  du  moyen  âge  tout  entier. 
Aux  époques  de  prospérité  relative,  les  papes  ne  manquaient  pas  de 
l'embellir;  quand  les  temps  devenaient  plus  durs,  on  se  contentait  de 
simples  réparations.  Cette  collaboration  de  tous  les  siècles,  sans  défi- 
gurer Saint-Pierre,  en  avait  fait  l'édifice  le  plus  vénérable  de  la  chré- 
tienté. Nicolas  V  ne  devait  pas  s'arrêter  à  de  pareilles  considérations;  il 
décida  la  démolition  du  vieux  temple;  mais  ses  vastes  projets,  en  ce  qui 
concernait  la  basilique  vaticane,  reçurent  à  peine  un  commencement 
d'exécution;  et  plusieurs  papes  du  xv^  siècle  continuèrent  à  orner  le 
monument. 

M.  P.  ne  saurait  pardonner  à  Jules  II  et  à  Bramante  d'avoir  inau- 
guré l'œuvre  de  destruction.  Ce  fut  là,  dit-il,  plus  qu'une  erreur,  presque 
un  crime  :  jugement  qui  aurait  paru,  il  y  a  cent  ou  deux  cents  ans, 
singulièrement  hardi,  mais  que  l'opinion,  aujourd'hui,  n'aura  pas  de 
peine  à  ratifier. 

Cependant,  à  mesure  que  l'ancienne  église  disparaît,  la  nouvelle, 
immense,  sort  peu  à  peu  du  sol.  M.  P.  nous  en  a  expliqué  les  plans, 
avec  leurs  successives  modifications;  voici  maintenant  que  les  piliers 
se  dressent  droits  dans  l'air  et  que  les  voûtes  s'arrondissent.  Mais  ces 
travaux,  incroyablement  dispendieux,  doivent  être  vingt  fois  interrom- 
pus; le  vaste  chantier  est  tantôt  comme  une  ruche,  tantôt  comme  un 
désert;  il  faudra  toute  l'énergie  de  Sixte-Quint  pour  donner  un  nouvel 
élan  à  l'œuvre  qui  languit;  avant  sa  mort,  il  aura  la  joie  de  voir  la  cou- 
pole de  Michel-Ange  profiler  sur  le  ciel  sa  courbe  majestueuse.  La 
nouvelle  basilique  allait  donc  se  terminer  quand,  vers  1600,  les  travaux 
sont  de  nouveau  brusquement  interrompus  et  la  forme  même  de  l'édifice 
remise  en  question.  C'est  seulement  en  1626,  après  que  Maderna  aura 
maladroitement  allongé  la  nef  et  élevé  sa  lourde  façade,  que  la  nouvelle 
basilique  pourra  être  consacrée.  Enfin,  quand  le  cavalier  Bernin  aura 
accompli  son  œuvre,  «  détestable  au  dedans,  heureuse  au  dehors,  » 
l'histoire  de  Saint-Pierre  sera  achevée.  Cette  histoire,  habilement  fon- 
due dans  le  reste,  M.  P.  a  su  la  rendre  vraiment  vivante. 

Il  serait  à  souhaiter  que  M.  P.,  remaniant  cette  étude  sur  une  base 
un  peu  différente,  en  tirât  un  livret  de  format  commode,  une  sorte  de 
0  cicérone  »  romain,  qui  n'aurait  rien  de  la  sécheresse  ordinaire  des 
guides  et  pourrait  rendre  de  réels  services. 

IV.  —  Il  ne  faudrait  pas  prendre  trop  à  la  lettre  le  titre  :  la  Biblio- 
thèque vaticane,  qui  est  celui  de  la  quatrième  et  dernière  partie.  La 
Bibliothèque  apostolique  est  ici  considérée  surtout  comme  centre  et  foyer 
d'études.  Bien  loin  de  reprocher  à  M.  Fabre  d'avoir  élargi  son  sujet,  je 
regretterais  plutôt  qu'il  ne  l'ait  pas  élargi  encore  davantage.  Les  pages 


RIItLIOGRAl'nrE.  719 

qu'il  consacre  au  rôle  du  Saint-Siège,  pendant  une  partie  du  moyen  âge, 
comme  «  éditeur  et  commissionnaire  de  manuscrits,  »  au  mouvement 
littéraire  de  la  Renaissance  dans  l'entourage  des  papes,  aux  débuts  de 
l'imprimerie  à  Rome,  aux  origines  de  la  «  stamperia  vaticana,  »  à 
r  «  érudition  catholique  »  du  xyi«  siècle  (pour  laquelle  son  admiration 
me  paraît  un  peu  exclusive),  aux  études  orientales  du  xvn«  et  surtout  du 
xvni«  siècle,  ces  pages  ne  sont  certainement  pas  les  moins  intéressantes 
de  son  travail.  —  J'ajouterai  que  l'histoire  des  Archives  pontificales  étant 
en  quelque  sorte  inséparable  de  celle  de  la  Bibliothèque,  M.  F.  ne  pou- 
vait manquer  d'introduire  dans  son  exposé  de  très  utiles  notions  (dont 
beaucoup  sont  de  date  assez  récente  et  encore  peu  répandues)  sur  les 
trop  nombreuses  migrations  de  ces  archives  et  la  constitution  des  prin- 
cipaux fonds  qui  les  composent. 

Bien  des  circonstances  ont  contribué  à  la  dispersion  et  à  la  destruc- 
tion des  premières  collections  pontificales;  ce  qui  en  subsiste  se  réduit 
à  fort  peu  de  chose.  C'est  Nicolas  V  qui  est  le  véritable  fondateur  de  la 
Bibliothèque  actuelle;  c'est  lui  qui  en  a  réuni  les  premiers  éléments  : 
de  340  numéros  en  1440  environ,  on  passe  rapidement  à  1,145.  Sixte  IV, 
tout  en  accroissant  cette  nouvelle  collection  d'une  manière  considérable 
(2,527  numéros  en  1475),  l'installa  dans  un  local  digne  d'elle,  qu'elle 
devait  occuper  plus  d'un  siècle;  Sixte  V  transporta  la  Bibliothèque, 
mais  sans  en  altérer  la  physionomie,  dans  l'édifice  magnifique  où  elle 
se  trouve  encore.  Mais  c'est  à  Paul  V  qu'il  était  réservé  de  lui  donner 
la  forme  qu'elle  a  gardée  jusqu'à  présent. 

Cependant  de  nouveaux  fonds,  très  importants,  viennent  s'ajouter  à 
l'ancien  fonds,  qui  ne  cesse  en  même  temps  de  s'augmenter  (6,025  manus- 
crits latins  en  1620,  10,900  aujourd'hui).  Avec  le  xvn^  siècle  s'ouvre 
ainsi  une  ère  nouvelle  dans  l'histoire  de  la  Vaticane  :  c'est,  avec  le 
xvni«  siècle,  l'époque  des  grandes  acquisitions  en  bloc.  M.  F.  m'a  paru 
passer  un  peu  rapidement  sur  la  formation  et  l'entrée  au  Vatican  de  ces 
grandes  collections  :  est-ce  le  temps  ou  l'espace  qui  lui  a  manqué? 
Du  moins  il  donne  l'essentiel  sur  l'annexion  des  manuscrits  palatins 
(1623),  d'Urbin  (1658),  de  la  reine  Christine  (1689),  Ottoboni  (1748), 
sans  compter  les  apports  moins  considérables,  et  sur  la  création  des 
diverses  collections  de  médailles,  pierres  gravées,  sceaux,  peintures, 
etc.,  qui  caractérisent  la  fin  du  xvin^  siècle  et  le  nôtre. 

Et  nous  arrivons  finalement  au  grand  pontificat  de  Léon  XIII,  qui, 
grâce  aux  mesures  libérales  dont  le  monde  savant  n'a  pas  manqué  de 
profiter  et  à  la  création  de  la  Bibliothèque  Léonine,  restera  une  date 
importante  dans  l'histoire  de  la  Vaticane. 

Malgré  le  nombre  des  signatures  (la  prose  des  trois  auteurs  est 
encadrée  entre  une  Introduction  de  S.  É.  le  cardinal  Bourret  et  un  élo- 
quent Épilogue  de  M.  de  Vogiié),  cet  ouvrage,  formé  en  réalité  de  trois 


720  BIBLIOGRAPHIE. 

ou^Tages,  ne  manque  pas  d'unité.  On  regrettera  seulement  de  rencon- 
trer dans  certaines  parties  une  tendance  à  l'apologie  plus  marquée  qu'il 
n'était  sans  doute  nécessaire  :  je  vois  bien  ce  que  l'ensemble  y  perd;  je 
ne  vois  pas  ce  qu'il  y  gagne. 

Il  serait  injuste  de  ne  pas  dire  quelques  mots  au  moins  de  l'illustra- 
tion. Elle  est  riche,  variée,  neuve  en  partie;  c'est  dans  ce  livre,  par 
exemple,  ou  je  me  trompe  fort,  que  sont  reproduites  pour  la  première 
fois  bon  nombre  des  richesses  artistiques  et  archéologiques  ensevelies 
dans  les  ténèbres  des  Grotte  mticane;  je  citerai  une  vieille  statue  de 
saint  Pierre,  un  bas-relief  de  l'ancienne  Confession,  le  tombeau  de 
Boniface  VIII  et  surtout  les  magnifiques  fragments  du  tombeau  de 
Paul  U. 

L.   AUVRAY. 

Annales  Gandenses,  nouvelle  édition  publiée  par  Frantz  Fc.nck-Brex- 
Txyo.  Paris,  Picard,  IS'JO.  In-8%  XLviii-t32  pages.  (GoUeclion  de 
textes  pour  servir  à  l'étude  et  à  l'enseignement  de  l'histoire.) 

L'œuvre  du  franciscain  de  Gand  connue  sous  le  nom  à' Annales  Gan- 
denses,  et  que  notre  confrère  réédite  sous  ce  titre,  est  une  des  chro- 
niques les  plus  précieuses  pour  l'histoire  des  premières  années  du 
xiv«  siècle.  Cette  chronique  est  courte,  ne  commençant  qu'en  1296  pour 
finir  en  1310;  mais  elle  correspond  à  l'époque  du  grand  conflit  entre  la 
France  et  la  Flandre,  et,  pour  l'histoire  de  ce  conflit,  elle  est  d'une  pré- 
cision remarquable.  Le  comité  qui  publie  la  «  Collection  de  textes  pour 
servir  à  l'étude  et  à  l'enseignement  de  l'histoire  »  a  donc  été  parfaite- 
ment inspiré  en  décidant  la  réimpression  des  Annales  Gandenses.  J'ajoute 
qu'il  ne  pouvait,  à  mon  sens,  choisir  un  meilleur  éditeur  pour  cette 
chronique  que  M.  Fr.  Funck-Brentano,  qui  étudie  depuis  nombre  d'an- 
nées le  rôle  de  Philippe  le  Bel  en  Flandre,  et  qui  a  su  résumer  ce  rôle 
en  quelques  pages  excellentes  dans  l'Introduction  du  volume  dont  le 
titre  est  ci-dessus. 

Les  Annales  Gandenses  avaient  été  publiées  plusieurs  fois  déjà;  mais 
les  éditions,  sans  en  excepter  celle  des  Monumenta  Germanise,  en  étaient 
toutes  également  déplorables.  Au  mérite  d'un  texte  bien  établi  et  présenté 
dans  un  format  commode,  notre  confrère  a  su  ajouter  celui  d'une  annota- 
tion empruntée  aux  chroniques  contemporaines  de  celle  du  frère  mineur 
de  Gand.  Les  extraits  qu'il  nous  donne  ainsi  de  la  chronique  qu'il  a  le 
premier  qualifiée  d'artésienne  (d'un  nom  qui  lui  restera  parce  qu'il  est 
juste,  l'auteur  de  cette  chronique  l'ayant,  selon  toute  apparence,  rédi- 
gée à  Arras)  sont  d'autant  plus  précieux  qu'ils  ont  été  coUationnés  sur 
le  manuscrit  de  Bruxelles.  Cette  collation  était  indispensable;  personne 
ne  l'ignore  parmi  les  érudits  qui  ont  eu  affaire  à  cette  chronique  arté- 
sienne, éditée  par  le  chanoine  De  Smet  en  1865  sous  le  titre  de  :  «  Ghro- 


BIBLIOGRAPHIE.  72^ 

nique  anonyme  de  la  guerre  de  Philippe  le  Bel  et  de  Gui  de  Dam- 
pierre;  »  il  n'en  faut  pas  moins  savoir  gré  à  M.  Fr.  Funck-Brentano 
d'avoir  revu  les  fragments  qu'il  vient  de  nous  en  donner  sur  le  manus- 
crit original.  Il  convient  de  le  remercier  également  d'avoir  pour  la 
première  fois  traduit  en  français  de  nombreux  et  importants  extraits 
du  précieux  Spierjel  historiaal  de  Lodewyk  van  Velthem.  Une  bonne 
table,  dans  laquelle  notre  confrère  a  judicieusement  rejeté  toutes  les 
identifications  de  noms  de  lieu,  complète  la  nouvelle  édition  des  Anna- 
les Gandenses,  qui  est  de  tout  point  recommandable. 

Armand  d'Herbomez. 


LIVRES    NOUVEAUX 

SOMMAIRE  DES  MATIÈRES. 

Généralités,  728,  739. 

Sciences  auxiliaires.  —  Épigraphie,  782.  —  Manuscrits,  760,  820; 
incunables,  723. 

Sources,  862.  —  Chroniques,  727,  748,  791.  —  Journal,  698.  — 
Archives,  716,  762,  765.  —  Gartulaires,  etc.,  699,  718,  721,  732,  734, 
758,  786,  854;  chartes,  756,  834,  851;  lettres,  786,  823. 

BiOGRAPmE,  GÉNÉALOGIE.  —  Aléaudre,  698;  Alexandre  IV,  699;  saint 
Antoine  de  Padoue,  803;  saint  Arnold,  730;  saint  Bernard  d'Hil- 
desheim,  707;  Bertran  de  Born,  759;  saint  Boniface  de  Savoie,  810; 
Gangrande  délia  Scala,  846;  Charlemagne,  838;  Charles  le  Téméraire, 
824;  Cino  da  Pistoia,  703;  Colomb,  821;  Dante,  722,  725,  734,  804, 
822;  Eckhart,  807;  Élise,  753;  saint  François  d'Assise,  737;  Frédéric 
Barberousse,  770;  Fugger,  767;  Guccello  di  "Prata,  746;  sainte  Hedwige, 
705;  Hohenzollern,  857;  Hugues  de  Beauvais,  752;  Hunégonde ,  796; 
bienheureux  Idesbald,  731;  Jacques  de  Vérone,  839;  Jean  XXII,  843; 
Jean  V  de  Bretagne,  786;  Jeanne  d'Arc,  787,  811;  Loypeau,  829; 
Thierry  Martens,  709;  Philippe  de  Montaigu,  795;  Roland,  833;  Sforza, 
840;  Siméon,  évêque  de  Metz,  805;  Stanga,  847  ;  Udo,  évêque  d'Hildes- 
heim,  855;  Urbain  II,  816;  Wettin,  857. 

Géographie,  856. 

Institutions,  729,  790,  798,  831,  834. 

Droit,  713,  733,  792,  795,  801,  832,  837,  852. 

Moeurs,  histoire  économique,  706,  712,  717,  850,  860. 

Enseignement,  sciences,  médecine,  719,  720,  764,  799,  864. 


722  BIBLIOGRAPHIE. 

Religions.  —  Judaïsme,  697.  —  Catholicisme  :  conciles,  784  ;  croi- 
sades, 750,  769,  784;  liturgie,  724,  778;  théologie,  7H,  807.  —  Héré- 
sies, 771. 

Archéologie,  708, 751, 812, 828, 865.— Architecture,  736, 747, 757, 797, 
826,  827,  853,  859.  —  Peinture,  704,  824.  —  Orfèvrerie,  779.  —  Numis- 
matique, 761,  781.  —  Sigillographie,  785.  —  Héraldique,  830. 

Langues  et  littératures.  —  Langues  romanes,  809;  français,  742, 
789,  817;  provençal,  738;  italien,  802,  806,  836.  —  Langues  germa- 
niques, 863.  —  Langues  slaves,  849. 

SOMMAIRE  GÉOGRAPHIQUE. 

Allemagne,  706,  766,  770,  776,  842,  844,  865.  —  Allemagne  du  Nord, 
818,  858,  862;  provinces  rhénanes,  715,  727,  859;  Bade,  732;  Franco- 
nie,  797. 

Alsace-Lorraine,  800,  854. 

Autriche-Hongrie,  733,  771,  773,  793,  860,  861. 

Espagne,  845. 

France,  702,  756.  —  Bretagne,  830;  Lorraine,  751;  Picardie,  825 
Saintonge,  735.  —  Allier,  745;  Aveyron,  798;  Cher,  814;  Doubs,  765 
Gironde,  701  ;  Hle-et-Vilaine,  780,  856;  Indre,  772,  816;  Loir-et-Cher 
721;  Loiret,  756;  Lot-et-Garonne,  700;  Nord,  762,  778;  Oise,  815 
Basses-Pyrénées,  755;  Seine-et-Oise ,  749;  Seine-Inférieure,  794 
Seine-et-Marne,  813;  Somme,  744,  788;  Vienne,  702. 

Grande-Bretagne,  697,  714,  768. 

Italie  :  du  Nord,  729,  740,  743,  754,  810,  835;  du  Centre,  710,  763; 
du  Midi,  725,  826. 

Pays-Bas,  716,  718. 

Pays  Scandinaves,  726,  741,  775,  819,  841,  848. 

Russie,  717,  808. 

Suisse,  774,  812. 

Orient,  839. 

Indes,  783. 

697.  Abrahams  (B.  L.).  The  Expulsion  of  the  Jews  from  England  in 
1290.  Arnold  Prize  essay,  1894.  Oxford,  Blackwell,  1895.  In-8»,  84  p. 
2  s.  6  d. 

698.  Aléandre  (journal  autobiographique  du  cardinal)  (1480-1530), 
publié  d'après  les  manuscrits  de  Paris  et  Udine  par  M.  Henri  Omont. 
Paris,  Ch.  Klincksieck,  1895.  In-4o,  116  p.,  portrait,  fac-similé.  (Tiré 
des  Notices  et  extraits  des  manuscrits,  t.  XXXV,  1'"'=  partie.) 


BIBLIOGRiPHFE.  723 

699.  Alexandre  IV  (les  registres  d').  Recueil  des  bulles  de  ce  pape, 
publiées  ou  analysées  d'après  les  manuscrits  originaux  des  archives  du 
Vatican,  par  MM.  G.  Bourel  de  la  Roncière,  J.  de  Loye  et  A.  Goulon. 
2e  fascicule,  publié  par  M.  G.  Bourel  de  la  Roncière.  Paris,  Alb.  Fon- 
temoing,  1895.  In-4<>,  p.  129-256. 

700.  Alis  (abbé  R.-L.).  Histoire  de  la  ville  d'Aiguillon  et  de  ses 
environs  depuis  l'époque  gallo-romaine  jusqu'à  nos  jours.  Agen,  Fer- 
ran  frères;  Sainte-Radegonde,  au  presbytère,  1895.  In-8«,  Yni-564  p. 
7  fr.  50. 

701.  Allain  (chanoine  Ernest).  L'Église  de  Bordeaux  au  dernier  siècle 
du  moyen  âge  (1350-1450).  Paris,  5,  rue  Saint-Simon,  1895.  In-8°, 
64  p.  (Extrait  de  la  Hevue  des  Questions  historiques,  octobre  1895.) 

702.  Babinet  (colonel).  La  Bataille  de  Poitiers-Maupertuis  (19  sep- 
tembre 1356),  d'après  la  chronique  de  Geffrey  le  Baker  de  Swinbrook. 
Poitiers,  impr.  Biais,  Roy  et  C'e,  1895.  In-8°,  15  p.  (Extrait  du  Bulletin 
de  la  Société  des  antiquaires  de  l'Ouest,  {"''  trimestre  1895.) 

703.  Bacgi  (Peleo).  Alcune  note  e  un  documente  su  messer  Gino  da 
Pistoja.  Pistoia,  tip.  Niccolai,  1895.  In-8°  obi.,  15  p.  (Nozze  Griccioli 
Gamici.) 

704.  Bauer  (Gharlotte).  Die  Brixner  Malerschule  des  XV.  Jahr- 
hunderts.  Bozen,  Auer,  1895.  In-8°,  13  p.  (Extrait  du  Kunstfreund.) 
0  fl.  25. 

705.  Bazin  (G,).  Sainte  Hedwige,  sa  vie  et  ses  œuvres.  Paris,  Bloud 
et  Barrai,  s.  d.  In-8°,  xxvn-337  p.,  grav. 

706.  Beeker  (Rhold.).  Der  mittelalterliche  Minnedienst  in  Deutsch- 
land.  Leipzig,  G.  Fock,  1895.  In-S»,  70  p.  1  m.  50. 

707.  Beissel  (le  P.  Stephan).  Der  hl.  Bernward  von  Hildesheim  als 
Kùnstler  und  Fôrderer  der  deutschen  Kunst.  Hildesheim,  A.  Lax, 
1895.  In-8°,  vm-74  p.,  11  planches  en  phototypie  et  grav.  10  m.;  relié, 
13  m. 

708.  Bell  (mrs.  Arthur).  Masterpieces  of  the  great  artists,  A.  D. 
1400-1700.  London,  Bell,  1895.  Gr.  in-8<>,  93  p.  21  sh, 

709.  Bergmans  (Paul).  Notice  biographique  sur  Thierry  Martens,  le 
premier  imprimeur  belge.  Paris,  Bouillon,  1895.  In-8o,  17  p.  (Extrait 
de  la  Biographie  nationale.)  1  fr. 

710.  Bernardi  (Andréa)  (Novaculq).  Gronache  forlivesi  dal  1476  al 
1517,  pubblicate  ora  per  la  prima  volta  di  su  l'autografo  a  cura  di 
Giuseppe  Mazzatinti.  Vol.  I,  parte  1.  Bologna,  pressolaR.  deputazione 
di  storia,  1895.  In-8»,  xl-350  p.  (Monument!  istorici  pertinenti  aile  pro- 
vincie  délia  Romagna,  série  terza  ;  cronache.) 


724  BIBLIOGRAPHIE. 

711.  BiGiNELLi  (Luigi).  I  Benedettini  e  gli  studi  eucaristici  nel  medio 
evo  :  ricerche  storico-bibliogratiche.  Torino,  tip.  Pietro  Celanza,  1895. 
In-8°,  xv-119  p. 

712.  BocHENSKi  (Adolf).  Beitrag  zur  Geschicbte  der  gutsherrlich- 
bàuerlichen  Verhâltnisse  in  Polen,  auf  Grund  archivalischer  Quellen 
der  Herrschaft  Kock,  I.  Gracovie,  société  d'éditions,  1895.  In-S», 
vi-250  p.,  5  pi.  2  th. 

713.  Bovio  (Giovanni).  Disegno  d'una  storia  del  diritto  in  Italia  dall' 
origine  di  Roma  ai  nostri  tempi.  ï''  edizione.  Roma,  G.  Civelli,  1895. 
ln-8»,  478  p.  7  1. 

714.  Bradley  (E.-T.)  (Mrs.  A.  Murray  Smith).  Annals  of  Westmins- 
ter abbey.  With  a  préface  by  the  dean  of  Westminster,  and  a  chapler 
on  the  abbey  buildings  by  J.  T.  Micklethwaite.  lUustrated  by  W. 
Ilatherell,  H.  xM.  Paget,  and  Francis  S.  Walker.  London,  Cassell, 
1895.  In-4°,  416  p.  63  sh. 

715.  Bruell  (Wilhelm).  Chronik  der  Stadt  Diiren.  Diiren,  L.  Vetter, 
1895.  In-8»,  vi-238  p.,  plan,  grav. 

716.  Brugm.\ns  (H.).  Verslag  van  een  ondorzoek  in  Engeland  naar 
archivalia,  belangrijk  voor  de  geschiedenis  van  Nederland.  's  Hage. 
Mart.  Nijhoff,  1895.  Gr.  in-8»,  10-515-8-63  p.  7  fl.  25. 

717.  BucK  (Wold.).  Der  deutsche  Handel  in  Nowgorod  bis  zur  Mitte 
des  XIV.  Jahrh.  St  Petersburg,  R.  Hœnniger,  1895.  In-8o,  90  p. 

718.  Bullarium  Trajectense.  Romanorum  ponlificum  diplomata  quot- 
quot  olim  usque  ad  Urbanum  papam  VI  in  veterem  episcopatum  Tra- 
jectensomdestinatareperiunturcoUegitotediditD.  Gisbertus  Brom.  II, 
3.  Ilagae  Comitum,  M.  Nijhoff,  1895.  Gr.  in-8°,  p.  241-384  et  i-xxvni. 

719.  BcLLOCH  (J.  M.).  A  Historyofthe  University  of  Aberdeen,  1495- 
1895.  London,  Hodder  and  son,  1895.  In-8'',  228  p.  4  s.  6  d. 

720.  BuRET  (F.).  Le  «  Gros  mal  »  du  moyen  âge  et  la  syphilis  actuelle. 
Avec  une  préface  du  D"-  Lancereaux.  Paris,  Société  d'éditions  scienti- 
fiques, 1894.  In-16,  319  p.,  grav.  4  fr. 

721.  Cartulaire  de  l'abbaye  cardinale  de  la  Trinité  de  Vendôme, 
publié  sous  les  auspices  de  la  Société  archéologique  du  Vendômois,  par 
l'abbé  Ch.  Métais.  Tome  III.  Paris,  Picard  et  fils;  Vendôme,  Ripé, 
1895.  In-8o,  vni-503  p. 

722.  Casini  (Toraraaso).  Aneddoti  e  studi  danteschi.  Série  I.  Città  di 
Castello,  S.  Lapi,  1895.  In-16,  99  p.  (Collezione  di  opuscoli  danteschi, 
24.)  0  1.  80. 

723.  Catalogue  des  incunables  de  la  bibliothèque  de  la  ville  de  Col- 
mar.  Paris,  Cercle  de  la  librairie,  1895.  In-4o,  56  p. 


BIBLIOGRAPHIE.  725 

724.  Geriani  (Anton.).  Notitia  liturgiae  ambrosianae  ante  saeculum  xi 
médium  et  ejus  concordia  cum  doctrina  et  canonibus  oecumenici  con- 
cilii  tridentini.  Mediolani,  typ.  J.  Giovanola,  1895.  In-S»,  vni-H2  p. 

725.  Ghiara  (S.  de).  Dante  e  la  Galabria.  Potenza,  L.  Aprea,  1895. 
In-16,  216  p.  2  1.  50. 

726.  Ghristensen  (W.).  Unionskongerne  og  Hansestœderne,  1439-1466. 
Kjôbenhavn,  Gad,  1895.  In-S",  456  p.  5  kr. 

727.  Ghroniken  (die)  der  westfàlischen  und  niederrheinischen  Stàdte. 
3  :  Soest  und  Duisburg.  Leipzig,  S.  Hirzel,  1895.  In-S^,  clxxiv-283  p. 
(Die  Ghroniken  der  deutschen  Stâdte,  24.)  12  m. 

728.  Ghurgh  (R.  W.).  The  Beginning  of  the  middle  âges.  London, 
Macmillan,  1895.  In-16,  xxn-269  p.  (Eversley  séries.) 

729.  Glaar  (Max).  Die  Entwicklung  der  venetianischen  Verfassung 
von  der  Einsetzung  bis  zur  Schliessung  des  grossen  Rates  (1173-1297). 
Mùnchen,  H.  Liineburg,  1895.  Gr.  in-8'',  147  p.  (Historische  Abhand- 
lungen,  IX.) 

730.  Claeys  (Hector).  Het  Leven  van  sint  Arnold.  Rousselare,  J.  de 
Meester,  1895.  In-8o,  116  p.  0  fr.  60. 

731.  Glaeys  (Hector).  Het  Leven  van  den  zaligen  Idesbald  van  der 
Gracht,  desden  abt  van  ter  Duinen.  Rousselare,  J.  de  Meester,  1895. 
In-8°,  200  p.  1  fr.  25. 

732.  Codex  diplomaticus  Salemitanus.  Urkundenbuch  der  Gister- 
zienser-Abtei  Salem.  Herausgegeben  von  Friedr.  von  Weech.  13  (fin). 
Karlsruhe,  G.  Braun,  1895.  In-4'',  iv  p.  et  p.  467-53^^.  2  m.  40. 

733.  Codex  juris  municipalis  regni  Bohemiae.  Tomus  U.  :  Privilégia 
regalium  civitatum  provincialium  annorum  1225-1419.  Vydâvâ  Jaromir 
Gelakovsky.  Prague,  Fr.  Rivnâc,  1895.  In-8°,  xxxu-1297  p.  10  fl. 

734.  Godice  diplomatico  dantesco  :  i  documenti  délia  vita  e  délia 
famiglia  di  Dante  Alighieri,  riprodotti  in  facsimile,  trascritti  e  illu- 
strati  con  note  critiche,  monumenti  d'arte  e  figure  da  Guido  Biagi  e  G.  L. 
Passerini.  I.  Roma,  Società  dantesca  italiana,  1895.  la-fol.,  6  p.,  2  fasc. 

735.  Combat  (le)  de  Montandre  en  Saintonge,  le  19  mai  1402.  Inau- 
guration d'une  plaque  commémorative  par  la  Société  des  archives  his- 
toriques de  la  Saintonge  et  de  l'Aunis.  La  Rochelle,  impr.  Texier,  1895. 
In-8o,  66  p. 

736.  GoRi  (Johann-Nepomuk).  Bau  und  Einrichtung  der  deutschen 
Burgen  im  Mittelalter.  2.  AuHage.  Linz,  E.  Mareis,  1895.  Gr.  in-8o, 
vni-242  p.  3  fl. 


726  BIBLIOGRAPHIE. 

737.  GoTELLE  (Dr).  Saint  François  d'Assise  (étude  médicale).  Paris, 
Poussielgue,  1895.  In-18,  199  p." 

738.  Crescini  (V.),  Rios  (A.).  Un  frammento  provenzale  a  Conegliano. 
Gonegliano,  Comune  e  congregazione  di  carità,  1895.  In-8°,  22  p.  2  facs. 

739.  Dahn  (Félix).  Die  Kônige  der  Germanen.  Das  Wesen  des  âltes- 
ten  KÔnigthums  der  germanischen  Stàmme  und  seiner  Geschichte  bis 
zur  Auflôsung  des  Karoling.  Reiches.  VIL  Die  Franlcen  unter  den 
Merovingern.  3  Abth.  Leipzig,  Breitkopf  und  Hârtel,  1895.  In-8o, 
vi-581  p.,  1  tableau.  15  m. 

740.  Danieli  (Oddone).  Una  pagina  di  storia  piacentina  :  studio  cri- 
tico.  Padova,  tip.  dei  fratelli  Salmin,  1895.  In-16,  64  p. 

741.  Danmarks  garnie  folkeviser.  Danske  ridderviser  efter  forarbeider 
af  Svend  Grundtvig  udgivne  af  Axel  Olrik.  1  bind,  1  liefte.  Koben- 
havn,  0.  B.  Wroblewski,  1895.  Gr.  in-S»,  vni-144  p. 

742.  Darmestetek  (Arsène).  Gours  de  grammaire  historique  de  la 
langue  française,  l'^  partie  :  Phonétique,  publiée  par  les  soins  de 
M.  Ernest  Muret.  2«  édition,  revue  et  corrigée.  Paris,  Delagrave,  1895. 
In-18,  xn-171  p. 

743.  Darjistaedter  (Paul).  Das  Reichsgutin  der  Lombardei  und  Pie- 
mont  (578-1250).  Strassburg,  K.  J.  Trùbner,  1895.  In-8°,  xii-369  p., 
1  carte  et  2  croquis.  10  m. 

744.  Daussy  (H.).  Histoire  de  la  ville  d'Albert  (autrefois  Encre),  jus- 
qu'à la  révolution  de  1789.  Albert,  Oger-Pascal,  1895.  In-8°,  vu-323  p., 
plan. 

745.  Décoret  (G.).  Une  page  sur  Vichy  et  ses  environs.  Les  hospices 
et  leurs  fondateurs,  l"-*  partie  :  de  1485  à  1755.  Vichy,  A.  Wallon, 
s.  d.  In-4»,  394  p.,  grav.  et  portraits. 

746.  Degani  (Ern.).  Guccello  II  di  Prata  (secolo  xni).  Portogruaro, 
tip.  ditta  Gastron,  1895.  In-8°,  44  p.  (Nozze  Degani  —  Ghemin  Palma.) 

747.  Dehio  (G.).  Ein  Proportionsgesetz  der  antiken  Baukunst  und 
sein  Nachleben  im  Mittelalter  und  in  der  Renaissance.  Strassburg, 
K.  J.  Trùbner,  1895.  Gr.  in-8°,  36  p.,  60  pi.  10  m. 

748.  Delisle  (Léopold).  La  Ghronique  d'Antonio  Morosini.  Paris, 
Impr.  nationale,  1895.  In-4°,  8  p.  (Extrait  du  Journal  des  Savants, 
août  1895.) 

749.  Depoin  (J.).  Le  Prieuré  de  Saint-Germain-en-Laye.  Origines  et 
cartulairc.  Versailles,  impr.  Cerf,  1895.  In-8°,  30  p. 

750.  Desdevises  du  Dézert.  Bibliographie  du  centenaire  des  croisades 


BIBLIOGRAPHIE.  727 

à  Glermont-Ferrand.  Glermont-Ferrand,  impr.  Monl-Louis,  1895.  In-8°, 
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In-8o,  p.  125-156,  5  pi.  2  1.  50. 

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Vannes,  impr.  Lafolye,  1895.  In-S",  19  p. 

830.  Potier  de  Courcy  (Pol).  Dictionnaire  héraldique  de  Bretagne. 
Revu,  corrigé  et  augmenté,  suivant  le  désir  de  l'auteur,  d'un  vocabu- 
laire des  termes  du  blason.  Le  tout  mis  en  rapport  avec  la  3*^  édition 
du  Nobiliaire  et  armoriai  par  son  neveu  Edouard  de  Bergevin,  avec 
figures  héraldiques  par  A.  de  la  Bigne.  Rennes,  impr.  Plihon  et  Hervé, 
1895.  In-8o,  xxiii-381  p. 

831.  PoTTET  (Eugène).  Histoire  de  la  Conciergerie  du  Palais  de  Paris 
depuis  les  origines  jusqu'à  nos  jours  (1031-1895).  3«  édition.  Paris,  May 
et  Motteroz,  1895.  In-16,  286  p. 

832.  Prochiron  legum,  pubblicato  secondo  il  codice  vaticano  greco 
845,  a  cura  di  F.  Brandileone  e  V.  Puntoni.  Roma,  tip.  Forzani  e  C, 
1895.  In-8°,  xviii-353  p.  (Fonti  per  la  storia  d'Italia,  pubbl.  dalF  Istituto 
storico  italiano  :  leggi,  secolo  xii,  n°  30.) 

833.  PuYMAiGRE  (comte  de).  Roland  dans  les  traditions  populaires. 
Paris,  5,  rue  Saint-Simon,  1895.  In-8»,  12  p.  (Extrait  de  la  Revue  des 
Questions  historiques,  octobre  1895.) 

834.  Rameau  de  Saint-Père.  Mémoire  sur  les  chartes  censives  du 
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Impr.  nationale,  1895.  In-8°,  19  p.  (Extrait  du  Bulletin  des  sciences  éco- 
nomiques et  sociales  du  comité  des  travaux  historiques,  1895.) 


734  BIBLIOGRAPHIE. 

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In-8°,  59  p.  (Extrait  du  Giornale  délia  Società  di  letture  e  œnversazioyii 
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Leroux,  1895.  In-S",  152  p.  (Extrait  de  la  Revue  de  l'Orient  latin,  1895, 
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seconde  le  memorie  dell'  archivio  recanatese.  Recanati,  tip.  R.  Sim- 
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H.  Aschehoug,  1895.  In-8o,  xx-478  p.,  portrait,  cartes  et  pi. 

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den  Jahren  1367-1379  mit  besonderer  Beriicksichtigung  des  Mainzer 
Bistumsstreiles.  Wolfenbùttel,  J.  Zwissler,  1895.  In-8°,  158  p.  2  m.  50. 

843.  ScHWERDFEGER  (Jos.).  Papst  Johanu  xxii.  und  die  Wahl  Sigis- 
munds  zum  romischen  Kônig,  1410.  Ein  Beitrag  zur  Vorgeschichte 
des  Konstanzer  Goncils.  Wien,  G.  Konegen,  1895.  Gr.  in-8°,  59  p. 
(Extrait  du  Jahresbericht  des  akademisclien  Vereins  deutscher  Histori- 
ker.)  1  m. 

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Dr.  Jan  V.  Novâk.  [Les  gesta  Romanorum  vieux-tchèques.]  Prag, 
Bursik  a  Kohout,  1895.  Gr.  in-S»,  xiv-268  p.  (Sbirka  pramenuv  ku  poz- 
nâni  literârniho  zivota  v  Gechâch,  na  Moravè  a  v  Slezsku.  I,  2,  2.) 
2  n.  30. 

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du  Gâtinais,  1894.) 

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des  Mémoires  de  la  Société  d'archéologie  d' Avranches  et  de  Mortain.) 

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Heckenhauer,  1895.  In-8o,  vi-82  p. 

853.  Truhelka  (Giro).  Die  bosnischen  Grabdenkmâler  des  Mittel- 
alters.  Wien,  G.  Gerold's  Sohn,  1895.  Gr.  in-8°,  71  p.,  108  grav.  et 
1  pi.  (Extrait  des  Wissenschaflliche  Mittheilungen  aus  Bosnien  und  der 
Hercegovina,  3.)  2  fl. 

854.  Urkundenbuch  der  Stadt  Strassburg.  V,  1  :  Politische  Urkun- 
den  von  1332  bis  1365.  Bearbeitet  von  Hans  Witte  und  Georg  Wolfram. 
Strassburg,  K.  J.  Trùbner,  1895.  Gr.  in-8o,  520  p.  (Urkunden  und 
Akten  der  Stadt  Strassburg,  I.  Abtheilung.)  26  m. 

855.  Uslar-Gleichen  (Edmund,  Freiherr  von).  Udo,  Graf  von  Rein- 
hausen,  Bischof  von  Hildesheim  1079-1114.  Hannover,  F.  Gruse,  1895. 
In-8°,  31  p.  0  m.  50. 

856.  ViGNOLS  (L.).  Inventaire  cartographique  des  archives  d'Ille-et- 
Vilaine,  du  musée  archéologique  de  Rennes  et  de  la  bibliothèque  de 
M.  de  Palys  pour  les  époques  antérieures  à  1790.  Paris,  Impr.  natio- 
nale, 1895.  In-8o,  40  p.  (Extrait  du  Bulletin  de  géographie  historique  et 
descriptive.  ) 

857.  VoGLER  (Franz).  Die  Dynasteugeschlechter  Hohenzollern  und 
Wettin,  ihre  Abstammung  und  ihre  Stellung  in  der  deutschen  Ge- 
schichte  bis  zum  Ende  des  13.  Jahrhunderts.  Altenburg,  0.  Bonde, 
1895.  In-8o,  v-178  p.  1  m.  50. 

858.  Wesierski  (F.  de  Tessen).  De  tribus  episcopis  Slesvicensium  a 
sede  condita  primis.  Wratislaviae  ;  Paderborn,  F.  Schôningh,  1895. 
In-8°,  50  p. 

859.  WiBEL  (Ferdinand).  Die  alte  Burg  Wertheim  am  Main  und  die 
ehemaligen  Befestigungen  der  Stadt.  Nach  architektonischen,  geschicht- 
lichen  und   culturhistorischen  Gesichtspunkten  untersucht  und  mit 


736  BIBLIOGRAPHIE. 

Benutzung  der  hinterlassenen  Arbeiten  des  Prof.  Karl  Wibel  dar- 
gestellt.  Freiburg  i.  B.,  J.  C.  B.  Mohr,  1895.  In-4o,  xvi-370p.,  illustré. 

860."WiNTER(Zikmund).ZivotcirkevnivGechâch.  Kulturnè-historicky 
obraz  z  xv.  a  xvi.  stoleti.  [La  vie  ecclésiastique  en  Bohème,  xye-xvi*  s.] 
Prag,  Bursik  a  Kohout,  1895.  Gr.  in-8°,  496  p.  1  fl.  30, 

861.  WiNTERA  (le  p.  Laurentius).  Die  Curturthâtigkeit  Brewnov's  im 
Mittelalter.  Braunau,  Fr.  Baksch,  1895.  Gr.  in-8°,  28  p.  0  fl.  30. 

862.  WusTMANN  (Gustav).  Quellen  zur  Geschichte  Leipzigs.  IL  Leip- 
zig, Duncker  und  Humblot,  1895.  Gr.  iii-8°,  vn-540  p.,  7  grav.  10  m. 

863.  Zenker  (Rudolf).  Das  Epos  von  Isembard  und  Gormund.  Sein 
Inhalt  und  seine  historische  Grundlagen.  Nebst  einer  motrischen  Ueber- 
setzuug  des  Brùsseler  Fragmentes.  Halle,  M.  Niemeyer,  1895.  In-8'», 
xv-203  p.  5  m.  50. 

864.  Zeuthen  (H.-G.).  Geschichte  der  Mathematik  im  Altertum  und 
Mittelalter.  Kopenhagen,  Andr.  Fred.  Hôst,  1896.  In-8%  Yn-344  p. 

865.  Zingeler  (Karl-Theodor),  Laur  (Wilhelm-Friedrich).  Die  Bau- 
und  Kunst-  Denkraaler  in  deu  Hohenzollern'schen  Landen.  Stuttgart, 
Paul  Neflf,  1896.  In-8°,  xi-304  p.,  1  carte,  22  phototypies  et  168  grav. 


CHRONIQUE  ET  MÉLAN&ES. 


—  Par  arrêté  ministériel  du  8  novembre  1895,  ont  été  nommés  élèves 
de  première  année  de  l'École  des  chartes,  dans  l'ordre  de  mérite  suivant  : 

MM. 

1.  Dreux  (inciré- Auguste-Albert),  né  à  Blois  (Loir-et-Cher),  le  5  juin 
1871. 

2.  PoupARDiN  (René),  né  au  Havre  (Seine-Inférieure),  le  27  février  1874. 

3.  ViLNET  (PauZ-Jules-Ernest),  né  à  Saint-Julien  (Aube),  le  12  janvier 
1875. 

4.  Michel  de  Boislisle  (/ean-Georges-Léon),  né  à  Saint-Prix  (Seine- 
et-Oise),  le  10  août  1876. 

5.  SusTRAG  (Louis-Joseph- Charles),  né  à  Chatou  (Seine-et-Oise),  le 
23  août  1874. 

6.  De  Lasteyrie  du  Saillant  (Charles-Ferdinand),  né  à  Paris,  le 
27  août  1877. 

7.  Galas  (Marie-Pierre-i^'éiîa;),  né  à  Paris,  le  14  mai  1876. 

8.  Oursel  (Marie-Pierre- 6'/iarZes),  né  à  Saint-Philbert-sur-Risle  (Eure), 
le  2  mars  1876. 

9.  Lanore  ( Pierre-Mathieu-Eugène- Joseph-l/awnce),  né  à  Libourne 
(Gironde),  le  11  octobre  1871. 

10.  Chalandon  (Marie- Ferdinand),  né  à  Lyon  (Rhône),  le  10  février 
1875. 

11.  Escoffier  (Amabile-Marie-^cnn),  né  à  Fontenay-sous-Bois  (Seine), 
le  23  janvier  1876. 

12.  Gauthier  (Charles-iéon),  né  à  Besançon  (Doubs),  le  18  décembre 
1875. 

13.  Le  Chartier  de  Sédouy  (/ean-Joseph-Marguerite-Marie) ,  né  à 
Beuvrigny  (Manche),  le  6  août  1874. 

14.  Le  Sourd  (Auguste-Marie- Amédée),  né  à  Vais  (Ardèche),  le  3  août 
1875. 

15.  Esquer  (Joseph-Germain-Marie-Léon-fraôneZ),  né  à  Cannes  (Aude), 
le  11  avril  1876. 

16.  Brou  (C/iar/e5-Jean-Marie),  né  à  Laval  (Mayenne),  le  25  mai  1876. 

17.  Lesort  (Joseph- Jean- André),  né  à  Rouen  (Seine-Inférieure),  le 
4  janvier  1876. 


738  CHRONIQUE   ET   MÉLANGES. 

18.  DuvAL  (Frédenc- Victor),  né  à  Magny-le-Désert  (Orne),  le  25  août 
4876. 

19.  Le  Cor  {Maurice-ÊmUe-Louis),  né  à  Paris,  le  Is""  janvier  1875. 

20.  Philippe  (Marie-^ndre),  né  à  Glamecy  (Nièvre),  le  29  mai  1875. 

Hors  cadre  et  à  titre  étranger  : 

M.  FoRNARÈsE  (Giuseppe),  de  nationalité  italienne. 
Sont  autorisés  à  redoubler  leur  année  d'études  : 
MM.  Rastoul  (Marie-Ignace-Joseph- Armand). 
Rouget  (Fernand-Manassé). 
Stapfer  (Marie-Gustave). 
ViLLEMSEMS  (Edmond),  élèves  de  1'"^  année. 

Et  MM.  Brandin  (Louis-Maurice). 

Dacier  (Édouard-Émile-Gabriel). 

Grand  (Roger-Gharles-Marie),  élèves  de  2^  année. 

—  Par  arrêté  du  14  novembre,  M.  de  Lasteyrie,  professeur  d'archéo- 
logie à  l'École  des  chartes,  a  été  autorisé  à  se  faire  suppléer  pendant  le 
premier  semestre  de  l'année  1895-1896  par  M.  Eugène  Lefèvre-Pontalis. 

—  Notre  confrère  M.  Cucheval-Glarignyestdécédéle  3  novembre  1895, 
à  Maisons-Laffitte.  Né  à  Calais  le  l""  février  1821,  il  avait  obtenu  le 
diplôme  d'archiviste  paléographe  le  10  décembre  1846,  classé  le  troi- 
sième de  sa  promotion. 

Les  travaux  qui  ont  rempli  sa  vie  ont  été  rappelés  dans  le  discours 
qu'a  prononcé  sur  la  tombe  M.  Léon  Say,  président  de  l'Académie  des 
sciences  morales  et  politiques,  à  laquelle  notre  regretté  confrère  appar- 
tenait depuis  l'année  1886  : 

«  Messieurs, 

«  C'est  au  nom  de  l'Académie  des  sciences  morales  et  politiques  que 
j'adresse,  au  bord  de  cette  tombe,  un  dernier  adieu  à  notre  confrère 
Cucheval-Clarigny. 

«  Il  appartenait  depuis  neuf  années  à  notre  Compagnie,  et,  depuis  sa 
jeunesse,  il  s'était  consacré  aux  études  qui  font  l'objet  de  nos  travaux. 

«  Pendant  toute  sa  vie  en  eiïet,  et  sa  vie  a  été  longue,  il  n'a  jamais 
cessé  de  se  préoccuper  des  grandes  questions  économiques  et  financières 
qui  ont  commencé  à  se  poser,  avec  la  gravité  que  personne  ne  méconnaît 
plus  aujourd'hui,  pendant  la  première  moitié  de  ce  siècle,  et,  son  acti- 
vité dépassant  nos  frontières,  ce  qui,  lorsqu'il  a  commencé  à  écrire,  était 
plus  rare  que  maintenant,  il  nous  a  enseigné  l'histoire  financière  des 
États-Unis,  d'Angleterre  et  d'Italie. 

«  Élève  de  l'École  normale,  de  l'École  des  chartes,  professeur  d'his- 
toire dans  deux  de  nos  premiers  lycées,  archiviste  et  bibliothécaire, 
c'est  en  historien  qu'il  a  parlé  des  faits  contemporains. 


CHRONIQUE   ET   MÉLANGES.  739 

«  Dès  1844  il  faisait  paraître  dans  la  Revue  des  Deux-Mondes  des 
articles  sur  le  Texas  et  les  États-Unis;  plus  tard,  il  jugeait  l'adminis- 
tration du  général  Grant,  celle  du  président  Hayes  et  racontait  l'élection 
de  Garfield  et  la  tragédie  de  sa  mort. 

«  En  1850,  il  commençait  à  donner  au  public  ses  consciencieuses 
études  sur  l'Angleterre,  sur  la  désorganisation  des  deux  grands  partis 
historiques,  sur  Robert  Peel,  Gobden  et  Disraeli.  Il  les  a  jugés  tous  les 
trois.  Il  a  parlé  avec  émotion  de  cette  session  dramatique  qui  mit  fin 
au  pouvoir  de  Robert  Peel,  et  avec  autorité  de  Gobden,  le  héros  de  la 
ligue  pour  l'abolition  des  lois  céréales.  Il  admire  sans  doute  la  fermeté 
et  même  la  hauteur  avec  laquelle  Gobden,  après  avoir  vaincu,  défend 
son  œuvre  contre  un  retour  offensif  de  ses  adversaires,  mais  ce  ne  sont 
pas  pourtant  les  grands  hommes  de  la  réforme  économique  ;  ce  n'est  ni 
Robert  Peel  ni  Gobden  qui  avaient  touché  le  cœur  de  notre  confrère. 
Son  vrai  héros  était  Disraeli. 

a  Disraeli  lui  a  paru  supérieur  à  ses  contemporains  comme  politique 
et  comme  orateur.  Ge  jugement,  souvent  médité,  creusé  avec  cette  per- 
sévérance dans  l'étude  et  cette  sécurité  dans  la  méthode  qui  constituaient 
les  qualités  maîtresses  de  notre  confrère,  nous  a  valu  la  belle  histoire 
si  complète  et  si  lumineuse  qu'il  nous  a  donnée  de  lord  Beaconsfield. 

«  Il  nous  l'a  montré  le  jour  de  ses  débuts  à  la  Ghambre  des  com- 
munes, et  peut-être  a-t-il  trop  affaibli  l'échec  qu'a  subi  ce  jour-là  ce 
grand  orateur  de  l'avenir,  dont  l'exubérance  de  gestes  et  la  redondance 
de  ton  avaient  fait  oublier  à  la  Ghambre  ses  habitudes  de  bienveillance 
pour  les  débutants.  L'échec  ne  peut  être  nié,  mais,  en  homme  supé- 
rieur, Disraeli  n'a  pas  tardé  à  prendre  une  revanche  éclatante. 

«  G'est  dans  le  livre  de  notre  confrère  qu'il  faut  suivre  de  près  et  dans 
le  détail  la  carrière  étrange  de  cet  homme  d'État  dont  l'âge  n'a  jamais 
éteint  le  feu,  et  chez  lequel  on  a  pu  retrouver  jusqu'à  la  fin,  quand  il 
sortait  du  demi-sommeil  de  ses  derniers  mois,  l'exubérance  de  geste,  le 
regard  de  feu  et  cette  intonation  superbe  qui  avaient  failli  lui  fermer,  à 
l'origine,  le  chemin  de  sa  gloire. 

«  Mais  ce  n'est  pas  de  l'Angleterre  seulement  et  du  temps  déjà  fabu- 
leux de  la  lutte  entre  Disraeli  et  Gladstone,  dont  notre  confrère  nous  a 
entretenus  dans  ses  articles  de  revue  et  dans  ses  livres.  Il  nous  a  raconté 
les  finances  de  l'Italie  et  les  nôtres;  il  a  jugé  les  erreurs  financières  de 
la  troisième  république.  Il  en  a  parlé  avec  résolution  et  non  sans  pas- 
sion, mais  c'est  justement  grâce  à  la  vivacité  de  son  langage,  peut-être 
à  la  passion  et  aussi  à  la  précision  de  son  travail,  qu'il  a  su  se  faire 
écouter  et  se  faire  comprendre. 

«  Je  n'ai  d'ailleurs  pas  à  vous  rendre  compte  de  ses  œuvres.  Gelui  que 
nous  appellerons  à  occuper  son  fauteuil  s'en  chargera  un  jour.  Je  n'ai 
aujourd'hui,  hélas!  qu'à  lui  adresser  un  dernier  adieu.  Il  a  été  un  con- 


740  CHRONIQUE   ET   MELANGES. 

frère  pénétré  de  ses  devoirs  académiques.  Il  n'a  épargné  ni  son  temps 
ni  son  travail  dans  l'étude  parfois  fastidieuse  de  tant  de  mémoires  que 
nous  sommes  obligés  de  lire  avec  conscience  pour  les  classer  et  pour 
juger  s'ils  sont  dignes  des  prix  que  nous  avons  à  décerner. 

«  Cucheval-Clarigny  siégeait  encore  parmi  nous  il  y  a  peu  de  jours; 
mais  nous  avions  aperçu,  avec  chagrin,  les  traces,  hélas!  déjà  visibles 
de  la  maladie  qui  devait  bientôt  l'enlever  à  sa  famille,  à  ses  amis,  à 
notre  Compagnie.  C'est  du  fond  du  cœur  que  je  lui  adresse,  au  nom  des 
confrères  qui  l'aimaient,  un  dernier  adieu.  » 

—  Par  décret  en  date  du  31  décembre  1895,  nos  confrères  MM.  Léo- 
pold  Delisle  et  Gaston  Paris  ont  été  promus,  le  premier  au  grade  de 
grand  officier,  le  second  au  grade  de  commandeur  dans  l'ordre  national 
de  la  Légion  d'honneur.  —  A  la  même  date,  nos  confrères  MM.  Viollet 
et  Alglave  ont  été  nommés  chevaliers  de  la  Légion  d'honneur. 

—  Dans  la  séance  de  la  Société  de  l'École  des  chartes  tenue  le 
29  novembre,  M.  Léopold  Delisle  a  mis  sous  les  yeux  de  ses  confrères 
un  manuscrit  récemment  entré  à  la  Bibliothèque  nationale  :  une  partie 
de  Bible  en  lettres  onciales,  dont  la  notice  est  publiée  à  la  page  651  du 
présent  volume.  Des  observations  ont  été  échangées  entre  plusieurs 
membres  de  la  Société  sur  les  particularités  paléographiques  que  pré- 
sente ce  beau  manuscrit.  M.  Prou  a  signalé  l'analogie  que  certaines 
grandes  lettres  des  titres  présentent  avec  la  forme  de  ces  mêmes  lettres 
sur  des  monnaies  carolingiennes. 

—  Par  arrêté  du  11  novembre,  notre  confrère  M.  Morel-Fatio  a  été 
chargé  de  suppléer,  pendant  l'année  1895-189G,  M.  Paul  Mcyer  dans  la 
chaire  de  langues  et  littératures  de  l'Europe  méridionale  au  Collège  de 
France. 

—  Par  arrêté  du  23  octobre,  notre  confrère  M.  Petit-Dutaillis  a  été 
chargé,  pour  l'année  scolaire  1895-1896,  d'un  cours  d'histoire  du  moyen 
âge  à  la  Faculté  des  lettres  de  Lille. 

—  Par  arrêté  du  29  novembre,  notre  confrère  M.  Louis  Finot  a  été 
chargé  d'une  conférence  de  langue  sanscrite  à  l'École  pratique  des  hautes 
études,  —  notre  confrère  M.  Antoine  Thomas  a  été  nommé  maître  de 
conférence  de  philologie  romane  au  même  établissement. 

—  Par  arrêté  ministériel  du  9  novembre,  notre  confrère  M.  Robert  Gou- 
baux  a  été  nommé  attaché  non  rétribué  à  la  bibliothèque  de  l'Arsenal. 

—  Par  arrêté  préfectoral  du  19  août,  notre  confrère  M.  A.  Pasquier, 
archiviste  de  l'Ariége,  a  été  nommé  archiviste  de  la  Haute-Garonne,  en 
remplacement  de  notre  confrère  M.  A.  Baudouin,  admis  à  faire  valoir  ses 
droits  à  la  retraite  à  partir  du  l*'  novembre. 


CHRONIQUE    ET   ME'lANGES.  741 

—  Par  arrêté  du  28  novembre  1895,  noire  confrère  M.  Didier  Neuville 
a  été  nommé  chef  du  bureau  de  la  comptabilité  des  matières  au  minis- 
tère de  la  marine. 

—  Notre  confrère  M.  Henri  Bûche  a  été  nommé  secrétaire  de  la  Com- 
mission supérieure  des  archives  de  la  marine. 

—  Par  arrêté  en  date  du  7  octobre,  nos  confrères  MM.  Goulon  et 
Mirot  sont  autorisés  à  prolonger  leur  séjour  à  l'École  française  de  Rome 
pendant  l'année  1895-1896. 

—  Le  livre  qui  a  valu  à  notre  confrère  M.  G.  Fagniez  le  premier  prix 
Gobert  de  l'Académie  française  est  ainsi  apprécié  dans  le  rapport  du 
secrétaire  perpétuel  M.  Boissier  sur  les  concours  de  l'année  1895  : 

«  Le  premier  prix  Gobert  a  été  décerné  à  l'ouvrage  de  M.  Gus- 
tave Fagniez,  intitulé  :  le  Père  Joseph  et  Richelieu.  Le  Père  Joseph  est 
l'un  de  ces  hommes  dont  on  a  dit  qu'ils  étaient  plus  célèbres  qu'ils  ne 
sont  connus.  Tout  le  monde  se  souvient  d'avoir  vu,  dans  le  tableau  d'un 
maitre,  ce  capucin  qui  monte  les  degrés  du  Louvre,  en  lisant  son  bréviaire 
et  sans  regarder  autour  de  lui,  tandis  que  les  grands  seigneurs  se  baissent 
humblement  à  son  passage  et  ne  se  relèvent,  avec  un  air  de  mépris, 
que  quand  il  ne  peut  plus  les  voir.  Ce  fut  un  personnage  puissant  et 
redouté,  voilà  ce  qu'on  sait;  mais  d'ordinaire  on  ignore  quel  a  été  son 
rôle  véritable  et  la  part  qui  lui  revient  dans  l'œuvre  de  Richelieu.  Miche- 
let  en  fait  le  chef  d'une  administration  équivoque  de  moines  voyageurs 
qui  renseignaient  le  grand  cardinal,  quelque  chose  comme  le  directeur 
d'une  police  secrète,  une  sorte  de  Fouché  près  d'un  autre  Napoléon. 
C'est  trop  le  diminuer.  M.  Fagniez  prouve  que  Richelieu  l'associa  à 
toutes  ses  entreprises  et  qu'il  avait  résolu  d'en  faire  son  successeur.  Mais 
ce  qu'il  y  a  de  plus  curieux  chez  le  Père  Joseph,  ce  que  M.  Fagniez  fait 
parfaitement  connaître,  c'est  l'homme,  —  je  devrais  peut-être  dire  les 
hommes,  car,  de  compte  fait,  il  y  en  a  deux  en  lui,  qui  vivent  ensemble, 
et,  quoique  fort  différents,  ne  font  pas  mauvais  ménage.  C'est  d'abord 
le  moine,  qui  fonde  un  ordre  de  religieuses,  le  Calvaire,  qui  crée  des 
missions  en  France  et  en  Orient,  qui  semble  animé  de  l'esprit  des  croi- 
sades, et  rêve,  en  plein  xvii*^  siècle,  de  délivrer  le  Saint-Sépulcre.  C'est 
ensuite  le  politique,  c'est-à-dire  un  esprit  pratique  et  positif,  ennemi  de 
toute  chimère,  et  qui  s'applique  à  ne  former  que  des  projets  qui  puissent 
se  réaliser.  Successivement,  ou  même  à  la  fois,  le  Père  Joseph  s'occupe 
avec  la  même  passion  et  la  même  sincérité  des  intérêts  du  ciel  et  de 
ceux  de  la  terre.  Quand  il  développe  devant  ses  rehgieuses  ses  méthodes 
d'oraison,  c'est  un  mystique,  un  ascète  entièrement  dégagé  des  choses 
du  monde;  c'est  le  plus  fin,  le  plus  adroit  des  diplomates,  le  mieux  ren- 
seigné sur  les  hommes  et  les  affaires,  lorsqu'il  faut  traiter  avec  l'Espagne 
ou  la  Suède.  Les  deux  personnages  ont  leur  domaine  séparé  et  trouvent 
moyen  de  ne  pas  se  gêner  l'un  l'autre.  Le  moine  travaille  de  toutes  ses 


742  CHRONIQUE  ET   MÉLANGES. 

forces  à  l'extinction  de  l'hérésie  ;  le  politique  n'hésite  pas  à  s'allier  avec 
les  protestants  contre  la  très  catholique  maison  d'Autriche.  En  même 
temps  qu'il  cherche  tous  les  moyens  d'exterminer  les  infidèles,  il  ne 
refuse  pas  leurs  services  quand  la  France  en  a  besoin.  Au  milieu  de  la 
cour,  il  pratique  tous  les  devoirs  de  son  état,  il  passe  les  journées  dans 
le  cabinet  du  premier  ministre,  la  nuit  sur  un  grabat,  dans  un  cloître. 
Ambassadeur  auprès  du  pape,  il  sait  faire  respecter  son  caractère  et 
traite  avec  fermeté  les  affaires  les  plus  graves  ;  mais,  quand  l'ambassade 
est  finie,  il  se  souvient  qu'il  n'est  qu'un  moine  ;  il  reprend  son  bâton  de 
voyage,  il  revient  humblement  à  pied  de  Rome  à  Paris,  et  se  délasse 
des  longueurs  de  la  route  en  composant  en  chemin  un  poème  épique 
contre  les  Turcs.  Enfin,  il  meurt  à  soixante-deux  ans,  comme  un  saint, 
le  jour  où  Bernard  de  Saxe-Weimar,  dont  il  nous  a  procuré  le  secours, 
entre  dans  Brisach  et  assure  à  la  France  la  possession  de  l'Alsace.  — 
Tel  est  le  personnage  que  M.  Fagniez  a  entrepris  de  nous  faire  connaître, 
et  vous  jugerez  sans  doute  qu'il  méritait  bien  d'être  connu.  » 

—  M.  Longnon  a  lu,  dans  la  séance  de  l'Académie  des  inscriptions 
tenue  le  8  novembre,  un  rapport  sur  les  ouvrages  envoyés  en  1895  au 
concours  des  antiquités  de  la  France.  Nous  reproduisons  les  passages 
de  ce  rapport  relatifs  aux  travaux  de  nos  confrères  MM.  François  Dela- 
borde  et  Jules  Finot,  qui  ont  obtenu  l'un  la  première  médaille,  l'autre 
la  troisième  mention  honorable  : 

«  La  première  médaille  a  été  décernée  à  M.  François  Delaborde  pour 
son  livre  intitulé  :  Jean  de  Joinville  et  les  seigneurs  de  Joinville,  suivi  d'un 
catalogue  de  leurs  actes  ^Paris,  1894,  grand  in-8°).  —  Cet  ouvrage  dédié 
à  la  mémoire  de  M.  Natalis  de  Wailly  est  digne  de  notre  regretté  con- 
frère par  la  solidité  de  l'érudition,  la  rigueur  de  la  méthode,  la  qualité 
de  l'exposition,  à  la  fois  claire,  élégante  et  simple;  il  est  d'ailleurs  conçu 
dans  le  morne  esprit  que  les  célèbres  travaux  de  M.  de  Wailly  sur  Join- 
ville, esprit  de  sympathie  générale  pour  le  personnage  et  pour  l'époque 
qui  ne  décide  jamais  l'auteur  à  sacrifier  dans  le  détail  la  justice  et  la 
vérité.  C'est  M.  de  Wailly  qui,  il  y  a  déjà  vingt  ans,  engagea  M.  Dela- 
borde, assis  alors  sur  les  bancs  de  l'École  des  chartes,  à  entreprendre  ce 
travail  :  il  se  réjouirait  de  le  voir  achevé,  et  le  trouverait  certainement 
conforme  à  ce  qu'il  souhaitait  qu'il  fût,  égal  à  ce  qu'il  pouvait  s'en  pro- 
mettre. M.  Delaborde  a  même  largement  dépassé  ce  que  son  maître 
attendait  de  lui  :  il  ne  s'est  pas  borné  à  une  biographie  du  sénéchal  de 
Champagne  ;  il  l'a  fait  précéder  d'un  chapitre  des  plus  méritoires  et  des 
plus  utiles  sur  les  ancêtres  de  Jean  de  Joinville,  l'a  fait  suivre  d'une 
autre  étude  moins  longue  et  moins  difficile,  mais  fort  intéressante,  sur 
ses  descendants,  et  i'a  accompagnée  de  précieux  tableaux  généalogiques. 
Enfin,  il  y  a  joint  un  catalogue  d'actes  des  membres  de  la  maison  de 
Joinville,  qui,  de  1019  à  1417,  ne  comprend  pas  moins  de  1,071  articles, 


CHROXIQDE   ET   MÉLANGES.  743 

tous  analysés  avec  le  plus  grand  soin,  en  grande  partie  inédits,  dont 
beaucoup  ont  été  découverts  par  lui-même,  et  qui  forment  un  ensemble 
de  documents  historiques  de  la  plus  grande  valeur.  Cet  exposé  suffit 
déjà  pour  faire  comprendre  l'importance  et  le  mérite  du  livre  de  M.  Fran- 
çois Uelaborde  ;  mais,  pour  permettre  de  l'apprécier  pleinement,  il  faut 
revenir  sur  quelques  points  particuliers. 

«  Rien  n'était  plus  obscur  jusqu'ici  que  les  origines  de  la  grande  mai- 
son de  Joinville.  En  l'absence  de  documents  contemporains,  elles  avaient 
été  défigurées  dès  le  xm^  siècle  par  des  confusions  difficiles  à  débrouiller, 
et  plus  encore  au  xvi«  par  des  fictions  généalogiques  destinées  à  rehausser 
la  gloire  de  la  maison  de  Lorraine,  devenue  l'héritière  des  Joinville.  Les 
érudits  des  trois  siècles  suivants  avaient  épaissi  ces  ténèbres  par  leurs 
discussions  et  par  leurs  hypothèses.  Si  M.  Delaborde  n'a  pas  réussi  à 
retrouver  la  famille  d'Etienne,  le  premier  des  seigneurs  de  Joinville,  il 
a  dissipé  une  fois  pour  toutes  une  masse  d'erreurs  et  de  vaines  conjec- 
tures amoncelées  autour  de  lui,  et  il  a  dégagé  au  moins  un  résultat  très 
net,  c'est  que  ce  personnage,  d'ailleurs  plus  recommandable  par  son 
énergie  et  son  habileté  que  par  ses  vertus,  a  surtout  été  le  fils  de  ses 
œuvres.  On  ne  peut  qu'admirer  la  patience  et  la  pénétration  avec  les- 
quelles l'érudit  historien  a  mené  ces  recherches  arides,  et  le  savoir 
étendu  qu'il  a  montré  pour  établir  les  points  vraiment  assurés  de  cette 
histoire  et  dissiper  la  confusion  qui  l'embarrassait.  Ces  premières  pages 
lui  ont  coûté  beaucoup  de  peine  et  en  épargneront  beaucoup  à  ses  suc- 
cesseurs. 

«  L'histoire  des  premiers  descendants  d'Etienne  n'a  pas  été  écrite  par 
M.  Delaborde  avec  une  information  moins  précise  et  une  critique  moins 
exacte.  Mais  c'est  la  vie  de  Jean  de  Joinville  qui,  avec  une  étude  histo- 
rique et  littéraire  sur  son  Histoire  de  saint  Louis,  remplit  la  plus  grande 
partie  du  livre.  C'est  un  morceau  excellent,  auquel  les  plus  compétents 
ne  sauraient  tout  au  plus  adresser  qu'une  seule  critique,  en  ce  qui  touche 
le  rapport  des  manuscrits  de  l'œuvre  immortelle  du  sénéchal  de  Cham- 
pagne; mais,  à  vrai  dire,  M.  Delaborde  n'a  fait  ici  que  reproduire,  sans 
apporter  d'arguments  nouveaux,  l'opinion  de  M.  de  Wailly  que  notre 
confrère  M.  Gaston  Paris  avait  jadis  combattue  et  que  son  auteur  avait 
cru  lui-même  devoir  modifier.  La  minutieuse  pratique  de  la  critique 
des  textes  est  affaire  de  philologue,  et,  il  serait  injuste  de  l'exiger  trop 
rigoureusement  d'un  historien. 

«  Comme  historien,  M.  Delaborde  est  digne  de  tous  les  éloges.  En 
éclairant  les  divers  aspects  de  la  vie  de  Joinville,  il  a  rendu  à  l'histoire 
un  signalé  service,  car  si  cette  vie,  mieux  connue,  grâce  au  bon  séné- 
chal même,  que  celle  d'aucun  de  ses  contemporains,  enrichit  de  beau- 
coup notre  connaissance  de  la  société  féodale  du  xni<=  siècle,  elle  est  non 
moins  précieuse  pour  bien  comprendre  l'œuvre  de  Joinville,  notre  prin- 
cipale source  pour  la  connaissance  intime  et  personnelle  de  saint  Louis. 


744  CHRONIQUE   ET   MÉLANGES. 

C'est  donc  en  somme  tout  un  chapitre  et  un  chapitre  des  plus  intéressants 
de  l'histoire  de  France  que  ce  livre  fera  mieux  comprendre,  et  la  Com- 
mission n'a  pas  hésité  un  instant  à  lui  accorder  la  première  des  récom- 
penses dont  elle  disposait. 

«  C'est  M.  Jules  Finot,  archiviste  du  département  du  Nord,  qui  obtient 
la  troisième  mention  honorable  avec  son  Étude  historique  sur  les  relations 
commerciales  entre  la  France  et  la  Flandre  au  moyen  âge  (Paris,  1894, 
in-8°).  —  L'œuvre  de  M.  Finot  a  deux  parties  :  la  première,  ayant  pour 
objet  le  commerce  de  la  France  centrale  et  de  la  Flandre  par  la  voie  de 
terre  ;  la  seconde,  le  commerce  par  mer  entre  la  Flandre  et  les  villes  de 
la  Rochelle,  Niort,  Saint- Jean-d'Angely,  Bayonne,  Biarritz  et  Bordeaux. 
Fondé  uniquement  sur  des  pièces  d'archives,  ce  livre  offre  des  rensei- 
gnements tout  à  fait  nouveaux  et,  qui  plus  est,  fort  intéressants.  Quelles 
étaient,  au  moyen  âge,  les  marchandises  exportées  de  Flandre  en  France 
et  de  France  en  Flandre?  Les  documents  transcrits  ou  analysés  par 
M,  Finot  répondent  très  clairement  à  cette  question.  On  y  voit  en  outre 
que  l'échange  de  ces  produits  était  très  actif  malgré  les  guerres,  malgré 
les  pilleries  des  soldats,  des  corsaires  et  des  bandits  embrigadés. 

«  C'est  là  un  bon  livre  de  statistique  qu'il  convient  de  recommander. 
L'auteur  ne  se  flatte  pas  d'avoir  tout  trouvé  et  il  suppose  qu'on  pourra 
quelque  jour  signaler  dans  son  livre  des  erreurs  et  des  lacunes.  Ces 
erreurs  ne  seront  certainement  pas  graves,  ni  ces  lacunes  importantes. 
Mais  ce  qui  nous  semble  manquer  à  M.  Finot,  c'est  l'art  de  composer, 
de  grouper  les  faits  historiques  et  de  les  présenter  de  manière  à  en  faire 
bien  apprécier  les  causes  et  les  suites.  On  éprouve  quelque  fatigue  à  lire 
un  livre  que,  malgré  soi,  l'on  refait  en  le  lisant.  » 

—  L'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres  a  tenu  sa  séance 
publique  annuelle  le  15  novembre  1895.  Le  président  M.  Maspero  a  rendu 
compte,  dans  les  termes  suivants,  des  travaux  de  plusieurs  de  nos 
confrères  récompensés  ou  jugés  par  l'Académie  : 

«  Prix  ordinaire.  —  Vous  avez  reçu  trois  Études  sur  la  chancellerie 
royale  depuis  l'avènement  de  saint  Louis  jusqu'à  celui  de  Philippe  de  Valois, 
et  vous  avez  accordé  la  palme  à  celle  de  M.  Victor  Langlois.  Vous 
demandiez  aux  concurrents  de  vous  détailler  l'organisation  intime  de 
cette  administration  et  de  faire  connaître  les  divers  fonctionnaires  chargés 
de  rédiger  puis  d'expédier  les  actes.  M.  Langlois  s'est  acquitté  de  cette 
tâche  avec  la  rigueur  de  critique  et  la  netteté  de  langage  qui  lui  ont 
valu  déjà  l'honneur  d'être  couronné  par  vous;  il  a  épuisé  toutes  les 
sources  d'information  qui  sont  accessibles  dans  les  bibliothèques  ou 
dans  les  archives,  et  la  plupart  des  résultats  auxquels  il  est  parvenu 
demeurent  acquis  à  la  science. 

«  Première  médaille  du  concours  des  antiquités  de  France.  —  M.  Delà- 


CHRONIQUE   ET   ME'lANGES.  745 

borde  devait  son  sujet  à  Natalis  de  Wailly;  il  lui  a  dédié  son  ouvrage 
et  vous  avez  retrouvé  dans  l'élève  les  qualités  que  vous  admiriez  dans  le 
maître,  l'érudition  pleine  et  solide,  la  méthode  exacte  et  sévère,  l'expo- 
sition sobre,  claire,  vigoureuse.  Il  a  éclairci  les  origines  des  Joinville, 
fort  obscures  dès  le  xirie  siècle,  et  compliquées  au  xvi"^  par  les  fictions 
généalogiques  où  la  maison  de  Lorraine,  héritière  de  leurs  biens,  complai- 
sait son  orgueil.  Il  a  montré  le  peu  que  valait  Etienne,  le  premier  d'entre 
eux  dont  nous  ayons  gardé  le  souvenir,  et  les  moyens  assez  malhonnêtes 
par  lesquels  ce  personnage  établit  la  puissance  de  sa  famille.  Il  a  retracé 
avec  précision  les  destinées  des  descendants  d'Etienne,  puis  il  s'est  atta- 
qué à  Jean,  l'ami  de  saint  Louis.  Peut-être  a-t-il  suivi  de  trop  près 
l'opinion  de  M.  de  Wailly  en  ce  qui  touche  à  la  langue,  et  n'a-t-il  pas 
tenu  assez  compte  des  raisons  par  lesquelles  Gaston  Paris  l'avait  com- 
battue :  la  partie  historique  de  son  livre  ne  méritait  que  des  éloges,  et 
vous  lui  avez  accordé  sans  hésitation  le  premier  rang  parmi  tant  d'oeuvres 
remarquables. 

«  Troisième  mention  honorable  du  concours  des  antiquités  de  France.  — 
Ij  Etude  de  M.  Jules  Finot  sur  les  relations  commerciales  entre  la  France 
et  la  Flandre  au  moyen  âge  couvre  plus  d'espace  et  embrasse  plus  de 
matières.  La  Flandre  trafiquait  par  la  voie  de  terre  avec  le  centre  de 
notre  pays,  par  la  voie  de  mer  avec  des  villes  côtières  situées  au  delà  de 
la  Loire,  de  la  Rochelle  à  Bayonne  et  à  Biarritz.  M.  Finot  a  déterminé 
la  nature  des  marchandises  échangées  et  le  chemin  qu'elles  préféraient 
prendre  pour  passer  d'une  région  dans  l'autre.  Les  faits  ne  sont  pas  tou- 
jours groupés  de  manière  assez  claire,  et  l'on  ressent  quelque  fatigue  à 
les  bien  apprécier. 

«  Prix  Gobert.  —  Trois  ouvrages  très  importants  vous  avaient  été  pré- 
sentés pour  le  prix  Gobert  :  vous  avez  couronné  celui  de  M.  Élie  Ber- 
ger sur  Blanche  de  Castille,  reine  de  France;  M.  Élie  Berger  ne  s'est 
point  enfermé  dans  la  biographie  de  cette  princesse  :  il  a  raconté  tous 
les  événements  de  notre  histoire  nationale  auxquels  elle  a  mis  la  main 
de  1226  à  1252,  et  il  leur  a  prêté  une  physionomie  nouvelle,  au  moyen 
de  documents  que  ses  devanciers  avaient  ignorés  et  dont  beaucoup 
étaient  inédits.  Il  a  fait  ressortir  la  part  prépondérante  qu'elle  prit  à 
l'administration  du  royaume,  non  seulement  pendant  les  quatorze 
années  que  durèrent  ses  deux  régences,  mais  pendant  celles  où  son  fils 
régna  seul  :  son  habileté  à  sortir  des  dangers  les  plus  menaçants,  sa 
souplesse,  son  énergie,  sont  exposées  en  traits  saisissants.  Peut-être 
l'activité  considérable  que  M.  Berger  lui  attribue  dans  la  direction  des 
affaires  publiques  diminue-t-elle  l'idée  qu'on  avait  jusqu'à  présent  de 
saint  Louis;  mais,  somme  toute,  les  faits  se  chargent  de  confirmer 
cette  impression.  L'esprit  qui  animait  les  grands  feudataires,  surtout 
les  trois  principaux,  Thibaut  de  Champagne,  Pierre  Mauclerc,  Henri  III 
1895  49 


746  CHROXIQDE   ET   MÉLANGES. 

d'Angleterre,  est  jugé  sévèrement  :  on  ne  peut  s'empêcher  de  penser, 
en  lisant  le  récit  de  leurs  intrigues  décousues,  que  Blanche  joua  de 
bonheur  à  rencontrer  devant  elle  des  adversaires  aussi  légers  d'esprit. 
Ajoutons  que  M.  Berger  a  su  échapper  au  travers,  fréquent  chez  les 
biographes,  de  ne  voir  que  des  vertus  chez  son  héroïne  :  il  a  placé  en 
lumière  les  traits  douteux  du  caractère  avec  la  même  impartialité  qu'il 
avait  mise  à  en  rappeler  les  beaux  côtés.  Son  ouvrage,  bien  fourni  de 
documents  et  de  faits,  a  une  qualité  rare  :  il  est  composé  avec  clarté, 
écrit  avec  agrément.  Ce  n'est  pas  seulement  un  mémoire  que  l'on  con- 
sultera, c'est  un  livre  qu'on  peut  lire  pour  le  plaisir  autant  que  pour 
l'instruction. 

«  Travaux  de  VÉcole  de  Rome.  —  M.  Goulon  a  donné  l'exemple  [de 
recherches  sur  la  papauté  française],  et  son  étude  sur  les  registres  de 
Jean  XXII,  ainsi  que  sur  les  rapports  politiques  de  ce  pontife  avec  la 
France  (1316-1334),  doit  servir  de  type  aux  recherches  que  M.  l'abbé 
Duchesne  veut  entreprendre  sur  l'état  des  Archives  vaticanes  en  ce  qui 
concerne  les  papes  d'Avignon. 

«  Jean  XXII  introduisit  en  effet  des  modifications  importantes  dans 
les  usages  de  la  chancellerie  romaine.  Elle  s'était  contentée  jusqu'alors 
d'un  seul  registre  annuel,  où  elle  inscrivait  d'une  part  les  lettres  com- 
munes, simples  pièces  d'administration  courante  qu'on  expédiait  le 
plus  souvent  sans  en  référer  au  souverain  pontife,  d'autre  part  les  lettres 
curiales  exigées  par  des  affaires  d'un  intérêt  particulier,  et  qu'on  ne 
pouvait  envoyer  à  destination  avant  de  les  avoir  soumises  à  son  exa- 
men. Elle  eut  désormais  deux  registres  par  année,  l'un  où  elle  continua 
de  copier  les  lettres  communes  et  les  lettres  curiales  selon  l'usage  des 
siècles  antérieurs,  l'autre  où  elle  relégua  les  lettres  secrètes.  M.  Gou- 
lon laisse  de  côté  les  lettres  communes,  comme  étant  trop  nombreuses 
et  de  moindre  valeur  :  il  s'est  borné  à  relever,  parmi  les  lettres  curiales 
et  parmi  les  secrètes,  celles  qui  ont  trait  à  la  France,  puis  il  en  a  fait 
le  résumé  analytique,  et  il  a  inséré  dans  un  appendice  la  copie  des 
pièces  assez  importantes  pour  qu'on  ait  intérêt  à  posséder  le  texte  même. 
Votre  commission  des  Écoles  d'Athènes  et  de  Rome,  chargée  d'exami- 
ner son  travail,  souhaiterait  qu'il  ne  se  désintéressât  pas  complètement 
des  lettres  communes.  Elles  renferment,  parmi  beaucoup  de  formules 
ou  de  faits  insignifiants,  une  foule  de  renseignements  qu'il  serait  regret- 
table de  perdre  :  on  y  relève  souvent  des  détails  authentiques  et  précis 
sur  les  personnages  nommés  dans  les  secrètes,  sur  leur  vie,  sur  leurs 
œuvres.  Il  ne  sera  pas  inutile  d'en  donner  sous  une  forme  qu'on  pourra 
déterminer  par  la  suite  une  indication  qui  permettra  aux  savants  de 
se  reporter  aisément  à  chacune  d'elles. 

«  M.  Daumet  s'est  réservé  le  pontificat  de  Benoît  XU  (1334-1342), 
M.  Mirot  celui  de  Grégoire  XI  (1370-1378),  et  leurs  recherches  sont 
assez  avancées  pour  qu'on  entretienne  l'espoir  d'en  voir  paraître  le 


CHRONIQUE  ET  MELANGES.  747 

résultat  dans  quelques  mois.  Cependant  M.  Deloye  achève  son  édition 
du  registre  d'Alexandre  IV.  Il  a  réuni,  entre  temps,  les  documents 
nécessaires  à  l'introduction  qu'il  compte  publier  en  tête  de  son  inven- 
taire des  archives  de  la  Chambre  apostolique  :  il  examinera  ce  qu'était 
l'administration  financière  des  papes  au  xiv«  siècle  à  la  cour  d'Avi- 
gnon et  dans  les  provinces  pontificales.  » 

—  Les  sujets  mis  au  concours  par  l'Académie  des  inscriptions,  dans 
l'ordre  des  études  du  moyen  âge,  sont  les  suivants  : 

Prix  ordinaire  en  1898  :  Étude  sur  les  sources  des  martyrologes  du 
/J«  siècle.  (On  se  bornera  aux  textes  primitifs,  en  négligeant  leurs 
adjonctions  postérieures.) 

Prix  Bordin  pour  1896  :  I.  Étude  sur  les  vies  de  saints,  traduites  du 
grec  en  latin,  jusqu'au  X«  siècle. 

II.  Étude  sur  les  traductions  d'auteurs  profanes  exécutées  sous  les 
règnes  de  Jean  II  et  de  Charles  V. 

III.  Étude  critique  sur  l'authenticité  des  documents  relatifs  aux  em- 
prunts des  croisés. 

—  L'Académie  des  sciences  morales  et  politiques  a  accordé  un  rappel 
de  récompense  à  M.  le  commandant  L.  Krebs  et  à  notre  confrère 
M.  Henri  Moris  pour  leur  ouvrage  en  deux  volumes  :  Campagnes  dans 
les  Alpes  pendant  la  Révolution,  dont  le  premier  volume  avait  obtenu 
en  1891  une  récompense  imputée  sur  la  fondation  Audiffred. 

DISCOURS   DE   M.  GASTON   PARIS   A   l'iNAUGURATION   DU  BUSTE   DE   PEIRESG. 

—  Notre  confrère,  M.  Gaston  Paris,  délégué  par  M.  le  ministre  de 
l'Instruction  publique,  a  prononcé  le  discours  suivant  à  l'inauguration 
du  buste  de  Peiresc  à  iVix,  le  10  novembre  1895  : 

«  Messieurs, 
«  C'est  à  bon  droit  que  Monsieur  le  Ministre  de  l'Instruction  publique 
a  voulu  que  le  Comité  des  travaux  historiques  et  scientifiques  fût  repré- 
senté à  cette  solennité.  L'œuvre  que  ce  Comité  essaye  aujourd'hui  d'ac- 
complir, et  pour  laquelle  il  appelle  à  son  aide  de  nombreux  savants  de 
Paris  et  des  départements,  l'homme  extraordinaire  que  vous  êtes,  à  si 
juste  titre,  fiers  d'avoir  pour  compatriote  l'accomplissait  jadis  à  lui 
seul.  Que  dis-je?  à  l'œuvre  des  diverses  sections  de  notre  Comité,  — 
section  d'histoire  et  de  philologie,  section  d'archéologie,  section  de  géo- 
graphie historique  et  commerciale,  section  des  sciences  économiques  et 
sociales,  section  des  sciences  mathématiques  et  naturelles,  —  il  joignait 
celle  de  la  Commission  des  missions  scientifiques.  On  peut  dire  plus 
encore.  Avant  qu'aucune  Académie  eût  été  créée  en  France,  il  s'était 
chargé  lui-même  de  l'une  des  plus  nobles  et  des  plus  utiles  fonctions 


748  CHBONIQUE   ET   MÉLANGES. 

qu'elles  remplissent,  celle  de  patronner  le  mérite  intellectuel,  de  stimu- 
ler l'ardeur  productive,  de  signaler  les  découvertes,  d'encourager  les 
vocations  ou  de  récompenser  les  efforts  heureux.  Si,  dans  la  fête  que 
vient  de  célébrer  l'Institut  de  France,  chacune  de  nos  Académies  avait 
voulu  se  chercher  un  précurseur,  toutes  auraient  pu  nommer  l'ami  de 
Malherbe,  de  Scaliger,  de  Gassendi,  de  Grotius,  de  Rubens,  le  lettré 
délicat,  l'archéologue,  l'historien,  le  patient  expérimentateur,  le  juris- 
consulte érudit,  le  zélé  collectionneur  d'œuvres  d'art,  le  dilettante  que 
la  musique  émouvait  si  profondément. 

«  Oui,  tout  ce  que  nous  faisons  aujourd'hui,  avec  les  ressources  que 
l'État  met  à  notre  disposition,  à  grand  renfort  de  commissions  et  de 
comités,  un  homme,  possesseur  d'une  fortune  ordinaire,  le  fit  à  lui  seul 
pendant  trente  ans,  il  y  a  près  de  trois  siècles,  du  fond  de  son  hôtel 
d'Aix  ou  de  sa  riante  retraite  de  Belgentier.  Il  allait  même  plus  loin 
que  nous  n'allons  maintenant  :   sa  générosité  pour  les  sciences,  les 
lettres  et  les  arts  ne  s'arrêtait  pas  aux  frontières  de  sa  patrie.  Il  encou- 
rageait par  des  subsides,  il  facilitait  par  ses  dons  incessants,  par  ses 
envois  désintéressés,  des  travaux  qui  s'accomplissaient  en  Hollande,  en 
Angleterre,  en  Allemagne,  en  Italie.  Il  soutenait  de  ses  recommanda- 
tions, il  appuyait  de  son  crédit,  il  défendait  par  ses  nobles  instances  les 
champions  de  la  pensée  et  de  la  science  quand  ils  se  trouvaient  dans 
l'embarras  ou  dans  le  péril.  Son  immense  correspondance  faisait  rayon- 
ner jusqu'aux  extrémités  du  monde  civilisé  la  flamme  toujours  ardente 
de  son  activité  infatigable  et  en  avivait  sans  cesse,  en  retour,  le  foyer 
par  les  aliments  qu'elle  y  amenait  de  toutes  parts.  Aussi  n'y  avait-il 
pas  un  pays  où  son  nom  ne  fût  chéri  et  vénéré  par  tous  ceux,  sans  dis- 
tinction de  secte  et  de  parti,  qui  travaillaient  à  l'œuvre  toujours  inache- 
vée, toujours  renaissante,  de  la  conquête  du  vrai  dans  les  domaines 
divers  où  le  poursuit  l'esprit  humain  ;  sa  mort  provoqua  un  deuil  euro- 
péen, un  «  gémissement  du  genre  humain,  »  comme  dit  le  titre  du 
recueil  de  quarante  éloges  funéraires  en  quarante  langues  différentes 
qui  fut  publié  à  Rome  en  son  honneur,  et  on  peut  dire  que  depuis  lors 
il  ne  s'est  pas  levé  un  homme  qui  ait  su,  en  si  peu  de  temps,  et  avec 
des  ressources  aussi  bornées,  mériter  dans  le  monde  de  l'intelligence 
des  éloges  aussi  sentis  et  des  regrets  aussi  universels. 

«  C'est  que  Peiresc  était  aussi  grand  par  le  cœur  que  par  l'esprit.  A  son 
insatiable  curiosité  il  joignait  une  bonté  sans  égale,  une  modestie  abso- 
lument sincère,  une  exquise  sensibilité.  L'affection  dont  il  entourait  ses 
proches  était  des  plus  touchantes;  ses  amitiés  furent  aussi  constantes 
qu'étroites  :  on  ne  voit  pas  qu'aucune  d'elles  ait  connu  de  rupture  ou 
de  refroidissement;  sa  sympathie  s'éveillait  dès  qu'il  avait  connais- 
sance d'une  infortune  digne  d'intérêt  et  se  manifestait  aussitôt  par  des 
actes  ;  sa  libéralité  avait  cette  façon  de  donner  qui  vaut  mieux  que  ce 
qu'on  donne  :  quand  le  malheureux  Gampanella,  enfin  arraché  à  une 


CHRONIQUE  ET  MELANGES.  749 

captivité  de  vingt-trois  ans,  débarqua  à  Marseille,  Peiresc  le  fit  cher- 
cher en  litière,  le  garda  chez  lui  plusieurs  jours  et  l'envoya  à  Paris,  en 
arrangeant  tout  pour  la  facilité  de  son  voyage  et  son  entretien,  avec 
tant  de  bonne  grâce  et  de  discrète  générosité  que  le  philosophe,  qui 
avait  eu  assez  de  force  d'âme  pour  ne  jamais  laisser  couler  ses  larmes 
dans  la  prison  la  plus  dure  et  au  milieu  de  tortures  atroces,  ne  put  les 
retenir  en  présence  d'un  tel  homme,  de  celui  qu'il  appelait  plus  tard 
«  l'honneur  de  la  France,  l'hôtelier  perpétuel  des  hommes  illustres, 
«  l'exemple  du  monde.  »  La  sensibilité  de  son  âme,  à  l'amitié  comme 
aux  plus  douces  émotions  de  l'art,  éclate  dans  une  scène  touchante  que 
Gassendi,  son  digne  biographe,  a  rendue  célèbre,  mais  qu'il  a,  bien 
involontairement,  un  peu  altérée  :  les  lettres  de  Peiresc  lui-même  nous 
permettent  de  nous  la  représenter  fidèlement.  Il  venait  d'être  frappé 
de  sa  première  attaque  de  paralysie,  —  car  cet  homme,  qui  devait 
mourir  jeune  encore,  avait  une  organisation  extraordinairement  déli- 
cate, et  lutta  toute  sa  vie  contre  les  plus  cruelles  maladies,  conservant 
toujours  sa  sérénité  et,  dès  qu'il  retrouvait  des  forces,  son  activité  pro- 
digieuse. Il  était  resté  une  semaine  entière  sans  pouvoir  remuer  un  côté 
du  corps  ni  émettre  de  sons  articulés.  La  lecture  qu'on  lui  fit  d'une  lettre 
de  son  jeune  ami  François  de  Thou  commença  de  délier  les  lourdes 
entraves  qui  semblaient  enchaîner  son  âme  aussi  bien  que  son  corps  ;  un 
rayon  de  joie  éclaira  ses  yeux  et  rendit  quelque  espoir  aux  amis  qui  l'en- 
touraient. Mais  ce  fut  la  poésie  qui  acheva  la  cure.  Gomme  on  lui  récitait 
une  chanson,  qui  venait  de  lui  être  envoyée,  sur  les  amours  du  lis  et  de 
la  rose,  «  il  fut  tellement  ravi  par  la  grâce  de  l'une  des  strophes  qu'à 
«  force  de  vouloir  s'écrier:  Que  c'est  beau!  il  prononça  en  effet  tout  à 
«  coup  ces  mots,  et,  à  partir  de  ce  moment,  recouvra  la  liberté  de  sa 
«  parole  et  de  ses  membres.   »  Depuis,  il  chercha  curieusement  la 
mélodie  qui  s'adaptait  à  ces  vers,  dont  il  avait  gardé  un  souvenir  recon- 
naissant, et  qu'il  aurait  voulu  entendre  chanter.  G'est  grand  dommage 
que  nous  ne  connaissions  ni  la  musique  ni  les  paroles  mêmes  de  cette 
chanson  dont  le  sujet  était  si  gracieux  et  qui  s'insinuait  si  doucement 
dans  les  cœurs  :  on  l'aurait  fait  exécuter  ici  par  une  voix  pure,  accom- 
pagnée d'un  luth  ou  d'un  théorbe,  et  nous  aurions  cru  voir  passer  un 
sourire  sur  les  nobles  traits  que  nous  contemplons  en  effigie. 

«  Peiresc  n'a  pas  tout  l'éloge  auquel  il  a  droit  quand  on  le  qualifie  de 
Mécène  et  de  protecteur  des  sciences  et  des  lettres.  Ce  n'est  même  pas 
assez  de  l'appeler,  comme  on  le  fait  d'ordinaire,  un  «  grand  curieux  » 
ou  un  «  grand  amateur.  »  Il  fut  plus  et  mieux  que  cela.  Un  curieux 
collectionne  trop  souvent  pour  le  simple  plaisir  de  collectionner,  ne 
rattache  entre  eux  par  aucun  lien  les  objets  de  sa  curiosité  et  ne  se 
soucie  que  de  les  posséder;  un  amateur  n'approfondit  rien  et  se  borne 
à  jouir  intelligemment,  mais  superficiellement,  des  travaux  d'autrui. 
Peiresc  ne  fut  un  grand  curieux  que  parce  qu'il  avait  l'esprit  scienti- 


750  CHRONIQUE  ET  MELANGES. 

fîque  et  en  même  temps  pratique,  l'amour  du  vrai  et  l'amour  du  bien. 
Il  ne  se  contenta  pas  non  plus  de  profiter  du  travail  des  autres  :  il  tra- 
vailla lui-même  énormément.  Il  fut  en  histoire,  en  archéologie,  un 
excellent  critique;  en  sciences  physiques  et  naturelles,  un  observateur 
méthodique  et  sagace.  Il  eut  avant  tout  un  esprit  indépendant.  Peu 
soucieux  des  disputes  théologiques  qui  venaient  d'ensanglanter  l'Europe 
et  allaient  de  nouveau  la  mettre  en  feu,  il  fut  bon  catholique,  mais 
d'une  tolérance  et  d'une  largeur  qui  prenaient  leur  source  dans  la  hau- 
teur de  son  intelligence  autant  que  dans  la  droiture  et  la  bonté  de  son 
cœur  :  on  le  voit  constamment,  lui  l'ami  du  duc  de  Mayenne,  défendre 
des  protestants  ou  de  libres  penseurs  inquiétés.  De  même,  fervent  amant 
de  l'antiquité,  il  est  affranchi  de  toute  superstition  à  l'égard  des  opi- 
nions reçues  ;  il  contrôle  sans  cesse  par  des  expériences  les  dires  des 
anciens  et  ne  se  fait  aucun  scrupule  de  les  prendre  en  faute.  Il  accepte 
avec  enthousiasme  les  grandes  découvertes  qui,  de  son  temps,  renouve- 
lèrent la  face  du  monde;  il  défend  avec  la  plus  généreuse  sympathie  la 
cause  de  Galilée  condamné,  et  se  plaît  à  démontrer  par  des  observa- 
tions personnelles  la  circulation  du  sang  que  Harvey  venait  de  démon- 
trer et  qui  fut  si  longtemps  contestée.  Pour  comprendre  et  poursuivre 
les  travaux  de  ces  deux  grands  hommes  qui  venaient,  presque  en  même 
temps,  de  transformer  pour  l'esprit  humain,  l'un  le  macrocosme  et 
l'autre  le  microcosme,  il  s'arme  des  instruments  qui  leur  ont  servi  : 
Galilée  lui-même  lui  envoie  un  télescope  qu'il  installe  sur  sa  terrasse, 
et  il  se  fait  adresser  des  microscopes  de  Hollande  dès  qu'ils  sont  inven- 
tés. Souvent,  dans  ses  observations  et  dans  ses  expériences,  il  a  pour 
collaborateur  son  cher  Gassendi  :  c'est  dire  que  l'examen  vraiment  phi- 
losophique, et  non  l'autorité,  sert  de  guide  à  ses  recherches;  on  le 
jugerait  d'ailleurs  assez  par  sa  grande  admiration  pour  Bacon.  Aussi 
avec  quel  zèle  il  dissipe  une  erreur,  il  met  en  lumière  une  vérité!  Il 
faut  voir  dans  sa  biographie  la  joie  qu'il  éprouva  quand,  ayant  pris 
l'empreinte  d'une  molaire  d'éléphant,  il  la  compara  à  la  dent  qu'on  lui 
avait  envoyée  du  Maroc  comme  celle  d'un  géant  dont  on  croyait  avoir 
retrouvé  la  sépulture,  et  put  constater  que  ce  géant  prétendu  n'était 
qu'un  éléphant,  tout  comme  le  fameux  roi  Theutobocus,  censé  déterré 
en  Dauphiné  peu  d'années  auparavant,  avec  accompagnement  d'ins- 
criptions et  de  monnaies  dont  Peiresc  avait  aussitôt  dénoncé  le  peu 
d'authenticité  ou  de  force  probante  ! 

«  Car  il  montrait  dans  les  sciences  historiques  et  philosophiques  la 
même  critique,  la  môme  indépendance  de  jugement  que  dans  les  sciences 
naturelles.  Ce  que  sont  en  physique  l'observation  et  l'expérience,  la 
recherche  et  la  comparaison  méthodique  des  documents  de  première 
main  le  sont  en  histoire.  Peiresc  le  comprenait  admirablement  :  c'est 
pour  cela  qu'il  réunissait  tant  de  médailles,  c'est  pour  cela  qu'il  recher- 
chait si  ardemment  les  inscriptions  antiques.  S'intéressant  à  toutes  les 


CHRONIQUE   ET   MELANGES.  73^ 

parties  de  la  science  historique,  archéologique  et  philologique,  il  faisait 
chercher  en  Orient,  par  des  missionnaires  qu'il  subventionnait,  des 
manuscrits  destinés  surtout  à  l'établissement  critique  des  textes  bibli- 
ques, il  faisait  venir  d'Egypte  des  momies,  il  contemplait  avec  une 
curiosité  presciente  une  brique  babylonienne  chargée  de  caractères 
inconnus,  espérant  qu'on  les  déchiffrerait  un  jour.  Mais  de  ces  loin- 
taines excursions  ou  de  ces  fouilles  dans  le  passé  classique  il  revenait 
volontiers  à  sa  chère  patrie,  ou  plutôt  à  ses  deux  patries  également 
aimées,  à  la  France,  dont  il  voulait  réunir  en  une  vaste  publication  tous 
les  historiens  contemporains  des  faits,  à  la  Provence,  dont  il  rêvait 
d'écrire  l'histoire,  ayant  pour  cela  accumulé  en  masse  les  documents  ori- 
ginaux. C'est  ainsi  qu'à  côté  de  ses  amis  Bongars,  Du  Ghesne,  P.  Pithou 
et  autres,  il  jetait  les  fondements  de  l'œuvre  de  la  reconstruction  de 
notre  histoire  nationale,  et  que,  devançant,  avec  son  autre  ami  Gatel,  les 
Bénédictins  du  xvni^  siècle,  il  préparait  ces  grandes  histoires  provin- 
ciales qui  en  sont  l'accompagnement  nécessaire. 

«  Je  suis  bien  loin,  Messieurs,  de  vous  avoir  tracé  de  la  merveilleuse 
activité  de  Peiresc  un  tableau  même  approximatif,  et  je  n'en  ai  nul- 
lement la  prétention.  Vous  trouverez  ce  tableau  dans  le  livre  de  Gas- 
sendi, si  sobre,  si  substantiel  et  si  élégant;  vous  en  trouverez  un 
résumé  excellent,  éclairé  à  la  lumière  de  la  science  moderne,  dans  l'étude 
de  M.  Joret,  que  je  ne  saurais  trop  vous  recommander.  Vous  en  trou- 
verez surtout  les  éléments  dispersés,  mais  d'autant  plus  frappants,  dans 
le  grand  monument  qu'ont  élevé  à  Peiresc  le  zèle  et  l'érudition  de  celui 
que  nous  regrettons  tous  de  ne  pas  voir  ici  et  auquel  j'envoie  le  plus 
sympathique  des  saints,  de  M.  Tamizey  de  Larroque,  le  dernier  des 
amis  de  Peiresc,  bien  digne  de  lui  par  son  caractère  comme  par  son 
amour  passionné  de  l'étude,  et  à  qui  votre  illustre  compatriote  doit  vrai- 
ment le  rajeunissement  de  sa  gloire;  cette  étonnante  correspondance, 
dont  les  volumes  se  succèdent  avec  une  si  belle  régularité,  nous  montre 
le  «  procureur  général  de  la  littérature  »  dans  toute  la  variété,  l'ardeur 
et  la  persévérance  des  travaux  de  sa  charge.  On  se  demande  en  la  lisant 
comment  les  journées  pouvaient  suffire  à  de  telles  tâches  ;  on  se  demande 
surtout  comment  un  seul  cerveau  pouvait  suffire  à  des  intérêts  si  mul- 
tiples. Car  Peiresc,  vous  l'avez  vu  même  par  les  quelques  indications  que 
j'ai  données  tout  à  l'heure,  était  vraiment  universel  :  il  s'occupait  avec 
autant  de  passion,  et  en  même  temps,  d'astronomie  et  de  numisma- 
tique, de  météorologie  et  d'épigraphie,  de  physique  et  d'archéologie,  de 
physiologie  et  d'humanités,  de  botanique  et  d'histoire  du  moyen  âge. 
C'était  l'âge  héroïque  de  l'investigation:  la  curiosité  d'un  même  homme 
s'élançait  hardiment  dans  toutes  les  directions,  et  la  méthode  qu'il  avait 
acquise  dans  une  science  lui  profitait  pour  l'autre.  Nous  sommes  obligés 
aujourd'hui  de  nous  restreindre  :  le  plus  grand  savant  n'explore  par 
lui-même  qu'une  division,  souvent  une  subdivision  secondaire  de  l'une 


752  CHRONIQUE   ET   MELANGES. 

des  deux  grandes  branches  du  savoir,  et  est  obligé  de  s'en  rapporter 
aux  résultats  obtenus  par  autrui  d'autant  plus  complètement  qu'il  s'agit 
d'une  étude  plus  éloignée  de  son  domaine  propre.  La  science  a  certai- 
nement gagné  à  cette  division  nécessaire  du  travail;  mais  les  savants 
y  ont  perdu  un  peu  de  cette  joie  qui  emplissait  les  cœurs  de  leurs 
grands  prédécesseurs  de  la  Renaissance,  et,  ce  qui  est  plus  fâcheux 
encore,  un  peu  de  cette  largeur  d'esprit  qui  les  rendait  aptes  à  tout 
comprendre  et  du  profit  qu'apporte  la  pratique  d'une  discipline  à  ceux 
qui  en  exercent  en  même  temps  une  autre. 

d  Mais  Peiresc  ne  se  bornait  pas  à  cette  activité,  dont  l'étendue  et  la 
variété  nous  surprennent  :  il  avait,  —  sans  parler  de  ses  fonctions  au 
Parlement  d'Aix,  —  un  côté  pratique  qu'on  ne  saurait  oublier.  Il  n'est 
pas  seulement  le  précurseur  de  nos  divers  comités  et  commissions, 
même  de  nos  Académies  :  il  est  celui  de  la  Société  d'acclimatation.  Vous 
savez  avec  quel  zèle,  dans  son  jardin  de  Belgentier,  il  essayait  de  cul- 
tiver des  plantes  inconnues  jusque-là  en  France;  il  ne  s'occupait  pas 
moins  de  propager  celles  qu'il  avait  réussi  à  acclimater  et  qui  lui  parais- 
saient, soit  par  leurs  propriétés  utiles,  soit  simplement  par  leur  beauté, 
mériter  d'être  répandues.  «  Quiconque,  dit  avec  raison  M.  Joret,  pro- 
«  cure  à  ses  semblables  une  espèce  végétale  nouvelle,  —  alimentaire  ou 
«  môme  d'ornement,  —  est  un  bienfaiteur  de  l'humanité.  »  Nous  jouis- 
sons encore  des  présents  de  ce  bienfaisant  génie  :  il  a  enrichi  nos  jar- 
dins et  nos  vergers;  nous  lui  sommes  redevables  de  saveurs,  de  cou- 
leurs et  de  parfums  nouveaux.  Nous  lui  devons  aussi  le  plaisir  de 
contempler  dans  nos  foyers  les  formes  élégantes,  de  caresser  la  riche  et 
souple  fourrure  de  ces  beaux  chats  qu'il  fit  venir  de  Syrie  et  qui  étaient 
un  des  ornements  de  sa  maison  de  campagne.  Il  aurait  droit,  rien  que 
pour  cela,  à  la  reconnaissance  des  poètes  et  des  artistes. 

«  Messieurs,  malgré  tant  de  mérites,  le  nom  de  Peiresc  n'est  pas  envi- 
ronné de  l'éclat  qui  entoure  encore  celui  de  quelques-uns  de  ses  con- 
temporains. C'est  que,  —  en  dehors  de  ses  lettres,  écrites  sans  aucune 
prétention  et  ne  portant  guère  que  sur  des  détails  dont  l'intérêt  était 
passager,  —  il  n'a  presque  rien  produit.  Aucun  livre  ne  transmet  son 
nom  de  bibliographie  en  bibliographie.  Les  petits  mémoires  d'érudition 
qu'on  a  de  sa  plume  sont  excellents  dans  leur  genre,  mais  ils  se  rédui.sent 
à  quelques  pages.  Son  Histoire  de  Provence,  comme  l'a  si  bien  expliqué 
le  savant  doyen  honoraire  de  votre  Faculté  des  lettres,  est  restée  à 
l'état  de  projet,  parce  qu'un  trop  grand  souci  de  l'information  exacte  et 
complète  l'empêcha  toujours  d'aborder  la  mise  en  œuvre  des  matériaux 
qu'il  avait  réunis.  Dans  les  sciences  physiques  et  naturelles,  nous  ne 
connaissons  que  par  le  rapport  de  Gassendi  ses  observations  et  ses 
expériences.  Cette  abstention  a  nui  et  devait  nuire  à  sa  renommée.  On 
peut  la  regretter  cà  ce  point  do  vue;  mais  faut-il  la  regretter  pour  lui? 
Aurait-il  mieux  fait  de  suspendre  un  moment  ses  perpétuelles  recherches, 


CHRONIQUE   ET  Me'lAXGES.  753 

ses  correspondances,  ses  enquêtes  et  ses  encouragements  prodigués  en 
tous  lieux,  pour  s'enfermer  dans  son  cabinet  et  consacrer  des  mois,  des 
années,  à  une  œuvre  qui  aurait  conservé  son  nom  à  côté  de  ceux  de  ses 
illustres  amis?  On  peut  se  le  demander.  D'abord  cela  lui  aurait  été 
sans  doute  impossible  :  il  vivait  de  cette  curiosité  toujours  et  sur  tout 
éveillée,  de  cet  afflux  incessant  vers  lui  d'idées,  de  faits,  de  renseigne- 
ments, de  questions  venant  de  toute  l'Europe.  Interrompre  sa  correspon- 
dance? Il  aurait  été  aussi  facile  d'arrêter  pour  un  temps,  comme  dans 
l'histoire  d'Ésope,  tous  les  fleuves  qui  versent  leurs  eaux  dans  la  mer. 
Puis,  n'a-t-il  pas  été  à  la  fois  plus  heureux  et  plus  bienfaisant  en  suivant 
le  penchant  de  sa  nature?  Les  ouvrages  qu'il  aurait  écrits,  comme  ceux, 
hélas!  de  tous  les  érudits  et  de  tous  les  savants  après  un  certain  nombre 
d'années,  n'existeraient  plus  aujourd'hui  que  par  leurs  titres  :  le  destin 
fatal  des  livres  de  science  est  de  se  rendre  inutiles  par  les  progrès  mêmes 
qu'ils  font  faire.  C'est  cette  tâche,  faire  faire  des  progrès  à  la  science,  qui 
est  la  plus  noble  mission  du  savant,  et  certainement  Peiresc  l'a  remplie, 
mieux  qu'il  n'aurait  pu  le  faire  par  ses  propres  ouvrages,  en  encoura- 
geant des  vocations  et  en  suscitant  des  travaux  dans  toute  l'Europe. 
Plus  d'un  livre,  parmi  les  plus  importants  de  l'époque,  —  je  citerai  seu- 
lement le  fameux  ouvrage  de  Grotius,  —  porto  en  tête  la  déclaration 
qu'il  n'aurait  pas  vu  le  jour  sans  l'appui  moral  ou  matériel  de  Peiresc. 
Il  serait  difficile  de  calculer  l'impulsion  qu'une  action  aussi  puissante 
et  aussi  désintéressée  a  pu  imprimer  aux  diverses  sciences  auxquelles 
elle  s'est  appliquée.  Peiresc,  en  y  bornant  son  action  visible,  a  peut-être 
sacrifié  une  partie  de  sa  gloire,  mais  il  n'a  certes  pas  diminué  son  mérite, 
et  j'ajouterai  qu'il  a  augmenté  son  bonheur,  puisque  cet  homme  sin- 
gulier mettait  son  bonheur  exclusivement  dans  deux  choses  :  connaître 
et  aimer,  poursuivre  le  vrai  sous  toutes  ses  formes,  pratiquer  le  bien 
dans  toutes  ses  applications. 

«  Son  exemple,  a  dit  Gampanella,  est  à  proposer  au  monde.  Il  est  tout 
particulièrement  à  proposer  ici.  C'est  à  Aix  ou  près  d'Aix  que,  sauf 
quelques  interruptions,  s'est  déroulée  cette  grande  vie.  Elle  y  trouvait 
son  cadre  naturel.  Une  tradition  déjà  ancienne  faisait  de  votre  cité  un 
foyer  de  haute  culture,  la  capitale  intellectuelle,  aussi  bien  que  poli- 
tique, de  cette  vaste  région  qui,  dès  longtemps  rattachée  à  la  France, 
en  était  devenue  depuis  le  xv*^  siècle  partie  intégrante.  Située  en  dehors 
des  grandes  routes  commerciales  et  comme  volontairement  à  l'écart  de 
l'agitation,  sinon  du  mouvement,  dominant,  de  la  pente  modérée  où  elle 
est  assise,  de  riantes  vallées  ou  de  nobles  horizons,  avec  ses  beaux  aspects, 
ses  rues  de  tout  temps  largement  percées,  ses  eaux  salutaires,  son  air 
vif,  Aix  donne  facilement  à  l'esprit  une  tournure  plus  sérieuse  et  plus 
méditative  que  celle  que  lui  impriment  les  villes  joyeuses  et  bruyantes 
des  bords  du  Rhône  ou  de  la  Méditerranée.  Ville  aristocratique,  parle- 
mentaire et  studieuse,  son  génie,  qui  a  produit  en  Vauvenargues  sa  fleur 


754  CHRONIQUE  ET  MELANGES. 

la  plus  délicate,  allie  une  certaine  sévérité  à  sa  grâce,  et  tempère  par 
une  gravité  propre  sa  naturelle  vivacité  provençale.  Peiresc,  issu  d'une 
vieille  famille  de  souche  italienne  attachée  au  parlement  d'Aix  depuis 
sa  fondation,  trouvait  autour  de  lui  des  traditions  de  travail,  d'étude, 
d'amour  des  lettres  et  de  dignité  dans  la  vie  dont  il  se  pénétra  profon- 
dément. Aussi,  bien  que  son  mérite  et  ses  grandes  relations  eussent 
pu  lui  permettre  d'arriver,  à  la  cour,  aux  situations  les  plus  hautes, 
enferma-t-il,  de  propos  délibéré,  sa  vie  dans  les  murs  d'Aix  ou  dans  sa 
campagne  de  Belgentier  :  s'il  ht  à  Paris  deux  séjours,  —  dont  l'un  de 
quelques  années,  —  ce  fut  attiré  par  l'amitié  et  par  le  désir  de  profiter 
de  collections  précieuses  ou  du  commerce  d'hommes  éminents.  Mais  il 
fut  et  il  voulut  toujours  être  ce  qu'on  appelle  aujourd'hui  «  un  savant 
a  de  province.  »  Eh  bien  !  Messieurs,  ce  savant  de  province  a  été  pen- 
dant longtemps,  nous  l'avons  vu,  le  chorège  et  comme  le  chef  d'or- 
chestre de  la  science  et  de  la  littérature  européennes.  Il  montra  ainsi 
ce  que  peuvent  la  volonté,  la  persévérance  et  la  bienfaisance  d'un 
homme,  et  combien  le  cœur  et  le  génie  font  à  leur  image  le  monde  où 
ils  se  trouvent  placés.  On  parle  beaucoup  aujourd'hui  de  décentrali- 
sation ;  c'est,  je  l'avoue,  un  mot  que  je  n'aime  guère  :  outre  qu'il  est  pure- 
ment négatif,  et  par  là  même  infécond,  il  a  une  tournure  lourde  et  une 
signification  administrative  qui  répugnent  à  l'idée  qu'il  prétend  exprimer. 
Cette  décentralisation,  c'est  au  centre  qu'on  demande  de  la  faire,  par 
des  lois,  des  institutions,  des  règlements  :  il  y  a  là  une  pétition  de  prin- 
cipe. C'est  par  les  âmes  que  peut  et  que  doit  se  faire  d'ores  et  déjà  la 
renaissance  de  la  vie  provinciale.  Que  ceux  qui  se  sentent  forts  et  actifs 
cessent  de  tourner  exclusivement  leurs  regards  fascinés  vers  le  flam- 
boiement de  Paris;  mais  qu'ils  ne  les  replient  pas  non  plus  avec  une 
jalouse  étroitesse  sur  leur  petit  foyer  local  :  l'esprit  de  clocher,  qui 
enlève  à  la  pensée  toute  étendue  et  toute  indépendance,  est  le  pire 
ennemi  du  libre  développement  dont  je  souhaite  ardemment  de  voir 
par  toute  la  France  s'épanouir  la  variété  féconde.  Qu'ils  imitent  Pei- 
resc :  qu'ils  élargissent  le  plus  qu'ils  pourront  l'horizon  de  leur  intel- 
ligence et  de  leur  sympathie  ;  au  lieu  de  toujours  demander  et  attendre, 
qu'ils  agissent,  qu'ils  créent,  qu'ils  fondent,  et  qui  sait  si  on  ne  verra 
pas  s'allumer,  de  çà,  de  là,  des  flambeaux  dont  l'éclat  ira  plus  loin  qu'on 
ne  le  soupçonne  aujourd'hui? 

«  C'est  dans  une  cité  comme  la  vôtre,  Messieurs,  qu'une  telle  renais- 
sance serait  le  moins  invraisemblable,  parce  qu'elle  y  est  le  mieux  pré- 
parée. L'esprit  de  Peiresc  a  laissé  parmi  vous  de  nobles  héritiers  :  la 
munificence  et  le  culte  des  lettres  n'ont  jamais  cessé  d'être  traditionnels 
dans  vos  familles,  et,  sans  remonter  au  marquis  de  Méjanes,  je  pourrais 
citer  parmi  vous  tel  collectionneur  qui  ne  le  cède  à  son  illustre  devan- 
cier du  xvn«  siècle  ni  pour  le  zèle  ni  pour  la  libéralité.  Si  vous  voulez 
aviver  dans  l'àme  de  vos  fils,  fiers  dès  l'enfance  d'appartenir  à  «  l'Athènes 


CHRONIQUE   ET  ME'lATCES.  735 

«  du  Midi,  »  la  flamme  qui  ne  s'est  jamais  éteinte,  et  qui,  après  avoir 
jeté  jadis  une  si  belle  lueur,  peut  se  ranimer  encore  et  briller  d'un  nou- 
vel éclat,  amenez-les  devant  le  buste  de  Peiresc  :  racontez-leur  la  vie 
de  cet  homme  si  simplement  grand;  dites-leur  qu'il  dut  sa  grandeur  à 
sa  volonté  constante  de  chercher  le  vrai  et  de  faire  le  bien,  et  que  tous 
peuvent  l'imiter  dans  ce  noble  effort.  Rappelez-leur  de  quelle  gloire 
pure  et  durable  il  entoura  sa  personne,  sa  race  et  sa  ville.  Les  temps 
sont  changés  depuis  trois  siècles,  et  Peiresc,  s'il  revenait  au  monde, 
mettrait  d'autres  moyens  au  service  de  son  activité  bienfaisante  ;  mais 
soyez  sûrs  qu'il  saurait  la  rendre  aussi  intense  et  aussi  féconde.  Puisse 
de  son  exemple  sortir  un  Peiresc  moderne,  qui  mérite  autant  que  lui 
la  reconnaissance  des  lettres,  des  sciences  et  des  arts,  et  qui  ajoute  un 
nouveau  rayon  à  la  gloire  de  sa  petite  et  de  sa  grande  patrie  !  » 


LE  CIERGE  PASCAL  DE  PARIS  EN  1271. 

Le  ms.  latin  7198  de  la  Bibliothèque  nationale  est  un  recueil  de  trai- 
tés d'algorisme,  d'astronomie  et  de  comput  qui  a  dû  être  copié  vers  le 
milieu  du  xm^  siècle  par  une  main  française,  probablement  d'après  un 
exemplaire  anglais,  comme  on  peut  le  supposer  d'après  le  calendrier 
mis  en  tête  du  volume.  Ce  calendrier,  qui  mentionne  un  assez  petit 
nombre  de  fêtes,  renferme  les  mentions  suivantes  : 

1  marcii.  Sancti  Albani  episcopi^. 

18      —  Sancti  Eadmundi  régis. 

20      —  Sancti  Cuthberti  episcopi. 

29  apr.  Translatio  sancti  Eadmundi  régis. 

23  jun.  Translacio  sancte  Heldrede  virginis. 

7  jul.  Translacio  sancti  Thome  martiris. 

5  aug.  Sancti  Osvualdi  régis. 

4  sept.  Translacio  sancti  Cuthberti  episcopi. 

13  oct.  Sancti  Eadmundi  régis. 

17  oct.  Sancte  Caldrede  (sic)  virginis. 

16  nov.  Sancti  Eadmundi  archiepiscopi. 

20  nov.  Sancti  Eadmundi  régis. 

29  dec.  Sancti  Thojie  ARcmEPiscopi  et  martyris. 

C'est  après  coup  qu'on  a  ajouté  en  marge  de  ce  calendrier,  en  regard 
du  11  août,  les  mots  :  «  Translatio  sancte  corone  Doraini.  » 

Au  fol.  25  de  ce  manuscrit  on  trouve  le  texte  de  l'inscription  qui 
avait  été  mise  en  l'année  1271  sur  le  cierge  pascal  de  l'église  de  Paris, 

1.  Les  articles  imprimés  en  petites  capitales  sont  en  lettres  rouges  clans  le 
manuscrit. 


756  CHRONIQUE   ET   MELANGES. 

inscription  qui  s'ajoutera  à  celles  du  même  genre  qui  ont  été  déjà 
signalées,  et  notamment  à  celle  de  l'année  1582,  pour  le  cierge  pascal 
de  la  cathédrale  d'Amiens <. 

Annus  ab  incarnatione  mondi  V™  CCCG  LXX. 

Annus  ab  incarnatione  Domini  M  CC  LXXI. 

Annus  a  passione  Domini  M  GG  XXXVIII. 

Annus  concurrentes  in. 

Epacta  vn. 

G  laves  terminorum  xix. 

Terminus  pasche  nii  kl.  aprilis. 

Dies  pasche  nonis  aprilis. 

Luna  ejusdem  diei  xxi. 

Annus  cicli  solaris  xx. 

Annus  cicli  lunaris  xv. 

Annus  cicli  decemnovenalis  xvni. 

Annus  cicli  indiclionis  xnn. 

Annus  communis  et  tercius  post  byssextum. 

Littera  dominicalis  D. 

Annus  nativitatis  Philippi  illustris  régis  Francorum  xxvi. 

Annus  regni  ipsius  primus. 

Annus  episcopatus  venerabiUs  Stephani  Parisius  episcopi  m. 

Gonsecratus  est  cereus  iste  in  nomine  Domini. 

Sur  la  même  page  que  l'inscription  a  été  marquée  la  date  de  l'em- 
barquement de  saint  Louis  pour  la  première  croisade  :  «  Anno  Domini 
M''GG''  XL»  VIIIo,  V  kalendas  septembris,  rex  Ludovicus  Francie  intra- 
vit  mare  ad  transfretandum  ad  terram  sanctam,  in  die  sancti  Augu- 
stini.  » 

LA  PALÉOGRAPHIE  AUX  ÉTATS-UNIS. 

Une  revue  périodique  ou  magazine  américain,  The  Bostonian  (Bos- 
ton, in-S",  3«  année),  contient  dans  son  numéro  de  Noël  (déc.  1895)  un 
supplément  de  quatre  pages,  qui  consiste  dans  le  fac-similé  photo- 
chromolithographique,  très  réussi,  de  la  chanson  anglaise  composée,  à 
l'occasion  de  la  bataille  d'Azincourt,  probablement  par  John  Dunstable  : 
Deo  gratias,  Anglia,  redde  pro  Victoria.  Our  kyng  ivent  forth  to  Nor- 
mandij...  Le  fac-similé  de  ce  texte,  qui  est  peut-être  le  plus  ancien 
spécimen  de  la  musique  anglaise,  est  suivi  d'une  transcription  en  carac- 
tères et  en  notes  modernes,  et  l'article  est  intitulé  :  The  Agincourt  Song, 
a  facsimile. 

Nous  devons  cette  communication  à  notre  confrère  M.  Daniel  Grand, 

1.  Notices  et  extraits  des  manuscrits,  t.  XXXIV,  partie  I,  p.  384. 


CHRONIQUE   ET   ME'lANGES,  757 

qui  a  obtenu,  en  novembre  1895,  une  graduate  scholarship  de  l'Univer- 
sité Harvard  (États-Unis)  pour  la  préparation  des  examens  de  doctorat 
en  philologie  romane. 


COLLECTION  POUR  L'ENSEIGNEMENT  DE  L'HISTOIRE 

PUBLIÉE  PAR  l'université  DE  PENNSYLVANIE. 

Trois  professeurs  de  l'Université  pennsylvanienne  de  Philadelphie, 
MM.  Edward  P.  Cheyney,  James  Harvey  Robinson  et  Dana  C.  Munro, 
se  sont  proposé  de  faciliter  à  leurs  élèves  l'étude  de  l'histoire  en  met- 
tant à  leur  portée  quelques  textes  importants  ^  Étudier  l'histoire  sans 
jamais  prendre  connaissance  des  textes  originaux  est  une  œuvre  aussi 
stérile  que  serait  l'étude  de  la  chimie  sans  laboratoire,  de  la  minéralo- 
gie sans  collections  :  telle  est  la  considération  qui  a  décidé  les  trois  pro- 
fesseurs à  entreprendre  l'œuvre  que  nous  signalons  ici.  La  première 
année  (1894)  comprend  six  fascicules,  dont  trois  doubles;  la  seconde 
sept  fascicules,  dont  quatre  sont  doubles.  Jusqu'ici,  l'histoire  médiévale 
est  représentée  par  cinq  fascicules,  les  n°^  2  (Urban  and  the  crusaders, 
16  p.)  et  4  (Letters  of  the  crusaders,  written  from  the  Holy  Land,  36  p.)  de 
1894,  et  les  n°s  3  [The  mediseval  student,  20  p.),  4  [Monastic  taies  of  the 
Xlllth  century,  20  p.)  et?  (Life  of  St  Columban)  de  1895.  Tous  ces  fasci- 
cules sont  l'œuvre  de  M.  D.  C.  Munro;  destinés  à  l'enseignement  général, 
ils  ne  reproduisent  pas  les  textes  originaux,  mais  en  offrent  des  tra- 
ductions. En  tête,  une  courte  introduction  pour  exposer  la  nature  et  la 
valeur  des  documents  publiés;  à  la  fin,  s'il  y  a  lieu,  quelques  indica- 
tions bibliographiques.  Ces  indications  suffisent  à  l'objet  que  se  pro- 
pose l'éditeur;  mais  elles  ne  sont  pas  toujours  données  d'une  manière 
assez  précise  et  complète  ;  c'est  surtout  dans  des  ouvrages  destinés  à  des 
jeunes  gens  peu  habitués  au  maniement  des  bibliographies  qu'il  est 
indispensable  de  se  montrer  scrupuleusement  exact  dans  la  transcrip- 
tion des  titres  et  dans  l'indication  des  renseignements  accessoires  (lieu  et 
date  d'impression,  voire  nom  de  l'éditeur).  The  médiéval  student  nous  a 
semblé  particulièrement  défectueux  à  cet  égard.  D'autre  part,  l'on  est 
un  peu  surpris  de  voir  figurer  dans  cette  bibliographie  des  ouvrages  en 
toutes  langues,  allemand,  français,  latin;  car,  ou  l'élève  est  censé  igno- 
rer les  langues  étrangères,  et,  dans  ce  cas,  pourquoi  lui  fournir  des 

l.  Translations  and  reprinis  from  original  sources  of  European  history. 
Philadelphia,  Pa.,  ia-8".  Souscription  aimuelle,  1  1.  st.  Prix  du  fascicule,  15  c; 
du  double  fascicule,  25  c.  Les  souscriplioas  sont  reçues  à  l'Université  par 
M.  Dana  C.  Munro.  Elles  se  trouvent  en  dépôt  à  Londres,  chez  MM.  P.  S.  King 
et  fils,  éditeurs. 


738  CHRO^flQUE   ET   MELANGES. 

renseignements  dont  il  ne  pourra  profiter?  ou  il  est  censé  les  connaître, 
et  alors  pourquoi  lui  présenter  les  documents  dans  une  traduction  au 
lieu  du  texte  original?  Les  textes  choisis  sont  intéressants  et  la  traduc- 
tion est  généralement  fidèle ^.  Pourquoi  M.  D.  C.  Munro  s'est-il  parfois 
contenté  des  anciennes  éditions  quand  il  en  a  depuis  paru  de  meil- 
leures? Pourquoi  aussi  dans  l'annotation  n'avoir  pas  donné  les  réfé- 
rences pour  les  textes  allégués  dans  ses  sources?  Pour  les  citations  de 
l'Écriture  sainte  par  exemple,  il  eût  fallu  indiquer  le  livre,  le  chapitre 
et  le  verset.  La  tentative  n'en  est  pas  moins  intéressante  et  a  droit  à 
nos  encouragements. 

1.  Elle  ne  serre  pas  toujours  le  texte  d'assez  près;  ainsi,  dans  le  discours 
d'Urbain  II  au  concile  de  Clermont,  because  he  had  used  his  oioi  ivrongly  ne 
rend  pas  exactement  le  latin  quia  rébus  acceptis  se  ipsum  maie  dereliquit. 


ADDITIONS  ET  CORRECTIONS. 

P.  392,  l.  26.  Au  lieu  de  Thaner,  lises  Theiner. 

P.  528.  M.  le  professeur  Bernhard  von  Sirason,  de  l'Université  de 
Fribourg-en-Brisgau,  veut  bien  nous  avertir  que  le  texte  interpolé  de 
la  Chronique  de  Bède,  dont  nous  avons  signalé  la  présence  dans  le 
ms.  187  de  Besançon,  constitue  la  Chronique  universelle  s'arrêtant  à 
l'année  741,  qui  parait  avoir  été  composée  vers  l'année  801  dans  le  dio- 
cèse d'Autun  et  dont  une  édition  a  été  donnée  en  1881  dans  les  Monu- 
menta  Germanix  historica  (Scriptores,  t.  XIII,  p.  1  et  s.),  d'après  deux 
manuscrits  de  Leyde  et  de  Munich.  Sur  cette  Chronique,  voy.  les  notices 
de  Waitz  (Neues  Archiv,  t.  V,  p.  475)  et  de  Simson  (Forschungen  zur 
deutschen  Geschichte,  t.  XIX,  p.  97). 


LISTE  DES  SOUSCRIPTEURS 

A  LA 

BIBLIOTHÈQUE  DE  L'ÉCOLE  DES  CHARTES 
POUR  l'année  1895. 


— c*sc,'5\a,-a_ 


Bibliothèques  et  Sociétés. 


PARIS. 


Académie  des  inscriptions  et  belles- 
lettres. 

Alliance  Israélite. 

Archives  départementales  de  la  Seine. 

Archives  nationales. 

Association  générale  des  étudiants. 

Bibliographie  de  la  France,  journal 
général  de  l'imprimerie  et  de  la 
librairie. 

Bibliothèque  de  V Arsenal. 

—  Cardinal. 

—  Mazarine. 

—  nationale  (département  des  im- 
primés). 

(département  des  manuscrits ) . 

—  du  Sénat. 

—  de  l'Université,  à  la  Sorbonne. 

—  de  la  Ville. 
Cercle  agricole. 

Cercle  catholique  des  étudiants. 
Chambre  des  députés. 


Directeur  de  l'enseignement  supé- 
rieur, au  ministère  de  l'Instruc- 
tion publique. 

Directeur  du  secrétariat  et  de  la 
comptabilité,  au  ministère  de 
,  l'Instruction  publique. 

École  nationale  des  chartes  (2  ex.). 

Ecole  fiormale  supérieure. 

École  Sainte-Geneviève. 

Etudes  religieuses. 

Faculté  de  droit. 

Institut  catholique. 

Ministère  de  l'instruclioîi  publique 
(55  ex.). 

Ministère  de  la  Marine. 

Ordre  des  avocats. 

Revue  archéologique. 

Revue  historique. 

Société  bibliogiaphique. 

Société  historique. 


DÉPARTEMENTS. 


Aix-en-Provence.  Bibliothèque  Mé- 

janes. 

universitaire. 

Albi.  Archives  du  Tarn. 

Alger.  Bibliothèque  universitaire. 

Amiens.  Société  des  Antiquaires  de 

Picardie. 
Angers.  Société  d'agriculture. 


Arras.  Bibliothèque  de  la  Ville. 
AvRANCHES.  Société  d'archéologic. 
Rayonne.  Bibliothèque  de  la  Ville. 
Besançon.  Biblioth.  universitaire. 
Béziers.  Société  archéologique. 
Blois.  Bibliothèque  de  la  Ville. 
Bordeaux.  Bibliothèque  de  la  Fa- 
culté de  droit. 


1.  Ceux  des  souscripteurs  dont  les  noms  seraient  mal  orthographiés,  les  titres 
omis  ou  inexactement  imprimés,  sont  instamment  priés  de  vouloir  bien  adresser 
leurs  réclamations  à  MM.  A.  PICARD  et  fils,  libraires  de  la  Société  de  l'École  des 
chartes,  rue  Bonaparte,  82,  à  Paris,  afin  que  les  mêmes  fautes  ne  puissent  se 
reproduire  dans  la  cinquante-septième  liste  de  nos  souscripteurs,  qui  sera 
publiée,  suivant  l'usage,  à  la  fin  du  prochain  volume  de  la  Bibliothèque. 


760 


LISTE   DES  SODSCRIPTEORS. 


Bordeaux.  Biblioth.  universitaire. 
Bouloone-sur-Mer.  Bibliothèque  de 

la  Ville. 
Garcassonne.  Archives  de  l'Aude. 
Chateauroux.  Archives  de  Vlndre. 
Cherbourg.  Bibliothèque  de  la  Ville. 
Clermont-Ferrand,    Archives    du 

Puy-de-Dôme. 

—  Bibliothèque  universitaire. 
Douai.  Société  d'agriculture. 
Dragcignan.  Archives  du  Var. 
Guéret.  Archives  de  la  Creuse. 
LiGUGÉ.  Bénédictins  (RR.  PP.). 
Lille.  Archives  du  Nord. 

—  Biblioth.  de  l'Institut  catholique. 
universitaire. 

Lyon.  Bibliothèque  de  l'Archevêché. 

de  la  Faculté  de  droit. 

de  l'Institut  catholique. 

universitaire. 

Mans  (Le).  Bibliothèque  de  la  Ville. 
Marseille.  Archives  municipales. 

Bibliothèque  de  la  Ville. 

Montauban.  Bibliothèque  de  la  Ville. 
MoNTBRisoN.  Société  de  la  Diana. 
Montpellier.  Bibliothèque  univer- 
sitaire. 
Moulins.  Bibliothèque  de  la  Ville. 
Nancy.  Bibliothèque  de  la  Ville. 
Nantes.  Bibliothèque  de  la  Ville. 


Nice.  Bibliothèque  de  la  Ville. 

Niort.  Archives  des  Deux-Sèvres. 

Orléans.  Bibliothèque  de  la  Ville. 

Pau.  Bibliothèque  de  la  Ville. 

Perpignan.  Archives  des  Pyrénées- 
Orientales. 

PoiTiERs.  Bibliothèqueuniversitaire. 

de  la  Ville. 

—  Société  des  Antiquaires  de  l'Ouest. 

Reims.  Bibliothèque  de  la  Ville. 

Rennes.  Bibliothèque  universitaire. 

de  la  Ville. 

Rochelle  (La).  Bibliothèque  de  la 
Ville. 

Rouen.  Bibliothèque  de  la  Ville. 

Saintes.  Bibliothèque  de  la  Ville. 

Saint-Étienne.  Bibliothèque  de  la 
Ville. 

Soissons.  Bibliothèque  de  la  Ville. 

Solesmes.  Bénédictins  (RR.   PP.). 

Toulouse.  Bibliothèque  universi- 
taire. 

de  la  Ville. 

Tours.  Bibliothèque  de  la  Ville. 

Valenciennes.  Bibliothèque  de  la 
Ville. 

Vendôme.  Bibliothèque  de  la  Ville. 

Verdun.  Société  philomathique. 

Vitré.  Bibliothèque  de  la  Ville. 


ÉTRANGER. 


Baltimore.  American  (the)  Journal 
of  archaeology. 

—  Bibliothèque  Pea'iody. 
Barcelone.  Ateneo  Barcelones. 
Berne.  Bibliothèque  cantonale. 

—  Université. 

Bruxelles.  Académie  royale  des 
lettres,  des  sciences  et  des  beaux- 
arts  de  Belgique. 

—  Bollandistes  (RR.  PP.). 
Bukarest.  Bibliothèque  centrale. 
Cambridge  (États-Unis).  Université 

Harvard. 
EiNsiEDELN.  Bénédictins  (RR.  PP.). 
Florence.  Archives  de  toscane. 

—  Archivio  storico  italiano. 
Fribourq.  Bibliothèque  cantonale. 
Genève.  Archives. 

—  Bibliothèque  cantonale. 

—  Société  de  lecture. 

—  Université. 


Jersey.  Cour  royale. 
Lausanne.   Bibliothèque  canto?iale. 
Léopol.  Kwartalnik  historyczny . 
Lisbonne.  Bibliothèque  nationale. 
Londres.  English  (the)  hist.  review. 
LouvAiN.  Jésuites  (RR.  PP.). 
Malte.  Bibliothèque  publique. 
Maredsous.  Bénédictins  (RR.  PP.). 
Metz.  Archives. 

Milan.  Archivio  storico  lombardo. 
MoNT-CASSiN.fît'nérfîc<«n.ç(RR.PP.). 
New-York.  American  (the)  geogra- 

phical  Society. 
Palerme.  Bibliothèque  nationale. 
Philadelphie.  Université. 
PiSE.  Université. 
Rome.  Accademia  (Beale)  dei  Lincei. 

—  Archives  du  Vatican. 

—  Bibliothèque  Victor- Emmanuel. 

—  École  française. 

—  Società  romatia  di  storia  patria. 


LISTE    DES    SOUSCRIPTEURS. 


76^ 


Sofia.  Université. 

Vienne.    Académie    impériale    des 

sciences  (classe  philosophico-his- 

torique). 

—  MiUheilungen  des  Instituts  fur  os- 
terreichischeGeschichtsforschung. 

—  Université. 

Washington.  Université  catholique, 

MM. 

*Alaus  (Paul),  à  Montpellier ^ . 
Albon  (le marquis  d'),  au  château 
d'Avenges  (Rhône). 

*  Allemagne  (Henry  d'),  attaché  à 

la  Bibliothèque  de  l'Arsenal,  à 

Paris. 
*Anchier  (Camille),  stagiaire  à  la 

Bibliothèque  nationale,  à  Paris. 
*André   (Edouard) ,   archiviste  de 

l'Ardèche,  à  Privas. 

*  André  (Francisque),  archiviste  de 

l'Aube,  à  Troyes. 
Appert,  à  Fiers. 

*  Aebois  de  Jubainville  (Henry  d'), 

membrede  l'Institut,  professeur 
au  Collège  de  France,  à  Paris. 
Asher  et  G'«,  à  Berlin  (M  ex.). 
*AuBERT  (Félix),  à  Saint- Mandé 
(Seine). 

*  AuBERT  (Hippolyte),  conservateur 

de  la  bibliothèque  de  Genève,  à 
Vermont,  près  Genève  (Suisse). 
*AuBRY-ViTET  (Eugène),  à  Paris. 
"AuDREN  DE  Kerdrel,  séuatour,  à 
Paris. 
AuMALE  (le  duc  d'),  à  Chantilly. 
"  AuvRAY  (Lucien),  sous-bibliothé- 
caire à  la  Bibliothèque  natio- 
nale, à  Paris. 
Avignon,  à  Paris. 
*Babelon  (Ernest),    conservateur 
à  la  Bibliothèque  nationale,  à 
Paris. 
Baer  ET  C'*^,  à  Francfort. 
*Baillet  (Auguste),  à  Orléans. 
Balme  (le  R.  P.),  à  Paris. 
Barante  (le  baron  de),  à  Paris. 
Barras,  à  Saint-Maxime  (Var). 
Barrière-Flayy,  avocat,  à  Tou- 
louse. 


'Barroux  (Marius),  archiviste  ad- 
joint de  la  Seine,  à  Paris. 

*  Barthélémy!  Anatole  de)  ,  membre 

de  l'Institut,  à  Paris. 
*Batiffol  (Louis),  stagiaire  à  la 
Bibhothèque  nationale,  à  Ver- 
sailles. 

*  Baudon  de  MoNY(Charles),  à  Paris. 
*Be.\ugorps  (le  vicomte  de),  à  Or- 
léans. 

Beaucourt   (le   marquis   de),  à 

Paris. 
*Beaurepaire  (Charles  de),  corres- 
pondant de  l'Institut,  archiviste 
de  la  Seine-Inférieure,  à  Rouen. 
Bellet  (Mgr),  à  Tain  (I)rôme). 
*Bémont  (Charles),  maître  de  con- 
férences à  l'École   des  hautes 
études,  à  Paris. 

*  Berger  (Élie),  archiviste  aux  Ar- 

chives nationales,  à  Paris. 
Berloquin,  curé  de  Villiers-au- 

Bouin  (Indre-et-Loire). 
*Berthelé  (Joseph),  archiviste  de 

l'Hérault,  à  Montpellier. 
*Berthou  (Paul  de),  à  Nantes. 

*  Bertrand  de  BROussiLLON(Arthur) , 

au  Mans. 

Besson,  à  la  Seyne  (Var). 

BiLOT  de  Chateaurenault,  à  Paris . 

BizzoNi,  libraire,  à  Pavie. 
*Blancard  (Louis),  correspondant 
de    l'Institut ,    archiviste   des 
Bouches -du- Rhône  ,  à   Mar- 
seille. 

Blanchard,  à  Nantes. 

BoGCA,  libraire,  à  Milan. 

BoccA,  libraire,  à  Rome. 

BoGCA,  libraire,  à  Turin  (4  ex.). 

Bondois  ,    professeur    au   Lycée 

Bufîon,  à  Paris. 
*Bonnardot  (François),  sous-ins- 
pecteur des  travaux  historiques 
de  la  ville  de  Paris,  à  Arcueil 
(Seine). 
*Bonnassieux  (Pierre),  archiviste 
aux    Archives    nationales,    à 
Paris, 
*Bonnault  d'Houët  (le  baron  de), 
au  château  d'Hailles,  par  Mo- 
reuil  (Somme). 


1.  Les  noms  précédés  d'un  astérisque  sont  ceux  des  membres  de  la  Société  de 
l'École  des  chartes. 

-1895  50 


762 


LISTE   DES   SOUSCRIPTECRS. 


*BoREL  (Frédéric),  à  Paris. 
BoRRANi,  libraire,  à  Paris  (3  ex.). 
Boucher  (Mm«),  à  Cherbourg. 
*BoucHOT    (Henri),  bibliothécaire 
à  la  Bibliothèque  nationale,  à 
Paris. 
BouDET  (Marcellin),  président  du 
tribunal,  à  Saint-Flour. 
*BoDGENOT  (Symphorien),  à  Paris. 
*  Bourbon  (Georges),  archiviste  de 

l'Eure,  à  Evreux. 
*BouRGEOis  (Alfred),  archiviste  de 

Loir-et-Cher,  à  Blois. 
*Bourmont  (le  comte  Amédée  de), 

à  Paris, 
*Bournon  (Fernand),  archiviste  et 
bibliothécaire   de   la   ville   de 
Saint-Denis,  à  Paris. 
BouvY  (le  R.  P.  Eugène),  à  Paris. 
Bréard  (Ch.),  à  Versailles. 
Brettes,  à  Paris. 
Brockhaus,    libraire,   à  Leipzig 

(5  ex.). 
Brôlemann,  à  Paris. 
*Bruchet  (Max),  archiviste  de  la 

Haute-Savoie,  à  Annecy. 
*Bruel  (Alexandre),  sous-chef  de 
section   aux   Archives    natio- 
nales, à  Paris. 
"Brutails   (Auguste),  archiviste 

de  la  Gironde,  à  Bordeaux. 
*BucHE  (Henri),  à  Paris. 
BucHuoLz,  libraire,  à  Munich. 
BucK,  libraire,  à  Luxembourg. 
Bull,  libraire,  à  Strasbourg. 
Gaauelsen, libraire, à  Amsterdam. 
Gabié,  à  Roqueserrière  (Haute- 
Garonne). 
Caix  DE  Pierlas,  à  Turin. 
*Galmettes  (Fernand),  à  Paris. 
*Gampardon  (Emile),  chef  de  sec- 
tion aux  Archives  nationales, 
à  Paris. 
Carabin,  à  Paris. 
Garrère,  à  Toulouse. 
*Gasati  (Charles),  conseiller  hono- 
raire à  la  Cour  d'appel,  à  Paris. 
Gauvet,    président    de   chambre 
honoraire,  à  Montpellier. 
*Gauwès,  professeur  à  la  Faculté 
de  droit  de  Paris,  à  Versailles. 
*Cerise  (le  baron),  à  Paris. 
*Ghambdre  (Hugues de],  au  château 
de  Montmartin  (Nièvre). 


Champion,  libraire,  à  Paris. 
*Charavay  (Etienne),  à  Paris. 
Chardon  (H.),  maire  de  MaroUes- 

les-Braux  (Sarthe). 
Charmasse  (de),  à  Autun. 
*Chatel  (Eugène),  à  Paris. 
*Chauffier  (Vabbé),  à  Vannes. 
*Chayanon  (Jules),  archiviste  de 

la  Sarthe,  au  Mans. 
Cherbuliez,  libraire,  à  Genève. 
Chevalier  (l'abbé  J.),  à  Romans 

(Drôme). 
Chevalier  (l'abbé  U.),  à  Romans 

(Drôme). 
Chevelle,  notaire,  àVaucouleurs 
(Meuse). 
'Claudon  (Ferdinand),  archiviste 

de  l'Allier,  à  Moulins. 
Glausen,  libraire,  à  Palerme. 
*Clédat  (Léon),  doyen  de  la  Fa- 
culté des  lettres,  à  Lyon. 

*  Clément  (l'abbé  Maurice) ,  à  Rome. 
*GoLLON    (Gaston),   bibhothécaire 

de  la  ville,  à  Tours. 
Gondamin  (le  D""),  à  Lyon. 
*GoppiNGER  (Emmanuel),  à  Paris. 

*  Corda  (Augustin),  sous -biblio- 

thécaire à  la  Bibliothèque  na- 
tionale, à  Paris. 

*CoiJARD  (Emile),  archiviste  de 
Seine-et-Oise,  à  Versailles. 

*GouDERG  (Camille),  sous-biblio- 
thécaire à  la  Bibliothèque  na- 
tionale, à  Paris. 

*CouLON  (Auguste),  membre  de 
l'Ecole  française,  à  Rome. 

*GouRAjoD  (Louis),  conservateur 
au  musée  du  Louvre,  à  Paris. 

'CouRAYE  DU  Parc  (Joseph),  sous- 
bibliothécaire  à  la  Bibliothèque 
nationale,  à  Paris. 
Gourcel  (Valentin  de),  à  Paris. 

*CouRTEAULT  (Henri),  archiviste 
aux    Archives    nationales,    à 
Paris. 
Coussemaker    (de),    à    Bailleul 
(Nord). 

*CoviLLE  (Alfred),  professeur  à  la 
Faculté  des  lettres,  à  Lyon. 

*GoYEGQUE  (Ernest),  archiviste  ad- 
joint de  la  Seine,  à  Paris. 

*Croy  (Joseph  DE),  au  château  de 
Monteaux  (Loir-et-Cher). 

*  Cucheval-Glarigny,  membre  de 
l'Institut,  à  Paris. 


1 


LISTE  DES   SOUSCRIPTEURS. 


763 


CuMONT  (le  marquis  de)  ,  à  la  Rous- 

sière,  près  Coulonges  (Deux- 
Sèvres). 

*CuRZON  (Henri  de),  archiviste  aux 

Archives  nationales,  à  Paris. 
Daguin,  avocat,  à  Paris. 

'Dareste  (Rodolphe),  membre  de 
l'Institut,  conseiller  à  la  Cour 
de  cassation,  à  Paris. 
Daspitde  Saint- Amand,  à  la  Réole. 

*Daumet  (Georges),  membre  de 
l'École  française,  à  Rome. 

*Delaborde  (le  vicomte  H. -Fran- 
çois), archiviste  aux  Archives 
nationales,  à  Paris. 

*Delaghenal  (Roland),  à  Paris. 

*Delahaye  (Jules),  ancien  député, 
à  Tours. 

*Delaville  Le  Roulx  (Joseph),  à 
Paris. 

*  Delisle  (L.)  ,  membre  de  l'Institut, 

administrateur  général  de  la 
Bibliothèque  nationale,  à  Paris. 

Deloghe  (Maximin),  membre  de 

rinstitut,  à  Paris. 
*Demaison  (Louis),  archiviste  de 

la  ville,  à  Reims. 
*Demante  (Gabriel),  professeur  ho- 
noraire à  la  Faculté  de  droit  de 
Paris,  à  Gastelnaudary. 

Demarteau,  à  Liège. 

Denifle  (le  R.  P.),  archiviste  au 
Vatican,  à  Rome. 

Denis  (le  chanoine),  à  Meaux. 
*Deprez (Michel),  conservateur  à  la 
Bibliothèque  nationale,  à  Paris. 

*  Desjardins  (Gustave),  chef  de  bu- 

reau au  ministère  de  l'instruc- 
tion publique,  à  Paris. 

*DiEUDONNÉ  (Adolphe),  attaché  à 
la  Bibliothèque  nationale,  à 
Paris. 

*DiGARD   (Georges) ,  professeur  à 

l'Institut  catholique,  à  Paris. 
Dion  (Adolphe  de),  à  Montfort- 
l'Amaury. 

*  Dorez  (Léon),  sous-bibliothécaire 

à  la  Bibliothèque  nationale,  à 
Paris. 

Douais  (le  chanoine),  professeur 
d'histoire  à  l'École  supérieure 
de  théologie,  à  Toulouse. 

Drême,  premier  président  hono- 
raire de  la  Cour  d'appel,  à 
Asen. 


*  DuBois-GuGHAN  (Gastou),  à  Sées 

(Orne). 

•Du  Chêne  (Arthur),  à  Château- 

Gonthier  (Mayenne). 
DuGHESNE  (l'abbé  L.),  membre  de 
l'Institut,  directeur  de  l'École 
française,  à  Rome. 

*DuGOM  (André),  attaché  aux  ar- 
chives de  la  Chambre  des  dé- 
putés, à  Paris. 

*DuF0UR  (Théophile),  directeur  de 
la  bibliothèque  de  la  ville,  à 
Genève. 

*DuFouRMANTELLE  (Charles),  à  A- 
jaccio. 

*  DuFRESNE  DE  Saint-Léon  (Arthur  ), 

à  Paris. 
DuLAU  et  G'e,  libraires,  à  Londres 

(4  ex.). 
Dumoulin,  professeur,  à  Roanne. 
*DuN0YER  DE  Segonzag  (Jacques), 
ancien  archiviste  de  la  Sarthe, 
au  Mans. 
*DupoND  (Alfred),  archiviste  de 
l'Aude,  à  Carcassonne. 

*  Dupont -Ferrier    (Gustave),    à 

Paris. 

*  Durand  (Georges),  archiviste  de 

la  Somme,  à  Amiens. 
*DuRRiEu  (le  comte  Paul),  conser- 
vateur  adjoint   au  musée   du 
Louvre,  à  Paris. 
DuvAL,  à  Paris. 
*DuvAL    (Louis) ,    archiviste    de 

l'Orne,  à  Alenoon. 
DuviviER,  avocat,"  à  Bruxelles. 
*EcKEL  (Auguste),   archiviste  de 
la  Haute-Saône,  à  Yesoul. 
Elphinstone,  à  Londres, 
Engelgke,  libraire,  à  Gand. 
*Enlart  (Gapiille),  sous-bibliothé- 
caire à  l'École  des  Beaux-Arts, 
à  Paris. 
*Estienne  (Charles),  archiviste  du 
Morbihan,  à  Vannes. 
Even  (P.),  à  Paris. 
*Fagniez  (Gustave),  à  Paris. 
Falk,  libraire,  à  Bruxelles. 
Fargy  (de),  à  Château-Gontier. 
*Faucon  (Maurice),  à  Ariane  (Puy- 
de-Dôme). 
*Favre  (Camille),   colonel-briga- 
dier d'infanterie,  à  Genève. 
*Feugère  des  Forts  (Philippe),  à 
Paris. 


764 


LISTE   DES   SOCSCRIPTEOES. 


*FiNOT  (Jules),  archiviste  du  Nord, 

à  Lille. 
*FiNOT  (Louis),  sous-bibliothécaire 

à  la  Bibliothèque  nationale,  à 

Paris. 
Fl.vch  (Jacques),  professeur  au 

Collège  de  France,  à  Paris. 
*Flamare    (Henri  de),  archiviste 

de  la  Nièvre,  à  Nevers. 
*Flammermont  (Jules),  professeur  à 

la  Faculté  des  lettres,  à  Lille. 
*Fleury  (Paul  de),  archiviste  de 

la  Charente,  à  Angoulême. 
"Flourac  (Léon),  ancien  archiviste 

des  Basses-Pyrénées,  à  Pau. 
"FoRGEOT  (Henri),  archiviste  aux 

Archives  nationales,  à  Paris. 
FoucHARD,  au  Mans. 
FouiLHOux  (l'abbé),  à  Clermont- 

Ferrand. 
*FouRNiER    (Marcel),    professeur 

agrégé  à  la  Faculté  de  droit  de 

Gaen,  à  Paris. 
*FouRiNiER  (Paul),  professeur  à  la 

Faculté  de  droit,  à  Grenoble. 

FoURNIER-LATOURAILLE,àBrioude. 

*  François  Saint-Malr,  ancien  pré- 

sident de  chambre  à  la  Cour 
d'appel,  à  Pau. 
*Fréjiinvill,e  (Joseph  de),  archiviste 
de  la  Loire,  à  Saint- Etienne. 
Frick,  libr.,  à  Vienne  (Autriche). 

*  Froment  (Albert),  à  Paris. 

* Fungk-Brentano  (Frantz),  sous- 
bibliothécaire  à  la  Bibliothèque 
de  l'Arsenal,  à  Paris. 

*FuRGEOï  (Henri),  archiviste  aux 
Archives  nationales,  à  Paris. 

"Gaillard  (Henri),  professeur  au 

collège  Stanislas,  à  Paris. 

Gama-Barros  (de),  à  Lisbonne. 

*  Gauthier    (Jules),   archiviste  du 

Doubs,  à  Besançon. 
Gautier  (J.),  à  Paris. 
*Gautier  (Léon),  membre  de  l'Ins- 
titut, chef  de  section  aux  Ar- 
chives nationales,  professeur  à 
l'École  des  chartes,  à  Paris. 
Gebetiiner  et  G»«,  libraires,  à  Var- 
sovie. 
*GERDAUX(Fernand),archivisteaux 
Archives  nationales,  à  Paris. 
Gerold  et  C'«,  à  Vienne  (3  ex.). 
*GiRAUDiN   (l'abbé),    directeur  au 
grand  séminaire,  à  Périgueux. 


*  GiRY  (Arthur),  professeur  à  l'École 

des  chartes,  à  Paris. 
Glasson,  membre  de  l'Institut,  à 
Paris. 

*GossiN  (Léon),  à  Paris. 

*Grandjean  (Charles),  secrétaire- 
rédacteur  au  Sénat,  à  Paris. 

* Grandmaison  (Charles  de),  corres- 
pondant de  l'Institut,  archiviste 
honoraire  d'Indre-et-Loire,  à 
Tours. 

*  Grandmaison   (Louis  de),  archi- 

viste d'Indre-et-Loire,  à  Tours. 

*Gréa  (dom),  supérieur  des  Cha- 
noines réguliers,  à  Saint- An- 
toine (Isère). 
Gremaud   (l'abbé),  professeur,  à 
Fribourg  (Suisse), 

*GuÉRiN  (Paul),  secrétaire  des  Ar- 
chives nationales,  à  Paris. 

'GuiFFREY  (Jules),  administrateur 
des  Gobelins,  à  Paris. 

*GuiGNARD  (Philippe),  bibliothé- 
caire de  la  ville,  à  Dijon. 

*GuiouE  (Georges),  archiviste  du 
Rhône,  à  Lyon. 

"GuiLuiERMOz  (Paul),  bibliothécaire 
honoraire   à   la    Bibliothèque 
nationale,  à  Paris. 
Guillaume  (l'abbé),  archiviste  des 
Hautes- Alpes,  à  Gap. 

*  Guillaume  (Joseph),   archiviste 

aux    Archives    nationales,    à 
Paris. 
Hahn,  libraire,  à  Hanovre. 
*Hanotaux  (Gabriel),  ancien  mi- 
nistre des  Aifaires  étrangères, 
à  Paris. 
Hauréau,  membre  de  l'Institut, 
à  Paris. 
*Helleu  (Joseph),  à  Paris. 

*  Henry  (Abel),  à  Paris. 
*Herbomez  (Armand  D'),àTournay 

(Belgique). 
Herluison,  libraire,  à  Orléans. 

*  Héron  de  Villefosse  (Antoine), 

membre  de  l'Institut,  conser- 
vateur au  musée  du  Louvre,  à 
Paris. 

*Hervieu  (Henri),  ancien  député, 
à  Avallon. 

*HiMLY    I Auguste),    membre   de 
l'Institut,  doyen  de  la  Faculté 
des  lettres,  à  Paris. 
HiNRiGH,  libraire,  à  Leipzig. 


LISTE   DES   SOUSCRIPTEURS. 


765 


Hoche,  à  Paris. 
*EoppENOT  (Paul),  à  Paris. 
HouDEBiNE,  à  Combrée  (Maine-et- 
Loire). 
Hubert,  archiviste  de  l'Indre,  à 
Châteauroux. 
*HuGUEs  (Adolphe),  archiviste  de 

Seine-et-Marne,  à  Melun. 
*IsNARD   (Albert),  sous-bibliothé- 
caire à  la  Bibliothèque  natio- 
nale, à  Paris. 
Jacob,  archiviste,  conservateur  du 
musée,  à  Bar-le-Duc. 
*Jacqueton  (Gilbert),   avocat,  à 

Paris. 
Janvier,  à  Amiens. 

*  Jarry  (Eugène),  ancien  auxiliaire 

de  l'Institut,  à  Orléans. 
*JoijoN  des  Longrais  (Frédéric),  à 

Rennes. 
Jullien,  libraire,  à  Genève. 
Kermaingant  (de),  à  Paris. 
*KoHLER  (Charles),  bibliothécaire 
à  la  Bibliothèque  Sainte-Gene- 
viève, à  Paris. 
Kramers,  libraire,  à  Rotterdam 

(2  ex.). 
*Labande  (Léon-Honoré),  conser- 
vateur du  musée  Galvet,  à  Avi- 
gnon. 
*Laborde  (le  marquis  de),  à  Paris. 

*  La  Borderie  (Arthur  de)  ,  membre 

de  l'Institut,  à  Vitré  (lUe-et- 

Vilaine). 
*Labrouche  (Paul),  archiviste  des 

Hautes-Pyrénées,  à  Tarbes. 
*Lacaille  (Henri),  à  Paris. 
Lachenal,  ancien   receveur  des 

finances,  à  Brioude. 

*  Lair  (Jules),  directeur  de  la  Com- 

pagnie des  entrepôts  et  maga- 
sins généraux,  à  Paris. 

*Lalanne  (Ludovic),  bibliothé- 
caire de  l'Institut,  à  Paris. 

*Laloy    (Emile),    sous-bibliothé- 
caire à  la  Bibliothèque  natio- 
nale, à  Paris. 
Lameere,  conseiller  à  la  cour,  à 

Bruxelles. 
Lamertin,  à  Bruxelles. 
Lamm  (Per),  librairie  Nilsson,  à 
Paris  (9  ex.). 

*Langlois  (Ch.-V.),  chargé  de 
cours  à  la  Faculté  des  lettres,  à 
Paris. 


*Langloi3  (Ernest),  professeur  à  la 

Faculté  des  lettres,  à  Lille. 
*La  Rochebrochard  (Henri  de),  au 
château    de    Boissoudan,   par 
Champdeniers  (Deux-Sèvres). 
*La  Roncière  (Charles  Bourel  de), 
stagiaire  à  la  Bibhothèque  na- 
tionale, à  Paris. 
Laschenais  (de),  au  château  de  la 

Salle  (Saône-et-Loire). 
Lasgombe  (A.),  au  Puy-en-Yelay. 
*La  Serre  (Roger Barbier  de),  con- 
seiller référendaire  à  la  Cour 
des  comptes,  à  Paris. 
*Lasteyrie  (le  comte  Robert  de), 
membre  de  l'Institut,  profes- 
seur à  l'École  des  chartes,  dé- 
puté, à  Paris.  _ 
Lauer,  élève  de  l'École  des  chartes, 

à  Neuilly-sur-Seine. 
*Laurent  (Paul),  archivistedes  Ar- 

dennes,  à  Mézières. 
*  Le  Brethon  (Paul),  stagiaire  à  la 
Bibliothèque  nationale,  àParis. 
*Lecacheux  (Paul),  à  Montebourg 

(Manche). 
*Lecestre  (Léon),  archiviste  aux 
Archives  nationales,  à  Paris. 
Lechevallier,  libraire,  à  Paris. 
Leclerc  (l'abbé) ,  au  collège  de 

Vaugirard,  à  Paris. 
Lecorveg,  à  Paris. 
*Legoy  de  la  Marche,  sous-chef 
de  section  aux  Archives  natio- 
nales, à  Paris. 
'Ledos  (Eugène-Gabriel),  sous-bi- 
bliothécaire à  la  Bibliothèque 
nationale,  à  Paris. 
Lefeuvre,  à  Jersey. 
*Lefèvre    (André),    professeur    à 
l'École  d'anthropologie,  à  Paris. 
*  Lefèvre  -  Pontalis   (  Eugène  ) ,  à 

Paris. 
*Lefèvre-Pontalis  (Germain),  se- 
crétaire d'ambassade,  à  Paris. 
*Lefoullon  (Anatole),  député,   à 

Paris. 
*Lefrang   (Abel),    secrétaire   du 

Collège  de  France,  à  Paris. 
*Le  Grand  (Léon),  archiviste  aux 

Archives  nationales,  à  Paris. 
*Lelong  (Eugène),  archiviste  aux 
Archives  nationales,  à  Paris. 
Lemaire,  à  Paris. 


766 


LISTE   DES   SOUSCRIPTEURS. 


*Lemoine   (Jean),   archiviste   du 

Finistère,  à  Quimper. 
*Lempnnier  (Henry),  professeur  à 
l'École  des  beaux-arts,  chargé 
de  cours  à  la  Faculté  des  lettres, 
à  Paris. 
*Lempereur  (Louis),  archiviste  de 

l'Aveyron,  à  Rodez. 
*Léonardon  (Henri),  conservateur 
adjoint  de  la  Bibliothèque,  à 
Versailles. 
Léotard,   sous-bibliothécaire  de 

la  ville,  à  Montpellier. 
*Leroux  (Alfred),  archiviste  de  la 

Haute-Vienne,  à  Limoges. 
Lesort  (André),  élève  de  l'École 

des  chartes,  à  Paris. 
Le  Soudier,  libraire,  à  Paris  (6 

ex.). 
Le  Sourd  (le  D"'),  à  Paris. 
*Lespinasse  (René  de),  à  Paris. 
Lestringant,  libraire,  à  Rouen. 
Lévéque,  à  l'abbaye  Sainte-Ma- 
deleine, à  Marseille. 
Lévis-Mirepoix  (le  duc  de),  au 

château  de  Léran  (Ariège). 
*LEx(Léonce),  archiviste  de  Saône- 

et-Loire,  à  Mâcon. 
LiÉNARD,  secrétaire  de  la  Société 
philomathique,  à  Verdun-sur- 
Meuse. 
LoESCHER  et  C'«,  libraires,  à  Rome. 
LoRENz  (Alf.),  libraire,  à  Leipzig. 
*LoRiQUET  (Henri),  archiviste  du 

Pas-de-Calais,  à  Arras. 
*LoT  (Ferdinand),  bibliothécaire  à 

la  Sorbonne,  à  Paris. 
*LoTH  (Arthur),  à  Versailles. 
Louis-LucAS,  professeur  à  la  Fa- 
culté de  droit,  à  Dijon. 
*LoYE  (Augustin  de),  ancien  con- 
servateur du  Musée  Galvet,  à 
Avignon. 
*Maisonobe  (Abel),  archiviste  de 
la  Lozère,  à  Mende. 

*  Maître  (Léon) ,  archiviste  de  la 

Loire-Inférieure,  à  Nantes. 
*Mandrot  (Bernard  de),  à  Paris. 

*  Manneville  (le  vicomte  Henri  de), 

secrétaire  d'ambassade,  à  Lou- 
dres. 
Marais,  chef  d'escadron  d'artille- 
rie, à  Poitiers. 
*Marais  (Paul),  bibliothécaire  à  la 
Bibliothèque  Mazarine,  à  Paris. 


Marchant,    curé    de    Varambon 

(Ain). 
*Marighal  (Paul),  archiviste  aux 

Archives  nationales,  à  Paris. 
*Marsy    (le  comte  de),   à  Com- 

piègne. 

*  Martel  (Félix),  inspecteur  géné- 

ral de  l'enseignement  firimaire, 
à  Garches  (Seine-et-Oise). 

*  Martin  (Camille),  à  Paris. 

*Martin  (Henry),  conservateur  ad- 
joint à  la  bibliothèque  de  l'Ar- 
senal, à  Paris. 

*  Marty-Laveaux  (Gh.),  à  Vitry- 

sur-Seine. 

*Mas  Latrie  (le  comte  de),  mem- 
bre de  l'Institut,  à  Paris. 

*Mas  Latrie  (René  de),  chef  de 
bureau  au  ministère  de  l'ins- 
truction publique,  à  Paris. 
Masson,  à  Amiens. 

*Maulde  La  Glavière  (René  de), 
à  Paris. 
Maumus,  avocat,  à  Mirande. 

*Mazerolle  (Fernand),  archiviste 
de  la  Monnaie,  à  Paris. 

*Merlet  (René),  archiviste  d'Eu- 
re-et-Loir, à  Chartres. 

*  Meunier  du  Houssoy  (Ernest),  à 

Paris. 
Mévil  (M"«  Sainte-Marie),  à  Vié- 

ville  (Haute-Marne). 
*MEYER(Paul),  membre  de  l'Insti- 
tut ,   directeur  de  l'École  des 
chartes,  à  Paris. 
Meynial,  professeur  à  la  Faculté 

des  lettres,  à  .Montpellier. 
Millard,    curé   de  Saint-Gond, 

par  Baye  (Marne). 
Mireur,   archiviste   du    Var,    à 
Draguignan. 
*Mirot  (Léon),  membre  de  l'École 
française,  à  Rome. 
Moindrot,  libraire,  à  Romoran- 
tin. 
*MoLARD  (François),  archiviste  de 

l'Yonne,  à  Âuxerre. 
*MoLiNrER   (Auguste),   professeur 
à  l'École  des  chartes,  à  Paris, 
*MoLiNiER  (Emile),  conservateur 
au  musée  du  Louvre,  à  Paris. 

*  MoNCLAR  (le  marquis  de),  ministre 

plénipotentiaire,    au    château 
d'Allemagne  (Basses- Alpes). 
MoNLÉON  (de),  à  Menton. 


LISTE    DES   SOUSCRIPTEURS. 


767 


*MoNTAiGLON,( Anatole  de),  profes- 
seur à  l'École  des  chartes,  à 
Paris, 

*MoRANViLLÉ  (Henri),  bibliothé- 
caire honoraire  à  la  Biblio- 
thèque nationale,  à  Paris. 

More  (Louis),  libraire,  à  Paris. 

*Morel-Fatio  (Alfred),  secrétaire 
de  l'École  des  chartes,  à  Paris. 

*MoRis  (Henri),  archiviste  des  Al- 
pes-Maritimes, à  Nice. 
*MoRTET  (Charles),  conservateur  à 
la  Bibliothèque    Sainte-Gene- 
viève, à  Neuilly-sur-Seine. 

*MoRTET  (Victor),  bibliothécaire  à 
la  Sorbonne,  à  Neuilly-sur- 
Seine. 

MuNRO  (D.-C),  professeur,  à  Phi- 
ladelphie. 

Nepolsky,  à  Paris. 
*Nerlinger  (Charles),  stagiaire  à 
la  Bibliothèque  nationale,  à 
Paris. 
*Neuville  (Didier),  sous-chef  de 
bureau  au  ministère  de  la  ma- 
rine, à  Paris. 

NiERSTRASz,  libraire,  à  Liège. 

NijHOFF,  à  la  Haye. 

NoLVAL  (Alfred),  à  Paris. 
*NoRMAND  (Jacques),  à  Paris. 

NuTT  (David),  libraire,  à  Londres. 

Oleire,  libraire,  à  Strasbourg. 

Olivier  (Em.),  à  Lyon, 
*Omont  (Henri),  conservateur  ad- 
joint à  la  Bibliothèque  natio- 
nale, à  Paris, 

Ongania  et  G'«,  libraires,  à  Ve- 
nise. 

*  Paillard,  ancien  préfet,  à  Charly, 

par  Cluny, 

Pange   (le  comte  de)  ,  à  Saint- 
Germain-en-Laye. 
'Paradis,  curé  de  Sainte-Margue- 
rite, à  Paris. 

Parent  de  Rosan,  à  Paris. 

*  Parfouru  (Paul),  archiviste  d'Ille- 

et- Vilaine,  à  Rennes, 

*  Paris  (Gaston),  membre  de  l'Ins- 

titut, administrateur  du  Collège 

de  France,  à  Paris. 
Parker,  libraire,  à  Oxford  (2  ex.). 
*Pasquier  (Félix),    archiviste  de 

la  Haute-Garonne,  à  Toulouse. 
*PASsy  (Louis),  député,  à  Paris, 


*Pécoul  (Auguste),  à  Paris. 
Peeters,  à  Louvain. 
*Péligier  (Paul),  archiviste  de  la 
Marne,  à  Châlons-sur-Marne. 
Pelizza,  à  Cannes. 
*Peretti  de  la  Rocga  (Emmanuel 
de),  attaché  au  ministère  des 
Affaires  étrangères,  à  Arcueil 
(Seine). 
*Périn  (Jules),  avocat,  à  Paris. 
Petit  (Joseph),  à  Paris. 

*  Petit- Dutaillis  (Charles),  chargé 

de  cours  à  la  Faculté  des  let- 
tres, à  Lille. 

*Philippon  (Georges),  à  Paris. 

*PicARD  (Auguste),  libraire-éditeur, 
à  Paris. 

*Pl.a.nchenault  (Adrien),  à  Angers. 

*PoËTE  (Marcel),  bibliothécaire  de 

la  ville,  à  Besançon. 
Poitevin,  à  Paris. 
PoRÉE ,    curé    de    Bournainville 

(Eure). 
PoRQUET,  libraire,  à  Paris. 

*PoRT  (Célestin),  membre  de  l'Ins- 
titut, archiviste  de  Maine-et- 
Loire,  à  Angers. 

*PoRTAL  (Charles),  archiviste  du 
Tarn,  à  Albi. 

*PouGrN  (Paul),  à  Paris. 

*Prinet  (Max),  archiviste  aux  Ar- 
chives nationales,  à  Paris. 

*  Prost    (Bernard) ,    sous-chef  de 

bureau  au  ministère  de  l'ins- 
truction publique,  à  Paris. 
*Prou  (Maurice),  bibliothécaire  à 
la   Bibliothèque   nationale,  à 
Paris. 
*Prudhojime  (Auguste),  archiviste 

de  l'Isère,  à  (Grenoble. 
QuARRÉ,  libraire,  à  Lille. 
Quidde  (le  D""),  à  Munich. 
*Raguenet   de   Saint -Aldin  (Oc- 
tave), au  château  de  Soulaire, 
par  Orléans. 
Rancogne  (P.  de),  à  Angoulème. 
Rault  (l'abbé),  à  Gausson  (Côtes- 
du-Nord), 
*Raunié  (Emile),  à  Paris. 
*Raynaud  (Gaston),  bibliothécaire 
honoraire  à  la  Bibliothèque  na- 
tionale, à  Paris. 
Reber,  libraire,  à  Palerme. 
*Rébouis  (Emile),  à  Paris. 


768 


LISTE   DES   SOUSCRIPTEURS. 


Régnier,  à  Evreux. 
Reinwald,  libraire,  à  Paris  (6  ex.) . 
*Rendu  (Armand),  à  Paris. 
*Reynaud  (Félix),  archiviste  ad- 
joint des  Bouches-du-Rhône,  à 
Marseille. 
*RiAT  (Georges),  stagiaire  à  la  Bi- 
bliothèque nationale,  à  Paris. 

*  Richard   (Alfred),   archiviste   de 

la  Vienne,  à  Poitiers. 
*RiCHARD  (Jules-Marie),  à  Laval. 
"RicHEBÉ  (Raymond),  à  Paris. 
RicHEMOND  (de),  archiviste  de  la 
Charente-Inférieure,  à  la  Ro- 
chelle. 
*RicHOU  (Gabriel),  conservateur  de 
la  bibliothècrue  de  la  Cour  de 
cassation,  à  Paris. 
*RiGAULT  (Abel),  attaché  aux  ar- 
chives du  ministère  des  Affaires 
étrangères,  à  Paris. 
Ristelhuber  (P.),  à  Strasbourg. 
Rivière,  au  couvent  de  Santiago, 

à  Uclès  (Espagne). 
Robert  (l'abbé),  à  Paris. 

*  Robert  (Ulysse),   inspecteur  gé- 

néral des"  bibliothèques  et  ar- 
chives, à  Saint-Mandé  (Seine). 
*RocciUAiN    (Félix),    membre    de 
l'Institut,  chef  de  section  aux 
Archives  nationales,  à  Paris. 
*RoMANET  (le  vicomte  de),  au  châ- 
teau  des   Guillets,   par  Mor- 
tagne  (Orne). 
RosEROT,  archiviste  des  archives 

historiques,  à  Chaumont. 
RosNY  (DE),  à  Boulogne-sur-Mer. 
RoTHScuiLD   (la   bibliothèque  du 
baron  J.  de),  à  Paris. 
*RoucHON  (Gilbert),  archiviste  du 
Puy-de-Dôme,  à  Clermont-Fer- 
rand. 
'Roussel  (Ernest) ,  archiviste  de 
l'Oise,  à  Beauvais. 
Roux,  libraire,  à  Turin. 
*Roux   (Henri  de)    stagiaire  à  la 
Bibliothèciue  nationale,  à  Paris. 
*RoY  (Jules),  professeur  à  l'École 

des  chartes,  à  Paris. 
*RoziÈRE  (Eugène  de),  membre  de 
l'Institut,  sénateur,  à  Paris. 
Ruée,  libraire,  à  Anvers. 
Sabatier,  à  Chantegriller(Drôme). 
*Saige  (Gustave),  conservateur  des 
archives  du  palais,  à  Monaco. 


*SAiNTE-AGATHE(lecomteDE),à  Be- 
sançon. 

*  Salles  (Georges),  auxiliaire  de 

l'Institut,  à  Paris. 
Sassenay  (le  marquis  de),  à  Paris. 
Schepens,  libraire,  à  Bruxelles. 
ScHULZ,  libraire,  à  Paris. 
*ScuLFORT  (Henry),  industriel,  à 
Maubeuge  (Nord). 
Ségueinot,  à  Paris. 
Seigneur  (l'abbé),  à  Paris. 
*Senneville  (Gaston  de),  conseil- 
ler référendaire  à  la  Cour  des 
comptes,  à  Paris. 
*Sepet  (Marins),   bibliothécaire  à 
la  Bibliothèque   nationale,   à 
Paris. 
Serrât  (L.),  à  Paris. 
*Servois  (Gustave),  garde  général 
des  Archives  nationales,  à  Pa- 
ris. 
Sickel   (Th.   von),  directeur  de 
l'Institut    autrichien   d'études 
historiques,  à  Rome. 
*SoEH.NÉE    (Frédéric),    archiviste 
aux    Archives    nationales,    à 
Paris. 
'SoEHNÉE  (Guillaume),  à  Pau. 
*SoucHON  (Joseph),  archiviste  de 
l'Aisne,  à  Laon. 

*  SouLLiÉ     (  Louis) ,    à    Cumières 

(Marne). 

*SouRY  (Jules),  sous-bibliothécaire 
à  la  Bibliothèque  nationale,  à 
Paris. 

*SoYER    (Jacques),  archiviste  du 
Cher,  à  Bourges. 
Spirgatis,  libraire,  à  Leipzig. 

*Spont  (Alfred),  à  Paris. 
Steiciiert  et  C'*,  libraires,  à  New- 
York  (3  ex.). 

*Stein  (Henri),  archiviste  aux  Ar- 
chives nationales,  à  Paris. 

'Tardif  (Joseph),  avocat,  à  Paris. 

*Tausserat  (.\lexandre),  sous-chef 
de  bureau  au  ministère  des  Af- 
faires étrangères,  à  Paris. 

'Teilhard  de  Chardin  (Emmanuel), 

à  Sarcenat,  par  Clermont-Fer- 

rand  (Puy-de-Dôme). 

Tempier  (Dauphin),  archiviste  des 

Côtes-du-Nord,  à  Saint-Brieuc. 

Terquem,  libraire,  à  Paris. 

*  Terrât  (Barthélémy),  professeur 

à  l'Institut  catholique,  à  Paris. 


LISTE   DES   SOUSCRIPTEURS. 


769 


*Teulet  (Raymond),  à  Château- 
Panet,  par  Fronsac  (Gironde). 
Thibault,  à  Paris. 
Thoison,  à   Larchan   (Seine-et- 
Marne). 
*Tholin  (Georges) ,  archiviste  de 
Lot-et-Garonne,  à  Ageu. 
Thomas,  libraire,  à  Paris. 

*  Thomas  (Antoine),  chargé  de  cours 

à  la  Faculté  des  lettres,  à  Paris. 
Thorin,  libraire,  à  Paris  (2  ex.). 
*TiERNY(Paul),  archiviste  du  Gers, 

à  Auch. 
ToucHEBEUF,  avocat,  à  Brioude. 
*TouRNOuËR  (Henri),  à  Paris. 

*  Tranchant  (Charles),  ancien  con- 

seiller d_^Etat,  à  Paris. 
"Travers  (Emile),  ancien  conseil- 
ler de  préfecture,  à  Caen. 

*  Travers  (Henry),  attaché  à  la  Bi- 

bliothèque nationale,  à  Paris. 
Treuttel  et  Wurtz,  libraires,  à 

Strasbourg  (2  ex.). 
Triger  (Robert),  au  Mans. 
*Trddon    des    Ormes    (Amédée), 
sous-bibliothécaire  à  la  Biblio- 
thèque nationale,  à  Paris. 
"Tuetey  (Alexandre),  sous-chef  de 
section   aux    Archives   natio- 
nales, à  Paris. 
TuMEREL,  libraire,  à  Saint-Omer. 
Urquehart,  à  Oxford. 
*Vaesen  (Joseph),  à  Paris. 
*Vaissière  (Pierre  de),  archiviste 
aux    Archives    nationales,    à 
Paris. 
Vallet    de    Viriville    (M™") ,    à 
Paris. 

*  Valois   (Noël),  archiviste  hono- 


raire aux  Archives  nationales, 
à  Paris. 
Van  Stockum,  à  la  Haye. 
Vauvilliers,  avoué,  à  Dijon. 

*Vernier  (Jules),  archiviste  de  la 
Savoie,  à  Chambéry. 

"Vétault  (Alphonse),  bibliothé- 
caire-archiviste de  la  ville,  à 
Rennes. 

*Veyrier  du  Muraud,  premier  vi- 
caire, à  Neuilly  (Seine). 

*ViARD    (Jules),    archiviste    aux 
Archives  nationales,  à  Saint- 
Mandé  (Seine). 
ViGNAT,  à  Orléans. 

*Villepelet( Robert), à  Périgueux. 

*VioLLET  (Paul),  membre,de  l'Ins- 
titut, professeur  à  l'École  des 
chartes,  bibliothécaire -archi- 
viste de  la  Faculté  de  droit,  à 
Paris. 

*ViREY  (Jean),  à  Paris. 
Vyt,  libraire,  à  Gand. 

*  Walckenaer  (André),  attaché  à 
la   Bibliothèque   Mazarine,   à 
Paris. 
Wallon  (H.),  secrétaire  perpétuel 
de  l'Académie  des  inscriptions 
et  belles-lettres,  à  Paris. 
Watteville  (le  baron  de),  direc- 
teur honoraire  au  ministère  de 
l'instruction  publique,  à  Paris. 
Welter,  libraire,  à  Paris  (7  ex.). 

*Welvert  (Eugène),  rédacteur  au 
ministère  de  l'instruction  pu- 
blique, au  Chesnay  (Seine-et- 
Oise). 
Wescher,  conservateur  adjoint 
honoraire  à  la  Bibliothèque 
nationale,  à  Paris. 


TABLE  DES  MATIÈRES. 


Yillard  de  Honnecourt  et  les  Cisterciens,  par  G.  Enlart.     .     .  5 

Lettres  inédites  et  mémoires  de  Marino  Sanudo  l'ancien,  1334- 

1337,  par  C.  de  la  Roncière  et  L.  Dorez 21 

Les  Heures  bretonnes  du  xYi«  siècle,  par  L.  Delisle  .     .     .     .    45,229 

Du  Guesciin  armé  chevalier,  par  J.  Lemoine 83 

Le  siège  de  Reims,  1359-1360,  par  H.  Moranvilié 90 

Jean  Meschinot,  sa  vie  et  ses  œuvres,  par  A.  de  La  Bor- 

derie 99,274,601 

Daie  de  la  mort  de  Nicolas  de  Lire,  par  J.  Viard 141 

André  Réville,  par  Gh.  Petit-Dutaillis 144 

Les  origines  du  monastère  de  Saint-Magloire  de  Paris,  par 

R.  Merlet 237 

Documents   relatifs  à  Jacques  de  Beaune-Semblançay,  par 

A.  Spont 318 

Épisodes  de  l'invasion  anglaise  :  La  guerre  de  partisans  dans 

la  Haute-Normandie,  1424-1429  (suite),  par  G.  Lefèvre-Pon- 

talis ^33 

Date  de  deux  diplômes  de  Gharles  le  Ghauve  pour  l'abbaye  des 

Fossés,  par  A.  Giry 509 

La  date  de  la  naissance  de  Jean  d'Orléans,  comte  d'Angoulême, 

par  G.  Dupont-Ferrier 518 

Note  sur  un  manuscrit  interpolé  de  la  chronique  de  Bède, 

conservé  à  Besançon,  par  L.  Delisle 528 

Une  prétendue  signature  autographe  d'Ives  de  Ghartres,  par 

R.  Merlet 639 

Notes  sur  quelques  manuscrits  du  baron  Dauphin  de  Verna, 

par  L.  Delisle 645 

Bibliographie 150,358,537,691 

Livres  nouveaux 190,395,569,721 

Ghronique  et  mélanges 216,412,591,737 

Liste  des  souscripteurs '59 


TABLE  ALPHABÉTIQUE 


Abbayette  (Cartulaire  de  Saint- 
Michel  de  1'),  178. 

Académie  des  inscriptions.  Sujets 
des  concours,  747. 

Adjuration  (Formules  d')  et  de 
bénédiction  pour  des  épreuves 
judiciaires,  598. 
*AlgIave  (Emile),  chevalier  de  la 
Légion  d'honneur,  740. 

Alsaciens  (Étudiants)  immatri- 
culés à  l'Université  de  Bologne, 
387. 

Altamira  (Rafaël),  la  Ensenanza 

de  la  historia,  187. 
"  Anchier  (Camille),  stagiaire  à  la 
Bibliothèque  nationale,  425. 

Anecdola  Maredsolana,  186. 

Anglaise  (Épisodes  de  l'invasion), 
433. 

Anglicanae  (Liber  procuratorum 
nationis),  547. 

Angoulême  (La  date  de  la  nais- 
sance de  Jean  d'Orléans,  comte 
d'),  518. 

Annales  Gandenses,  720. 

Antidolarium  Nicolai,  700. 

Antiquités  nationales.  Descrip- 
tion raisonnée  du  Musée  de 
Saint-Germain-en-Laye,  537. 

Apennis  (L'institution  d'),  546. 

Appothiquaires (Le  Myrouel  des), 

700. 
"Arboisde  Jubainville  (Henry  d'), 
Études   sur  le  droit  celtique, 
390. 

Arc  (Jeanne  d')  :  voyez  Jeanne. 

Archéologie  byzantine,  697. 


Architecture  (Origines  de  1')  go- 
thique en  Italie,  358. 

Archives  de  l'Hôtel-Dieu  de  Pa- 
ris, 172;  — de  Lot-et-Garonne. 
Documents  relatifs  à  l'histoire 
de  la  Ligue,  427  ;  —  du  Tarn. 
Récents  accroissements,  231. 

Archives  municipales  (Arrêt  du 
Conseil  municipal  sur  le  recru- 
tement du  personnel  des),  219. 

Arconati- Visconti  (Fondation), 
216. 

Artillerie  (1')  des  ducs  de  Bour- 
gogne, 698. 

Aubry  (Pierre) .  —  Compte  rendu  : 
Paléographie  musicale,  691. 

Audijos,  564. 

Autographe  (Une  prétendue  si- 
gnature) d'Ives  de  Chartres, 
639. 

Auvergne  (Sur  un  point  particu- 
lier de  la  procédure  mérovin- 
gienne applicable  à  1'),  546. 
*Auvray  (Lucien).  —  Compte 
rendu  :  Calendar  of  entries  in 
the  papal  registers  relating  to 
Great  Britain  and  Ireland,  564  ; 
le  Vatican,  714. 
*Babelon  (Ernest),  vice-président 
de  la  Société  de  l'École  des 
chartes,  216;  membre  de  la 
section  d'archéologie  du  Comité 
des  travaux  historiques,  219.  • 

Balue  (Jean),  554. 

Barrois  (Négociations  du  duc  de 

Bedford  en  1429  pour  le),  428. 

*Barthélemy  (Anatole de),  membre 


1.  Les  noms  précédés  d'un  astérisque  sont  ceux  des  archivistes  paléographes 
ou  anciens  élèves  pensionnaires  de  l'École  des  chartes. 


772 


TABLE    ALPHABETIQUE. 


de  la  Commission  de  compta- 
bilité de  la  Société  de  l'École 
des  chartes,  216.  —  Comptes 
rendus  :  Catalogue  du  musée 
lapidaire  rémois,  698  ;  la  Diplo- 
matie au  temps  de  Machiavel, 
372  ;  Journal  d'Adrien  Duques- 
noy,  378;  Antiquités  natio- 
nales. Description  raisonnée 
du  musée  de  Saint-Germain, 
537;  Mélanges  d'archéologie 
byzantine,  697  ;  les  Trente-deux 
quartiers  du  duc  de  Bragance, 
185. 
Basaniers  (Les  Communautés  des 
cordonniers,)  et  savetiers  de 
Troyes,  563. 

*  Baudouin  (Adolphe),  archiviste 

retraité  de  la  Haute-Garonne, 
740. 

Beaumont  (Christophe  de  Harlay, 
comte  de)  :  voyez  Harlay. 

Beaune  (Jacques  de)  :  voyez  Sem- 
blançay. 

Bède  (Note  sur  un  manuscrit  in- 
terpolé de  la  Chronique  de)  à 
Besançon,  528,  758. 

Bedford  ]Négociations  du  duc  de) 
en  1429  pour  le  Barrois,  428. 

Béer  (Rudolf),  llandschriften- 
schatze  Spaniens,  392. 

Bénédictins  (les)  de  Saint-Ger- 
main-des-Prés  et  les  savants 
lyonnais,  376. 

Bénédiction  (Formules  d'adjura- 
tion et  de)  pour  les  épreuves 
judiciaires,  598. 

*  Berger  (Élie),  docteur  es  lettres, 

219  ;  lauréat  du  prix  Gobert  à 
l'Académie  des  inscriptions  et 
belles-lettres,  426,  745. 

*Berthelé  (Joseph),  du  Rôle  de  la 
paléographie  dans  les  Facultés 
des  lettres,  232. 

*Bertrand  de  Broussillon  (Arthur), 
Cartulaire  de  Saint-Michel  de 
l'Abbavette,  178;  la  Maison  de 
Craon,'l88. 
Besancon  (Ms.  interpolé  de  la 
Chronique  de  Bède,  a),  528, 758. 
Bibliolhek  (die  Handschrifkn  der 
grossherzoglich  badischen  Hof- 
und  Landes-),  697  ;  —  die  Hds. 


der  herzoglichen  Bibliolhek  zu 
Wolfenbûltel,  568. 

Bibliothèque  nationale  (Notice 
sur  le  n°  16409  des  mss.  latins 
de  la),  696. 

Bibliothèques  municipales  (Arrêt 
du  conseil  municipal  de  Paris 
sur  le  recrutement  du  person- 
nel des),  219. 
*Bléry  (Albert),  archiviste  paléo- 
graphe, 218;  conservateur  de 
la  bibliothèque  et  du  musée 
d'archéologie  du  Havre,  598. 

Bliss  (W.  H.),  Calendar  ofeniries 
in  Ihe  papal  registers  relating 
to  Great  Britain  and  Ireland, 
564. 

Bologne  (Étudiants  alsaciens  im- 
matriculés à  l'Université  de), 
387. 

Bonis  (Les  Livres  de  comptes  des 
frères),  710. 
*Bonnassieux  (Pierre), décédé,  236, 
415.  — Comptes  rendus  :  la  Vie 
privée  d'autrefois,  368;  les  Bé- 
nédictins de  Saint-Germain- 
des-Prés,  376. 

Bonvalot  (Edouard),  Histoire  du 
droit  et  des  institutions  de  la 
Lorraine,  701. 

Boucicaut  (Livre  exécuté  pour), 

226. 
*  Bourde  de  la  Rogerie  (Henri), 
archiviste  paléographe,  218. 

Bourgeoisie  (la)  financière  au  dé- 
but du  xvi«  siècle,  556. 

Bourgogne  (L'artillerie  des  ducs 
de).  698. 

Bragance  (Les  Trente-deux  quar- 
tiers du  duc  de),  185. 

Bretonnes  (LesHeures)  du  xviesiè- 
cle,  45,  229. 

Breuils  labbé  A.),  Comptes  des 
consuls  de  Montréal-du-Gers, 
382. 
*Brièle  (Léon),  Archives  de  l'Hô- 
tel-Dieu  de  Paris,  172. 

Bronzes  figurés  de  la  Gaule  ro- 
maine, 537. 
*Bruel  (A.),  membre  de  la  com- 
mission de  comptabilité  de  la 
Société  de  l'École  des  chartes, 
216.  —  Comptes  rendus  :  Car- 
tulaire de  Saint-Michel  de  l'Ab- 


TABLE   ALPHABETIQUE. 


773 


bayette,  178;  Chartularium  et 
audarium  chartularii  univer- 
sitatis  parisiensis,  547  ;  Vie  et 
miracles  de  la  bienheureuse 
Philippe  de  Chantemilan,  179. 

*Brutails  (J.-A.).  — Compte  ren- 
du :  Origines  de  l'architecture 
gothique  en  Italie,  358. 
*Buche  (Henri),  secrétaire  de  la 
commission  supérieure  des  ar- 
chives de  la  marine,  741. 

Byzantine  (Mélanges  d'archéolo- 
gie), 697. 

Canoniques  (Collections),  390. 

Café  (le),  le  thé  et  le  chocolat,  368. 

Caix  (la  Maison  de),  386. 

Caix  de  Saint-Aymour  (vicomte 
de),  Notes  pour  servir  à  l'his- 
toire d'une  famille  picarde,  386  ; 
Causeries  du  besacier,  2^  série, 
387. 

Carant  (Maître  Jehan),  proto- 
typographe  de  la  ville  de  Péri- 
gueux,  381. 

Cartulaire  de  Saint- Michel  de 
l'Abbayette,  178;  —  de  Craon, 
188. 

Célestins  de  Mantes  (le  Peintre 
Jean  Viterne  et  les),  227. 

Celtique  (Études  sur  le  droit), 
390. 

Champier  (Symphorien),  le  My- 
rouel  des  appothiquaires,  700. 

Chantemilan  (Philippe  de)  :  voyez 
Philippe. 

Charles  le  Chauve  (Dates  de  deux 
diplômes  de)  pour  l'abbaye  des 
Fossés,  509. 

Chartes  de  Durbon,  174. 

Chartularium  Universitatis  pari- 
siensis, t.  III,  547  ;  —  Auda- 
rium chartularii,  547. 
*Chatel  (Eugène).  —  Discours  aux 
obsèques  de  Pierre  Bonnas- 
sieux,  420. 

Châtelain  (Emile),  Chartularium 
et  Audarium  chartularii  Uni- 
versitatis parisiensis,  547. 
*Chavanon  (Jules),  archiviste  de 
la  Sarthe,  219. 

Chevalier  (chanoine  Ulysse),  Vie 
et  miracles  de  la  bienheureuse 
Philippe  de  Chantemilan,  179. 


Chocolat  (le  Café,  le  thé  et  le), 
368. 

Christine  (  Nouvelle  note  sur 
quelques  manuscrits  de  la 
reine),  228. 

Chronique  de  Bède  (Note  sur  un 
ms.  interpolé  de  la),  528,  758. 

Cierge  pascal  de  Paris  en  1271, 
755. 

Cisterciens  (Villard   de  Honne- 

court  et  les),  5. 
*Claudon  (Ferdinand),  archiviste 
de  l'Allier,  219. 

Clerval  (abbé),  De  Judoci  Glich- 
tovei  Neoportuensis . .  .  vita  et 
operibus,  371. 

Clichtovei  (De  Judoci)  Neopor~ 
tuensis  vita  et  operibus,  371. 

Colas  de  la  Noue  (Ed.),  un  Li- 
gueur :  le  comte  de  la  Fère, 
374. 

Collezione  (la)  canonica  del  re- 
gesto  di  Farfa,  390. 
*Collon  (Gaston),  archiviste  paléo- 
graphe, 218;  conservateur  de 
la  bibliothèque  de  Tours,  218; 
Grégoire  de  Tours,  Histoire  des 
Francs,  liv.  VII-X,  364. 

Communautés  (les)  des  cordon- 
niers, basaniers  et  savetiers  de 
Troyes,  563. 

Communay  (A.),  Audijos,  564. 

Comptes  des  consuls  de  Montréal- 
du-Gers,  382;  —  Livres  de 
comptes  des  frères  Bonis,  710. 

Concours  (Sujets  des)  de  l'Aca- 
démie des  inscriptions,  747. 

Condé  (la  Princesse  de),  562. 

Constituante  (Journal  d'Adrien 
Duquesnoy,  député  du  tiers 
état  de  Bar-le-Duc,  sur  l'As- 
semblée), 378. 

Constitutiones  et  ada  publica  im- 
peratorum  et  regum,  541. 

Consuls  de  la  ville  de  Martel 
(Mémorandum  des),  382;  — 
Comptes  des  consuls  de  Mont- 
réal-du-Gers,  382. 

Cordonniers  (les  Communautés 
des),  basaniers  et  savetiers  de 
Troyes,  563. 

Corporations  (les)  ouvrières  à 
Rome,  depuis  la  chute  de  l'em- 
pire romain,  181. 


774 


TABLE    ALPHABETIQUE. 


*Goùard    (Emile).    —    Compte 

rendu  :  Jean  Balue,  556. 
*Goulon  (Auguste),  élève  de  l'École 
de   Rome,  741;  ses  travaux  à 
cette  École,  746. 
*Gourteault   (Henri),    secrétaire- 
adjoint  de  la  Société  de  l'École 
des  chartes,  216.  —  Documents 
relatifs  à  l'histoire  de  la  Ligue 
conservés  aux  archives  de  Lot- 
et-Garonne,  427. 
*Goville   (Alfred),    les   États   de 

Normandie,  707. 
*Goyecque  (Ernest),  Archives  de 
l'Hôtel-Dieu  de  Paris,  172. 
Graon  (la  Maison  de),  188. 
Grèvecœur  (R.  de).  Journal  d'A- 
drien Duquesnoy,  378. 
Gros  (le  P.  L.-Jos. -Marie),  saint 

Jean-François  Régis,  380. 
*Gucheval-Glarigny,  décédé,  738. 
*Dareste  de  la  Ghavanne  (Rodol- 
phe),  officier    de    la    Légion 
d'honneur,  426. 
Darmesteter  (Mary),   Froissart, 
153. 
*Daumet  (Georges),  ses  travaux 

à  l'École  de  Rome,  746. 
*Delaborde  (François),  l-^^  mé- 
daille au  concours  des  antiqui- 
tés nationales,  426,  742,  744. 
*Delachenal  (Roland),  officier  d'a- 
cadémie, 2 19.  —  Gompte  rendu  : 
un  Ligueur,  le  comte  de  la 
Fère,  374. 
*Delaville  Le  Roulx  (Joseph),  che- 
valier de  grâce  magistrale  de 
l'ordre  de  Malle,  219. 
*Delisle  (Léopold),  membre  de 
la  commission  de  publication 
de  la  Société  de  l'École  des 
chartes,  216;  grand  officier  de 
la  Légion  d'honneur,  740.  — 
Gommunication  à  la  Société  de 
l'École  des  chartes,  740.  — 
Notes  sur  quelques  manuscrits 
du  baron  Dauphin  de  Verna, 
645.  —  Notes  sur  un  manus- 
crit interpolé  de  la  Chronique 
de  Bède,  528, 758.  — Les  Heures 
bretonnes  du  xvi^  siècle,  45. 

—  Gilles  de  Kerampuil,  édi- 
teur des  Heures  bretonnes,  229. 

—  Jean  de  Mâcon,  professeur 


d'Orléans,  223.  —  Gierge  pascal 
de  Paris  en  1271,755.  —  Comp- 
tes rendus  :  Die  Handschriften 
der  grossherzoglich  badischen 
Hof-  und  LandesbibliotkekjQ^l; 
Die  Handschriften  der  herzugl. 
Bibliothek  zu  Wolfenbiittel,  568  ; 
Sveriges  periodiska  literatur, 
186  ;  Anecdota  Maredsolana,  IH, 
186;  De  Judoci  Cliclitovei  vita, 
371  ;  Jeanne  de  Montmorency, 
duchesse  de  la  Trémoïlle,  562. 
*Deraaison  (Louis),  Catalogue  du 
musée  lapidaire  rémois,  698. 
Denifle  (le  P.  H.),  Ohartularrum 
et  auctarium  charlularii  Uni- 
versitatis  parisiensis,  547. 

*  Desjardins  (Gustave),  chargé  d'un 

cours  sur  le  service  des  archives 
à  l'École  des  chartes,  598. 

*  Desplanque  (Emile),  officier  d'a- 

cadémie, 598. 
"Dieudonné  (Adolphe),  archiviste 
paléographe,  218. 

Diplomatie  (la)  au  temps  de  Ma- 
chiavel, 372. 

Diplôme  (un)  de  Thierri  V,  comte 
de  Hollande,  236. 

Diplômes  (Dates  de  deux)  de 
Charles  le  Chauve  pour  l'ab- 
baye des  Fossés,  509. 

Dobr'ée  (Fondation  du  musée)  à 
Nantes,  429. 

Donation  anténuptiale  (Formule 
de),  230. 

*  Dorez  (Léon),  sous-bibliothécaire 

à  la  Bibliothèque  nationale, 
218.  —  Lettres  inédites  et  mé- 
moires de  Marino  Sanudo  l'an- 
cien, 21. 

Dorveaux  (  Paul  ) ,  Inventaires 
d'anciennes  pharmacies  dijon- 
naises,  etc.,  700. 

Droit  (  Études  sur  le)  celtique,  390. 

Droit  (Histoire  du)  de  la  Lorraine, 
701. 

Du  Breuil    (Jean),    copiste  du 
xv6  siècle,  432. 
"Duchemin  (Henri),  stagiaire  à  la 

Bibliothèque  nationale,  218. 
*Duchesne  (abbé  Louis),  directeur 
de  l'École  française  de  Rome, 
218. 

Du  Guesclin  armé  chevalier,  83. 


TABLE   ALPHABETIQUE. 


773 


Dujarric-Descombes  (A.),  Maître 
Jehan  Garant,  381. 

*Dupont-Ferrier  (Gustave).  —  La 
date  de  la  naissance  de  Jean 
d'Orléans,  comte  d'Angoulème, 
518.  —  Gompte  rendu  :  His- 
toire du  moyen  âge,  364. 
Duquesnoy  (Journal  d'Adrien) 
sur  l'Assemblée  constituante, 
378. 
Durand  (Etienne),  la  Marche  his- 
torique de  Lille,  705. 

*Durand  (Georges),  officier  de 
l'instruction  publique,  219. 
Durbon  (Ghartes  de),  174. 
École  des  chartes  :  création  de 
bourses  (  fondation  Peyrat  ) , 
216  ;  nomination  de  profes- 
seurs, 218,  425,  598;  —d'élè- 
ves, 737;  examens  de  fin  d'an- 
née, 412;  soutenance  des 
thèses,  217. 

Ecole  française  de  Rome  :  nomi- 
nation d'un  directeur,  218. 

Église  (le  Gouvernement  central 
de  1'),  714. 

*Enlart  (Gamille),  chargé  du  cours 
d'archéologie  à  l'École  des 
chartes,  218,  425;  officier  d'A- 
cadémie, 219;  Origines  fran- 
çaises de  l'architecture  gothique 
en  Italie,  358.  —  Villard  de 
HonnecourtetlesGisterciens,5. 

Enseignement  de  l'histoire  (Gol- 
lection  pour  l'enseignement  de 
1'),  757. 

Ensenanza  (la)  de  la  historia,  187. 

Épreuves  judiciaires  (Formules 
d'adjuration  et  de  bénédiction 
pour  des),  598. 

Errera  (Paul) ,    les    Waréchaix, 
545. 
*Espinas    (Georges),    archiviste 
paléographe,  218. 

États  (les)  de  Normandie,  707. 

États-Unis  (la  Paléographie  aux), 
756. 

Fabre  (Paul),  le  Vatican,  les 
papes  et  la  civilisation,  714. — 
Nouvelle  note  sur  quelques 
manuscrits  de  la  reine  Chris- 
tine, 228. 

Fabrège  (Frédéric),  Histoire  de 
Maguelone,  383. 


Faculté  de  théologie  (la)  de  Pa- 
ris, 370. 

*Fagniez  (Gabriel),  lauréat  du 
grand  prix  Gobert  à  l'Académie 
française,  236,  426,  600,  741. 

Farfa  (la  collezione  canonica  del 
regesto  di),  390. 

Feret  (abbé  P.),   la  Faculté  de 
théologie  de  Paris,  370. 
*Finût  (Jules),  3<^  mention  hono- 
rable au  concours  des  antiqui- 
tés nationales,  426,  742,  745. 
—  Compte  rendu  :  la  Marche 
historique  de  Lille,  705. 
*Finot  (Louis),  chargé  de  confé- 
rence à  l'Ecole   pratique   des 
hautes  études,  740. 
*Flourac  (Léon),  décédé,  425. 

Fontes  juris  Germanici  antiqui, 
541. 

Forestié  (Edouard),  les  Livres  de 
comptes  des  frères  Bonis,  710. 
*Forgeot  (Henri),  Jean  Balue,  car- 
dinal d'Angers,  554.  —  Gompte 
rendu  :  Geschichte  der  Paepste 
seit  dem  Ausgang  des  Mittelal- 
ters,  365. 

Formule  de  donation  anténup- 
tiale,  230. 

Formules  d'adjuration  et  de  béné- 
diction pour  des  épreuves  ju- 
diciaires, 598. 

Fossés  (Dates  de  deux  diplômes 
de  Charles  le  Chauve  pour  l'ab- 
baj-e  des),  F09. 
*Fournier  (Paul),  le  Premier  ma- 
nuel canonique  de  la  réforme 
du  xi^  siècle,  390;  la  Collezione 
canonica  del  regesto  di  Farfa, 
390  ;  le  Liber  Tarraconensis, 
390  ;  une  Collection  canonique 
italienne  du  commencement 
du  xii"^  siècle,  390.  —  Comptes 
rendus  :  Histoire  du  droit  et 
des  institutions  de  la  Lorraine, 
701  ;  Leges  Visigothorum  anti- 
quiores,  541  ;  Constitutiones  et 
acta  publica  imperatorum  et 
regum,  541;  les  Waréchaix, 
545;  l'Institution  d'Apennis, 
546;  Die  Entstehung  des  Kir- 
chenstaates,  546. 

Franklin  (Alfred),  la  Vie  privée 
d'autrefois,  368. 


776 


TABLE  ALPflABETIQDE. 


Froissart,  153. 
*Funck-Brentano  (Frantz),  Anna- 
les Gandenses,  720. 
Gabelle  (la)  en  Gascogne,  564. 
*  Gaillard    (Henri),   Histoire    du 

moyen  âge,  364. 
Gandenses  (An7iales),  720. 
*Garnier  (Joseph),  l'Artillerie  des 

ducs  de  Bourgogne,  698. 
Gascogne  (la  Gabelle  en),  564. 
Gaule  romaine  (Bronzes  figurés 

de  la),  537. 
Georges  (Etienne),  Jeanne  d'Arc 
au  point  de  vue  champenois, 
154. 
Germaniae  (Monumenta)  historica, 

legum  sectio  IV,  541. 
Germanici  (Fontes  juris)  antiqui, 
541. 
*Giry  (Arthur),  président  de  la 
Société  de  l'Ecole  des  chartes, 
216.  —  Discours  aux  obsèques 
de  Pierre  Bonnassieux,  418. — 
Discours  aux  obsèques  de  M.  de 
Montaiglon,  594.  —  Dates  de 
deux  diplômes  de  Charles  le 
Chauve  pour  l'abbaye  des  Fos- 
sés, 509. 
Givelet  (Charles),  Catalogue  du 

musée  lapidaire  rémois,  698. 
Gobin    (Léon) ,  Notes   et   docu- 
ments    concernant    l'histoire 
d'Auvergne.  Sur  un  point  par- 
ticulier de  la  procédure  méro- 
vingienne  applicable  à  l'Au- 
vergne, «  l'institution  d'Apon- 
nis,  »  546. 
"Goubaux    (Robert),    archiviste 
paléographe,  218  ;  attaché  non 
rétribué  à  la  bibliothèque  de 
l'Arsenal,  740. 
Goyau  (Georges),  le  Vatican,  les 
papes  et  la  civilisation,  714. 
"Grand  (Daniel),  graduate  scholar 
de  l'Université  Harvard,  756; 
ses  conférences  à  la  Harvard 
University,  598. 
Great  Britain  and  Ireland  (Calen- 
dar  of  entries  in  the  papal  re- 
gislers  relating  to),  564. 
Grégoire  (A.),  Histoire  du  moyen 

âge,  364. 
Grégoire  de  Tours,  Histoire  des 
Francs,  liv.  VH-X,  364. 


*Guilhierraoz  (Paul),  secrétaire  de 
la  Société  de  l'École  des  char- 
tes, 216. 

Guillaume  (P.),  Chartes  de  Dur- 
bon,  174. 

Handschriften  (die)  der  grossher- 
zoglich  hadischen  Hof-  und 
Landesbibliothek,  697;  —  der 
herzoglichen  Bibliothek  zu  Wol- 
fenbûttel,  568.  —  Handschrif- 
tenschàtze  Spaniens,  392. 

Harlay  (l'Ambassade  de  France 
en  Angleterre  sous  Henri  IV. 
Mission  de  Christophe  de), 
comte  de  Beaumont,  375. 

Hauréau  (Barthélémy),  Notice 
sur  le  numéro  16409  des  ma- 
nuscrits latins  de  la  Biblio- 
thèque nationale,  696. 

Heinemann  (Otto  von),  Die  Hand- 
schriften der  herzoglichen  Biblio- 
thek zu  Wolfenbuïtel,  568. 

Henri  IV  (l'Ambassade  de  France 
en  Angleterre  sous),  375. 
*Herbomez  (Armand  d').  — 
Compte  rendu  :  Annales  Gan- 
denses, 720. 
*  Héron  de  Villefosse  (Antoine), 
officier  de  la  Légion  d'honneur, 
426. 

Heures  (les)  bretonnes  du  xvi^  siè- 
cle, 45,  229. 

Heyck  (Eduard),  Geschichte  der 
Ilerzôge  von  Zdhringen,  388. 

Ilieronymi  (SanctiJ  commentarioli 
in  psalmos,  186. 

Histoire  (Collection  pour  l'ensei- 
gnement de  1'),  757. 

Historia  (la  Ensenanza  de  la),  187. 

Hollande  :  voyez  Thierri  V,  comte 
de  Hollande. 

Honnecourt  (Villard  de)  :  voyez 
Villard. 

Hôtel-Dieu  (Archives  de  1')  de 

Paris,  172. 
*Hubert  (Eugène),  archiviste  pa- 
léographe, 218. 

Imitation  (Collection  d'éditions 
de  1'),  598. 

Institutions  de  la  Lorraine  (His- 
toire des),  701. 

Invasion  anglaise  (Episode  de  1'), 
433. 


TABLE  ALPHABETIQUE. 


777 


Inventaires  d'anciennes  pharma- 
cies, 700. 
Ireland  :  voyez  Great  Brilain. 

Italie  (Origines  de  l'architecture 
gothique  en),  358. 

Ives  de  Chartres  (Une  prétendue 
signature  autographe  d'),  639. 

Jacquerie  (La  nouvelle  édition  de 
l'Histoire  de  la),  par  Siméon 
Luce,  233. 

*Jacqueton  (Gilbert).  —  Compte 
rendu  :  Semblançay,  556. 

Jacqueton  (Hubertf,  Etudes  sur 
la  ville  de  Thiers,  175. 

Jadart  (H.),  Catalogue  du  musée 
lapidaire  rémois,  698. 

*  Jarry  (Eugène).  —  Compte  rendu  : 
Eine  maildndisch  -  thûringische 
Heirathsgeschichte  aus  der  Zeit 
Kônig  Wenzels,  567. 

Jean  de  Mâcon,  professeur  d'Or- 
léans, 223. 

Jean  du  Breuil,  copiste  du  xv«  siè- 
cle, 432. 

Jean-François  Régis  (Saint),  380. 

Jeanne  d'Arc  au  point  de  vue 
champenois,  154;  —  les  Juges 
de  Jeanne  d'Arc  à  Poitiers,  171; 
—  Exemplaire  original  du  pro- 
cès de  réhabilitation  de  Jeanne 
d'Arc,  428. 

Jour  de  la  semaine  (Réduction 
du  quantième  de  l'année  répu- 
blicaine en),  600. 

Kerampuil  (Gilles  de),  éditeur 
des  Heures  bretonnes,  229. 

Kermaingant  (P.  Laffleur  de), 
l'Ambassade  de  France  en  An- 
gleterre sous  Henri  IV.  Mission 
de  Christophe  de  Harlay,  375. 

Kirchemtaates  (  Die  Entstehung 
des),  546. 

Kurth,  Histoire  poétique  des  Mé- 
rovingiens, 150. 
*Labande  (Honoré),  officier  d'Aca- 
démie, 219.  —  Comptes  ren- 
dus: Saint  Jean-François  Régis, 
380  ;  Mémorandum  des  consuls 
de  la  ville  de  Martel  (Lot),  382  ; 
Comptes  des  consuls  de  Mont- 
réal-du-Gers,  382;  Histoire  de 
Maguelone,  383;  Notes  et  do- 
cuments pour  servir  à  l'histoire 
d'une  famille  picarde  au  moyen 
4  895 


âge  (xie-xvie  siècles)  ;  la  Maison 
de  Gaix,  386  ;  Causeries  du  be- 
sacier,  2*=  série,  387. 

*La  Borderie  (Arthur  de),  l'His- 
toire de  Bretagne,  235.  — Jean 
Meschinot,  99,  274,  601. 
La  Fère  (Un  ligueur,  le  comte 
de),  374. 

*Langlois  (Charles-V.),  lauréat  du 
prix  ordinaire  à  l'Académie  des 
inscriptions,  426, 744 .  —  Comp- 
tes rendus  :  la  Ensenanza  de  la 
historia,  187  ;  Notice  sur  le 
ms.  16409  des  manuscrits  latins 
de  la  Bibliothèque  nationale, 
696  ;  les  Livres  de  comptes  des 
frères  Bonis,  710. 

*  Langlois  (Ernest),  officier  de  l'ins- 

truction publique,  598. 
Lapidaire  (Catalogue  du  musée) 
rémois,  698. 

*La  Roncière  (C.  de).  —  Lettres 
inédites  et  mémoires  de  Marine 
Sanudo  l'ancien,  21. 

*La  Serre  (Roger  Barbier  de), 
chevalier  de  la  Légion  d'hon- 
neur, 426. 

*  Lasteyrie  (comte  Robert  de) ,  mem- 

bre de  la  commission  de  publi- 
cation de  la  Société  de  l'École 
des  chartes,  216. 
La  Trémoïlle  (Jeanne  de  Mont- 
morency, duchesse  de),  562. 

*Le  Brethon,  stagiaire  à  la  Biblio- 
thèque nationale,  425. 

*Lecacheux  (Paul),  archiviste  pa- 
léographe, 218. 

*Ledos  (Eugène-Gabriel),  membre 
suppléant  de  la  commission  de 
publication  de  la  Société  de 
l'École  des  chartes,  216.  —  Le 
peintre  Jean  Viterneet  les  Cé- 
lestins  de  Mantes,  227.  —  Comp- 
tes rendus  :  Froissart,  153; 
Études  sur  la  ville  de  Thiers, 
175;  les  États  de  Normandie, 
707. 

*Lefèvre-Pontalis  (Eugène),  archi- 
viste-trésorier de  la  Société  de 
l'École  des  chartes,  216;  pro- 
fesseur suppléant  du  cours  d'ar- 
chéologie à  l'École  des  chartes, 
738  ;  officier  de  l'instruction 
publique,  219. 

54 


778 


TABLE   ALPHABETIQUE. 


*Lefèvre-PonLalis  (GermaiQ).  — 
Épisodes  de  l'invasion  anglaise. 
La  guerre  de  partisans  dans  la 
Haute  -  Normandie  ,    433.    — 
Comptes  rendus  :  Jeanne  d'Arc 
au  point  de  vue  champenois. 
154;  Périnaïk,  168;  les  Juges 
de  Jeanne  d'Arc  à  Poitiers,  171; 
les    Corporations    ouvrières   à 
Rome,  181. 
Leges    Visigolhorum    antiquiores, 
541. 
*Le   Grand  (Léon).    —   Compte 
rendu  :  Archives   de  l'Hôtel- 
Dieu  de  Paris,  172. 
*Lemoine  (J.),  archiviste  du  Fi- 
nistère, 219.  —  Du  Guesclin 
armé  chevalier,  83. 
Lcvillain,  agrégé  d'histoire,  598. 
Ligue  (Documents  relatifs  à  l'his- 
toire de  la),  conservés  aux  ar- 
chives de  Lot-et-Garonne,  427. 
Lille  (La  marche  historique  de), 

705. 
Lire  (Nicolas  de)  :  voyez  Nicolas 

de  Lire. 
Liber  Tarraconensis  (le),  390. 
Livre  exécuté    pour   Boucicaut, 

226. 
Livres  (les)  de  comptes  des  frères 

Bonis,  710. 
Livres  nouveaux,  190;  395,  569, 

721. 
Lorraine   (  Histoire  du  droit  et 
des  institutions  de  la),  701. 
*Loye  (Joseph  de),  ses  travaux  à 

rÉcolc  de  Rome,  747. 
*Luce   (La   nouvelle   édition   de 
l'Histoire  de  la  Jacquerie,  par 
Siméon),  233. 
Lundstedt  (Bernhard),  Sveriges 

periodiska  lUeratur,  186. 
Lyonnais    (  Les   Bénédictins   de 
Saint-Germain-des-Prés  et  les 
savants),  376. 
Màcon  (Jean  de)  :  voyez  Jean. 
Maguelone  (Histoire  de),  383. 
Maiïândisch  -  thuringiscke   (Eine) 
Ileirathsgesckichle  aus  der  Zeit 
Kônig  Wenzels,  507. 
*  Maisonobe  (Abel),  archiviste  de 

la  Lozère,  219,  425. 
'^Manneville  (vicomte  Henri  de). 


secrétaire  d'ambassade  à  Lon- 
dres, 426. 
Mans  (Minutes  des  notaires  du), 

431. 
Mantes  :  voyez  Célestins  de  Man- 
tes. 
Manuel  (le  premier)  canonique  de 

la  réforme  du  xi«  siècle,  390. 
Manuscrit  (Note  sur  un)  inter- 
polé de  la  Chronique  de  Bède, 
528,  758. 
Manuscrits  de  la  reine  Christine 
(Nouvelle  note  sur  quelques), 
228  ;  —  mss.  de  Weingarten, 
599;  —  notes  sur  quelques  ma- 
nuscrits du  baron  Dauphin  de 
Verna,  645;  —  notice  sur  le 
n°  16409  des  mss.  latins  de  la 
Bibliothèque  nationale,  696. 
Marche  (la)  historique  de  Lille, 

705. 
Maredsolana  (Anecdota),  186. 
Martel  (Mémorandum  des  consuls 
de  la  ville  de),  382. 
*Maulde  La  Clavière,  la  Diploma- 
tie au  temps  de  Machiavel,  372. 
*Merlet  (Lucien).  —  Compte  ren- 
du :  la  Maison  de  Craon,  188. 
*Merlet  (René).  —  Les   origines 
du  monastère  de  Saint- Magloire 
de  Paris,  237.  —  Une  préten- 
due signature  autographe  d'ives 
de  Chartres,  639. 
Mérovingienne  (Sur  un  point  par- 
ticulier de  la  procédure),  646. 
Mérovingiens  (Histoire  poétique 

des),  150. 
Meschinot  (Jean),  sa  vie  et  ses 

œuvres,  99,  274,  601. 
Metz  (Inventaire  de  la  pharmacie 
de  l'hôpital  Saint-Nicolas  de), 
700. 
*  Meyer  (Paul),  officier  de  la  Lé- 
gion d'honneur,  219.  —  Dis- 
ct)urs  aux  obsèques  de  M.  de 
Montaiglon,  591. 
Minutes  des  notaires  du  Mans, 
431. 
*Mirot  (Léon),  élève  de  l'École  de 
Rome,  741  ;  ses  travaux  à  ladite 
école,  746. 
*Molinier   (Auguste).  —  Compte 
rendu  :  Histoire  poétique  des 
Mérovingiens,  150. 


TABLE   iLPHABETIOUF!. 


779 


*Montaiglon  (Anatole  de  Gourde 
de),  décédé,  591. 

Montmorency  (Jeanne  de) ,  du- 
chesse de  la  TrémoïUe,  562. 

Montréal-du-Gers  (Comptes  des 
consuls  de),  382. 

3Ionume?ita  Germanise    historica, 
legum  sectio  IV,  541. 
*Moranvillé  (Henri).  —  Le  siège 
de  Reims,  1359-1360,  90. 

*Morel-Fatio  (Alfred),  membre  de 
la  commission  de  comptabilité 
de  la  Société  de  l'École  des 
chartes,  216;  chargé  de  cours 
au  Collège  de  France,  740.  — 
Comptes  rendus  :  l'Ambassade 
de  France  en  Angleterre  sous 
Henri  IV.  Mission  de  Christo- 
phe de  Harlay,  375  ;  Handschrif- 
ten-Schàtze  Spaniens,  392. 

Morin  (dom  Germain),  .Anecdota 
Mareclsolana,  186. 

Morin  (Louis),  les  Communautés 
des  cordonniers,   basaniers  et 
savetiers  de  Troyes,  563. 
*Moris  (Henri),  Rappel  de  récom- 
pense à  l'Académie  des  scien- 
ces morales,  747. 
*Mortet    (Charles),   chargé   d'un 
cours  de  bibliographie  à  l'École 
des  chartes,  598. 
*Mortet  (Victor).  —  De  l'emploi 
de  la  locution  «   le  bon  plaisir 
du  roi,  »  226. 

Moyen  âge  (Histoire  du),  364. 

Musée  lapidaire  rémois  (Catalo- 
gue du),  698;  —  fondation  du 
musée  Dobrée  à  Nantes,  429; 
—  description  raisonnée  du 
musée  de  Saint-Germain-en- 
Laye,  537. 

Musicale  (paléographie),  691. 

Nantes  (Fondation  du  musée  Do- 
brée à),  429. 
*Nerlinger  (Charles).  —  Comptes 
rendus  :  Strasbourg  et  Bolo- 
gne, 387  ;  Geschichte  der  Her- 
zogc  von  Zâhrimjen,  388. 
*  Neuville  (Didier),  chef  de  bureau 
au  ministère  de  la  marine,  741. 

Nicolai  (Antidotarium),  700. 

Nicolas  de  Lire  (Date  de  la  mort 
de),  141. 

Normandie  (les  États  de),  707. 


Normandie  (La  guerre  de  parti- 
sans dans  la  Haute-),  1424- 
1429,  433. 

Notaires  du  Mans  (Minutes  des), 
431. 

Oise  (  Mélanges  pour  servir  à. 
l'histoire  des  pays  qui  forment 
aujourd'hui  le  département  de 
1'),"  387. 
*Omont  (Henry),  membre  de  la 
commission  de, publication  de 
la  Société  de  l'École  des  char- 
tes, 216.  —  Formule  de  dona- 
tion anténuptiale,  230. 

Orléans  (Jean  de  Mâcon,  profes- 
seur d'),  223. 

Orléans  (Jean  d')  :  voyez  Angou- 
lème. 

Paepste  (Geschichte  de)')  seit  dem 
Ausgang  desMitielalters,  H.  Ed., 
365. 

Paléographie  (la)  dans  les  Facul- 
tés des  lettres,  232;  —  aux 
États-Unis,  756. 

Paléographie  musicale,  691. 

Papal  letters,  564. 

Papes  (les)  et  la  civilisation,  714. 

Paris  (Archives  de  l'Hôtel-Dieu 
de),  172;  —  les  Origines  du 
monastère  de  Saint-Magloire, 
237;  —  la  Faculté  de  théologie, 
370;  —  Cierge  pascal  en  1271, 
755. 
"Paris  (Gaston),  administrateur  au 
Collège  de  France,  425;  prési- 
dent honoraire  de  la  section 
des  sciences  historiques  et  phi- 
lologiques à  l'École  pratique 
des  hautes  études,  425;  com- 
mandeur de  la  Légion  d'hon- 
neur, 740.  —  Discours  à  l'inau- 
guration du  buste  de  Peiresc, 
747. 

Parisiensis  (Chartularinm  etAuc- 
tariihm  chartularii  Universita- 
tis),  547. 

Partisans  (La  guerre  de)  dans  la 
Haute-Normandie,  1424-1429, 
433. 

Pascal  (Cierge)  de  Paris  en  1271, 
755. 

Pascal-Estienne,  Périnaïk,  168. 
'Pasquier  (Félix),  archiviste  de  la 
Haute-Garonne,  598,  740. 


780 


TABLK    ALPHABETIQUE. 


Pastor  (Ludwig),  Geschichte  der 
Paepste  seit  clem  Ausgang  des 
Mittelalters,  365. 

Peiresc  (Inauguration  du  buste 
de),  747. 

Pennsylvanie  (  Collection  pour 
l'enseignement  de  l'histoire  pu- 
bliée par  l'Université  de),  757. 

Pératé  (André),  le  Vatican,  les 
papes  et  la  civilisation,  714. 

Périgueux  (Maître  Jehan  Garant, 
prototypographe  de  la  ville  de), 
381. 

Périnaïk,  168. 

*  Petit  (Auguste),  archiviste  pa- 

léographe, 218;  conservateur 
adjoint  de  la  bibliothèque  de 
Besançon.  426. 

*  Petit-  Diitaillis   (  Ch.  ) ,   docteur 

es  lettres,  219;  chargé  de  cours 
à  la  Faculté  des  lettres  de  Lille, 
740.  —  André  Réville,  144. 

Peyrat  (Fondation),  216. 

Pharmacie  de  l'hôpital  Saint- 
Nicolas  de  Metz  (Inventaire 
de),  700. 

Pharmacies  dijonnaises  (Inven- 
taires d'anciennes),  700. 

Pharmacopée  (une)  française  du 
xiv<=  siècle,  700. 

Pharmacopoles  (le  Myrouel  des), 
700. 

Philippe  de  Ghantemilan  (Vie  et 
miracles  de  la  bienheureuse), 
179. 

Plaisir  (De  l'emploi  de  la  locu- 
tion «  le  bon)  du  roi,  »  226. 

*  Portai  (Charles),  Département  du 

Tarn,  accroissement  des  Archi- 
ves départementales  antérieu- 
res à  l'an  VUI  pendant  les 
années  1890-1894,  231.  — 
Compte  rendu  :  Maistre  Jehan 
Garant,  381. 

*  Prinet   (Max),    archiviste    aux 

Archives  nationales,  425. 

Procédure  (Sur  un  point  parti- 
culier de  la)  mérovingienne, 
546. 

Procxiratorum    (  Liber  )    nationis 

anglicansB,  547. 
*Prost    (Bernard).   —    Comptes 
rendus  :  l'Artillerie  des  ducs 


de  Bourgogne,  700  ;  Inventaires 
d'anciennes  pharmacies,  700. 

*Prou  (Maurice).  —;  Discussion  à 
la  Société  de  l'École  des  char- 
tes, 740. 

*Prudhomme    (A.).    —   Compte 
rendu   :   Chartes   de  Durbon, 
174. 
Psalmos  (Sancti  Hieronymi  com- 

mentarioli  in),  186. 
Quantième   (Réduction   du)   de 
l'année  républicaine  en  jour  de 
la  semaine,  600. 

*  Raguenet  de  Saint  -  Albin ,  les 

Juges  de  Jeanne  d'Arc  à  Poi- 
tiers, 171. 

Réforme  du  xi^  siècle  (le  Premier 
manuel  canonique  de  la),  390. 

Régis  (saint  Jean-Francois),  380. 

Reims  (le  siège  de),  1359'-1360,  90. 

Rémois  (Catalogue  du  musée  la- 
pidaire), 698. 

Reinach  (Salomon),  Antiquités 
nationales.  Description  raison- 
née  du  musée  de  Saint-Ger- 
main-en-Laye,  537. 

*  Réville  (André),  décédé,  144. 

*Riat  (Georges),  archiviste  paléo- 
graphe ,  218  ;  stagiaire  à  la 
Bibliothèque  nationale,  598. 

*Richebé  (R.),  commandeur  de 
l'ordre  du  Christ,  426;  les 
Trente-deux  quartiers  du  duc 
de  Bragance,  185. 

*Rigault  (Abel),  archiviste  paléo- 
graphe, 218  ;  attaché  au  bureau 
historique  des  Archives  du  mi- 
nistère des  affaires  étrangères, 
218. 
Ristelhuber  (P.),  Strasbourg  et 
Bologne,  387. 

*  Robert  (Ulysse).  — Discours  aux 

obsèques'de  M.  de  Montaiglon, 

596. 
Rodocanachi,    les    Corporations 

ouvrières  à  Rome,  181. 
Rome  (Les  corporations  ouvrières 

à),  181. 

*  Sache  (Marc),  archiviste  démis- 

sionnaire de  la  Lozère,  219. 

Saint-Germain-dos-Prés  (les  Bé- 
nédictins de)  et  les  savants 
lyonnais,  376. 

Sai'nt-Germain-en-Laye  (Descrip- 


TABLE    ALPHABETIQUE. 


7s^ 


tion  raisonnée  du  musée  de), 
537. 
Saint-Magloire  de  Paris  (Les  ori- 
gines du  monastère  de),  237. 
Saint  -  Michel  de   J'Abbayette  : 

voyez  Abbayette. 
Sanudo  (Lettres  et  mémoires  de 

Marino)  l'ancien,  21. 
Savetiers  (Les  communautés  des 
cordonniers,   basaniers  et)   de 
Troyes,  563. 
Say  (Léon).  —  Discours  sur  la 
tombe  de  M.  Gucheval-Ciari- 
gny,  738. 
Schlumberger  (Gustave),  Mélan- 
ges   d'archéologie    byzantine, 
697. 
Schniirer  (Gustav),  Die  Entste- 

hung  des  Kirchenstaates,  546. 
Semblançay,  556;  —  Documents 
relatifs  à  Semblançay,  318. 
*Servois  (Gustave).  —  Discours 
aux  obsèques  de  Pierre  Bon- 
nassieux,  415. 
Siège  (le)  de  Reims,  1359-1360, 

90. 
Signature  (Une  prétendue)  auto- 
graphe d'ives  de  Chartres,  639. 
Société  de   l'École   des  chartes, 
216,  740. 
*Soyer  (Jacques),  archiviste  du 
Cher,  598. 
Spaniens  ( Handschriftenschâtze  ), 
392. 
*Spont  (Alfred),  docteur  es  lettres, 
426  ;  Semblançay,  556.  —  Do- 
cuments relatils  à  Jacques  de 
Beaune-Semblançay,  318. 
Strasbourg  et  Bologne,  387. 
Sveriges  periodiska  Uteratur,  186. 
Tarn  (Récents  accroissements  des 

archives  du),  231. 
Tarraconensis  (le  Liber),  390. 
Teulié  (H.),  Mémorandum  des 
consuls  de  la  ville  de  Martel 
(Lot),  382. 
Thé  (le  Café,  le)  et  le  chocolat, 

368. 
Théologie  (la  Faculté  de)  de  Pa- 
ris, 370.  , 
Thèses  de  l'École  des  chartes,  217. 
Thierri  V,    comte   de   Hollande 
(Un  diplôme  de),  236. 


Thiers  (Etudes  sur  la  ville  de), 
175. 

*  Thomas    (Antoine),   maître  de 

conférence  à  l'École  pratique 
des  hautes  études,  740. 

Thuringische  (Eine  mailândisch-) 
Heirathsgeschichte  aus  der  Zeit 
Kônig  Wenzels,  567. 

Troyes  (Les  Communautés  de  cor- 
donniers, basaniers  et  savetiers 
de),  563. 
"Trudon  des  Ormes  (Amédée).  — 
Compte  rendu  :  la  Faculté  de 
théologie  de  Paris,  370. 

Universitatis  Parisiensis  (Chartu- 
larium  et  Auctarium  chartula- 
rii),  547. 

*  Valois  (Noël),  membre  suppléant 

de  la  commission  de  publica- 
tion de  la  Société  de  l'École 
des  chartes,  216. 

Van  Driesten  (E.),  la  Marche 
historique  de  Lille,  705. 

Vanel  (abbé  J.-B.),  les  Bénédic- 
tins de  Saint  -  Germain  -  des- 
Prés  et  les  savants  lyonnais, 
376. 

Vatican  (le),  les  Papes  et  la  civi- 
lisation, 714. 

*  Vayssière   (  Augustin  ) ,   décédé, 

220. 

*  Viard  (Jules).  —  Date  de  la  mort 

de  Nicolas  de  Lire,  141.  — 
Comptes  rendus  :  les  Commu- 
nautés des  cordonniers,  basa- 
niers et  savetiers  de  Troyes, 
563;  Audijos,  564. 
Vie  (la)  privée  d'autrefois,  368. 
Villard  de  Honnecourt  et  les  Cis- 
terciens, 5. 

*Villepelet(R.).— Compte  rendu  : 
Grégoire  de  Tours,  Histoire 
des  Francs,  t.  VH-X,  364. 

*Viollet  (Paul),  chevalier  de  la  Lé- 
gion d'honneur,  740. — Comptes 
rendus  :  Cours  de  littérature  cel- 
tique, t.  VII,  390;  le  Premier 
manuel  canonique  de  la  réforme 
du  xje  siècle,  390;  la  Collezione 
canon  ica  del  regesto  di  Far  fa, 
390  ;  le  Liber  Tarraconensis,  391  ; 
Une  collection  canonique  ita- 
lienne au  commencement  du 
xne  siècle,  390. 


782  TABLE   ALPHABETIQUE. 

Visigolhorum  (Leges)  antiquiores,  "Wenck  (Karl),  Eine  maildndisch- 

541.  thïiringische  Heirathsgeschichte 

Viterne  (le  peintre  Jean)  et  les  aus  der  Zeit  Kônig  Wcnzels,  bel. 

Gélestins  de  Mantes,  227.  Wolfenbûttel   (Die   Handschriften 

Waréchaix  (les),  545.  der  herzoglichen  Dibliothek  zu), 

Weiland   (L.),   Constitutioncs  et  568. 

acta    pubiica    imperatorwn    et  Zâhringen  (Geschichte  der  Herzôge 

regum,  541.  von),  388. 

Weingarten  (Les  manuscrits  de),  Zeumer  (K.),  Leges  Visigothorum 

599.  antiquiores,  541. 


Nogent-le-Rolrou,  imprimerie  Daupeley-Gouverneur. 


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D      Bibliothèque  de  l'École 
111        des  chartes 

B5 
t,56 


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